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20 janvier 2005 4 20 /01 /janvier /2005 21:52

 

Courants dissidents et hérésies, le début des guerres de religiosité
Télécharger le fichier : 03 - Les crépuscules des dogmes


Au XIè siècle, le catharisme se répand en Italie, notamment avec la fondation de l’évêché et de l’église de Trau (Tragurium) en Dalmatie.
L’évêque cathare Girard est accueilli par la comtesse de Monteforte, près de Turin. S’en suit le siège du château. Girard et d´autres réformateurs religieux Collectivistes, les Cathares, sont brûlés en public en Italie du Nord en 1030, notamment à Milan.
En 1055 a lieu un Soulèvement populaire contre la noblesse et le clergé à Milan (Italie du Nord).
En 1058, des religieux du monastère Sazawa (Bohème) sont condamnés comme cathares (le mot, forgé en Rhénanie vers 1160, amalgame le terme savant cathariste – secte manichéenne antique, dont l'étymologie grecque évoque la pureté – avec le populaire ketzer, catier – « adorateur des chats »).

Cathares, joachimites, vaudois, béguins, patarins, bogomiles, fraticelles, dolciniens ?
En fait, cette effervescence du monde chrétien émane des deux siècles précédents. A la suite de l'évolution de la société, de la croissance des villes et du commerce, la différence du niveau de vie s'accuse entre paysans, marchands, clercs, seigneurs. Avec l'émergence du laïcat, on se scandalise du relâchement des gens d'église : un clergé enrichi prêche la vertu aux indigents. C'est pourquoi on n'a jamais représenté autant d'Apocalypses, de Jugements derniers, de diables convoyant aux enfers bourgeois, seigneurs et prélats.

Avec le déclin du pouvoir carolingien et les invasions scandinaves en Occident (Vikings, Normands, etc.), l'église souffre à divers degrés de maux et de désordres :
* La féodalisation du clergé : de nombreux évêques et abbés sont devenus des seigneurs ; cela implique une insertion des prélats dans le système féodo-vassalique. Des principautés ecclésiastiques se sont formées à l'est de la France actuelle. L'archevêque de Reims est très puissant et possède des prérogatives comtales (ban, pouvoir de frapper monnaie, de lever les impôts). Ils doivent prendre en main la sécurité à l'intérieur de leur domaine.
Les paroisses rurales tombent aux mains des seigneurs ou de simples chevaliers qui nomment à leur tête des desservants peu instruits, parfois des serfs.
À l'ouest du royaume, les princes contrôlent leur clergé : par exemple, le duc de Normandie donne l'investiture aux évêques de sa principauté. Les évêques sont donc devenus des vassaux du duc et doivent par conséquent les mêmes services que les vassaux laïcs (notamment l'ost, c'est-à-dire le service armé). Certains clercs participent donc aux combats. Les clercs s'éloignent ainsi de leurs fonctions pastorales et religieuses.
* Le nicolaïsme atteint quelques évêchés : le principe du célibat et de la chasteté est battu en brèche en plusieurs endroits.
* La simonie : à quelques exceptions près (duché de Normandie par exemple), la simonie sévit partout. Les prêtres vendent les sacrements, s'adonnent au trafic des reliques et en tirent des revenus substantiels.
* Apparition d'hérésies : elles sont limitées et ne portent pas de nom précis. En 1022, le roi de France Robert le Pieux fait condamner au bûcher des hérétiques.
Face à tous ces problèmes, certains monastères essaient de remettre de l'ordre, dès les années 1020 (réforme clunisienne). Puis, la papauté décide d'intervenir, à partir de Léon IX.
Du côté institutionnel, on développe l'Autonomie du monastère. Guillaume d'Aquitaine leur concède une villa, force économique importante, sur laquelle l'abbaye va former sa seigneurie avec ses propres liens vassaliques. Dès sa fondation, elle se considère exempte de l'évêque (qui à cette époque peut être laïc et est nommé par le prince local) mais directement lié au pape. En 931, le pape permet au monastère d'accepter des moines venus d'ailleurs. L'abbé est élu par les moines qui ne sont soumis au joug d'aucune puissance terrestre, ni d’eux-mêmes, ni de leurs parents, ni de la grandeur royale ; d'aucun prince séculier, ni comte, ni évêque, ni même le pontife romain. L'abbaye se soustrait aux pouvoirs laïcs.
L'exemple de Cluny va séduire d'autres monastères et servir d'exemple. Dans la seconde moitié du Xè siècle, on passe à un réseau de communautés directement liées à Cluny. Ce seront des prieurés, d'abord local et régional, puis dans l'ensemble du monde méridional. Elle est alors une force politique et un réseau de communication qui dépasse les principautés et sur laquelle les souverains et le saint siège vont pouvoir s'appuyer pour construire des états et une Europe structurée.
Cluny atteint son essor définitif au XIè siècle. Elle est finalement considérée comme un ordre monastique à part entière, ses branches étant totalement Autonomes, et comme un puissant rapport politique international. A la fin du siècle, 1 000 monastères lui sont liés, et en dessous, les prieurés.
En fin de compte ces ordres ont une grande influence politique et vont jouer sur la nomination de monarques puissants capable de structurer politiquement l'Europe. C'est ainsi que Hugues Capet sera élu grâce à Adalbéron l'évêque de Reims qui vient de l'abbaye de Gorze. De la même manière c'est grâce au soutient des clunisiens que Hugues Capet pourra asseoir son pouvoir.
Ces ordres religieux au pouvoir politique et à l'influence spirituelle de plus en plus puissants, vont pouvoir lancer les mouvements de la paix de dieu et de la trêve de dieu. La dissolution de l'empire carolingien en de multiples principautés, a considérablement affaibli le pouvoir temporel. De fait l'église peut prendre une influence de premier ordre. Ses terres étant menacées par la noblesse dont une des sources principales de revenu est le pillage, elle œuvre pour canaliser les chevaliers brigands dès la fin du Xè siècle. À partir du concile de Charroux en 989, les hommes en armes sont priés de mettre leur puissance au service des pauvres et de l'église et deviennent des milites Christ (Soldats du Christ). Ceci est rendu possible par la monétarisation et la réforme de l'agriculture : il devient plus rentable de prélever des impôts sur ses terres contre protection que de piller. Ces mesures ont un effet stabilisateur très favorable à l'implantation de nouvelles exploitations et au développement du commerce.

L’élan de la Renaissance carolingienne se perd avec la dissolution de l'empire carolingien. Mais à la fin du Xè siècle (an mil), lorsque dans l'Orient européen a lieu la Renaissance macédonienne, la constitution d'états forts et structurés va faire ressurgir cet élan. Il s'agit d'une poussée technique, économique, démographique et artistique qui va permettre à l'Occident chrétien d'augmenter considérablement ses échanges avec le pourtour méditerranéen et de combler le retard culturel pris sur le monde musulman. Cet âge d'or, la période dite du bas Moyen Âge, dure environ trois siècles (950-1250), voit la création d'états centralisés puissants et une modification profonde de la société où se développent l'administration, l'artisanat et le commerce. De même l'art et l'architecture vont connaître une profonde évolution. Elle débouche au XIIè siècle sur l'âge d'or de l'occident médiéval.
Au Xè siècle, l'Europe est divisée en principautés, très Autonomes vis à vis des pouvoirs centraux. Les princes nommant directement leurs évêques, la papauté tout comme les couronnes royales et impériales sont très affaiblies. Il faut attendre le sacre d'Othon Ier en 936 pour retrouver un pouvoir fort à la tête du saint empire. Signe d'une réaffirmation de la présence royale, les décisions législatives se multiplient par cinq au cours de son règne. La royauté demeure élective, mais Othon arrive à faire passer le pouvoir à son fils puis son petit-fils.
De fait les rois et le pape ont des intérêts convergents et vont devoir s'allier pour récréer des entités politiques et religieuses centralisées.
Le pape Jean XII mène à bien une réforme religieuse ainsi qu'une vigoureuse politique d'expansion territoriale. Contre le roi d'Italie, Bérenger, il demande l'aide d'Otton Ier, roi de Germanie, et héritier de droits sur l'Italie par son mariage avec Adélaïde de Bourgogne. Jean XII le couronne empereur le 2 février 962. En échange, après moult négociations, Otton accorde le « privilegium ottonianum », confirmation de la Donation de Pépin : l'empereur reconnaît les états pontificaux (étendus jusqu'aux régions byzantines) en échange d'un serment de fidélité du pape, librement élu, aux représentants impériaux.
La mainmise d'Otton gêne cependant Jean XII, qui noue des contacts avec Adalbert, fils de Béranger, ainsi qu'avec Byzance : il reprend la tradition, abandonnée dès Adrien Ier (772–795), de dater ses actes à partir des années de règne des empereurs byzantins. Furieux, Otton revient à Rome et Jean doit s'enfuir. L'empereur convoque un synode qui juge le pape coupable d'apostasie, d'homicide, de parjure et d'inceste. Il le dépose le 4 décembre 963, ce qui constitue une nouveauté pour une assemblée d'évêques. Jean XII est remplacé par un laïc, le protoscriniaire, qui prend le nom de Léon VIII. Otton modifie son privilège : désormais, l'élection pontificale doit être sanctionnée par l'approbation impériale.
C'est ainsi que les Ottoniens font élire en 999 un de leur proche : Gerbert d'Aurillac, futur Sylvestre II précepteur du fils d'Othon II (Othon III). Celui ci favorise la création d'états structurés : il a influé sur l'élection d'Hugues Capet, puis créé les couronnes de Hongrie et de Pologne.
La modernisation de la société où les villes prennent de plus en plus d'importance conduit à la baisse progressive du pouvoir féodal et à l'instauration d'un pouvoir royal de plus en plus centralisé. Les villes vont prendre de plus en plus d'importance et d'Autonomie en Europe.

Inspirée du manichéisme, qui repose sur la dualité du Bien et du Mal, la religion cathare est condamnée comme hérésie au Moyen Age. Quoiqu'ils se disent chrétiens, ses adeptes sont violemment persécutés.
D'abord concrétisé sous la figure des divinités du paganisme que le christianisme romain des premiers siècles rejetait au rang d'idoles et abattait, le personnage du diable achève de se cristalliser à l'aube du Moyen Age. Se profile alors, dans l'imaginaire roman, la silhouette inquiétante et grotesque, effroyable et rutilante, du tentateur, du mauvais, ce cornu aux sabots fourchus dont la fonction est d'entraîner les âmes damnées dans la gueule de l'enfer.
Le diable chrétien est d'abord l'empereur de l'enfer éternel. Il est le prince de ce monde, répondent les hérétiques que l'usage actuel veut qu'on appelle les Cathares.
Le manichéisme est-il donc une doctrine satanique ? Il se pose au contraire résolument du côté de la Lumière divine, en dénonçant, face à elle, l'existence antagoniste d'un règne des Ténèbres, groupé autour de Satan. Selon l'enseignement de Mani, qui se considère comme prophète, la création du monde est le résultat d'une catastrophe cosmique, l'invasion brutale de la Lumière par les Ténèbres, qui l'ont engloutie dans la matière. Ici bas, le Bien se trouve en quelque sorte enfermé dans le Mal, et ce monde celui du mélange.
Les hérétiques diabolisés ne sont en réalité que des communautés de religieux dissidents. Tous ces mouvements sont apparentés entre eux par leur volonté de conformité apostolique et leur critique des nouvelles orientations de l'église romaine ; certains ne sont mus que par une volonté réformatrice (ainsi des Pauvres de Lyon, ou Vaudois, que seule l'attitude intransigeante de la papauté rejettera progressivement dans le schisme, puis l'hérésie). Les « proto-cathares » tirent l'évidence d'une opposition de deux églises, l'une de dieu et l'autre de ce monde (donc du mal, les papes et empereurs, princes de ce monde infernal). C’est la parabole du bon et du mauvais arbre, signifiant que leur propre église, évangélique et pauvre, montre par ses bons fruits qu'elle est fille du bon arbre, tandis que l'église romaine, riche et persécutrice, signe par ses fruits amers qu'elle est de mauvaise souche. Au début du XIVè siècle encore, le Bon Homme Pèire Autier prêchera l'opposition entre l'église qui fuit et pardonne et celle qui possède et écorche. On est là à la racine du dualisme Cathare.
C'est que le dualisme cathare se fonde à la fois sur les écritures chrétiennes (prologue de l'évangile et première épître de Jean, parabole du bon arbre, etc.) et sur toute une série de mythes parfaitement ancrés dans la religiosité médiévale : ainsi celui du grand combat décrit par l'Apocalypse entre l'archange saint Michel et « l'antique dragon », celui de la chute de Lucifer, ou encore le récit biblique de la captivité des « brebis d'Israël à Babylone », qui tous portent figure du diable emprisonnant les anges déchus.
Lucifer est une figure prométhéenne de la tradition judéo-chrétienne : il symbolise l’hybris (« démesure » en grec) – qui est le péché d'orgueil en termes chrétiens – soit la tentation de s'élever au-dessus de sa condition pour dépasser dieu. Il s'agit donc, du point de vue chrétien (qui conçoit le Bien comme passant par la fidélité à dieu et l’humilité), d’une figure du Mal. Un mythe, celui de la chute des anges rebelles, fait de Lucifer un ange qui fut déchu pour s'être rebellé contre dieu. Ce mythe relate son désir de puissance et sa lutte contre les anges fidèles à dieu, qui précédèrent sa déchéance. Lucifer signifie en latin
« porteur (-fer) de lumière (lux) ». Ce nom a pour origine la traduction latine, dans la Vulgate, du Livre d'Isaïe 14.12 par Saint Jérôme, qui traduisit le nom Heylel (nom de la planète Vénus en hébreu) par Lucifer. Chez les Romains, le dieu Lucifer (Phosphoros chez les Grecs) personnifiait la connaissance, à travers une figure qui mêlait des attributs d'Hermès et d'Apollon. Transposé dans la tradition du christianisme, Lucifer est le nom attribué au plus grand de tous les anges mais ce dernier, selon le « mythe de la chute des anges rebelles », fut poussé par son orgueil à se rebeller contre Dieu. Il devint alors
Satan (l'« adversaire »), roi des « démons » (anges qui, avec lui, se sont révoltés et ont chuté) et ennemi de l'humanité et de dieu.

Dualistes aussi, encore que d'une tout autre secte, les Bogomiles de Bulgarie, ou bougres. Si l’unité politique y avait été plus ou moins assurée par les Bulgares au VIIè siècle, il fallut attendre le IXè siècle pour que Rome y envoie des missionnaires, en même temps que Byzance, d’où une situation de conflit propice à l’établissement d’autres cultes, notamment d’inspiration dualiste car la domination des seigneurs bulgares sur les paysans passe pour avoir été particulièrement cruelle. Les membres de cette nouvelle communauté dualiste, la dernière à subsister, reçurent le nom de « Bogomiles ». Pour eux, comme pour beaucoup d’autres, le pouvoir terrestre est dérivé de Satan, le monde est celui du Malin. Mais le chrétien doit s’Insurger : le Bien peut vaincre le mal ! Ils protestent contre les impôts qui écrasent le Peuple et plaident également pour l’Emancipation de la femme qu’ils tiennent pour l’Egale de l’homme. On ne peut imaginer Contestation chrétienne plus totale au XIè siècle : quatre cents ans après, Luther et Calvin apparaîtront comme des réformateurs auprès de ces Révolutionnaires.

Des mouvements Contestataires se lèvent, appelant à la pénitence, à la sainteté de la primitive église, comme à Milan les patarins (vers 1055).
Deux courants y distendent les liens entre le clergé et la cité. D'abord, depuis la réforme grégorienne, le clergé se place en dehors et même au dessus du « monde » des humains (ainsi, dès le XIIIè siècle, un ecclésiastique entendant pouvoir être jugé seulement par ses pairs, les clercs ont des tribunaux spécifiques : les officialités). Notons aussi que les clercs possèdent leurs propres recettes fiscales et ce parce que leur budget n'a rien à voir avec celui de la cité. En réaction à ses privilèges que le clergé ne manque pas de mettre en avant, le populus exprime parfois son rejet de la cléricature et demande un retour à la pauvreté supposée des premiers chrétiens. Tel est le cas des Patarins de Milan qui au XIè siècle se réunissent autour d'une devise « l'unique voie menant à la perfection est la pauvreté volontaire ». Composé au départ du « Peuple maigre », le mouvement est rapidement rejoint par les artisans et les bourgeois dont l'industrie est en pleine expansion. Tous ces humains acceptent les dogmes de l'église, ils s'indignent seulement des privilèges et possessions de l'église alors qu'il existe de plus en plus de laissés-pour-compte. Les papes Nicolas II (1059-1061) et Alexandre II (1061-1073) ne remettent pas en question les privilèges de l'église. A contrario, ils condamnent les Patarins comme hérétiques et font assassiner leur principal dirigeant, Arinald de Carinate. Après s'être développé en Lombardie et en Toscane, le mouvement des Patarins finit par disparaître non s'en avoir mis un coup à l'autorité de l'église.

La vie intellectuelle était conçue par l'église en fonction du savoir qu'elle jugeait nécessaire au salut des humains et de l'image qu'elle avait de son rôle. A cette époque, pour l'église, il y a le « laïcus » et le
« clericus »: le premier est l'illettré, le second l'érudit. Cette seule distinction fait comprendre aisément que, pour l'époque, la culture savante était culture d'église. Au Moyen-Age, le « clerc » est tout à la fois l'homme instruit et l'homme d'église : il est clerc en vertu du monopole que l'église exerce sur la culture.
Mais, à l'encontre de cet état des choses, dès le XIè siècle et surtout en Italie du nord et du centre, on assiste à des transformations de la société, dues à l'essor des villes : les classes moyennes commencent à influer sur les formes de la propriété et sur le Droit, sur l'état, sur l'art, sur le savoir. C'est un bouleversement historique : de nouvelles classes sociales font leur apparition, avec leurs besoins moraux et spirituels et avec leur conception du monde et de la vie. En outre, le phénomène d'urbanisation s'accompagne de l'apparition dans les villes d'une population inorganisée et atomisée, masse d'individus non seulement pauvres mais qui ne peuvent trouver dans la société la moindre place. Leur fait défaut le soutien matériel et moral qu'offrent les groupes sociaux traditionnels. Ils sont prêts à répondre à toute création d'un modèle social nouveau.
La seule autorité qui fût universelle était celle de l'église; mais elle était battue en brèche. Une civilisation qui voyait dans l'ascétisme le signe le plus sûr de la grâce, doutait forcément de la valeur d'une église que le luxe et l’avarice infectaient manifestement. L'attachement du clergé aux choses de ce monde ne pouvait que provoquer la désaffection des laïcs. Le clergé constitué en caste avait rompu et relâché les liens spirituels avec les fidèles. Alors que la langue vernaculaire, le
« vulgaire », se parlait de plus en plus, le clergé restait attaché au latin : l’église bureaucratisait son activité évangélique. La rupture devient inévitable entre l'institution et sa base.

C'est surtout l'Italie communale, en raison de son avance dans cette évolution, qui nourrit le plus ces forces Contestataires qui vont devenir hérétiques. Les Luttes entre les évêques et les Communes étaient continuelles (entre Guelfes et Gibelins).
Le terme Guelfes est une francisation du nom italien guelfo (pluriel guelfi) qui provient lui-même du nom de la dynastie allemande des
« Welfs » et désigne la faction qui soutenait la papauté par opposition aux tenants de l'empire, les Gibelins.
Cette Italie, précisément, où l'Agitation à l'encontre de la puissance économique et politique de l'église était permanente, était comme imprégné d'hostilité envers le clergé. Ce terrain favorisa la percée des pensées hérétiques. L'Italie communale était de plus le champ des luttes entre les deux institutions mondiales d'alors, l'empire et la papauté; et par l'activité marchande qui s'y développait le lieu de maints échanges avec l'étranger. Elle était donc le siège d'un grand brassage international d'humains et d'idées, ce qui est fondamental pour la formation et la transformation des doctrines religieuses, comme d'ailleurs de toute la culture de l'époque.
C'est donc dans la vallée du Pô et dans l'Italie centrale que se sont développés les premiers mouvements hérétiques. Les premières tendances ainsi qualifiées eurent dès le départ un caractère de démonstrations antiféodales, pas forcément ni uniquement dirigées contre des clercs indignes.
Les Patarins étaient des pauvres qui prêchaient l'épuration des mœurs du clergé. Leur mouvement se développe parmi les artisans et les petits bourgeois de la ville, dont l'industrie est en pleine expansion. Leur prédication exalte la pauvreté physique et matérielle. Ce n'est pas aux dogmes de l'église qu'ils s'attaquent, ils ne prêchent pas une autre doctrine: ils cherchent tout simplement une réponse existentielle et spirituelle à la nouvelle situation sociale. Après ce dur échec, les Patarins prennent leur revanche dans d'autres régions; ils font des partisans dans diverses villes de Lombardie et leur influence pénètre également en Toscane. Leur devise « L'unique voie menant à la perfection est la pauvreté volontaire » révèle bien des choses: on y trouve le mot d'ordre d'une Révolte sociale en germe. Tous les prédicateurs itinérants qui se multiplient à partir de cette époque reprochent à leurs auditeurs de s'être écartés des commandements de l'évangile et les appellent à retrouver le mode de vie recommandé par les premiers apôtres. Ne sommes-nous pas devant une critique à peine déguisée du clergé, de l'église et de la politique de l'église ?

Coup d'épée dans l'eau selon certains, les courants hérétiques n'en cessent pas moins de se répandre en France méridionale comme en Italie. Ainsi, le catharisme et le valdéisme fissurent durablement les fondations de l'église romaine. Il faut dire que les hérétiques appuient là où ça fait mal en insistant sur les possessions démesurées de l'église. L'hérésie trouvait assurément un chemin favorable dans les milieux urbains d'autant que la richesse de l'église aiguisait l'appétit de certains laïcs avides ou de mettre la main sur les biens de l'église, ou de résister à la récupération des biens d'église usurpés.
Face aux hérétiques, Rome choisit l'autorité et la centralisation du pouvoir. Ainsi, le quatrième concile de Latran sanctionne toute dissidence. Qu'elle soit d'ordre religieux, politique ou culturel, l'hérésie devait être extirpée, anéantie par la force. Pour persuader les Communes de collaborer à cette chasse aux hérétiques, le pape Innocent III n'hésite pas à les menacer de l'interdit ou d'excommunication. Bien que très fortes, ces sanctions ne suffisent pas à dissiper les hérétiques du milieu urbain. Les menaces papales produisent même l'effet inverse car les villes entendent bien résister à l'ingérence du pape dans les affaires communales. Finalement, seule l'inquisition mettra un terme durable à la pensée cathare. Notons tout de même que les citadins s'Insurgent parfois contre la violence excessive des inquisiteurs.
Pour Innocent III cette offensive contre les « hérésies » fut l'occasion de transformer la papauté en monarchie absolue. Dans sa vision des choses, la religion chrétienne n'est au service ni de l'autorité civile, ni du pouvoir civil; elle est elle-même le pouvoir suprême qui conditionne le pouvoir temporel. Innocent III ne faisait d'ailleurs que redire ce que l'église avait toujours prétendu. Le quatrième Concile de Latran (1215), tenu après la première croisade contre les Albigeois, sanctionna donc toute dissidence, qu'elle soit d'ordre religieux, politique ou
culturel : l'hérésie devait être extirpée, anéantie par la force. Le Concile fit sienne la conception centralisatrice d'Innocent III ; il lui accorda les instruments de contrôle en délibérant sur l'obligation de la confession annuelle et sur la structure des paroisses : de communauté de croyants qu'il était, le Peuple se trouvait peu à peu transformé en une masse de sujets qui doivent obéissance.
On peut citer alors Valdès (ou Valdo, vers 1140-1217) et les Vaudois, ou Pauvres de Lyon.
Sans domicile fixe, vivant d'aumônes, ils vont par les chemins en prêchant à la façon, pensent-ils, des apôtres, refusant tout d'une église jugée corrompue, y compris les sacrements. Même motivation chez les humiliés de Lombardie, qui parfois rejoignent les vaudois, et chez les bégards ou béguins, mouvement d'artisans épris de vie pauvre et sainte, que le clergé, tout comme le pouvoir séculier, ne voit pas d'un bon œil.

Des temps nouveaux sont à la porte d'où naîtra une société nouvelle. En plus de leur recherche de pauvreté et de vie chrétienne communautaire, ils soulèvent la question de la prédication de l'évangile. En soi, cela ne constituait pas un mouvement Révolutionnaire. Mais le précepte de pauvreté volontaire, les préceptes évangéliques que Valdo défendait dépassaient le cadre strictement personnel et recouvraient un problème social qui pouvait avoir des répercussions politiques imprévisibles, en raison de l'interpénétration du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel.
Les Vaudois furent donc condamnés par l'évêque de Lyon en 1177. Ils furent chassés de la ville. Deux ans plus tard, après le troisième concile de Latran (1179 - Pape Alexandre III), ils figuraient dans la liste des mouvements hérétiques, considérés comme tels non seulement à cause de leurs erreurs, mais surtout en tant que Rebelles à l'église et à la société. Chassés de Lyon, et de France, ils trouvent alors refuge en Italie. Ils s'installent dans le Milanais où ils rencontrent les Patarins, les pauvres de Milan. Comme ces derniers, les Vaudois incarnent ce besoin de Liberté qui s'exprime par la revendication d'une foi plus responsable, plus personnelle, plus intériorisée.
Leur attachement à l'écriture et à l'instruction est à la base d'une prise de position religieuse très précise : la Bible n'est pas un livre sacré qu'il faut vénérer mais un livre qu'il faut lire. Ils refusent par conséquent les structures hiérarchiques et se prononcent ouvertement contre le serment qui était en fait la base des rapports sociaux de l'époque. Leur comportement est donc extrêmement Subversif : c'est une critique indirecte, mais radicale, des formes de la vie sociale de l'époque, qui enchaînent les humains les uns aux autres dans un rapport de sujétion.
Si leur mouvement n'avait apparemment rien de Révolutionnaire, ses adeptes prétendaient prêcher Librement dans les rues leur appel d'un retour à l'Evangile.
Or avaient-ils le droit à la prédication ? Là fut le heurt avec la hiérarchie ecclésiastique. Valdo lui même affirmait que sa vocation ne lui venait pas de l'église mais du seigneur. L'évangile l'interpellait directement, lui, le laïc, sans aucun besoin d'intermédiaire. La hiérarchie ecclésiastique ne pouvait tolérer une telle affirmation. Il en allait de son autorité et de son monopole en matière religieuse et dogmatique. D'où la condamnation de l'évêque de Lyon. Non seulement l'église interdit aux pauvres de Lyon toute activité susceptible d'échapper à son contrôle mais Valdo et ses disciples furent expulsés de Lyon comme hérétiques.

En 1194 Alphonse d'Aragon publie un édit contre les Vaudois et son fils Pierre II le Catholique prononce leur exclusion de ses terres. Dans le même temps commence la lutte contre les Cathares (1208 : première croisade contre les Albigeois). Mais il était certes plus facile de frapper un mouvement comme les Vaudois, qui socialement recrutait ses adhérents parmi les petits commerçants et les artisans, que les Cathares, qui avaient, en Occitanie, l'appui de la classe dirigeante féodale et d'une puissante bourgeoisie.
Au quatrième Concile de Latran (1215), le pape Innocent III fit proclamer que : « L'église universelle des fidèles est une. En dehors de l'église personne n'est sauvé ». L'institution de la confession obligatoire exprima avant tout une plus grande volonté de contrôle de la part de l'église.
Mais les Vaudois refusèrent de prêter serment de fidélité à l'église; attitude hérétique. Leur refus eut pour conséquence l'impossibilité pour les Vaudois d'assumer des charges civiles. Le message vaudois, en effet, mettait en question l'ordre établi : c'était une forme consciente de présence chrétienne dans le monde, capable de rendre Solidaires tous ceux qui souffrent. Le « pauvre » vaudois sait que la miséricorde de dieu s'adresse aux petits et non pas aux puissants. La pauvreté, voulue dans un premier temps pour gagner une certaine forme de Liberté dans l'évangélisation, devient, dans un deuxième temps, le choix des pauvres.
Cette pauvreté à l'image du Christ impliquait le refus catégorique de conférer à quelque croyant que ce soit, et surtout pas à l'institution ecclésiastique, le droit d'organiser ou de diriger le monde ou encore d'imposer des programmes politiques. A Bergame, en 1218, fut affirmé le droit d'une communauté d'élire elle-même ses ministres. Après avoir justifié théologiquement la prédication itinérantes de laïcs non investis de l'ordre sacré et pris le chemin d'une ecclésiologie indépendante, les vaudois revendiquaient ainsi la légitimité de leurs propres ministres.
Mais, dès 1210, l'empereur Othon IV avait signé un édit contre les Vaudois du diocèse de Turin. Et un siècle plus tard eut lieu à Pignerol le premier bûché vaudois. Ainsi pourchassés, les Vaudois se dispersent dans toute l'Europe. Ils entrent en relations avec les Hussites. Ils se sentent moins isolés et reprennent leurs pérégrinations pour prêcher la parole.

Néanmoins, les régions d'élection des Vaudois restent les hautes vallées du Piémont. Soulignons en effet d'abord le caractère très unitaire de ces régions alpines et indiquons aussi que l'installation des Vaudois coïncide avec la mise en culture de terrains jusqu'alors boisés. De plus, entre le Pô et la Durance (sur la route qui de l'Italie menait en Espagne à travers la Provence) le Montgenèvre était au centre des relations de l'Occident roman, dans lequel une langue commune fut l'expression d'une communion d'intérêts. Les vaudois vivaient de la sorte en marge de la société. Ce n'étaient pas des Révolutionnaires mais des Rebelles.
Quant à la permanence ultérieure des Vaudois dans ces vallées, elle traduit vraisemblablement la résistance d'une société de montagnards, encore enfermés dans leurs traditions patriarcales, face à l'avidité des seigneurs féodaux. L'esprit de solidarité entre ces montagnards se concrétisa juridiquement en de solides privilèges, processus d'émancipation qui se confond avec l'adhésion au valdéisme. La séparation vaudois/catholiques correspond ainsi à la division entre la classe paysanne et celle des seigneurs.
Le valdéisme disparaîtra peu à peu, surtout parce qu'il pêche par excès en remettant en cause les dogmes de l'église.

Rome a donc choisi l'autorité et la centralisation du pouvoir ; le souverain pontife et le clergé ont pour tâche de veiller à l'unité de l'église : que la dépendance sacramentelle en soit le ciment et que l'obéissance en devienne la vertu. L'église se devait d'affermir son pouvoir, trop de fissures commençaient à s'ouvrir. La papauté ayant réaffirmé son autorité et redéfini ses prérogatives en matière de défense de l'orthodoxie, la conséquence directe en fut bien sûr l'accroissement du nombre des idées tenues pour hérétiques.
Finalement, de part sa cathédrale et ses clercs, l'église est omniprésente dans les villes italiennes. De même, entre 1150 et 1350, alors que le pouvoir politique n'est pas toujours stable, l'église apparaît comme une permanence aux yeux des citadins. Face au développement économique sans frein, ces derniers ont tendance à se tourner vers cette valeur-refuge, au point de voir dans l'ascétisme le plus sûr chemin de la grâce. De fait, cette communauté citadine est sensible aux arguments des Contestataires, devenus hérétiques, qui soulignent la contradiction des clercs qui veulent en même temps être au dessus du monde des humains et posséder les biens de ce monde.

Mais dans l'église même, on aspire à la rénovation. L'ermite Joachim de Flore (1135-1202) prétend révéler le sens des Ecritures à partir de l'Apocalypse. Il y aurait trois âges du monde : du Père, du Fils et, passé le millénaire, du Saint-Esprit. Il précise même que l'avènement de ce dernier se produira en 1260. L'église en sera renouvelée, et régneront l'empereur de la Paix et le pape angélique. Ferveur réformatrice aussi, mais musclée, du politique et du religieux chez le chanoine Arnauld de Brescia, brûlé en 1155 pour avoir excité de dangereux troubles à Brescia et à Rome pour donner au Peuple un gouvernement indépendant de la papauté, était un hérésiarque né vers 1100, influencé par l'école de logique de Pierre Abélard. Il souhaitait accroître l'influence des laïcs, cantonner le pape à son rôle religieux, et en conséquence lui supprimer son pouvoir temporel. Ému des désordres, des corruptions et des conflits produits par les richesses de l'église et par l'immixtion du clergé dans les affaires du siècle, visant la pauvreté apostolique, Arnaud prêchait une réforme morale, consistant en l'abandon complet par l'église de tous ses biens et de tous ses pouvoirs temporels. Il fut un agitateur religieux, plutôt qu'un hérétique proprement dit : l'opposition qu'il fit au clergé de son temps permet de le qualifier de patriarche des hérétiques politiques.
Il est originaire de la ville de Brescia, en Italie. Il fait des études de clerc, et est nommé lecteur, un des 4 ordres mineurs sous l'ordre majeur du prêtre. Il part en France suivre l'enseignement d'Abélard. Il fait sienne la doctrine du logicien, préconise l'abandon par l'église de son pouvoir temporel et de ses biens, pour à nouveau se concentrer sur le message de l'évangile. Il revint dans sa patrie vers 1119 en tant que disciple particulièrement doué et zélé d’Abélard et reçut l’ordination sacerdotale. Il entra chez les chanoines réguliers et fut vraisemblablement le prévôt du monastère de San Pietro a Ripa. Il observait la règle et ses vœux de manière irréprochable. Ses adversaires les plus acharnés ne purent rien lui reprocher dans ce domaine, ce qui n’allait pas de soi à cette époque. De retour à Brescia, il agite l'église locale par ses théories. Il est condamné avec Abélard pour hérésie au concile de Sens en 1140, à l'initiative de Bernard de Clairvaux, qui recommande à Louis VII d'expulser le jeune théologien. Il s'enfuit alors à Zurich, où il exprime une fois encore ses sensibilités.

Presque chaque siècle de l’histoire de l’église après Constantin a vu des tensions entre la papauté et la ville de Rome. Au Moyen Age la ville était sous le contrôle de familles nobles rivales, qui se retranchaient dans leurs châteaux urbains et exerçaient leur domination en partie par la terreur. Ces familles nobles avaient naturellement des représentants dans le clergé, jusqu’au collège des cardinaux, et exerçaient en permanence une influence malsaine sur les élections papales et les décisions des papes en charge. Il n’était donc pas rare au Moyen Age, que des papes doivent résider temporairement dans une autre ville italienne à cause d’une telle tension.
En 1145, profitant de l'hospitalité du légat pontifical Guido en 1143/1144 pour revenir à Rome, il se joint à une Révolte urbaine qui chasse de Rome le pape et ses cardinaux, au milieu d'un mouvement singulièrement favorable à ses sentiments et vraisemblablement suscité par la propagation de ses idées. Il met en avant les anciens Romains et leur modèle d'organisation, ordonne la reconstruction du Capitole, la restauration du sénat et de l'ordre équestre. Le Peuple s’était enthousiasmé pour ses idées d’une séparation totale de l’autorité spirituelle avec l’autorité temporelle et voulait rétablir l’ancienne république romaine. Le pape devait vivre de dîmes et de dons volontaires et ne s’occuper que de questions spirituelles. Les Romains réussirent en 1143 à mettre sur pied un sénat particulier et à proclamer l’indépendance vis à vis de toute influence de la papauté. Les troubles qui s’en suivirent coûtèrent la vie au pape Lucius II. Eugène dut peu après son élection quitter la ville pour la même raison, pour passer presque tout son pontificat à l’extérieur.
Divers facteurs ont joué : la Lutte pour une constitution républicaine dans nombre de villes d’Italie depuis le XIè siècle, l’idée d’une séparation des domaines de l’église et de l’état, apparue à la suite de la réforme grégorienne et en fin de compte les idées et les discours, comme les paroles Subversives d’Arnaud de Brescia.
Il intensifie le mouvement, et le trop court pontificat de Célestin II ne parvient pas à calmer les troubles. Un peu avant la mort d'Innocent II (1143), les Romains s'étaient Révoltés contre lui et avaient constitué un sénat. Ils voulaient rétablir l'empire tel qu'il existait, alors que l'empereur et le sénat gouvernaient le monde. Ils invitèrent Conrad III à prendre le rôle des anciens empereurs, à ne plus permettre qu'il y eût de pape sans son consentement, ni que les prêtres s'occupassent de gérer les affaires temporelles. Le pape Lucius II, qui voulut combattre ce mouvement, fut tué, en menant ses troupes à l'assaut du Capitole (1145). Le Peuple somma son successeur, Eugène III, de se contenter du pouvoir spirituel, sans autres revenus que les dîmes et les oblations volontaires. Eugène III, qui n’était pas cardinal, ne fut élu pape unanimement que parce qu’aucun des cardinaux présents ne voulait accepter la direction de l’église dans une telle situation. Visiblement on cherchait quelqu’un qui n’était pas là et qui ne pouvait pas se défendre. Le pape quitta Rome, y revint, en sortit de nouveau, y revint encore, avec l'assistance du roi Roger et du parti modéré, mais finalement dut abandonner la ville, pour aller mourir à Tivoli (1153). Son successeur, Anastase IV, ne régna qu'une année. A l'avènement d'Adrien IV, les Romains lui demandèrent de reconnaître le régime nouvellement établi. Le pape exigea d'abord qu'on chassât Arnaud ; le sénat refusa. Un cardinal ayant été tué dans une Emeute, Rome, pour la première fois de son histoire, fut frappée d'interdit. Cette mesure terrifia le Peuple et le réduisit. Arnaud fut obligé de s'enfuir. Il trouva un refuge chez des barons de la Campanie; mais Frédéric Barberousse les contraignit de le livrer. Ramené à Rome, il fut mis à mort (1155), devant la porte del popolo, de grand matin, pour que le Peuple n'eût point connaissance de cette exécution. Les récits varient sur le mode de son supplice : suivant les uns, Arnaud aurait été crucifié; suivant les autres, brûlé vif, à petit feu; suivant d'autres, pendu, puis brûlé. Cette dernière version est la plus vraisemblable, à cause de la rapidité et de la clandestinité désirables. Toutes les traditions s'accordent à dire que son corps fut brûlé et les cendres jetées au Tibre, de peur que ses partisans ne recueillissent ses restes, comma les reliques d'un martyr.
Son hérésie doit être considérée dans le contexte de l'époque, agitée par la réforme grégorienne, qui fait naître en réaction de nombreux mouvements « traditionalistes » voulant retrouver la pureté de l'église. L'ambiguïté du pouvoir temporel du pape, qui prend de plus en plus d'importance, va jusqu'à diviser l'empereur, dépositaire traditionnel du temporel, et la papauté qui veut devenir la seule institution dirigeante de la société. Dans ce contexte, la séparation des pouvoirs que prône Arnaud de Brescia n'a pas dû toujours être considéré comme hérétique par certains, dont l'empereur. Arnaud de Brescia lui offre d'ailleurs son soutien, se livre à une critique vigoureuse de l'église, de la curie, du pape. En réalité, c'est le rapprochement du pape et de l'empereur, tous deux confrontés à des problèmes intérieurs, qui condamne le religieux, qui apparaît alors comme un réformateur apostolique. L'empereur, qui a besoin du pape pour assurer la stabilité religieuse dans son empire, va lui offrir Arnaud de Brescia, et signer l'arrêt de la Révolte romaine qui s'était amplifiée par sa passivité intéressée. Sa figure, devenue légendaire, est alors vénérée par les hérétiques et les Révolutionnaires italiens. À partir du XVIIè siècle, on le considère selon sa confession soit comme un hérétique, soit comme un combattant de la Liberté. Les écrivains du XIXè siècle inspirés par sa tentative de « restauration antique », en feront, de façon romantique, un humaniste éclairé.

La doctrine du Libre Esprit est à peu près contemporaine de la tradition joachimite, et elle a joué un rôle important dans les nombreuses manifestations qui se sont déroulées depuis le début du XIIè siècle jusqu'à l'époque de la Réforme du XVIè siècle.
Issue du mysticisme laïc, formé à l'école de théologie de l'Université de Paris, elle adopte une pratique considérée comme amorale en plus de la défense de la communauté des biens.
L'individualisme y était fortement cultivé, en même temps que le pragmatisme religieux venu de l'expérience mystique qui cherchait à se dispenser de l'enseignement doctrinaire des prêtres.
On considère que cette doctrine est à l'origine de l'Anarchisme moderne. La Liberté qu'elle apportait semblait si dangereuse aux yeux de l'église, qu'une bulle papale fut éditée en 1312, décrétant que les partisans de cette tradition devaient être livrés à l'inquisition.
L'Egalitarisme et le communisme ont été considérés comme les deux ferments philosophiques fondamentaux de la plupart des mouvements qui ont éclaté dans la civilisation occidentale, mais surtout dans les doctrines spirituelles, et ils sont également fort influents dans tous les mouvements qui ont contribué à la sécularisation et à l'essor des
« religions politiques ». La théorie de l'état de Nature Egalitaire participe également à cet état d'esprit sous-tendu par une foi universelle en l'amour Fraternel entre humains Egaux partageant des biens communs et Libres des exploitations et des oppressions entre eux.
Les précurseurs de la Réforme seront ainsi les Taborites, les Pickards, les Lollards, les Hussites, les Adamites et les Anabaptistes, parmi d'autres.
Leurs manifestations se radicalisent dans le contexte des paysans sans terre et par l'adhésion des couches sociales les moins favorisées.
Dans le même temps, le clergé constitué en caste a rompu et relâché les liens spirituels avec les fidèles. Les ordres mendiants permettront-ils de resserrer ces liens ?
La venue de François d'Assise (1182-1226), qui prêche la pauvreté évangélique et fonde l'ordre des frères mineurs, ou franciscains, permet à l'église catholique de reprendre le contrôle de ces initiatives clairement Anarchistes. Dans cette société médiévale, fondée essentiellement sur des structures ecclésiastiques, le franciscanisme représente une rupture culturelle vis-à-vis de la culture officielle. La spiritualité franciscaine propose une nouvelle forme de culture pour répondre aux besoins de cette société profondément en crise. Le message de Saint François et la création des ordres mendiants, leur culture, tracent une voie nouvelle pour créer un lien entre le Peuple et la vie religieuse. L'église laisse faire : Saint François ajoute au précepte de pauvreté celui d'humilité. L'humilité suppose l'obéissance dans laquelle les frères mendiants trouvent la Liberté dont ils avaient besoin pour agir dans le monde. Idéal de pauvreté absolue et prédication étaient les deux aspects fondamentaux de ces ordres mendiants. L'un permettait une Liberté totale et l'autre une approche directe avec les masses.
Mais voilà qu'à l'intérieur même de l'ordre, qui entre-temps a acquis une importance considérable, certains frères radicalisent encore leur exigence de pauvreté. Ils en font un absolu : selon eux, le Christ n'a jamais rien possédé en propre. On les appelle les « spirituels », parmi lesquels on trouve Pierre Dejean-Olieu ou Pierre de Jean Olivi (mort en 1298), Ange Clareno, Ubertin de Casale (vers 1259-1328). Ils trouvent un soutien en la personne de Célestin V, mais la démission de ce saint pape les abandonne aux tracasseries de Boniface VIII et de Jean XXII, pour qui la pauvreté n'a que peu d'attraits. Ajoutons à cela les multiples communautés plus ou moins issues de l'ordre franciscain, qu'on appelle fraticelli.

       

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Published by Collectif des 12 Singes - dans Lendemain du Grand Soir
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