T'es qui là ???

Logo du Collectif des 12 Singes


Ce blog sert de brouillon Collectif pour faire avancer le schmilblick grâce à vos commentaires !

Nous publierons ici régulièrement le résultat des pages que nous avons écrites.
Aidez-nous, en nous critiquant, à nous améliorer, et COMMANDEZ NOS LIVRES A PRIX PAS CHERS !

Nous sommes un Collectif d'auteurs-écriveurs qui cherche à véhiculer des informations sérieuses et surprenantes mais sur un ton décalé : vaste programme, mais nous tentons de tailler des shorts comme Coluche avec la gouaille de Desproges

Abonnez-vous à notre Newsletter pour avoir les derniers articles.

 

Collectif des 12 Singes (Al LU-SINON)



 

 

Follow Al_LuSinon on Twitter

Follow this blog
Paperblog

http://www.wikio.fr

Rechercher

Contact pour critique/commande

Images pas sages

  • Photo040

La remise en question de l'absolutisme en France et ailleurs (suite)

Télécharger le fichier : 03 - Les crépuscules des dogmes

Entrée en guerre en 1778, et permettant la victoire des Insurgés (traité de Paris de 1783), la France se réaffirme comme grande puissance moderne, satisfait son désir de revanche, récupère des territoires perdus, mais dégrade ses finances, et félicite l'esprit républicain et Démocrate (théorique des Lumières, et réel des Américains).
L'affaiblissement de l'état français, et la montée et mise en lumière d'une alternative viable à la royauté sont considérés comme les prémisses de l'idée Révolutionnaire française.

La Révolution de 1789, avant tout bourgeoise, couvait depuis longtemps, pratiquement depuis la Fronde parlementaire contre le jeune Louis XIV (qui deviendra suite à cela le mégalomane roi soleil).
La noblesse, autant que la bourgeoise, évincée du pouvoir sous Louis XIV, ne rêve que de revenir aux affaires. La tradition monarchique s’inscrit dans le respect des coutumes, c'est à dire des libertés et des privilèges accordés à certains individus, certaines villes ou provinces. Les bases de ce système politique sont contestées et attaquées dans la seconde partie du XVIIIè siècle.
La philosophie des Lumières s'est diffusée dans les couches supérieures de la société française, la bourgeoisie et la noblesse libérale. Contre la monarchie absolue à la française, le modèle anglais d'une monarchie limitée par un parlement (assemblée élue) est mis en avant.
Les ordres privilégiés se Révoltent contre le pouvoir royal. En effet, l'absolutisme les a privés de leurs prérogatives traditionnelles. Les Parlements sont des cours de justice sous l'Ancien Régime. Ils profitent du droit traditionnel qui leur est accordé d'émettre des remarques lors de l'enregistrement des lois dans les registres des parlements pour critiquer le pouvoir royal. Bien qu'ils défendent avant tout leurs privilèges, ils arrivent à passer, aux yeux de l'opinion publique, comme les défenseurs du Peuple.

En 1769, afin d’apaiser les tensions entre les deux couronnes depuis le traité de Westphalie où la France a gagné l’Alsace-Lorraine (1648), le roi Louis XV demande au nom de son petit-fils Louis-Auguste (le futur Louis XVI) sa main à la fille de l’empereur germanique François Ier et de l’impératrice Marie-Thérèse. En 1770, Marie-Antoinette, âgée de 14 ans et qui a passé toute son enfance au château de Schönbrunn (pas très ouverte sur le monde et assez futile), est mariée au dauphin de la couronne de France, le futur Louis XVI. Après avoir subi l'indifférence hostile de sa mère, la « dernière reine de France » est, à 14 ans, littéralement dépossédée de son identité autrichienne et plongée dans un monde qui lui est étranger. Souffrant du manque d'empressement de son époux à accomplir son devoir conjugal, elle se morfond à Versailles. Comment résister, dès lors, aux plaisirs faciles qui lui sont offerts ? Alors que la sexualité est, à cette époque, affaire publique, Marie-Antoinette s'est vu reprocher de vouloir en faire une affaire privée (normal vu le peu d’intérêt que le roi portait à la chose). D'où les très nombreux fantasmes à son sujet, qui la dépeignent comme une femme licencieuse et infidèle. Ainsi, on (re)découvre, stupéfaits, les dessins scabreux la représentant en prédateur sexuel ou en monstre terrifiant ! C'est dire la haine qu'elle suscite et l'imagination débordante des caricaturistes.

Le 21 janvier 1771, sous le règne de Louis XV, le parlement est exilé de Paris par le chancelier Maupeou. Le vieux roi ne supporte plus que les parlementaires, forts de leurs privilèges, entravent son pouvoir.
Le 10 mai 1774, à la mort de Louis XV, son petit-fils devient roi sous le nom de Louis XVI. A son avènement, la France est le pays le plus peuplé d'Europe avec 26 millions d'âmes. Elle en est aussi le plus prestigieux. La langue et la culture de la cour de Versailles rayonnent de Berlin, en Prusse, à Saint Petersbourg, en Russie. La France est aussi le pays le plus puissant d'Europe, voire du monde, malgré quelques déconvenues dans sa rivalité avec l'Angleterre. Elle possède une flotte incomparable, la Royale, et ses colonies sucrières comme Saint-Domingue font la jalousie des Anglais.
La Révolution va changer tout cela. Marie-Antoinette également. Lorsqu’elle monte sur le trône, elle croit naïvement que son nouveau statut lui accorde toute liberté pour mener sa vie à sa guise. Dès lors, elle se perd en frivolités et fêtes somptueuses, et dépense sans compter. Malgré les remontrances de sa mère et les difficultés financières de l'état, elle maintient ce train de vie dispendieux, si bien qu'elle finit par être surnommée « Madame Déficit ». Alors qu'elle était aimée du Peuple au début de son règne, des gravures licencieuses de la reine commencent à circuler dans le royaume, qui écornent sérieusement sa popularité.

Louis XVI n'a d'autre souci que de rappeler au plus vite les parlementaires et de les rétablir dans leurs privilèges.
C'est le premier d'une longue série d'actes de faiblesse qui mèneront le roi à la guillotine et feront perdre à la France son premier rang parmi les grandes puissances du monde.
Confronté à son avènement à une situation financière désastreuse, le roi Louis XVI avait choisi un ministre des finances compétent pour y faire face, Turgot. Ainsi, au début du règne de Louis XVI, la France jouit d'une relative prospérité. La consommation progresse et les prix des biens manufacturés ou importés augmentent. Mais les nobles, qui s'endettent en menant grand train à la cour de Versailles, font leur possible pour accroître les revenus qu'ils tirent de leurs terres. Ils raniment de vieux droits féodaux tombés en désuétude et soulèvent contre eux la colère des paysans. Cette crispation est très mal vécue par les paysans qui réclament l'abolition des droits féodaux pour soulager leur misère.
Malgré tout, dans leur immense majorité, les Français de 1789 n’imaginent pas une Révolution violente avec une abolition de la monarchie. Le roi est, en 1789, considéré comme le père des Français. Il est aimé et respecté. Néanmoins, une réforme profonde de l’état est espérée, et ce dans un climat Pacifique.
Louis XV et Louis XVI ne sont pas restés insensibles à la diffusion des idées nouvelles et au blocage des institutions. Mais ils n'ont pas l'autorité de leur prédécesseur Louis XIV pour imposer aux privilégiés les changements nécessaires.
Le 12 mai 1776, le roi se sépare de Turgot et annule ses réformes sous la pression des privilégiés et de la cour.

Lorsque les Insurgés Américains livrent la bataille de Saratoga, ils reçoivent l'appui de la noblesse libérale d'Europe. Le 6 février 1778, la France signe un traité de commerce avec Benjamin Franklin. Elle reconnaît les États-Unis d'Amérique et intervient officiellement dans la guerre d'Indépendance. Necker remplace Turgot aux finances. Le banquier genevois, soucieux de sa popularité, écarte toute idée de réforme fiscale et recourt aux emprunts pour remplir les caisses de l'état et pourvoir aux dépenses énormes occasionnées par les interventions militaires en Amérique.
Le 3 octobre 1783, le traité de Versailles consacre l'Indépendance des États-Unis. Louis XVI peut être satisfait de la revanche prise sur les Anglais mais sa participation à la guerre américaine a creusé le déficit de l'état. La noblesse libérale du royaume, La Fayette en tête, cultive l'idée de transposer en France les principes Démocratiques d'Outre-Atlantique. Ainsi, Necker avait préconisé des assemblées territoriales qui limitaient le pouvoir des intendants. Le ministre avait également tenté de justifier ses emprunts imprudents en publiant un Compte rendu au roi qui dévoilait les dépenses somptuaires de la cour (l’état a toujours vécu au-dessus de ses moyens). Le 19 mai 1781, Necker est remercié par Louis XVI.
Le nouveau contrôleur général, Charles Alexandre de Calonne, comprend que l'état du royaume nécessite des réformes radicales.

Le 17 septembre 1787, la Constitution américaine est publiée. Elle nourrira l'inspiration des Constituants français. D’autant plus qu’aucun contrôleur général ne réussit à faire passer la réforme fiscale auprès des privilégiés. Les parlementaires refusent d'enregistrer les réformes et réclament les états généraux. Cette assemblée des trois ordres du royaume (clergé, noblesse et tiers état) n'avait pas été réunie depuis 1614 et l'époque troublée de la régence de Marie de Médicis, veuve d'Henri IV.

Depuis 1780, à Vienne, Joseph II (le frère de Marie-Antoinette) règne seul sur les états autrichiens. C'est l'« Aufklärung » : fin du servage, expulsion des Jésuites, édit de tolérance, suppression des ordres contemplatifs, suppression de la torture, abolition des corporations,... Dominé par la haine du clergé et de la papauté, le « joséphisme » va se solder par un échec cuisant... mais il montrera la voie aux Révolutionnaires français.

Le 3 mai 1788, le parlement publie une « déclaration des Droits de la nation » et réclame à nouveau la convocation des états généraux en espérant qu'ils contraindront le roi à respecter les exemptions fiscales des privilégiés. Tous les privilégiés, y compris le haut clergé, se solidarisent avec les parlementaires parisiens. Le 7 juin 1788, la sédition tourne à l'Emeute à Grenoble. Pendant la « journée des tuiles », les habitants bombardent de projectiles les soldats qui tentent de se saisir des parlementaires. Les représentants du Dauphiné, au nombre d'environ 500, se réunissent au château de Vizille et appellent à refuser le paiement de l'impôt. Louis XVI, comme à son habitude, s'incline et convoque les états généraux pour mai 1789. Le 25 août 1788, Necker revient en grâce, et se fait fort de rassurer les créanciers de l'état, les banquiers et l'opinion publique.

La réunion des États généraux a suscité de grands espoirs parmi la population française. Le Peuple est en effet appelé à prendre la parole en mars 1789 pour rédiger les cahiers de Doléances, où il fixe une sorte de programme aux députés (suppression des droits féodaux, Egalité devant les impôts, revendication des Droits des sujets face à l’arbitraire royal).
Les paysans espèrent une amélioration de leur condition de vie avec l'allègement voire l'abandon des droits féodaux. La bourgeoisie, pétrie des idées des Lumières, espère l'instauration de l'Egalité en droit et l'établissement d'une monarchie parlementaire à l'anglaise. Elle peut compter sur le soutien d'une petite partie de la noblesse acquise aux idées nouvelles et du bas-clergé qui vit auprès du Peuple et est sensible aux difficultés de celui-ci. Traditionnellement chaque ordre élisait à peu près le même nombre de députés. Les élus de chaque ordre se réunissaient, débattaient et votaient séparément. Le résultat du vote de chaque ordre comptait pour une voix. C'était le principe du vote par ordre. De ce fait, il suffisait que les deux ordres privilégiés votent dans le même sens, celui du maintien des privilèges, et le Tiers-État se retrouvait en minorité. Le Tiers-État demande donc le doublement du nombre des députés le représentant, afin que le nombre de leurs élus corresponde davantage à son poids dans la société, ainsi que le principe du vote par tête, c'est à dire une assemblée unique où chaque élu dispose d'une voix. Louis XVI accorde le doublement des députés du Tiers-État mais garde le silence sur la question du vote par ordre ou par tête.

Le 5 mai 1789, le roi Louis XVI et Necker ouvrent solennellement les Etats Généraux. Son discours met en garde contre tout esprit d'innovation. Louis XVI n'a plus d'argent en caisse et il a absolument besoin de l'accord des représentants des trois états pour lever de nouveaux impôts ou réformer ceux qui existent (alors que le Tiers-État est déjà écrasé par les impôts et les privilèges des autres).
Les représentants du Tiers-État dénoncent la division de l'assemblée en trois états qui les met automatiquement en minorité face aux représentants des ordres privilégiés, le clergé et la noblesse, qui ne représentent qu'une toute petite partie de la population française.
Le 17 juin, les députés du Tiers-État et beaucoup de curés qui représentent le clergé aux Etats Généraux se réunissent à part. Sur proposition de l'abbé Sieyès, qui constate que ladite assemblée représente les « quatre vingt seize centièmes de la nation », ils se transforment en Assemblée nationale. Peu à peu, la plupart des autres députés vont les rejoindre.
Le 20 juin, dans la salle du Jeu de Paume où elle s'est réunie, près du palais de Versailles, bafouant la volonté du roi, l'Assemblée nationale fait serment de ne pas se séparer avant d’avoir fixé la constitution du royaume, opéré la régénération de l’ordre public et maintenu les vrais principes de la monarchie. Trois jours plus tard, le marquis de Dreux-Brézé leur demande de cesser leur fronde. L'Assemblée désobéit ouvertement au roi. C'est un acte grave.

Constatant que les maux du gouvernement appellent davantage qu'une réforme de l'impôt, les députés projettent de remettre à plat les institutions et de définir par écrit, dans une constitution, de nouvelles règles de fonctionnement, selon l'exemple américain. Durant ces journées, l’Assemblée réalise une autre Révolution décisive : beaucoup de députés sont effrayés par la tournure des événements et démissionnent ; l’Assemblée déclare qu’elle tient son mandat non pas des électeurs individuellement pour chaque député, mais Collectivement de la Nation toute entière. C'est la mise en application du principe de la souveraineté nationale défendu par Diderot.
Cette Assemblée peut s’appuyer sur les espoirs de la majorité de la Nation, sur les réseaux de « patriotes ». En face, il n’y a que des ministres divisés, un gouvernement sans ressources financières et un roi velléitaire qui recule.
Le 9 juillet, l'assemblée se proclame donc Assemblée nationale constituante.
Le 11 juillet 1789, Louis XVI, vexé, renvoie ses ministres jugés trop libéraux, parmi lesquels Necker, une fripouille qui n'a fait que creuser le déficit mais est restée pour cela très populaire parmi les petites gens.
A Paris, le Peuple s'irrite et s'inquiète. On dit en plus que le roi, irrité par la désobéissance des députés, voudrait les renvoyer chez eux. Des rumeurs font craindre une intervention des troupes contre la capitale.
Or l’opinion parisienne est agitée. La bourgeoisie est déçue. Pour l’instant, rien n’est sorti des débats à Versailles. Et elle a peur pour la survie de l’assemblée. Le Peuple, lui, craint que les troupes ne coupent les routes du ravitaillement des Parisiens alors que, suite aux mauvaises récoltes de 1788, le prix du pain est au plus haut. Début juillet, des émeutes éclatent aux barrières d’octroi. Dans l’après midi, dans les jardins du Palais Royal, le journaliste Camille Desmoulins exhorte la foule à se mettre en état de défense. Les Parisiens se heurtent dans les jardins des Tuileries aux soldats du prince de Lambesc, accusés d'avoir tué des manifestants. Le 13 juillet, 40 des 54 barrières d’octrois sont incendiées. Les réserves de grains des couvents sont pillées. Une milice bourgeoise se forme.
L'effervescence grandit. Le matin du 14 juillet 1789, les Parisiens partent chercher des armes dans une atmosphère Révolutionnaire. Ils pillent l'arsenal de l’Hôtel des Invalides, où ils trouvent des armes mais pas de poudre. Les Emeutiers viennent ensuite se masser aux portes de la prison royale de la Bastille (une vieille forteresse royale datant de Charles V et de la guerre de Cent Ans, qui sert de prison à quelques lascars de mauvaise vie, mais était le symbole des lettres de cachet avec lesquelles le roi pouvait envoyer n'importe qui en prison) pour y chercher de la poudre.
Sous l'effet de la surprise, à Versailles, le roi se retient de dissoudre l'Assemblée. Son propre frère, le comte d'Artois, futur Charles X, prend la mesure de l'événement et quitte la France sans attendre. Il est suivi dans l'émigration par quelques autres nobles, dont le prince de Condé et Mme de Polignac.

A Paris, le comité des électeurs désigne un maire, Bailly, et un commandant de la garde nationale, La Fayette, en remplacement de l'administration royale. Une nouvelle organisation municipale allait se mettre en place. Les autres villes imitent la capitale.
Une « Grande peur » s'étend dans les campagnes. Les paysans craignent que les récoltes ne soient pillées par des brigands. À l'annonce de l'arrivée de brigands, le tocsin sonne dans les villages. Les paysans s'arment de fourches, de faux et autres outils. Quand ils s'aperçoivent qu'il n'y a aucun danger, au lieu de retourner vaquer à leurs occupations, ils se dirigent vers le château du seigneur, craignant que celui-ci n'augmente les taxes qui pèsent sur eux. Sans manquer d'afficher leur loyauté à la monarchie, ils pillent les châteaux et brûlent les « terriers », c'est-à-dire les documents qui contiennent les droits seigneuriaux (notamment les titres de propriété). C'est au tour des députés d'avoir peur. Dans la nuit du 4 août, pour calmer les paysans, ils votent l'abolition des droits seigneuriaux (ce qui initialement n’était pas à leur programme). Les troubles prennent fin avec l'abolition de la dîme et des corvées. C'est la fin du système féodal et de la société d'Ancien Régime. Toutefois les députés, presque tous propriétaires fonciers, qu'ils soient nobles ou bourgeois, se ravisent en partie pendant la rédaction des décrets du 5 au 11 août 1789. Les droits personnels (corvées, servage...) et le monopole de la chasse pour le seigneur sont simplement supprimés. Les droits réels portant sur la rente de la terre doivent être rachetés. Seuls peuvent se libérer totalement les paysans les plus riches. Les propriétaires d'office reçoivent une indemnité qu'ils investissent en partie dans l'achat de biens nationaux. Ainsi les possédants ont pu sauvegarder leurs intérêts économiques tout en mettant fin aux Révoltes paysannes.

Le 26 août 1789 est votée la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen. C'est l'acte le plus remarquable de la Révolution. Les députés, inspirés par les philosophes français et anglais du passé (Hobbes, Locke, Montesquieu, Rousseau,...) votent dans l'enthousiasme une Déclaration qui définit les Droits de chacun en 17 articles.
Il s’agit d’une condamnation sans appel de la monarchie absolue et de la société d'ordres. Mais elle est avant tout le reflet des aspirations de la bourgeoisie de l'époque : la garantie de Libertés Individuelles, la sacralisation de la propriété, le partage du pouvoir avec le roi et à tous les emplois publics.
Mais, déjà, le rêve ne dure pas. Les difficultés d’approvisionnement en pain et le refus de Louis XVI d’approuver la déclaration et les décrets du 4 et du 26 août sur l'abolition des droits seigneuriaux, sont à l’origine du mécontentement du Peuple de Paris lors des journées du 5 et 6 octobre 1789.
Une marche de femmes va chercher Louis XVI et la famille royale à Versailles. La Fayette, un général très populaire, convainc le roi de quitter le palais de Versailles afin de dissiper une bonne fois pour toute la méfiance des Parisiens... et des Parisiennes à son égard. Le roi s'exécute.
Le lendemain, le 6 octobre, il quitte Versailles pour le palais des Tuileries, au cœur de la capitale. L'assemblée constituante fait de même et s'installe dans la salle du Manège, à côté des Tuileries. Le gouvernement de la France se met désormais à la merci des Parisiens.
Désormais le roi et l’Assemblée siègent à Paris, surveillés par la population et menacés par l’Emeute.

A partir de 1790, les Parisiens se prennent de passion pour les affaires politiques. Les journaux se multiplient ainsi que les clubs où débattent avec passion les sans-culottes. Le plus célèbre est le club des Jacobins, où un certain Robespierre devient président le 31 mars 1790.
Les agitateurs parisiens issus du petit Peuple d'artisans, de commerçants et d'ouvriers commencent à se désigner sous le nom de sans-culottes ; ils veulent de la sorte se différencier des aristocrates qui portent des culottes de soie tandis qu'eux-mêmes se contentent de pantalons de toile. Cette tenue est un signe de protestation, arboré initialement par des avocats, des commerçants, des employés, des artisans, des bourgeois puis par les membres de toutes les professions roturières, qui vont s’appeler « patriotes ». Loin de se réduire à une catégorie sociale, les sans-culottes traduisent l’entrée du Peuple dans l’histoire politique et posent, déjà, tous les problèmes de la représentation Démocratique. On les voit ainsi apparaître comme la formation idéalisée des combattants Révolutionnaires, devenus l'idéal-type imposé comme modèle d'identification aux couches populaires. Idéalisation qui permet d'incorporer parmi eux une frange de combattants pas forcément issus desdits milieux, rassurant les modérés qui craignent les réactions du Peuple.
À partir de 1791 surtout, lorsque la fuite à Varennes (20-26 juin) puis le massacre du Champ-de-Mars (17 juillet) eurent clairement montré qu’une partie des élites avait rejoint le camp de la réaction en couvrant la trahison du roi et en faisant mitrailler le Peuple, les militants des sections parisiennes firent de leur costume un manifeste politique contre le régime de monarchie constitutionnelle censitaire (après 1792, les sans-culottes arborent la veste courte à gros boutons : la carmagnole). Ce sont d'après la Constitution de 1791 des Citoyens « passifs » : faute de payer assez d'impôt, ils n'ont pas le droit de vote ! Les sans-culottes se répartissent entre les 48 sections de Paris (il s'agit de circonscriptions électorales) ; à ce titre ils sont aussi appelés sectionnaires. Les sans-culottes ont la passion de l'Egalité plus que de la Liberté et pour l'affirmer, affectent le tutoiement patriote. Ils portent parfois un bonnet rouge inspiré de celui des esclaves affranchis de Phrygie (Asie mineure) pour souligner leur parenté avec les Démocrates de l'Antiquité grecque.

Quelques journalistes surent admirablement coller à ce Peuple combattant et Révolutionnaire : Jean-Paul Marat et son Ami du Peuple, et dans un tout autre registre, Jacques-René Hébert et son Père Duchesne mais aussi Jacques Roux et son groupe les Enragés. Ils en furent longtemps les porte-parole, plus que les guides, incontestés.
En 1789, Marat a 45 ans. Il a derrière lui une carrière de médecin et de physicien et a publié une quinzaine d’ouvrages. Dans son livre central de théorie politique, écrit en Angleterre, « The Chains of Slavery » (1774), la thèse principale est que le pouvoir émane du Peuple en tant que souverain, mais qu’à travers les âges et sous tous les régimes, les exécutifs se sont attachés à retourner ce pouvoir contre ceux qui lui avaient fait l’honneur de le lui confier.
Pendant la période de bouleversements qui s’ouvre, où le Peuple cherche à rentrer dans ce rôle de « souverain », Marat va suivre pas à pas événements et protagonistes, surveillant en permanence les tentatives de récupération, de reprise en main de cette souveraineté.
Marat n’attend pas tout de l’Assemblée. Son texte « Projet de leurrer le Peuple et d’empêcher la Constitution » est à contre-courant du triomphalisme qui entoure la soi-disant abolition de tous les privilèges de la fameuse nuit du 4 août. Mais ce texte ne paraît qu’en septembre en raison de l’attitude encore très floue des autorités en matière de presse. L’annonce des États Généraux a bien provoqué un afflux d’écrits politiques que la Librairie Générale de France a toléré, mais sans accorder d’autorisation officielle, ce qui a laissé le champ libre à l’arbitraire.
La Constitution en tout cas préoccupe Marat. Fin août, il publie « La Constitution, ou projet de Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, suivi d’un plan de Constitution juste, sage et Libre ».
Au début du mois de septembre 1789, Marat apparaît sur la scène politique à visage découvert. Le 16 septembre 1789, il publie le journal « L’Ami du Peuple, journal politique, Libre et impartial, publié par une société de patriotes ». L’Ami du Peuple est un quotidien, une vraie gageure !
Dès le 24 septembre, Marat attaque un des nouveaux pouvoirs exécutifs : la Municipalité de Paris, qu’il accuse de gestion ruineuse et inefficace. Ces démêlés provoquent son premier décret de prise de corps. Mais les 5 et 6 octobre 1789, les femmes de Paris entreprennent leur marche sur Versailles pour ramener le roi au milieu de son Peuple. L’effervescence populaire est à son comble. Il s’est aussi rendu compte que rien n’est fait pour enrayer la disette qui accable Paris, alors que la moisson de l’été a été très généreuse. Il rédige donc une première « Dénonciation contre Necker », dans laquelle il implique le ministre dans l’accaparement des grains.
Il convient aussi de suivre les mouvements qui opposent les districts, et en particulier celui des Cordeliers (il ne s’agit pas du Club) à la Municipalité. La rencontre entre Marat et ce district se concrétise au moment des démêlés d’octobre. En tant qu’assemblée légalement constituée, le district entend exercer la souveraineté populaire sur l’étendue de son territoire.
Ainsi, en janvier 1790, quand les poursuites reprennent contre Marat, le district met l’Ami du Peuple sous sa protection. À cet égard, le 22 janvier revêt une importance dans le cours des événements, non seulement pour le sort immédiat de Marat, mais aussi parce qu’apparaît sur la scène politique une personnalité d’envergure, l’avocat Georges Danton, qui prend fait et cause pour l’Ami du Peuple. Le déploiement de forces sera impressionnant, mais Marat restera introuvable. Notons, une fois encore, qu’après avoir fait parade de tout cet arsenal répressif, la Commune de Paris ne poursuivra pas et qu’il n’y aura pas de procès. Pas de réaction non plus de la part du ministre Necker suite à la « Dénonciation ». Mesures d’intimidation et dénis alternent !
Mais Marat n’a plus de presses et tous ses papiers ont été saisis, cela au moment où l’Assemblée vote la loi martiale et, séance après séance, parle d’imposer aux « brigands » la plus grande terreur. Prêt à se réfugier en Angleterre, Marat écrit encore un « Appel à la Nation », où il fait un bilan des événements et conclut qu’une « censure publique », un « tribunal d’état » et, dans les cas extrêmes « un dictateur momentané » (au sens antique du terme, une personne avec les pleins pouvoirs pendant un temps limité) doivent être pris en considération en politique, cette « science encore embryonnaire ».
Avant son départ à Londres, Marat avait mis en valeur l’importance de la force publique. Pas de meilleur rempart pour la Liberté que ces milices nationales, nées du 14 juillet, soudées, entraînées, Fraternelles ! Or, il constate que tout est mis en œuvre pour les diviser ! La situation est donc très grave et de mai à juillet 1790, avec toute la presse patriote qui se serre les coudes, Marat est très présent sur la scène parisienne, avec Camille Desmoulins. Le 24 juin, Marat publie sa fameuse « Supplique aux pères conscrits, ou très sérieuses réclamations de ceux qui n’ont rien à ceux qui ont tout ».
Marat publie encore son « Plan de législation criminelle », espérant toujours infléchir la marche de l’Assemblée. Mais, dès la fin du mois de juin 1790, il n’est plus centré sur les suites à donner à la Révolution de 1789, mais déjà sur un nouvel élan nécessaire contre… le Nouveau régime. Et c’est à nouveau dans la clandestinité qu’il publie en août-septembre ses « Feuilles extraordinaires » : « C’en est fait de nous ! », « On nous endort, prenons-y garde », « C’est un beau rêve, gare au réveil ! », « L’affreux réveil ». Aussi, quand éclate la « malheureuse affaire de Nancy » (la garde nationale de Metz, sous la direction du marquis de Bouillé, beau-frère de La Fayette a tiré sur les régiments de Nancy), Marat, le seul à avoir prévu un tel drame, passe pour le Cassandre (qui voit l’avenir mais n’est jamais cru) de la Révolution. Après ce coup de force du Nouveau régime, le thème de la réorganisation de la force publique scande le déclin de la Révolution, tandis que l’Assemblée est de plus en plus à la traîne du pouvoir exécutif, dont les personnages clés, Mirabeau et La Fayette ont pour objectif central de rétablir les pleins pouvoirs dans les mains du roi. Toujours dans la clandestinité, Marat mène alors une lutte acharnée contre le régime des mouchards mis en place par le général afin de gangrener la garde nationale et l’armée.
Mais voilà que le mouvement populaire se restructure, autour des clubs de sections ! En janvier 1791, Marat a de nouveaux démêlés avec la justice, mais en février, il reçoit l’appui du Club des Cordeliers et peut reprendre ses parutions.

Jacques-René Hébert a lancé en 1790 le père Duchesne, journal des Révolutionnaires radicaux. Il participa, en 1792, à la chute de la monarchie dans le rôle d’accusateur public et, en 1793, à celle des Girondins. Avec ses partisans, les hébertistes (Chaumette, Chabot, Collot d'Herbois et d’autres), il a fortement influencé le club des Cordeliers et de la Commune Insurrectionnelle. Maximilien de Robespierre dont il avait dénoncé la modération le fit arrêter et exécuter en 1794.
De 1790 à 1791, le père Duchesne était constitutionnel et encore favorable à Louis XVI et La Fayette, blâmant Marie-Antoinette et Marat et réservant ses foudres à l’abbé Maury, grand défenseur de l’autorité pontificale contre la constitution civile du clergé. Le ton s’est nettement durci avec l’avènement de la république. Le gouvernement fit imprimer en 1792 certains de ses numéros aux dépens de la république les faisant distribuer dans les armées afin de sortir les soldats d’une torpeur jugée dangereuse pour le Salut public.

Jacques Roux est frappé d'interdit après avoir participé au pillage de châteaux. Il fut l'un des premiers prêtres (« curé rouge ») à prêter serment à la Constitution civile du clergé. Il accompagna Louis XVI à l'échafaud avec Jacques-Claude Bernard. Sa faction des Enragés réclamait la taxation et la réglementation en terme de prix. Il dénonçait la bourgeoisie marchande plus terrible selon lui que « l'aristocratie nobiliaire et sacerdotale ».
Ce « prêtre socialiste » liait problème politique, crise sociale et question agraire et ce dès 1792. Il défendait l'idée que les principes de Liberté, défendues par la nouvelle législation, servaient avant tout l'intérêt d'une classe au détriment de la société. L'expression la plus achevée de son programme fut sans doute celle contenu dans son Adresse à la Convention nationale le 25 juin 1793 qui repose sur l'idée que « la Liberté n'est qu'un vain fantôme, quand une classe d'hommes peut affamer l'autre impunément. L'Egalité n'est qu'un fantôme, quand le riche, par le monopole, exerce le droit de vie et de mort de son semblable. La république n'est qu'un vain fantôme, quand la contre-révolution s'opère de jour en jour par le prix des denrées auquel les trois quarts des Citoyens ne peuvent atteindre sans verser des larmes ». Trois points peuvent apparaître comme les lignes de force de ce programme : taxation générale, répression de l'accaparement, prohibition du commerce de l'argent monnayé.
Son mouvement inquiétant la Convention, Marat (qui n'hésite pas à la qualifier de « patriote de circonstance ») et même les Hébertistes, Roux était de plus en plus isolé. Les Montagnards avaient déclenché contre lui une campagne visant à le faire passer pour un contre-révolutionnaire. Arrêté en septembre 1793 pour être jugé par le Tribunal révolutionnaire, il préféra se donner la mort en se poignardant.
Son groupe, les Enragés étaient un groupe de Révolutionnaires radicaux. Ils revendiquent l'Egalité civique et politique mais aussi sociale, préconisant la taxation des denrées, la réquisition des grains et des taxes sur les riches. On peut les situer à gauche des Montagnards. Ils sont combattus aussi bien par Maximilien de Robespierre que par Danton, Marat et les Hébertistes. Leurs idées furent reprises et développées par Babeuf. La Société des républicaines Révolutionnaires, fondée en février 1793 par Pauline Léon et Claire Lacombe, et interdite l'été suivant par le gouvernement Révolutionnaire, est un groupe Révolutionnaire exclusivement féminin, aux revendications sociales et féministes, en quelque sorte la section féminine du mouvement des Enragés.

Les sans-culottes se rassemblaient, d’une part, dans les assemblées des sections et, d’autre part, dans les clubs. Les assemblées des sections, organismes de la vie de quartier institués dès 1790, n’accueillaient en principe que les Citoyens actifs ; cependant, le rôle primordial joué par nombre d’ouvriers et petits artisans, ainsi que le fait qu’ils étaient restés armés depuis 1789, leur donna voix au chapitre. Les clubs surtout (club des Cordeliers, club de l'Évêché, Société fraternelle des deux sexes, Club helvétique) furent l’instrument dont les sans-culottes se servirent pour influencer la vie politique. Le club de l'Évêché, issu des Cordeliers, joua un rôle important dans la préparation du 10 août, jour de la prise des Tuileries et de la chute du trône. À partir de septembre 1792, le club des Jacobins s’ouvrit aux Citoyens les plus pauvres : il devint dès lors le plus important des lieux de réunion pour les sans-culottes. Ceux-ci manifestaient leurs revendication par des pétitions des sections présentées aux assemblées (Législative, puis Convention) par des délégués ; il y eut ainsi une succession de pétitions réclamant l’arrestation des chefs girondins avant l’Insurrection du 31 mai au 2 juin. L’Insurrection, la « journée », était le second moyen d’action. La violence armée fut un recours fréquent du 10 août 1792 aux vaines Emeutes de germinal et prairial an III. Les Emeutiers, appuyés par les canons de la garde nationale à laquelle ils appartenaient, venaient montrer leur force menaçante pour obtenir gain de cause.

L'Assemblée constituante ne se contente pas de préparer une Constitution. Elle réforme en profondeur les institutions du pays, plutôt en bien. Les circonscriptions administratives de l'Ancien Régime étaient très complexes et n'avaient pas les mêmes limites selon leurs fonctions. Les députés entreprennent de les simplifier. La loi du 22 décembre 1789 crée les départements (même si ils sont taillés à la hache, sans trop tenir compte des entités ethnoculturelles et des environnements sociaux économiques, justement pour éviter les regroupements séditieux), à la fois circonscriptions administratives, judiciaires, fiscales et religieuses. Les 83 départements sont divisés en districts, cantons, communes dont les dirigeants sont élus. La décentralisation administrative est très grande. Elle unifie les poids et mesures et crée une nouvelle unité de longueur appelée à un grand succès mondial : le mètre. Elle instaure l'état civil, introduit le divorce et le mariage civil, supprime le privilège d'aînesse dans les héritages,... Elle n'oublie pas qu'elle doit résoudre en urgence la crise fiscale. Les caisses de l'état sont vides. Alors, les députés ont l'idée de saisir les terres et les biens qui appartiennent à l'église catholique.
Mais le clergé a besoin d'argent pour vivre et aussi financer ses innombrables œuvres sociales et éducatives. Qu'à cela ne tienne. Le 12 juillet 1790, les députés votent la Constitution civile du clergé qui garantit un revenu à chaque prêtre.
Le roi et le clergé attendent l'avis du pape avant d'approuver la Constitution civile du clergé. L'avis tarde à venir et quand il arrive, il est négatif. Le 13 avril 1791, le pape condamne le texte car il craint une dérive à l'anglaise de l'église de France vers une totale indépendance (alors qu’elle était la fille aînée de l’église). Il ne menace rien moins que de suspendre les prêtres « jureurs » qui ont prêté serment à la Constitution. Le roi, très pieux, se met dès lors en retrait de la Révolution et utilise son droit de veto pour paralyser le travail législatif.

Le 18 avril 1791, le Peuple, inquiet des mouvements de la famille royale, empêche le roi de gagner Saint-Cloud. La Fayette essaie d’intervenir, mais la garde nationale refuse de lui obéir. La Fayette fait mine de démissionner. En mai et juin 1791, « L’Ami du Peuple » ne lâche pas le général d’une semelle et met continuellement en garde les Citoyens contre un départ du roi. Le 21 juin 1791, Louis XVI tente avec sa famille de rejoindre des troupes fidèles à Montmédy, près de la frontière avec le Luxembourg. Louis XVI sait que ces troupes sont dévouées à la monarchie. Il compte sur elles pour marcher sur Paris, renverser l'Assemblée constituante, mettre fin à la Révolution et restaurer ses prérogatives de souverain absolu.
Heureusement, il est reconnu lors d’une pause imprévue (car le voyage sera composé de beaucoup d’incidents alors qu’il avait été très bien organisé) et est rattrapé à Varennes.
La confiance n'est plus entre la monarchie et la Révolution parisienne, d'autant plus que l'on soupçonne le roi de collusion avec l'étranger, voire de trahison. Pour autant, le 25 juin, alors que Louis XVI et sa famille sont ramenés, sous les huées, aux Tuileries, les députés évoquent, contre toute vraisemblance, l’enlèvement du roi. Cette attitude achève de diviser le parti patriote, majoritaire à l’Assemblée : d’un côté ceux qui, les plus nombreux, veulent s’en tenir à une monarchie constitutionnelle ; de l’autre, ceux qui, républicains ou non, veulent la déchéance de Louis XVI. Ce clivage se répercute au sein du club des Jacobins.
Hébert rompt avec les modérés qui rêvaient d’un compromis avec les aristocrates. Dans le Peuple et parmi les députés, certains n'hésitent plus à s'affirmer républicains et considèrent que la monarchie n'est pas indispensable au gouvernement du pays. Danton et le journaliste Jean-Paul Marat lancent une pétition pour la déchéance du roi. Elle réclame un nouveau pouvoir constituant pour « procéder d'une manière vraiment nationale au jugement du coupable et surtout au remplacement et à l'organisation d'un nouveau pouvoir exécutif ». La pétition de « directoire nationale » (83 élus des départements) est déposée le 17 juillet 1791 sur l'autel de la patrie du Champ de Mars, à l'endroit où eut lieu la Fête de la Fédération (à l’imitation des Fédérations régionales de gardes nationales qui avaient commencé dans le Midi dès août 1789 et s’étaient étendues à toute la France, La Fayette, commandant de la Garde nationale de Paris, fait organiser à Paris pour l’anniversaire de la prise de la Bastille une fête nationale de la Fédération, première commémoration du 14 juillet 1789, fête de la réconciliation et de l’unité de tous les Français ; Louis XVI assista à cette fête et y jura la Constitution).
Les députés comme Bailly et La Fayette, partisans d’une monarchie constitutionnelle mettent sur pied la thèse de l'enlèvement du roi. Ils interdisent la manifestation et décrètent la loi martiale (le roi ayant été innocenté par l’Assemblée le 15, la manifestation est désormais sans objet). Le 17 juillet 1791, le Peuple manifeste malgré tout. La Fayette ordonne alors à la garde nationale de tirer sur la foule désarmée, tuant principalement de femmes et des enfants. La fusillade du Champ de Mars a pour conséquence la rupture entre les patriotes modérés et le Peuple parisien dont les porte-parole sont, entre autre, Georges Jacques Danton, Maximilien de Robespierre et Jean-Paul Marat. Certains comme Condorcet (discours « De la république, ou un roi est-il nécessaire à l’établissement de la Liberté ? », ou il conclut que seule la république permettra au Peuple français de rester un Peuple Libre) demandent même l'instauration d'une république. Par méfiance du Peuple, Bailly et La Fayette, suivis par la majorité des députés, quittent le club des Jacobins pour fonder le Club des Feuillants. Pour eux la Révolution est finie et il convient de stabiliser le régime en soutenant la monarchie constitutionnelle. Dans les semaines qui suivent, les députés modérés affiliés aux Feuillants exploitent leur succès : ils font fermer provisoirement le club des Cordeliers et révisent la Constitution dans un sens conservateur, avec un renforcement des pouvoirs du roi et un relèvement du cens électoral (afin que seuls les plus riches puissent voter et se présenter).
Danton et Marat, prudents, s'enfuient en Angleterre. Au Club des Jacobins, l'atmosphère est toute différente. De nombreux députés, y compris Robespierre, souhaitent maintenir la monarchie. Ils craignent avec raison que la déchéance de Louis XVI n'entraîne la France dans une guerre contre les autres monarchies européennes.

Le 1er octobre 1791, la première Constitution française entre en application. Elle inaugure une monarchie constitutionnelle à l'anglaise où le pouvoir législatif (rédiger les lois) est confié à une Assemblée du même nom.
Louis XVI troque son titre de roi de France pour celui, plus humble, de roi des Français. Il dispose du pouvoir exécutif et d'un droit de veto qui lui permet de repousser ou retarder les textes de l'Assemblée.
Le fossé se creuse entre le roi et l'Assemblée législative, même si le roi a le soutien d'une bonne partie du clergé qui refuse de prêter serment sur la Constitution civile.
Par ailleurs, les députés de la Constituante n'ayant pas été autorisés à se faire élire et à siéger à la Législative, beaucoup choisissent de militer dans les clubs Révolutionnaires de Paris. Ils entretiennent l'agitation Révolutionnaire.

Les souverains étrangers voyaient au départ la Révolution sans déplaisir, escomptant un affaiblissement de la France sur la scène internationale. Mais après les dérapages du printemps 1791, ils s'inquiètent pour le roi et craignent une contagion Révolutionnaire.
Pour preuve, la Révolution polonaise dirigée par Stanislas Poniatowski : Hugo Kołłątaj (il fait l'esquisse d'un programme changeant totalement les rapports entre les propriétaires terriens et les habitants des villes, les nobles et les bourgeois ; il soutient et incite l'Emancipation des bourgeois, participe à la rédaction des exigences des villes et à l'assemblée des représentants de Varsovie) rédige une pétition sur l’initiative de Jean Dekert, maire de Cracovie, signée par 141 villes : elle demande la participation de toutes les villes à la Diète, l’accès des bourgeois aux offices et le droit pour eux d’acquérir des domaines ruraux. Cela provoque une vive agitation. On parle de « Révolution à la française ». Les conservateurs font désigner une commission spéciale pour les villes. À la suite de longues discutions entre les projets du roi et ceux de la Diète, la loi sur les villes qui entérine les propositions de la pétition est votée le 18 avril. Le 3 mai la Diète de Pologne adopte une constitution proche de celle de la France de Louis XVI, destinée à moderniser la Pologne et à la renforcer contre l’empire russe. Le roi et les patriotes, appuyés par les manifestations dans les rues de la capitale, profitent du petit nombre de députés présents pour faire passer le texte. Le roi nomme les ministres, mais la Diète peut les révoquer. Elle délibère à la majorité de ses membres et non par ordre. Le sénat voit ses pouvoirs diminués. Les diétines perdent leurs attributions législatives. Rien n’est dit sur le sort des paysans sinon qu’ils sont « sous la protection juridique du gouvernement » et que tous les ordres sont soumis à l’Égalité devant l’impôt. Quant eux, les Roumains de Transylvanie, en prévision de la convocation de la Diète, réclament l’Egalité des Droits civils et politiques pour la Nation roumaine. Remis à l’empereur Léopold II en mars, le mémoire est renvoyé par Vienne à la Diète de Klausenburg (Cluj) qui le rejette avec indignation.

Louis XVI, son entourage et les émigrés français poussent les souverains étrangers à intervenir.
Le 27 août 1791, le roi de Prusse Frédéric-Guillaume II, l'empereur allemand Léopold II et l'Électeur de Saxe ont une entrevue à Pillnitz, en Saxe. À la suite de celle-ci, l'empereur exige des Révolutionnaires français qu'ils rétablissent le roi de France dans la plénitude de ses droits. Depuis la fuite à Varennes, en effet, Louis XVI, beau-frère de l'empereur, a été suspendu de ses droits. Louis XVI, qui ne se résigne pas à un rôle de figurant, pousse à la guerre en espérant que la victoire des souverains restaurera son pouvoir absolu.
À l'Assemblée législative, le parti de la Montagne, dont les membres participent aussi au Club des Jacobins, pousse à la guerre, sous l'influence de plusieurs députés du département de la Gironde, comme Jacques-Pierre Brissot de Warville (38 ans, Démocrate sincère, il s'est fait connaître avant la Révolution en fondant la société des Amis des Noirs). Ses partisans, les Brissotins, que l'on appellera plus tard Girondins, espèrent comme lui que la guerre obligera le roi à prendre parti pour ou contre la Révolution. Ils dénoncent la menace que font peser les émigrés en armes aux frontières du pays et rêvent sans le dire d'étendre la Révolution au reste de l'Europe : les Girondins parlent alors d'une guerre des Peuples contre les rois, d'une croisade pour la Liberté. Robespierre, au Club des Jacobins, appréhende la guerre et veut inverser les priorités : « Domptons d'abord nos ennemis du dedans et ensuite nous marcheront à tous les tyrans de la terre ». Il n'est pas écouté mais au plus fort de l'invasion, c'est à lui que l'on fera appel pour sauver le pays.
La mort de Léopold II, relativement conciliant, et l'avènement de son fils François II, nettement plus agressif, servent les intérêts du camp de la guerre.
Le 10 mars, le roi se sépare de son ministre des Finances, Narbonne, qui appartient comme les autres ministres au club des Feuillants, partisan loyal de la monarchie.
Là-dessus, le ministre des Affaires étrangères Lessart est accusé de haute trahison par Brissot. Tous les ministres démissionnent en signe de protestation. Partisan de la politique du pire, le roi les remplace par autant de ministres brissotins : Clavière aux Finances, Roland à l'Intérieur, Dumouriez aux Affaires étrangères, Servan à la Guerre,...
Cette alliance contre nature entre Louis XVI et les ennemis de la monarchie débouche sur la déclaration de guerre à l'empereur. Le 20 avril 1792, l'Assemblée législative (sur une proposition du roi Louis XVI) déclare la guerre au « roi de Bohême et de Hongrie », en fait le puissant archiduc d'Autriche et empereur d'Allemagne, neveu de Marie-Antoinette.
Mais les choses se compliquent car le roi de Prusse fait alliance avec ce dernier. Face à cette coalition qu'elle n'escomptait pas, la France fait piètre figure. Son armée est dans un état pitoyable. Du fait des désertions et de l'absence de ressources, les effectifs sont tombés de 150.000 à 80.000 hommes. Les deux tiers de ses 9.000 officiers ont d'autre part émigré. Depuis la levée de volontaires nationaux décidée après la fuite du roi à Varennes, on peut toutefois rajouter à ces effectifs 169 bataillons soit environ 100.000 hommes. Ces volontaires se distinguent par leur uniforme bleu des bataillons de ligne réguliers en uniforme blanc. La France prend l’offensive, avant même que la moindre troupe coalisée n’ait fait mouvement. Dès l'été, la France est envahie par les armées prussiennes et autrichiennes cependant que le duc de Brünswick, qui commande les armées prussiennes menace les Parisiens d'un mauvais sort. Leur véritable baptême du feu aura lieu au pied du moulin de Valmy. L’intérêt des puissances européennes est que la France s’enlise dans sa Révolution, que ce pays, qui est encore, au XVIIIè siècle, la plus grande puissance européenne, se déchire le plus longtemps possible, soit mis à l’écart des grandes affaires de l’Europe et du monde. Déjà sa puissance s’est érodée sous Louis XV, où elle a perdu son prestige militaire et les plus beaux fleurons de son empire colonial. Sur le continent, c’est l’Autriche, la Prusse, à un moindre degré la Russie, qui affirment leur puissance montante dans une Europe qui bouge, tandis qu’au-delà des mers triomphe l’Angleterre. De ces années désastreuses, l’équilibre européen sort modifié, à notre détriment. Ecraser la Révolution, remettre Louis XVI sur son trône sont loin d’être les désirs les plus chers de nos voisins. Ainsi, pour enfoncer le clou, les troupes coalisées effectuent une retraite tactique face aux Français à Valmy : on leur laisse croire qu’ils ont gagné de par leur seule force et foi Révolutionnaire, alors qu’en réalité c’est un cadeau empoisonné fait par des ennemis autrement plus puissants qui souhaitent s’amuser avec un pays qui va s’entre-déchirer !

Depuis sa fuite jusqu'à Varennes, le roi Louis XVI et sa famille sont assignés à résidence au palais des Tuileries, à l'ouest du Louvre, sous la surveillance du Peuple. Le roi dispose pour sa protection d'une Maison militaire de peu d'efficacité, composée de gardes français, travaillés par la propagande Révolutionnaire et peu fiables, d'autre part de gardes suisses. Ces soldats vivent entre eux, sous le commandement d'officiers suisses et donnent ainsi peu de prise à l'agitation ambiante. Pour les patriotes, l'idée d'un complot de la noblesse, de la cour et des prêtres réfractaires pour abattre la Révolution se développe. L’assemblée vote alors trois décrets permettant la déportation des prêtres réfractaires, la dissolution de la garde personnelle du roi et la constitution d’un camp de gardes nationaux Fédérés pour défendre Paris. Louis XVI y oppose son veto aux décrets sur les réfractaires et sur les Fédérés. Cette situation provoque une nouvelle flambée Révolutionnaire, qui voit le Peuple investir les Tuileries le 20 juin, le jour de l'anniversaire du serment du Jeu de paume. Il lui reprochait le renvoi des ministres patriotes girondins et l’inaction des armées face à la menace extérieure.
Mais pour une fois, le roi tient bon. Il accepte cependant l'humiliation de porter le bonnet phrygien (promu par les Girondins au printemps 1792, le bonnet rouge du Peuple deviendra ensuite l’emblème du mouvement sans-culotte et le signe éclatant de l’Egalité) devant les sans-culottes mais refuse de céder. L'Assemblée législative contourne le véto royal en proclamant « la patrie en danger » le 11 juillet 1792 et en demandant à tous les volontaires d'affluer vers Paris.
Un climat Insurrectionnel s’instaure, les sections étant réunies en permanence.
Chacun se prépare à l'invasion étrangère et l'on soupçonne le roi d'être de connivence avec son beau-frère, l'empereur d'Allemagne François II. Le 25 juillet, le chef de l'armée prussienne, le duc de Brunswick, fait savoir au gouvernement que Paris sera détruite si la vie du roi est à nouveau menacée. Quand le manifeste de Brunswick est connu des Révolutionnaires parisiens, ceux-ci investissent l'Assemblée et demandent la destitution de Louis XVI.
Les sections exigent de l’Assemblée nationale la proclamation de la déchéance du roi et menacent de passer aux actes si elle n’obtempère pas avant le 9 août. L'Assemblée refuse. Les sans-culottes parisiens se préparent ouvertement à une nouvelle « journée Révolutionnaire ». Dans la nuit du 9 au 10 août, le tocsin sonne aux clochers de la capitale.
Au matin du 10 août sous l’égide de Danton, une « Commune Insurrectionnelle » s'installe à l'Hôtel de ville, au lieu et place de la municipalité légale. Formée par 52 commissaires désignés avec la participation des Citoyens, elle défendit les idées des sans-culottes parisiens et devint un des organes principaux du gouvernement imposant son pouvoir en province. La Commune Insurrectionnelle de Paris contribua à la création du Tribunal révolutionnaire (17 août 1792), destiné à juger les suspects, resta passive face aux Massacres de septembre 1792, imposa la proscription des Girondins (2 juin 1793), la loi du maximum général (29 septembre 1793), l'institution de la Terreur et participa au mouvement de déchristianisation. Dominée en 1793 par le Comité de salut public dirigé par Robespierre, Saint-Just, et Couthon, titulaire des pouvoirs de police, elle nomma les policiers de Paris chargés d'incarcérer en masse les suspects. La Commune Insurrectionnelle de Paris perdit son influence après l'élimination des Hébertistes (24 mars 1794), la Convention nationale supprima la Commune de Paris et décida de guillotiner 93 de ses membres. La Constitution de l'an III (1795) remplaça la Commune de Paris par douze municipalités distinctes, coordonnées par un bureau central afin d'empêcher une nouvelle dictature populaire.

Devant le refus de l’Assemblée de respecter l’ultimatum, patriotes parisiens et Fédérés des départements envahissent les Tuileries le 10 août 1792.
Le roi gagne la terrasse des Feuillants. Face à lui, la foule des Parisiens l'accueille par des insultes : «À bas le veto ! À bas le gros cochon !». Le roi, la reine et le dauphin traversent alors le jardin des Tuileries pour chercher refuge au sein de l'Assemblée.
Le jeune officier d'artillerie Bonaparte est à ce moment-là au Carrousel, chez son condisciple Bourrienne. Ayant déjà assisté à l'Emeute du 20 juin, il en avait tiré cet avertissement : « Les misérables ! On devrait mitrailler les premiers cinq cents, le reste prendrait vite la fuite !».
Le roi se réfugie dans l'enceinte de l'Assemblée législative, mais celle-ci, prenant acte du succès de l'Emeute, se retourne contre lui en le suspendant de ses fonctions. La constitution de 1791 étant, de fait, devenue caduque, elle décrète aussi l’élection d’une Convention nationale en vue de prendre toutes mesures « pour assurer la souveraineté du Peuple et le règne de la Liberté et de l'Egalité ».
En vue des élections des députés de la Convention, elle abolit les distinctions entre Citoyens actifs et Citoyens passifs. Elle instaure pour la première fois le suffrage universel (masculin) à deux degrés pour décider des nouvelles institutions du pays. Le soir du 10 août (séance de 9 heures), l’Assemblée législative désigne par acclamation un conseil exécutif provisoire, composé de six membres, comprenant Danton, ministre de la Justice, et Gaspard Monge, ministre de la Marine. Après une nuit de fortune, la famille royale est emmenée au donjon du Temple, médiocre reste de la forteresse de Pierre de Molay, au nord de Paris. En passant par la place Vendôme, elle peut voir la statue de Louis XIV jetée à bas : bientôt ce sera le tour de leurs têtes !
Ainsi s'effondre une monarchie presque millénaire qui avait construit la France de génération en génération, par des conquêtes et des alliances matrimoniales.
Les troupes ennemies marchent sur Paris inexorablement, faisant tomber les forteresses les unes après les autres. C’est dans ce contexte que Danton déclare le 2 septembre 1792 : « De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace et la Patrie sera sauvée ». Le Peuple, entre panique et rancœur, rend responsable de la situation les ennemis de l'intérieur. Entre le 2 et le 6 septembre 1792, il massacre les prêtres réfractaires, les suspects d'activité contre-révolutionnaire et les détenus de droit commun incarcérés dans les prisons à Paris. Les tueries durent plusieurs jours sans que les autorités administratives osent intervenir, et les députés ne les condamneront pas avant plusieurs mois. Ces massacres de Septembre, qui frappent l'opinion, marquent un tournant essentiel dans la Révolution.

Les élections à la Convention se déroulent au cœur des massacres de Septembre. Sur 7 millions d’électeurs, on estime que 90 % se sont abstenus. Le choix des députés appartient donc à une minorité décidée. Comme en 1789, le scrutin à deux tours a pour effet d'éliminer les classes populaires de la représentation nationale. Les élus sont presque tous issus de la bourgeoisie. Un tiers vient des métiers de justice. La Convention se réunit pour la première fois. Elle dispose provisoirement des pouvoirs législatif et exécutif. Elle décide d'abolir la royauté. Le 22 juin 1791, alors que l’on ignorait encore à Paris l’arrestation du roi à Varennes, le club des Cordeliers envoyait une adresse aux députés de l’Assemblée exigeant la république. Toutefois, cette adresse était loin de faire l’unanimité ; de nombreux membres, comme Danton, prônaient seulement la déposition du roi et l’instauration d’un conseil de régence. Ce point de vue était également celui du club des Jacobins. Quant à la majorité patriote de l’Assemblée, l’événement la plonge dans l’embarras. Elle reste en effet profondément monarchiste et refuse de se laisser entraîner à l’établissement de la république, synonyme pour beaucoup de désordre (voire d’Anarchie au sens propre du terme) ou, au mieux, de dangereuse Utopie.

Le 22 septembre 1792, la république est proclamée. C'est pour les Révolutionnaires, le début d'une ère nouvelle. Malgré la relative homogénéité sociale de l’Assemblée, deux camps antagonistes s'opposent. Les Brissotins ou Girondins se méfient du Peuple parisien. Leurs appuis sont en province et parmi la riche bourgeoisie du négoce et des manufactures. Ils sont très attachés aux Libertés individuelles et économiques de 1789 et répugnent à prendre des mesures d'exception pour sauver la jeune république à laquelle ils sont pourtant attachés.
Les Montagnards sont plus sensibles aux difficultés du Peuple. Ils sont prêts à s'allier au Peuple, notamment aux sans-culottes de la Commune de Paris et à prendre des mesures d'exception pour sauver la république. Leurs chefs sont, entre autres, Robespierre, Danton, Marat, Saint-Just.
A présent, la Lutte s’engageait de manière encore plus radicale entre Girondins et Montagnards : leur vision éthique était trop contradictoire pour espérer une entente cordiale, alors même qu’ils avaient commencé la Révolution ensemble. Les premiers reconnaissaient les humains comme naturellement « imparfaits » (mais qu’est-ce que la perfection, et existe-t-elle seulement ?), avec leurs vices (mais aussi leurs vertus) et leur égoïsme (mais également générosité), comprenant de fait (sans excuser pour autant) le droit au préjugé et à l’erreur, tout autant que l’aspiration au progrès et au bonheur. Les gens du sommet des gradins du Club des Jacobins aspirait à un air pur, et voulait donc ignorer les faiblesses et turpitudes du genre humain : obnubilés par Rousseau (l’humain naît naturellement bon, c’est la société qui le corrompt : leitmotiv des terroristes modernes comme des instigateurs de la Terreur et des totalitarismes), ils entendaient construire un autre monde, par la force et le pas cadencé vers la vertu, marqué par l’angélisme de leur conception de l’humain.
Les Girondins, qui dominaient l’Assemblée et pour un large temps le Club des Jacobins, rendirent furieux les Montagnards par leur mainmise sur le nouveau pouvoir, lorsqu’ils s’emparèrent au printemps 1792 du ministère et déclarèrent la guerre aux dynasties européennes pour sauvegarder / consolider les acquis d’une Révolution jugée aboutie dans ces grands principes, et pour les exporter auprès des autres Peuples. Bien que les Montagnards n’approuvaient pas toujours l’idéologie des sans-culottes (la radicalité des doctrines sociales et économiques des clubs populaires les effarouchaient), ils les travaillèrent au corps (eux qui avaient déjà la peur et la faim au ventre) à grosse dose de propagande afin de renverser la monarchie (qu’ils ne dénigraient pas au départ – si ce n’est ce roi là et ce style-là de gestion royale) et d’abattre les Girondins.
Les Girondins quant à eux étaient des plus effrayés par rapport aux pouvoirs usurpés de la Commune légale (par l’Insurrectionnelle) et par les agitateurs de Paris couverts par les Montagnards. Ils voulaient surtout assurer l’Indépendance et la Liberté de la Convention, noyautés par un Peuple manipulé dans ses plus bas instincts, d’autant plus facilement qu’il s’ouvrait doucement à la vie Citoyenne et à ses côtés obscurs (désinformation, propagande plus ou moins grossièrement mensongère, culte des personnalités, …).
Alors que les Girondins se bornaient à rester dans le Droit en respectant les ressources légales et les débats parlementaires, les Montagnards, dans l’illégalité la plus totale, recouraient aux forces populaires de l’Insurrection chaque fois que la majorité leur échappait à la Convention.
Ainsi, lors du procès du roi, il fallut décider qui déciderait du sort de Louis XVI. Les Girondins avaient essayé d'éviter le procès du roi craignant que celui-ci ne ranime la contre-révolution et ne renforce l'hostilité des monarchies européennes. Mais, la découverte de « l'armoire de fer » aux Tuileries le 30 novembre 1792 rendit le procès inévitable (les documents trouvés dans ce coffre secret prouvent sans contestation possible la trahison de Louis XVI). L’opinion française et l’armée étant plutôt favorable à la clémence (sans rien excuser pour autant), Robespierre s’appuya sur les patriotes zélés pour marquer sa victoire et sa « pré-science » sur ce qui était vraiment bon pour le pays (comme dans tout totalitarisme qui se respecte, le chef sait, les autres se doivent de suivre aveuglément). Mais les Girondins, soucieux d’offrir un jugement équitable et digne (principe de base d’une vraie justice, véritablement Juste), s’emportèrent et réclamèrent à corps et à cri le respect de la doctrine constitutionnelle et en appelèrent au Peuple par le biais d’un référendum.
À l'issue des débats, le roi est reconnu coupable à une écrasante majorité, 693 voix contre 28. Il est condamné à mort par une majorité plus étroite, 366 voix contre 334. Le sursis et l'appel au Peuple demandés par les Girondins est repoussé. La solution montagnarde l’emporta, inaugurant une république étrangère à ses propres principes Démocratiques. Un état policier et terroriste se mettait en place, état dictatorial où la surveillance était partout, la confiance nulle part, la sûreté pour personne.

Les souverains d'Europe réagissent en formant la première coalition en février 1793. Les Girondins décident alors le 24 février 1793 la levée de 300 000 hommes. Cette levée doit se faire par tirage au sort, ce qui rappelle fâcheusement les pratiques de l'Ancien Régime. L'annonce de cette levée provoque des Soulèvements ruraux en Alsace, en Bretagne et dans le Massif Central, Soulèvements aussitôt réprimés par la force. Mais la Convention vote une loi qui met en place une véritable logique de terreur : tout Rebelle pris les armes à la main sera exécuté dans les 24 heures sans procès.
Début mars 1793, l'Insurrection vendéenne commence. Au Sud de la Loire, la levée des 300 000 permet une alliance des paysans déçus par la Révolution, du clergé réfractaire et des nobles. Alors que les départements n'existent que depuis 1789 et que l'Insurrection se développe bien au delà de la Vendée, très vite, à la Convention, on parle de « Guerre de Vendée », argument des Montagnards et des Sans-culotte pour stigmatiser la mollesse des Girondins et réclamer des mesures d'exception auxquelles ces derniers répugnent. Les Girondins sont obligés d'accepter la création du Comité de Salut Public et du Tribunal Révolutionnaire.
Depuis des semaines, Marat dénonçait comme traître à la patrie le héros de Valmy, le vainqueur de la Belgique, que Danton voulait envoyer conquérir la Hollande. S'attaquer au général Dumouriez apparut d'abord de la part de Marat comme une folie. Au cours d'un séjour à Paris, Dumouriez intrigua, laissa percer son ambition personnelle et la politique modérée qui allait le conduire à la trahison. Marat devenait chaque jour plus violent. Enfin, le 31 mars, il annonce aux Jacobins la fuite de Dumouriez et somme Danton de s'en expliquer puisqu'il n'a cessé de le protéger. Le Peuple s'ameute contre les députés suspects. Directement menacés, les Girondins jettent les dés. Un appel aux armes vient d'être publié aux Jacobins, la Gironde en accuse Marat et le décrète d'arrestation. Il est trop tard pour endiguer le flot qui monte. La désertion de Dumouriez a porté à son comble la popularité de Marat : son procès sera la condamnation des Girondins. Il est notable que, par un étrange symbole de cette Révolution, l'appel nominal pour le scrutin (vote nominal motivé) ne fut réclamé à la Convention que pour Louis XVI et Marat : parfaite image des deux forces entre lesquelles comptait s'élever la bourgeoisie Révolutionnaire, l'ancien régime et le Peuple. Marat se constitua prisonnier et fut acquitté le 24 avril. La pression populaire avait été si vive que son acquittement ne pouvait faire de doute. La foule le porta en triomphe ; on va maintenant frapper les coupables, tous ceux dont Marat a déjà demandé l'arrestation et que la Convention a refusée comme elle a ajourné son plan économique que reprendra plus tard le Comité de salut public.
En avril-mai 1793, Hébert est de ceux qui désignent les Girondins à la vindicte populaire. Le coup d’arrêt tenté par la Convention, qui fait arrêter Hébert le 24 mai 1793, échoue devant la réaction menaçante des sections. La popularité d’Hébert en est considérablement renforcée. Il est alors un des chefs de la Révolution en marche.
Le 2 juin 1793, à partir de la légende selon laquelle, avec l’aide des départements, les Girondins méditaient, contre Paris, un démantèlement de la France, les Girondins furent éliminés de la Convention sous la pression des gardes nationaux. Les Montagnards se sont alliés avec les factions les plus extrémistes du Peuple parisien pour parvenir au pouvoir. A l'appel de Robespierre, des sans-culottes parisiens guidés par Varlet et Roux, chef de fil des Enragés, encerclent la Convention et réclament la mise en accusation des députés de la Gironde qui gouvernent le pays. Ils leur reprochent leur incapacité à faire face à l'invasion étrangère et les soupçonnent de préparer le retour de la monarchie. Le 2 juin, les 25 députés girondins seront arrêtés et envoyés à la guillotine. A la faveur de ce coup d'état parisien, les députés de la Montagne prendront le pouvoir et installeront la Grande Terreur. C’était la fin, pour longtemps, du rêve d’un état tolérant, basé sur la Démocratie et la Liberté, où la justice avait toute sa place dans le cadre du pluralisme et de la diversité. La porte était ouverte à l’idéologie radicale, motivée par la rigidité de principes et de contraintes méprisant les humains et voulant leur imposer une perfection qui poussa à la paranoïa.
L’attitude d’Hébert change après la mort de Jean-Paul Marat (13 juillet 1793, assassiné par la Fédéraliste Charlotte Corday) et la crise de l’été : elle tend à se radicaliser toujours davantage. Jusqu’en août 1793, on voit Hébert soutenir avec fracas les Montagnards contre les Girondins.
Les frontières ont été franchies par les Espagnols au Sud-Ouest, les Piémontais au Sud-Est, les Prussiens, les Autrichiens et les Anglais au Nord et à l'Est. Pour conjurer ces périls et sous la pression des sans-culottes, les Montagnards prennent des mesures radicales. Hébert et ses amis restent néanmoins soucieux de ne pas trahir les intérêts profonds de la bourgeoisie et désavouent les sans-culottes lorsqu’ils prônent des mesures extrémistes en matière économique.
La Convention vote en juillet 1793, une constitution assez Démocratique et décentralisée, ratifiée par référendum. La Constitution de l'an I cherche à établir une véritable souveraineté populaire grâce à des élections fréquentes au suffrage universel, le mandat impératif et la possibilité pour les Citoyens d'intervenir dans le processus législatif. Il n'existe pas d'équilibre des pouvoirs. La Constitution de l'An I consacre un régime d'assemblée où le pouvoir est concentré entre les mains d'une seule assemblée. Elle est unique et élue pour un an au suffrage universel direct. Elle exerce le pouvoir législatif avec la participation des Citoyens par référendum. Le pouvoir exécutif est confié à un conseil composé de 24 membres qui sont élus indirectement par le Peuple. Il n'a aucun pouvoir d'action contre l'assemblée (aucun veto, aucun droit de dissolution, aucune initiative des lois). Approuvée par référendum dans des circonstances assez particulières (il y eut 5 millions d'abstentionnistes sur 7 millions d'électeurs en raison de la publicité du vote), cette Constitution ne fut jamais appliquée en raison de l'état de guerre intérieure et extérieure.

En province, les députés girondins qui ont pu échapper à la répression parisienne, appellent à la Révolte contre Paris dans les départements soutenus par les autorités départementales. À Marseille, à Lyon, les partisans des Girondins chassent les maires montagnards du pouvoir.
Tout ce que voulaient les Girondins était de redistribuer le pouvoir au plus près des besoins locaux, notamment au niveau des départements dernièrement créés. Face à l’hypercentralisation chère aux pouvoirs absolus d’ancien régime autant que de la nouvelle république (pour s’accaparer et imposer une vision toute personnelle de la politique, sans conciliation ni concession possibles), les Girondins et les Peuples départementaux aspiraient à une Fédération d’entités regroupées et respectueuse des spécificités et attentes de chacun. A la chute des Girondins, de nombreuses Insurrections Fédéralistes éclatèrent contre le régime central castrateur (Lyon, Bordeaux, …).
Violemment réprimées par la Convention Montagnarde, elles provoquèrent le renforcement de la Terreur et du pouvoir central. Dés l'installation de la Commune de Paris le 10 août 1792, s'exprima le mécontentement des provinces devant la centralisation Révolutionnaire et la dictature de Paris. La crise devint Insurrection lors de l'éviction des chefs girondins qui, pour la plupart, fomentèrent des Révoltes. L'Insurrection toucha particulièrement l'Ouest, le Sud-Est et le Sud-Ouest. Marseille Résista jusqu'en août 1793. Lyon soutint un siège de deux mois et la ville de Toulon, soutenue par les Anglais, se rendit en décembre 1793 en particulier grâce au jeune Napoléon Bonaparte. Les représentants en mission munis de pouvoirs dictatoriaux, réussirent à vaincre les Soulèvements mais l'œuvre décentralisatrice de la Constitution de 1791 fut définitivement ruinée.
La Terreur (qui donnera le nom de terroriste) allait s’installer, avec son cortège d’absolutisme meurtrier, où tous ceux qui ne sont pas d’accord à 200% sont jugés ennemis à la Cause Révolutionnaire (comme plus tard Lénine et tout autre communiste, s’inspirant de Robespierre, pour le « bien commun »).

Après la fin de la Terreur avec la chute de Robespierre, François Noël Babeuf, connu sous le nom de Gracchus Babeuf (23 novembre 1760 à Saint-Quentin (Picardie) – Paris le 8 prairial an V, soit le 27 mai 1797), un Révolutionnaire français, fomenta contre le directoire la « conjuration des Égaux » et fut exécuté. Sa doctrine, le babouvisme, est précurseur du communisme.

Inspiré par la lecture de Rousseau, et constatant les conditions de vie très dures de l'immense majorité de la population, il développe des théories en faveur de l'Egalité et de la Collectivisation des terres. En 1788, il commence l'écriture du Cadastre perpétuel, qui sera édité en 1789.
En mars 1789, Babeuf participe à la rédaction du cahier de doléances des habitants de Roye. Suite à l'échec de son Cadastre perpétuel et surtout au début de la Révolution française, il devient journaliste. Il est ainsi correspondant du Courrier de l'Europe (édité à Londres) à partir de septembre 1789.
Il se bat contre les impôts indirects, organise pétitions et réunions, prônant une société nouvelle sur la base de l´Egalité des jouissances, l´appropriation Collective du sol et des fabriques. Il se rattache ainsi au mouvement des sans-culottes de Paris, tout en élargissant leurs conceptions à la France rurale. En conséquence, il est arrêté le 19 mai 1790 et emprisonné. Il est libéré en juillet, grâce à la pression du Révolutionnaire Jean-Paul Marat. À la même époque, il rompt avec le catholicisme (il écrira en 1793 : « Le christianisme et la Liberté sont incompatibles »).
Il lance son propre journal en octobre 1790, Le Correspondant picard, dans lequel il s'insurge contre le suffrage censitaire mis en place pour les élections de 1791. Le journal est contraint à la disparition quelques mois plus tard, mais Babeuf continue à se mobiliser aux côtés des paysans et des ouvriers picards. Il est contraint de fuir à Paris en février 1793.

Revenu à Paris, Babeuf prend parti pour les jacobins contre les girondins. Il entre en mai 1793 à la Commission des subsistances de Paris. Il y soutient les revendications des sans-culottes.
Il est ensuite emprisonné du 14 novembre 1793 au 18 juillet 1794. Dix jours après sa libération, c'est le coup d'état contre Robespierre et les montagnards, le 9 thermidor (27 juillet 1794). Babeuf critique l'action des montagnards concernant la Terreur, disant : « Je réprouve ce point particulier de leur système », mais inscrit son action dans leur continuité, tout en voulant passer de l'Egalité « proclamée » à l'Egalité dans les faits (la « parfaite Egalité » pour laquelle il milite).
À partir du 3 septembre 1794, Babeuf publie le Journal de la Liberté de la presse, qui devient le 5 octobre Le Tribun du Peuple. Ce journal acquiert une forte audience. Il adhère à la même période au Club électoral, club de discussion de sans-culottes. Le 3 novembre, il demande que les femmes soient admises dans les clubs.

Abandonnant le prénom Camille, qu'il avait adopté en 1792, il se fait alors appeler Gracchus, en hommage aux Gracques, initiateurs d'une réforme agraire dans la Rome antique. Babeuf défend la nécessité d'une « Insurrection Pacifique ». Il est de nouveau incarcéré le 19 pluviôse (7 février 1795).
De fait, nombre de Révolutionnaires sont alors en prison, ce qui est l'occasion pour Babeuf de se lier avec des Démocrates comme Augustin Darthé ou Filipo Buonarroti.
Né à Pise dans une famille de patriciens toscans descendant du frère du grand artiste Michel-Ange (Michelangelo Buonarroti), en 1789, il s'enthousiasme pour la Révolution et se rend en France, avant de passer en Corse, en novembre, pour y propager les idées Révolutionnaires. Considérant l'île comme un conservatoire des formes primitives de communautarisme et d'Egalitarismes agraires, il s'intéresse au régime de la propriété, notamment des propriétés communales. Arrêté à Menton comme « robespierriste » en mars 1795, il est enfermé à la prison du Plessis, à Paris, où il fait la connaissance de François-Noël Babeuf. Tous deux élaborent une doctrine communiste. Libéré, Buonarroti est parmi les fondateurs du club du Panthéon, dont il est un temps président, et y introduit les écrits et analyses de Babeuf.
Libéré le 18 octobre 1795, Babeuf relance rapidement la publication du Tribun du Peuple.
Le gouvernement a une politique de répression de plus en plus forte avec la fermeture du Club du Panthéon, où sont présents nombre d'amis et de partisans de Babeuf, et la tentative d'arrestation de Babeuf en janvier 1796. Mais il parvient à s'enfuir et entre dans la clandestinité.
Cette impossibilité d'agir légalement aboutit à la création de la
« Conjuration des Egaux » dirigée par Babeuf, Darthé, Filipo Buonarroti, Sylvain Maréchal, Félix Lepeletier (frère de l'ancien député Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau), Antoine Antonelle. Le réseau des « Égaux » recouvre tous les arrondissements de Paris et de nombreuses villes de province, dans un contexte d'exaspération sociale due à la vie chère. À sa tête, un « Directoire secret de salut public », dirigé par Babeuf, coordonne la Lutte. Le but est de continuer la Révolution, et d'aboutir à la Collectivisation des terres et des moyens de production, pour obtenir « la parfaite Egalité » et « le Bonheur commun ». Ils demandent également l’application de la Constitution de l'an I (datant de 1793, première constitution de la république, qui ne fût en fait jamais appliquée). Les idées de la Conjuration sont en particulier exposées dans le « Manifeste des Égaux » (1796). On peut y lire : « Il nous faut non pas seulement cette Egalité transcrite dans la Déclaration des Droits de l'humain et du Citoyen, nous la voulons au milieu de nous, sous le toit de nos maisons. Qu'il cesse enfin, ce grand scandale que nos neveux ne voudront pas croire ! Disparaissez enfin, révoltantes distinctions de riches et de pauvre, de grands et de petits, de maîtres et de valets, de gouvernants et de gouvernés. L'instant est venu de fonder la république des Egaux, ce grand hospice ouvert à tous les humains. L'organisation de l'Egalité réelle, la seule qui réponde à tous les besoins, sans faire de victimes, sans coûter de sacrifices, ne plaira peut-être point d'abord à tout le monde. L'égoïste, l'ambitieux frémira de rage ».
Plusieurs quartiers de Paris apparaissent gagnés par les idées des Égaux, et les proches de Babeuf ne prennent plus la peine de dissimuler leur activité séditieuse aux yeux de la police. Solidement implantée dans Paris, la propagande babouviste ne touche cependant pas que la capitale et l'on évoque les mêmes thèmes çà et là en province. Le Directoire considère que la propagande babouviste agite dangereusement l'opinion et, le 2 mai 1796, il ordonne le licenciement et le désarmement de la légion de police car, séduite par « la faction babouviste », elle devenait chaque jour plus indisciplinée.
Grâce aux informations d'un indicateur, la police arrête Babeuf, Buonarroti, Darthé et les principaux meneurs des Égaux le 10 mai 1796. Une tentative populaire de les Libérer échoue le 29 juin. Une deuxième tentative échoue également. Pour éviter que le Peuple ne les Libère, les Égaux sont transférés à Vendôme (Loir-et-Cher).
Une haute cour est constituée, et le procès s'ouvre à Vendôme le 20 février 1797 en présence de deux ministres. Le 16 avril, Lazare Carnot, qui entendait faire cesser les revendications Egalitaires, avait fait voter une loi qui punissait de mort l'apologie de la Constitution de 1793 et les appels à la dissolution du Directoire. Babeuf, à qui on reproche l'initiative du complot, et Darthé, qui s'est enfermé lors des débats dans le mutisme le plus total et à qui l'on reproche la rédaction de l'ordre d'exécution des Directeurs, sont condamnés à mort. Babeuf et Darthé tentent de se suicider et sont guillotinés le 27 mai 1797. Buonarroti, Germain et cinq autres accusés sont condamnés à la déportation. Cinquante-six autres accusés, dont Jean-Baptiste-André Amar, sont acquittés.

Certains parlent d'un courant politique qui serait propre à Babeuf, le babouvisme dont se rapprocherait Auguste Blanqui, revendiquant l'Egalitarisme et esquissant un présocialisme utopique. Friedrich Engels et Karl Marx ont reconnu en lui un premier véritable militant communiste, et en la Conjuration des Egaux « le premier parti communiste ». Selon Rosa Luxemburg, Babeuf est « le premier précurseur des Soulèvements Révolutionnaires du prolétariat ».
À Paris après 1830, Buonarroti fonde plusieurs loges maçonniques, devient un membre actif de la Charbonnerie (société initiatique et secrète – qui tire son nom des rites d'initiation des forestiers fabriquant le charbon de bois dans le Jura à l'origine –, originaire d'Italie, à forte connotation politique, qui eut un rôle occulte important sous la Révolution Française, et qui contribua efficacement à l'unification de l'Italie).
Après 1817, le carbonarisme entretint une Agitation endémique dans la péninsule. Elle débuta par le Soulèvement de Macerata, dans les Marches pontificales (1817), et elle culmina dans la vague Révolutionnaire de 1820-1821, à Naples et en Piémont où Charles-Albert de Savoie-Carignan, héritier du trône, avait encouragé les Conspirateurs. En juillet 1820, une Insurrection à Naples fut organisée par les Carbonari et dirigée par le général Gabriel Pepe, qui demanda à Ferdinand Ier une constitution. La Révolte de Nola obligea Ferdinand Ier à accorder une constitution libérale au royaume de Naples et prendre pour premier ministre le chef de l’Insurrection. En mars 1821, une Insurrection au Piémont fut organisée par les Carbonari et dirigée par l'officier Santorre di Santarosa, qui obtint l'abdication du souverain et l'accession au trône d'un roi libéral Charles-Albert.
Dans les deux cas, le souverain accorda une constitution. Dans les deux cas, les troupes autrichiennes intervinrent pour rétablir l'absolutisme dans le cadre de la politique des Congrès : congrès de Troppau en octobre 1820 et de Laybach en janvier 1821 : le pape défendait le principe de légitimité face aux mouvements Insurrectionnels d’Espagne et de Naples et approuvait les interventions des forces de la Sainte-Alliance (conférence de Vienne réunissant les princes allemands contre les menaces de Révolutions). Dans les deux cas, la constitution fut ensuite abrogée et la répression féroce.
Buonarroti écrivit de nombreux textes et il publia notamment en 1828 à Bruxelles, une Histoire de la Conspiration pour l'Egalité, dite de Babeuf qui le rendit célèbre et le fit apparaître comme l'ancêtre des Révolutionnaires « professionnels » de l'Europe.
Un des principaux instigateurs des mouvements Révolutionnaires des années 1830, il intervient à la Société des Droits de l'Homme. Il joue également un grand rôle dans la formation politique de Raspail, de Louis Blanc ou d'Auguste Blanqui. Arrêté une dernière fois à 72 ans, en octobre 1833, il meurt dans la misère, aveugle, en 1837.

Publié dans : Lendemain du Grand Soir - Communauté : Anarchie
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

La remise en question de l'absolutisme en France et ailleurs

Télécharger le fichier : 03 - Les crépuscules des dogmes


La guerre des Camisards (en réalité une guérilla), qui dura de 1702 à 1705, Souleva certains protestants cévenols contre le gouvernement royal et catholique qui les persécutait. Quelques actions violentes sporadiques furent poursuivies jusque vers 1709.
Ce nom fut donné aux Protestants des Cévennes du Gard et de la Lozère qui prirent les armes quelques années après la révocation de l'édit de Nantes (1685), réclamant la Liberté de conscience (il ne semble pas y avoir eu de raisons économiques ou fiscales à leur Révolte). De simples artisans et paysans tinrent tête à deux maréchaux de France et mirent en échec pendant près de trois ans les troupes de Louis XIV venus les forcer à se convertir ou les exterminer. Troupes qui formaient pourtant une des meilleures armées d'Europe. Voilà qui fut incompréhensible pour le roi et les puissances étrangères.

Les Rebelles sont d'abord désignés comme barbets, le nom donné aux Vaudois du Moyen Âge, pratiquement exterminés au XVIè siècle. Le mot « camisard » donné aux Insurgés des Cévennes retenu finalement par la mémoire collective peut avoir trois origines :
* camise, c'est-à-dire chemise que les combattants portaient par dessus leurs vêtements,
* camins, (l'occitan nasalise très peu et l'on entend « camiss »), c'est-à-dire « chemins ». Grâce à une bonne connaissance du terrain, les camisards prenaient des chemins détournés et surprenaient les troupes royales,
* un dérivé du terme camisade, attaque nocturne, que l'on trouve dès le quinzième siècle pour désigner une attaque nocturne en ordre dispersé, pour semer la confusion, et disparaître aussitôt.
Mais les Insurgés eux-mêmes se désignaient par le nom « Enfants de dieu », ou tout simplement « les frères ». Les catholiques, et ceux des protestants opposés à la Révolte armée, les appelaient aussi « fanatiques ». Les Cévennes à cette époque s'étendent à la plaine du Bas-Languedoc, et au XVIIIè siècle l'on parle de « guerre des
Cévennes » et non de « guerre des camisards ».

L'édit de Nantes est révoqué par Louis XIV en 1685, les protestants cévenols sont à nouveau persécutés par les Dragons (soldats) du roi soutenus par l'église catholique. Le roi interdit la pratique du culte réformé, ordonne la démolition des temples, oblige à baptiser dans la foi catholique tous les enfants à naître, ordonne aux pasteurs de quitter la France mais interdit aux simples fidèles d'en faire autant, sous peine de galères. Malgré l'interdiction qui leur est faite de s'enfuir, près de 300.000 « religionnaires » français, trouvent moyen de quitter la France pour des refuges tels que Berlin, Londres, Genève, Amsterdam. Ces exilés issus de la bourgeoisie laborieuse vont faire la fortune de leur pays d'accueil et leur départ va appauvrir la France en la privant de nombreux talents. Ils vont aussi nourrir à l'extérieur les ressentiments contre la France et son monarque.
Les protestants restés en France (mais soutenus de l'extérieur par ceux qui sont partis) n'ont plus aucune Liberté de culte et doivent se cacher pour maintenir (parfois reprendre) leur activité religieuse. C'est le « Désert », par allusion au temps d'épreuve des Hébreux sous la conduite de Moïse, ou plutôt de dieu seul, sans autre cadre sécurisant.
Pour les « prédicants », c'est le maquis, notamment en Cévennes. Mais les curés et les soldats obligent les protestants cévenols à se convertir sous peine de galère, de prison, ou de mort, obligent les
« nouveaux convertis » à aller à la messe dans les églises romaines et dénoncent les récalcitrants auprès de l'intendant Basville. Basville accuse les prédicants d'être Rebelles au roi et en conséquence il intensifie la répression sanglante contre les protestants.
Las de ces massacres envers eux, certains paysans et artisans protestants des montagnes cévenoles s'organisent. Ils veulent se défendre et répondre à la violence qu'ils subissent depuis la Réforme.
Des laïcs, prédicants puis prophètes, prennent la relève des pasteurs exilés. Face à une répression impitoyable dans le Languedoc, les prophètes, d'abord Pacifistes, appellent à la Révolte.
Bientôt (1702), ces « Camisards » n'hésitent pas à brûler certaines églises (catholiques) et parfois à tuer les curés les plus
répressifs : l'assassinat de l'abbé du Chayla, qui joue un rôle de premier plan dans la répression, par une troupe dirigée par Esprit Séguier, au Pont-de-Montvert en Hautes Cévennes, déclenchera la Révolte armée.
C'est la prophétie d'Abraham Mazel qui a déclenché l'Insurrection. C'est encore la prophétie qui assure la conduite de la guerre et le développement des opérations.

Les attaques sont conduites par l'inspiration et les exhortations d'un prophète. Le rôle du prophète est essentiel dans cette guerre. Les principaux prophètes sont Esprit Séguier, Abraham Mazel, Elie Marion, Jean Cavalier (à la fois prophète et chef de troupe, ce qui lui assure un grand prestige). Se sentant conduits par l'Esprit de dieu, des paysans sans formation militaire se croient invincibles. Ils oublient leur sentiment d'infériorité face aux troupes royales. Ils se précipitent sur leurs adversaires au lieu de fuir comme cela se produit dans la plupart des Révoltes populaires. Ils foncent sur eux en entonnant à tue-tête un psaume. Devant cette détermination, ce sont les troupes royales qui se débandent.
Les camisards sont pour 31 % des paysans cévenols et pour 58 % des artisans ruraux dont les trois-quarts travaillent la laine comme cardeurs, peigneurs, tisserands. Les classes « aisées » sont très peu représentées dans les troupes camisardes. Aucun gentilhomme ne figure parmi les camisards, c'est-à-dire aucun homme formé au métier des armes. Cette absence de nobles à la tête de la Rébellion a tellement étonné les contemporains qu'ils ont supposé, à tort, que des gentilshommes protestants du Refuge étaient revenus en Cévennes prendre la tête des opérations. Jean Cavalier, l'un des chefs les plus prestigieux, était apprenti-boulanger. Mais on trouve néanmoins un certain nombre d'anciens soldats qui joueront un rôle important dans la formation des troupes au combat. Il n'y a pas d'armée unique ni de chef unique, mais de petites troupes par région avec des cadres permanents et des soldats occasionnels.
Les troupes étaient indépendantes, mais pouvaient se réunir pour une action, pour se séparer ensuite. Les camisards passaient facilement d'une troupe à l'autre. La souplesse de l'organisation et la décentralisation des Révoltés étaient leur force, ainsi que leur parfaite connaissance du terrain. Dès la bataille ou l'embuscade terminée, ils disparaissaient se fondant dans la population. Les camisards pratiquaient une forme de guérilla. Mais ils se battaient non pour une idéologie politique mais pour leurs convictions religieuses.
Mais Basville répond par le supplice des chefs camisards et une pression encore plus accrue sur la population. C'est l'escalade de la violence : violentes attaques de villages catholiques (Fraissinet de Fourques, Valsauve et Potelières) par les camisards, déportation par Basville des habitants de Mialet et Saumane, soupçonnés d'aider la troupe de Rolland, assassinats multiples des huguenots (protestants). On envoya contre les Camisards, en février 1703, le maréchal de Montrevel, qui ne put les réduire, et en 1704 le maréchal de Villars, qui ne les soumit qu'en détachant de leur parti un de leurs principaux chefs, Jean Cavalier. La plupart périrent dans les supplices.
De plus des catholiques lassés par l'inefficacité des troupes royales, ou simplement profitant de cette période troublée, forment des bandes de partisans appelés « camisards blancs » ou « cadets de la croix ». Ces bandes se livrent rapidement au brigandage, ce qui ajoute à la confusion. Le pays est à feu et à sang.
La complicité de la population est déterminante. Elle fournit les hommes pour les opérations militaires. Les troupes peuvent ainsi passer de quelques dizaines de permanents à quelques centaines et même mille pour la troupe de Cavalier. Puis les hommes regagnent leurs champs. La population fournit aussi les vivres, entreposés dans des caches avec les munitions. Aussi le maréchal de Montrevel est-il autorisé à déclencher l'opération « Brûlement des Cévennes » (destruction de 466 hameaux qui fera des milliers de victimes, et déplacement de la population en automne 1703), pour priver les Insurgés de leurs ressources et épouvanter les populations. La découverte de la cachette des magasins de Cavalier est une catastrophe pour lui et l'incite à se rendre.

Néanmoins, l'impossibilité pour les troupes royales d'anéantir la guérilla, bien que des moyens extrêmes aient été utilisés, comme le dépeuplement et incendie des maisons d'une grande partie des Cévennes, impose une négociation. Le maréchal de Villars, qui remplace le maréchal de Montrevel discrédité par sa nonchalance et la défaite de Martignargues, négocie avec Cavalier en mai 1704, et les camisards ainsi désunis finiront par se rendre petit à petit.
On peut considérer que la Révolte des camisards se termine à la fin de l'année 1704, avec la reddition de presque tous les Insurgés (seules de toutes petites troupes continueront clandestinement leur action), mais en 1705, les camisards partis à l'étranger tenteront, avec l'aide cette fois de bourgeois des villes, une Insurrection appelée généralement le « complot des Enfants de dieu ». L'enlèvement de l'intendant Basville et du chef des armées Berwick devaient donner le signal du Soulèvement. Le complot fut éventé, et la répression terrible : les principaux animateurs du mouvement, comme Catinat, furent brûlés vifs publiquement. Plusieurs années plus tard, en 1709, un nouveau Soulèvement fut tenté en Vivarais par Abraham Mazel, l'un des prophètes des camisards, mais se heurtant à une réaction militaire très prompte, il échoua, et Mazel fut tué près d'Uzès.
Les camisards n'ont pas obtenu la Liberté de culte qu'ils demandaient, et la répression religieuse continuera jusque dans les années 1770, avec leur cortège d'exécutions, emprisonnements, galères, etc. Cependant, à partir de 1715, et sous l'impulsion d'Antoine Court aidé d'anciens camisards comme Bonbonnoux, Gaubert ou Corteiz, l'église protestante se reconstituera sur des bases non-violentes.

L'Insurrection n'avait aucune origine économique, à la différence de la plupart des Révoltes populaires. Les Camisards prennent les armes dans un premier temps pour punir les persécuteurs les plus acharnés comme l'abbé du Chayla, puis pour obtenir le rétablissement du culte réformé. Mais en attendant, ils organisent des assemblées clandestines animées par des prophètes prédicateurs. Jean Cavalier était le prédicateur prophète le plus renommé, entouré de huit autres prédicateurs qui entraient tour à tour en fonction dans la troupe de Cavalier. Il y avait aussi des lecteurs et des chantres, car le chant des psaumes joua un grand rôle dans cette guerre. Ces cultes étaient ouverts à la population locale qui venait de toutes parts y assister. Ce rôle spirituel des camisards maintenait un lien très fort avec la population protestante cévenole.
Le pouvoir tirera la leçon de l'Insurrection des camisards, et saura limiter la répression au seuil au-delà duquel le désespoir pouvait pousser les protestants à la Révolte armée.

En 1715, l'année de la mort de Louis XIV, Law arrive en France pour offrir ses services d'économiste à Philippe d'Orléans. La dette de l'état français étant énorme, le régent se décida à suivre les audacieuses théories de Law : il lui permit de créer la Banque générale, autorisée à frapper du papier-monnaie contre de l'or et aidant l'état. Son idée économique est que l'argent est un moyen d'échange et ne constitue pas une richesse en soi. La richesse nationale dépend du commerce. Il est le père de la finance et de l'utilisation du papier-monnaie à la place du métal et des factures.

En 1717, il put créer la Compagnie d'Occident (ou Compagnie du Mississippi) responsable de la grande Louisiane française. En 1718, la Banque générale devint Banque Royale, garantie par le roi. En 1719, la compagnie d'Occident absorbe d'autres compagnies coloniales françaises, telle la Compagnie française des Indes orientales, et devient la Compagnie perpétuelle des Indes. En 1720, Banque Royale et Compagnie perpétuelle des Indes fusionnent, Law est nommé Contrôleur général des finances le 5 janvier.
Le 24 février, la fusion ordonnée par le gouvernement entre les divers éléments du système de Law provoque une crise de confiance. Les faibles revenus de la Compagnie du Mississippi rajoutent au discrédit. Entre février et octobre, toutes les actions sont vendues. Les actionnaires demandent en masse à récupérer leur or, que la société n'a plus L’effondrement des réserves après des conversions spectaculaires de billets en métaux précieux provoque l’écroulement de tout l’édifice. La banque s’épuise et cesse ses paiements.
Le 24 mars, ce fut la banqueroute du système de Law : il s'ensuit une crise économique en France et en Europe.

Law, sous la protection officieuse du Régent, fut contraint de fuir à Venise. Son système a ruiné bon nombre d'actionnaires, enrichi quelques autres et notablement assaini la dette de l'état, l'ayant fait prendre en charge par de nombreux épargnants. Mais il a fait perdre confiance dans le papier-monnaie... et l'état.

Des troubles spontanés, les premiers, éclatent en Corse en 1729 dans le Bozio et se propagent rapidement dans la Terra di Comune, à l’occasion des tournées des percepteurs de l’impôt (i raccoltori). Gênes se ressaisit, nomme gouverneur un ancien doge (Veneroso) et invite les notables à présenter des « doléances ». Les quelques mesures d’apaisement que prendra la sérénissime se révèleront insuffisantes pour faire retomber la tension et calmer la colère. Une consulta est réunie en 1730 et désigne des chefs, choisi parmi les familles de notables (Andréa Colonna-Ceccaldi, Luigi Giafferi et l’abbé Raffaelli). Au début de l’année 1731, une consulta générale est convoquée à Corte et est chargée de mettre en forme une série de revendications à adresser à la république de Gênes. Ça et là des Insurgés arborent le drapeau espagnol et sur la bannière à tête de Maure procèdent à une modification héraldique en relevant le bandeau des yeux sur le front et frappent la devise « adesso la Corsica a aperto gli occhi » (maintenant la Corse a ouvert les yeux) !
Gênes est déjà une puissance déclinante. Sur place ses moyens militaires sont limités. Elle est contrainte de faire appel à des puissances étrangères pour sauver ce qui peut encore l’être. Elle sollicite l’aide de l’empereur d’Autriche Charles V qui, en août 1731, envoie une expédition militaire sous le commandement du Baron Wachtendonck.
Les Corses, malgré leur vaillance, cèdent peu à peu sous la poussée des Austro-Génois. Une trêve est conclue en 1732 et les principaux chefs de la Rébellion sont soit emprisonnés, soit conduits à prendre le chemin de l’exil. Ils seront rapidement Libérés, à l’intercession de l’Autriche et un calme précaire s’installe dans l’île.
En effet, à la fin de l’année 1733 de nouveaux troubles éclatent. Les Insurgés se sont donnés pour chef Giacinto Paoli (ancien Noble Douze) qui va multiplier les coups de mains et les accrochages. Il défait les troupes génoises à Corte. Des Corses de l’extérieur rejoignent le mouvement, dont l’avocat Sebastiano Costa, chargé de la rédaction d’une « constitution ».
En 1735, la consulta de Corte rompt avec Gênes et proclame la souveraineté de la Corse. En l’absence de roi, la couronne est placée sous la protection de la Sainte Vierge, Jésus-Christ est fait gonfalonier du royaume et le Dio Vi Salvi Regina devient le chant de ralliement des Insurgés. La Corse est proposée au roi Don Carlos d’Espagne, puis à la France qui déclinent, l’une comme l’autre, l’offre. La consulta désigne trois primats du royaume : Andréa Colonna-Ceccaldi, Luigi Giafferi et Giacinto Paoli. Des institutions, auxquelles Pasquale Paoli donnera plus de force, sont mises en place.
La totalité du pouvoir est concentrée entre les mains des primats et d’une junte de douze personnes. La Révolte populaire, moyennant quelques concessions mineures comme la gestion des intérêts communaux par un podestat (assisté de deux pères du commun, élus par les assemblées villageoises), est récupérée par les notables (comme plus tard en France).
La volonté de rompre définitivement avec Gênes n’est pas clairement affichée. Les notables souhaitent avant tout que Gênes réduise le montant de l’impôt (suppression des Dui Seini, réduction de la gabelle sur le sel), autorise le port des armes, accroisse son aide au développement agricole, rétablisse la liberté du commerce et permette l’admissibilité des Corses aux évêchés et aux abbayes. Ils demandent également la constitution d’un ordre de noblesse pour les feudataires (avec le titre de baron) et leur admission aux fonctions judiciaires et administratives. Nous sommes bien face à une Révolte de notables qui avancent des préoccupations de classe pour consolider la situation économique de propriétaires terriens exportateurs et obtenir des places dans l’administration et dans l’église. En contrepartie de la reconnaissance de ces droits, ils offrent une collaboration vigoureuse pour assurer le maintien de l’ordre, promettant même d’appliquer la loi du talion (œil pour œil, dent pour dent).
Ainsi et si toute possibilité d’accord ou d’entente avec Gênes sur ces demandes ne fut jamais exclue par les chefs de la Révolte, la réponse qu’y apporta la république a été de répandre la guerre et de semer la dévastation. Une littérature de combat essaie de convaincre l’Europe éclairée du bien-fondé de la Révolte des Corses, notamment le « Disinganno intorno alla Rivoluzione di Corsica » (Mise au point à propos de la Révolution de Corse) de l’abbé Natali en 1736.
C’est alors qu’un personnage singulier apparaît sur la scène insulaire, le baron Théodore de Neuhoff (1694-1756).

Personnage douteux, bouffon, roi d’opérette, sous la plume des historiens les qualificatifs abondent pour se moquer de cet aventurier. L’historiographie récente est plus indulgente : « en somme, Théodore eut un tort : celui d’avoir échoué. L’Histoire pardonne rarement aux vaincu ».
En avril 1736, au couvent d’Alesani, il est proclamé roi de Corse tandis qu’on lui fait approuver une « constitution » monarchique : Diète de vingt-quatre membres, impôt modeste, création d’une université, création d’un ordre de noblesse, accession des Corses à tous les emplois publics qui, au demeurant, sont interdits aux Génois.
Théodore prend son rôle au sérieux et avec courage et même avec un certain panache : il organise une armée régulière, crée une monnaie frappée des initiales T.R. pour Theodorus Rex que les mauvais esprits traduisent vite, s’ils sont insulaires par « tutto rame » (tout en cuivre) et par « tutti ribelli » (tous Rebelles), s’ils sont Génois. Théodore supprime, pour encourager les échanges commerciaux, les droits d’entrées des matières premières et des produits industriels. Et, ce qui en surprend plus d’un en Corse, il garantit la Liberté de conscience.
Gênes fait tout pour jeter le discrédit sur le personnage. Les puissances continentales, amusées, suivent l’évolution de la situation insulaire avec intérêt.
Sur le plan militaire, l’expérience de Théodore n’est pas concluante. Il est vite confronté à la désaffection de ses sujets et en premier lieu des notables qui l’avaient placé sur le trône. En novembre 1736, il quitte la Corse pour quérir subsides et secours extérieurs. Ses tentatives de retour, en 1738 et 1743, se soldent chaque fois par un échec. Aucun de ses anciens collaborateurs ne sera aux rendez-vous (dès son départ en 1736, les notables avaient sollicité une trêve avec Gênes), tandis qu’il est bien accueilli par les paysans chez qui sa popularité est intacte.
Théodore meurt à Londres dans le dénuement le plus total après avoir été, un temps, emprisonné pour dettes. Ainsi disparaît celui qui fut un roi éphémère, mais qui aura toujours conservé une haute idée de la charge que lui avait confiée les insulaires. C’est également la première fois que l’idée d’indépendance nationale s’est clairement affirmée avec le roi Théodore.

Les conditions que met Gênes pour conclure une trêve avec les notables Insurgés sont telles qu’elles rendent impossibles le dépôt des armes. La Corse est alors le théâtre d’une véritable « guérilla » avec son cortège d’atrocités et de désolations : razzias, représailles, destruction de villages, de récoltes, etc.
Gênes se tourne vers la France qui manifeste un intérêt croissant pour la Corse.
Bien que les chefs historiques de la Rébellion soient partis en exil, en 1739, l’agitation et l’insécurité persistent dans l’île.
La France fait sa réapparition en septembre 1747 en se portant au secours de la république ligure et en fournissant un premier contingent qui libère Bastia assiégée. De nouvelles troupes, placées sous le commandement du maréchal De Cursay sont dépêchées dans l’île pour faire face aux attaques des Austro-Sardes et d’une partie des insulaires conduits par Alerio Matra.
De Cursay est investit d’une mission de conciliation. Il réussit à se rallier les notables, dont Gian Pietro Gaffori. Ses initiatives dans les domaines économiques et culturels irritent les Génois qui obtiennent son rappel en France, en 1752. Son départ permet à Gaffori de s’imposer, de prendre seul la tête de l’Insurrection et de mettre en place un « gouvernement » qui marque une véritable rupture avec Gênes. Mais il est assassiné en octobre 1753 à l’instigation de Gênes.
S’ouvre alors une nouvelle période de troubles et de confusion au cours de laquelle chaque chef de « parti » s’efforce de gagner en influence. Un directoire de quatre membres est élu à Corte, en octobre 1753 et présidé par Clément Paoli, fils aîné de Giacinto Paoli. Les puissances continentales se désintéressent de la situation malgré les appels que leur adressent les Insurgés. Sur le plan intérieur, les notables sont incapables de conduire un conflit d’envergure contre l’occupant génois.
Les Insurgés sont en quête d’un nouveau chef. Ils le trouvent en la personne de Pasquale Paoli, fils de Giacinto et frère cadet de Clément, qui a suivi son père dans son exil napolitain et qui enseigne au service du roi de Naples, qui est alors en garnison dans l’île d’Elbe.

Pour l’Europe d’alors, Pasquale Paoli est l’incarnation de la Liberté et de l’Indépendance de la Corse.
Il reçoit une solide instruction en étant l’élève du célèbre philosophe Antone Genovesi (1713-1769) et prend connaissance des doctrines des philosophes, celle notamment de Montesquieu, plus particulièrement de « L’Esprit des Lois » et « Considérations sur les causes de la grandeur des Romains ». Il suit avec intérêt les affaires de la Corse où son frère aîné, Clément, est particulièrement engagé. Celui-ci et quelques amis font appel à lui pour briguer la magistrature suprême. Il accepte, mais à la condition d’être le chef et d’agir en toute indépendance.
Il se met en congé et débarque en Corse en avril 1755. Quelques jours plus tard, il prend une part active à la « Consulte de Caccia » où est voté un ensemble de règles cohérentes, notamment dans le domaine de la justice. Le 13 Juillet 1755, il est élu « Général de la Nation » (Capu Generale) par la Consulte Suprême générale du Royaume de Corse.
Son élection ne fait pas l’unanimité et c’est, non sans difficultés, qu’il étend son emprise sur la Corse, en plusieurs étapes. Il ne réussit cependant pas à contrôler les présides (sièges de garnison) côtières restées aux mains de Gênes (Bastia, Ajaccio, Calvi, Bonifacio, Saint-Florent). Cela va peser sur l’avenir.
Le pays conquis, il faut l’administrer. Pour s’imposer autrement que par la force des armes et parce que tel est son idéal, Pasquale Paoli s’attache à réaliser mieux que ses prédécesseurs l’unité morale et politique de la Nation.

Il fixe la capitale à Corte, il y fait adopter en novembre 1755 une « Constitution », modifiée à plusieurs reprises et dans laquelle sont affirmées la souveraineté de la nation corse ainsi que la séparation des pouvoirs. Il fait frapper monnaie, dote la justice de tribunaux réguliers, crée une armée (davantage une milice populaire) et s’efforce de doter le pays d’une petite flotte marchande et d'une de guerre qui s’emparera de l’îlot de Capraja en 1767.
Sur le plan économique, il encourage le développement de l’agriculture (il introduit notamment la culture de la pomme de terre dans l’île, ce qui lui valut le surnom de « generale delle patate »), fait assécher les marais. Il stimule le commerce mais le blocus des villes maritimes dont il n’a pu chasser les génois en empêche l’épanouissement. Afin de créer des échanges nouveaux et contrebalancer le pouvoir de Calvi, place forte génoise, il fonde l’Ile Rousse. Désireux d’aider la nation corse à s’affirmer, il organise l’école primaire et fonde une université à Corte qui accueille les étudiants à partir du 3 janvier 1765.
Une intense propagande est assurée à destination externe, comme à vocation interne, avec les « Ragguali dell’Isola di Corsica » (Nouvelles de l’île de Corse), sorte de journal officiel imprimé en Corse et qui fait l’apologie du régime paoliste. En 1758, est publiée la « Giustificazione della Rivoluzione di Corsica » de l’abbé Salvini, manifeste des Insurgés. L’écrivain écossais James Boswell (1740-1795) sera le thuriféraire enthousiaste de la Corse indépendante et de Paoli en particulier qu’il compare, après leur rencontre en 1765, à « Cincinnatus » (dictateur romain – qui a les pleins pouvoirs, notamment militaires, qui lui sont donnés par le sénat – il sauva Rome, célébra un triomphe et abdiqua de sa charge : sa restitution du pouvoir absolu dès la fin de la crise devint un exemple de bon commandement, de dévouement au bien public et de vertu de modestie). Son livre « An account of Corsica » paraît en 1768, suivi l’année d'après de « Essays in Favour of the Corsicans », et obtient un immense succès dans toute l’Europe.

Faut-il qualifier de constitution, au sens où nous l’entendons de nos jours, les institutions mises en place par Paoli durant son généralat ? Sans doute poussé par l’état de guerre permanent contre Gênes et contre des ennemis intérieurs, Paoli a-t-il été contraint de s’adapter aux nécessités que les circonstances lui dictaient. L’acte constitutionnel adopté en 1755, retouché à plusieurs reprises par la suite, est une synthèse cohérente de traditions institutionnelles proprement locales et des différents statuts que Gênes a appliqués à la Corse. Les attributs de la souveraineté sont identifiés.
La souveraineté populaire y est affirmée dans le préambule de l’acte de 1755. Le droit de vote est reconnu aux personnes âgées de vingt-cinq ans, chargées d’élire, au niveau des Consulte communales, un délégué pour mille habitants. Les délégués siègent à la « Dieta Generale del Popolo di Corsica » à laquelle est confié le pouvoir législatif : édicter les lois, fixer les impôts et déterminer la politique de la nation. La Dieta désigne les membres du conseil d’état.
Le pouvoir exécutif est confié à un conseil d’état (Consilio Supremo). Fixée, dans un premier temps (1755), à cent quarante-quatre membres, nommés à vie, sa composition est ramenée à neuf en 1764, renouvelables annuellement à raison de six pour le Deçà et de trois pour le Delà. Le conseil d’état est soumis au contrôle du « Sindaco » formé de Paoli et de quatre « syndics » désignés par la Dieta. Les syndics sont chargés de veiller au bon fonctionnement de l’administration et de contrôler les magistrats.
Néanmoins, celui qui détient la réalité du pouvoir exécutif est le général en chef, le « Capo Generale », désigné à vie. En tant que président de droit, il a la haute main sur le conseil d’état : sa voix compte double et en matière de guerre, sa voix est décisive. Il préside également deux des trois sections du conseil d’état : la « Giunta della Guerra » et la « Camera di Giustizia ». La justice est entièrement réorganisée. Les fonctions de Podestat, assistés de deux « pères du commun », à la fois maire et juge de paix, sont conservées. Une juridiction provinciale est instituée, composée d’un président et de deux assesseurs désignés par la Dieta Generale ainsi que d’un avocat nommé par le conseil d’état. Au sommet de la hiérarchie est créée une Rota Civile, sorte de cour d’assises supérieure, formée de trois docteurs en droit, nommés à vie. La Rota est assisté d’un jury de six pères de famille, créée à cette occasion.
Enfin, un tribunal spécial, semblable à une haute cour de justice, la Giunta est mis en place. Composée de trois membres, présidée par Paoli, la Giunta a pour fonctions d’instruire et de prévenir les crimes. Dotée de pouvoirs exorbitants que ne compense pas le contrôle des Syndics, elle est chargée de faire régner l’ordre et, dans ce domaine, elle s’est acquis une réputation de rigueur et même de terreur, connue sous le nom de « giustizia paolina. »
La constitution de Paoli est une république de notables, voire une dictature de salut public, tempérée par l’influence des notables ; Paoli étant un homme d’action plus que législateur. En effet, si le suffrage est en principe universel, seuls sont appelés à voter dans les communautés villageoises, les chefs de famille. En 1764, le suffrage indirect remplace le suffrage universel. La souveraineté populaire est contrebalancée par les prérogatives dont dispose Paoli de convoquer aux séances de la Dieta des personnes non élues et de réunir des consultes ou congrès particuliers. La séparation des pouvoirs n’est pas pleinement assurée et il y a une quasi-confusion des fonctions exécutive et judiciaire en raison des pouvoirs importants détenus, dans le domaine de la justice par le conseil d’état et par Paoli en particulier.
Par ailleurs, l’institution du généralat à vie apparaît comme une restriction du système démocratique. Si la souveraineté populaire s’incarne dans la Dieta Generale, celle-ci n’est réunie qu’une ou deux fois par an pour des sessions très courtes (de deux à trois jours).
Au sein de Dieta siègent, à côté des élus, des membres de
droit : ecclésiastiques, anciens magistrats, frères et fils de ceux qui sont « morts pour la patrie » et les « patriotes zélés et éclairés. » Un droit de veto suspensif est reconnu au conseil d’état sur les décisions de la Dieta en 1764.
Quels que soient les imperfections et les tâtonnements que nous pouvons relever dans la « constitution » de Paoli, despote éclairé ou « régent constitutionnel » elle portait en germe une architecture Démocratique : souveraineté populaire, séparation des pouvoirs, contrôle de l'administration. Le fonctionnement des institutions « paoliennes » se heurta à de nombreuses difficultés et leur mise en œuvre fut mal secondée en Corse même. Parfois idéalisée, cette constitution n'était pas en réalité exempte de critiques.
Les troubles intérieurs et les menaces extérieurs ne permirent pas de pousser plus avant cette expérience originale et neuve dans l’Europe du XVIIIe siècle.
Cependant, Gênes qui en 1764 est encore présente mais à bout de ressources dans les principales villes côtières qu’elle a fondées et dans l’incapacité de traiter avec Pasquale Paoli, demande l’aide de la France.

La France essaye de négocier avec le chef de la jeune nation qui en 1755 et en 1763 avait sollicité une sorte de « protectorat » auprès de Louis XV. Elle n’obtient de Paoli que la réaffirmation de sa volonté d’Indépendance et l’acceptation d’un protectorat. A la suite du traité de Compiègne, en août 1764, Gênes permet l’installation de troupes françaises dans les villes de Bastia, Ajaccio, Calvi et Saint-Florent. Un officier corse, Matteo Buttafoco, servant dans les troupes royales, joue le rôle d’intermédiaire auprès de Paoli.
Les négociations entre la république de Gênes et la France de Louis XV se sont poursuivies et aboutissent finalement le 15 mai 1768 au Traité de Versailles. La Corse est cédée, temporairement (en principe quatre ans), à la France en garantie du remboursement des frais du corps expéditionnaire et des dépenses engagées pour l’administration du territoire.
Le traité a un mauvais effet en Corse. Vendue ou cédée en gage d’une dette, le jeune royaume corse Indépendant a le sentiment qu'une « transaction » s’est faite par-dessus sa tête. Aussi, lors de la Consulte du 22 mai 1768, les Corses déclarent la levée générale de tous les hommes valides de seize à soixante ans est ordonnée.
La France monte une première campagne militaire en 1768. Les troupes commandées par Marbeuf s’emparent du Cap-Corse. Un corps expéditionnaire conduit par Chauvelin renforce les troupes françaises déjà présentes sur place. Cette expédition est marquée par une sévère défaite à Borgo en octobre 1768.
Un nouveau commandant en chef, le comte de Vaux, est désigné par Versailles et une armée imposante est débarquée (plus de vingt mille hommes puissamment armés et équipés) en 1769. La lutte est inégale et la campagne rapide (deux mois). De Vaux remporte la bataille dite de « Ponte Novo », le 8 mai 1769.
L’effet psychologique de la défaite est considérable et son écho renforcé par la présence de deux légions de volontaires corses parmi les troupes françaises. Le « parti français » compte en effet de nombreux partisans actifs à Bastia, dans le Nebbio et le Niolo.

Après quelques tentatives de Résistance, contraint à l’exil, Paoli s’embarque pour l’Angleterre le 13 juin 1769 sur un vaisseau anglais. Il restera éloigné vingt et un ans de la Corse. Mirabeau (qui fit partie du corps expéditionnaire débarqué dans l’île) et Robespierre diront, en 1790, que la Révolution de Corse est la première des Révolutions occidentales du XVIIIe siècle. Au-delà de la portée de cette affirmation, on peut tout de même relever que pour la Corse « il y a une prise de conscience nationale qui s’efforce de construire un état sur les ruines du systèmes colonial ».
La France s’efforce de consolider et d’asseoir pacifiquement sa présence en Corse. Les anciens « Statuti », hérités de Gênes, continuent à s’appliquer. Peu à peu, cependant, la législation royale s’ajoute, complète les anciennes règles ou s'y substitue. L’ensemble des textes sera rassemblé dans un « code corse », qui constituera un élément supplémentaire de l’intégration de l’île à la couronne. Les « Vedute », d’origine génoise et les « Consulte » de l’indépendance, maintenues, sont érigées en assemblée d’états. L’institution des Nobles Douze est conservée. La politique de ralliement à la France est encouragée par la création d’un ordre de noblesse dont les titres sont très généreusement et très largement distribués (Carlo Bonaparte en sera l’un des bénéficiaires).
Ainsi et peu à peu, un système féodal et colonial se reconstitue, avec l’attribution de fiefs ou l’admission aux emplois publics à des notables d’origine corse ou française. Par ailleurs, le « Plan Terrier » qui de 1773 à 1775 dresse un état complet de la situation de la Corse, suscite des inquiétudes aggravées par la politique de distribution de terres. La crainte que l’usage des « terres communautaires » soit une nouvelle fois interdit aux populations rurales accentue le mécontentement. La crise économique attise la colère qui, comme en France, gronde dans les campagnes au moment où éclate la Révolution. Dès que la Corse a connaissance des troubles qui ont secoué les campagnes du royaume et de leurs causes (rejet de la fiscalité), l’agitation s’exprime et s’amplifie en 1789.

Au milieu du XVIIIe siècle, l'Angleterre règne en maître sur le continent nord-américain après en avoir évincé les Français. Ses Treize Colonies se signalent par une forte identité née de leur Histoire : celles du Nord reposent sur l'agriculture vivrière et la petite propriété. Inspirés par les préceptes calvinistes, ils sont groupés en communautés pieuses et instruites. L'amour du prochain est une obligation morale et la Démocratie un fondement social.
Au Sud : culture du tabac (avant que n'arrive le coton à la fin du siècle) dans des propriétés de plus d'un millier d'hectares en général. Les propriétaires vivent à la manière des aristocrates européens dans de magnifiques manoirs entourés d'immenses dépendances. Leur richesse repose sur l'exploitation à bas prix de la main-d’œuvre servile. Sur 700.000 habitants, les colonies du sud comptent environ 300.000 esclaves africains. Ces derniers sont, on s'en doute, peu instruits... mais c'est aussi le cas d'une grande partie des Blancs qui vit dans la pauvreté faute d'avoir accès à la terre.
Cette situation inique n'empêche pas les grands propriétaires d'être très au fait des idées Démocratiques qui circulent dans les milieux intellectuels européens. Cultivés et habiles en affaires, ils se montrent très revendicatifs à l'égard de Londres. Tels Washington, Jefferson,... ils seront à la pointe du combat pour l'Indépendance.

La guerre entre l'Angleterre et la France, inaugurée en 1754 et clôturée en 1763 par le traité de Paris, induit de profonds malentendus entre les colons américains et le Parlement anglais. D’où la guerre d'Indépendance qui va conduire à la naissance des États-Unis d'Amérique.
En prévision de son entrée en guerre contre la France, le gouvernement de Londres avait souhaité que les Treize Colonies assument leur part de l'effort collectif et définissent une ligne commune à l'égard des six Nations iroquoises, afin qu'elles se rangent aux côtés des Anglais contre les Français.
A la conférence qui se réunit à cet effet à Albany, Benjamin Franklin propose un plan audacieux qui prévoit l'élection d'un Conseil intercolonial de 48 représentants, chaque colonie étant représentée au prorata de sa population et de ses ressources, et la nomination par la Couronne d'un président général ! C'est la première fois qu'est avancée l'idée d'une communauté de destin de l'Amérique anglo-saxonne. Prématurée et trop ambitieuse, la conférence d'Albany se solde par un échec. La suite n'est pour Londres qu'une amère désillusion : les milices locales se montrent particulièrement inefficaces et désunies dans la guerre contre les Français et c'est finalement aux contingents venus d'Europe que Londres doit de l'emporter à Québec sur les troupes du marquis de Montcalm.

Après le traité de Paris de 1763, Londres entend faire assumer par les colons leur part des coûts financiers occasionnés par le conflit. Mais les colons, que l'isolement et l'Histoire ont accoutumé à gérer eux-mêmes leurs affaires communes, s'indignent que le Parlement de Westminster leur impose des taxes sans leur demander leur avis.
Tout commence l'année qui suit le traité de Paris, avec une loi sur le sucre, le Sugar Act, qui autorise la saisie de tous les navires qui importent en contrebande les mélasses des Antilles, destinées à être transformées en rhum par les négociants du Rhode Island et de Boston. Première flambée de colère.
En février 1765, le parlement récidive en votant l'impôt du timbre ou Stamp Act. Le premier ministre Grenville espère en tirer 100.000 livres pour financer une force armée de 10.000 hommes destinée à garantir la sécurité des colonies. La loi prévoit l'obligation d'un timbre fiscal sur une multitude de documents publics. La réaction est immédiate. En Virginie, un député, Patrick Henry, appelle à la Désobéissance Civile. Un peu partout, les colons s'en prennent aux percepteurs, les suspendant à des mâts ou les enduisant de goudron et de plumes. Une organisation secrète, les Fils de la Liberté, fondée à New York par John Lamb et Isaac Sears, multiplie les provocations. Au milieu de danses et de cortèges joyeux, ces dignes bourgeois érigent des « mâts de la Liberté » surmontés de masques diaboliques pour dénoncer l'autoritarisme de Londres. La troupe réagit avec violence, abattant les mâts et chargeant la foule à la baïonnette.
Benjamin Franklin (encore lui) intervient auprès du parlement de Londres en sa qualité d'agent de la Pennsylvanie à Londres et le convainc d'abroger la loi ! Les colons exultent. Mais leur satisfaction est de courte durée.
En 1767, le chancelier de l'Échiquier Townsend promulgue une loi destinée à frapper d'un droit d'importation quelques produits utiles (papier, thé, verre,...), toujours dans le souci de financer les dépenses liées à l'administration des colonies. Les colons, à commencer par les habitants de Boston, lancent un puissant mouvement de boycott des marchandises anglaises. C'est au point qu'en deux ans, les importations concernées diminuent de moitié. Le parlement de Westminster se résout à supprimer tous les droits d'importation incriminés... sauf un modeste droit sur le thé destiné aux colonies d'Amérique. Il en fait une question de principe. Cette reculade échauffe les esprits au lieu de les calmer. Elle encourage les colons dans la voie de la hardiesse. Dans ces conditions survient la célèbre « Tea-party » de Boston : le 16 décembre 1773, dans le grand port du Massachusetts, Samuel Adams et quelques amis déguisés en Indiens montent sur un vaisseau à l'ancre et jettent sa cargaison de thé à l'eau (343 caisses d'une valeur de 100.000 livres).
A ce nouvel acte d'insubordination, le roi George III réagit par cinq « lois intolérables » qui sanctionnent la colonie et ferment le port de Boston en attendant le remboursement de la cargaison de thé par les habitants. Toutes les colonies d'Amérique font alors cause commune avec le Massachusetts. Une partie importante des colons, quoique en minorité, se préparent à entrer en Rébellion contre la métropole.
Sur une invitation de l'Assemblée du Massachusetts, 56 délégués de neuf des treize colonies anglaises d'Amérique se réunissent en congrès à New York le 14 octobre 1774 et rédigent un cahier de doléances (Declaration of Rights and Grievances) à l'adresse du gouvernement.
Cependant, leur souhait d'une plus grande Autonomie est brutalement rejeté par le roi anglais George III, qui déclare les colonies en état de Rébellion. Les modérés font alors cause commune avec les radicaux et tous se préparent à la lutte armée. Ils commencent à réunir des armes.

La naissance des États-Unis d'Amérique est le fait d'une minorité de colons qui se dénomment « Patriots » (Patriotes) ou « Insurgents » (Insurgés). Vingt mille d'entre eux s'arment et assiègent l'armée anglaise de Boston. Il ne manque plus à ces combattants que de donner forme à leur Révolte. C'est chose faite avec la publication, le 10 janvier 1776, d'un pamphlet intitulé Common Sense. L'auteur, Thomas Paine, appelle ses Concitoyens des Treize Colonies anglaises d'Amérique du nord à s'unir dans une grande nation Libérée des servitudes et de la monarchie : « Un seul honnête homme est plus précieux à la société et au regard de dieu que tous les bandits couronnés qui ont jamais existé », écrit-il en guise de profession de foi républicaine.
La guerre ne fait que commencer entre l'armée des Insurgents, placée sous le commandement de George Washington, et les armées loyalistes et anglaises, renforcées par de nombreux mercenaires allemands.

L'Insurrection et la déclaration d'Indépendance ont un très grand retentissement dans la noblesse libérale d'Europe. Contre l'avis du jeune roi Louis XVI, le marquis de La Fayette (19 ans) arme une frégate à ses frais et rejoint les Insurgents. D'autres officiers se joignent au mouvement comme le commandant Pierre L'Enfant, qui jettera les plans de la future capitale, le général Louis Duportail, mais aussi le Prussien von Steuben, le Polonais Kosciusko ou l'Allemand de Kalb. Leur expérience militaire sera précieuse aux Insurgés.
L'écrivain et espion Beaumarchais organise des envois d'armes à destination des Insurgés avec l'approbation du ministre des Affaires étrangères, Vergennes, désireux de favoriser tout ce qui pourrait affaiblir l'ennemie héréditaire de la France, l'Angleterre.
Le soutien décisif apporté par les nobles libéraux et, un peu plus tard, par le roi Louis XVI en personne, permettra aux Insurgés d'emporter enfin la décision.

La Constitution des États-Unis d'Amérique est publiée le 17 septembre 1787, soit 4 ans après l'Indépendance effective du pays et plus de dix ans après la proclamation unilatérale d'Indépendance. Elle promulgue la Liberté Individuelle et définit les Droits de l’humain, selon les idéaux des siècles des Lumières européens et notoirement français.
C'est qu'il a fallu du temps aux représentants des treize États issus des anciennes colonies anglaises pour prendre conscience de la nécessité de créer des organes communs de gouvernement et se mettre d'accord sur les délégations de pouvoir. La Constitution préserve soigneusement le caractère Fédéral des États-Unis. Tout ce qui n'est pas expressément délégué à la Fédération revient aux états. C'est la première application politique du principe de « subsidiarité » que le traité de Maastricht (1992) a remis à la mode (sans l'appliquer).
Désireux de garder la mainmise sur le choix du président et de limiter son pouvoir de nuisance, les délégués de la Convention ont imaginé une élection très complexe à deux niveaux :

* les Citoyens élisent dans chaque état des grands électeurs (electors) en nombre égal au nombre de sénateurs et de représentants de l'état au Congrès ;
* les grands électeurs se réunissent à leur tour le lundi suivant le deuxième vendredi de décembre pour élire le futur président.

Le congrès (en Europe, nous dirions parlement) est composé de deux chambres :
* la chambre des représentants (en Europe, nous dirions députés) représente l'ensemble des Citoyens et ses membres sont élus au suffrage universel direct,
* le sénat représente les états à raison de deux sénateurs par état, quelle que soit la population de celui-ci.

Ce bicamérisme, avec deux assemblées concurrentes, reflète la volonté de préserver l'Autonomie des états et de prévenir les abus de droit du gouvernement central (ou Fédéral).

Publié dans : Lendemain du Grand Soir - Communauté : Anarchie
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Quand les Révolutions touchent au but

Télécharger le fichier : 03 - Les crépuscules des dogmes


Fruit d'une dynamique de pouvoirs complexe associant un souverain tout-puissant et un parlement docile mais doté de compétences bien réelles, la séparation accusa le caractère absolutiste de la monarchie en même temps qu'elle consacra la montée en puissance de l'institution parlementaire.
Partisan convaincu de l'absolutisme de droit divin, Jacques Ier veut renforcer son pouvoir en prenant appui sur la religion anglicane, qui fait du roi le chef de l'église nationale. Il en vient à persécuter les catholiques et les puritains. Ces derniers commencent à émigrer en masse vers le Nouveau Monde. Par la conspiration des poudres, les catholiques, quant à eux, tentent mais en vain de se débarrasser du roi.
Sous le règne de Charles Ier, la bourgeoisie anglaise s’enrichit et contrôle le parlement, qui s’oppose au pouvoir absolu du roi. La noblesse, pour sa part, voit son pouvoir affaibli par la guerre des Deux Roses et se retrouve sans privilège juridique concret. C’est pourquoi elle délaisse son rôle traditionnel pour se lancer dans l’activité commerciale. La relance du mouvement des « enclosures » est représentatif de cette tendance : afin de pratiquer l’élevage commercial, les propriétaires terriens ferment l’accès des terrains communaux, mettant ainsi fin à une tradition millénaire. Or, en clôturant les terrains, ils condamnent des milliers de paysans à la famine.
Des idéologies Egalitaires se développent et menacent le pouvoir de la bourgeoisie du parlement : l’antinomianisme (idée selon laquelle la grâce divine est offerte de façon inconditionnelle, ce qui exclut toute notion de péché ainsi que toute justification des inégalités sociales et du pouvoir exercé par quelques-uns sur les autres) se répand rapidement au XVIIè siècle.
Pour contrer cette Révolution Egalitariste, l’élite anglaise élabore la « convenant theology » (théologie convenable). En vertu de cette doctrine, la relation entre dieu et l’élu consiste en une sorte d’échange : dieu se charge du salut des humains, les humains se chargent d’appliquer sur terre sa loi. Cette doctrine présente l’avantage de concilier le rôle de la volonté humaine et la toute puissance divine. La « convenant theology » convient fort bien à la bourgeoisie anglaise, car elle offre la justification d’une inégalité sociale par le fruit d’un honnête travail. La bourgeoisie anglaise a donc le droit d’exister, de s’enrichir et de gouverner au parlement avec la sanction de dieu. Toutefois, pour que la bourgeoisie puisse jouir de ces privilèges, le pouvoir absolutiste du roi doit être aboli. C’est d’ailleurs ce refus de l’absolutisme qui est l’objet de la guerre civile de 1642 et de la Glorieuse Révolution de 1688.

De 1640 à 1660, un Soulèvement populaire, politique et religieux, anglais et écossais, se bat contre la monarchie, le roi, les nobles et le clergé anglican.
La Première Révolution Anglaise (appelée English Civil War par les historiens britanniques), aboutit à la mise en jugement du roi Charles Ier d'Angleterre puis à sa décapitation le 30 janvier 1649 à Whitehall près de Westminster et à l'établissement d'une république, le Commonwealth (richesse, opulence commune) qui durera jusqu'en 1660, date de la restauration monarchique.
La Révolution est religieuse : la cause royale se confond vite avec le maintien de l'église anglicane, la Révolution avec la refonte totale des communautés. Une seule Réforme en trois siècles : au schisme du
XVIè siècle, les années médianes du XVIIè siècle superposent leur immense espérance bafouée d'un monde conforme à la Parole ; d'aucuns attendent même le retour imminent de Jésus-Christ, tandis que certains, songeurs, se prennent à rêver à un monde d'Egalité sociale et de Partage.
Une Révolte écossaise contre Charles Ier met le feu aux poudres, une Insurrection irlandaise et la grande peur qui s'ensuit rythment l'événement. Enfin, la pacification des trois royaumes, d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande, sera le fondement de l'ascendant cromwellien.

Depuis 1601, un même roi règne sur l'Angleterre, le Pays de Galle et l'Ecosse. Toutefois, l'Ecosse et l'Angleterre étaient toujours deux royaumes distincts, disposant chacun d'un parlement propre. Charles Ier, roi depuis 1626, désire réaliser le rêve de son père Jacques
Stuart : unifier l'Angleterre, l'Écosse et l'Irlande dans un même royaume. Ces aspirations inquiètent certains Anglais qui craignent pour leurs Droits. En effet, Charles, comme son père, se réclame du droit divin et accepte mal les limites que la tradition impose au roi d'Angleterre. D'autres événements contribuent à tendre la situation. En 1625, Charles épouse Henriette-Marie de Bourbon, une catholique, française de surcroit.

Cette Révolution qui, de 1640 à 1660, provoqua en Angleterre, en Écosse et en Irlande la chute de la monarchie des Stuarts et l'avènement d'une république, pour aboutir à l'établissement d'une dictature et, finalement, à la restauration de la royauté, est une des grandes ruptures de l'histoire moderne de l'Europe. Les comparaisons avec la Révolution française, postérieure d'un siècle et demi, s'imposent à la réflexion historique, d'autant plus que le rôle de Cromwell, à bien des égards, préfigure celui de Bonaparte.
Comme les autres pays d'Europe occidentale, l'Angleterre et l'Écosse, vers 1630-1640, sont agitées de profonds conflits, qui marquent le douloureux passage de la rigide société féodale, ou de ce qui en reste, à la société d'échanges qui caractérisera les siècles suivants. Ces conflits, nombreux et souvent contradictoires, éclatent surtout sur deux points : la religion et la nature du pouvoir politique, l'un et l'autre étant d'ailleurs étroitement liés. Encore faut-il ne pas transposer au XVIIè siècle des notions du XXIè, qui seraient anachroniques. Des mots comme « Liberté », « ordre » ou « autorité » n'ont pas alors le même sens qu'aujourd'hui ; moins encore, le sens des hiérarchies sociales. Le contraste entre anciennes et nouvelles notions est précisément à l'origine du drame de 1649, de ses prémices et de ses conséquences.
La supériorité de la flotte anglaise avait rendu possible un commerce maritime très important au début du XVIIè siècle, et l'industrie du textile s'apprêtait à dépasser celles des Pays-Bas et du Nord de la France. La bourgeoisie anglaise avait littéralement le vent en poupe, et pourtant le roi la dédaignait, ne lui accordait aucun Droit politique.

Charles Ier, né en 1600, est en quelque sorte prédestiné à incarner, dans sa personne, les contradictions de son époque. Son père, Jacques Ier Stuart (1566-1625), roi d'Écosse pendant trente-six ans avant de devenir roi d'Angleterre en 1603, était le théoricien le plus convaincu du « droit divin » : pour lui, l'autorité du roi découle de dieu seul ; les sujets sont tenus à l'obéissance, et toute Rébellion, toute Contestation même, est sacrilège, puisque contraire à l'ordre établi par dieu. C'est ce qu'il appelle, dans un ouvrage au grand retentissement, « la vraie loi des monarchies libres ». Charles Ier hérite de son père cette conception, qui n'a alors rien d'extraordinaire : c'est celle d’Henri IV en Espagne ; ce sera celle de Louis XIV et des autres souverains européens jusqu'à l'ère des Lumières.

Mais, à cette conception de droit divin s'opposent, avec une force croissante dans la première moitié du XVIIè siècle, deux autres principes, l'un et l'autre explosifs dans leurs implications
pratiques : celui du droit supérieur de dieu, c'est-à-dire de la conscience (l'obéissance à dieu passe avant l'obéissance au roi), et celui du Droit du Peuple à Résister à la tyrannie (reconnu en Angleterre par la Grande Charte, la Magna Carta depuis 1215).
Pour Charles Ier, roi légitime, sacré et oint de l'huile sainte lors de son couronnement, son droit divin ne fait et ne fera jamais aucun doute. En tant que « gouverneur suprême de l'église d'Angleterre », titre hérité d'Élisabeth Ière (1533-1603), il ne reconnaît aucune autorité supérieure à la sienne en matière de religion. Il est profondément croyant dans le cadre de cette église anglicane, qui est issue de la Réforme protestante mais conserve bien des traits par lesquels elle reste apparentée à l'église catholique : hiérarchie de prêtres, doyens, chanoines, évêques, archevêques ; liturgie spectaculaire avec cierges, ornements brodés, calices et ciboires d'or ; et surtout, stricte discipline, à laquelle veille le rigide archevêque de Cantorbéry, William Laud.
Sur le plan politique, Charles Ier est persuadé d'agir toujours en conformité avec ses devoirs de souverain chrétien. Ses conseillers (d'abord le duc de Buckingham, son ami d'enfance, assassiné en 1628, puis l'archevêque Laud et, à partir de 1629, l'autoritaire et compétent Thomas Wentworth, devenu en 1640 comte de Straford) le poussent à réagir fermement contre les oppositions, religieuses et politiques, qui se multiplient dès le début du règne.

La théorie du droit divin se traduit, en Angleterre, par la « prérogative royale », expression qu'on pourrait rendre, en termes constitutionnels modernes, par « domaine réservé », assurant au monarque l'autorité entière dans divers domaines, dont la politique étrangère et la défense nationale. Cette « prérogative », Charles Ier entend l'exercer pleinement.
Or, l'Angleterre connaît, depuis le Moyen Âge, un système de contre-pouvoir incarné par le Parlement. Face à la « prérogative royale » s'affirme le « privilège du Parlement », dont les deux fleurons sont le droit exclusif de voter les impôts et la Liberté d'expression pendant les sessions. Avec un souverain autoritaire comme Charles Ier, le conflit est inévitable.
Dès le début du règne, en 1625, le malentendu éclate : le Parlement entend contrôler l'utilisation des crédits votés, le roi s'y refuse absolument ; le Parlement est dissous, les députés renvoyés chez eux. À partir de ce moment, plus une année ne se passera sans conflit entre les deux conceptions du pouvoir. Peu à peu se forme une opposition organisée au gouvernement royal, dont les chefs sont des bourgeois régulièrement élus au Parlement, John Eliot (1592-1632), John Pym (1584-1643) et John Hampden (1595-1643).
En 1627, le favori du roi, le duc de Buckingham échoue lors d'une expédition destinée à rompre le siège de la Rochelle, le Parlement entreprend alors contre lui une procédure d'impeachment (d’éviction du pouvoir, bref de licenciement). Le roi répond par la dissolution du Parlement. Le nouveau Parlement lui demande de signer la Petition of Right. Charles accepte car il a besoin du soutien du Parlement pour pouvoir lever de nouveaux impôts.
Dans l'Angleterre et l'Écosse du XVIIè siècle, le point sur lequel se cristallise le débat politique est la religion. L'autorité de l'église anglicane, étroitement liée à celle du roi (« pas d'évêque, pas de roi », disait Jacques Ier), est rejetée avec une obstination croissante par les calvinistes, qui veulent le retour à une église plus austère, plus « pure », d'où leur nom de « puritains ». En Écosse, les calvinistes dominent l'église nationale, dite « presbytérienne », entièrement Indépendante de celle d'Angleterre. En Angleterre, les puritains accusent Charles de vouloir rétablir le catholicisme.
Puritains et presbytériens sont les bêtes noires de Laud et de Charles Ier, et les sanctions contre les pasteurs Rebelles se multiplient. Avec une rare maladresse, l'archevêque durcit ses positions vers 1630. Il impose la stricte observance du livre de prière anglican, cible principale des critiques puritaines. C'est surtout avec l'Écosse que le conflit s'envenime. Laud pousse Charles Ier à imposer aux rudes presbytériens la hiérarchie épiscopale et la liturgie anglicane. En résultent une Emeute, qui éclate à Édimbourg le 23 juillet 1637, puis la constitution d'une ligue, ou Covenant, à laquelle les Écossais adhèrent en masse pour défendre leur Liberté de conscience. Charles Ier réagit conformément à son caractère : il déclare le Covenant illégal et se prépare à rétablir son autorité par la force. Ce sera la « guerre des évêques », qui marque le début de la Révolution en août 1640.
Mais, dans l'Angleterre bouillonnante des années 1630-1640, anglicans et puritains ne sont pas seuls. Les catholiques, persécutés depuis Élisabeth Ière, exclus par la loi de la fonction publique, sont protégés par la reine Henriette-Marie, sœur de Louis XIII, qui est française. Surtout, de plus en plus de croyants « Indépendants » ne veulent obéir qu'à leur propre conscience et refusent toute autorité ecclésiastique. Les sectes se multiplient, qui aux yeux du roi Charles et de ses conseillers mènent le pays à l'Anarchie (autant dans le sens d’absence de chef que de désordre).

Pour faire la guerre aux Écossais, il faut de l'argent ; or seul le Parlement peut voter les crédits nécessaires. Le roi Jacques Ier, lors de son accession au trône, hérita déjà de dettes royales énormes, malgré la politique restrictive d'Elisabeth I.
Depuis neuf ans, Charles Ier s'est arrangé pour gouverner sans Parlement (la convocation et la dissolution de l'assemblée faisant partie de la fameuse prérogative) en ayant recours à des expédients financiers, emprunts forcés, taxes diverses, dont la légalité est contestée par de nombreux juristes et contribuables. Ces procédés ne sont pas illégaux en soit mais sont perçus comme contraires à l'esprit de la tradition, et ils entretiennent des rancœurs.
Dans ces conditions, le Parlement convoqué pour financer les opérations militaires en Écosse, qui se réunit le 18 avril 1640, est mort-né : il est dissous dix-sept jours plus tard, sans que rien ne soit voté. Cependant, la campagne, engagée à la fin de l'été, tourne mal pour le
roi : les Écossais du Covenant entrent en Angleterre et occupent Newcastle. Charles Ier, la mort dans l'âme, doit convoquer un nouveau Parlement pour le 3 novembre 1640. Malheureusement pour lui, cette fois, il n'a plus aucun moyen de s'opposer efficacement aux députés. Les caisses du trésor sont vides, il n'y a pas d'armée royale en état de combattre, le gouvernement est violemment impopulaire, l'église de Laud a de plus en plus d'adversaires dans la bourgeoisie et même dans la noblesse. Le Parlement a la haute main, et il s'en rend parfaitement compte.
Dès le début de la session, l'assemblée, dominée par l'énergique personnalité de John Pym (« le roi Pym », comme on dira bientôt) vote une série de mesures Révolutionnaires. On dirait les États généraux de 1789 : interdiction pour le roi de rester plus de trois ans sans convoquer un Parlement ; annulation de tous les emprunts et taxes illégaux décrétés par le roi depuis 1631 ; interdiction de dissoudre le Parlement sans l'autorisation des députés. « C'est la loi du Parlement perpétuel » ironise Charles. Mais le parlement refuse les crédits que le roi réclamait et exige de son côté l'exécution du chancelier Strafford et de l'archevêque de Canterbury, Laud, en tant que traîtres. Le souverain, impuissant, signe toutes ces mesures. Pis que tout, il finit par consentir à la condamnation de son conseiller et ami Strafford, qui est exécuté le 12 mai 1641.
En même temps, Londres s'agite : des Emeutes éclatent un peu partout, des cris de mort sont poussés contre la reine. Enhardi, le Parlement vote une « Grande Remontrance », véritable acte d'accusation contre la royauté. Il exige en outre le contrôle du choix des ministres, qui représentent le pouvoir exécutif. La rupture entre le roi et son parlement devient inévitable.
Cependant les paysans passaient déjà à l'action et prenaient les terres des nobles pour les cultiver. Alors le roi demanda qu'on lui livre les meneurs et fit occuper le parlement par ses troupes : en 1642, Charles Ier pénètre dans le parlement pour tenter d’arrêter cinq députés. Cela provoque un Soulèvement à Londres, ce qui oblige le roi à se réfugier à Oxford. Laud est arrêté et emprisonné à la tour de Londres. Toute la vieille constitution monarchique du royaume est ébranlée.
Dès lors, la guerre civile est inévitable. Charles Ier rallie ses partisans à Nottingham, pendant que le Parlement lève une armée. La première guerre civile a lieu de 1642 à 1645. Le Long Parlement contourne la volonté du roi et monte une armée dirigée par le comte d'Essex afin de contrer une invasion écossaise ainsi que les actions de reprise de pouvoir du roi par les Royalistes. Au début, les armes favorisent plutôt le roi, qui s'installe à Oxford et tente d'y réunir un contre-Parlement. Le roi réussissait à reconquérir presque la moitié du territoire anglais, mais surtout des régions arriérées, avec une population parsemée, tandis que les grandes villes étaient acquises pour la Révolution.
Le camp du parlement était au début dominé par les presbytériens (grands propriétaires fonciers, riches commerçants et banquiers). Leur manière de mener la guerre était indécise et bien que l'armée du parlement était supérieure en nombre, elle subissait une défaite après l'autre. Désespérant de venir à bout des troupes royalistes, le Parlement élu en 1640, de plus en plus dominé par les puritains, conclut une alliance avec les presbytériens d'Écosse. Après la dictature religieuse de Laud (finalement exécuté le 16 janvier 1645) s'établit celle des calvinistes. Le Parlement, jusqu'alors populaire, commence à faire figure d'oppresseur, et les querelles de personnes le paralysent après la mort de Pym en décembre 1643.

Alors que les chefs de l'armée parlementaire suivent avec réticence l'évolution des événements, un obscur député, Oliver Cromwell, sort de l'anonymat et prend un ascendant de plus en plus marqué. Député au parlement en 1628, Olivier Cromwell (fermier-gentilhomme, membre de la gentry jusqu'au début de la première guerre civile) soutient ce dernier en organisant une troupe parmi ses voisins, dès le début de la guerre. Ce soldat réaliste sait estimer la supériorité de la partie adverse et comprend vite que la victoire de son camp ne peut être obtenue qu'avec des soldats dévoués à la cause. En 1643, il lève une troupe de cavalerie organisée selon des principes Démocratiques (officiers élus par la troupe, discussions idéologiques...) : les « Ironsides » (côtes de fer). Sa milice armée est divisée en deux camps : les Indépendants constitués par les officiers, et les soldats. De cette troupe émergent des groupes politiques radicaux appelés les « levelers » (Niveleurs) et les « diggers » (Bêcheux). Pour eux, l’édifice politico-religieux qui soutient la monarchie et l’aristocratie est une fable et une usurpation du pouvoir.
Les Niveleurs s'opposaient aux privilèges dont jouissaient les classes dirigeantes de l'ancien régime tout en défendant la propriété privée et en reconnaissant qu'une société devait accorder des statuts particuliers aux personnes accomplissant les tâches nécessaires au gouvernement et au maintien de l'ordre. Leur but était essentiellement l'Egalisation des richesses.
Les Bêcheux, ou Piocheurs étaient une faction chrétienne, fondée en 1649 par Gerrard Winstanley. Se faisant appeler Vrais Niveleurs à leurs débuts (True Levellers), le public finit par les baptiser « Bêcheux » en raison du mode de vie qu'ils prônaient. Leur nom s'explique par leur croyance au communisme chrétienne, tel que rapporté dans les Actes des Apôtres. Les Bêcheux tentèrent de réformer l'ordre social existant par un style de vie strictement agraire (refusant l'enclosure
act : l'appropriation privée des prés communaux et plus généralement des terres communales, terres qui étaient auparavant mises en commun par les paysans et habitants), s'organisant autour de petites communautés rurales Autonomes et Egalitaires. Le mouvement des Diggers s'est éteint vers 1652 en raison de la destruction de leurs colonies par les propriétaires terriens locaux.
Les Indépendants, soutenus par la majorité du Peuple de plus en plus mécontent, prennent la direction de l'armée. En 1645, le parlement charge Cromwell (nommé lieutenant-général) de réorganiser l'armée sur le modèle de ses propres troupes. Une grande réforme militaire crée en 1645 l'armée dite du « Nouveau Modèle », où les Indépendants, qui rejettent autant la dictature puritaine que l'anglicane, sont prépondérants. Les paysans et les artisans représentaient alors l'essentiel des troupes et des officiers simples, l'organisation fut centralisée et la solde payé régulièrement. Le chef de l'armée était Lord Fairfax, Cromwell étant son adjoint. Ce sera « l'armée des saints », qui raflera la mise sous la conduite de Cromwell et à son profit.
Qui est donc ce nouveau venu ? Cromwell se consacra à l'exploitation de ses terres et à sa charge de juge de Paix, qui lui fit prendre contact avec les réalités sociales. A 28 ans, il fut élu député après avoir surmonté une crise religieuse dont sa foi sortit fortifiée. En 1645, il a quarante-six ans. Issu d'une famille honorable mais pauvre de la région de Cambridge, il est profondément croyant, assez tolérant (même si il montra surtout sa détermination à défendre le protestantisme le plus pur), mais refuse absolument l'autorité des évêques anglais aussi bien que celle des pasteurs puritains et presbytériens. Sa relation avec dieu est ardente mais directe, et ne souffre pas d'intermédiaires. Il méprise les députés, bavards impuissants, et se trouve à l'aise dans l'armée, où il compte de plus en plus de partisans. Le 16 juin 1645, il écrase l'armée royale à Naseby près de Coventry : l'armée paysanne anéantit l'armée royale et faisait 5000 prisonniers, sans parler de l'artillerie complète.
Charles Ier se réfugie auprès des Écossais, qui le livrent au Parlement (moyennant un forfait de 400 000 livres). Le 2 juin 1647, un coup de force militaire s'empare du roi, que Cromwell tient désormais en son pouvoir. À partir de ce moment, les événements se précipitent.
Les bourgeois anglais avaient obtenus ce qu'ils voulaient et pensaient renvoyer les soldats, les paysans et les artisans. Mais ceux-là ne se laissent pas faire. Un nouveau parti s'est constitué à ce moment : les Niveleurs, dont le représentant le plus important était John Lilburne. Libéré en 1640 sur ordre du Long Parlement, il a rallié la New Model Army où il obtint le grade de lieutenant-colonel en 1645. Devant le refus affiché par les hommes de Cromwell de payer et d’accorder aux Niveleurs des Droits politiques Egaux, plusieurs soldats manifestèrent leur mécontentement. Lilburne prit alors la tête des Niveleurs et rédigea avec eux de nombreux pamphlets en très peu de temps. Il fut à nouveau emprisonné en 1649 avec ses amis.
Les Niveleurs (Egalisateurs, comme ils furent appelés par leurs ennemis) revendiquaient les mêmes Droits pour tous et que les terres des nobles passent aux mains des paysans. Les Niveleurs étaient très nombreux dans l'armée et parmi les artisans dans les grandes villes. Lorsque le parlement voulu dissoudre l'armée, ils procédèrent à des élections de conseils de soldats, appelés agitateurs. Ainsi l'armée était divisée en deux : la majorité des officiers était du côté des « Indépendants » tandis que les soldats étaient des Niveleurs. Alors Cromwell institua un conseil général de l'armée, constitué de deux représentants des Niveleurs et deux des Indépendants de chaque régiment. Ce conseil général de l'armée se réunit à Putney, près de Londres, pour discuter les objectifs de la Révolution, mais sans résultat. Les débats de Putney, du 28 octobre au 11 novembre 1647, sont une série de discussions ayant eu lieu entre les membres de la New Model Army et les Niveleurs au sujet d'une nouvelle constitution pour l'Angleterre.
Suite aux débats de Putney, Oliver Cromwell impose The Heads of the Proposals au lieu du Agreement of the People des Niveleurs. L'Agreement of the People était un contrat social pour le gouvernement anglais Révolutionnaire. Le document clamait le droit au suffrage universel masculin et un gouvernement plus Egalitaire et offrant une meilleure représentation à la Chambre des communes. Lilburne expose quelques principes jugés comme Révolutionnaires :
* Droit pour chacun d'élire ses représentants (tous les deux ans),
* Liberté de culte et d'expression,
* Egalité de chacun devant la loi,
* Protection de la vie et de la propriété de chacun,
* Abolition de la peine de mort, sauf pour les crimes de sang,
* Proportionnalité des peines,
* Suppression de l'incarcération pour dettes impayées,
* Interdiction de la conscription militaire et protection des objecteurs de conscience,
* Fin des monopoles légaux (en particulier celui de l'imprimerie, qui facilite la censure) et des taxes sur les denrées,
* Impôts proportionnels.

On notera ici la défense du suffrage universel, d'autant plus exemplaire dans ce contexte de guerre religieuse que les puritains, auxquels appartenaient les Levellers, rejetaient cette idée. En effet, la plupart des sectes puritaines désapprouvaient ce type de réforme, car elle risquait de mettre les « saints » hommes sous la coupe réglée de la « canaille ». A ce sujet, soit la proposition de Lilburne s'explique par une sorte de scepticisme religieux soit elle participe d'une solution théologique originale : à l'encontre du pessimisme augustinien, Lilburne professait une théologie inspirée de l'antinomianisme. Pour Lilburne, le Christ était mort pour sauver, non une poignée d'élus, mais bien toute l'humanité. De là, le chef des Niveleurs tire la conclusion que l'humain d'après la Chute n'est pas voué à subir le pouvoir politique. Et de justifier ainsi sa position : « De même que dieu a créé chaque humain Libre en Adam, de même tous sont également nés Libres, et ils sont Libérés dans la grâce par le Christ, aucune faute des parents ne suffisant à priver l'enfant de cette Liberté. Et bien que cette coutume mauvaise et non chrétienne de la servitude ait été introduite par le conquérant normand, elle n'était qu'une usurpation violente de la loi sous laquelle nous avons été créés, de la nature et elle est maintenant, depuis que la lumière de l'Evangile a brillé, totalement abolie comme étant une chose odieuse au regard de dieu comme au regard de l'humain ».

Les Niveleurs espérait que la nouvelle constitution soit basée sur l'Agreement, mais sa version définitive s'est révélée être beaucoup moins Révolutionnaire. Par conséquent il y avait des Révoltes dans l'armée. Cromwell décide alors de renvoyer le conseil général de l'armée et de réprimer les Niveleurs. Le 17 novembre 1647, la Mutinerie de la New Model Army éclate à Corkbush Field : les soldats avaient reçu l'ordre de signer une déclaration de loyauté envers Thomas Fairfax, le commandant-en-chef de l'armée, ainsi qu'envers le Army Council. Ils refusent et l'un des chefs Mutins, Richard Arnold, est exécuté.

La deuxième guerre civile a lieu de 1648 à 1649. Au printemps 1648, la noblesse avait réussi à former une nouvelle armée parmi les presbytériens en écosse pour écraser la Révolution. Sous la menace, les deux factions de l'armée s'unissent contre l'ennemi commun. La New Model Army met en déroute des insurrections royalistes dans le Surrey et le Kent. À la bataille de Preston, elle met fin à une invasion écossaise. C'est une bataille clé de la première Révolution anglaise, remportant la victoire sur les royalistes et les Écossais.
Cromwell offre alors à Charles Ier de négocier (offre sincère ou simple leurre, allez savoir), mais Charles finasse, joue double jeu, tente de s'évader, est repris, et Cromwell décide d'en finir. Le Parlement est peu enclin à juger son souverain légal : plus de deux ans s'écoulèrent avant son exécution. Ce délai s'explique par les courants contradictoires qui agitaient le Parlement. En effet, les presbytériens, partisans d'une église fortement structurée, soutenus par les Ecossais, s'opposaient aux Indépendants, partisans de la Liberté au sein du protestantisme ; ce conflit religieux se doublait d'un conflit politique qui opposait royalistes et républicains. Les vainqueurs s'étaient divisés, et des tractations avaient lieu entre le Parlement, effrayé des options politiques de l'armée, qui n'avait pas été payée et qui refusait de se séparer, et le roi. Cromwell, convaincu de la duplicité du roi, qui complotait avec les Ecossais repentis, écrasa ces derniers.
Pour plus de sécurité, le Parlement est épuré (très réduit Parlement croupion), quatre-vingt-seize députés jugés trop tièdes sont chassés manu militari (tout membre de la Chambre des communes qui n'est pas du côté de la religion, puritaine, des Independents ou du côté des Grandees, les officiers supérieurs de la New Model Army, est retiré de force du Parlement), et une commission soigneusement choisie est constituée afin de juger le roi pour trahison. Jamais n'avait été affirmé de façon aussi éclatante le principe de la supériorité du pouvoir populaire sur le pouvoir royal. Cromwell en est parfaitement conscient (« cruelle nécessité ») car il n'éprouve pas de haine personnelle contre Charles Ier : c'est bien le roi qu'il faut éliminer, en tant que roi. Quelques jours après l'exécution, une loi votée par ce qui reste du Parlement décrète la fin de la monarchie, « danger pour la Liberté et la sécurité du Peuple », et instaure la république.

Cette république, inaugurée le 19 mai 1650, ne durera pas longtemps. Cromwell, qui dispose du pouvoir effectif grâce à l'armée, se trouve bientôt aux prises avec les extrémistes politiques et religieux, ceux qu'aujourd'hui on appellerait volontiers des Anarchistes, tels les « Niveleurs » qui veulent établir une Egalité absolue entre les humains au nom de l'Évangile et refusent toute autorité.
Des travailleurs et des paysans sans fermes, à Whalton-on-Thames, dans le Surrey, occupèrent la terre communale en 1649 et commencèrent à la sarcler et à l’ensemencer. On les appela les Diggers, les « Bêcheurs ». Ils voulaient vivre ensemble, mettre en commun les fruits de la terre. Plusieurs fois, les propriétaires terriens excitèrent contre eux des foules déchaînées. Villageois et soldats les attaquèrent et détruisirent la récolte. Quand ils coupaient du bois dans la forêt domaniale, les seigneurs les dénonçaient. Ils disaient qu’ils avaient violé leur propriété. Les Bêcheurs se sont alors transportés à Cobham Manor, où ils ont construit des maisons et semé du blé. La cavalerie les agressa, détruisit les maisons, piétina le blé. D’autres comme eux s’étaient réunis dans le Kent et dans le Northamptonshire. Une foule en tumulte les éloigna. Les idées Utopiques, où le sectarisme le disputa à l'inspiration, et la générosité sociale des « Partageux » se heurtèrent à la défense de la propriété : la loi les chassa, mais sans hésiter ils reprirent leur chemin.

Cromwell est, fondamentalement, un homme d'ordre. Ce qu'il a en vue est le règne de dieu, dont il est l'interprète et l'instrument privilégié. Pour Cromwell il restait encore deux problèmes à résoudre : briser l'influence des Niveleurs, qui rêvaient d'une Démocratie sociale et Egalitaire, et mater les Irlandais ainsi que les Ecossais. Ce qu'il fit en un seul coup. En menant son armée en Irlande, où il faisait une guerre cruelle contre les Irlandais catholiques, les Niveleurs en Angleterre étaient affaiblis. En même temps il divisait les Ecossais en donnant des terres pris des Irlandais aux riches bourgeois écossais. Car au cours de cette guerre en Irlande qui a durée 4 années, il faisait brûler chaque village et chaque ville. Ensuite il allait avec ses troupes en Ecosse. En effet, Charles II, le fils de Charles I, était devenu roi des Ecossais. Au bout de quelques batailles Charles II fut forcé de s'exiler en France en 1654.
Dès 1652, il n'a plus de rival. Il rétablit l'ordre en Angleterre, qu'il gouverne d'une poigne de fer. Mais Cromwell s'accommodait mal des prétentions légalistes des bourgeois du Rump. S'appuyant sur l'armée, il dispersa le Parlement croupion (rump) : le 20 avril 1653, le Parlement est dissous par la force (on croirait, toutes proportions gardées, vivre par anticipation le 18 brumaire de Napoléon Bonaparte). Alors que Bonaparte se fera proclamer premier consul, Cromwell, installé à la résidence royale de Hampton Court, prit le titre de « lord-protecteur de la république d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande » (en fait, maître absolu). Les Parlements convoqués n'eurent qu'une brève existence.
Cette dictature militaire se doublait d'une dictature puritaine : stricte observance des dimanches, interdiction des spectacles, des courses, des combats de coqs. Ses ennemis le qualifient de « tyran hypocrite », moquant sa manie de parler au nom de dieu ; mais tout semble lui réussir, à l'intérieur comme à l'extérieur. Dans le domaine extérieur, l'Acte de navigation (1651) prépara la prépondérance maritime anglaise. Il engage la guerre contre la Hollande, qu'il gagne. Il s'allie à la France de Mazarin contre l'Espagne.
Le Conseil des officiers élabore alors l' « instrument de gouvernement », sorte de constitution qui institua une dictature militaire.
Songe-t-il, alors, à devenir roi ? Tout porte à le croire. Il est qualifié d'altesse, s'entoure d'un faste royal. Pourtant, en mai 1657, quand un nouveau Parlement lui offre la couronne, il la refuse. Hypocrisie ? Scrupule sincère ? Simple manœuvre ? Plutôt crainte de la réaction des régiments, son seul soutien.
Toujours est-il que, s'il n'a pas le titre de roi, il en a tous les pouvoirs. Toute l'Europe s'attend à ce qu'il franchisse le dernier pas. Mais il meurt, inopinément, âgé de cinquante-neuf ans, le 3 septembre 1658. Pour ses funérailles, il portera la couronne royale. Son fils Richard lui succédera, avant d'abdiquer, quelques mois plus tard, et de laisser la place au fils de Charles Ier, Charles II, réfugié aux Pays-Bas. En effet, après la mort de Cromwell, le général George Monk (gouverneur de l'Ecosse), craint que la nation ne sombre dans le désordre et cherche à rétablir la monarchie. De fait, les bourgeois du parlement décident de rappeler Charles II pour en faire leur roi. Méprisant la beauté et la pompe, les puritains de Cromwell avaient imposé une tyrannie spirituelle telle que le retour sur le trône de Charles II en 1660 fut accueilli comme une libération après toutes ces années de vie triste et sombre.
Cependant, quand celui-ci revient, il est loin de jouir du même pouvoir que son père. Le véritable pouvoir réside désormais au Parlement. Charles II, comme punition à un exemple à ne pas suivre, exhuma de sa tombe le cadavre de Cromwell pour lui faire subir le rituel d'exécution post-mortem le 30 janvier, date anniversaire de l'exécution de Charles Ier. Son corps est jeté dans un puits et sa tête exposée sur un pieu devant l'abbaye de Westminster pendant 20 ans.

Peut alors se poser la question : tant de sang, tant de deuils, tant de ruines pour aboutir au retour du roi Stuart, la Révolution aurait-elle eu lieu en vain ? Pas tout à fait. Charles II ne régnera pas comme Charles Ier : question de caractère, certes, mais aussi de contexte. Plus personne, en Angleterre, même le roi, ne parlera désormais de monarchie absolue. La Liberté religieuse est acquise une fois pour toutes (sauf pour les catholiques, et ce pour longtemps). Les Droits du Parlement ne seront plus jamais remis en question. Tel est le legs de la Révolution de 1640, qui sera consolidé à la fin du siècle par la deuxième Révolution, celle de 1688 : en 1685 le frère de Charles, Jacques II, monte sur le trône et croit pouvoir rétablir une monarchie absolue. Au bout de trois ans la bourgeoisie perdit patience et invita Guillaume III d'Orange à devenir leur roi. Celui-ci débarque en Angleterre sans trouver de résistance et se met sur le trône. Mais pour être sûr qu'il n'y aurait plus de malentendu, le parlement lui impose une constitution bien serré. Et dans l'avenir, l'héritage de la monarchie devait passer à la maison d'Hanovre, petit prince insignifiant d'Allemagne.

En France, de 1651 à 1652, le parlement et les princes manipulent le Peuple pour appuyer leur lutte contre l´absolutisme royal incarné par Mazarin, le régent de la couronne : c’est la Fronde parlementaire. L´entrée en lice du Peuple, comme en 1789 utilisé pour renverser le pouvoir puis réprimé pour stabiliser la nouvelle forme étatique toujours défavorable à ses aspirations, inquiète la noblesse et la bourgeoisie qui manœuvrent pour protéger leurs privilèges contre la centralisation absolue et l’état de fonctionnaires plutôt que de copinage.

En Russie aussi les choses allaient bouger. De 1668 à 1671, une Révolte des cosaques du Don, dirigée par Stenka Razine, dans la région de la Volga, fit vaciller le régime.
Une guerre contre la Pologne (1654-1667) et contre la Suède (1656-1658) demanda de lourds sacrifices au Peuple russe. Les taxes augmentèrent et la conscription se fit plus forte. Énormément de paysans espéraient échapper à cela en rejoignant les Cosaques dirigés par Stepan Razine qui furent aussi rejoints par beaucoup de représentants de groupes exclus par le gouvernement russe, tels les classes les plus basses de la société et les ethnies non russes oppressées.
Le premier exploit considérable de Razine fut de détruire la grande caravane d'eau constituée de nombreux bateaux de fret transportant de grandes richesses appartenant notamment à de riches marchands moscovites ou au patriarche. Razine descendit la Volga avec une flotte de quarante cinq galères, capturant les forts importants de cette voie et dévastant le pays. Au début de l'année 1668 il vainquit le voïvode Yakov Bezobrazov, envoyé contre lui depuis Astrakhan, et durant le printemps il embarqua pour une expédition punitive en Perse qui dura dix huit mois.
Le Peuple était alors fasciné par ses aventures. Les régions russes les moins sujettes à la loi, près d'Astrakhan, où l'atmosphère était dangereuse et où beaucoup de gens étaient encore nomades, étaient propices à une Rébellion comme celle de Razine.
En septembre 1669, effrayés par la puissance de Razine, les voïvodes d'Astrakhan lui ouvrirent les portes de la ville en échange d'une part de son butin.

En 1670, Razine, pendant son retour vers le quartier général cosaque situé sur le Don, commença une Rébellion ouverte contre le gouvernement, capturant Cherkassk, Tsaritsyne et d'autres lieux. Il pénétra le 24 juin dans Astrakhan même, avec une armée de 7000 hommes surtout composée de cosaques pauvres et de paysans fugitifs. Après avoir massacré tous ceux qui s'opposaient à lui, dont deux princes prozorovsky, et pillé les riches bazars de la ville, il fit d'Astrakhan une république cosaque, divisant la population en milliers, centaines et dizaines, avec leurs propres officiers. Dirigés par des veches (assemblées russes) ou des assemblées générales, leur première mesure fut de proclamer Stepan Razine leur gosudar, c'est-à-dire leur souverain.
Après trois semaines de carnages et de débauches, Razine quitta Astrakhan avec deux cents bateaux remplis de troupes pour établir la république cosaque le long de la Volga, afin d'avancer ensuite jusqu'à Moscou. Saratov et Samara furent capturées, mais la ville de Simbirsk résista, et après deux batailles sanglantes près de la rivière Sviyaga
(1er puis 4 octobre), Razine fut mis en déroute et s'enfuit par la Volga, laissant la majorité de ses troupes et de ses fidèles aux mains des vainqueurs.
La défaite de Simbirsk s'explique surtout par le fait que les troupes de Razine, fortes de vingt mille combattants, formaient une armée indisciplinée et mal organisée, qui affronta des troupes régulières entraînées selon les méthodes occidentales.
Mais la Rébellion se propagea par d'autres moyens. Les émissaires de Razine, partis de Tsaritsyne armés de proclamations enflammées, allèrent dans les gouvernements modernes de Nijni-Novgorod, Tambov, Penza et même jusqu'à Moscou et Novgorod. Il ne fut pas difficile d'inciter la population oppressée à la Révolte par la promesse d'une délivrance. Razine proclama que son objectif était de renverser les boyards et les officiers, d'installer l'absolue Egalité dans toute la Moscovie, en supprimant les hiérarchies. Razine proclamait son hostilité aux boyards et aux maîtres mais ne faisait pas du tsar son ennemi (la rumeur voulait alors que Razine avait pour compagnons le tsarévitch Alexis et le patriarche Nikon disgracié). Le Peuple et les soldats firent bon accueil aux idées de Razine, et les tribus indigènes souhaitèrent même renverser l'ordre établi. Les populations de la Volga, les Tchouvaches, les Maris, les Mordves, les Tatars se joignirent aux Insurgés. Toute la région de la Volga et l'est de l'Ukraine s'étaient Soulevés, les paysans assiégeant les couvents et mettant à sac les domaines.

Au début de l'année 1671, l'issue de la Lutte était encore douteuse. Huit batailles menées durant l'Insurrection entrainèrent des signes d'épuisement de la part des troupes de Razine, qui n'étaient pas composées de soldats réguliers et qui n'avaient pas l'entrainement nécessaire à une guerre, et cela continua six mois. Cependant, à Simbirsk, le prestige de Razine avait été dissipé. Même ses propres campements à Saratov et Samara refusèrent de lui ouvrir leurs portes et les Cosaques du Don, apprenant qu'il avait été excommunié par le patriarche de Moscou, se déclarèrent même hostiles. En 1671, lui et son frère Frol Razine furent capturés à Kaganlyk, sa dernière forteresse, et acheminés par les autorités cosaques jusqu'à Moscou, où, après torture, le 6 juin 1671, Stepan fut traîné, pendu et équarri sur la Place Rouge.
Astrakhan, dernier foyer de la Révolte, se rendit à son tour quelques mois plus tard.

La Révolte de Razine fut spontanée, locale, sans programme politique bien arrêté. Même s'il combattait le système féodal, il se proclamait pour un bon tsar. Cependant, son œuvre fut importante. De nombreuses chansons populaires racontent son histoire et en font un héros. Suite à cette Révolte, le gouvernement étouffa l'Insurrection et durcit sa politique, menant des représailles massives.
La Révolte de Razine fut enseignée dans les livres d'histoire de l'URSS. Elle constituait, selon les historiens de l'URSS un acte préRévolutionnaire, en quelque sorte une prémisse de la Révolution de 1905 car Razine est décrit comme un Libérateur du Peuple se Rebellant contre les autorités tyranniques tsaristes, et obtenant le soutien du Peuple russe.
Selon certains livres, l'œuvre de Razine fut un vigoureux acte de Lutte du Peuple pour sa Libération, une importante étape de la formation de ses traditions Révolutionnaires :
* Trotsky se réfère dans ses écrits souvent à Stepan Razine, présenté comme meneur de Soulèvement paysan. D'après lui, ces derniers ont permis à Razine et Pougatchev d'émerger, puis servirent de fondations à la Lutte d'autres classes de la population. Le cas de Razine montre selon lui qu'une Révolution ne peut être que paysanne : « dans l'Histoire, la paysannerie ne s'est jamais élevée de manière indépendante à des buts politiques généraux. Les mouvements paysans ont donné un Stenka Razine ou un Pougatchev et, toujours réprimés, servirent de fondation à la Lutte d'autres classes. Il n'y a jamais eu nulle part de Révolution que purement paysanne » ;
* Bakounine, lui, voyait dans la Révolte de Razine l'œuvre d'une minorité de déclassés et de hors-la-loi et de bandits, qui, selon lui, devaient être les moteurs de la Révolution russe suivante.

Razine préfigure la Révolte de Iemelian Pougatchev, également menées par les cosaques du Don, un vaste mouvement antiféodal dans toute la petite Russie qui ébranla de 1773 à 1775 le pouvoir de Catherine II.
Cette Révolte a lieu dans une région frontalière et tampon, le Iaïk, à l’est de la Volga. Elle a pu rassembler jusqu’à 4 millions d’habitants. Les Rebelles sont des cosaques, des fugitifs militaires, paysans ou politiques, des peuples locaux : Bachkires, Tartares, Kalmouks (populations nomades, généralement musulmanes qui en général ont subi une sévère répression dans les années 1735 – 1765), des victimes du servage (serfs paysans ou serfs d’usine).
La grande Révolte de 1773-1775 s’inscrit dans un contexte de tension grandissante au sein des communautés cosaques, à mesure que s’étendait inexorablement sur eux le pouvoir « régulateur » de l’état russe. Elle fut déclenchée après cinq années de guerre, de peste, de hausse des prix, de services et de levées de plus en plus écrasantes. Beaucoup des sujets de mécontentements cosaques avaient été exprimés par les cahiers et les doléances de leurs députés à la commission législative, confirmés par l’agitation continuelle qui suivit, entre la fin des années 60 et celle des années 70. Il y eut alors une répression sévère (amende collective, travaux forcés, knout…) de toutes les Mutineries, séditions et oppositions en tous genre au gouvernement russe. Dans une telle situation, le bruit qu’un autre tsar vivait qui ferait droit aux revendications des mécontentements, ne pouvait qu’éveiller des échos.

Fils d'un cosaque du Don, petit propriétaire terrien, marié à une cosaque Sofia Nedioujeva en 1758, il participa, la même année, à la guerre de sept ans sous le commandement du comte Zakhar Tchernychev. Dans la première guerre russo-turque, 1768-74, Pougatchev, maintenant un cosaque khorunjiy (correspondant au rang dans l'armée de podporoutchik, ou sous-lieutenant), servit sous le comte Pierre Panine et participa au siège de Bender.
Rendu à la vie civile, il passa plusieurs années à errer et plus d'une fois les autorités le firent jeter en prison pour vagabondage.

En 1761 Pierre III dans son « Acte sur la liberté de la noblesse » libère celle-ci de tout service obligatoire envers l'état à l'exception du service militaire en temps de guerre. Le bruit court que le nouveau tsar se prépare à abolir le servage. C'est à ce moment-là que Catherine, profitant du mécontentement nobiliaire, s'empare du pouvoir. Le couple se déteste et comme de bien entendu ne donne le jour à aucun héritier pendant huit ans, au grand mécontentement de la tsarine Élisabeth qui pousse Catherine à prendre un amant. Le 9 juillet 1762, trois régiments de la garde du tsar Pierre III se détournent de leur maître et prêtent serment de fidélité à son épouse, Catherine, « pour la défense de la foi orthodoxe et pour la gloire de la Russie ». Leur révolte est animée par le propre amant de la reine, Grégoire Orlov. Le tsar, honni de la noblesse pour ses sentiments germanophiles (sa femme étant prussienne), abdique dès le lendemain. Il meurt une semaine plus tard dans sa retraite, sans doute tué par l'un des frères Orlov dans une querelle d'ivrognes. Son corps, ramené à Saint-Pétersbourg, est exposé aux yeux du Peuple. Ainsi débute le règne immense de Catherine II la Grande. Mais la prise de pouvoir de Catherine II suscite des mécontentements. Malgré cette preuve publique, des imposteurs, originaires de multiples provinces, tentent de se faire passer pour le tsar défunt. Le plus célèbre d’entre eux est Pougatchev.

En 1767 Catherine publie son programme dans une « Instruction ». Ce texte, inspiré par l'Esprit des lois est à tel point libéral pour l'époque que sa publication sera interdite en France. Elle convoque une Commission législative (comparable aux États généraux de 1789) dans laquelle toutes les couches de la population seront représentées, excepté le clergé et les paysans serfs.
La Commission ne participa pas directement à l'élaboration de nouveaux codes, mais elle examinera 1 441 cahiers de doléances dont 1 066 contenaient des revendications paysannes. Ses travaux dressent un tableau général de la situation économique et sociale du pays. Pour la première fois il y eut un débat très vif sur le servage, démontrant la nécessité d'une réforme radicale.
Les travaux de la Commission atteindront de larges couches de la société russe grâce au développement de l'imprimerie et de la presse. Cela entraîne deux conséquences : le mécontentement de la noblesse terrienne qui voit le sort pénible des paysans étalé au vu et au su de tous ce qui entraîne un raidissement encore plus grand vis-à-vis des paysans ; d'autre part, le discours très libéral de l'impératrice suscite des espérances qui, déçues, conduiront en 1773-1774 à la Révolte conduite par Pougatchev et qui sera l'une des plus dramatiques de l'histoire de l'empire.

Repris le 1er juillet 1770 à Kazan après avoir déserté, Pougatchev s’évade et réapparaît dans la steppe où il affirme être le tsar Pierre III. En 1773, après avoir fréquenté les monastères des vieux croyants qui exercèrent une influence considérable sur lui, il se proclama soudainement le tsar Pierre III et organisa l'Insurrection des cosaques Yaik qui déclencha une Jacquerie de toute la petite-Russie (basse Volga). Promettant l’abolition du servage aux paysans, il s’entoure de Rebelles et prend d’assaut de nombreuses fortifications.
Le système du servage, souvent plus proches de l'esclavage personnel que de l'asservissement à la terre, propre à la Russie s'est constitué au cours du XVIIIè siècle, sous les règnes des tsars réformateurs de la dynastie des Romanov, Pierre Ier le Grand et Catherine II, à contre-courant donc du reste de l'Europe (qui l’abolira en 1815 au plus tard, alors qu’il subsiste en Russie jusqu'en 1861). Une telle pratique répond alors à deux sortes de considérations : il s'agit au départ d'une réaction défensive contre la fuite d'une main-d'œuvre indispensable pour assurer la simple consommation de la noblesse, mais c'est aussi un moyen pour les tsars de s'attacher les services et la fidélité des nobles auxquels la propriété des terres a été octroyée. Structurée, et en partie créée par Pierre le Grand, la noblesse lutte pour son émancipation pendant plusieurs dizaines d'années. Sous le règne d'Anne (1730-1740), puis d'Élisabeth (1741-1761) un nouveau système se substitue à celui de Pierre le Grand, qui était basé sur le service d'état. La noblesse acquiert de nouveaux droits sur la personne des serfs, dont le nombre ne cesse de s'accroître du fait de la distribution des domaines aux grands dignitaires.

Le pouvoir ne prit pas le mouvement au sérieux et se contenta de mettre la tête de Pougatchev à prix.
Il progresse jusqu’à la Volga à l’Ouest, et met de son côté les minorités ethniques. Les Bachkirs musulmans menés par Salavat Ioulaiev se Soulèvent à leur tour et se joignent au mouvement. Les Cosaques de l’Oural, les serfs et les ouvriers de plusieurs provinces, ainsi que les Tartares, se rallient à son mouvement et c’est à la tête de trente mille hommes qu’il assiège et prend Tcheliabinsk, en février 1774. Dans sa marche vers Saint-Pétersbourg et vers Moscou, il est arrêté à Orenbourg : en mars 1774, la ville, forteresse de l'Oural, est assiégée. La ville d’Orenbourg a été fondée en avril 1743, avec la tâche précise de devenir un quartier général pour les ambitions géopolitiques et la défense de l’empire russe aux portes de l’Asie : Orenbourg était jadis un poste de douane important qui percevait les droits de passage des navires et des caravanes. Les Ouzbeks, les Kirghizes, les Tadjiks, tous ces nomades venaient de Tachkent ou de Samarkand en longues caravanes de chameaux, pour troquer leurs pelleteries contre de la nourriture, des munitions de chasse, des instruments de travail.
À Nijni, les serfs brûlent les manoirs et égorgent leurs maîtres. Le gouvernement, prenant enfin la mesure du péril, se décide à réagir. L'armée du général Bibikov libère Orenbourg. En août 1774, le général Mikhelson inflige une défaite décisive près de Tsaritsyn (Volgograd).
Surtout les Cosaques, lassés par les excès du nouveau « tsar », ne supportent pas de voir leurs intérêts confondus avec ceux des serfs Révoltés ; ils décident d'en finir avec Pougatchev. Il se réfugie dans la steppe. Livré par ses cosaques, il est présenté dans une cage en fer pour montrer au Peuple sa déchéance. Il est exécuté, puis sa dépouille est suppliciée (écartelée).

En 1833, le tsar accorda une subvention de 20 000 roubles à Pouchkine pour lui permettre de travailler à une histoire célèbre de la Révolte de Pougatchev. Alexandre Pouchkine fera de la Révolte de Pougatchev le cadre de son roman historique publié en 1836 La fille du capitaine. Le personnage du cosaque apparaît lui-même dans l'intrigue et sous un jour plus mystérieux qu'antipathique.

En France, sous le règne absolu de Louis XIV, une Jacquerie se produit en Bretagne, contre l´instauration de nouvelles taxes. Elle est dirigée contre les agents du roi, chargés de collecter les impôts, et les seigneurs, par les Bonnets Rouges et les Bonnets Bleus.
La Révolte des Bonnets Rouges affecta durement la Bretagne (troubles à Guingamp, Lamballe, Dinan et dans la région de Callac et de Maël-Carthaix), sans connaître l'ampleur des évènements du Finistère et de l’Ille et Vilaine. C’est les débuts de l’époque des corsaires Bretons.

La Révolte du papier timbré est une Révolte antifiscale française, sous le règne de Louis XIV (d’avril à septembre 1675), et qui prit également un tour antiseigneurial en Basse-Bretagne, sous le nom de Révolte des Bonnets rouges. Elle est déclenchée par une hausse des taxes, dont celle sur le papier timbré, nécessaire pour les actes authentiques.
Elle est appelée Révolte des Bonnets rouges pour sa partie bretonne, car certains Insurgés portaient des bonnets bleus ou rouges selon la région, et également « Révolte des torreben » (« casse-lui la tête »), un cri de guerre qui sert également de signature dans un des codes paysans.

Louis XIV déclare la guerre aux Provinces-Unies en 1672. Mais, contrairement à la guerre de Dévolution, après une progression rapide, l’armée française est stoppée par les inondations volontaires des Hollandais, et la guerre s’éternise.
La flotte hollandaise menace les côtes françaises, et notamment la Bretagne, en croisant sur ses côtes en avril-mai (après une descente sur Belle-Île en 1673 et une autre sur Groix en 1674), ce qui gêne le commerce breton.

Pour financer la guerre, de nouveaux impôts sont levés :
* d’abord une taxe sur le papier timbré, en avril 1674, papier rendu obligatoire pour tous les actes susceptibles d’être utilisés en justice (dont les testaments, contrats de vente et accessoirement, les registres d’état-civil), ce qui augmente le prix des actes pour les particuliers, tout en risquant de diminuer le nombre d’affaires pour les professionnels, d’où un mécontentement général ;
* le 27 septembre 1674, la vente de tabac est réservée au roi, qui prélève une taxe et en afferme la vente. Les personnes autorisées à revendre le tabac (fermiers et commis) rachètent les stocks aux commerçants qui en vendaient auparavant. La réorganisation des circuits de vente entraîne une interruption temporaire de la distribution de tabac à fumer et chiquer, d’où une autre source de mécontentement ;
* à la même période, une nouvelle taxe frappe tous les objets en étain (même achetés longtemps avant), ce qui mécontente les paysans aisés, ainsi que les cabaretiers qui répercutent la taxe, d'où une forte hausse sur les prix des consommations ;
* enfin, une autre taxe, touchant moins de monde, oblige les roturiers possédant un fief noble à verser une taxe tous les vingt ans.

Ces nouveaux impôts et ces menaces s’ajoutent à une situation économique difficile en Bretagne.
La Bretagne est alors très peuplée (environ 10 % de la population du royaume), et épargnée par les disettes et les épidémies depuis les années 1640. Dans les années 1660-1670, elle entre dans une phase de difficultés économiques, largement liées aux premiers effets de la politique de guerre économique de Louis XIV, de l'augmentation sensible et simultanée des impôts, et de faiblesses structurelles : par exemple, diminution des deux tiers du commerce du vin et des toiles d’après le duc de Chaulnes (surnommé « an hoc'h lart » : le gros cochon, en breton), gouverneur de Bretagne, les revenus issus de la terre (fermages) diminuent eux aussi d’un tiers, entraînant une déflation généralisée, exceptée des offices.
La Révolte est très souvent menée par des femmes. À cette époque, la législation royale est de plus en plus draconienne à l'encontre des femmes (alors que Louis XIV les appréciait énormément, sexuellement en tout cas), tous leurs Droits sont diminués, aussi bien leurs Droits économiques que civils (elles ne peuvent plus choisir leur époux par exemple). Ceci heurte dans un pays où la femme occupe traditionnellement une place très importante, et on en trouve mention dans les codes paysans.
Enfin la Bretagne est un Pays d'états, où l’impôt sur le sel, la gabelle n'existe pas, et où les nouveaux impôts doivent être acceptés par les états depuis l’acte d'Union de la Bretagne à la France. En 1673, les états avaient, outre un don gratuit de 2,6 millions de livres, acheté la suppression de la Chambre des domaines (qui privaient certains nobles de droit de justice) pour la même somme et racheté les édits royaux instituant les nouveaux impôts, plus diverses autres dépenses en faveur du pouvoir royal pour un total énorme de 6,3 millions de livres. Un an après, les mêmes édits sont rétablis, sans consultation des états. Et c'est par le Parlement de Bretagne que Louis XIV fait enregistrer la taxe sur le papier timbré en août 1673, et la taxe sur le tabac en novembre 1674, au mépris des « Libertés bretonnes » (c'est-à-dire les privilèges d’Ancien Régime de la province, accordés par le traité d'union du duché de Bretagne au royaume de France).

Les nouvelles taxes touchent plus les paysans et le petit Peuple des villes que les privilégiés, et font craindre une introduction de la gabelle. Tout cela crée un large front de mécontentement contre la brutalité inédite de l'état royal.
Le Soulèvement débute à Bordeaux : du 26 au 30 mars, la ville est aux mains des Emeutiers. Les garnisons insuffisantes empêchent César d’Albret, gouverneur de la ville, de rétablir l’ordre, les bourgeois refusant la levée des milices. À partir du 29, les paysans des environs arrivent à Bordeaux pour prêter main-forte aux Emeutiers. Le parlement de Bordeaux rend un arrêt de suspension des nouvelles taxes sous la pression populaire. La nouvelle atteint rapidement Rennes et Nantes qui se Soulèvent début avril ; d’autres villes du sud-ouest se Soulèvent également pour les mêmes raisons (Emeutes à Bergerac les 3 et 4 mai, etc.). Le 6 avril, le roi fait une déclaration d’amnistie pour les Emeutes de Bordeaux, son gouverneur n’ayant pas les moyens de reprendre la ville en main.
En Bretagne, les Emeutes urbaines réellement spontanées se limitent aux deux grandes villes, Rennes et Nantes. Partout le schéma est le même : les bureaux de papier timbré ou de marquage de la vaisselle en étain sont pillés, des affrontements ont lieu au cri de Vive le roi sans la gabelle ! Un premier Soulèvement a lieu à Rennes le 3 avril, mais le calme est vite ramené par le procureur au Parlement. Une nouvelle Emeute a lieu le 18 avril (au moins dix morts), qui se propage le lendemain à Saint-Malo, puis le 23 à Nantes, et à nouveau le 3 mai à Rennes et Nantes. D'autres villes sont touchées : Guingamp, Fougères, Dinan, Morlaix.
Les milices bourgeoises sont peu fiables, et passent quelquefois à l’Emeute. Le 8 juin, les troupes envoyées pour ramener le calme provoquent la colère de Nantes (sous l’Ancien Régime, toute troupe est logée chez l’habitant, à sa charge : or, Nantes comptait parmi ses privilèges l’exemption du logement des gens de guerre), durant trois jours (9 au 11 juin) : le duc de Chaulnes est assiégé dans son manoir, mais donne l’ordre de ne pas tirer, puis fait évacuer les troupes. Il subit des humiliations si importantes (insultes, absence de possibilité de réaction, l’évêque est pris en otage et échangé contre une Emeutière prisonnière le 3 mai) qu’il cache, à partir de la fin juin, la réalité de l’agitation au roi dans ses rapports. Une dernière fois, le bureau du papier timbré est mis à sac le 19 juillet à Rennes.
L’exemple des villes est suivi, à partir du 9 juin, par les campagnes de Basse-Bretagne : la Révolte connaît plusieurs foyers, de la baie de Douarnenez à Rosporden, Briec et Châteaulin. Les 3-4 juillet, la Révolte atteint les environs de Daoulas et Landerneau, le 6 elle est aux alentours de Carhaix, le 12 de Brasparts à Callac, et une dernière vague se manifeste les 27-28 aux alentours du Faouët, à Lanvénégen par exemple, à l'occasion du pardon de Saint-Urlo. Les villes ne participent pas, mais sont attaquées. Le 21 juin, le duc de Chaulnes, gouverneur de Bretagne, est obligé de s’abriter à Port-Louis.
Les paysans se Révoltent lorsque se répand le bruit que la gabelle va être introduite dans la province. La jacquerie éclate au milieu de la zone du domaine congéable, précisément là où ce régime est le plus dur. Le duc de Chaulnes reconnaît que « les seigneurs les chargent beaucoup ». Les châteaux sont assiégés et pillés, ainsi que les bureaux du papier timbré ou des devoirs (taxe sur les boissons), les nobles attaqués et tués.
Le maximum de violence est atteint fin juillet-début août dans le Poher, où Carhaix et Pontivy, villes non-fortifiées, sont attaquées et pillées. Les paysans sont commandés dans cette région par un notaire, Sébastien Le Balp. Début septembre, il investit et pille, avec 600 Bonnets Rouges, le château du Tymeur et en brûle tous les papiers et archives. Il est tué par surprise d'un coup d'épée par Charles Maurice de Percin, marquis de Montgaillard, son prisonnier, la nuit du 3 septembre, la veille du Soulèvement général prévu. Sa mort met fin à l'Insurrection.

Les paysans Révoltés établissent des codes et règlements, sous plusieurs noms (code paysan, pessovat – ce qui est bon –...). On désigne par Code paysan l’ensemble des textes revendicatifs approuvés lors d’assemblées générales par les populations Soulevées. Ces textes peuvent être des programmes, des plaintes, où ils expriment leurs revendications, mais également des codes que les Insurgés essayent de faire approuver ou appliquer.
L’origine de ces codes se concentre dans le sud Cornouaille. Ailleurs il y a eu des transactions locales entre Révoltés et seigneurs, devant notaire. On en connaît huit. Ils préfigurent, par leur contenu, les cahiers de doléances de la Révolution française. Nombres de revendications sont communes à la plupart des codes, elles concernent le domaine fiscal, et dans le domaine politique, la réaffirmation des Libertés bretonnes. Un des codes parle du pouvoir de la communauté villageoise, ce qui est une idée nouvelle. Le Règlement des 14 paroisses, probablement établi à l'église Notre-Dame de Tréminou, est le plus connu. Il semble prendre la place de différents textes antérieurs. Rédigé en français, il engage les habitants de quatorze paroisses et doit être affiché aux carrefours et lu lors des sermons du dimanche (comme les proclamations royales). Il ne remet pas en cause le régime politique, mais demande que les paysans soient représentés aux états provinciaux (article 1) ; appelle au retour au calme et à la fin des violences (articles 2 et 3), mais la ville de Quimper et les paroisses environnantes sont menacées de blocus si elles ne ratifient pas le code (article 13) ; au nom de la Liberté armorique, il proclame l’abolition des droits de champart et corvée prétendus par les gentilshommes (article 4), mesures des plus audacieuses, le champart étant la principale ressource des seigneurs (cet article reflète aussi la dégradation récente de la situation paysanne devant l’augmentation des exigences seigneuriales, allant au-delà du droit et des coutumes). Dans les articles suivants (6 à 9), les demandes sont surtout antifiscales (la mesure la plus importante est l'abolition de la dîme du clergé : le clergé sera payé pour leur service, et seulement pour cela), une exigence de justice (revendication d'une justice gratuite, et qui soit exercée par des gens capables) et d’arrêt des abus est faite, mais dans le cadre de la justice seigneuriale (article 10), donc sans remise en cause du système existant. L’article 5 demande même des mariages mixtes entre nobles et paysans, avec le droit pour les femmes nobles de choisir leur mari (le droit des femmes à choisir leur mari avait été aboli sous le règne de Louis XIV). L'article 11 est également notable, avec une demande d'interdiction de la chasse entre le 1er mars et la mi-septembre.

Toutes les villes fortifiées forment autant d’îlots de résistance (Concarneau, Pont-l'Abbé, Quimper, Rosporden, Brest et Guingamp). Dans cette dernière ville, trois Emeutiers, dont une femme, sont pendus. La « punition » commence à Nantes, où les troupes séjournent 3 semaines. Les missionnaires, notamment Julien Maunoir et les jésuites sont aussi utilisés, et font hésiter de nombreux paysans, ce qui permet d’attendre l’arrivée des troupes. Celles-ci arrivent fin août, et opèrent à partir d’Hennebont et Quimperlé. La campagne dure tout le mois de septembre.
En Bretagne, le bilan de la répression est difficile à chiffrer, en effet le roi ordonne la destruction de toutes les archives judiciaires concernant la Rébellion et, de ce point de vue, cette répression reste la moins connue de toutes les grandes Rébellions du XVIIIè siècle.

En France, dans l'Aquitaine et la Gascogne, l’arrivée des troupes et leur séjour de quelques semaines suffit généralement à ramener le calme. À Bordeaux, le parlement revient sur son arrêt de suspension des taxes le 18 novembre : la ville est punie par l’obligation d’accueillir dix-huit régiments durant l’hiver (les soldats et les officiers étaient logés chez l’habitant, à la charge complète de la ville), ce qui aurait coûté près d’un million de livres à la ville. De plus, le château Trompette est agrandi et sa garnison augmentée, ce qui augmente le pouvoir symbolique et militaire du roi sur la ville, qui voit par ailleurs la porte Sainte-Croix (au sud de la ville) détruite. Autre mesure symbolique : les cloches des églises Saint-Michel et Sainte-Eulalie sont confisquées.
La promesse d’amnistie est assez largement appliquée mais la répression a tout de même été féroce. Le pouvoir punit certes les élites mais se montra beaucoup plus sévère à l'égard des paysans Révoltés. Le duc de Chaulnes écrivait : « Les arbres commencent à se pencher sur les grands chemins du poids qu'on leur donne », plusieurs personnes étant pendus en même temps.
Les principaux responsables sont envoyés devant une commission extraordinaire du parlement, les présidiaux pouvant juger exceptionnellement en dernier ressort, ce qui aboutit à de rapides condamnations à mort. Dès octobre 1676, des condamnations aux galères et à la peine de mort sont prononcées envers les responsables.
Les communautés villageoises sont sommées de livrer les meneurs sous peine de représailles collectives, les cloches ayant sonné le tocsin sont déposées et plusieurs églises sont décapitées avec interdiction de les remonter. Le 12 octobre, le duc de Chaulnes entre à Rennes, avec 6000 hommes, logés chez l’habitant : durant un mois, la ville subit les violences de la troupe, puis d’autres prennent leurs quartiers d’hiver. Les habitants de la rue Haute sont expulsés, un tiers de la rue est démolie. Pour avoir soutenu les Emeutiers, le parlement est exilé à Vannes le 16 octobre (exil qui dure jusqu’en 1690 et ne peut retourner à Rennes que contre un subside extraordinaire au roi de 500.000 livres), tout comme le parlement de Bordeaux, exilé à Condom le 22 novembre, puis à Marmande et La Réole (lui aussi ne revient à Bordeaux qu’en 1690). Toute résistance politique à l’absolutisme est annihilée. Les états de Bretagne acceptent l’année suivante une augmentation du don gratuit de 15 %, et toutes les demandes financières ultérieures du gouvernement, sans oublier les gratifications aux ministres, en particulier à Colbert et sa famille. La Bretagne doit subvenir entièrement aux besoins des troupes de répression, puis d’une armée de 20 000 hommes (ce dernier point en représailles aux doléances des états de novembre 1675).
Le 5 février 1676 (enregistré le 2 mars par le Parlement), Louis XIV accorde son amnistie, avec plus de 150 exceptions dont un tiers à Rennes, 4 à Nantes, et les autres originaires de 55 villes et paroisses.
La résolution de la Révolte est aussi judiciaire. En juillet 1675, les Insurgés de vingt paroisses de Scaër à Berrien, avaient assiégé et pillé le château du Kergoët, en Saint-Hernin, près de Carhaix. Le propriétaire, Le Moyne de Trévigny, seigneur du Kergoët, était réputé lié à ceux qui avaient amené en Bretagne les impôts du timbre et du tabac. Une transaction entre les paroisses et Le Moyne de Trévigny est approuvée par les états de Bretagne en octobre 1679.
En août 1675, sept habitants de Plomeur sont mandatés pour traiter avec Monsieur du Haffont pour le dédommager du pillage de son manoir situé à Plonéour-Lanvern. La transaction aboutit à un accord devant notaire. Un accord semblable est passé avec les habitants de Treffiagat. En juin 1676, les sommes dues sont réduites de moitié. Le mois suivant, des habitants de Plonéour-Lanvern et de Plobannalec sont mis en demeure de fournir 8 tonneaux de grains pour remplacer le blé pillé. En 1692, le fils de Monsieur du Haffont, décédé entre-temps, se plaint de n'avoir toujours pas reçu un sou de dédommagement. D'autres contentieux de ce type traîneront devant les tribunaux jusqu'en 1710 au moins. En effet, la Bretagne entière est ruinée en 1679 par l'occupation militaire.

L’ampleur de la Révolte est exceptionnelle pour le règne de Louis XIV : ce qui se passe est tout bonnement inouï dans le contexte de l'époque. Concevables à l'époque de Louis XIII, les événements ne le sont plus depuis l'arrivée au pouvoir de Louis XIV, et restent d'ailleurs absolument uniques, à l'échelle du royaume, entre la Fronde et 1789, si l'on excepte bien entendu le cas très particulier des camisards cévenols.
Durant le règne de Louis XIV, c’est la Révolte où les autorités locales ont le plus laissé faire les Emeutiers. Ceux-ci sont certes spontanés, mais s’organisent rapidement, et rallient des groupes de plus en plus larges au sein de la société. À coté du pillage, on observe, ce qui est singulier, des prises d’otages et la rédaction de revendications.
La colère des paysans Révoltés se tournent contre les nobles pour deux raisons : ils constituent pendant longtemps la seule force de maintien de l'ordre disponible dans les campagnes, et leurs châteaux servent de cibles, faute d'agents du fisc.
La Révolte de 1675 est aussi un épisode de la Lutte des classes : on peut rapprocher « les passions mauvaises, les idées extrêmes et Subversives qui fermentent nécessairement dans toutes les masses Révoltées » qui en arrivent « au communisme et aux violences contre les prêtres », aux événements survenus durant la Commune de Paris en citant le curé de Plestin : « Les paysans se croyaient tout permis, réputaient tout les biens communs, et ne respectaient même plus leurs prêtres ». On peut ainsi élargir les causes à une Révolte contre les prélèvements des seigneurs fonciers (nobles et ordres religieux).
On peut tout autant parler d'asservissement national et de Lutte de Libération nationale des Bretons, étant donné que la noblesse bretonne s'était déjà entièrement francisée et que, au fond, seuls demeuraient Bretons les paysans. En dépit d'une dénationalisation continue d'une partie des Bretons, ce problème demeure typique des « minorités nationales » et ne saurait être résolu dans les conditions d'un régime centralisé. De plus, on peut lier la Révolte aux différences de l’économie bretonne, maritime et ouverte au commerce, et de l’économie française, aux intérêts continentaux.
La Révolte est un affrontement entre la bourgeoisie et ses alliés d'une part, l'Ancien Régime d'autre part, comme lors de la Révolution française, à une échelle différente. La pression en faveur du changement est modeste en Bretagne, et l'originalité de la situation de la province l'isole de toute manière dans le vaste royaume de France : il n'y a d'ailleurs pas ailleurs l'équivalent des Révoltes de 1675.

Outre la réduction au silence des états et du parlement, la reprise en main permet également l’établissement d’une Intendance de Bretagne (la Bretagne était la dernière province à ne pas connaître cette institution représentante du pouvoir central) que les états de Bretagne avaient jusqu'alors toujours réussi à éviter.
En Basse-Bretagne, les zones Révoltées sont aussi celles qui furent favorables aux Bleus lors de la Révolution française, et qui virent la crise la plus importante des vocations religieuses au XIXè siècle. Elles correspondent également aux zones du « communisme rural breton », ainsi qu'aux zones où la langue bretonne est la plus vivante.
En décembre 2005, le préfet du Finistère refusa l'installation d'un panneau touristique présentant la ville de Carhaix, sur le bord de la route nationale, au motif qu’il s’y trouvait la représentation d'un Insurgé de la Révolte des Bonnets rouges.

A l’opposé de la France, l’Angleterre accepte la contradiction et la limitation du pouvoir royal.
Après la mort du roi Charles II, la situation politique et religieuse en Angleterre s’envenime. Le catholique Jacques II, qui succède à son frère Charles II en 1685, s’aliène rapidement l’opinion publique par des mesures impopulaires. L’immense majorité des Anglais ne peuvent admettre que le roi tente de replacer l’église d’Angleterre dans le giron catholique. De plus, la bourgeoisie est violemment hostile à toute tentative de restaurer le pouvoir absolutiste. Elle juge inadmissible que le roi dispense certains de ses sujets de l’obéissance au Bill of Test (exclusion des non-anglicans de toute fonction administrative ou militaire) et qu’il se proclame lui-même au-dessus de la loi. Les jours de Jacques II sont comptés puisqu’une Révolution va mettre fin à son règne. Cette Révolution est surnommée la « Glorious Revolution », car elle n’engendre pratiquement pas de violence. Les opposants au roi demandent au protestant Guillaume d’Orange de s’emparer de la couronne. Lorsque celui-ci débarque à Torkay avec une armée anglo-hollandaise le 5 novembre 1688, Jacques II se réfugie en France auprès de Louis XIV. En janvier, le parlement déclare le trône vacant. Il l’offre à Guillaume et à son épouse Marie Stuart, à la condition qu’ils jurent de respecter la Déclaration des Droits. Il s’agit d’un texte qui résume les Droits reconnus aux Anglais et selon lequel le souverain ne peut établir l’absolutisme. Ainsi, il est interdit au roi de suspendre des lois, d’empêcher leur exécution et d’ériger une juridiction d’exception. Il ne peut pas non plus percevoir d’argent ou entretenir une armée sans le consentement du parlement (d’ailleurs l’armée permanente est interdite en tant de Paix). Cette Révolution sans effusion de sang est un
succès : elle assure la souveraineté au parlement et la prospérité en Angleterre. L’institution du régime constitutionnel est une victoire du parlementarisme sur l’absolutisme.

Publié dans : Lendemain du Grand Soir - Communauté : Anarchie
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés