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20 janvier 2005 4 20 /01 /janvier /2005 21:56

L'Emancipation de la population, ou du moins d'une partie

Télécharger le fichier : 03 - Les crépuscules des dogmes


Comme toujours, les premiers à se Révolter seront les paysans. De 1073 à 1075, une Révolte paysanne est écrasée en Saxe, après avoir détruit des citadelles et des châteaux.

En France, Le Mans lance le mouvement communal pour plus d’Indépendance des Communes, mais surtout des bourgeois qui veulent commercer sans entraves financières.
Comme principale cité du Maine, Le Mans fut le cadre de nombreuses Luttes au XIè siècle, entre le comte d’Anjou et les ducs de Normandie. Quand les Normands prirent le contrôle du Maine, Guillaume le Conquérant fut capable d’envahir avec succès l’Angleterre. Cependant, en 1069, les Citoyens se Révoltèrent et expulsèrent les Normands. En contrepartie du pouvoir donné au comte d’Anjou, ils négocièrent la première charte communale.

Dès le début du Moyen Âge, l’autorité des évêques grandit. L’évêché de Beauvais est ainsi considéré comme un poste d’autant plus prestigieux qu’il bénéficie de revenus considérables. De plus, l’évêque cumule les pouvoirs religieux et politiques.
La Commune, qui s’est créée très tôt dans cette ville prospère, acquiert progressivement des Droits pour promouvoir son industrie. Elle prend régulièrement le parti du roi contre l‘évêque et s’appuie sur le textile pour asseoir sa puissance financière.
Au XIè siècle, le renouveau des villes relance l'industrie drapière à Beauvais, Amiens, Abbeville ; le commerce enrichit les bourgeois et de nombreuses Communes obtiennent des chartes de franchise (Saint-Quentin 1080, Beauvais 1099, Amiens 1113).
A cette époque, le drap de Beauvais est exporté jusqu’en Orient. Les ateliers se multiplient. Ils travaillent toutes sortes de laine, y compris les plus fines importées de Londres. Les corporations s’enrichissent de corps de métiers de plus en plus diversifiés : teinturiers, finisseurs, tondeurs, apprêteurs…Un groupe de 80 familles régente les ouvriers. Quant aux maires, ils sont la plupart du temps issus du cercle étroit de ces négociants. La hiérarchie est stricte et les querelles sociales sont désormais soumises à l’autorité du roi qui se charge, s’il le faut, de contraindre l’évêque.
A la même époque, apparaissent les ordres mendiants dont les couvents s’élèvent à l’est de la ville, en plein quartier ouvrier. Au départ dépourvus de biens, ils s’enrichissent progressivement et jouent un rôle non négligeable dans la cité.

En 1109 les bourgeois de Laon se Révoltent et tuent l´évêque de la ville.
Les marchands et artisans se regroupent en associations et représentent une puissance grandissante face au système seigneurial : ils cherchent à jouir d'une plus grande Autonomie en rédigeant des chartes fixant les Droits et devoirs de chacun.
Ces associations, appelées « Commune jurée » donnent naissance à ce que les historiens appelleront plus tard le « mouvement communal » qui a permis aux villes de se Libérer durant les XIè et XIIè siècles.

Ces chartes s'obtiennent de plusieurs façons :
* soit de plein gré suite à un accord avec le seigneur,
* soit par l'achat : les habitants négocient dans ce cas avec leur seigneur,
* soit par la violence comme au Mans (plus vieille Commune de France en 1069) ou encore à Laon en 1109 (son évêque et ses chevaliers sont massacrés par les habitants au nom de « Commune ! Commune ! »; ils subiront ensuite les représailles de la part du roi de France).

C'est à la fin du Xè siècle que se manifeste le mouvement communal, conséquence de la renaissance des activités économiques urbaines et de l'afflux des ruraux vers les cités. Dans les villes soumises à des seigneurs laïques ou ecclésiastiques, les bourgeois se regroupent en association pour s'assurer une sorte d'oasis de Paix face aux luttes féodales qui pèsent sur les cités. Dans cette association appelée Communio, les membres sont liés par serment et Egaux entre eux.
Au XIIè siècle, la Communio parvient à obtenir du seigneur ou du roi (Louis VII « le jeune » 1137-1180) des privilèges plus ou moins étendus et un statut particulier par un acte solennel appelé charte. Cette émancipation urbaine est favorisée par la royauté, car elle y voit un moyen de restreindre la féodalité. Selon l'importance des concessions obtenues, on distingue deux grands groupes de villes : les villes franches qui n'ont obtenu qu'une charte de simple franchise (ensemble de Droits et de privilèges concédés par un souverain à un bourg) et restent soumises à l'autorité seigneuriale et les villes de Commune qui jouissent de l'Indépendance politique et possèdent une véritable organisation municipale. Elles sont assez peu nombreuses, une quarantaine en France au début du XIIIè siècle.

La Commune est administrée par un corps de ville ou municipalité. Celui-ci est composé d'échevins (magistrats chargés de la police et de la justice seigneuriale) élus ou plus souvent cooptés par l'assemblée de bourgeois, dirigé par un maire (du latin mayor) qui tentent d'administrer la ville de façon Autonome et de se protéger des ingérences extérieures tant politiques que militaires.
La charte communale reconnaît l'existence de la municipalité et lui accorde une large Autonomie administrative, judiciaire et d'importants avantages commerciaux. Le prévôt, agent du roi chargé essentiellement de rendre justice et d'administrer le domaine est remplacé par le maire. Celui-ci est assisté de deux conseils : le conseil restreint des pairs et jurés et le grand conseil (c'est-à-dire l'assemblée de la Commune pour des circonstances exceptionnelles). Afin d'imposer leur puissance, les échevins font réaliser un sceau qui authentifie leurs Droits et Libertés accordés.
Philippe-Auguste (1180-1223) favorise le mouvement communal pour la position stratégique que les villes occupent. Elles bénéficient également de Libertés communales de par leur situation très favorable au trafic commercial. En contrepartie, la Commune doit construire et entretenir les fortifications.
Bien que dotée d'une charte communale, ces villes restent toutefois des seigneuries vassales qui doivent hommage au roi.

Pour autant, le statut du roi est de plus en plus controversé. En 1251, la Croisade des Pastoureaux, croisade populaire initiée sans l'appui des puissants et même contre eux, veut purifier le pays (malheureusement en commettant également de nombreux pogroms contre les Juifs, déjà).
Lors de la septième croisade, Louis IX de France (Saint Louis) prend Mansourah. Mais son armée, victime d'une épidémie de peste, s'y trouve prise au piège. Saint Louis est fait prisonnier avec deux de ses frères, en 1250. Cette nouvelle, quand elle parvient en Occident provoque incrédulité et révolte. Comment un roi très pieux a-t-il pu être abandonné de dieu ?
La réponse vient de prédicateurs populaires, en particulier un certain Job, ou Jacob ou Jacques, moine hongrois de l'ordre de Cîteaux. Ce moine charismatique, nommé le « Maître de Hongrie », prétend avoir reçu de la Vierge Marie une lettre affirmant que les puissants, les riches et les orgueilleux ne pourront jamais reprendre Jérusalem, mais que seuls y parviendront les pauvres, les humbles, les bergers, dont il doit être le guide. L’orgueil de la chevalerie a déplu à dieu.

L'appel solennel aurait eu lieu pour Pâques 1251. Des milliers de paysans et de bergers prennent la croix (à l'époque le terme Pastoureaux désignait les bergers), et marchent vers Paris, armés de haches, de couteaux et de bâtons. Ils sont 30 000 à Amiens, peut-être 50 000 à Paris, où Blanche de Castille les reçoit. Dans un premier temps elle donne son appui, mais le mouvement est trop dangereux sur le plan social et religieux pour être accepté par les puissants : il accuse abbés et prélats de cupidité et d'orgueil, et s'en prend même à la Chevalerie, accusée de mépriser les pauvres et de tirer profit de la croisade.
Des conflits s’ensuivent avec le clergé dans plusieurs villes (Rouen, Orléans, Tours). À Bourges, les pastoureaux s'en prennent aussi aux juifs, et sont réprimés par les forces royales. Lorsque les villes ne veulent pas les nourrir, des pillages ont lieu en France, par exemple à Bordeaux, où Simon V de Montfort réprime les Pastoureaux.
Le mouvement s'étend en Rhénanie et dans le nord de l'Italie. La répression est de plus en plus féroce et seuls quelques rescapés parviennent jusqu'à Marseille et s'embarquent pour Acre, où ils rejoignent les croisés.

En 1307, l’Italie du Nord est secouée par le Soulèvement populaire et hérétique de Fra Dolcino, écrasé par une armée de croisés défendant les intérêts de la grande seigneurie foncière.
Les Frères Apostoliques descendent en ligne droite de la crise du franciscanisme. Les Frères Apostoliques ont suivi leur initiateur Gérard Segarelli de Parme et devinrent célèbres grâce à Fra Dolcino. Les Frères Apostoliques en appelaient aux prophéties de Joachim de Flore avec la volonté d'imiter à la lettre la vie pauvre et simple des apôtres, d'où le nom d'Apostoliques. Parmi les doctrines professées par les Apostoliques prévalent le refus des miracles, l'invalidité des sacrements, l'opposition au sermon et au ius gladii (droit de vie et de mort sur des humains, serfs ou Libres), la Contestation des dîmes, le constat de la décadence de l'autorité de l'église et des papes.

En 1300 est brûlé par l'Inquisition Gérard Segarelli. En 1260, il avait fondé une secte qui voulait vivre la vie apostolique et reprochait au pape d'être l'Antéchrist. Les franciscains lui sont très hostiles, et racontent à son sujet qu'il se serait fait langer et allaiter, comme un bébé, pour ressembler à l'enfant Jésus. Ils prétendent aussi qu'il se serait fait circoncire. Il aurait été très peu instruit, disant penitenzagite au lieu de penitentiam agite (« faites pénitence »).
Quoiqu'il en soit, il draine beaucoup plus d'offrandes que les ordres mendiants. À sa mort, Fra Dolcino de Novare, beaucoup plus cultivé, prend sa suite. Plein de fougue, ce fils de prêtre dénonce la corruption de l'église par la richesse et la collusion avec le pouvoir politique et ce, depuis l'empereur Constantin et le pape Sylvestre au début du
IVè siècle. Il attaque également les mendiants et annonce une apocalypse imminente. L'empereur Frédéric Barberousse (mort en 1190) est censé revenir, réincarné dans Frédéric III d'Aragon, « roi de Trinacrie » (Sicile), fils de Pierre d'Aragon. Protecteur des ordres mendiants, Frédéric est en guerre avec la papauté, qui le considère comme le nouvel Antéchrist. Il est censé détrôner l'usurpateur Boniface VIII, qui a chassé Célestin V, l'ami des franciscains spirituels. De fait, Boniface VIII meurt en 1303, peu après l'attentat d'Anagni, et Benoît XI, élu après lui, meurt en 1304 (le bruit court qu'il a été empoisonné).
Clément V lance la croisade contre les partisans de Dolcino. Ceux-ci sont plusieurs milliers, réfugiés dans les montagnes au-dessus de Verceil, dans le Piémont.
Fra Dolcino et ses partisans, en réaction aux attaques des troupes catholiques, n’hésitèrent pas, pour leur survie, à piller et à dévaster des villages, tuant ceux qui s’opposaient à eux et brûlant leurs maisons. Pour justifier les méfaits de ses partisans il citait volontiers Saint
Paul (« Tout est pur pour les purs. Mais pour ceux qui sont souillés et qui n’ont pas la foi, rien n’est pur. Leur esprit même et leur conscience sont souillés ».)
Malgré cela on le considère comme un orateur intelligent, érudit et charismatique, réformateur de l’église et un des fondateurs des idéaux de la Révolution française ainsi que de l’Anarchisme et du socialisme. Au nombre de ses idées on compte : le refus de la hiérarchie ecclésiastique et le retour aux idéaux originaux de pauvreté et d’humilité, le refus du système féodal, la Libération de toute contrainte et de tout assujettissement, l’organisation d’une société Egalitaire d’aide et de Respect mutuel, mettant en commun les biens et respectant l’Egalité des sexes.
Les Dolicinistes sont finalement massacrés, alors que Dolcino et sa femme sont pris vivants. Fra Dolcino, nullement intimidé par les menaces de l'Inquisition, se jeta contre Clément V en l'accusant d'immoralité. Sa femme refuse sa propre grâce, elle sera mise à mort lentement sous les yeux de son mari. Celui-ci, réduit en lambeaux sous la torture en 1307, son corps fut brûlé au bûcher, l'année même où les Templiers de France sont arrêtés.
C'est désormais un lien organique qui s'est tissé entre les spirituels franciscains et la pensée de Joachim de Flore.

Un peu à la traîne, alors que la ville commence à se positionner comme centre névralgique du pays, en 1357 Paris se Soulève pour obtenir sa Commune.
Paris était un port fluvial très actif géré par la communauté des marchands de l'eau. C'est donc leur emblème, une nef, que la ville a choisit de faire figurer sur son premier sceau puis dans ses armoiries.

La première grosse guerre civile embrase le royaume de France au lendemain du désastre de Poitiers (19 septembre 1356), faisant suite à la déroute de la chevalerie française face aux Anglais lors de la bataille de Crécy-en-Ponthieu (26 août 1346), et accouche du premier
roi « moderne », Charles V, qui assoit l’autorité du roi contre les princes locaux et dissout la féodalité pour affranchir le pouvoir des coteries (association entre certains groupes d’individus unis par un intérêt commun qui favorisent ceux qui font partie de leur compagnie et cabalent contre ceux qui n’en sont pas : en politique, la coterie est au parti ce que la secte est à la religion) et des jacqueries.
Surtout, le déclassement de la France, provoqué par les défaites de la guerre de Cent ans, affaiblit un souverain dont on sait que les qualités chevaleresque l’emportent sur la finesse politique. La guerre entre la France et l’Angleterre n’a apporté que des désastres : sur tous les plans, choix du lieu et du moment, composition de l’armée, persévérante inadaptation à des formes nouvelles de combat, encadrement, la France a été battue et de sévère manière. En clair, le Peuple commence à se croire plus avisé que ceux auxquels il a confié jusqu’ici son destin : un auteur anonyme conseille même au roi de remplacer ces nobles, combattants incapables, par des hommes du Peuple, qui, eux, seraient de vaillants guerriers.
En parallèle, la peste débarque le jour de la Toussaint 1347, décimant en trois ans une proportion d’individus largement supérieure à celle des victimes des deux guerres mondiales du XXè siècle, en particulier les
« exposés » (médecins, notaires, meuniers, boulangers, bouchers), tandis qu’en réchappent souvent les « abrités » (forgerons, cochers, porteurs d’huile, bergers). Si la peste, qui ne s’était plus manifestée en Occident depuis sept siècles, a fait tant de ravages, c’est qu’elle attaquait une population que peinait à nourrir une agriculture aux rendements décroissants. Faiblesse des rémunérations qui excite l’antagonisme violent entre les « menus » et les « gros » ? Prélèvements excessifs des principautés et des royaumes qui multiplient impôts sur le capital et le revenu ? Toujours est-il que le système de production qui s’était épanoui tout au long du XIIIè siècle semble parvenir à la limite de ses possibilités. Ainsi, comme souvent, la guerre civile a été précédée par le cri de douleur des ventres creux, comme toujours jamais entendu par les repus (dans le Forez, entre 1277 et 1328, on compte une disette, une famine ou une période de cherté tous les deux ans).
Aux faillites en chaîne des banques italiennes s’ajoute le déclin brutal des foires de Champagne ; à l’effondrement des prix agricoles font pendant la crise de la draperie et les troubles sociaux des villes de Flandre. Aux dévaluations successives qui, d’avril 1346 à août 1350, font perdre à la livre la moitié de sa valeur, s’ajoute l’ordonnance de Jean Bon (numéro II) qui, inspiré par le « modèle » anglo-saxon, décide d’assouplir le marché du travail pour mettre un terme à la flambée des salaires et des prix, de proclamer la liberté du travail et de l’embauche et de pourchasser les oisifs qui « ne veulent exposer leurs corps à faire aucunes besognes, en quoi ils puissent gagner leur vie », bref de traquer les faux chômeurs mais vrais profiteurs de la sueur d’autrui.

Depuis l'an mil et la renaissance clunisienne la société médiévale a considérablement évolué. L'Europe a fortement progressé techniquement, artistiquement et démographiquement. Les villes se sont développées créant de nouvelles classes sociales centrées sur l'artisanat et le commerce. Autant une société agricole est adaptée à un système féodal et religieux où la noblesse protège les terres et rend justice, autant les artisans et commerçants ont besoin de liberté pour entreprendre. La multiplication des affaires à régler a rendu impossible leur traitement par les rois et la grande seigneurie seuls, ils ont alors délégué une partie de leur pouvoirs judiciaires à des parlements et autres cours de justice. En Angleterre, les revers de Jean sans Terre (considéré comme illégitime et usurpant le trône de son frère Richard Cœur de Lion) contre Philippe Auguste avaient conduits les barons anglais à lui imposer en 1215 la Magna Carta, la Grande Charte, qui instituait, entre autre, la liberté des villes et le contrôle de la fiscalité par le Parlement.
En France, le début de la guerre de Cent Ans est catastrophique et le pouvoir royal très contesté à partir de la défaite de Crécy en 1346. À cette époque la noblesse justifie l'essence divine de son pouvoir par une conduite chevaleresque particulièrement sur le champ de bataille. Or, Crécy est un désastre contre une armée pourtant très inférieure numériquement et où Philippe VI prend la fuite, remettant en cause la légitimité divine des Valois.
Jean le Bon cherchait de l'argent pour continuer la guerre contre l'Angleterre et c'est à ses villes qu'il pensait surtout s'adresser : en échange des services que la royauté attendait des bourgeois, elle ne manquerait point de leur accorder le bénéfice de son autorité (c'est en 1350 que les maîtres des corporations obtinrent les premières mesures législatives sur le travail salarié).
Des Etats généraux incomplets votèrent un prélèvement sur le revenu qui fut très mal accueilli. Une victoire militaire l'eût peut-être justifié aux yeux des marchands ; ce fut à nouveau la défaite et la plus pitoyable qui soit. Les archers anglais avaient une fois de plus vaincu la féodalité française. La nombreuse armée de Jean le Bon succomba près de Poitiers en 1356, devant les 8.000 hommes du Prince Noir. Les Français en perdirent autant, la noblesse s'enfuit, laissant son roi prisonnier. Son fils le dauphin Charles, qui a pu quitter le champ de bataille, assure la régence et tente de négocier avec l'Angleterre pendant que les mercenaires démobilisés, rassemblés en grandes compagnies, pillent les campagnes. Pour éviter de tels débordements, le dauphin propose de créer une armée permanente de 30 000 hommes. Pour cela, il faut récupérer de l'argent en levant de nouveaux impôts qu'il demande en convoquant les états généraux, alors que les bourgeois de Paris se demandaient bien à quoi avaient servi leurs impôts et quel usage avait été fait de la dépense publique, sachant que les militaires étaient mal payés et le royaume mal gardé.

Paris s'exaspère : le Peuple entier est derrière le prévôt des marchands (qui gérait les mesureurs de blé, les crieurs, les jaugeurs et les taverniers ; on devenait prévôt des marchands à titre de fief par don spécial du roi ; le prévôt des marchands percevait les droits à payer pour la livraison et la vérification des mesures. Sous l'ancien régime, la fonction se rapprochera de celle d'un maire) qui prend la tête du mouvement. Etienne Marcel, nommé prévôt des marchands en 1355, est issu d'une famille bourgeoise, enrichie dans la draperie. Il s'impose comme le leader du Tiers État lors des États Généraux de 1355 et 1356 en soulignant la nécessité d'un contrôle sur les subsides qu'on accordait au roi. La défaite de Poitiers montrait combien ses revendications étaient justes. Le fils aîné de Jean le Bon, Charles, régent du royaume pendant la captivité de son père, dut réunir sur-le-champ de nouveaux Etats généraux et consentir à leurs conditions. Les bourgeois de Paris s'y montraient en pleine possession du sentiment de leurs intérêts. Le Peuple des rues voyait dans leur Résistance la lutte contre la misère et chacun coiffait le chaperon bleu et rouge du vaillant prévôt. Les états désignèrent une commission d'enquête, en attendant la constitution de ce conseil de surveillance qu'Etienne Marcel voulait instituer près du trône, composé de vingt-huit députés, dont douze bourgeois.
En bref, les états entendent mettre l’administration sous contrôle et le prévôt des marchands, à l’égal des chefs qui dominent alors les grandes villes du Nord, espère devenir le champion de la bourgeoisie et des métiers parisiens pour, à l’instar des beffrois, faire de son Hôtel de Ville, la maison de la Liberté. Car ils tiennent à leur fortune récente. Depuis 1350, les procédés de Philippe le Bel sont devenus la règle fiscale et le marc d'argent a changé trente-neuf fois de valeur. Leur première revendication est donc une monnaie fixe. On discute partout sur les autres conditions que la prévôté veut faire triompher : les nobles ne doivent plus être dispensés de l'impôt, le droit de réquisition des seigneurs doit être aboli, les fourrages et les chevaux mis à l'abri du pillage. En échange de ces mesures les villes fourniront un homme d'arme par cent foyers.
Marcel voulait donner à Paris une Constitution Communale, sa Grande Ordonnance de mars 1357 limitant le pouvoir du roi.
Le régent consent à tout, signe la Grande Ordonnance de 1357, mais montre aussitôt qu'il n'a point l'intention de l'appliquer. Marcel, profitant de l'absence du dauphin qui a convoqué les états hors de la capitale, reste à Paris pour organiser la résistance. Il songe dès lors à opposer à la branche régnante des Valois une autre branche de la maison de France et trouve en la personne du roi de Navarre, Charles le Mauvais (trois fois écarté du trône alors qu’il était l’aîné de la descendance de Philippe le Bel), un prétendant prêt à tout. Au début de l'an 1358, Etienne Marcel provoque des réunions, y impose ses vues, convaincant les bourgeois : il rêve pour sa ville d'une Autonomie analogue à celle des villes flamandes ou italiennes de l'époque (Bruges, Florence,...). Il créé même une milice. Sous prétexte de défense contre les éventuelles attaques des Anglais ou des Allemands, il renforce la fortification de Paris.
Ce conflit entre la bourgeoisie et la royauté faisait les affaires de Charles le Mauvais, roi de Navarre, qui entra sans tarder en négociations avec la capitale. Il se montra digne de son passé en trahissant tour à tour les bourgeois, les Anglais et le roi.
De ses infamies, on a tenté de rendre responsable Etienne Marcel qui poursuivait cependant les suites logiques de son action. Âgé de 43 ans, il pensait avoir le dessus sur le jeune dauphin qui avait tout juste vingt ans. Cependant ce dernier s'oppose aux actions d'Etienne Marcel. Le 13 janvier 1358, les états s'assemblent de nouveau, mais comme presque aucun noble et très peu de gens d'église s'y rendent, les députés ne réussissent pas à trouver un accord. Étienne Marcel, constatant l'échec de l'instauration d'une monarchie contrôlée par voie législative, essaye de la faire proclamer par la force. Celui-ci, agacé, pousse le Peuple parisien à se Révolter. Etienne Marcel se dirige vers le Louvre pour affronter Charles V. Ainsi le 22 février 1358, Paris se réveille sous les cris d'une Emeute réunissant trois mille personnes. Cette colère est renforcée lorsque les parisiens apprennent que Jean II le Bon a signé un traité accordant la moitié du territoire Français aux Anglais.
Pour arracher au régent le respect de son ordonnance, le Peuple envahit la résidence de Charles et là, sous ses yeux, on abattit deux de ses conseillers qu'on tenait pour responsables de ses variations. Etienne Marcel le sauva sans doute en le couvrant du chaperon aux couleurs de la capitale. Charles, mesurant la portée future d'un tel geste, décida de quitter son hôtel Saint-Pol et s'enfuit à Compiègne. Le dauphin Charles parvient à s'enfuir de la capitale et convoque les états généraux à Compiègne où il rallie à sa cause la province pour isoler Paris. C'est la guerre ouverte entre la Démocratie parisienne et la royauté soutenue par les provinces. Alors, tandis que l'ennemi occupait la France, Charles le dauphin investit Paris.
Les trahisons de Charles le Mauvais y poursuivaient leur besogne et la tentative des bourgeois manquant encore d'homogénéité commençait à se désagréger. La Lutte avait pris des proportions qui en effrayaient la plupart et le Soulèvement populaire terrifiait les amis mêmes d'Etienne Marcel. Le dauphin Charles quitte la capitale. S'alliant avec la Picardie, l'Artois et la Champagne, il fait un blocus autour de Paris. La bourgeoisie rejoint le parti royaliste.

Cependant un allié inespéré venait de surgir : à leur tour, les campagnes se Soulevaient. A Laon, à Soissons, dans toute la région parisienne, les paysans se dressaient contre l'autorité. Leur fureur avait les mêmes origines, plus tragiques, car pour leur extorquer de l'argent on allait jusqu'à leur brûler les pieds.
A la fin du Moyen Âge des Révoltes de paysans se produisent régulièrement. Les mercenaires de la Guerre de Cent ans razziaient les villages, les nobles de France les affamaient. Depuis l'épidémie de peste qui a ravagé l'Occident dix ans plus tôt, ils sont en situation de mieux faire valoir leurs Droits car les seigneurs sont partout en quête de main-d’œuvre pour remettre en culture les terres abandonnées. La Grande Jacquerie survient peu après que les chevaliers français aient été écrasés par les Anglais à Poitiers ; le roi est prisonnier à Londres tandis que Paris est sous la coupe d'Étienne Marcel, le prévôt des marchands. Les Révoltés figurent parmi les paysans aisés de l'une des régions les plus riches d'Europe. Les paysans ne supportent pas que les nobles, qui ont lâchement fui devant les Anglais, fassent maintenant pression sur eux pour leur extorquer de nouvelles taxes. Mais surtout, si les gens de la campagne ont pris les armes contre les nobles, c’est qu’ils voyaient les maux et les oppressions qui leur étaient portés de toute part et qu’ils n’étaient pas protégés par leurs nobles, mais qu’au contraire ceux-ci, se conduisant comme des ennemis, les opprimaient encore plus gravement encore. Pour ces Révoltés, dieu a assigné des fonctions précises aux trois ordres de la société : il y a ceux qui prient, ceux qui combattent et ceux qui travaillent (pour nourrir ces deux classes parasites). Si ceux qui combattent sont incapables d’assurer leur mission, c’est l’ordre même de la société qui est mis en cause ! Ici, la guerre civile est une réponse au désordre dont l’élite est responsable : depuis les défaites, bourgeois et jacques ont le sentiment qu’ils auraient fait aussi bien que ces chevaliers soi-disant experts en armes.
Ils se Soulevèrent, démolissant les châteaux, reprenant ce qui leur appartenait. Le pouvoir des seigneurs est remis en cause. Le 21 mai 1358, cent paysans du Beauvaisis s'attaquent aux châteaux de leur région, brûlant les demeures. Leur Révolte s'étend très vite à la paysannerie du bassin parisien. Durant six semaines, ils se battirent en désespérés autour de Guillaume Carle. C'est la plus grande des
« Jacqueries » qui ont ensanglanté les campagnes françaises au Moyen Age. Sur leurs étendards était écrit « dignité ». En son nom, ils combattaient quiconque se voulait maître des personnes, des champs, des bois et des cours d’eau, gouvernait par l’arbitraire, imposait l’ordre de l’empire, réduisait les communautés à la misère.

De cette union subite des paysans et des bourgeois, pouvait en mai 1358 dépendre le sort de Paris. L'Insurrection s'étendit à la Champagne, à la Brie et à la région d'Amiens. Des chefs populaires surgirent partout, retranchèrent les paysans dans des lieux forts, munis de palissades et de fossés, où l'on avait déjà résisté aux Anglais. L'alliance avec Etienne Marcel parut réussir lorsque les Jacques s'emparèrent du château d'Ermenonville. La forteresse du Marché à Meaux est assiégée par les Révoltés qui ont rallié à leur cause le maire et les bourgeois de la ville. Les bourgeois de Meaux entraient dans la ligue qui faisait en somme l'union du monde du travail pour des revendications immédiates ; toutes les idées politiques d'Etienne Marcel : faire cesser le gaspillage des deniers arrachés au pays et contrôler les responsables de cette gabegie. C'était pour les maîtres la défense de leurs premiers droits acquis. Combien plus émouvant l'espoir immense que le Peuple mettait en eux, croyant par son sacrifice contribuer à la fin des souffrances du temps. Sans doute, il y avait eu déjà bien des Emeutes populaires et les campagnes gardaient le souvenir de ces pastoureaux qu'on avait impitoyablement châtiés. Cette fois les Jacques font un essai de discipline et se sentent, dans leur Lutte, Solidaires des bourgeois de Paris. Pour une classe qui monte, c'est déjà vaincre que de se battre. Si Etienne Marcel fut si représentatif de l'essor de la bourgeoisie au
XIVè siècle, c'est qu'il ne craint pas cette bataille où le régent a voulu l'amener. Mais les temps ne sont pas révolus. La bourgeoisie française peut alors fournir des personnalités audacieuses, mais elle n'est pas encore en état d'accomplir un acte Collectif. Le sol se dérobe sous Etienne Marcel. Autour de lui, le conflit parait trop vaste et la propagande de Charles le Mauvais produit son effet.
L'histoire des classes sociales a toujours commencé par celle de leurs défaites. C'est après avoir été d'abord écrasés que les esclaves se sont libérés. C'est par ses échecs que la bourgeoisie a appris à s'organiser. Sa Liberté n'est pas encore inscrite dans les nécessités économiques : l'ambition d'Etienne Marcel échouera.

Le comte de Foix, Gaston Fébus, et le captal de Buch, Jean de Grailly, mettent fin aux exactions des Révoltés et incendient la ville de Meaux. Les nobles écrasent les Jacques à Clermont-sur-Oise le 10 juin 1358. Charles le Mauvais qui revendique la Champagne, ne peut tolérer les revendications paysannes. Il opère un nouveau changement d'alliance et écrase les Jacques à Mello le 10 juin 1358. Les chefs des Révoltés sont impitoyablement torturés et exécutés.
Paris était livré à lui-même. Tandis que la répression la plus sanglante s'abattait sur les paysans coupables de s'être armés contre leurs seigneurs, la capitale grondait de frayeurs et de rivalités. Ne se sentant plus assez forts, les bourgeois reculaient. De son côté, Étienne Marcel se déconsidère par ses alliances avec les paysans en Révolte du Beauvaisis et le roi de Navarre Charles II le Mauvais. Marcel, n'espérant plus rien des campagnes, met son dernier espoir dans le cupide roi de Navarre. Le 14 juin, celui-ci est proclamé capitaine de Paris; mais les bandes qu'il commande et qui viennent d'exterminer les Jacques sont redoutées des Parisiens qui refusent d'admettre dans leurs murs de pareils bandits. La population exprime son désagrément. Dans la nuit du 31 juillet au 1er août, Etienne Marcel s'apprêtant à ouvrir les portes de la ville à Charles le Mauvais, est exécuté par Jean Maillard (un échevin fidèle à la royauté). Le 2 août, le dauphin Charles rentre, dans le triomphe, à Paris.
La cour s'employa à calomnier la mémoire d'Etienne Marcel pour rendre infâme la cause qu'il avait défendue, celle des Libertés bourgeoises.
De cette ébauche de Révolution politique, il resta chez tous des souvenirs très vifs. Quelques années plus tard, devenu roi sous le nom de Charles V le Sage, se rappelant si bien la peur qu'il eut en février 1358, il n'aura rien de plus pressé que de faire édifier la Bastille afin de tenir en respect les turbulents Parisiens et surveiller sa capitale.
De tous ces malheurs qui auraient pu entraîner Révolution et séditions, la monarchie et l'état vont paradoxalement sortir renforcés.
Cette Bastille sera pendant quatre siècles le témoin des progrès de ces bourgeois qu'elle a pour mission primitive de maintenir dans l'ordre ; l'ordre féodal, auquel la bourgeoisie triomphante substituera l'ordre bourgeois : la Bastille de Charles le Sage, bâtie au lendemain d'une Emeute vaincue, sera détruite par une Révolution victorieuse.
Après la Grande Peste, au cours de la seconde moitié du XIVè siècle, des évènements de Révoltes paysannes et bourgeoises similaires chamboulèrent grandement l’Europe politique : les classes les plus opprimées Luttèrent pour des conditions plus justes. En dépit du drame des Jacqueries, les Révoltes paysannes se renouvelleront les années suivantes, notamment en Angleterre, en 1381, avec Wat Tyler, et en Hongrie.
Ces événements furent vus par l’église et les classes dominantes comme un phénomène de retour à l’ordre naturel de dieu (contre lequel, à l’inverse de toute logique croyante – mais l’attrait du pouvoir est à ce prix –, ils se devaient de lutter).

En 1378, le Tumulte des Ciompi ébranle Florence la florissante, l’une des capitales de la laine tout autant que le symbole des valeurs émergentes de la Renaissance.
À la fin du XIIIè siècle, le parti guelfe (faction qui soutenait la papauté par opposition aux tenants de l'empire, les Gibelins) se divise en deux factions : les blancs et les noirs. À l'origine de cette division est encore une querelle de clans, celle qui oppose les Vieri dei Cerchi (blancs) aux Donati (noirs). Cette division est également sociale, les Cerchi étant proches du Peuple et les Donati de l'élite florentine. Ces derniers entendent s'opposer aux Ordonnances de Justice émises par Giano della Bella. En 1300, sur la Place de la Sainte Trinité à Florence, éclate une bataille qui marquera un clivage définitif entre les deux partis. Les Guelfes noirs, très proches de Boniface VIII vont prévaloir sur les blancs incapables de se défendre convenablement, et Charles de Valois, venu de France en appui du pape, investira Florence sans rencontrer aucune résistance. Dès janvier 1302, on commence à exiler les blancs, dont Dante Alighieri.

Les Ciompi étaient la couche sociale la plus pauvre des travailleurs de l'industrie textile dans la Florence de la Renaissance. Ces miséreux, qui n’avaient pas de guilde (assemblée de personnes pratiquant une activité commune, dotée de règles et privilèges précis) pour les représenter, nourrirent du ressentiment à l’égard du pouvoir en place dont la puissance reposait sur leur travail, l’art de la laine (l’établissement de la manufacture textile étant le secteur économique de la prospérité de Florence). La Florence du XIVè siècle, dirigée par des grands banquiers, des marchands internationaux et des manufacturiers du textile, est déjà une préfiguration de la société capitaliste moderne.
La lumière crue du Tumulte dévoile alors une ville double, ou plutôt deux villes en une : celle de l’honneur et du gain, où les pauvres sont des « pauvres honteux », non pas des Révoltés ; et celle des quartiers séparés par l’exclusion, où l’on a faim sans espoir. Totalement exclus, les Ciompi n'ont même pas le droit d'appartenir à leur corporation,
l'« Art de la laine ». Celle-ci leur impose ses règles mais leur refuse tout droit politique.
En 1378, ils lancèrent la Révolte des Ciompi, une brève Insurrection de la classe populaire laissée pour compte, le populo minuto (les « menus », les travailleurs pauvres), ce qui resta un souvenir traumatisant pour les membres des guildes les plus puissantes (et grâce auquel on peut expliquer le soutien apporté aux Médicis longtemps plus tard, représentants la stabilisation de l’ordre florentin).
Ces sont des tensions entre grassi (gras, les possédants) qui déclenchèrent le Soulèvement.
En juin 1378, une tentative d'instrumentalisation des miséreux par une faction de l'élite citadine met le feu aux poudres. Lassée par une guerre contre le pape qui s'éternise depuis trois longues années, la population gronde. Pour mettre fin à la monopolisation du gouvernement par les « gras » (le popolo grasso), qui font partie des Arts les plus prestigieux (comme celui de la laine), les Ciompi ont compris qu'il ne leur reste plus que l'épreuve de force. Des membres des classes populaires, appelées à prendre part au mouvement de la fin du mois de juin de 1378, prirent plus d’importance à partir de juillet.

Ils veulent des consuls pour eux et ne veulent plus avoir affaire ni avec les marchands lainiers, ni avec leur officier, ils veulent enfin avoir part au gouvernement de la cité. Les conjurés planifient l'Insurrection en élisant un comité de douze représentants chargés de coordonner l'action des différents quartiers. Moins d'un mois après les premières Emeutes, le mardi 20 juillet vers 9 heures du matin, les cloches de plusieurs églises donnent le signal. Les Insurgés gagnent rapidement la place de la seigneurie, et mettent le feu à tous les bâtiments occupés par ceux qu'ils exècrent : les palais des prieurs (ceux qui gouvernent la ville) et de l'Art de la Laine, les maisons du gonfalonier de justice (le chef du gouvernement), de certains lainiers et des plus riches familles florentines. Les prieurs flageolent, ils se barricadent dans leur palais, où ils amassent des provisions. Pendant ce temps, les Insurgés ont élu trente-deux « syndics », qui obtiennent le soutien des Arts (sauf celui de la laine), dans l'église San Barnaba. Le lendemain matin, ce sont ainsi plus de dix mille Révoltés qui lèvent le camp et s'en vont saccager et brûler à nouveau des palais.
Le popolo minuto triomphe et soumet aux prieurs affolés une pétition rédigée pendant la nuit : l'Art de la laine doit être purement et simplement supprimé, ainsi que les peines pour non-paiement de dettes ; le popolo minuto et ses représentants doivent être reconnus officiellement, obtenir une part des sièges au sein des instances de gouvernement et avoir les mêmes Droits que les autres Arts ; le système des impôts, injuste, doit également être réformé.
Au palais, c'est la panique : les prieurs vont de-ci delà, ne sachant pas quoi faire. Ils se regardent l'un l'autre. Certains pleurent, d'autres se tordent les mains, d'autres se frappent le visage. Ils sont totalement désorientés. Au-dehors monte une rumeur : la foule cri qu'elle veut le départ des prieurs ; autrement, la ville serait livrée aux flammes.
Le jeudi 22 au matin, la foule envahit le palais des prieurs, et l'un des trente-deux syndics, Michele di Lando (un peigneur), est élu gonfalonier de justice par acclamation. Les maîtres s’enfuirent à la campagne et de là, ils mirent le siège à la ville. La Révolte porta brièvement au pouvoir un niveau de Démocratie sans précédent européen au XIVè siècle. Les Révolutionnaires de la république florentine furent soutenus par les membres radicaux des arti minori, les guildes traditionnellement sans pouvoir. Ils étendirent les privilèges de la guilde aux Ciompi, et pour la première fois, un gouvernement européen représenta toutes les classes de la société, bien que brièvement.
Mis à part la pendaison et le dépeçage, sur la place de la seigneurie, du chef de la police, réputé pour son zèle répressif, les Insurgés restent très disciplinés durant toute la Révolte. Les Emeutiers incendient les maisons des riches afin qu'on ne dise pas qu'ils volaient. Lorsque deux gibets sont dressés sur la place, c'est un acte des Emeutiers eux-mêmes pour dissuader les pillards, et non une décision de Michele di Lando pour mettre fin à l'Insurrection.
Pour la première fois, les Ciompi ont l'impression de pouvoir plastronner : ils disposent enfin d'une corporation, d'une milice propre, d'une bannière reconnue (symbole d’existence politique) et de représentants politiques. Mais le nouveau gouvernement ne parvient pas à faire appliquer ses décrets, et la majorité des revendications de juillet restent lettre morte, tandis que de nombreux ateliers et boutiques ne sont toujours pas rouverts au début du mois d'août. Les conflits d’intérêts entre guildes mineures et les Ciompi devinrent évidents.

La colère gronde à nouveau : les Ciompi les plus déterminés se réunissent secrètement et établissent un nouveau programme, exigeant l'épuration de la nouvelle équipe dirigeante et la suspension du paiement de la dette publique. Mais, cette fois-ci, les membres des Arts mineurs (des travailleurs qualifiés pour la plupart) ne les suivent pas, et préfèrent faire bloc avec les « gras » pour préparer la réaction : grandes et petites guildes s’unirent pour rétablir l’ordre antérieur, dans une contre-révolution au sein de laquelle le chevalier Salverstro de Medici joua un rôle essentiel de répression.
Accusés de vouloir donner le pouvoir à un tyran démagogue, les Ciompi, rassemblés le 31 août sur la place de la seigneurie, font l'objet d'une véritable chasse à l'homme lancée par Michele di Lando aux cris de : « Mort à ceux qui veulent un seigneur ! ». Les bouchers et les taverniers sont les premiers à se jeter sur eux. Bilan : une vingtaine de morts, et la fin du régime des Ciompi. Un couvre-feu est imposé à la tombée de la nuit, tout rassemblement de plus de dix personnes interdit et les portes de la ville sont fermées. Les meneurs sont condamnés ou exilés, et, une à une, les conquêtes des Ciompi sont abolies par les
« gras » revenus au pouvoir. En réaction à cet épisode Révolutionnaire, la toute nouvelle guilde des Ciompi fut abolie et pendant quatre ans, la domination des guildes les plus puissantes fut rétablie.
En 1382, tout est fini. Les chroniqueurs peuvent commencer à effacer cette Révolte de la mémoire Collective, ou à la présenter comme une explosion de violence irrationnelle vouée à l'échec.

Un brasier éteint, un autre préparait la relève. En 1381 des paysans se Révoltent en Grande Bretagne, pendant la guerre de Cent Ans, et plusieurs dizaines de milliers de paysans revendiquant la fin du servage prennent Londres.

Richard II est le fils du Prince Noir, Édouard, celui-là même qui vainquit les Français à Poitiers mais mourut avant d'avoir pu régner. C'est ainsi qu'il a succédé en 1377 à son grand-père, Édouard III, le vainqueur de Crécy. Lorsque Richard II monte sur le trône, la situation du royaume est critique.
Sous l'effet des contre-offensives victorieuses de Du Guesclin, l'Angleterre a perdu la plupart des provinces qu'elle avait conquises en France pendant la première période de la guerre de Cent Ans.
Or le Royaume d'Angleterre dépend du sel de Bretagne et de Poitou (pour conserver la viande), des vins de Guyenne (qui est plus salubre que l'eau) et des Flandres auxquels il vend de la laine. La Paix n'étant pas signée malgré la trêve, le commerce transmanche est fortement perturbé. Cela fait beaucoup de revenus en moins pour la noblesse.
Or l'Angleterre est devenu du fait de sa forte production de laine un pays fortement artisanal et commerçant. Les villes ont obtenu en 1215 la Grande Charte qui leur concède la Liberté et le contrôle de la fiscalité via le parlement du fait du discrédit jeté sur la couronne par les défaites de Jean sans Terre face à Philippe Auguste.
Alliés commerciaux des tisserands Flamands, les Anglais avaient soutenu la Révolte des villes Flamandes dirigée par Jacob Van Artevelde. Ce dernier avait ainsi contrôlé les Flandres de 1338 à 1345. Mais le parti loyaliste reprend le contrôle de cette région en 1345. Les rois d'Angleterre ont alors fait venir des tisserands fuyant les Flandres pour ne plus être dépendants du contrôle de cette région par la France. Il existe donc de nombreux tisserands itinérants confrontés à un pays en crise économique et donc particulièrement mécontents de leur sort.
La grande peste de 1358 et 1359 à fait chuter la population rurale. Dès lors les paysans produisent moins de denrées alimentaires et les prix augmentent. Depuis le milieu du XIVè siècle, la situation du paysan anglais a sérieusement empiré. C'est lui qui a la lourde charge de payer la guerre du roi en France. Le Statut des Travailleurs de 1351, empêchant une hausse des salaires, a augmenté le mécontentement. Redevenant une force économique dans la société, ils peuvent donc prétendre à un rôle social plus important. Ils reçoivent donc très favorablement les idées Egalitaristes de John Wycliffe. Il envoie à partir de 1380 ses disciples, appelés les pauvres prêcheurs, dans les campagnes pour qu'ils fassent connaître ses thèses religieuses Egalitaristes. Le mouvement Lollard attira dans ses rangs des universitaires, des artisans, des marchands et même quelques Lords comme Lord Montacute et Lord Salisbury. Ces prêcheurs trouvent une large audience et on accuse Wyclif de semer le désordre social. Cependant, il ne s'engage pas directement dans la Révolte avortée des paysans en 1381, mais il est certain que ses doctrines influencèrent ceux-ci. En se conformant aux Écritures, Wyclif pense que les chrétiens sont en mesure de prendre en main leurs vies sans l'aide du pape et des prélats (dignité ecclésiastique catholique conférée par le pape, le plus souvent honorifique mais pouvant comporter une juridiction territoriale ou personnelle – évêché, abbaye, etc), donc ni des nobles non plus.
De manière inverse, la demande en biens manufacturés s’est fortement décru suivant la démographie. Les temps sont durs pour les artisans et commerçants et particulièrement pour les tisserands itinérants flamands.
L'augmentation des impôts par capitation (dont la noblesse et le clergé sont exemptés) en 1380 aggrave le mécontentement général. Les nobles anglais revenus au pays et nécessitant des finances pour entretenir leur train de vie et leur armée extorquent des impôts à leurs paysans et laissent piller le pays par leurs soudards (ils ont pris l'habitude de payer leur armée par des chevauchées qui sont de vastes opérations de pillage à travers les campagnes françaises). Cette habitude va attiser un profond ressentiment à l'encontre de la noblesse déjà discréditée par ses défaites à répétition en France. Les routes n'étant plus sécurisées (ce qui est pourtant le rôle de la noblesse) le commerce est fortement perturbé et la colère monte aussi en ville.

Le nouveau roi n'a que dix ans à son avènement et doit laisser la régence à son oncle, Jean de Gand, un baron avide et détesté du Peuple, qui va lever de nouvelles taxes pour pallier l'appauvrissement de la noblesse. Ce sera l'origine de violentes secousses sociales et politiques.
On peut noter qu'au même moment, de l'autre côté de la Manche, le jeune roi de France Charles VI se trouve aussi placé sous la détestable tutelle de ses oncles avec les mêmes conséquences sociales.
En 1380, le Parlement décide la levée d'une nouvelle poll tax et l'envoi de commissaires royaux dans les campagnes pour éviter les fraudes.
C'en est trop pour les paysans, ils prennent les armes contre les nobles pour mettre fin à la gabelle et aux impôts, autant qu’à l’oppression seigneuriale.
Au début de 1381, la Révolte éclate en Essex et se répand vite dans le Kent, le Sussex, le Norfolk. Partout, les nobles fuient, les châteaux brûlent. L'un des meneurs, le prédicateur John Ball, prêche l'Egalité entre les humains. Poète Révolutionnaire ô combien en avance sur son temps, John Ball, écrivit en particulier ce verset séditieux : « Quand Adam bêchait et Eve filait, Qui était le gentilhomme? », « De quel droit ceux qui s'appellent seigneurs, dominent-ils sur nous? A quel titre ont-ils mérité cette position? Pourquoi nous traitent-ils comme des serfs? Puisque nous descendons des mêmes parents, Adam et Ève, comment peuvent-ils prouver qu'ils valent mieux que nous, si ce n'est qu'en exploitant nos labeurs, ils peuvent satisfaire leur luxe orgueilleux ? ». Arrêté en mai par les gardes de l'archevêque de Cantorbéry, Simon de Sudbury, il annonce : « Il y aura 20,000 hommes qui vont me libérer. »

Un soldat du Kent dénommé Wat Tyler prend la tête des paysans.
Après la guerre française, Wat Tyler était retourné travailler sur sa terre dans le Kent. Un percepteur royal se présente chez lui et tente de se payer en essayant de violer sa fille, une adolescente de 15 ans. Encouragé par ses voisins, Tyler assassine à coups de marteau l'agresseur de sa fille. Les paysans du Kent, qui connaissent sa valeur, l'élisent chef des Rebelles. Celui-ci, qui ne peut plus revenir en arrière, accepte.
Leur première direction est Cantorbéry où ils Libèrent John Ball. Puis ils décident de marcher sur Londres. Sur leur chemin, ils ouvrent les prisons et décapitent les juges qui tombent entre leurs mains. Le 10 juin, lorsqu'ils arrivent aux portes de la capitale, ils sont près de 100 000 Insurgés qui exigent de parler au roi. Wat Tyler ne veut pas renverser le gouvernement mais exige des réformes. C'est pourquoi il veut négocier avec le roi. C'est pourquoi aussi il impose une discipline à ses hommes en interdisant les pillages et en punissant de mort les fautifs. Mais le jeune roi joue d'astuce. Les tisserands moins aptes au combat que les paysans dont beaucoup avaient servis dans l'armée d'Édouard III ne purent opposer une force cohérente. Le 11 juin leur Révolte, conduite par Geoffrey Litster, échoue. Les paysans voyant les négociations capoter donnent l'assaut à la ville de Londres, le 12 juin. Les jours suivant les Rebelles sont rejoint par des citadins (en particuliers les artisans et commerçants) qui leur ouvrent les portes et les aident à planifier des attaques sur les cibles politiques dans Londres. Ils incendient le Palais de Savoie, où résidait le régent Jean de Gand (et oncle de Richard II). Il incendie aussi le Treasurer's Highbury Manor, ouvrent les prisons et détruisent les registres administratifs. Le roi se retranche dans la Tour de Londres et l'assaut est donné le 14 Juin. Lors de la prise de la Tour, l'archevêque de Cantebury est tué mais le roi s'échappe de justesse. Cette fois, il accepte des négociations avec les paysans. Alors beaucoup d'entre eux croyant leur cause gagnée et rentrent chez eux. Néanmoins, suite à l'appel de John Ball, de Wat Tyler et de Jack Straw leurs forces restent importantes.
Richard II rencontre Wat Tyler dans la prairie de Mile End le 14 juin 1381. Le capitaine des Insurgés exige l'abolition du servage, de la poll tax et du privilège de la chasse et de la pêche de la noblesse. Le roi veut gagner du temps car il sait que Robert Knolles est en train de lever une armée non loin de là. Il s'engage tout à la fois à affranchir les derniers serfs du royaume et accorder des hausses de salaires aux manouvriers, promet en sus une amnistie aux Insurgés et fixe rendez-vous au lendemain pour finaliser les détails de l'entente.
Le lendemain cependant, des Insurgés reprennent les pillages. Les représentants du roi demandent un nouveau rendez-vous à Wat Tyler pour s'en expliquer. Richard II s'est entouré de provocateurs qui s'amusent à insulter le chef des Insurgés. Celui-ci sort son épée. Prenant prétexte de vouloir défendre son roi, le Lord-Maire de Londres, William Walmorth, lui porte un coup d'épée qui le renverse. Il est aussitôt achevé par un écuyer.
Richard, qui a belle prestance, parvient à calmer les Insurgés présents. Il leur fait croire que Tyler est un traître qui a voulu l'assassiner et que lui, le roi, est leur véritable chef. Il leur promet qu'il respectera sa promesse et leur demande de se disperser.
Ce sera leur faute. Robert Knolles les attend à la sortie de Londres. Ils sont écrasés. Ceux qui ne sont pas tués s'éparpillent dans toutes les régions. Les représailles suivent. Des milliers de paysans sont exécutés. John Ball, capturé dans une ancienne abbaye, est pendu et écartelé. Ce n'est que le 30 août qu'un ordre royal suspend les représailles.
Par la suite, il ne fut plus question avant longtemps d'abolir le servage ni la poll tax. La Révolte va dès lors tourner court. Une dizaine de jours plus tard, l'ordre seigneurial est rétabli.

Comme si les Révoltes sociales ne suffisaient pas, l'establishment anglais doit aussi supporter la Contestation religieuse. Celle-ci vient d'un vénérable docteur en théologie d'Oxford, John Wyclif.
En 1376, Wyclif expose la doctrine de l' « autorité fondée sur la grâce », selon laquelle toute autorité est accordée directement par la grâce de dieu et perd sa valeur lorsque son détenteur est coupable de péché mortel. La pensée de Wyclif représente une rupture complète avec l'église, dans la mesure où il affirme qu'il existe une relation directe entre l'humanité et dieu, sans l'intermédiaire des prêtres. Pour lui, la véritable église est l'église invisible des chrétiens en état de
grâce : Wyclif met en cause le principe de l'autorité de la hiérarchie dans l'église et préconise la désignation du pape par tirage au sort. Il s'interroge aussi sur le sacrement de la pénitence et la pratique des indulgences. Il laisse clairement entendre que l'église d'Angleterre est pécheresse et coupable de corruption. Ses thèses religieuses Egalitaristes trouvent une large audience et on accuse Wyclif de semer le désordre social.
John Wyclif finit ses jours en paix en 1384 grâce à des protecteurs haut placés. Mais ses idées qui ont un parfum d'hérésie sont condamnées à titre posthume en 1415 au concile de Constance. La condamnation vient trop tard ! L'entourage tchèque de la reine Anne de Bohême, première épouse du roi Richard II, a déjà véhiculé ces idées à Prague où elles ont inspiré un autre prédicateur de talent, Jan Hus. Celui-ci, moins chanceux que Wyclif, est brûlé vif à Constance. Mais un siècle plus tard, l'Allemand Martin Luther marche sur ses traces avec davantage de succès. Ses prédications provoquent en effet une scission durable dans l'église catholique.

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Published by Collectif des 12 Singes - dans Lendemain du Grand Soir
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