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Collectif des 12 Singes (Al LU-SINON)


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20 janvier 2005 4 20 /01 /janvier /2005 21:42

02 - Piqûre annuelle de rappel de vinaigre

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« Hôtel de Commune. Vous voilà arrivés. Possibilité de garage superposé à 50 m, remplissage d'hydrogène nécessaire et disponible à proximité. »
« Merci Kitt. Fais ce qu'il y a à faire. Nous devrions être là dans deux heures ».

• Moa : Viens Esperanta ! Ça c'est le fameux Hôtel de Commune, symbole et siège de toutes les grandes Révolutions françaises/parisiennes. C'est véritablement la Maison du Peuple.

• Esperanta : C'est magnifique ! Et ça en impose.

• M : Oui (avec un petit rictus au coin des lèvres). Ça en imposait tellement, comme tu dis, qu'en ce temps-là, en ce monde-là, le pouvoir a toujours eu peur des Parisiens et de leurs poussées de fièvre Révolutionnaires. Du coup, dès que le Peuple a eu un peu plus de pouvoir, celui-ci fut de suite contrebalancé par une préfecture de police. Ce n'est que depuis 1977 de l'autre ère que la municipalité gère pleinement et sereinement la ville de Paris, avant il n'y avait pas de maire mais que le préfet de police de la Seine.

• E : Tu m'avais pas dis que tu insistais sur l'appellation Commune de Paris ??

• M : Si, mais en ce temps-là, en ce monde-là ce n'était pas le cas. Du moins, la ville ne méritait pas le nom glorieux de Commune de Paris. Surtout que la cité sortait de trente années de gestion par celui qui allait devenir le président de la république française. Un escroc arriviste, un self-made bouseux de Corrèze qui a su jouer de tout le monde jusqu'à arriver au sommet de l'état. Même parvenu au sommet, ces démêlés judiciaires n'ont fait que commencer, mais Jacques Chirac (le parrain de la Correza-nostra), connaissait plus de monde qu'il n'était vraiment malin. Donc il fut protégé par ses mandats présidentiels. Même ses adversaires politiques (que l'on nomme à tort socialistes), pour ménager la fonction et les institutions, ont tué dans l'œuf une possible mise en accusation du président, qui se doit d'être le plus exemplaire des Citoyens. Du coup il a pu se représenter et se faire réélire grâce à une fronde des Citoyens qui ont surtout voté aux extrêmes, puis ont du faire bloc contre le fascisme.

• E : Carrément ! Mais c'est une république bananière la France !

• M : On peut même dire que c'était une monarchie présidentielle avec sa cour, le « gratin » des puissants et des parvenus. Mais bon, il faut avoir une vision chronologique et globale pour mieux saisir le fonctionnement de l'autre système, qualifié de « démocratique » (laisse moi rire) afin de calmer les velléités Contestataires, puisqu'il suffisait de voter dans cinq ans pour que ça aille mieux. Hahahahahahaha.

• E : Qu'est ce qu'il y a de marrant ?

• M : Désolé ce n'est vraiment pas drôle, mais avec le recul, c'est tellement énorme. Je me demande comment les gens ont pu se laisser berner aussi longtemps. Mais surtout croire que les élections peuvent changer quelque chose. Si tel était le cas, le suffrage universel (mis en place définitivement en 1848 de l'autre ère) n'aurait jamais été adopté : trop dangereux pour les intérêts privés. Bref ! Allons voir cette piqûre de rappel de vinaigre, c'est pour ça qu'on est venu.

• Bien le bonjour, Dame et Sieur. Nous allons donc procéder aujourd'hui à votre incrémentation historique, plus communément appelée « piqûre annuelle de rappel de vinaigre ». Nous allons tout d'abord définir les groupes d'approfondissement. A l'occasion de l'anniversaire de notre civilisation, le thème de cette piqûre concernera la veille du Grand Soir, comment l'Humanité a enfin basculée vers l'Anarchie, c'est-à-dire vers son autogestion plutôt que par sa délégation de pouvoirs.

• E : (C'est quoi ces groupes d'approfondissement, Moa) ?

• M : (En fait, plutôt que de faire des groupes de niveaux où les gens peuvent se sentir dévalorisés car placés dans des « niveaux faibles », on demande le niveau d'approfondissement que les gens souhaitent avoir dans différents domaines).

• E : (Excellent ça ! C'est vrai que c'est sûrement plus efficace de demander aux gens quelle profondeur de connaissances ils souhaitent avoir, plutôt que de leur imposer un package informatif indigeste dont ils ne désirent pas la moitié des informations, car trop pointues par rapport à leurs besoins de savoirs).

• M : (Exactement. Alors ? Tu veux les connaissances de base ou tu préfères aller plus loin et approfondir ce thème de la veille du Grand Soir) ?

• E : (La question ne se pose même pas ! Bien sûr que je veux avoir un maximum d'informations sur ce thème. Qui sait, cela pourra peut-être m'aider à comprendre ma présence ici, voire même lever le voile sur le but de mon séjour dans ce Paradis terrestre).

• M : Dame, nous souhaiterions intégrer le groupe des connaissances accrues.

• Choix très judicieux. Si vous voulez bien me suivre, nous allons monter dans la salle des transmissions … du savoir.

La prof, Moa et moi, entrons dans une pièce sombre avec un cube au milieu. Il y a des sortes d'araignées géantes posées sur des têtes de mannequins.

• E : Excusez-moi Madame.

• Non mais dis donc, tu me prends pour qui toi ? Je ne suis pas ton gourou alors un peu de Respect s'il te plaît.

• M : (On dit excuses moi, Esperanta, je t'ai déjà dit que le vous n'était que pour le groupe ou les personnes que tu Respectes car tu les connais, ou envers qui tu veux mettre de la distance. Elle, même si tu la Respectes en tant qu'individu, tu ne la connais pas, donc tu la tutoies. Et ce n'est pas Ta Dame, donc pas de Madame s'il te plaît).

• E : Pardon Dame. Je ne voulais pas t'offusquer.

• Bon, mais fais attention. C'est pénible venant de gens qui ne nous connaisse pas. Ça nous donne l'impression que l'on nous flatte, ou que l'on marque son Respect avec l'intention d'obtenir une contrepartie. Bref ! Veuillez enfiler vos casques cognitifs !

• E : (C'est quoi ça encore les « casques cognitifs », Moa) ?

• M : (En fait ce sont les espèces d'araignées que tu vois là-bas posées sur les têtes. Tu le poses sur ton crâne et grâce à des électrodes, on peut te faire mémoriser toutes sortes d'informations et d'émotions. Ton cerveau et un ordinateur fonctionnent sur le même principe : des réseaux neuronaux et des programmes fonctionnel, le tout alimenté par de l'électricité (ainsi que des réactions chimiques pour les humains). L'ordinateur transfert l'information sous forme de 0 et 1 et le casque la met en forme de signaux électriques variés, directement assimilable par ton cerveau. Ainsi tu as les informations, et les sensations relatives à ces données (vue, touché, goût, odeur, ouie).

• E : QUOI ??? Arrête de déconner, c'est quoi ce délire encore ??

• M : C'est tout simple, quand dans le documentaire apparaît une situation, tu as l'impression de pleinement la vivre. Un exemple à la con, si quelqu'un mange une pomme, ta bouche (via ton cerveau) aura l'impression d'en croquer un morceau : ça aura le goût, la couleur, la consistance d'une pomme, mais cela n'en sera pas une. Pour des informations plus importantes, tu peux te faire incrémenter : ton cerveau stocke les données alors directement dans le néocortex (centre d'archivage des connaissances liées à la mémoire à long terme).

• E : Y a pas moyen, je mets pas ce truc sur ma tête ! Tu crois quand même pas que je vais laisser un ordinateur programmer ma mémoire, du moins le peu qu'il m'en reste.

• M : Mais t'inquiètes pas, tu vas voir, ça va bien se passer. Tu sais, le train aussi au départ les plus grands médecins disaient que si on le prenait, avec la vitesse et la force centrifuge, le cerveau se retrouverait écrasé contre le crâne, avec tous les dommages que cela entend. Mais jusqu'à preuve du contraire, ça n'a jamais tué personne de prendre le train (sauf en pleine face, mais c'est encore autre chose).

• E : Tu fais ce que tu veux avec tes neurones, moi je ne touche pas à ça, point final.

• Par contre, Demoiselle, je te conseille tout de même de suivre le cours explicatif complémentaire avec les hologrammes. Ces images en 3D seront de bons guides pour visualiser les choses.

• E : Ah ça, les hologrammes, j'ai rien contre, j'ai même tout pour !

• M : (Euh, Dame, si tu peux juste transférer les informations de base sur cette période pour moi, je n'aime pas trop remuer la merde du passé).

• (Très bien, comme tu veux tu choisis).



« Bien le bonjour et bienvenue à votre incrémentation historique. Je suis Al, le programme qui vous aidera à mieux comprendre le passé pour dûment apprécier le présent et construire un futur pérenne » :
Pour commencer, en guise de révision primaire, voici une analyse de l'état de ce monde-là en ce temps-là.


Etat des lieux




Selon le Conseil Européen, en 1995 de l'autre ère, si le monde était un village de 1000 habitants, il serait habité par :

584 asiatiques, 124 africains, 95 européens, 84 sud américains, 55 russes et anciennes républiques soviétiques, 52 nord américains, 6 polynésiens.

Il y aurait :
329 chrétiens (parmi lesquels 187 catholiques, 84 protestants, 31 orthodoxes), 178 musulmans, 167 sans religion, 60 bouddhistes, 45 athée, 32 hindous, 3 juifs, 86 autres religions.

Parmi d'autres langues, les habitants du village parleraient:
165 mandarin, 86 anglais, 83 hindou/ourdou, 64 espagnol, 58 russe, 37 arabe. Cette liste ne comprend que les langues maternelles de la moitié du village. L'autre moitié parle (par ordre décroissant) le Bengali, le Portugais, l'Indonésien, le Japonais, l'Allemand, le Français et 5000 autres langues.

Population, Santé et Education :
330 des 1000 habitants du village mondial sont des enfants, et seulement 60 ont plus de 65 ans.
50% des enfants sont immunisés contre des maladies évitables telles que la varicelle ou la poliomyélite.
Moins de 50% des femmes mariées ont accès ou utilisent des moyens de contraception.
Environ 300 personnes ont accès à l'eau potable.
Parmi les 670 adultes du village, la moitié est analphabète.
Chaque année, il y aura 28 naissances, 10 décès, dont 3 seront provoqués par la famine et 1 par le cancer.
Parmi les décès, on comptera 2 bébés ayant moins d'un an.
Parmi les 1000 habitants du village, 1 sera infecté par le HIV. Cette personne n'aura pas encore développé de maladie provoquée par le syndrome immunodéficitaire (SIDA).
Avec 28 naissances et 10 décès, la population du village comptera 1018 habitants l'année prochaine.

Environnement et Economie :
Dans cette communauté de 1000 habitants, 200 personnes bénéficieront de 80% des revenus (loi des 20/80 %) ; 200 autres recevront seulement 2% des revenus.
Parmi les 1000 habitants, 70 personnes possèdent une voiture (bien que parmi ces 70 personnes, certaines possèdent plus d'un véhicule).
Le village dispose de 3 hectares par personnes, au total 3000 hectares, desquels :
350 hectares sont destinés à l'agriculture, 700 hectares sont destinés au pâturage, 950 hectares sont boisés, 1000 hectares sont des déserts, toundra, surfaces pavées ou autres terres en friche.
Le village utilise 83% de ses fertilisants pour 40% de ses cultures, propriété des 270 personnes les plus riches et les mieux nourries du village. L'excès de ces fertilisants pollue l'eau des lacs et des puits.
Les autres 60% des cultures, fertilisées avec les 17% restant de fertilisant, produisent seulement 28% de la nourriture mais nourrit néanmoins 73% de la population. Le rendement moyen de grain récolté sur cette terre, représente 1/3 de la moisson réalisée par les plus riches villageois.

Parmi les 1000 habitants de ce village, on compte :
5 soldats, 7 professeurs, 1 docteur, 3 réfugiés de guerre ou fuyant la famine.
Le village génère un budget global (secteurs public et privé) annuel de 3,2 millions d'euros (somme réelle dans le cas d'une distribution équitable (ce qui n'est pas le cas).
Sur cette somme :
185 000 € sont utilisés pour l'armement ou la guerre, 162 000 € sont utilisés pour l'éducation, 134 000 € sont utilisés pour la santé.
Le village a concentré suffisamment d'engins nucléaires pour être rayé de la carte.
Cet arsenal est sous le contrôle de 100 personnes. Les autres 900 personnes les observent dans une grande anxiété, se demandant si elles apprendront un jour à cohabiter; et si elles y arrivent, si elles ne finiront pas par être victimes d'un désastre nucléaire provoqué par inattention ou par un dysfonctionnement technique ; ou encore, si elles parvenaient à désactiver les armes nucléaires, où dans le village mondial elles pourraient jeter les composants radioactifs.

• E : Putain, ça calme !!!! (dixit Esperanta)

• M : Eh ouais (soupir), quand on relativise à un niveau plus réaliste, on s'aperçoit de suite des problèmes. C'était sauvage en ce temps là, en ce monde là !

• E : Mais comment le monde a-t-il pu partir en sucette comme ça ? C'est pas possible !

• M : Malheureusement si !! (énooooorme re-soupir). Mais ça, ça fait parti d'un autre cours, on verra ça plus tard, si tu voudras bien.

• E : Euh… Non, je veux pas ! Je veux savoir maintenant et de suite, c'est important pour moi pour bien comprendre !

• M : Tu as vraiment beaucoup de choses à apprendre pour vivre dans notre monde, petite scarabée !! Première chose : on ne dit pas « je veux », mais je voudrais ou mieux, je souhaiterais. Tout est toujours soumis à des paramètres extérieurs et intérieurs qui font que rien n'est jamais acquis ! C'est bien beau de vouloir, encore faut-il pouvoir ! Deusio : tout vient à point pour qu'y sait attendre.

• E : Ouh ! Fang de chichoule ! Ça me trou le cul ce que tu dis là, c'est profond !.... et tellement vrai et vérifiable (soupir aussi).

• M : Tu es déconcertante ! Mais tellement fraîche et pure. Tes mots sortent bruts de décoffrage, mais ils sont si forts et criants de vérité, c'est un pur bonheur.

• E : Hum, oui excuse moi. Autant pour moi. Des fois je m'emporte et je tiens un vrai langage de charretière. Mais comme tu dis, je ne vois pas comment exprimer aussi clairement mes sentiments qu'en parlant si franchement, sans enrobe verbale.

• M : Mais tu n'as pas à t'excuser. Ta personnalité est ainsi faîte, et c'est ce qui lui donne tout son charme et son originalité. Si tu n'existais pas, il faudrait t'inventer !

• E : Alors, justement, maintenant que tu en parles, j'ai une grande question à te poser.

• M : Houlà, ça à l'air sérieux vu l'air grave que tu prends.

• E : Ça l'est, enfin, en tout cas c'est important que je sache. Voila : est-ce que je suis morte ? Sommes-nous au Paradis ici ?

• M : Ahhh ! Tu m'as fait peur, je croyais que ce serait pire comme question.

• E : Ben, je sais pas ce qu'il te faut alors !

• M : Euh…. (no comments)

• E : Aïe !! Mais t'es pas bien dans ta tête toi !!!

• M : Si tu ressens la douleur physique, c'est que tu es dans une réalité (car même en rêve - autre réalité construite par la pensée, vue de l'esprit, comme la « vie réelle » - tu peux somatiser, ressentir des scènes douloureuses). Non, pour répondre à ta question, tu n'es pas morte ! Alors, heureuse !?

• E : Bah oui, malheureux ! Quand même : la vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la vie !

• M : Juste pour savoir, d'où t'es venue cette idée quelque peu saugrenue ?

• E : C'est que depuis le début où je suis ici, j'ai des impressions étranges de déjà vu mêlées à un sentiment de grand doute existentiel. Tout ce monde est trop beau pour être vrai ! Pour autant, nous sommes à Paris, je te parle et ressens la douleur physique que tu m'as provoquée,…. mais, …ici, c'est comme si je déambulais au milieu de la foule, personne ne réagit à moi. Je me sens comme un fantôme qui ne peut interagir qu'avec d'autres fantômes.

• M : Comme moi donc, par exemple.

• E : Euh, oui du coup, mais ne le prend pas mal.

• M : No soucailles ! C'est juste, comme je te l'ai déjà dit, que chacun vit sa vie sans se soucier des autres, sauf si quelqu'un a besoin de quelque chose. Ce n'est pas de l'individualisme extrémiste, car nous Utopiens nous sommes à la disposition des autres, ni du communisme moulant où tout le monde se doit d'être pareil et enfermé dans un dogme. Notre mode de vie est le Collectivisme : concept (plutôt que vérité absolue) issu de Pierre-Joseph Proudhon, le père français de l'Anarchisme moderne, ennemi juré de Karl Marx, père allemand du communisme (l'autre, l'autoritaire :-(

• E : Ok, d'accord ! Mais tu parles d'Utopiens. C'est quoi ça encore ?? Je débarque tu sais.

• M : Les Utopiens sont les habitants de ce monde ! Ils vivent en Paix, d'Amour, d'Harmonie avec les autres et le monde qui les entoure, mais aussi bien sûr d'Activité (plutôt que travail, symbole de tourment et de souffrance, comme son nom latin l'indique : tripalium, instrument de torture formé de trois pieux). Leur devise est Liberté, Egalité, Fraternité, et Révolution Autogérée Permanente ! Ce ne sont pas des mots, c'est un art de vivre et un mode de penser. Nous sommes très à cheval sur le Respect de nos valeurs Collectives.

• E : Utopiens, habitants de ce monde, tu ne dis jamais « à l'époque » mais « en ce temps-là, en ce monde-là », tu précises toujours « là-bas » en parlant du passé : Puta Madre, je suis où exactement ??? Vous êtes des aliens, vous avez arraché Paris pour la mettre sous cloche et les humains sont vos animaux de compagnie, c'est ça ???

• M : Mais non, t'inquiètes pas, je suis tout autant humain que toi ! Même si j'ai un nez aquilin (crochu), des pieds grecs et les yeux égyptiens (espiègles et mystérieux). Je te rassure, tu te trouves toujours dans le même monde et la même dimension que ce que tu connaissais.

• E : Mais alors pourquoi cette occultation du passé ? Même si il n'a rien de glorieux par certains aspects, c'est tout de même lui qui constitue la base de votre société.

• M : QUE NENNI !!! Malheureuse, nous, Utopiens, nous ne nous sommes certes pas créés tout seuls, mais nous avons fait une telle autocritique par rapport au passé, que notre type de civilisation, notre culture, nos mœurs, n'ont plus rien à voir avec celles des temps archaïques. C'est pour ça que je dis à juste titre : c'est un autre monde. Comme je l'ai vu dans un cours précédent, face aux dérives et abus du capitalisme et de la représentation politique, il se disait « à l'époque » (spécial dédicace, exceptionnelle, pour toi) : un Autre Monde est Possible ! Ils auraient dû rajouter « Just Do It !» (alors faîtes le), et même « Do it yourself » (faîtes le vous-mêmes), car personne ne l'aurait fait à leur place (et encore moins comme le Peuple le souhaitait). Finalement, à force d'encaisser, il faut bien que ça sorte : les Citoyens ont fait le Grand Soir, Pacifiquement, en l'An 01 d'Utopia.

• E : Et euh…c'est quelle date ça pour moi ?

• M : En l'An 01 ! Sinon, je n'en sais rien, nous n'accordons aucune valeur à la chronologie grégorienne, avec cette idée absurde de créer des années négatives (par rapport au « 0 » - qui n'existait pas à l'époque - de l'ère chrétienne censé être la naissance du Christ, alors que Jésus serait né en - 6 avant « son ère »). Aujourd'hui nous sommes en l'An 51, mais c'est pareil, ça ne t'aidera pas des masses.

• E : Et pourquoi avoir pris le nom d'Utopia ?

• M : C'est le nom de l'œuvre écrite en 1516 par le chancelier d'Angleterre, Thomas More (1478-1535) surnommé « le Socrate chrétien » : « La nouvelle forme de communauté politique et la nouvelle île d'Utopie » (dans le sens, qui ne se situe en aucun lieu, et qui peut donc être partout à la fois). Il y décrit sa vision pour réaliser sur terre une société Egalitaire, juste et heureuse, fiction et politique formant une conjonction inédite. La ville d'Utopie est également le royaume de Gargantua et Pantagruel, les héros de François Rabelais (1494-1553). De plus, l'Anarchie Egalitaire pour créer un monde plus heureux était toujours considérée comme une utopie, mais elle cessa d'en être une lorsqu'elle fut réalisée (comme toute utopie présente car limitée par la technologie ou des facteurs humains, jusqu'à ce qu'on dépasse tout ceci).

• E : D'accord. Tout doucement les choses se précisent un peu plus pour moi et je commence enfin à avoir de bonnes pistes de réflexion sur ma présence ici. Mais, euh, tu vas vraiment me prendre pour une pauvre fille inculte, mais, hum, c'est quoi exactement le Grand Soir ?? Ce nom me dit quelque chose mais je ne saurai l'expliquer.

• M : Très bonne question, …merci de l'avoir posée ! En fait, le Grand Soir s'inscrit dans la méthodologie d'Emancipation des classes laborieuses. Il fait partie du triptyque Révolution Sociale – Grève Générale – Grand Soir. Issue de la Révolution française et des bouleversements politiques du XIXè siècle, l'idée de Révolution obéit le plus souvent à la logique du « coup d'état » lorsque, à l'occasion conjoncturelle et providentielle d'une crise (économique, militaire, morale, etc.), d'une mobilisation de l'opinion publique et de mouvements de foules en colère, une avant-garde politico-idéologique entreprend de s'emparer du pouvoir d'état, le plus souvent à travers un changement de « Constitution » ou de « régime » (royauté, république, oligarchie, empire, dictature, etc.). Un moment supplantée par l'idée de « Révolution Sociale » (notablement différente car là il s'agit de changer la société pour faire évoluer l'humain, alors que la Révolution se « contente » de modifier les enjeux de pouvoirs sans prendre le mal à la racine : la mentalité des individus et la psychologie des masses), la vieille illusion d'une Révolution politique a retrouvé une certaine actualité au cours des crises du XXè siècle, principalement dans le cadre du marxisme, lorsque la question du pouvoir et de l'état redevenant quelque temps un problème-clé, la soi-disant dictature du prolétariat est venue, à côté du fascisme et du nazisme, mais aussi des luttes de libération nationale, s'ajouter au long cortège des travestissements que les états n'ont jamais cessé d'inventer pour perpétuer leur domination. Dans sa nouveauté et son originalité, la Grève Générale est la cristallisation et l'aboutissement de deux autres façons, radicalement différentes, de concevoir l'Emancipation : la Révolution Sociale et le Grand Soir.

• E : Ah ouais, en fait c'est une évolution des moyens d'action face aux pouvoirs qui s'accrochent contre vents et marées à la logique de changement issue du Peuple.

• M : Exactement : en devenant sociale, au cours du XIXè siècle (avec la « question » du même nom), la Révolution cesse d'être pensée au niveau surplombant et miraculeux de l'état, du pouvoir politique et des grands appareils de pouvoir. Elle agit au contraire à l'intérieur des rapports sociaux, sur le terrain des classes et des différences, de la propriété et de la justice, des rapports d'autorité et des modalités d'association, là où se joue l'ordre ou l'équilibre général de la société, d'une multitude de façons et à travers une transformation d'ensemble (parce que multiforme) qui rend caduques les grandes instances dominatrices que sont dieu, l'état et le capital. Synonyme d'une Révolte polymorphe contre l'ordre existant, une Révolte qui refuse d'être instrumentalisée par quoi que ce soit, qui devient l'unique sujet de l'Histoire Emancipatrice, la Révolution Sociale cesse également de s'identifier aux seuls mouvements de foule, aux seules « journées Insurrectionnelles ».

• E : La Révolution Sociale remet intégralement en cause en fait les fondements et structures de nos sociétés dites « modernes » mais dont les bases et principes sont archaïques ? Et donc, l'autre outil pour briser les chaînes de la servitude volontaire ??

• M : Le Grand Soir : Mûrie au cœur des choses, aguerrie par des luttes incessantes, forte d'un réagencement d'ensemble des forces Emancipatrices, c'est toute armée de sa puissance que la Révolution Sociale peut enfin déboucher sur un embrasement général, le Grand Soir, où tout se trouve transformé puisque tout a contribué, sans hiérarchie, sans distinction tactique et stratégique, à ce mouvement de transformation. Vieille idée plongeant dans l'histoire et l'origine des grandes sociétés étatisées, de la Chine à l'Europe et au monde Arabe, le Grand Soir et sa dimension apocalyptique, sous sa forme populaire, mais aussi mystique et religieuse, exprime, sur le terrain du temps, le caractère radical et général des transformations dont la réalité est capable.

• E : Euh, je suis un peu larguée là, tu peux développer sur le Grand Soir ?

• M : Contrairement à la Révolution et à ce que l'on pourrait croire, la radicalité temporelle du Grand Soir n'est pas liée à l'avenir, à des changements à venir n'existant actuellement que comme promesse « Utopique » dont la conquête du pouvoir serait la garantie, qui confierait au pouvoir le soin de lui donner une réalité à venir, un jour, plus tard... (le « communisme », la disparition de l'état, etc.). La radicalité temporelle du Grand Soir est toujours liée à une antériorité et à une puissance accumulée : une antériorité ou un passé qui se confond avec le présent puisqu'il qualifie l'état actuel des choses, une puissance Emancipatrice capable de rendre effectif le point de non-retour du changement social, la transmutation dont le Grand Soir est la manifestation finale. Alors que la Révolution est pensée sous la forme d'un point de départ, le point de départ d'une transformation à venir, le Grand Soir est pensé comme un aboutissement, l'aboutissement d'une transformation déjà réalisée.

• E : D'accord ! En fait, la Révolution Sociale est une rupture où le Peuple redéfinit tous les rapports et fonctionnements sociaux (politique, économique, judiciaire et religieux pour ce qu'il en reste). Le Grand Soir est alors l'aboutissement de ces alternatives suffisamment expérimentées pour supplanter le système des dominations.

• M : Tu as été révolutionologue dans une vie antérieure ? Et en fait, la Grève Générale donne corps au Grand Soir et à la Révolution Sociale. Dans le contexte ouvrier et syndical de la fin du XIXè siècle, la Grève Générale est pensée comme l'aboutissement d'une multitude de Luttes et de transgressions locales et partielles, se nourrissant de leur propre mouvement, de leur propre contagion. À travers la multiplication, d'une part d'institutions ouvrières et de syndicats épousant la totalité des aspects de la vie, d'autre part de Grèves et de conflits partiels et autonomes, sans cesse répétés, les mouvements ouvriers Libertaires travaillent à une subversion générale de la société, à la dénaturation de l'ordre existant au profit d'un agencement d'ensemble radicalement nouveau, agissant dès maintenant dans tous les aspects de la vie, et dont la Grève Générale et Insurrectionnelle, la « Lutte Finale » de l'hymne de l'Internationale (rédigée à la fin de la Commune, après la Semaine Sanglante), se contentent de révéler la puissance.

• E : Donc, si j'ai bien compris, l'Humanité pourra briser ses chaînes serviles lorsqu'à force de se battre quotidiennement pour faire évoluer les rapports sociaux vers plus d'Egalité (Révolution Sociale), après avoir testée en parallèle des systèmes Alternatifs qui auront fait leurs preuves d'efficacité, les humains stopperont toute activité pour se consacrer à leur Emancipation par la Lutte contre ses ennemis et à la mise en œuvre d'une nouvelle société déjà testée et éprouvée. Grève Générale, on arrête tout et on fait le Grand Soir qui change tout !!!

• M : T'es vraiment trop forte ! Dans le projet d'une Grève Générale pensée comme un « maximum » de puissance et d'action, comme le degré « maximal » de l'« action directe », « Lutte quotidienne » et « œuvre préparatoire de l'avenir » ne font plus qu'un. Grâce à « l'incomparable plasticité » de « l'action directe », à son caractère polymorphe et à sa généralité, « les organisations que vivifie sa pratique » peuvent enfin « vivre l'heure qui passe avec toute la combativité possible, ne sacrifiant ni le présent à l'avenir, ni l'avenir au présent, jusqu'au déclenchement général ! jusqu'au jour où la classe ouvrière, après avoir préparé en son sein la rupture finale, après s'être aguerrie par de continuelles et de plus en plus fréquentes escarmouches contre son ennemi de classe, sera assez puissante pour donner l'assaut décisif [...] l'action directe portée à son maximum : la Grève Générale (qui aboutira au Grand Soir) » (Emile Pouget, 1860-1931).

• E : Mais il y a un truc quand même qui m'échappe : dans mon rêve, j'ai l'impression que tout le monde souhaite le Grand Soir, mais plus personne n'y croit vraiment. Comment ça se fait, les humains se seraient-ils résignés ?

• M : Oui et non ! En fait, 20 ans avant le Grand Soir, les partis dits Emancipateurs (mythe de la Grande Gauche Révolutionnaire, mais plutôt réformatrice au niveau des partis institutionnels) ont trahi l'idée même de Grand Soir en s'alignant sur les modèles capitalistiques, considérés comme étant « naturels », du moins présents sans que l'on puisse véritablement les remettre en cause. Le capitalisme est une doctrine bête et méchante, source de servitude volontaire par son alliance avec le sabre et le goupillon (force-état et esprit-religions), il est ce qu'il est, mais il est en place : l'Humanité doit composer avec la bête immonde ! (soupir au-delà du réel).

• E : Mais comment l'Humanité s'en est-elle sortie vue comme elle avait pu perdre autant confiance en sa Libération ?

• M : C'est plutôt complexe, car il y eu d'abord un fantastique réveil des consciences, puis elles somnolèrent un peu (mais seulement d'un oeil) ! Laissons Al, notre ami silicien, nous répondre, il le fera sûrement mieux que moi.

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Published by Collectif des 12 Singes - dans Lendemain du Grand Soir
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