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20 janvier 2005 4 20 /01 /janvier /2005 22:02

 

Les paysans en ont vraiment assez, il faut que cela cesse

Télécharger le fichier : 03 - Les crépuscules des dogmes


En 1514, Le Pauvre Konrad, des paysans de Suède se Rebellèrent contre les taxes sur le vin, la viande et le pain.
A cinq mille ils menacèrent de conquérir Schorndorf, dans la vallée de Rems. Le duc Ulderic leur promit d’abolir les nouvelles taxes et d’écouter les doléances de paysans, mais il voulait seulement gagner du temps. La Révolte s’étendit à toute la Suède. Les paysans envoyèrent des délégués à la diète de Stockholm, qui accepta leurs propositions, ordonnant qu’Ulderic fût flanqué d’un conseil de chevaliers, bourgeois et paysans et que les biens des monastères fussent expropriés et donnés à la Communauté. Ulderic convoqua une autre diète à Tübingen, fit appel aux autres princes et rassembla une grande armée. Il lui en coûta toutes les peines du monde pour réduire la vallée de Rems : il assiégea et affama le Pauvre Konrad sur le mont Koppel, pilla les villages, arrêta seize mille paysans, seize eurent la tête coupée, les autres, il les condamna à payer de fortes amendes.

La même année, les paysans de Hongrie, rassemblés pour la croisade contre le Turc, décidèrent plutôt de mener la guerre aux seigneurs.
Soixante mille hommes en armes, guidés par le commandant Dozsa, portèrent l’Insurrection dans tout le pays. L’armée des nobles les encercla à Czanad, où était une république des Egaux. Il fallut deux mois de siège. Dozsa fut placé sur un trône en fer chauffé à blanc, couronné d'une couronne de fer et avec un sceptre en main chauffés également à blanc ; six de ses compagnons, ses lieutenants contraints d’en manger la chair pour avoir la vie sauve, affamés volontairement le dévorèrent. Des milliers de paysans furent empalés ou pendus.
De 1524 à 1526, la Révolte des Rustauds ébranle le saint empire romain germanique.
La Révolte des Rustauds (en allemand : Deutscher Bauernkrieg, guerre des Paysans allemands) désigne une jacquerie qui enflamma le saint empire romain germanique entre 1524 et 1526 dans de larges parties de l'Allemagne du sud, de la Suisse et de l'Alsace. On l'appelle aussi, en allemand, le Soulèvement de l'humain ordinaire.

L’Allemagne, en pleine croissance, connaît à la fois une crise de croissance et la conscience d’une crise. Le monde médiéval, avec ses deux têtes, le pape et l’empereur, s’est effondré, bien que la puissance pontificale reste une des forces de l’Europe. Pour autant, les clercs sont si dépravés que l’on compare leur chef, le pape, à l’antéchrist.
Cette Révolte a eu des causes religieuses, liées à la réforme protestante, et sociales dans la continuité des Insurrections qui enflammaient régulièrement le saint-empire comme celles menées par Joß Fritz (il a du mal à supporter l'ordre régnant et en particulier la misère paysanne ; il s'inscrit dans la tradition du Bundschuh, nom sous lequel on regroupe des Révoltes de paysans et de citadins – à cause de la chaussure lacée qui leur servait de symbole par opposition aux bottes à éperons des nobles – qui eurent lieu tous les dix ans depuis 1493). La Révolte des paysans est soutenue par les anabaptistes de Münster. Le mouvement né près de Schaffhouse (Bade) lorsque des paysans refusent à leurs seigneurs une corvée jugée abusive. Ils obtiennent le soutien de Balthazar Hubmaier, curé de Waldshut converti à la Réforme et signent un traité d’assistance mutuelle (15 août 1524) conciliant les objectifs sociaux et religieux. La Révolte se développe durant l’hiver en Souabe, en Franconie, en Alsace et dans les Alpes autrichiennes.
Ceux du Brodequin (grosse chaussure montante de marche ; la torture des brodequins fut utilisée en France jusqu'en 1780 pour soutirer des aveux : les blessures étaient souvent si sévères que les os éclataient), salariés et paysans d’Alsace qui, en 1493, conspirèrent pour exécuter les usuriers et effacer les dettes, exproprier les richesses des monastères, réduire les appointements des prêtres, abolir la confession, substituer au tribunal impérial des juges de village élus par le Peuple. Le jour de la Sainte Pâque, ils attaquèrent la forteresse de Schlettsadt, mais ils furent défaits et beaucoup d’entre eux pendus ou mutilés et exposés à la risée des gens. Mais certains d’entre eux poursuivirent leur marche et portèrent le Brodequin dans toute l’Allemagne. Après des années de répression et de réorganisation, en 1513, le Brodequin arriva à Fribourg. La marche ne s’arrêta pas, et le Brodequin n’a jamais cessé de frapper le sol.
Les paysans prennent des châteaux et des villes (Ulm, Erfurt, Saverne). On estime généralement qu'environ 300 000 paysans se Révoltèrent, et que 100 000 furent tués.

Les paysans mêlent les revendications religieuses (élection des prêtres par le Peuple, limitation du taux des dîmes), sociales et économiques (suppression du servage, Liberté de pêche et de chasse, augmentation de la surface des terres communales, suppression de la peine de mort). Ces revendications sont exprimées dans le manifeste des douze articles du maître cordier Sébastien Lotzer de Memmingen : il dénonce les dîmes détournées de leur objet, le passage de la rente foncière au faire-valoir direct et réclame des réformes, sans remettre en cause le système seigneurial (douze articles).
Les paysans assurent l'essentiel du maintien du système féodal. Maisons princières, noblesses, fonctionnaires, bourgeois, et clergé vivent de la force de travail des paysans. Le nombre des bénéficiaires ne cesse d'augmenter, de même que les taxes, impôts et
contributions : grande dîme, petite dîme sur les revenus et bénéfices, loyers, douanes, intérêts, successions, corvées.
Les problèmes économiques, les mauvaises récoltes, et la pression des seigneurs terriens, réduisent de plus en plus de paysans à la dépendance, puis à un quasi servage, provoquant autant de problèmes de fermage, et de corvée. Le vieux droit oral est librement interprété par les propriétaires terriens, ou ignoré. On exproprie des Communes établies depuis des siècles, on réduit ou abolit des droits communautaires de pâture, d'abattage de bois, de pêche, de chasse.
La haute noblesse ne s'intéresse aux changements des conditions de vie des paysans que lorsque, nécessairement, cela concerne, et menace, ses avantages et privilèges. La basse noblesse, en déclin, et en perte de prestige, mène ses propres Mutineries. De nombreux petits nobles tâchent de survivre en chevaliers pillards, ce qui accentue le fardeau des paysans.
Le clergé s'oppose à tout changement. Le catholicisme, dans ce contexte, est un pilier du système féodal. Les organismes religieux sont eux-mêmes organisés en général de manière féodale. Aucun monastère n'existerait sans des villages inféodés, dépendants, soumis. Les recettes de l'église viennent principalement des dons et offrandes, de la vente d'indulgences, de la dîme. La dîme est également une source importante de revenus pour la noblesse.
Les seules tentatives de réforme, qui visent à abolir les structures féodales, viennent de la bourgeoisie dynamique des villes, mais restent discrètes, en raison de sa dépendance à l'égard de la noblesse et du clergé.

L'église connaît de considérables dysfonctionnements. Beaucoup de religieux, surnommés péjorativement curetons (Pfaffen), mènent une vraie vie de débauche, en tirant profit tant des taxes et héritages de la population riche que des taxes et dons des pauvres. À Rome, l'accès aux charges et dignités passe par le népotisme, le clientélisme, et la corruption. Les papes se conduisent en chefs de guerre, en maîtres d'œuvre, et en mécènes des beaux arts.
Cette situation essuie les critiques de Hans Böhm, Girolamo Savonarola, puis de Luther.
Lorsque le jeune berger allemand Hans Böhm, à la tête d'un autre mouvement Révolutionnaire hanté par l'imminence du millénium Egalitaire, commença à prêcher son évangile d'Egalité Fraternelle et de communauté des biens en 1476, ce fut un exode épidémique. Trente-quatre mille personnes répondirent à l’appel d’Hans le joueur de flûte. Les compagnons ouvriers quittaient à la hâte leurs ateliers, les filles de ferme accouraient tenant encore en mains leurs faucilles, et plus de trente mille hommes se trouvaient en quelques heures rassemblés dans un désert où ils n'avaient pas de quoi manger. La Madone de Niklashausen apparut à Hans et lui dit : « Plus jamais de rois ni de princes. Plus jamais de papauté ni de clergé. Plus jamais de taxes ni de dîmes. Les champs, les forêts et les cours d’eau seront à tous. Tous seront frères et personne ne possèdera plus son prochain ». Le jour de la Sainte Marguerite, ils arrivèrent un cierge à la main et une pique dans l’autre. La Sainte Vierge leurs avait dit quoi faire. Mais les cavaliers de l’évêque capturèrent Hans, puis ils attaquèrent et défirent ses partisans. Hans brûla sur le bûcher.
Quand le dominicain Johannes Tetzel sillonne l'Allemagne, en 1517, sur l'ordre d'Albrecht, archevêque endetté de Mayence, et du pape Léon X, pour prêcher, avec succès, les indulgences, et vendre des certificats d'indulgence, Luther se fâche et rédige ses 95 thèses, qu'il affiche, selon la légende, sur la porte de l'église de Wittenberg.

Zwingli, à Zurich, et Calvin, à Genève, soutiennent que chaque être humain peut trouver son chemin vers dieu et le salut de son âme, sans l'intermédiaire de l'Église. Ils ébranlent ainsi les prétentions absolutistes de l'église catholique, et valident les critiques paysannes : le clergé, oublieux de sa doctrine, est, globalement, de trop.
La critique de Luther est plus radicale, dans son écrit sur la Liberté d'un chrétien (1520) : « Un chrétien est le maître de toutes choses, et le sujet de personne ». Cette argumentation et sa traduction en allemand du Nouveau Testament, en 1522, sont les déclics décisifs pour le Soulèvement de la population des villages. Les gens simples peuvent désormais mettre en cause les prétentions de la noblesse et du clergé, jusque là justifiées par la volonté de dieu. La terrible situation des paysans n'a aucun fondement biblique, et les réductions de l'Ancien Droit par les propriétaires fonciers est en contradiction avec le véritable droit divin : « dieu fait pousser plantes et animaux, sans intervention humaine, et pour l'ensemble des humains ». On peut désormais revendiquer les mêmes Droits que la noblesse et le clergé.
Beaucoup de simples paysans osent se Soulever contre leurs seigneurs, à cause de leurs conditions de soumission, aussi variées soient-elles. La classe supérieure villageoise est la première à vouloir des changements. Les responsables de communautés, les juges de campagne, les artisans de village, les bourgeois des champs (résidant en petites villes), soutiennent la Révolte, et, un peu partout, poussent les paysans pauvres à rejoindre les bandes de paysans.

Même si Thomas Münzer est d'abord un fidèle de Luther auquel il se rallie à Leipzig en 1519 et qui le nomme pasteur à Zwickau,en Saxe en 1520, il n'en demeure pas moins qu'une fois installé dans sa charge Münzer développe des idées personnelles sur la nécessité d'une Révolution sociale. Très vite, il veut atteindre la masse des analphabètes.
En 1521, il est donc dissident à trois niveaux : vis à vis des autorités civiles puisqu'il a été exclu trois fois des villes où il prêchait, vis à vis des autorités romaines car il se rallia en 1519 à Leipzig, vis à vis de Luther car dès 1521, il se différencie en critiquant la trop grande conciliance de Luther avec les autorités civiles : Luther défend à la fois l’idée d’une foi Libérée de la tutelle de l’église et une religion d’état, ouvrant la voie à l’autoritarisme. Cette conception qui obéit au principe « un roi, une foi, une loi », porte en elle les germes des guerres de religion, qui s’accompagnent de l’émigration de populations, notamment en Amérique. Par sa Liberté de pensée et sa capacité à entraîner de profonds changements, Martin Luther était pleinement l’homme d’une Renaissance qu’il décria pourtant. Il trouvait l’époque trop Libertaire, Humaniste et jouisseuse. Un des multiples paradoxes de cette personnalité éminemment complexe. Ce sera le manifeste de Prague qui montre la rupture entre les deux hommes.
Il profite de la Révolte des paysans pour répandre ses idées. En effet, l'agitation paysanne étant à son paroxysme en Saxe, il essaie de lever les classes laborieuses contre les autorités civiles et ecclésiastiques. Il affirme que la trop forte quantité de travail nuit au salut des paysans car aliénés par l'obligation de cultiver, ils ne peuvent pas se consacrer à la Parole. Il participe à la rédaction des douze articles et prêche pour un rétablissement de l'église apostolique par la violence s'il le faut pour pouvoir préparer le plus vite possible le règne du Christ. En effet Münzer est un millénariste qui croit que mille ans après la résurrection du Christ, celui-ci reviendra sur terre pour procéder au jugement dernier. Il s'agit de préparer ce règne en appelant à la guerre sainte : il se considère choisi par dieu comme prophète et est probablement anabaptiste.
Il s'active, en tant qu'Agitateur et que défenseur de l'Insurrection. Il tente de mettre en place un ordre social équitable : suppression des privilèges, dissolution des ordres monastiques, abris pour les sans logis, distribution de repas pour les pauvres. Selon ses détracteurs, il aurait non seulement attenté à la foi mais également aux formes politiques et économiques qui subsistaient ou s’imposaient à son époque. Le premier, Martin Luther, fourrier de l’idéologie des princes, prêta son autorité, une autorité rancunière et vacharde, à bafouer le prestige dont avait joui son disciple, devenu, dès 1523, l’augure puis le chef de guerre de masses qui s’Insurgèrent un peu partout en Allemagne et au-delà. La guerre qu’il dirigea se transforma bientôt en un conflit aux allures internationales. Sa principale qualité a consisté, malgré des confusions, à apparier une théorie, sa destination et une pratique. Il ne s’est pas départi d’aperçus visionnaires, de superstitions ni d’un irrationnel apocalyptique ; il n’en demeure pas moins que son apport en matière de stratégie demeure irrécusable : il répudie la non-violence pour penser l’Insurrection. Le génie de Thomas Münzer ne réside pas dans le fait de s’être attaché à une couche particulière de la population -les paysans en l’occurrence- mais d’avoir conçu son entreprise en unissant diverses catégories de la plèbe et d’un prolétariat embryonnaire voire d’une petite bourgeoisie. Si les paysans constituent la force essentielle de ses détachements, des mineurs, des artisans les épaulent. Leurs projets se complètent. Thomas Münzer cimente leurs ambitions. « Soulevez les villages et les villes et surtout les mineurs avec d’autres bons compagnons ». Il ne se résigne pas au solo funèbre de la paysannerie. Les premiers refusent, à partir du printemps 1524, les corvées, se soustraient à l’impôt, se dérobent aux taxes de servage. Les seconds dénoncent leur exploitation et les troisièmes déplorent d’avoir été chassés des conseils communaux ou d’y être sous-représentés. La religion masque leurs intentions en même temps qu’elle les révèle.
Il cite Daniel : « Le pouvoir sera donné au Peuple ». Il écrit, le 25 juillet 1524, au bailli Zeiss, d’Allsted, dont il a été le pasteur : « C’est grande insolence que de se reposer illusoirement sur les anciens usages de gouvernement, maintenant que le monde entier s’est transformé de façon si radicale ». Quand Thomas Münzer expose alors ces vues, il est passé de la Protestation à des objectifs implacables. Que veulent ses partisans ? Un droit à la vérité, un droit à la justice, un droit à l’Egalité. Dieu est avec eux, leur chef les en a persuadés. Münzer se présente, de façon essentielle, comme un communiste doué d’une conscience de classe, Révolutionnaire et millénariste. Münzer parle tout à la fois le langage des masses et celui de Dieu qu’il fond dans un même creuset. Thomas Münzer forge, au XVIe siècle, le paradigme de l’Agitateur moderne. Lui, aussi, attend que la Révolution s’étende aux pays voisins et l’emporte afin de raffermir la sienne. Il sait qu’il ne peut vaincre que si l’étincelle embrase la plaine.
Dans des prêches et des écrits passionnés, il dénonce son ancien mentor, Luther, qu'il traite volontiers de menteur, l'accusant de collusion avec les princes. Il rêve d'un avenir radieux où les opprimés prendraient la place de leurs oppresseurs. Engels, Marx, Kautsky voient en lui le premier communiste. C'est un Révolutionnaire social à l'ombre de la croix. Il sera dénommé le théologien de la Révolution socialiste. Prêtre catholique passé à la Réforme et ensuite écarté de Luther, il prêchait le royaume divin Libéré des classes sociales, de la propriété privée et des coercitions sociales, ce qui fait qu'on peut le considérer comme un des utopistes les plus radicaux. Il meurt le 15 Mai 1525 lors d'une bataille de paysans, la bataille de Frankenhausen, contre des princes allemands menés par Philippe Ier de Hesse.

D'eux-mêmes, les paysans veulent d'abord réinstaurer les anciens droits traditionnels, et mener une vie digne d'un être humain, et, pour le reste, dans le respect de dieu. Leurs revendications secouent les fondements de l'ordre social existant : réduction des charges, abolition du servage.
Les bourgeois revendiquent également, et se solidarisent avec les paysans, dans beaucoup de villes : Erfurt en 1509, Regensburg en 1511, Braunschveig, Speyer, Köln, Schweinfurt, Worms, Aachen, Osnabrück, etc.
Le long Soulèvement des paysans montagnards suisses vient juste de s'achever, par un succès. Mais la situation des paysans ne s'en améliore d'aucune façon. Les représailles sont la suite la plus fréquente.
En 1524, des troubles surgissent à nouveau, près de Forscheim, à proximité de Nuremberg, puis à Mühlhausen, près d'Erfurt. En octobre 1524, les paysans se Soulèvent à Wutachtal près de Stühlingen. Peu de temps après, 3500 paysans font route vers Furtwangen. En Haute Souabe et autour du lac de Constance, ça fermente depuis assez longtemps; et en fort peu de temps, en février et mars 1525, se forment trois bandes de paysans en armes, avec des bourgeois et des religieux, pour un total de 30.000 personnes.
Les trois bandes de Haute Souabe veulent une amélioration de leurs conditions de vie, sans guerre. Ils entrent en négociation avec l'Alliance Souabe. Cinquante de leurs représentants se réunissent dans la ville impériale libre de Memmingen, dont la bourgeoisie sympathise avec les paysans. Les dirigeants des trois troupes cherchent à formuler les revendications paysannes, et à les appuyer par des arguments tirés de la Bible. Le 20 mars 1525 voit l'adoption des douze articles et du règlement de leur Fédération, à la fois recours, programme de réforme et manifeste politique. Sur le modèle de la confédération helvétique, les paysans fondent la confédération de Haute Souabe : les bandes doivent à l'avenir se porter garantes les unes des autres, au contraire des Soulèvements précédents. Les deux textes sont vite imprimés en quantité, et distribués, pour un élargissement rapide du Soulèvement dans tout le sud de l'Allemagne, et au Tyrol.
La négociation des 12 articles est le pivot de la guerre des
paysans : leurs revendications y sont pour la première fois formulées de manière uniforme, et fixés par écrit :
1. Chaque communauté paroissiale a le droit de désigner son pasteur, et de le destituer s'il se comporte mal. Le pasteur doit prêcher l'évangile, précisément et exactement, débarrassé de tout ajout humain. Car c'est par l'Écriture qu'on peut aller seul vers dieu, par la vraie foi,
2. Les pasteurs sont rémunérés par la grande dîme (impôt de 10%). Un supplément éventuel peut être perçu, pour les pauvres du village et pour le règlement de l'impôt de guerre. La petite dîme est à supprimer, parce qu'inventée par les humains, puisque le seigneur dieu a créé le bétail pour l'humain, sans le faire payer,
3. La longue coutume du servage est un scandale, puisque le Christ nous a tous rachetés, et délivrés, sans exception, du berger aux gens bien placés, en versant son précieux sang. Par l'Écriture, nous sommes Libres, et nous voulons être Libres,
4. C'est contre la Fraternité et contre la parole de dieu que l'humain pauvre n'a pas le pouvoir de prendre du gibier, des oiseaux et des poissons,
5. Les seigneurs se sont approprié les bois. Si l'humain pauvre a besoin de quelque chose, il doit le payer au double de sa valeur. Donc, tous les bois qui n'ont pas été achetés reviennent à la Communauté, pour que chacun puisse pourvoir à ses besoins en bois de construction et en bois de chauffage,
6. Les corvées, toujours augmentées et renforcées, sont à réduire de manière importante, comme nos parents les ont remplies, uniquement selon la parole de dieu,
7. Les seigneurs ne doivent pas relever les corvées sans nouvelle convention,
8. Beaucoup de domaines agricoles ne peuvent pas supporter les fermages. Des personnes respectables doivent visiter ces fermes, les estimer, et établir de nouveaux droits de fermage, de sorte que le paysan ne travaille pas pour rien, car tout travailleur a droit à un salaire,
9. Les punitions par amende sont à établir selon de nouvelles règles. En attendant, il faut en finir avec l'arbitraire, et revenir aux anciennes règles écrites,
10. Beaucoup se sont approprié des champs et des prés appartenant à la Communauté : il faut les remettre à la disposition de la Communauté,
11. L'impôt sur l'héritage est à éliminer intégralement. Plus jamais veuves et orphelins ne doivent se faire dépouiller ignoblement,
12. Si quelque article n'est pas conforme à la parole de dieu, ou se révèle injuste, il faut le supprimer. Il ne faut pas en établir davantage, qui risque d'être contre dieu ou de causer du tort au prochain.

Les paysans se présentent pour la première fois Solidaires contre les autorités. Jusque là, les Soulèvements échouent principalement à cause de l'éclatement de l'Insurrection et des soutiens insuffisants. Toutefois, si les paysans n'avaient pas négocié avec l'Alliance Souabe, mais occupé un territoire plus important, ils auraient difficilement pu être battus, en raison de leur supériorité numérique, et leurs revendications auraient été prises plus au sérieux.
Début avril 1525, les paysans se réunissent dans le Neckartal et l'Odenwald sous la direction de Jäcklein Rohrbach. La Révolte, touche l'Alsace a la mi-avril 1525. Rapidement les Insurgés contrôlent une grande partie du territoire alsacien. À Pâques 1525, le 16 avril, la bande de la Vallée du Neckar s'installe près de Weinsberg, où le colérique Rohrbach laisse courir le comte Ludwig de Helfenstein, détesté des paysans, gendre de l'empereur Maximilien I, et ses chevaliers d'antichambre. La mort très douloureuse des nobles, à coups de piques et de gourdins, entre dans l'histoire de la guerre des paysans comme l'assassinat de Weinsberg. Elle marque de manière décisive l'image des paysans, tueurs et pilleurs, et est une des principales raisons pour que beaucoup de nobles s'opposent à la cause paysanne. La ville de Weinsberg est condamnée à être incendiée, et Jäcklein Rohrbach brûlé vif. Après l'affaire de Weinsberg, ceux du Neckartal et de l'Odenwald s'unissent avec la bande de Taubertal (Bande Noire, commandée par le noble franconien Florian Geyer), pour former la puissante Bande de la Claire Lumière, de près de 12 000 hommes. Elle se retourne, sous la direction du capitaine Götz von Berlichingen, contre les évêques de Mayence et de Würzburg, et le prince électeur de Palatinat.
Presque tous les Soulèvements de paysans sont réprimés par la force.
Les Insurgés survivants tombent en proscription impériale, et perdent donc tous leurs droits civiques, privés, et les droits liés à leur fief : ce sont désormais des hors-la-loi. Les meneurs sont condamnés à mort. Les participants, et ceux qui les ont soutenus ont à craindre les peines des souverains, qui se montraient déjà très cruels. Beaucoup de jugements parlent de décapitations, d'yeux arrachés, de doigts coupés, et d'autres mauvais traitements. Celui qui s'en sort avec une amende, peut s'estimer heureux, même si les paysans ne peuvent payer les amendes, à cause des impôts élevés. Des communes entières sont privées de leurs droits, pour avoir soutenu les paysans. Les juridictions sont partiellement perdues, les fêtes sont interdites, les fortifications urbaines rasées. Toutes les armes ont à être livrées. Le soir, la fréquentation des auberges villageoises n'est plus autorisée. Après 1525, le protestantisme perd son esprit Révolutionnaire, et renforce les situations sociales dominantes, avec le dogme « Soumettez-vous aux autorités ».
Pourtant, la guerre des paysans, dans un certain nombre de régions, a des répercussions positives, aussi minces soient-elles. Dans certains domaines, les dysfonctionnements sont supprimés, par traité, dans les cas où l'Insurrection s'est faite sur la base de conditions plus difficiles (comme à Kempten). La situation des paysans s'améliore nettement dans beaucoup d'endroits, puisque les impôts ne sont plus à verser uniquement aux propriétaires terriens, mais aussi directement au souverain. Il n'y a plus de Soulèvements plus importants. Pour 300 ans, les paysans ne se Révoltent presque plus. C'est seulement avec la Révolution de mars 1848-1849 que peuvent s'imposer les objectifs formulés en 1525 dans les 12 articles.
Pourtant en France, en 1573, c’est bien un contre-état qu’ont mis en place à Millau les cités huguenotes : des « Provinces-Unies du Midi », avec leurs chambres de justice, leurs recettes fiscales et leurs représentants élus, unis par un serment d’union, avec une constitution élaborée et, d’une certaine façon, la responsabilité du pouvoir exécutif devant une assemblée représentative. Ceci représente une alchimie inédite entre l’esprit protestant et le tempérament méridional.

En 1607, c’est le tour de la Révolte populaire des Midlands en Angleterre suite à la clôture des communaux (les biens communaux, terrains communaux ou communaux tout court, sont des biens fonciers, le plus souvent forêts et pâturages, que les habitants d'une localité exploitent en commun : c'est une forme de copropriété ; divers droits y sont attachés).

Le mouvement des enclosures fait référence aux changements qui, dès le XIIè siècle mais surtout à partir de la fin du XVIè siècle et au XVIIè siècle ont transformé, dans certaines régions de l'Angleterre, une agriculture traditionnelle dans le cadre d'un système de coopération et de communauté d'administration des terres (généralement champs de superficie importante, sans limitation physique) en système de propriété privée des terres (chaque champ étant séparé du champ voisin par une barrière, voire bocage). Les enclosures marquent la fin des droits d'usage, en particulier des communs, dont bon nombre de paysans dépendaient.
Le 8 juin, c’est la Rébellion de Newton : 40 à 50 paysans sont tués par les propriétaires terriens de la famille Tresham durant les Protestations contre la clôture des terrains communs à Newton, Northamptonshire. C’est le point culminant de la Révolte des Midlands, du mouvement des enclosures ; c’est également la première utilisation des termes de Niveleurs (Levellers) et de Creuseurs (Diggers), que le retrouvera dans la première Révolution anglaise de 1640-1660 (la guerre civile anglaise) avec Cromwell.
Le secteur du Northamptonshire, comme en avait avertit un membre du comté au parlement en 1604, était tendu et, s’enflammant, l’incendie se répandit rapidement de tout le Northamptonshire aux comtés voisins.
Mais, après quelques demi-mesures hésitantes de la part des justices locales, le feu fut rapidement et efficacement éteint. C’était la vieille histoire, déchaînement de désespoir voué à l’échec, de paysans mal organisés, si mal équipés qu’ils étaient même à court de bêches et de pelles pour commencer leur tâche de poser les clôtures ouvertes et de remplir les fossés, si pauvrement armés qu'une poignée de gens de la haute société montée sur ses grands chevaux, était suffisante pour mettre en déroute un millier d’entre eux. Les conséquences furent si familières, exécutions, une commission royale d’enquête, quelques vagues promesses de réparation.

Pendant que les oligarchies marchandes cherchent à conquérir les symboles de la puissance et de la légitimité ancienne (féodale), elles introduisent une nouvelle logique (marchande) dans les relations politiques. La relation entre la ville et la campagne est à la fois une frontière géographique entre deux cultures et une transition historique, un basculement entre deux systèmes d'appropriation : la force armée et la monnaie. Le développement de la production n'est que second par rapport à cette course à l'appropriation des signes d'une puissance fantasmatique. Ce cloisonnement est nouveau dans les villes. Lors du mouvement communal et de la création des corporations (Xè et
XIè siècles), le salariat urbain était peu important. Aux XVè et XVIè siècles, l'accroissement démographique des villes et le numerus closus des maîtrises de corporation provoquent une fracture sociale entre les maîtres et leurs compagnons. Les luttes entre marchands et artisans, entre maîtres et ouvriers, en témoignent (en 1539, les ouvriers imprimeurs de Lyon font trois mois de Grève – Anvers, Bruges, Gand connaissent de tels affrontements – : en conséquence, l'ordonnance de Villers-Cotterêts interdit les coalitions de travailleurs). Parfois, les maîtres ne pratiquent plus leur métier. En 1465, un arrêt du parlement tente d'obliger les membres de la Grande Boucherie à exercer personnellement leur métier. Les compagnons ont de moins en moins de chances de faire leur chef-d’œuvre et de passer maîtres. C'est alors que se créent les associations secrètes d'artisans compagnons. Par le compagnonnage, les compagnons se transmettent oralement les secrets de leur qualification professionnelle. C'est en 1469 que l'on trouve la première mention écrite du tour de France des compagnons de métiers. Le cloisonnement social n'est pas favorable à la diffusion des techniques. Les compagnons organisent eux-mêmes leur formation professionnelle pour lutter contre une spécialisation et une division extrême du travail. Ce sont eux qui organisent la percolation des connaissances sur le royaume.
Seigneurs et marchands rivalisent de luxe. La course à l'appropriation est le moteur. Mais, au contact de la matière, au bas de la pyramide sociale, artisans et paysans doivent augmenter leur productivité (rapport du produit sur le temps de travail). Le développement de la production est induit par ceux qui doivent veiller à leur reproduction individuelle. Au contact direct ou indirect de la nature, paysans et artisans dégagent un produit net. Cette situation de dominance globale de la production sur l'appropriation est celle décrite par la Fable des Abeilles : pour le paysan, il faut produire le plus de biens de subsistance dans le moins de temps possible, pour l'artisan, il faut produire le plus d'outils ou de biens de luxe pour une consommation donnée de biens de subsistance.
Plus les relations marchandes pénètrent dans les domaines féodaux, plus le souci de la productivité prend le pas sur les traditions communautaires. Les premières enclosures y participent. C'est sur le terrain que se font les innovations. Elles sont longues à diffuser. Mais, selon les domaines et selon les pays, les acteurs ne sont pas les mêmes. Aux Provinces-Unies, les polders se multiplient. En France, les monastères et les abbayes sont des lieux d'innovation. En Angleterre, et beaucoup plus tard, les gentlemen-farmers seront des innovateurs agricoles. Dans l'ensemble, la noblesse française sera moins dynamique.

On peut trouver plusieurs raisons à ce mouvement d'enclosure :
* une raison juridique : les potentats locaux souhaitaient conserver l'exclusivité des terres mais l'absence de cadastre nécessitait de matérialiser les limites foncières ;
* une raison « naturelle » : les haies permettent de parquer les animaux et de se protéger des bêtes errantes ;
* une raison « environnementale » : les haies absorbent l'eau et les fossés ayant permis la surélévation desdites haies drainent cette eau. On crée soit des haies d'arbres fruitiers (pour améliorer la production agricole) soit des ronciers pour mieux encore défendre les parcelles ;
* mais la raison fondamentale est la suppression des droits d'usage (vaine pâture, communaux) qui permet la liberté des assolements.

Le mouvement des enclosures a commencé en Angleterre au XVIè siècle. Des champs ouverts et pâturages communs cultivés par la communauté, ont été convertis par de riches propriétaires fonciers en pâturages pour des troupeaux de moutons, pour le commerce de la laine alors en pleine expansion. Il s'est ensuivi un très fort appauvrissement de la population rurale de l'époque, entraînant parfois des mouvements de Révolte, comme dans les Midlands en 1607.
Le mouvement des enclosures peut être vu comme un mouvement de désintégration sociale : « Vos moutons, que vous dites d'un naturel doux et d'un tempérament docile, dévorent pourtant les humains » (Thomas More, Utopia, 1516). Il s'est accompagné de progrès importants des pratiques culturales, et est considéré par certains comme marquant la naissance du capitalisme.

En France aussi les esprits s’échauffent.
1624 : Échec d´une Révolte paysanne, des « Croquants » du Quercy en France ; 1630 : Emeutes des vignerons de Bourgogne ;
1635 : Agitation à Bordeaux ; 1636 : Jacquerie dans la région d´Angoulême ; 1637 : Révolte des Croquants du Périgord et du Limousin ; 1639 : Jacquerie des « Va nus pieds » en Normandie ;
1642 : Agitation en Auvergne ; 1649 : Révoltes fiscales en Angers.

Sous le règne de Louis XIII, de nombreuses Jacqueries et Révoltes populaires marquent l´émergence du Peuple en tant que force politique.
On appelle Jacqueries des Croquants diverses Révoltes populaires du Sud-Ouest de la France aux XVIIè et XVIIIè siècles. Les principales causes de ces Révoltes ont été d'ordre fiscal.

Le Peuple appelait la noblesse « croquants », disant qu'ils ne demandaient qu'à croquer le Peuple. Mais la noblesse retourna ce sobriquet sur le Peuple Mutiné, à qui le nom de croquants resta. Le terme « croquant » apparaît pour la première fois dans la langue française en 1594. Il est appliqué à des attroupements de campagnards périgourdins qui réclament la fin des ravages des troupes liés aux guerres de religion, et le rabais des tailles, principal impôt étatique. C'est une expression de mépris que les Insurgés ressentent comme une injure. Ils s'appellent eux mêmes les « tard avisés », les chasse-voleurs selon les régions ou, encore, l'assemblée des Communes de la province.
Ces Révoltes ont lieu dans le contexte des guerres de religion. À partir de Turenne en Limousin en 1594, elle se répand ensuite dans le Périgord. Un immense « ras-le-bol » unit les paysans et les pousse à s'assembler au cri de « Vive le roi sans la taille, vive le roi sans la gabelle ». La Révolte gronde ; dans le Bas-Limousin des paysans revendiquent leurs Droits par la violence, le mouvement est lancé. Le 27 mars 1594, un chef, La Sagne (notaire), prend la tête d'un groupe de Croquants. Massacré par la noblesse en juin 1594, les Révoltés rejoignent le camp des royalistes. En juillet 1595, les Croquants se Révoltent à nouveau et, en septembre, ils combattent la noblesse
locale : cette bataille indécise met fin à la Révolte.
En Guyenne de 1593 à 1595, des Insurrections se développent, encadrées par les notables royalistes, catholiques modérés ou protestants, partisan d'Henri IV. Leurs principales revendications sont néanmoins toujours fiscales et l'influence de la question religieuse est faible. Ces Croquants ont le mépris des villes et leurs principaux ennemis sont les chefs ligueurs. La Révolte est proche des petites villes mais voue une haine au pouvoir centralisateur parisien. Lorsque des circonstances graves appellent la désignation de représentants dans une assemblée d'états ou dans une chambre de députés, ce choix est accaparé par les citadins. Ainsi, lors des troubles de la fin du XVIè siècle, voit-on, ici ou là (en Périgord, dans le Comminges ou dans le Vivarais) des porte-parole de villages réclamer d'avoir leurs propres élus, comme un quatrième état, celui du plat pays distinct du tiers état des villes. La complémentarité et l'antagonisme entre villes et campagnes est également économique. C'est toujours dans les cités que résident les propriétaires du sol, les bailleurs de fonds, les notaires, procureurs, gens de loi, receveurs des impôts royaux ou seigneuriaux.
Il arrive que ces Révoltés deviennent dangereux pour le pouvoir royal, tels les Croquants du Languedoc massacrés par les troupes royalistes.

Une autre Révolte de Croquants a lieu plus tard dans le contexte de la guerre contre l'Espagne : la pression fiscale est lourde et des Emeutes éclatent en Guyenne en 1635. À l’origine, elles sont dues à la taxe des cabarettiers (sur le vin), mais la Contestation porte aussi sur les trop fortes tailles et les Insurgés réclament également une dîme qui ne profiterait qu’aux petits curés, car ils méprisent le haut clergé.
En 1636, des Soulèvements dans les campagnes apparaissent contre les tailles en Angoumois et au Périgord.
C’est une nouvelle Révolte, de 1637 à 1641 : l’armée des
« Communes » est conduite par l'un des chefs des Rebelles Antoine Dupuy de la Mothe de la Forêt, un gentilhomme, qui prend leur tête et les conduits à incendier les châteaux voisins. Sous son commandement, la guerre est ordonnée et il interdit le pillage. C’est le début de l’une des plus grandes guerres civiles déclenchées par des paysans. En Périgord, les nouveaux Croquants de 1637 demandent une société débureaucratisée : les représentants des villages y viendraient verser leur obole, modeste, informelle, et fiscale, au roi lui-même, assis sous son chêne; ce versement se ferait directement de la main à la main», sans prélèvement intermédiaire au profit des sangsues du fisc.
Le duc de La Valette, envoyé par le roi, arrive du Pays basque avec trois mille hommes et met fin à la Révolte le 1er juin 1637 à la bataille de La Sauvetat-du-Dropt. Un millier de Croquants meurent, mais une amnistie sera accordée.
En Normandie, les nu-pieds (ruraux du bocage qui se Rebellent en 1639) sont solidaires des bouilleurs de sel, qui font évaporer l’eau de mer dans leurs marmites sur les plages du Mont-Saint-Michel : ces bouilleurs vendent le sel à bon marché aux villages ; alors que Richelieu, lui, prétend faire casser les marmites, afin d’obliger les Bas-Normands à consommer le sel vendu très cher par la gabelle gouvernementale. La Révolte des nu-pieds de 1639, issue des petites communautés villageoises de laboureurs du bocage, est dirigée par des curés et vicaires, par de petits seigneurs et des nobles endettés, par des avocats besogneux. Elle a donc son clergé, sa noblesse, son tiers état ; et elle se dresse contre la société officielle et contre l’élite du pouvoir (fiscal notamment) au nom d’une contre-société à format réduit, chlorophyllienne et Contestataire. Les nu-pieds revendiquent le rabais des impôts, le retour à l’âge d’or symbolisé par les noms d’Henri IV et de Louis XII, deux rois dont la voracité fiscale était modérée... ; ils demandent enfin l’Autonomie ou même l’Indépendance de la Normandie.
De 1638 à 1642, le laboureur Pierre Grellety tient la forêt de Vergt au nez et à la barbe des sergents royaux. En 1638, un capitaine du roi cherchant à enrôler de force de jeunes recrues s'en prend à Jean Grellety ; son frère Pierre, simple laboureur, sortant alors d'une maison ajuste le capitaine et l'abat d'un seul coup. Commence alors pour lui une vie misérable dans la forêt de Vergt, mais peu à peu, convaincu de la justesse de son acte, il rejoint d'autres proscrits comme lui en révolte contre les oppressions dont ils sont les victimes.
A la tête de son équipe, au cœur de la forêt de Vergt, il tient tête aux armées du roi venus le déloger pendant quatre années ; mobiles et légers, insaisissables et partout à la fois, ses Croquants disciplinés et bien armés sont les partisans d'une guérilla plus que de véritables affrontements où ils seraient à coup sur perdants. Cependant en septembre 1640, Grellety fait la preuve de ses réels talents militaires puisque avec seulement 200 hommes il obtient une victoire honorable face à 3000 soldats bien entraînés. Richelieu, las de ces querelles paysannes qui empoisonnent la vie du sud-ouest et surtout de cette guérilla qui coupe la route vers l'Espagne alors en guerre contre la France, lui propose alors de mettre fin à ces agissements. Le 25 janvier 1642, Pierre Grellety reçoit du roi les lettres patentes attestant de l'amnistie générale pour tous ses hommes et pour lui une charge de capitaine dans les armées du roi, dans le poste de gouverneur de la cité de Verneuil en Italie.

       

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Published by Collectif des 12 Singes - dans Lendemain du Grand Soir
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