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20 janvier 2005 4 20 /01 /janvier /2005 22:07

La remise en question de l'absolutisme en France et ailleurs

Télécharger le fichier : 03 - Les crépuscules des dogmes


La guerre des Camisards (en réalité une guérilla), qui dura de 1702 à 1705, Souleva certains protestants cévenols contre le gouvernement royal et catholique qui les persécutait. Quelques actions violentes sporadiques furent poursuivies jusque vers 1709.
Ce nom fut donné aux Protestants des Cévennes du Gard et de la Lozère qui prirent les armes quelques années après la révocation de l'édit de Nantes (1685), réclamant la Liberté de conscience (il ne semble pas y avoir eu de raisons économiques ou fiscales à leur Révolte). De simples artisans et paysans tinrent tête à deux maréchaux de France et mirent en échec pendant près de trois ans les troupes de Louis XIV venus les forcer à se convertir ou les exterminer. Troupes qui formaient pourtant une des meilleures armées d'Europe. Voilà qui fut incompréhensible pour le roi et les puissances étrangères.

Les Rebelles sont d'abord désignés comme barbets, le nom donné aux Vaudois du Moyen Âge, pratiquement exterminés au XVIè siècle. Le mot « camisard » donné aux Insurgés des Cévennes retenu finalement par la mémoire collective peut avoir trois origines :
* camise, c'est-à-dire chemise que les combattants portaient par dessus leurs vêtements,
* camins, (l'occitan nasalise très peu et l'on entend « camiss »), c'est-à-dire « chemins ». Grâce à une bonne connaissance du terrain, les camisards prenaient des chemins détournés et surprenaient les troupes royales,
* un dérivé du terme camisade, attaque nocturne, que l'on trouve dès le quinzième siècle pour désigner une attaque nocturne en ordre dispersé, pour semer la confusion, et disparaître aussitôt.
Mais les Insurgés eux-mêmes se désignaient par le nom « Enfants de dieu », ou tout simplement « les frères ». Les catholiques, et ceux des protestants opposés à la Révolte armée, les appelaient aussi « fanatiques ». Les Cévennes à cette époque s'étendent à la plaine du Bas-Languedoc, et au XVIIIè siècle l'on parle de « guerre des
Cévennes » et non de « guerre des camisards ».

L'édit de Nantes est révoqué par Louis XIV en 1685, les protestants cévenols sont à nouveau persécutés par les Dragons (soldats) du roi soutenus par l'église catholique. Le roi interdit la pratique du culte réformé, ordonne la démolition des temples, oblige à baptiser dans la foi catholique tous les enfants à naître, ordonne aux pasteurs de quitter la France mais interdit aux simples fidèles d'en faire autant, sous peine de galères. Malgré l'interdiction qui leur est faite de s'enfuir, près de 300.000 « religionnaires » français, trouvent moyen de quitter la France pour des refuges tels que Berlin, Londres, Genève, Amsterdam. Ces exilés issus de la bourgeoisie laborieuse vont faire la fortune de leur pays d'accueil et leur départ va appauvrir la France en la privant de nombreux talents. Ils vont aussi nourrir à l'extérieur les ressentiments contre la France et son monarque.
Les protestants restés en France (mais soutenus de l'extérieur par ceux qui sont partis) n'ont plus aucune Liberté de culte et doivent se cacher pour maintenir (parfois reprendre) leur activité religieuse. C'est le « Désert », par allusion au temps d'épreuve des Hébreux sous la conduite de Moïse, ou plutôt de dieu seul, sans autre cadre sécurisant.
Pour les « prédicants », c'est le maquis, notamment en Cévennes. Mais les curés et les soldats obligent les protestants cévenols à se convertir sous peine de galère, de prison, ou de mort, obligent les
« nouveaux convertis » à aller à la messe dans les églises romaines et dénoncent les récalcitrants auprès de l'intendant Basville. Basville accuse les prédicants d'être Rebelles au roi et en conséquence il intensifie la répression sanglante contre les protestants.
Las de ces massacres envers eux, certains paysans et artisans protestants des montagnes cévenoles s'organisent. Ils veulent se défendre et répondre à la violence qu'ils subissent depuis la Réforme.
Des laïcs, prédicants puis prophètes, prennent la relève des pasteurs exilés. Face à une répression impitoyable dans le Languedoc, les prophètes, d'abord Pacifistes, appellent à la Révolte.
Bientôt (1702), ces « Camisards » n'hésitent pas à brûler certaines églises (catholiques) et parfois à tuer les curés les plus
répressifs : l'assassinat de l'abbé du Chayla, qui joue un rôle de premier plan dans la répression, par une troupe dirigée par Esprit Séguier, au Pont-de-Montvert en Hautes Cévennes, déclenchera la Révolte armée.
C'est la prophétie d'Abraham Mazel qui a déclenché l'Insurrection. C'est encore la prophétie qui assure la conduite de la guerre et le développement des opérations.

Les attaques sont conduites par l'inspiration et les exhortations d'un prophète. Le rôle du prophète est essentiel dans cette guerre. Les principaux prophètes sont Esprit Séguier, Abraham Mazel, Elie Marion, Jean Cavalier (à la fois prophète et chef de troupe, ce qui lui assure un grand prestige). Se sentant conduits par l'Esprit de dieu, des paysans sans formation militaire se croient invincibles. Ils oublient leur sentiment d'infériorité face aux troupes royales. Ils se précipitent sur leurs adversaires au lieu de fuir comme cela se produit dans la plupart des Révoltes populaires. Ils foncent sur eux en entonnant à tue-tête un psaume. Devant cette détermination, ce sont les troupes royales qui se débandent.
Les camisards sont pour 31 % des paysans cévenols et pour 58 % des artisans ruraux dont les trois-quarts travaillent la laine comme cardeurs, peigneurs, tisserands. Les classes « aisées » sont très peu représentées dans les troupes camisardes. Aucun gentilhomme ne figure parmi les camisards, c'est-à-dire aucun homme formé au métier des armes. Cette absence de nobles à la tête de la Rébellion a tellement étonné les contemporains qu'ils ont supposé, à tort, que des gentilshommes protestants du Refuge étaient revenus en Cévennes prendre la tête des opérations. Jean Cavalier, l'un des chefs les plus prestigieux, était apprenti-boulanger. Mais on trouve néanmoins un certain nombre d'anciens soldats qui joueront un rôle important dans la formation des troupes au combat. Il n'y a pas d'armée unique ni de chef unique, mais de petites troupes par région avec des cadres permanents et des soldats occasionnels.
Les troupes étaient indépendantes, mais pouvaient se réunir pour une action, pour se séparer ensuite. Les camisards passaient facilement d'une troupe à l'autre. La souplesse de l'organisation et la décentralisation des Révoltés étaient leur force, ainsi que leur parfaite connaissance du terrain. Dès la bataille ou l'embuscade terminée, ils disparaissaient se fondant dans la population. Les camisards pratiquaient une forme de guérilla. Mais ils se battaient non pour une idéologie politique mais pour leurs convictions religieuses.
Mais Basville répond par le supplice des chefs camisards et une pression encore plus accrue sur la population. C'est l'escalade de la violence : violentes attaques de villages catholiques (Fraissinet de Fourques, Valsauve et Potelières) par les camisards, déportation par Basville des habitants de Mialet et Saumane, soupçonnés d'aider la troupe de Rolland, assassinats multiples des huguenots (protestants). On envoya contre les Camisards, en février 1703, le maréchal de Montrevel, qui ne put les réduire, et en 1704 le maréchal de Villars, qui ne les soumit qu'en détachant de leur parti un de leurs principaux chefs, Jean Cavalier. La plupart périrent dans les supplices.
De plus des catholiques lassés par l'inefficacité des troupes royales, ou simplement profitant de cette période troublée, forment des bandes de partisans appelés « camisards blancs » ou « cadets de la croix ». Ces bandes se livrent rapidement au brigandage, ce qui ajoute à la confusion. Le pays est à feu et à sang.
La complicité de la population est déterminante. Elle fournit les hommes pour les opérations militaires. Les troupes peuvent ainsi passer de quelques dizaines de permanents à quelques centaines et même mille pour la troupe de Cavalier. Puis les hommes regagnent leurs champs. La population fournit aussi les vivres, entreposés dans des caches avec les munitions. Aussi le maréchal de Montrevel est-il autorisé à déclencher l'opération « Brûlement des Cévennes » (destruction de 466 hameaux qui fera des milliers de victimes, et déplacement de la population en automne 1703), pour priver les Insurgés de leurs ressources et épouvanter les populations. La découverte de la cachette des magasins de Cavalier est une catastrophe pour lui et l'incite à se rendre.

Néanmoins, l'impossibilité pour les troupes royales d'anéantir la guérilla, bien que des moyens extrêmes aient été utilisés, comme le dépeuplement et incendie des maisons d'une grande partie des Cévennes, impose une négociation. Le maréchal de Villars, qui remplace le maréchal de Montrevel discrédité par sa nonchalance et la défaite de Martignargues, négocie avec Cavalier en mai 1704, et les camisards ainsi désunis finiront par se rendre petit à petit.
On peut considérer que la Révolte des camisards se termine à la fin de l'année 1704, avec la reddition de presque tous les Insurgés (seules de toutes petites troupes continueront clandestinement leur action), mais en 1705, les camisards partis à l'étranger tenteront, avec l'aide cette fois de bourgeois des villes, une Insurrection appelée généralement le « complot des Enfants de dieu ». L'enlèvement de l'intendant Basville et du chef des armées Berwick devaient donner le signal du Soulèvement. Le complot fut éventé, et la répression terrible : les principaux animateurs du mouvement, comme Catinat, furent brûlés vifs publiquement. Plusieurs années plus tard, en 1709, un nouveau Soulèvement fut tenté en Vivarais par Abraham Mazel, l'un des prophètes des camisards, mais se heurtant à une réaction militaire très prompte, il échoua, et Mazel fut tué près d'Uzès.
Les camisards n'ont pas obtenu la Liberté de culte qu'ils demandaient, et la répression religieuse continuera jusque dans les années 1770, avec leur cortège d'exécutions, emprisonnements, galères, etc. Cependant, à partir de 1715, et sous l'impulsion d'Antoine Court aidé d'anciens camisards comme Bonbonnoux, Gaubert ou Corteiz, l'église protestante se reconstituera sur des bases non-violentes.

L'Insurrection n'avait aucune origine économique, à la différence de la plupart des Révoltes populaires. Les Camisards prennent les armes dans un premier temps pour punir les persécuteurs les plus acharnés comme l'abbé du Chayla, puis pour obtenir le rétablissement du culte réformé. Mais en attendant, ils organisent des assemblées clandestines animées par des prophètes prédicateurs. Jean Cavalier était le prédicateur prophète le plus renommé, entouré de huit autres prédicateurs qui entraient tour à tour en fonction dans la troupe de Cavalier. Il y avait aussi des lecteurs et des chantres, car le chant des psaumes joua un grand rôle dans cette guerre. Ces cultes étaient ouverts à la population locale qui venait de toutes parts y assister. Ce rôle spirituel des camisards maintenait un lien très fort avec la population protestante cévenole.
Le pouvoir tirera la leçon de l'Insurrection des camisards, et saura limiter la répression au seuil au-delà duquel le désespoir pouvait pousser les protestants à la Révolte armée.

En 1715, l'année de la mort de Louis XIV, Law arrive en France pour offrir ses services d'économiste à Philippe d'Orléans. La dette de l'état français étant énorme, le régent se décida à suivre les audacieuses théories de Law : il lui permit de créer la Banque générale, autorisée à frapper du papier-monnaie contre de l'or et aidant l'état. Son idée économique est que l'argent est un moyen d'échange et ne constitue pas une richesse en soi. La richesse nationale dépend du commerce. Il est le père de la finance et de l'utilisation du papier-monnaie à la place du métal et des factures.

En 1717, il put créer la Compagnie d'Occident (ou Compagnie du Mississippi) responsable de la grande Louisiane française. En 1718, la Banque générale devint Banque Royale, garantie par le roi. En 1719, la compagnie d'Occident absorbe d'autres compagnies coloniales françaises, telle la Compagnie française des Indes orientales, et devient la Compagnie perpétuelle des Indes. En 1720, Banque Royale et Compagnie perpétuelle des Indes fusionnent, Law est nommé Contrôleur général des finances le 5 janvier.
Le 24 février, la fusion ordonnée par le gouvernement entre les divers éléments du système de Law provoque une crise de confiance. Les faibles revenus de la Compagnie du Mississippi rajoutent au discrédit. Entre février et octobre, toutes les actions sont vendues. Les actionnaires demandent en masse à récupérer leur or, que la société n'a plus L’effondrement des réserves après des conversions spectaculaires de billets en métaux précieux provoque l’écroulement de tout l’édifice. La banque s’épuise et cesse ses paiements.
Le 24 mars, ce fut la banqueroute du système de Law : il s'ensuit une crise économique en France et en Europe.

Law, sous la protection officieuse du Régent, fut contraint de fuir à Venise. Son système a ruiné bon nombre d'actionnaires, enrichi quelques autres et notablement assaini la dette de l'état, l'ayant fait prendre en charge par de nombreux épargnants. Mais il a fait perdre confiance dans le papier-monnaie... et l'état.

Des troubles spontanés, les premiers, éclatent en Corse en 1729 dans le Bozio et se propagent rapidement dans la Terra di Comune, à l’occasion des tournées des percepteurs de l’impôt (i raccoltori). Gênes se ressaisit, nomme gouverneur un ancien doge (Veneroso) et invite les notables à présenter des « doléances ». Les quelques mesures d’apaisement que prendra la sérénissime se révèleront insuffisantes pour faire retomber la tension et calmer la colère. Une consulta est réunie en 1730 et désigne des chefs, choisi parmi les familles de notables (Andréa Colonna-Ceccaldi, Luigi Giafferi et l’abbé Raffaelli). Au début de l’année 1731, une consulta générale est convoquée à Corte et est chargée de mettre en forme une série de revendications à adresser à la république de Gênes. Ça et là des Insurgés arborent le drapeau espagnol et sur la bannière à tête de Maure procèdent à une modification héraldique en relevant le bandeau des yeux sur le front et frappent la devise « adesso la Corsica a aperto gli occhi » (maintenant la Corse a ouvert les yeux) !
Gênes est déjà une puissance déclinante. Sur place ses moyens militaires sont limités. Elle est contrainte de faire appel à des puissances étrangères pour sauver ce qui peut encore l’être. Elle sollicite l’aide de l’empereur d’Autriche Charles V qui, en août 1731, envoie une expédition militaire sous le commandement du Baron Wachtendonck.
Les Corses, malgré leur vaillance, cèdent peu à peu sous la poussée des Austro-Génois. Une trêve est conclue en 1732 et les principaux chefs de la Rébellion sont soit emprisonnés, soit conduits à prendre le chemin de l’exil. Ils seront rapidement Libérés, à l’intercession de l’Autriche et un calme précaire s’installe dans l’île.
En effet, à la fin de l’année 1733 de nouveaux troubles éclatent. Les Insurgés se sont donnés pour chef Giacinto Paoli (ancien Noble Douze) qui va multiplier les coups de mains et les accrochages. Il défait les troupes génoises à Corte. Des Corses de l’extérieur rejoignent le mouvement, dont l’avocat Sebastiano Costa, chargé de la rédaction d’une « constitution ».
En 1735, la consulta de Corte rompt avec Gênes et proclame la souveraineté de la Corse. En l’absence de roi, la couronne est placée sous la protection de la Sainte Vierge, Jésus-Christ est fait gonfalonier du royaume et le Dio Vi Salvi Regina devient le chant de ralliement des Insurgés. La Corse est proposée au roi Don Carlos d’Espagne, puis à la France qui déclinent, l’une comme l’autre, l’offre. La consulta désigne trois primats du royaume : Andréa Colonna-Ceccaldi, Luigi Giafferi et Giacinto Paoli. Des institutions, auxquelles Pasquale Paoli donnera plus de force, sont mises en place.
La totalité du pouvoir est concentrée entre les mains des primats et d’une junte de douze personnes. La Révolte populaire, moyennant quelques concessions mineures comme la gestion des intérêts communaux par un podestat (assisté de deux pères du commun, élus par les assemblées villageoises), est récupérée par les notables (comme plus tard en France).
La volonté de rompre définitivement avec Gênes n’est pas clairement affichée. Les notables souhaitent avant tout que Gênes réduise le montant de l’impôt (suppression des Dui Seini, réduction de la gabelle sur le sel), autorise le port des armes, accroisse son aide au développement agricole, rétablisse la liberté du commerce et permette l’admissibilité des Corses aux évêchés et aux abbayes. Ils demandent également la constitution d’un ordre de noblesse pour les feudataires (avec le titre de baron) et leur admission aux fonctions judiciaires et administratives. Nous sommes bien face à une Révolte de notables qui avancent des préoccupations de classe pour consolider la situation économique de propriétaires terriens exportateurs et obtenir des places dans l’administration et dans l’église. En contrepartie de la reconnaissance de ces droits, ils offrent une collaboration vigoureuse pour assurer le maintien de l’ordre, promettant même d’appliquer la loi du talion (œil pour œil, dent pour dent).
Ainsi et si toute possibilité d’accord ou d’entente avec Gênes sur ces demandes ne fut jamais exclue par les chefs de la Révolte, la réponse qu’y apporta la république a été de répandre la guerre et de semer la dévastation. Une littérature de combat essaie de convaincre l’Europe éclairée du bien-fondé de la Révolte des Corses, notamment le « Disinganno intorno alla Rivoluzione di Corsica » (Mise au point à propos de la Révolution de Corse) de l’abbé Natali en 1736.
C’est alors qu’un personnage singulier apparaît sur la scène insulaire, le baron Théodore de Neuhoff (1694-1756).

Personnage douteux, bouffon, roi d’opérette, sous la plume des historiens les qualificatifs abondent pour se moquer de cet aventurier. L’historiographie récente est plus indulgente : « en somme, Théodore eut un tort : celui d’avoir échoué. L’Histoire pardonne rarement aux vaincu ».
En avril 1736, au couvent d’Alesani, il est proclamé roi de Corse tandis qu’on lui fait approuver une « constitution » monarchique : Diète de vingt-quatre membres, impôt modeste, création d’une université, création d’un ordre de noblesse, accession des Corses à tous les emplois publics qui, au demeurant, sont interdits aux Génois.
Théodore prend son rôle au sérieux et avec courage et même avec un certain panache : il organise une armée régulière, crée une monnaie frappée des initiales T.R. pour Theodorus Rex que les mauvais esprits traduisent vite, s’ils sont insulaires par « tutto rame » (tout en cuivre) et par « tutti ribelli » (tous Rebelles), s’ils sont Génois. Théodore supprime, pour encourager les échanges commerciaux, les droits d’entrées des matières premières et des produits industriels. Et, ce qui en surprend plus d’un en Corse, il garantit la Liberté de conscience.
Gênes fait tout pour jeter le discrédit sur le personnage. Les puissances continentales, amusées, suivent l’évolution de la situation insulaire avec intérêt.
Sur le plan militaire, l’expérience de Théodore n’est pas concluante. Il est vite confronté à la désaffection de ses sujets et en premier lieu des notables qui l’avaient placé sur le trône. En novembre 1736, il quitte la Corse pour quérir subsides et secours extérieurs. Ses tentatives de retour, en 1738 et 1743, se soldent chaque fois par un échec. Aucun de ses anciens collaborateurs ne sera aux rendez-vous (dès son départ en 1736, les notables avaient sollicité une trêve avec Gênes), tandis qu’il est bien accueilli par les paysans chez qui sa popularité est intacte.
Théodore meurt à Londres dans le dénuement le plus total après avoir été, un temps, emprisonné pour dettes. Ainsi disparaît celui qui fut un roi éphémère, mais qui aura toujours conservé une haute idée de la charge que lui avait confiée les insulaires. C’est également la première fois que l’idée d’indépendance nationale s’est clairement affirmée avec le roi Théodore.

Les conditions que met Gênes pour conclure une trêve avec les notables Insurgés sont telles qu’elles rendent impossibles le dépôt des armes. La Corse est alors le théâtre d’une véritable « guérilla » avec son cortège d’atrocités et de désolations : razzias, représailles, destruction de villages, de récoltes, etc.
Gênes se tourne vers la France qui manifeste un intérêt croissant pour la Corse.
Bien que les chefs historiques de la Rébellion soient partis en exil, en 1739, l’agitation et l’insécurité persistent dans l’île.
La France fait sa réapparition en septembre 1747 en se portant au secours de la république ligure et en fournissant un premier contingent qui libère Bastia assiégée. De nouvelles troupes, placées sous le commandement du maréchal De Cursay sont dépêchées dans l’île pour faire face aux attaques des Austro-Sardes et d’une partie des insulaires conduits par Alerio Matra.
De Cursay est investit d’une mission de conciliation. Il réussit à se rallier les notables, dont Gian Pietro Gaffori. Ses initiatives dans les domaines économiques et culturels irritent les Génois qui obtiennent son rappel en France, en 1752. Son départ permet à Gaffori de s’imposer, de prendre seul la tête de l’Insurrection et de mettre en place un « gouvernement » qui marque une véritable rupture avec Gênes. Mais il est assassiné en octobre 1753 à l’instigation de Gênes.
S’ouvre alors une nouvelle période de troubles et de confusion au cours de laquelle chaque chef de « parti » s’efforce de gagner en influence. Un directoire de quatre membres est élu à Corte, en octobre 1753 et présidé par Clément Paoli, fils aîné de Giacinto Paoli. Les puissances continentales se désintéressent de la situation malgré les appels que leur adressent les Insurgés. Sur le plan intérieur, les notables sont incapables de conduire un conflit d’envergure contre l’occupant génois.
Les Insurgés sont en quête d’un nouveau chef. Ils le trouvent en la personne de Pasquale Paoli, fils de Giacinto et frère cadet de Clément, qui a suivi son père dans son exil napolitain et qui enseigne au service du roi de Naples, qui est alors en garnison dans l’île d’Elbe.

Pour l’Europe d’alors, Pasquale Paoli est l’incarnation de la Liberté et de l’Indépendance de la Corse.
Il reçoit une solide instruction en étant l’élève du célèbre philosophe Antone Genovesi (1713-1769) et prend connaissance des doctrines des philosophes, celle notamment de Montesquieu, plus particulièrement de « L’Esprit des Lois » et « Considérations sur les causes de la grandeur des Romains ». Il suit avec intérêt les affaires de la Corse où son frère aîné, Clément, est particulièrement engagé. Celui-ci et quelques amis font appel à lui pour briguer la magistrature suprême. Il accepte, mais à la condition d’être le chef et d’agir en toute indépendance.
Il se met en congé et débarque en Corse en avril 1755. Quelques jours plus tard, il prend une part active à la « Consulte de Caccia » où est voté un ensemble de règles cohérentes, notamment dans le domaine de la justice. Le 13 Juillet 1755, il est élu « Général de la Nation » (Capu Generale) par la Consulte Suprême générale du Royaume de Corse.
Son élection ne fait pas l’unanimité et c’est, non sans difficultés, qu’il étend son emprise sur la Corse, en plusieurs étapes. Il ne réussit cependant pas à contrôler les présides (sièges de garnison) côtières restées aux mains de Gênes (Bastia, Ajaccio, Calvi, Bonifacio, Saint-Florent). Cela va peser sur l’avenir.
Le pays conquis, il faut l’administrer. Pour s’imposer autrement que par la force des armes et parce que tel est son idéal, Pasquale Paoli s’attache à réaliser mieux que ses prédécesseurs l’unité morale et politique de la Nation.

Il fixe la capitale à Corte, il y fait adopter en novembre 1755 une « Constitution », modifiée à plusieurs reprises et dans laquelle sont affirmées la souveraineté de la nation corse ainsi que la séparation des pouvoirs. Il fait frapper monnaie, dote la justice de tribunaux réguliers, crée une armée (davantage une milice populaire) et s’efforce de doter le pays d’une petite flotte marchande et d'une de guerre qui s’emparera de l’îlot de Capraja en 1767.
Sur le plan économique, il encourage le développement de l’agriculture (il introduit notamment la culture de la pomme de terre dans l’île, ce qui lui valut le surnom de « generale delle patate »), fait assécher les marais. Il stimule le commerce mais le blocus des villes maritimes dont il n’a pu chasser les génois en empêche l’épanouissement. Afin de créer des échanges nouveaux et contrebalancer le pouvoir de Calvi, place forte génoise, il fonde l’Ile Rousse. Désireux d’aider la nation corse à s’affirmer, il organise l’école primaire et fonde une université à Corte qui accueille les étudiants à partir du 3 janvier 1765.
Une intense propagande est assurée à destination externe, comme à vocation interne, avec les « Ragguali dell’Isola di Corsica » (Nouvelles de l’île de Corse), sorte de journal officiel imprimé en Corse et qui fait l’apologie du régime paoliste. En 1758, est publiée la « Giustificazione della Rivoluzione di Corsica » de l’abbé Salvini, manifeste des Insurgés. L’écrivain écossais James Boswell (1740-1795) sera le thuriféraire enthousiaste de la Corse indépendante et de Paoli en particulier qu’il compare, après leur rencontre en 1765, à « Cincinnatus » (dictateur romain – qui a les pleins pouvoirs, notamment militaires, qui lui sont donnés par le sénat – il sauva Rome, célébra un triomphe et abdiqua de sa charge : sa restitution du pouvoir absolu dès la fin de la crise devint un exemple de bon commandement, de dévouement au bien public et de vertu de modestie). Son livre « An account of Corsica » paraît en 1768, suivi l’année d'après de « Essays in Favour of the Corsicans », et obtient un immense succès dans toute l’Europe.

Faut-il qualifier de constitution, au sens où nous l’entendons de nos jours, les institutions mises en place par Paoli durant son généralat ? Sans doute poussé par l’état de guerre permanent contre Gênes et contre des ennemis intérieurs, Paoli a-t-il été contraint de s’adapter aux nécessités que les circonstances lui dictaient. L’acte constitutionnel adopté en 1755, retouché à plusieurs reprises par la suite, est une synthèse cohérente de traditions institutionnelles proprement locales et des différents statuts que Gênes a appliqués à la Corse. Les attributs de la souveraineté sont identifiés.
La souveraineté populaire y est affirmée dans le préambule de l’acte de 1755. Le droit de vote est reconnu aux personnes âgées de vingt-cinq ans, chargées d’élire, au niveau des Consulte communales, un délégué pour mille habitants. Les délégués siègent à la « Dieta Generale del Popolo di Corsica » à laquelle est confié le pouvoir législatif : édicter les lois, fixer les impôts et déterminer la politique de la nation. La Dieta désigne les membres du conseil d’état.
Le pouvoir exécutif est confié à un conseil d’état (Consilio Supremo). Fixée, dans un premier temps (1755), à cent quarante-quatre membres, nommés à vie, sa composition est ramenée à neuf en 1764, renouvelables annuellement à raison de six pour le Deçà et de trois pour le Delà. Le conseil d’état est soumis au contrôle du « Sindaco » formé de Paoli et de quatre « syndics » désignés par la Dieta. Les syndics sont chargés de veiller au bon fonctionnement de l’administration et de contrôler les magistrats.
Néanmoins, celui qui détient la réalité du pouvoir exécutif est le général en chef, le « Capo Generale », désigné à vie. En tant que président de droit, il a la haute main sur le conseil d’état : sa voix compte double et en matière de guerre, sa voix est décisive. Il préside également deux des trois sections du conseil d’état : la « Giunta della Guerra » et la « Camera di Giustizia ». La justice est entièrement réorganisée. Les fonctions de Podestat, assistés de deux « pères du commun », à la fois maire et juge de paix, sont conservées. Une juridiction provinciale est instituée, composée d’un président et de deux assesseurs désignés par la Dieta Generale ainsi que d’un avocat nommé par le conseil d’état. Au sommet de la hiérarchie est créée une Rota Civile, sorte de cour d’assises supérieure, formée de trois docteurs en droit, nommés à vie. La Rota est assisté d’un jury de six pères de famille, créée à cette occasion.
Enfin, un tribunal spécial, semblable à une haute cour de justice, la Giunta est mis en place. Composée de trois membres, présidée par Paoli, la Giunta a pour fonctions d’instruire et de prévenir les crimes. Dotée de pouvoirs exorbitants que ne compense pas le contrôle des Syndics, elle est chargée de faire régner l’ordre et, dans ce domaine, elle s’est acquis une réputation de rigueur et même de terreur, connue sous le nom de « giustizia paolina. »
La constitution de Paoli est une république de notables, voire une dictature de salut public, tempérée par l’influence des notables ; Paoli étant un homme d’action plus que législateur. En effet, si le suffrage est en principe universel, seuls sont appelés à voter dans les communautés villageoises, les chefs de famille. En 1764, le suffrage indirect remplace le suffrage universel. La souveraineté populaire est contrebalancée par les prérogatives dont dispose Paoli de convoquer aux séances de la Dieta des personnes non élues et de réunir des consultes ou congrès particuliers. La séparation des pouvoirs n’est pas pleinement assurée et il y a une quasi-confusion des fonctions exécutive et judiciaire en raison des pouvoirs importants détenus, dans le domaine de la justice par le conseil d’état et par Paoli en particulier.
Par ailleurs, l’institution du généralat à vie apparaît comme une restriction du système démocratique. Si la souveraineté populaire s’incarne dans la Dieta Generale, celle-ci n’est réunie qu’une ou deux fois par an pour des sessions très courtes (de deux à trois jours).
Au sein de Dieta siègent, à côté des élus, des membres de
droit : ecclésiastiques, anciens magistrats, frères et fils de ceux qui sont « morts pour la patrie » et les « patriotes zélés et éclairés. » Un droit de veto suspensif est reconnu au conseil d’état sur les décisions de la Dieta en 1764.
Quels que soient les imperfections et les tâtonnements que nous pouvons relever dans la « constitution » de Paoli, despote éclairé ou « régent constitutionnel » elle portait en germe une architecture Démocratique : souveraineté populaire, séparation des pouvoirs, contrôle de l'administration. Le fonctionnement des institutions « paoliennes » se heurta à de nombreuses difficultés et leur mise en œuvre fut mal secondée en Corse même. Parfois idéalisée, cette constitution n'était pas en réalité exempte de critiques.
Les troubles intérieurs et les menaces extérieurs ne permirent pas de pousser plus avant cette expérience originale et neuve dans l’Europe du XVIIIe siècle.
Cependant, Gênes qui en 1764 est encore présente mais à bout de ressources dans les principales villes côtières qu’elle a fondées et dans l’incapacité de traiter avec Pasquale Paoli, demande l’aide de la France.

La France essaye de négocier avec le chef de la jeune nation qui en 1755 et en 1763 avait sollicité une sorte de « protectorat » auprès de Louis XV. Elle n’obtient de Paoli que la réaffirmation de sa volonté d’Indépendance et l’acceptation d’un protectorat. A la suite du traité de Compiègne, en août 1764, Gênes permet l’installation de troupes françaises dans les villes de Bastia, Ajaccio, Calvi et Saint-Florent. Un officier corse, Matteo Buttafoco, servant dans les troupes royales, joue le rôle d’intermédiaire auprès de Paoli.
Les négociations entre la république de Gênes et la France de Louis XV se sont poursuivies et aboutissent finalement le 15 mai 1768 au Traité de Versailles. La Corse est cédée, temporairement (en principe quatre ans), à la France en garantie du remboursement des frais du corps expéditionnaire et des dépenses engagées pour l’administration du territoire.
Le traité a un mauvais effet en Corse. Vendue ou cédée en gage d’une dette, le jeune royaume corse Indépendant a le sentiment qu'une « transaction » s’est faite par-dessus sa tête. Aussi, lors de la Consulte du 22 mai 1768, les Corses déclarent la levée générale de tous les hommes valides de seize à soixante ans est ordonnée.
La France monte une première campagne militaire en 1768. Les troupes commandées par Marbeuf s’emparent du Cap-Corse. Un corps expéditionnaire conduit par Chauvelin renforce les troupes françaises déjà présentes sur place. Cette expédition est marquée par une sévère défaite à Borgo en octobre 1768.
Un nouveau commandant en chef, le comte de Vaux, est désigné par Versailles et une armée imposante est débarquée (plus de vingt mille hommes puissamment armés et équipés) en 1769. La lutte est inégale et la campagne rapide (deux mois). De Vaux remporte la bataille dite de « Ponte Novo », le 8 mai 1769.
L’effet psychologique de la défaite est considérable et son écho renforcé par la présence de deux légions de volontaires corses parmi les troupes françaises. Le « parti français » compte en effet de nombreux partisans actifs à Bastia, dans le Nebbio et le Niolo.

Après quelques tentatives de Résistance, contraint à l’exil, Paoli s’embarque pour l’Angleterre le 13 juin 1769 sur un vaisseau anglais. Il restera éloigné vingt et un ans de la Corse. Mirabeau (qui fit partie du corps expéditionnaire débarqué dans l’île) et Robespierre diront, en 1790, que la Révolution de Corse est la première des Révolutions occidentales du XVIIIe siècle. Au-delà de la portée de cette affirmation, on peut tout de même relever que pour la Corse « il y a une prise de conscience nationale qui s’efforce de construire un état sur les ruines du systèmes colonial ».
La France s’efforce de consolider et d’asseoir pacifiquement sa présence en Corse. Les anciens « Statuti », hérités de Gênes, continuent à s’appliquer. Peu à peu, cependant, la législation royale s’ajoute, complète les anciennes règles ou s'y substitue. L’ensemble des textes sera rassemblé dans un « code corse », qui constituera un élément supplémentaire de l’intégration de l’île à la couronne. Les « Vedute », d’origine génoise et les « Consulte » de l’indépendance, maintenues, sont érigées en assemblée d’états. L’institution des Nobles Douze est conservée. La politique de ralliement à la France est encouragée par la création d’un ordre de noblesse dont les titres sont très généreusement et très largement distribués (Carlo Bonaparte en sera l’un des bénéficiaires).
Ainsi et peu à peu, un système féodal et colonial se reconstitue, avec l’attribution de fiefs ou l’admission aux emplois publics à des notables d’origine corse ou française. Par ailleurs, le « Plan Terrier » qui de 1773 à 1775 dresse un état complet de la situation de la Corse, suscite des inquiétudes aggravées par la politique de distribution de terres. La crainte que l’usage des « terres communautaires » soit une nouvelle fois interdit aux populations rurales accentue le mécontentement. La crise économique attise la colère qui, comme en France, gronde dans les campagnes au moment où éclate la Révolution. Dès que la Corse a connaissance des troubles qui ont secoué les campagnes du royaume et de leurs causes (rejet de la fiscalité), l’agitation s’exprime et s’amplifie en 1789.

Au milieu du XVIIIe siècle, l'Angleterre règne en maître sur le continent nord-américain après en avoir évincé les Français. Ses Treize Colonies se signalent par une forte identité née de leur Histoire : celles du Nord reposent sur l'agriculture vivrière et la petite propriété. Inspirés par les préceptes calvinistes, ils sont groupés en communautés pieuses et instruites. L'amour du prochain est une obligation morale et la Démocratie un fondement social.
Au Sud : culture du tabac (avant que n'arrive le coton à la fin du siècle) dans des propriétés de plus d'un millier d'hectares en général. Les propriétaires vivent à la manière des aristocrates européens dans de magnifiques manoirs entourés d'immenses dépendances. Leur richesse repose sur l'exploitation à bas prix de la main-d’œuvre servile. Sur 700.000 habitants, les colonies du sud comptent environ 300.000 esclaves africains. Ces derniers sont, on s'en doute, peu instruits... mais c'est aussi le cas d'une grande partie des Blancs qui vit dans la pauvreté faute d'avoir accès à la terre.
Cette situation inique n'empêche pas les grands propriétaires d'être très au fait des idées Démocratiques qui circulent dans les milieux intellectuels européens. Cultivés et habiles en affaires, ils se montrent très revendicatifs à l'égard de Londres. Tels Washington, Jefferson,... ils seront à la pointe du combat pour l'Indépendance.

La guerre entre l'Angleterre et la France, inaugurée en 1754 et clôturée en 1763 par le traité de Paris, induit de profonds malentendus entre les colons américains et le Parlement anglais. D’où la guerre d'Indépendance qui va conduire à la naissance des États-Unis d'Amérique.
En prévision de son entrée en guerre contre la France, le gouvernement de Londres avait souhaité que les Treize Colonies assument leur part de l'effort collectif et définissent une ligne commune à l'égard des six Nations iroquoises, afin qu'elles se rangent aux côtés des Anglais contre les Français.
A la conférence qui se réunit à cet effet à Albany, Benjamin Franklin propose un plan audacieux qui prévoit l'élection d'un Conseil intercolonial de 48 représentants, chaque colonie étant représentée au prorata de sa population et de ses ressources, et la nomination par la Couronne d'un président général ! C'est la première fois qu'est avancée l'idée d'une communauté de destin de l'Amérique anglo-saxonne. Prématurée et trop ambitieuse, la conférence d'Albany se solde par un échec. La suite n'est pour Londres qu'une amère désillusion : les milices locales se montrent particulièrement inefficaces et désunies dans la guerre contre les Français et c'est finalement aux contingents venus d'Europe que Londres doit de l'emporter à Québec sur les troupes du marquis de Montcalm.

Après le traité de Paris de 1763, Londres entend faire assumer par les colons leur part des coûts financiers occasionnés par le conflit. Mais les colons, que l'isolement et l'Histoire ont accoutumé à gérer eux-mêmes leurs affaires communes, s'indignent que le Parlement de Westminster leur impose des taxes sans leur demander leur avis.
Tout commence l'année qui suit le traité de Paris, avec une loi sur le sucre, le Sugar Act, qui autorise la saisie de tous les navires qui importent en contrebande les mélasses des Antilles, destinées à être transformées en rhum par les négociants du Rhode Island et de Boston. Première flambée de colère.
En février 1765, le parlement récidive en votant l'impôt du timbre ou Stamp Act. Le premier ministre Grenville espère en tirer 100.000 livres pour financer une force armée de 10.000 hommes destinée à garantir la sécurité des colonies. La loi prévoit l'obligation d'un timbre fiscal sur une multitude de documents publics. La réaction est immédiate. En Virginie, un député, Patrick Henry, appelle à la Désobéissance Civile. Un peu partout, les colons s'en prennent aux percepteurs, les suspendant à des mâts ou les enduisant de goudron et de plumes. Une organisation secrète, les Fils de la Liberté, fondée à New York par John Lamb et Isaac Sears, multiplie les provocations. Au milieu de danses et de cortèges joyeux, ces dignes bourgeois érigent des « mâts de la Liberté » surmontés de masques diaboliques pour dénoncer l'autoritarisme de Londres. La troupe réagit avec violence, abattant les mâts et chargeant la foule à la baïonnette.
Benjamin Franklin (encore lui) intervient auprès du parlement de Londres en sa qualité d'agent de la Pennsylvanie à Londres et le convainc d'abroger la loi ! Les colons exultent. Mais leur satisfaction est de courte durée.
En 1767, le chancelier de l'Échiquier Townsend promulgue une loi destinée à frapper d'un droit d'importation quelques produits utiles (papier, thé, verre,...), toujours dans le souci de financer les dépenses liées à l'administration des colonies. Les colons, à commencer par les habitants de Boston, lancent un puissant mouvement de boycott des marchandises anglaises. C'est au point qu'en deux ans, les importations concernées diminuent de moitié. Le parlement de Westminster se résout à supprimer tous les droits d'importation incriminés... sauf un modeste droit sur le thé destiné aux colonies d'Amérique. Il en fait une question de principe. Cette reculade échauffe les esprits au lieu de les calmer. Elle encourage les colons dans la voie de la hardiesse. Dans ces conditions survient la célèbre « Tea-party » de Boston : le 16 décembre 1773, dans le grand port du Massachusetts, Samuel Adams et quelques amis déguisés en Indiens montent sur un vaisseau à l'ancre et jettent sa cargaison de thé à l'eau (343 caisses d'une valeur de 100.000 livres).
A ce nouvel acte d'insubordination, le roi George III réagit par cinq « lois intolérables » qui sanctionnent la colonie et ferment le port de Boston en attendant le remboursement de la cargaison de thé par les habitants. Toutes les colonies d'Amérique font alors cause commune avec le Massachusetts. Une partie importante des colons, quoique en minorité, se préparent à entrer en Rébellion contre la métropole.
Sur une invitation de l'Assemblée du Massachusetts, 56 délégués de neuf des treize colonies anglaises d'Amérique se réunissent en congrès à New York le 14 octobre 1774 et rédigent un cahier de doléances (Declaration of Rights and Grievances) à l'adresse du gouvernement.
Cependant, leur souhait d'une plus grande Autonomie est brutalement rejeté par le roi anglais George III, qui déclare les colonies en état de Rébellion. Les modérés font alors cause commune avec les radicaux et tous se préparent à la lutte armée. Ils commencent à réunir des armes.

La naissance des États-Unis d'Amérique est le fait d'une minorité de colons qui se dénomment « Patriots » (Patriotes) ou « Insurgents » (Insurgés). Vingt mille d'entre eux s'arment et assiègent l'armée anglaise de Boston. Il ne manque plus à ces combattants que de donner forme à leur Révolte. C'est chose faite avec la publication, le 10 janvier 1776, d'un pamphlet intitulé Common Sense. L'auteur, Thomas Paine, appelle ses Concitoyens des Treize Colonies anglaises d'Amérique du nord à s'unir dans une grande nation Libérée des servitudes et de la monarchie : « Un seul honnête homme est plus précieux à la société et au regard de dieu que tous les bandits couronnés qui ont jamais existé », écrit-il en guise de profession de foi républicaine.
La guerre ne fait que commencer entre l'armée des Insurgents, placée sous le commandement de George Washington, et les armées loyalistes et anglaises, renforcées par de nombreux mercenaires allemands.

L'Insurrection et la déclaration d'Indépendance ont un très grand retentissement dans la noblesse libérale d'Europe. Contre l'avis du jeune roi Louis XVI, le marquis de La Fayette (19 ans) arme une frégate à ses frais et rejoint les Insurgents. D'autres officiers se joignent au mouvement comme le commandant Pierre L'Enfant, qui jettera les plans de la future capitale, le général Louis Duportail, mais aussi le Prussien von Steuben, le Polonais Kosciusko ou l'Allemand de Kalb. Leur expérience militaire sera précieuse aux Insurgés.
L'écrivain et espion Beaumarchais organise des envois d'armes à destination des Insurgés avec l'approbation du ministre des Affaires étrangères, Vergennes, désireux de favoriser tout ce qui pourrait affaiblir l'ennemie héréditaire de la France, l'Angleterre.
Le soutien décisif apporté par les nobles libéraux et, un peu plus tard, par le roi Louis XVI en personne, permettra aux Insurgés d'emporter enfin la décision.

La Constitution des États-Unis d'Amérique est publiée le 17 septembre 1787, soit 4 ans après l'Indépendance effective du pays et plus de dix ans après la proclamation unilatérale d'Indépendance. Elle promulgue la Liberté Individuelle et définit les Droits de l’humain, selon les idéaux des siècles des Lumières européens et notoirement français.
C'est qu'il a fallu du temps aux représentants des treize États issus des anciennes colonies anglaises pour prendre conscience de la nécessité de créer des organes communs de gouvernement et se mettre d'accord sur les délégations de pouvoir. La Constitution préserve soigneusement le caractère Fédéral des États-Unis. Tout ce qui n'est pas expressément délégué à la Fédération revient aux états. C'est la première application politique du principe de « subsidiarité » que le traité de Maastricht (1992) a remis à la mode (sans l'appliquer).
Désireux de garder la mainmise sur le choix du président et de limiter son pouvoir de nuisance, les délégués de la Convention ont imaginé une élection très complexe à deux niveaux :

* les Citoyens élisent dans chaque état des grands électeurs (electors) en nombre égal au nombre de sénateurs et de représentants de l'état au Congrès ;
* les grands électeurs se réunissent à leur tour le lundi suivant le deuxième vendredi de décembre pour élire le futur président.

Le congrès (en Europe, nous dirions parlement) est composé de deux chambres :
* la chambre des représentants (en Europe, nous dirions députés) représente l'ensemble des Citoyens et ses membres sont élus au suffrage universel direct,
* le sénat représente les états à raison de deux sénateurs par état, quelle que soit la population de celui-ci.

Ce bicamérisme, avec deux assemblées concurrentes, reflète la volonté de préserver l'Autonomie des états et de prévenir les abus de droit du gouvernement central (ou Fédéral).

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Published by Collectif des 12 Singes - dans Lendemain du Grand Soir
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