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Collectif des 12 Singes (Al LU-SINON)


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4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 20:33
• Animateur : Avec toutes ces traditions ancestrales, comment le christianisme naissant a-t-il envisagé les choses du sexe, payant ?

• Historienne : En 326, l'empereur (futur chrétien) Constantin se contenta d'édicter une loi qui spécifiait que les servantes de taverne pouvaient rendre certains services à leurs clients en toute légalité, sachant que la même prestation serait tenue pour un adultère si c'était la patronne qui l'assurait. Le premier empereur chrétien savait de quoi il parlait : sa mère, la future Sainte Hélène, avait été tenancière d'une gargote avant d'épouser le général Constance Chlore. Par contre, la prostitution masculine fut interdite vers le milieu du IIIè siècle, l'empereur chrétien Théodose le Grand établissant en 394 que les hommes se prostituant dans les bordels de la ville seraient brûlés vifs en place publique, puis au Vè siècle il ordonna d'envoyer en exil tous les pères, époux, ou maîtres qui prostituaient leurs filles, femmes ou esclaves, mais il n'a pas créé une véritable loi. Cette répression, étendue aux souteneurs, s'explique soit par l'extension du phénomène avec la chute de l'empire romain soit sous l'influence du christianisme. Toutefois, en 438, le code de l'empereur Théodose II entérina l'existence légale des prostituées et de leurs souteneurs. Par la suite, la tradition chrétienne considéra la prostitution comme un moindre mal. Les Pères de l'Église en témoignent, tel Augustin d'Hippone au IVè siècle qui estimait qu'elle était naturelle et permettait de protéger les femmes honorables et les jeunes filles du désir des hommes. La prostitution était d'ailleurs jugée tellement naturelle que, pour plusieurs théologiens, il était préférable qu'une femme y pousse son mari plutôt que de consentir à certains rapports sexuels considérés, eux, comme de graves péchés. En effet, virulente à l'égard des proxénètes, l'Eglise était beaucoup plus hésitante vis-à-vis des prostituées car si la Bible évoque à plusieurs reprises les « femmes de mauvaise vie », celles-ci ne sont pas dépeintes en termes uniquement négatifs. Si Saint Paul s'est formellement élevé contre leur fréquentation, Salomon rendit ouvertement hommage au cœur de mère des deux courtisanes venues vers lui pour trancher une complexe affaire de fils nouveau-né, et Jésus salua la foi de Marie-Madeleine venue lui laver les pieds de ses larmes et les essuyer de ses cheveux (elle était sa meilleure amie, ils s'embrassaient sur la bouche, elle l'accompagna jusqu'à la croix, fut la première à vouloir l'embaumer au matin et elle vit donc la première le Ressuscité). Entre l'impureté méprisée de leur métier et les hautes compétences symboliques qui vont avec, il y avait toujours cette ambivalence, base du principe même du statut de ces femmes : elles étaient à la fois exclues, vouées à l'errance surveillée et à la clandestinité, et parfaitement insérées dans l'économie générale de la sexualité et des échanges, autant comme une ressource pour les cités que pour l'accompagnement obligé des cours et des armées. Cette contradiction essentielle qui les définit a été en quelque sorte traduite dans l'espace avec les projets de cantonnements de leurs activités sur les bords de la ville (d'où le terme de bordel) et dans des quartiers réservés. Autant de mesures qui concrétisent leur dualité sociale. En conséquence, tout en réprouvant la profession, les évêques hésitaient à condamner les femmes qui la pratiquaient, autorisant au IVè siècle les prostituées à recevoir le baptême (les hauts fonctionnaires de l'empire romain n'avaient pas le droit de le demander car ils faisaient usage de la peine de mort), n'invitant les miséreuses qui se vendaient par nécessité qu'à jeûner quelques semaines pour expier leur péché là où les femmes aisées qui trompaient leur mari par concupiscences étaient soumises à une dure discipline. Pour éviter que les veuves et les orphelines n'en vinrent à ces tristes extrémités, les évêques et les pieuses aristocrates donnèrent des pensions ou fondèrent des institutions.

• Animateur : Devenus maîtres de terres en voie de christianisation, quelle fut l'attitude des Barbares face à ce phénomène sociétal ?

• Historienne : Dans les sociétés germaniques, le mariage permet d'apaiser les tensions entre clans. Afin de ne pas insulter leur épouse, mais surtout leur belle-famille, les hommes évitaient donc les « mauvaises fréquentations » (au risque que sa belle-famille se venge, les armes à la main), sauf qu'ils avaient aussi des concubines. Ainsi, les Vandales, venus de la région du Rhin moyen, qui parvinrent en Afrique et s'emparèrent de Carthage en 440, découvrirent avec stupeur une ville où chaque rue comptait au moins un lupanar. Horrifiés, ils interdirent immédiatement la prostitution et condamnèrent les prostituées à se marier. Pour rappel, selon la loi salique, l'homme qui traitait une femme libre de prostituée devait payer une amende de 1800 deniers, là où le meurtre d'un esclave ne coûtait que 1200 deniers. Pour ces tribus, la prostitution représentait une malédiction à combattre. Théodoric Ier fut le premier à user de violence dans ce domaine. En effet, il parait que les proxénètes étaient jugés très sévèrement, car ils étaient passibles de la peine de mort pour avoir commis un tel crime. En 506, le roi wisigoth Alaric II proposa à ses sujets une nouvelle édition du code théodosien, modifiant le texte de façon à éliminer toute loi autorisant la prostitution. En effet, ce code prévoyait pour la première fois que les femmes de petites vertus étaient aussi coupable que les proxénètes et qu'elles étaient justiciables du fouet. Mais face à cette pudeur des barbares, on ne doit pas cacher la situation d'un monde où la prostitution restait largement pratiquée. Toutefois, la double influence du christianisme et de la législation germanique contribua à faire lentement évoluer les esprits : pour convaincre les paysans d'abandonner leurs cultes païens, des prédicateurs leur expliquaient que leurs déesses étaient jadis de simple prostituée et à ce titre digne du plans grand mépris. La figure de la femme vénale devint alors un repoussoir culturel absolu, même si à partir du VIè siècle des clercs traduisirent des textes grecs démontrant que des prostituées peuvent même prétendre à la sainteté, elles qui peuvent pécher longtemps à de nombreuses reprises et pourtant être pardonnées lorsqu'elles finissent par se repentir. Mais c'est bien à l'époque carolingienne (avec le rêve carolingien de Rénovation de l'Empire Romain) que l'on voit apparaître le souci d'améliorer la société, à la lecture d'Augustin, et donc les premières lois interdisant explicitement l'amour tarifé. Les réformateurs de ce temps entamèrent une sorte de longue marche vers la cité de Dieu qu'ils entendaient réaliser sur terre. Leur combat avait pour champ principal l'union des sexes, et il devait reléguer aux marges de la société un pouvoir féminin jusque là dominant dans les groupes claniques païens (les gentilices : groupes de familles portant un nom en commun) absorbés par l'Empire déchu, le but étant d'assurer l'alliance d'un groupe de clercs réformateurs et d'une noblesse germano-chrétienne. Malgré le fait que tous les chefs francs avaient des harems byzantins (ou des gynécées grecques où y vivaient leurs concubines), la prostitution pour le commun des mortels n'était aucunement tolérée. Pour autant, lorsque Louis le Pieux succéda à Charlemagne en 814, sa première mesure fut de chasser toutes les prostituées du palais, qu'elles avaient investi pendant les dernières années du règne du vieil empereur. En 820, il édicta un capitulaire précisant que « tout homme chez qui des prostituées auraient été trouvées devra les porter jusqu'à la place du marché où elles seraient fouettées et, en cas de refus de sa part, il sera fouetté avec elles ». En fait, les prostituées étaient perçues comme de très graves criminels, passibles de 300 coups de fouets, soit le nombre de coups de fouets le plus élevé mentionnés dans le « Code Alaric », en plus de voir leur chevelure coupée. L'humiliation publique des souteneurs semblait alors la meilleure façon de lutter contre le phénomène. En cas de récidive, la loi était intransigeante, et la criminelle était vendue au marché des esclaves. Malgré de telles mesures, Louis le Pieux n'a pu enrayer la prostitution, même si pendant cette époque la prostitution était un phénomène rare étant donné que la société franque était majoritairement rurale, et que la prostitution est un phénomène essentiellement urbain (toutefois, des sœurs vivant au couvent avaient été trouvées coupables de se livrer à de telles activités pour augmenter leur revenus). La législation carolingienne n'a sans doute pas été appliquée, mais elle a contribué à faire des prostituées des exclues, privées de protection légale. Au IXè siècle, la liste des péchés commença à gagner en sévérité et les prostituées furent traitées à l'égal des femmes adultères et soumises à trois ans de pénitence. Cherchant une nouvelle Eve, qui aurait également commis la faute mais qui aurait été pardonnée, les théologiens précisèrent le personnage de Marie-Madeleine (dont les Evangiles ne disent que peu de choses, sinon qu'elle a été libérée des sept démons) sous les traits d'une prostituée : la pécheresse repentie, vêtue de ses seuls cheveux, devint ainsi une figure majeure en Occident (Adam et Eve avaient provoqué la chute, Jésus et Marie-Madeleine en couple - comme compagnons de route - prodiguaient le salut). Pour autant, sans vouloir éradiquer la prostitution, le haut Moyen-âge contribua à la confiner dans la sphère de la marginalité, de l'illégalité, du secret. Dans les années 850, l'archevêque de Reims (menant une enquête sur la moralité des prêtres de sa paroisse) découvrit l'existence de demeures particulières avec de petites portes suspectes situées près des églises. Les prostituées avaient toujours été socialement dévalorisées, mais l'homme de l'Antiquité pouvait les fréquenter sans craindre pour sa réputation. Vers l'an mil, le client, honteux et inquiet, préférait cultiver le secret. En se fermant aux yeux du monde, le lupanar devint une maison close !

• Animateur : Oui, mais justement, ce n'est pas parce qu'on ne voit pas que cela n'existe pas/plus !

• Historienne : En effet ! Si les hommes qui s'élançaient à la conquête de Jérusalem à la fin du XIè siècle se présentaient avant tout comme des pèlerins accomplissant une pénitence, entre deux combats, ils succombaient facilement aux plaisirs sexuels, ne pouvant garder leur chasteté virginale dans ces parties d'Orient chaudes et stimulant la chair, bien que les prédicateurs (qui diffusaient la réforme géorgienne) rappelaient aux fidèles combien le péché de la chair offense le regard de Dieu. Ainsi, même si des milliers d'épouses ont suivi leurs maris, il existait des bordels en activité dans les camps, qui seront fermés afin de plaire à Dieu et attirer ses bonnes grâces (nécessaires pour la victoire vu l'infériorité numérique des chrétiens), révélant au passage leur existence, soigneusement tue jusque-là. De nombreux soldats, mais aussi des moins, et leurs ribaudes, furent promenés nus et fouettés en public, châtiment de l'adultère également appliqué à l'encontre des hommes surpris au bordel. Un siècle plus tard, malgré l'injonction du pape Clément III (1187-1191) que les expéditions ne comportent aucune femme, à l'exception des lavandières au-dessus de tout soupçon (ses femmes indispensables aux armées en route ayant bien souvent plusieurs cordes à leur arc), les conseils pontificaux ne furent pas écoutés et de très nombreuses femmes suivirent, tant pour se battre pour leur foi que pour rendre heureux en amour les malheureux aux combats. On pourrait penser que l'Orient luxurieux des harems méprisait la basse prostitution occidentale (pour autant, les villes musulmanes étaient au cœur d'un échange humain incessant, aussi, elles étaient structurées pour accueillir des gens en quête de plaisir éphémère et passager), mais il n'en était rien, surtout après avoir eu écho des excès de ces dévergondées de fesses-pâles. Notamment, les Mamelouks (esclaves militaires turcs asservis par les Arabes) n'hésitèrent pas à désarmer et déserter, voire à renier l'islam, pour goûter les plaisirs de la chair chez les chrétiens ; d'autres, conciliant mieux l'aiguillon du désir et celui de la religion, opéraient de nuit des razzias et capturaient de belles filles publiques. Toujours est-il que lorsque le nouvel évêque de Saint-Jean-d'Acre arriva à son poste en 1216, il découvrit avec horreur une nouvelle Babylone, où les courtisanes abondaient, payant des loyers élevés tant à des laïques qu'à des prêtres et moines. Plus tard, Saint Louis menant la septième croisade en 1248 et étant très pieux, aucune folle femme ne partit avec l'expédition. Mais sitôt qu'il fut emprisonné, des navires occidentaux ravitaillèrent les camps, des bordels fleurissant dans toutes les villes conquises. Les ribaudes courant après les croisés faisaient quelque peu désordre dans la quête du paradis en Terre sainte, mais là encore, la sagesse des Trois Singes (ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire) a fait son office, le repos du très chrétien guerrier valant bien une escort-girl, même vilipendée par la « sainte » Eglise. Pour autant, cet ordre moral que le roi cherchait à imposer en Orient, il l'appliqua également à son propre royaume par une série d'ordonnances, restées sans effet ! Ainsi, dans la cité des papes même on disait qu'on ne pouvait traverser le fameux pont sans rencontrer deux moines, deux ânes et deux putains. Les filles de joie, fillettes de vie, folles femmes, satisfaisaient un besoin social que les législations royales, princières et municipales n'ont jamais pu abolir, les tentatives répétées de Louis IX s'étant soldées par un échec. L'ordonnance de 1254 décréta l'expulsion des femmes de mauvaise vie de toutes les villes du royaume, bannies, se voyant confisquer tous leurs biens (jusqu'à leurs vêtements), mais suite à cette dure répression, la prostitution clandestine remplaça les maisons de débauches ouvertes à tous. Les hommes s'en plaignants furent nombreux, argumentant que depuis la publication de l'édit, il était difficile pour eux de protéger la vertu de leurs femmes et de leurs filles contre les assauts de violence que canalisaient autrefois les bordels (il n'est d'ailleurs pas anodin que deux femmes furent entourées de vénération à cette époque : Marie, mère de Jésus d'une part, et d'autre part les trois personnages féminins du récit évangélique alors confondus sous le nom de Marie-Madeleine ; la putain publique au secours de la vierge domestique). Sa décision ayant eu du mal à être appliquée strictement, les ordonnances suivantes furent relativement plus tolérantes. Ce trouvant devant l'échec cinglant de sa politique intransigeante, il décida d'ouvrir un centre de réadaptation et de reclassement, le « Couvent des filles-Dieu », poursuivie sous le règne de Charles V. En 1256, l'expulsion des « folles de leurs corps et autres fillettes communes » fut à nouveau décrétée, mais une clause précisa qu'il s'agissait surtout de les chasser des quartiers bourgeois, des églises, couvents et cimetières, pour les repousser « hors les murs », les mettre au ban de la société, en banlieue. Les échecs de cette prohibition révèlent un nouveau regard social porté sur la prostitution, un nouveau décret ayant rétabli la prostitution, à condition que différentes règles soient suivies. Etant donné que Paris (ville septentrionale) n'avait pas intégré, comme les villes méridionales, la prostitution dans ses institutions urbaines, Saint Louis accorda comme privilège aux pauvres lingères de Paris d'établir leurs étals près du cimetière des Innocents, face aux murs des Halles, moyen de restreindre la prostitution puisqu'une lingère honnête ne pouvait qu'être très pauvre (un surcroît de ressources ne pouvait être que le « fruit d'un commerce honteux et condamnable »). Que la prostitution, liée à l'insuffisance des ressources, se soit développée avec les crises est certain, ce qui a sans doute alimenté une constante suspicion à l'égard du travail des femmes : l'atelier et la boutique tenus par des femmes serviraient de façade à un commerce moins honorable (un texte de 1420 mentionne que les maquerelles « tiennent des échoppes de denrées et de métier », ce qui leur permettait d'accueillir jour et nuit une clientèle spéciale). De la fin du XIIIè au XVè siècle, les autorités admirent que cette pratique, profondément ancrée dans la société, était impossible à éradiquer : bien que la prostitution fût l'objet d'une réprobation générale, les fillettes trouvaient leur place dans la communauté (mais tout de même maintenues dans des quartiers spécifiques de la ville). Cette attitude de relâchement, que de nombreux politiciens préconisaient également, montre que la prostitution ne scandalisait pas la population en général. Alors que jusqu'au XIIè siècle l'Eglise condamnait strictement la fornication, c'est-à-dire tout forme de sexualité en-dehors du mariage, dès la fin du XIIIè siècle la morale s'accorda davantage à la réalité et reconnut les besoins sexuels des jeunes hommes. L'affirmation de la virilité entraînant fréquemment un déchaînement de violence et se traduisant par des viols collectifs commis sur des femmes isolées ou faibles, réputées communes, les autorités encouragèrent l'essor d'une prostitution officielle. Ainsi, à la fin du Moyen-âge, la prostitution apparut aux yeux de certains notables comme une thérapie sociale, voire une pédagogie de la bonne conjugalité (Thomas d'Aquin au XIIIè siècle jugeait qu'elle était nécessaire à la société comme les toilettes à une maison : « cela sent mauvais, mais sans elle(s), c'est partout dans la maison que cela sentirait mauvais »). Les filles publiques se dressèrent alors en gardiennes de la moralité (bien qu'une femme s'étant adonnée à de tels actes devait se soumettre à une pénitence de six années, alors que son partenaire ne devait jeûner que pendant dix jours) : chargées de défendre l'ordre collectif, elles luttaient contre l'adultère et juraient de dénoncer les contrevenants aux commandements du mariage, se montrant des plus actives dans la chasse aux filles secrètes et aux épouses dépravées, qu'elles menaient au tribunal ! Partant donc du postulat que les lupanars représentent un dérivatif à la violence sexuelle, les autorités au pire toléraient la prostitution, au mieux l'organisaient. Étant donné que le Grand Conseil de 1358 avait mentionné que « les pécheresses sont absolument nécessaires à la Terra », on assista à un effort d'institutionnalisation de la prostitution visant à tirer profit de ce commerce, mais surtout de le restreindre à certaines zones de la ville. A Paris, ces lieux restaient stables et correspondaient à ceux définis par Saint Louis. Une ordonnance de 1367 du prévôt Hugues Aubriot fixa d'ailleurs les rues où les ribaudes pouvaient exercer. Pourtant, en 1387, un procès se déroula au Parlement afin d'en chasser les prostituées, mais en vain, car les sentences reconnurent que « de tous temps » il y avait eu « femmes de vie ». A la Court-Robert, le prince Louis d'Anjou, agacé par ce mauvais voisinage, tenta lui aussi de chasser les pécheresses. Mais même racoler aux porches des églises n'effrayait pas les filles de vie, comme le prouve la liste des délinquants appréhendés par les marguilliers et les sergents du chapitre de Notre-Dame. Sur l'île de la Cité (celle de Notre-Dame justement), la rue de Glatigny resta le cœur de la prostitution parisienne, le fameux Val d'amour, fermé plus tard par François Ier. Au cœur des cités méridionales, les maisons de fillettes, les châteaux gaillards et autres maisons lupanardes devinrent des institutions municipales, entretenues et inspectées par les consuls, tandis qu'au Nord, plus méfiantes, les villes cantonnaient dans quelques rues les mères maquerelles et leurs pensionnaires. Pour les grandes villes telles que Lyon ou Arles, vu les besoins de la population, un quartier entier fut affecté à cette activité. Les filles communes « gagnaient leur aventure » sur les places, dans les rues et les tavernes des quartiers autorisés, mais elles devaient obligatoirement ramener le client dans le prostibulum publicum pour la passe. Edifiés avec les deniers publics, ces institutions étaient baillées à ferme à un tenancier (souvent une femme, surnommée l'abbesse), détenteur officiel d'un monopole, chargé du recrutement des futures besogneuses et du strict respect des règles intérieures (interdiction du blasphème et des jeux). Essentiel à la bonne renommée de la maison, le tenancier servait aussi d'agent de renseignement, très utile aux autorités. A la fin du XVè siècle, la figure féminine de l'abbesse (souvent fille commune ou ancienne prostituée reconvertie en honnête épouse) disparut au profit d'officiers de justice qui reprirent la direction. Les pouvoirs publics ne parvinrent pourtant pas à interdire les autres formes de prostitution, leurs institutions affrontant une intense concurrence : les tavernes, hôtels, bordes et étuves privées offraient une prostitution notoire et, de fait, souvent tolérée. Les étuves notamment constituaient des lieux de débauches célèbres, mais tous les bains publics ne pouvaient arborer l'enseigne de la luxure et du stupre, des règlements contraignants interdisant l'accueil des prostituées et précisant systématiquement les jours et heures réservés à chaque sexe. Finalement, la marge entre prostitution tolérée et prostitution prohibée était assez floue, les municipalités (ainsi que les religieux grâce aux loyers, à condition que les filles exercent par nécessité et non par vice et plaisir) profitant de ce commerce et s'enrichissant en prélevant des taxes sur les maisons publics ou en mettant les fillettes à l'amende. Mais il existait également des prostituées entretenues au sein même des palais royaux et princiers (recrutées par le roi des ribauds, un officier chargé de maintenir l'ordre au sein de ces palais, ou de surveiller les marginaux d'une ville), à disposition des puissants, locaux ou de passage. A l'image des princes, certains bourgeois souhaitèrent également entretenir pour leur confort quelques prostituées : Charles V puis Charles VI accordèrent ainsi aux puissants banquiers lombards le droit d'entretenir à domicile quelques femmes. A la campagne, les filles allaient de village en village en fonction des marchés, moissons ou vendanges. Seule l'enseigne permettait d'identifier la maison de passe, mais dans les rues les prostituées devaient rester tête nue, à une époque où il était impensable de sortir sans une coiffe. De fait, à la fin du Moyen-âge, la prostitution eut droit de cité : acceptée et légalisée, elle devint même une profession à part entière et toutes les grandes villes possédaient leur quartier réservé à cet effet. La borde (désignant une cabane de planches en ancien français) devint le bordel (ou bordeau), et prit le sens de lieu de débauche au Moyen-âge, les prostituées n'ayant alors le droit d'exercer leur activité que dans des cabanes, à l'écart des lieux habités. D'ailleurs, en langue d'oc, Bordeaux et bordel est un seul et même mot, bordèu, signifiant une maison isolée. Même si le nom Bordeaux provient du nom latin de la ville (Burdigala), étant donné que son port s'est développé du fait du vin mais surtout par la traite des noirs (plaque tournante la plus importante pour le commerce des esclaves), la ville était bien la capitale de la débauche par le vin et l'exploitation humaine (sachant que les marins trouvaient dans tout port bon nombre de prostituées pour leur faire traverser d'autres tourmentes que celles maritimes).

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Published by Collectif des 12 Singes - dans Une histoire d'Homo Sexualis
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