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20 janvier 2005 4 20 /01 /janvier /2005 22:13

La remise en question de l'absolutisme en France et ailleurs (suite)

Télécharger le fichier : 03 - Les crépuscules des dogmes

Entrée en guerre en 1778, et permettant la victoire des Insurgés (traité de Paris de 1783), la France se réaffirme comme grande puissance moderne, satisfait son désir de revanche, récupère des territoires perdus, mais dégrade ses finances, et félicite l'esprit républicain et Démocrate (théorique des Lumières, et réel des Américains).
L'affaiblissement de l'état français, et la montée et mise en lumière d'une alternative viable à la royauté sont considérés comme les prémisses de l'idée Révolutionnaire française.

La Révolution de 1789, avant tout bourgeoise, couvait depuis longtemps, pratiquement depuis la Fronde parlementaire contre le jeune Louis XIV (qui deviendra suite à cela le mégalomane roi soleil).
La noblesse, autant que la bourgeoise, évincée du pouvoir sous Louis XIV, ne rêve que de revenir aux affaires. La tradition monarchique s’inscrit dans le respect des coutumes, c'est à dire des libertés et des privilèges accordés à certains individus, certaines villes ou provinces. Les bases de ce système politique sont contestées et attaquées dans la seconde partie du XVIIIè siècle.
La philosophie des Lumières s'est diffusée dans les couches supérieures de la société française, la bourgeoisie et la noblesse libérale. Contre la monarchie absolue à la française, le modèle anglais d'une monarchie limitée par un parlement (assemblée élue) est mis en avant.
Les ordres privilégiés se Révoltent contre le pouvoir royal. En effet, l'absolutisme les a privés de leurs prérogatives traditionnelles. Les Parlements sont des cours de justice sous l'Ancien Régime. Ils profitent du droit traditionnel qui leur est accordé d'émettre des remarques lors de l'enregistrement des lois dans les registres des parlements pour critiquer le pouvoir royal. Bien qu'ils défendent avant tout leurs privilèges, ils arrivent à passer, aux yeux de l'opinion publique, comme les défenseurs du Peuple.

En 1769, afin d’apaiser les tensions entre les deux couronnes depuis le traité de Westphalie où la France a gagné l’Alsace-Lorraine (1648), le roi Louis XV demande au nom de son petit-fils Louis-Auguste (le futur Louis XVI) sa main à la fille de l’empereur germanique François Ier et de l’impératrice Marie-Thérèse. En 1770, Marie-Antoinette, âgée de 14 ans et qui a passé toute son enfance au château de Schönbrunn (pas très ouverte sur le monde et assez futile), est mariée au dauphin de la couronne de France, le futur Louis XVI. Après avoir subi l'indifférence hostile de sa mère, la « dernière reine de France » est, à 14 ans, littéralement dépossédée de son identité autrichienne et plongée dans un monde qui lui est étranger. Souffrant du manque d'empressement de son époux à accomplir son devoir conjugal, elle se morfond à Versailles. Comment résister, dès lors, aux plaisirs faciles qui lui sont offerts ? Alors que la sexualité est, à cette époque, affaire publique, Marie-Antoinette s'est vu reprocher de vouloir en faire une affaire privée (normal vu le peu d’intérêt que le roi portait à la chose). D'où les très nombreux fantasmes à son sujet, qui la dépeignent comme une femme licencieuse et infidèle. Ainsi, on (re)découvre, stupéfaits, les dessins scabreux la représentant en prédateur sexuel ou en monstre terrifiant ! C'est dire la haine qu'elle suscite et l'imagination débordante des caricaturistes.

Le 21 janvier 1771, sous le règne de Louis XV, le parlement est exilé de Paris par le chancelier Maupeou. Le vieux roi ne supporte plus que les parlementaires, forts de leurs privilèges, entravent son pouvoir.
Le 10 mai 1774, à la mort de Louis XV, son petit-fils devient roi sous le nom de Louis XVI. A son avènement, la France est le pays le plus peuplé d'Europe avec 26 millions d'âmes. Elle en est aussi le plus prestigieux. La langue et la culture de la cour de Versailles rayonnent de Berlin, en Prusse, à Saint Petersbourg, en Russie. La France est aussi le pays le plus puissant d'Europe, voire du monde, malgré quelques déconvenues dans sa rivalité avec l'Angleterre. Elle possède une flotte incomparable, la Royale, et ses colonies sucrières comme Saint-Domingue font la jalousie des Anglais.
La Révolution va changer tout cela. Marie-Antoinette également. Lorsqu’elle monte sur le trône, elle croit naïvement que son nouveau statut lui accorde toute liberté pour mener sa vie à sa guise. Dès lors, elle se perd en frivolités et fêtes somptueuses, et dépense sans compter. Malgré les remontrances de sa mère et les difficultés financières de l'état, elle maintient ce train de vie dispendieux, si bien qu'elle finit par être surnommée « Madame Déficit ». Alors qu'elle était aimée du Peuple au début de son règne, des gravures licencieuses de la reine commencent à circuler dans le royaume, qui écornent sérieusement sa popularité.

Louis XVI n'a d'autre souci que de rappeler au plus vite les parlementaires et de les rétablir dans leurs privilèges.
C'est le premier d'une longue série d'actes de faiblesse qui mèneront le roi à la guillotine et feront perdre à la France son premier rang parmi les grandes puissances du monde.
Confronté à son avènement à une situation financière désastreuse, le roi Louis XVI avait choisi un ministre des finances compétent pour y faire face, Turgot. Ainsi, au début du règne de Louis XVI, la France jouit d'une relative prospérité. La consommation progresse et les prix des biens manufacturés ou importés augmentent. Mais les nobles, qui s'endettent en menant grand train à la cour de Versailles, font leur possible pour accroître les revenus qu'ils tirent de leurs terres. Ils raniment de vieux droits féodaux tombés en désuétude et soulèvent contre eux la colère des paysans. Cette crispation est très mal vécue par les paysans qui réclament l'abolition des droits féodaux pour soulager leur misère.
Malgré tout, dans leur immense majorité, les Français de 1789 n’imaginent pas une Révolution violente avec une abolition de la monarchie. Le roi est, en 1789, considéré comme le père des Français. Il est aimé et respecté. Néanmoins, une réforme profonde de l’état est espérée, et ce dans un climat Pacifique.
Louis XV et Louis XVI ne sont pas restés insensibles à la diffusion des idées nouvelles et au blocage des institutions. Mais ils n'ont pas l'autorité de leur prédécesseur Louis XIV pour imposer aux privilégiés les changements nécessaires.
Le 12 mai 1776, le roi se sépare de Turgot et annule ses réformes sous la pression des privilégiés et de la cour.

Lorsque les Insurgés Américains livrent la bataille de Saratoga, ils reçoivent l'appui de la noblesse libérale d'Europe. Le 6 février 1778, la France signe un traité de commerce avec Benjamin Franklin. Elle reconnaît les États-Unis d'Amérique et intervient officiellement dans la guerre d'Indépendance. Necker remplace Turgot aux finances. Le banquier genevois, soucieux de sa popularité, écarte toute idée de réforme fiscale et recourt aux emprunts pour remplir les caisses de l'état et pourvoir aux dépenses énormes occasionnées par les interventions militaires en Amérique.
Le 3 octobre 1783, le traité de Versailles consacre l'Indépendance des États-Unis. Louis XVI peut être satisfait de la revanche prise sur les Anglais mais sa participation à la guerre américaine a creusé le déficit de l'état. La noblesse libérale du royaume, La Fayette en tête, cultive l'idée de transposer en France les principes Démocratiques d'Outre-Atlantique. Ainsi, Necker avait préconisé des assemblées territoriales qui limitaient le pouvoir des intendants. Le ministre avait également tenté de justifier ses emprunts imprudents en publiant un Compte rendu au roi qui dévoilait les dépenses somptuaires de la cour (l’état a toujours vécu au-dessus de ses moyens). Le 19 mai 1781, Necker est remercié par Louis XVI.
Le nouveau contrôleur général, Charles Alexandre de Calonne, comprend que l'état du royaume nécessite des réformes radicales.

Le 17 septembre 1787, la Constitution américaine est publiée. Elle nourrira l'inspiration des Constituants français. D’autant plus qu’aucun contrôleur général ne réussit à faire passer la réforme fiscale auprès des privilégiés. Les parlementaires refusent d'enregistrer les réformes et réclament les états généraux. Cette assemblée des trois ordres du royaume (clergé, noblesse et tiers état) n'avait pas été réunie depuis 1614 et l'époque troublée de la régence de Marie de Médicis, veuve d'Henri IV.

Depuis 1780, à Vienne, Joseph II (le frère de Marie-Antoinette) règne seul sur les états autrichiens. C'est l'« Aufklärung » : fin du servage, expulsion des Jésuites, édit de tolérance, suppression des ordres contemplatifs, suppression de la torture, abolition des corporations,... Dominé par la haine du clergé et de la papauté, le « joséphisme » va se solder par un échec cuisant... mais il montrera la voie aux Révolutionnaires français.

Le 3 mai 1788, le parlement publie une « déclaration des Droits de la nation » et réclame à nouveau la convocation des états généraux en espérant qu'ils contraindront le roi à respecter les exemptions fiscales des privilégiés. Tous les privilégiés, y compris le haut clergé, se solidarisent avec les parlementaires parisiens. Le 7 juin 1788, la sédition tourne à l'Emeute à Grenoble. Pendant la « journée des tuiles », les habitants bombardent de projectiles les soldats qui tentent de se saisir des parlementaires. Les représentants du Dauphiné, au nombre d'environ 500, se réunissent au château de Vizille et appellent à refuser le paiement de l'impôt. Louis XVI, comme à son habitude, s'incline et convoque les états généraux pour mai 1789. Le 25 août 1788, Necker revient en grâce, et se fait fort de rassurer les créanciers de l'état, les banquiers et l'opinion publique.

La réunion des États généraux a suscité de grands espoirs parmi la population française. Le Peuple est en effet appelé à prendre la parole en mars 1789 pour rédiger les cahiers de Doléances, où il fixe une sorte de programme aux députés (suppression des droits féodaux, Egalité devant les impôts, revendication des Droits des sujets face à l’arbitraire royal).
Les paysans espèrent une amélioration de leur condition de vie avec l'allègement voire l'abandon des droits féodaux. La bourgeoisie, pétrie des idées des Lumières, espère l'instauration de l'Egalité en droit et l'établissement d'une monarchie parlementaire à l'anglaise. Elle peut compter sur le soutien d'une petite partie de la noblesse acquise aux idées nouvelles et du bas-clergé qui vit auprès du Peuple et est sensible aux difficultés de celui-ci. Traditionnellement chaque ordre élisait à peu près le même nombre de députés. Les élus de chaque ordre se réunissaient, débattaient et votaient séparément. Le résultat du vote de chaque ordre comptait pour une voix. C'était le principe du vote par ordre. De ce fait, il suffisait que les deux ordres privilégiés votent dans le même sens, celui du maintien des privilèges, et le Tiers-État se retrouvait en minorité. Le Tiers-État demande donc le doublement du nombre des députés le représentant, afin que le nombre de leurs élus corresponde davantage à son poids dans la société, ainsi que le principe du vote par tête, c'est à dire une assemblée unique où chaque élu dispose d'une voix. Louis XVI accorde le doublement des députés du Tiers-État mais garde le silence sur la question du vote par ordre ou par tête.

Le 5 mai 1789, le roi Louis XVI et Necker ouvrent solennellement les Etats Généraux. Son discours met en garde contre tout esprit d'innovation. Louis XVI n'a plus d'argent en caisse et il a absolument besoin de l'accord des représentants des trois états pour lever de nouveaux impôts ou réformer ceux qui existent (alors que le Tiers-État est déjà écrasé par les impôts et les privilèges des autres).
Les représentants du Tiers-État dénoncent la division de l'assemblée en trois états qui les met automatiquement en minorité face aux représentants des ordres privilégiés, le clergé et la noblesse, qui ne représentent qu'une toute petite partie de la population française.
Le 17 juin, les députés du Tiers-État et beaucoup de curés qui représentent le clergé aux Etats Généraux se réunissent à part. Sur proposition de l'abbé Sieyès, qui constate que ladite assemblée représente les « quatre vingt seize centièmes de la nation », ils se transforment en Assemblée nationale. Peu à peu, la plupart des autres députés vont les rejoindre.
Le 20 juin, dans la salle du Jeu de Paume où elle s'est réunie, près du palais de Versailles, bafouant la volonté du roi, l'Assemblée nationale fait serment de ne pas se séparer avant d’avoir fixé la constitution du royaume, opéré la régénération de l’ordre public et maintenu les vrais principes de la monarchie. Trois jours plus tard, le marquis de Dreux-Brézé leur demande de cesser leur fronde. L'Assemblée désobéit ouvertement au roi. C'est un acte grave.

Constatant que les maux du gouvernement appellent davantage qu'une réforme de l'impôt, les députés projettent de remettre à plat les institutions et de définir par écrit, dans une constitution, de nouvelles règles de fonctionnement, selon l'exemple américain. Durant ces journées, l’Assemblée réalise une autre Révolution décisive : beaucoup de députés sont effrayés par la tournure des événements et démissionnent ; l’Assemblée déclare qu’elle tient son mandat non pas des électeurs individuellement pour chaque député, mais Collectivement de la Nation toute entière. C'est la mise en application du principe de la souveraineté nationale défendu par Diderot.
Cette Assemblée peut s’appuyer sur les espoirs de la majorité de la Nation, sur les réseaux de « patriotes ». En face, il n’y a que des ministres divisés, un gouvernement sans ressources financières et un roi velléitaire qui recule.
Le 9 juillet, l'assemblée se proclame donc Assemblée nationale constituante.
Le 11 juillet 1789, Louis XVI, vexé, renvoie ses ministres jugés trop libéraux, parmi lesquels Necker, une fripouille qui n'a fait que creuser le déficit mais est restée pour cela très populaire parmi les petites gens.
A Paris, le Peuple s'irrite et s'inquiète. On dit en plus que le roi, irrité par la désobéissance des députés, voudrait les renvoyer chez eux. Des rumeurs font craindre une intervention des troupes contre la capitale.
Or l’opinion parisienne est agitée. La bourgeoisie est déçue. Pour l’instant, rien n’est sorti des débats à Versailles. Et elle a peur pour la survie de l’assemblée. Le Peuple, lui, craint que les troupes ne coupent les routes du ravitaillement des Parisiens alors que, suite aux mauvaises récoltes de 1788, le prix du pain est au plus haut. Début juillet, des émeutes éclatent aux barrières d’octroi. Dans l’après midi, dans les jardins du Palais Royal, le journaliste Camille Desmoulins exhorte la foule à se mettre en état de défense. Les Parisiens se heurtent dans les jardins des Tuileries aux soldats du prince de Lambesc, accusés d'avoir tué des manifestants. Le 13 juillet, 40 des 54 barrières d’octrois sont incendiées. Les réserves de grains des couvents sont pillées. Une milice bourgeoise se forme.
L'effervescence grandit. Le matin du 14 juillet 1789, les Parisiens partent chercher des armes dans une atmosphère Révolutionnaire. Ils pillent l'arsenal de l’Hôtel des Invalides, où ils trouvent des armes mais pas de poudre. Les Emeutiers viennent ensuite se masser aux portes de la prison royale de la Bastille (une vieille forteresse royale datant de Charles V et de la guerre de Cent Ans, qui sert de prison à quelques lascars de mauvaise vie, mais était le symbole des lettres de cachet avec lesquelles le roi pouvait envoyer n'importe qui en prison) pour y chercher de la poudre.
Sous l'effet de la surprise, à Versailles, le roi se retient de dissoudre l'Assemblée. Son propre frère, le comte d'Artois, futur Charles X, prend la mesure de l'événement et quitte la France sans attendre. Il est suivi dans l'émigration par quelques autres nobles, dont le prince de Condé et Mme de Polignac.

A Paris, le comité des électeurs désigne un maire, Bailly, et un commandant de la garde nationale, La Fayette, en remplacement de l'administration royale. Une nouvelle organisation municipale allait se mettre en place. Les autres villes imitent la capitale.
Une « Grande peur » s'étend dans les campagnes. Les paysans craignent que les récoltes ne soient pillées par des brigands. À l'annonce de l'arrivée de brigands, le tocsin sonne dans les villages. Les paysans s'arment de fourches, de faux et autres outils. Quand ils s'aperçoivent qu'il n'y a aucun danger, au lieu de retourner vaquer à leurs occupations, ils se dirigent vers le château du seigneur, craignant que celui-ci n'augmente les taxes qui pèsent sur eux. Sans manquer d'afficher leur loyauté à la monarchie, ils pillent les châteaux et brûlent les « terriers », c'est-à-dire les documents qui contiennent les droits seigneuriaux (notamment les titres de propriété). C'est au tour des députés d'avoir peur. Dans la nuit du 4 août, pour calmer les paysans, ils votent l'abolition des droits seigneuriaux (ce qui initialement n’était pas à leur programme). Les troubles prennent fin avec l'abolition de la dîme et des corvées. C'est la fin du système féodal et de la société d'Ancien Régime. Toutefois les députés, presque tous propriétaires fonciers, qu'ils soient nobles ou bourgeois, se ravisent en partie pendant la rédaction des décrets du 5 au 11 août 1789. Les droits personnels (corvées, servage...) et le monopole de la chasse pour le seigneur sont simplement supprimés. Les droits réels portant sur la rente de la terre doivent être rachetés. Seuls peuvent se libérer totalement les paysans les plus riches. Les propriétaires d'office reçoivent une indemnité qu'ils investissent en partie dans l'achat de biens nationaux. Ainsi les possédants ont pu sauvegarder leurs intérêts économiques tout en mettant fin aux Révoltes paysannes.

Le 26 août 1789 est votée la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen. C'est l'acte le plus remarquable de la Révolution. Les députés, inspirés par les philosophes français et anglais du passé (Hobbes, Locke, Montesquieu, Rousseau,...) votent dans l'enthousiasme une Déclaration qui définit les Droits de chacun en 17 articles.
Il s’agit d’une condamnation sans appel de la monarchie absolue et de la société d'ordres. Mais elle est avant tout le reflet des aspirations de la bourgeoisie de l'époque : la garantie de Libertés Individuelles, la sacralisation de la propriété, le partage du pouvoir avec le roi et à tous les emplois publics.
Mais, déjà, le rêve ne dure pas. Les difficultés d’approvisionnement en pain et le refus de Louis XVI d’approuver la déclaration et les décrets du 4 et du 26 août sur l'abolition des droits seigneuriaux, sont à l’origine du mécontentement du Peuple de Paris lors des journées du 5 et 6 octobre 1789.
Une marche de femmes va chercher Louis XVI et la famille royale à Versailles. La Fayette, un général très populaire, convainc le roi de quitter le palais de Versailles afin de dissiper une bonne fois pour toute la méfiance des Parisiens... et des Parisiennes à son égard. Le roi s'exécute.
Le lendemain, le 6 octobre, il quitte Versailles pour le palais des Tuileries, au cœur de la capitale. L'assemblée constituante fait de même et s'installe dans la salle du Manège, à côté des Tuileries. Le gouvernement de la France se met désormais à la merci des Parisiens.
Désormais le roi et l’Assemblée siègent à Paris, surveillés par la population et menacés par l’Emeute.

A partir de 1790, les Parisiens se prennent de passion pour les affaires politiques. Les journaux se multiplient ainsi que les clubs où débattent avec passion les sans-culottes. Le plus célèbre est le club des Jacobins, où un certain Robespierre devient président le 31 mars 1790.
Les agitateurs parisiens issus du petit Peuple d'artisans, de commerçants et d'ouvriers commencent à se désigner sous le nom de sans-culottes ; ils veulent de la sorte se différencier des aristocrates qui portent des culottes de soie tandis qu'eux-mêmes se contentent de pantalons de toile. Cette tenue est un signe de protestation, arboré initialement par des avocats, des commerçants, des employés, des artisans, des bourgeois puis par les membres de toutes les professions roturières, qui vont s’appeler « patriotes ». Loin de se réduire à une catégorie sociale, les sans-culottes traduisent l’entrée du Peuple dans l’histoire politique et posent, déjà, tous les problèmes de la représentation Démocratique. On les voit ainsi apparaître comme la formation idéalisée des combattants Révolutionnaires, devenus l'idéal-type imposé comme modèle d'identification aux couches populaires. Idéalisation qui permet d'incorporer parmi eux une frange de combattants pas forcément issus desdits milieux, rassurant les modérés qui craignent les réactions du Peuple.
À partir de 1791 surtout, lorsque la fuite à Varennes (20-26 juin) puis le massacre du Champ-de-Mars (17 juillet) eurent clairement montré qu’une partie des élites avait rejoint le camp de la réaction en couvrant la trahison du roi et en faisant mitrailler le Peuple, les militants des sections parisiennes firent de leur costume un manifeste politique contre le régime de monarchie constitutionnelle censitaire (après 1792, les sans-culottes arborent la veste courte à gros boutons : la carmagnole). Ce sont d'après la Constitution de 1791 des Citoyens « passifs » : faute de payer assez d'impôt, ils n'ont pas le droit de vote ! Les sans-culottes se répartissent entre les 48 sections de Paris (il s'agit de circonscriptions électorales) ; à ce titre ils sont aussi appelés sectionnaires. Les sans-culottes ont la passion de l'Egalité plus que de la Liberté et pour l'affirmer, affectent le tutoiement patriote. Ils portent parfois un bonnet rouge inspiré de celui des esclaves affranchis de Phrygie (Asie mineure) pour souligner leur parenté avec les Démocrates de l'Antiquité grecque.

Quelques journalistes surent admirablement coller à ce Peuple combattant et Révolutionnaire : Jean-Paul Marat et son Ami du Peuple, et dans un tout autre registre, Jacques-René Hébert et son Père Duchesne mais aussi Jacques Roux et son groupe les Enragés. Ils en furent longtemps les porte-parole, plus que les guides, incontestés.
En 1789, Marat a 45 ans. Il a derrière lui une carrière de médecin et de physicien et a publié une quinzaine d’ouvrages. Dans son livre central de théorie politique, écrit en Angleterre, « The Chains of Slavery » (1774), la thèse principale est que le pouvoir émane du Peuple en tant que souverain, mais qu’à travers les âges et sous tous les régimes, les exécutifs se sont attachés à retourner ce pouvoir contre ceux qui lui avaient fait l’honneur de le lui confier.
Pendant la période de bouleversements qui s’ouvre, où le Peuple cherche à rentrer dans ce rôle de « souverain », Marat va suivre pas à pas événements et protagonistes, surveillant en permanence les tentatives de récupération, de reprise en main de cette souveraineté.
Marat n’attend pas tout de l’Assemblée. Son texte « Projet de leurrer le Peuple et d’empêcher la Constitution » est à contre-courant du triomphalisme qui entoure la soi-disant abolition de tous les privilèges de la fameuse nuit du 4 août. Mais ce texte ne paraît qu’en septembre en raison de l’attitude encore très floue des autorités en matière de presse. L’annonce des États Généraux a bien provoqué un afflux d’écrits politiques que la Librairie Générale de France a toléré, mais sans accorder d’autorisation officielle, ce qui a laissé le champ libre à l’arbitraire.
La Constitution en tout cas préoccupe Marat. Fin août, il publie « La Constitution, ou projet de Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, suivi d’un plan de Constitution juste, sage et Libre ».
Au début du mois de septembre 1789, Marat apparaît sur la scène politique à visage découvert. Le 16 septembre 1789, il publie le journal « L’Ami du Peuple, journal politique, Libre et impartial, publié par une société de patriotes ». L’Ami du Peuple est un quotidien, une vraie gageure !
Dès le 24 septembre, Marat attaque un des nouveaux pouvoirs exécutifs : la Municipalité de Paris, qu’il accuse de gestion ruineuse et inefficace. Ces démêlés provoquent son premier décret de prise de corps. Mais les 5 et 6 octobre 1789, les femmes de Paris entreprennent leur marche sur Versailles pour ramener le roi au milieu de son Peuple. L’effervescence populaire est à son comble. Il s’est aussi rendu compte que rien n’est fait pour enrayer la disette qui accable Paris, alors que la moisson de l’été a été très généreuse. Il rédige donc une première « Dénonciation contre Necker », dans laquelle il implique le ministre dans l’accaparement des grains.
Il convient aussi de suivre les mouvements qui opposent les districts, et en particulier celui des Cordeliers (il ne s’agit pas du Club) à la Municipalité. La rencontre entre Marat et ce district se concrétise au moment des démêlés d’octobre. En tant qu’assemblée légalement constituée, le district entend exercer la souveraineté populaire sur l’étendue de son territoire.
Ainsi, en janvier 1790, quand les poursuites reprennent contre Marat, le district met l’Ami du Peuple sous sa protection. À cet égard, le 22 janvier revêt une importance dans le cours des événements, non seulement pour le sort immédiat de Marat, mais aussi parce qu’apparaît sur la scène politique une personnalité d’envergure, l’avocat Georges Danton, qui prend fait et cause pour l’Ami du Peuple. Le déploiement de forces sera impressionnant, mais Marat restera introuvable. Notons, une fois encore, qu’après avoir fait parade de tout cet arsenal répressif, la Commune de Paris ne poursuivra pas et qu’il n’y aura pas de procès. Pas de réaction non plus de la part du ministre Necker suite à la « Dénonciation ». Mesures d’intimidation et dénis alternent !
Mais Marat n’a plus de presses et tous ses papiers ont été saisis, cela au moment où l’Assemblée vote la loi martiale et, séance après séance, parle d’imposer aux « brigands » la plus grande terreur. Prêt à se réfugier en Angleterre, Marat écrit encore un « Appel à la Nation », où il fait un bilan des événements et conclut qu’une « censure publique », un « tribunal d’état » et, dans les cas extrêmes « un dictateur momentané » (au sens antique du terme, une personne avec les pleins pouvoirs pendant un temps limité) doivent être pris en considération en politique, cette « science encore embryonnaire ».
Avant son départ à Londres, Marat avait mis en valeur l’importance de la force publique. Pas de meilleur rempart pour la Liberté que ces milices nationales, nées du 14 juillet, soudées, entraînées, Fraternelles ! Or, il constate que tout est mis en œuvre pour les diviser ! La situation est donc très grave et de mai à juillet 1790, avec toute la presse patriote qui se serre les coudes, Marat est très présent sur la scène parisienne, avec Camille Desmoulins. Le 24 juin, Marat publie sa fameuse « Supplique aux pères conscrits, ou très sérieuses réclamations de ceux qui n’ont rien à ceux qui ont tout ».
Marat publie encore son « Plan de législation criminelle », espérant toujours infléchir la marche de l’Assemblée. Mais, dès la fin du mois de juin 1790, il n’est plus centré sur les suites à donner à la Révolution de 1789, mais déjà sur un nouvel élan nécessaire contre… le Nouveau régime. Et c’est à nouveau dans la clandestinité qu’il publie en août-septembre ses « Feuilles extraordinaires » : « C’en est fait de nous ! », « On nous endort, prenons-y garde », « C’est un beau rêve, gare au réveil ! », « L’affreux réveil ». Aussi, quand éclate la « malheureuse affaire de Nancy » (la garde nationale de Metz, sous la direction du marquis de Bouillé, beau-frère de La Fayette a tiré sur les régiments de Nancy), Marat, le seul à avoir prévu un tel drame, passe pour le Cassandre (qui voit l’avenir mais n’est jamais cru) de la Révolution. Après ce coup de force du Nouveau régime, le thème de la réorganisation de la force publique scande le déclin de la Révolution, tandis que l’Assemblée est de plus en plus à la traîne du pouvoir exécutif, dont les personnages clés, Mirabeau et La Fayette ont pour objectif central de rétablir les pleins pouvoirs dans les mains du roi. Toujours dans la clandestinité, Marat mène alors une lutte acharnée contre le régime des mouchards mis en place par le général afin de gangrener la garde nationale et l’armée.
Mais voilà que le mouvement populaire se restructure, autour des clubs de sections ! En janvier 1791, Marat a de nouveaux démêlés avec la justice, mais en février, il reçoit l’appui du Club des Cordeliers et peut reprendre ses parutions.

Jacques-René Hébert a lancé en 1790 le père Duchesne, journal des Révolutionnaires radicaux. Il participa, en 1792, à la chute de la monarchie dans le rôle d’accusateur public et, en 1793, à celle des Girondins. Avec ses partisans, les hébertistes (Chaumette, Chabot, Collot d'Herbois et d’autres), il a fortement influencé le club des Cordeliers et de la Commune Insurrectionnelle. Maximilien de Robespierre dont il avait dénoncé la modération le fit arrêter et exécuter en 1794.
De 1790 à 1791, le père Duchesne était constitutionnel et encore favorable à Louis XVI et La Fayette, blâmant Marie-Antoinette et Marat et réservant ses foudres à l’abbé Maury, grand défenseur de l’autorité pontificale contre la constitution civile du clergé. Le ton s’est nettement durci avec l’avènement de la république. Le gouvernement fit imprimer en 1792 certains de ses numéros aux dépens de la république les faisant distribuer dans les armées afin de sortir les soldats d’une torpeur jugée dangereuse pour le Salut public.

Jacques Roux est frappé d'interdit après avoir participé au pillage de châteaux. Il fut l'un des premiers prêtres (« curé rouge ») à prêter serment à la Constitution civile du clergé. Il accompagna Louis XVI à l'échafaud avec Jacques-Claude Bernard. Sa faction des Enragés réclamait la taxation et la réglementation en terme de prix. Il dénonçait la bourgeoisie marchande plus terrible selon lui que « l'aristocratie nobiliaire et sacerdotale ».
Ce « prêtre socialiste » liait problème politique, crise sociale et question agraire et ce dès 1792. Il défendait l'idée que les principes de Liberté, défendues par la nouvelle législation, servaient avant tout l'intérêt d'une classe au détriment de la société. L'expression la plus achevée de son programme fut sans doute celle contenu dans son Adresse à la Convention nationale le 25 juin 1793 qui repose sur l'idée que « la Liberté n'est qu'un vain fantôme, quand une classe d'hommes peut affamer l'autre impunément. L'Egalité n'est qu'un fantôme, quand le riche, par le monopole, exerce le droit de vie et de mort de son semblable. La république n'est qu'un vain fantôme, quand la contre-révolution s'opère de jour en jour par le prix des denrées auquel les trois quarts des Citoyens ne peuvent atteindre sans verser des larmes ». Trois points peuvent apparaître comme les lignes de force de ce programme : taxation générale, répression de l'accaparement, prohibition du commerce de l'argent monnayé.
Son mouvement inquiétant la Convention, Marat (qui n'hésite pas à la qualifier de « patriote de circonstance ») et même les Hébertistes, Roux était de plus en plus isolé. Les Montagnards avaient déclenché contre lui une campagne visant à le faire passer pour un contre-révolutionnaire. Arrêté en septembre 1793 pour être jugé par le Tribunal révolutionnaire, il préféra se donner la mort en se poignardant.
Son groupe, les Enragés étaient un groupe de Révolutionnaires radicaux. Ils revendiquent l'Egalité civique et politique mais aussi sociale, préconisant la taxation des denrées, la réquisition des grains et des taxes sur les riches. On peut les situer à gauche des Montagnards. Ils sont combattus aussi bien par Maximilien de Robespierre que par Danton, Marat et les Hébertistes. Leurs idées furent reprises et développées par Babeuf. La Société des républicaines Révolutionnaires, fondée en février 1793 par Pauline Léon et Claire Lacombe, et interdite l'été suivant par le gouvernement Révolutionnaire, est un groupe Révolutionnaire exclusivement féminin, aux revendications sociales et féministes, en quelque sorte la section féminine du mouvement des Enragés.

Les sans-culottes se rassemblaient, d’une part, dans les assemblées des sections et, d’autre part, dans les clubs. Les assemblées des sections, organismes de la vie de quartier institués dès 1790, n’accueillaient en principe que les Citoyens actifs ; cependant, le rôle primordial joué par nombre d’ouvriers et petits artisans, ainsi que le fait qu’ils étaient restés armés depuis 1789, leur donna voix au chapitre. Les clubs surtout (club des Cordeliers, club de l'Évêché, Société fraternelle des deux sexes, Club helvétique) furent l’instrument dont les sans-culottes se servirent pour influencer la vie politique. Le club de l'Évêché, issu des Cordeliers, joua un rôle important dans la préparation du 10 août, jour de la prise des Tuileries et de la chute du trône. À partir de septembre 1792, le club des Jacobins s’ouvrit aux Citoyens les plus pauvres : il devint dès lors le plus important des lieux de réunion pour les sans-culottes. Ceux-ci manifestaient leurs revendication par des pétitions des sections présentées aux assemblées (Législative, puis Convention) par des délégués ; il y eut ainsi une succession de pétitions réclamant l’arrestation des chefs girondins avant l’Insurrection du 31 mai au 2 juin. L’Insurrection, la « journée », était le second moyen d’action. La violence armée fut un recours fréquent du 10 août 1792 aux vaines Emeutes de germinal et prairial an III. Les Emeutiers, appuyés par les canons de la garde nationale à laquelle ils appartenaient, venaient montrer leur force menaçante pour obtenir gain de cause.

L'Assemblée constituante ne se contente pas de préparer une Constitution. Elle réforme en profondeur les institutions du pays, plutôt en bien. Les circonscriptions administratives de l'Ancien Régime étaient très complexes et n'avaient pas les mêmes limites selon leurs fonctions. Les députés entreprennent de les simplifier. La loi du 22 décembre 1789 crée les départements (même si ils sont taillés à la hache, sans trop tenir compte des entités ethnoculturelles et des environnements sociaux économiques, justement pour éviter les regroupements séditieux), à la fois circonscriptions administratives, judiciaires, fiscales et religieuses. Les 83 départements sont divisés en districts, cantons, communes dont les dirigeants sont élus. La décentralisation administrative est très grande. Elle unifie les poids et mesures et crée une nouvelle unité de longueur appelée à un grand succès mondial : le mètre. Elle instaure l'état civil, introduit le divorce et le mariage civil, supprime le privilège d'aînesse dans les héritages,... Elle n'oublie pas qu'elle doit résoudre en urgence la crise fiscale. Les caisses de l'état sont vides. Alors, les députés ont l'idée de saisir les terres et les biens qui appartiennent à l'église catholique.
Mais le clergé a besoin d'argent pour vivre et aussi financer ses innombrables œuvres sociales et éducatives. Qu'à cela ne tienne. Le 12 juillet 1790, les députés votent la Constitution civile du clergé qui garantit un revenu à chaque prêtre.
Le roi et le clergé attendent l'avis du pape avant d'approuver la Constitution civile du clergé. L'avis tarde à venir et quand il arrive, il est négatif. Le 13 avril 1791, le pape condamne le texte car il craint une dérive à l'anglaise de l'église de France vers une totale indépendance (alors qu’elle était la fille aînée de l’église). Il ne menace rien moins que de suspendre les prêtres « jureurs » qui ont prêté serment à la Constitution. Le roi, très pieux, se met dès lors en retrait de la Révolution et utilise son droit de veto pour paralyser le travail législatif.

Le 18 avril 1791, le Peuple, inquiet des mouvements de la famille royale, empêche le roi de gagner Saint-Cloud. La Fayette essaie d’intervenir, mais la garde nationale refuse de lui obéir. La Fayette fait mine de démissionner. En mai et juin 1791, « L’Ami du Peuple » ne lâche pas le général d’une semelle et met continuellement en garde les Citoyens contre un départ du roi. Le 21 juin 1791, Louis XVI tente avec sa famille de rejoindre des troupes fidèles à Montmédy, près de la frontière avec le Luxembourg. Louis XVI sait que ces troupes sont dévouées à la monarchie. Il compte sur elles pour marcher sur Paris, renverser l'Assemblée constituante, mettre fin à la Révolution et restaurer ses prérogatives de souverain absolu.
Heureusement, il est reconnu lors d’une pause imprévue (car le voyage sera composé de beaucoup d’incidents alors qu’il avait été très bien organisé) et est rattrapé à Varennes.
La confiance n'est plus entre la monarchie et la Révolution parisienne, d'autant plus que l'on soupçonne le roi de collusion avec l'étranger, voire de trahison. Pour autant, le 25 juin, alors que Louis XVI et sa famille sont ramenés, sous les huées, aux Tuileries, les députés évoquent, contre toute vraisemblance, l’enlèvement du roi. Cette attitude achève de diviser le parti patriote, majoritaire à l’Assemblée : d’un côté ceux qui, les plus nombreux, veulent s’en tenir à une monarchie constitutionnelle ; de l’autre, ceux qui, républicains ou non, veulent la déchéance de Louis XVI. Ce clivage se répercute au sein du club des Jacobins.
Hébert rompt avec les modérés qui rêvaient d’un compromis avec les aristocrates. Dans le Peuple et parmi les députés, certains n'hésitent plus à s'affirmer républicains et considèrent que la monarchie n'est pas indispensable au gouvernement du pays. Danton et le journaliste Jean-Paul Marat lancent une pétition pour la déchéance du roi. Elle réclame un nouveau pouvoir constituant pour « procéder d'une manière vraiment nationale au jugement du coupable et surtout au remplacement et à l'organisation d'un nouveau pouvoir exécutif ». La pétition de « directoire nationale » (83 élus des départements) est déposée le 17 juillet 1791 sur l'autel de la patrie du Champ de Mars, à l'endroit où eut lieu la Fête de la Fédération (à l’imitation des Fédérations régionales de gardes nationales qui avaient commencé dans le Midi dès août 1789 et s’étaient étendues à toute la France, La Fayette, commandant de la Garde nationale de Paris, fait organiser à Paris pour l’anniversaire de la prise de la Bastille une fête nationale de la Fédération, première commémoration du 14 juillet 1789, fête de la réconciliation et de l’unité de tous les Français ; Louis XVI assista à cette fête et y jura la Constitution).
Les députés comme Bailly et La Fayette, partisans d’une monarchie constitutionnelle mettent sur pied la thèse de l'enlèvement du roi. Ils interdisent la manifestation et décrètent la loi martiale (le roi ayant été innocenté par l’Assemblée le 15, la manifestation est désormais sans objet). Le 17 juillet 1791, le Peuple manifeste malgré tout. La Fayette ordonne alors à la garde nationale de tirer sur la foule désarmée, tuant principalement de femmes et des enfants. La fusillade du Champ de Mars a pour conséquence la rupture entre les patriotes modérés et le Peuple parisien dont les porte-parole sont, entre autre, Georges Jacques Danton, Maximilien de Robespierre et Jean-Paul Marat. Certains comme Condorcet (discours « De la république, ou un roi est-il nécessaire à l’établissement de la Liberté ? », ou il conclut que seule la république permettra au Peuple français de rester un Peuple Libre) demandent même l'instauration d'une république. Par méfiance du Peuple, Bailly et La Fayette, suivis par la majorité des députés, quittent le club des Jacobins pour fonder le Club des Feuillants. Pour eux la Révolution est finie et il convient de stabiliser le régime en soutenant la monarchie constitutionnelle. Dans les semaines qui suivent, les députés modérés affiliés aux Feuillants exploitent leur succès : ils font fermer provisoirement le club des Cordeliers et révisent la Constitution dans un sens conservateur, avec un renforcement des pouvoirs du roi et un relèvement du cens électoral (afin que seuls les plus riches puissent voter et se présenter).
Danton et Marat, prudents, s'enfuient en Angleterre. Au Club des Jacobins, l'atmosphère est toute différente. De nombreux députés, y compris Robespierre, souhaitent maintenir la monarchie. Ils craignent avec raison que la déchéance de Louis XVI n'entraîne la France dans une guerre contre les autres monarchies européennes.

Le 1er octobre 1791, la première Constitution française entre en application. Elle inaugure une monarchie constitutionnelle à l'anglaise où le pouvoir législatif (rédiger les lois) est confié à une Assemblée du même nom.
Louis XVI troque son titre de roi de France pour celui, plus humble, de roi des Français. Il dispose du pouvoir exécutif et d'un droit de veto qui lui permet de repousser ou retarder les textes de l'Assemblée.
Le fossé se creuse entre le roi et l'Assemblée législative, même si le roi a le soutien d'une bonne partie du clergé qui refuse de prêter serment sur la Constitution civile.
Par ailleurs, les députés de la Constituante n'ayant pas été autorisés à se faire élire et à siéger à la Législative, beaucoup choisissent de militer dans les clubs Révolutionnaires de Paris. Ils entretiennent l'agitation Révolutionnaire.

Les souverains étrangers voyaient au départ la Révolution sans déplaisir, escomptant un affaiblissement de la France sur la scène internationale. Mais après les dérapages du printemps 1791, ils s'inquiètent pour le roi et craignent une contagion Révolutionnaire.
Pour preuve, la Révolution polonaise dirigée par Stanislas Poniatowski : Hugo Kołłątaj (il fait l'esquisse d'un programme changeant totalement les rapports entre les propriétaires terriens et les habitants des villes, les nobles et les bourgeois ; il soutient et incite l'Emancipation des bourgeois, participe à la rédaction des exigences des villes et à l'assemblée des représentants de Varsovie) rédige une pétition sur l’initiative de Jean Dekert, maire de Cracovie, signée par 141 villes : elle demande la participation de toutes les villes à la Diète, l’accès des bourgeois aux offices et le droit pour eux d’acquérir des domaines ruraux. Cela provoque une vive agitation. On parle de « Révolution à la française ». Les conservateurs font désigner une commission spéciale pour les villes. À la suite de longues discutions entre les projets du roi et ceux de la Diète, la loi sur les villes qui entérine les propositions de la pétition est votée le 18 avril. Le 3 mai la Diète de Pologne adopte une constitution proche de celle de la France de Louis XVI, destinée à moderniser la Pologne et à la renforcer contre l’empire russe. Le roi et les patriotes, appuyés par les manifestations dans les rues de la capitale, profitent du petit nombre de députés présents pour faire passer le texte. Le roi nomme les ministres, mais la Diète peut les révoquer. Elle délibère à la majorité de ses membres et non par ordre. Le sénat voit ses pouvoirs diminués. Les diétines perdent leurs attributions législatives. Rien n’est dit sur le sort des paysans sinon qu’ils sont « sous la protection juridique du gouvernement » et que tous les ordres sont soumis à l’Égalité devant l’impôt. Quant eux, les Roumains de Transylvanie, en prévision de la convocation de la Diète, réclament l’Egalité des Droits civils et politiques pour la Nation roumaine. Remis à l’empereur Léopold II en mars, le mémoire est renvoyé par Vienne à la Diète de Klausenburg (Cluj) qui le rejette avec indignation.

Louis XVI, son entourage et les émigrés français poussent les souverains étrangers à intervenir.
Le 27 août 1791, le roi de Prusse Frédéric-Guillaume II, l'empereur allemand Léopold II et l'Électeur de Saxe ont une entrevue à Pillnitz, en Saxe. À la suite de celle-ci, l'empereur exige des Révolutionnaires français qu'ils rétablissent le roi de France dans la plénitude de ses droits. Depuis la fuite à Varennes, en effet, Louis XVI, beau-frère de l'empereur, a été suspendu de ses droits. Louis XVI, qui ne se résigne pas à un rôle de figurant, pousse à la guerre en espérant que la victoire des souverains restaurera son pouvoir absolu.
À l'Assemblée législative, le parti de la Montagne, dont les membres participent aussi au Club des Jacobins, pousse à la guerre, sous l'influence de plusieurs députés du département de la Gironde, comme Jacques-Pierre Brissot de Warville (38 ans, Démocrate sincère, il s'est fait connaître avant la Révolution en fondant la société des Amis des Noirs). Ses partisans, les Brissotins, que l'on appellera plus tard Girondins, espèrent comme lui que la guerre obligera le roi à prendre parti pour ou contre la Révolution. Ils dénoncent la menace que font peser les émigrés en armes aux frontières du pays et rêvent sans le dire d'étendre la Révolution au reste de l'Europe : les Girondins parlent alors d'une guerre des Peuples contre les rois, d'une croisade pour la Liberté. Robespierre, au Club des Jacobins, appréhende la guerre et veut inverser les priorités : « Domptons d'abord nos ennemis du dedans et ensuite nous marcheront à tous les tyrans de la terre ». Il n'est pas écouté mais au plus fort de l'invasion, c'est à lui que l'on fera appel pour sauver le pays.
La mort de Léopold II, relativement conciliant, et l'avènement de son fils François II, nettement plus agressif, servent les intérêts du camp de la guerre.
Le 10 mars, le roi se sépare de son ministre des Finances, Narbonne, qui appartient comme les autres ministres au club des Feuillants, partisan loyal de la monarchie.
Là-dessus, le ministre des Affaires étrangères Lessart est accusé de haute trahison par Brissot. Tous les ministres démissionnent en signe de protestation. Partisan de la politique du pire, le roi les remplace par autant de ministres brissotins : Clavière aux Finances, Roland à l'Intérieur, Dumouriez aux Affaires étrangères, Servan à la Guerre,...
Cette alliance contre nature entre Louis XVI et les ennemis de la monarchie débouche sur la déclaration de guerre à l'empereur. Le 20 avril 1792, l'Assemblée législative (sur une proposition du roi Louis XVI) déclare la guerre au « roi de Bohême et de Hongrie », en fait le puissant archiduc d'Autriche et empereur d'Allemagne, neveu de Marie-Antoinette.
Mais les choses se compliquent car le roi de Prusse fait alliance avec ce dernier. Face à cette coalition qu'elle n'escomptait pas, la France fait piètre figure. Son armée est dans un état pitoyable. Du fait des désertions et de l'absence de ressources, les effectifs sont tombés de 150.000 à 80.000 hommes. Les deux tiers de ses 9.000 officiers ont d'autre part émigré. Depuis la levée de volontaires nationaux décidée après la fuite du roi à Varennes, on peut toutefois rajouter à ces effectifs 169 bataillons soit environ 100.000 hommes. Ces volontaires se distinguent par leur uniforme bleu des bataillons de ligne réguliers en uniforme blanc. La France prend l’offensive, avant même que la moindre troupe coalisée n’ait fait mouvement. Dès l'été, la France est envahie par les armées prussiennes et autrichiennes cependant que le duc de Brünswick, qui commande les armées prussiennes menace les Parisiens d'un mauvais sort. Leur véritable baptême du feu aura lieu au pied du moulin de Valmy. L’intérêt des puissances européennes est que la France s’enlise dans sa Révolution, que ce pays, qui est encore, au XVIIIè siècle, la plus grande puissance européenne, se déchire le plus longtemps possible, soit mis à l’écart des grandes affaires de l’Europe et du monde. Déjà sa puissance s’est érodée sous Louis XV, où elle a perdu son prestige militaire et les plus beaux fleurons de son empire colonial. Sur le continent, c’est l’Autriche, la Prusse, à un moindre degré la Russie, qui affirment leur puissance montante dans une Europe qui bouge, tandis qu’au-delà des mers triomphe l’Angleterre. De ces années désastreuses, l’équilibre européen sort modifié, à notre détriment. Ecraser la Révolution, remettre Louis XVI sur son trône sont loin d’être les désirs les plus chers de nos voisins. Ainsi, pour enfoncer le clou, les troupes coalisées effectuent une retraite tactique face aux Français à Valmy : on leur laisse croire qu’ils ont gagné de par leur seule force et foi Révolutionnaire, alors qu’en réalité c’est un cadeau empoisonné fait par des ennemis autrement plus puissants qui souhaitent s’amuser avec un pays qui va s’entre-déchirer !

Depuis sa fuite jusqu'à Varennes, le roi Louis XVI et sa famille sont assignés à résidence au palais des Tuileries, à l'ouest du Louvre, sous la surveillance du Peuple. Le roi dispose pour sa protection d'une Maison militaire de peu d'efficacité, composée de gardes français, travaillés par la propagande Révolutionnaire et peu fiables, d'autre part de gardes suisses. Ces soldats vivent entre eux, sous le commandement d'officiers suisses et donnent ainsi peu de prise à l'agitation ambiante. Pour les patriotes, l'idée d'un complot de la noblesse, de la cour et des prêtres réfractaires pour abattre la Révolution se développe. L’assemblée vote alors trois décrets permettant la déportation des prêtres réfractaires, la dissolution de la garde personnelle du roi et la constitution d’un camp de gardes nationaux Fédérés pour défendre Paris. Louis XVI y oppose son veto aux décrets sur les réfractaires et sur les Fédérés. Cette situation provoque une nouvelle flambée Révolutionnaire, qui voit le Peuple investir les Tuileries le 20 juin, le jour de l'anniversaire du serment du Jeu de paume. Il lui reprochait le renvoi des ministres patriotes girondins et l’inaction des armées face à la menace extérieure.
Mais pour une fois, le roi tient bon. Il accepte cependant l'humiliation de porter le bonnet phrygien (promu par les Girondins au printemps 1792, le bonnet rouge du Peuple deviendra ensuite l’emblème du mouvement sans-culotte et le signe éclatant de l’Egalité) devant les sans-culottes mais refuse de céder. L'Assemblée législative contourne le véto royal en proclamant « la patrie en danger » le 11 juillet 1792 et en demandant à tous les volontaires d'affluer vers Paris.
Un climat Insurrectionnel s’instaure, les sections étant réunies en permanence.
Chacun se prépare à l'invasion étrangère et l'on soupçonne le roi d'être de connivence avec son beau-frère, l'empereur d'Allemagne François II. Le 25 juillet, le chef de l'armée prussienne, le duc de Brunswick, fait savoir au gouvernement que Paris sera détruite si la vie du roi est à nouveau menacée. Quand le manifeste de Brunswick est connu des Révolutionnaires parisiens, ceux-ci investissent l'Assemblée et demandent la destitution de Louis XVI.
Les sections exigent de l’Assemblée nationale la proclamation de la déchéance du roi et menacent de passer aux actes si elle n’obtempère pas avant le 9 août. L'Assemblée refuse. Les sans-culottes parisiens se préparent ouvertement à une nouvelle « journée Révolutionnaire ». Dans la nuit du 9 au 10 août, le tocsin sonne aux clochers de la capitale.
Au matin du 10 août sous l’égide de Danton, une « Commune Insurrectionnelle » s'installe à l'Hôtel de ville, au lieu et place de la municipalité légale. Formée par 52 commissaires désignés avec la participation des Citoyens, elle défendit les idées des sans-culottes parisiens et devint un des organes principaux du gouvernement imposant son pouvoir en province. La Commune Insurrectionnelle de Paris contribua à la création du Tribunal révolutionnaire (17 août 1792), destiné à juger les suspects, resta passive face aux Massacres de septembre 1792, imposa la proscription des Girondins (2 juin 1793), la loi du maximum général (29 septembre 1793), l'institution de la Terreur et participa au mouvement de déchristianisation. Dominée en 1793 par le Comité de salut public dirigé par Robespierre, Saint-Just, et Couthon, titulaire des pouvoirs de police, elle nomma les policiers de Paris chargés d'incarcérer en masse les suspects. La Commune Insurrectionnelle de Paris perdit son influence après l'élimination des Hébertistes (24 mars 1794), la Convention nationale supprima la Commune de Paris et décida de guillotiner 93 de ses membres. La Constitution de l'an III (1795) remplaça la Commune de Paris par douze municipalités distinctes, coordonnées par un bureau central afin d'empêcher une nouvelle dictature populaire.

Devant le refus de l’Assemblée de respecter l’ultimatum, patriotes parisiens et Fédérés des départements envahissent les Tuileries le 10 août 1792.
Le roi gagne la terrasse des Feuillants. Face à lui, la foule des Parisiens l'accueille par des insultes : «À bas le veto ! À bas le gros cochon !». Le roi, la reine et le dauphin traversent alors le jardin des Tuileries pour chercher refuge au sein de l'Assemblée.
Le jeune officier d'artillerie Bonaparte est à ce moment-là au Carrousel, chez son condisciple Bourrienne. Ayant déjà assisté à l'Emeute du 20 juin, il en avait tiré cet avertissement : « Les misérables ! On devrait mitrailler les premiers cinq cents, le reste prendrait vite la fuite !».
Le roi se réfugie dans l'enceinte de l'Assemblée législative, mais celle-ci, prenant acte du succès de l'Emeute, se retourne contre lui en le suspendant de ses fonctions. La constitution de 1791 étant, de fait, devenue caduque, elle décrète aussi l’élection d’une Convention nationale en vue de prendre toutes mesures « pour assurer la souveraineté du Peuple et le règne de la Liberté et de l'Egalité ».
En vue des élections des députés de la Convention, elle abolit les distinctions entre Citoyens actifs et Citoyens passifs. Elle instaure pour la première fois le suffrage universel (masculin) à deux degrés pour décider des nouvelles institutions du pays. Le soir du 10 août (séance de 9 heures), l’Assemblée législative désigne par acclamation un conseil exécutif provisoire, composé de six membres, comprenant Danton, ministre de la Justice, et Gaspard Monge, ministre de la Marine. Après une nuit de fortune, la famille royale est emmenée au donjon du Temple, médiocre reste de la forteresse de Pierre de Molay, au nord de Paris. En passant par la place Vendôme, elle peut voir la statue de Louis XIV jetée à bas : bientôt ce sera le tour de leurs têtes !
Ainsi s'effondre une monarchie presque millénaire qui avait construit la France de génération en génération, par des conquêtes et des alliances matrimoniales.
Les troupes ennemies marchent sur Paris inexorablement, faisant tomber les forteresses les unes après les autres. C’est dans ce contexte que Danton déclare le 2 septembre 1792 : « De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace et la Patrie sera sauvée ». Le Peuple, entre panique et rancœur, rend responsable de la situation les ennemis de l'intérieur. Entre le 2 et le 6 septembre 1792, il massacre les prêtres réfractaires, les suspects d'activité contre-révolutionnaire et les détenus de droit commun incarcérés dans les prisons à Paris. Les tueries durent plusieurs jours sans que les autorités administratives osent intervenir, et les députés ne les condamneront pas avant plusieurs mois. Ces massacres de Septembre, qui frappent l'opinion, marquent un tournant essentiel dans la Révolution.

Les élections à la Convention se déroulent au cœur des massacres de Septembre. Sur 7 millions d’électeurs, on estime que 90 % se sont abstenus. Le choix des députés appartient donc à une minorité décidée. Comme en 1789, le scrutin à deux tours a pour effet d'éliminer les classes populaires de la représentation nationale. Les élus sont presque tous issus de la bourgeoisie. Un tiers vient des métiers de justice. La Convention se réunit pour la première fois. Elle dispose provisoirement des pouvoirs législatif et exécutif. Elle décide d'abolir la royauté. Le 22 juin 1791, alors que l’on ignorait encore à Paris l’arrestation du roi à Varennes, le club des Cordeliers envoyait une adresse aux députés de l’Assemblée exigeant la république. Toutefois, cette adresse était loin de faire l’unanimité ; de nombreux membres, comme Danton, prônaient seulement la déposition du roi et l’instauration d’un conseil de régence. Ce point de vue était également celui du club des Jacobins. Quant à la majorité patriote de l’Assemblée, l’événement la plonge dans l’embarras. Elle reste en effet profondément monarchiste et refuse de se laisser entraîner à l’établissement de la république, synonyme pour beaucoup de désordre (voire d’Anarchie au sens propre du terme) ou, au mieux, de dangereuse Utopie.

Le 22 septembre 1792, la république est proclamée. C'est pour les Révolutionnaires, le début d'une ère nouvelle. Malgré la relative homogénéité sociale de l’Assemblée, deux camps antagonistes s'opposent. Les Brissotins ou Girondins se méfient du Peuple parisien. Leurs appuis sont en province et parmi la riche bourgeoisie du négoce et des manufactures. Ils sont très attachés aux Libertés individuelles et économiques de 1789 et répugnent à prendre des mesures d'exception pour sauver la jeune république à laquelle ils sont pourtant attachés.
Les Montagnards sont plus sensibles aux difficultés du Peuple. Ils sont prêts à s'allier au Peuple, notamment aux sans-culottes de la Commune de Paris et à prendre des mesures d'exception pour sauver la république. Leurs chefs sont, entre autres, Robespierre, Danton, Marat, Saint-Just.
A présent, la Lutte s’engageait de manière encore plus radicale entre Girondins et Montagnards : leur vision éthique était trop contradictoire pour espérer une entente cordiale, alors même qu’ils avaient commencé la Révolution ensemble. Les premiers reconnaissaient les humains comme naturellement « imparfaits » (mais qu’est-ce que la perfection, et existe-t-elle seulement ?), avec leurs vices (mais aussi leurs vertus) et leur égoïsme (mais également générosité), comprenant de fait (sans excuser pour autant) le droit au préjugé et à l’erreur, tout autant que l’aspiration au progrès et au bonheur. Les gens du sommet des gradins du Club des Jacobins aspirait à un air pur, et voulait donc ignorer les faiblesses et turpitudes du genre humain : obnubilés par Rousseau (l’humain naît naturellement bon, c’est la société qui le corrompt : leitmotiv des terroristes modernes comme des instigateurs de la Terreur et des totalitarismes), ils entendaient construire un autre monde, par la force et le pas cadencé vers la vertu, marqué par l’angélisme de leur conception de l’humain.
Les Girondins, qui dominaient l’Assemblée et pour un large temps le Club des Jacobins, rendirent furieux les Montagnards par leur mainmise sur le nouveau pouvoir, lorsqu’ils s’emparèrent au printemps 1792 du ministère et déclarèrent la guerre aux dynasties européennes pour sauvegarder / consolider les acquis d’une Révolution jugée aboutie dans ces grands principes, et pour les exporter auprès des autres Peuples. Bien que les Montagnards n’approuvaient pas toujours l’idéologie des sans-culottes (la radicalité des doctrines sociales et économiques des clubs populaires les effarouchaient), ils les travaillèrent au corps (eux qui avaient déjà la peur et la faim au ventre) à grosse dose de propagande afin de renverser la monarchie (qu’ils ne dénigraient pas au départ – si ce n’est ce roi là et ce style-là de gestion royale) et d’abattre les Girondins.
Les Girondins quant à eux étaient des plus effrayés par rapport aux pouvoirs usurpés de la Commune légale (par l’Insurrectionnelle) et par les agitateurs de Paris couverts par les Montagnards. Ils voulaient surtout assurer l’Indépendance et la Liberté de la Convention, noyautés par un Peuple manipulé dans ses plus bas instincts, d’autant plus facilement qu’il s’ouvrait doucement à la vie Citoyenne et à ses côtés obscurs (désinformation, propagande plus ou moins grossièrement mensongère, culte des personnalités, …).
Alors que les Girondins se bornaient à rester dans le Droit en respectant les ressources légales et les débats parlementaires, les Montagnards, dans l’illégalité la plus totale, recouraient aux forces populaires de l’Insurrection chaque fois que la majorité leur échappait à la Convention.
Ainsi, lors du procès du roi, il fallut décider qui déciderait du sort de Louis XVI. Les Girondins avaient essayé d'éviter le procès du roi craignant que celui-ci ne ranime la contre-révolution et ne renforce l'hostilité des monarchies européennes. Mais, la découverte de « l'armoire de fer » aux Tuileries le 30 novembre 1792 rendit le procès inévitable (les documents trouvés dans ce coffre secret prouvent sans contestation possible la trahison de Louis XVI). L’opinion française et l’armée étant plutôt favorable à la clémence (sans rien excuser pour autant), Robespierre s’appuya sur les patriotes zélés pour marquer sa victoire et sa « pré-science » sur ce qui était vraiment bon pour le pays (comme dans tout totalitarisme qui se respecte, le chef sait, les autres se doivent de suivre aveuglément). Mais les Girondins, soucieux d’offrir un jugement équitable et digne (principe de base d’une vraie justice, véritablement Juste), s’emportèrent et réclamèrent à corps et à cri le respect de la doctrine constitutionnelle et en appelèrent au Peuple par le biais d’un référendum.
À l'issue des débats, le roi est reconnu coupable à une écrasante majorité, 693 voix contre 28. Il est condamné à mort par une majorité plus étroite, 366 voix contre 334. Le sursis et l'appel au Peuple demandés par les Girondins est repoussé. La solution montagnarde l’emporta, inaugurant une république étrangère à ses propres principes Démocratiques. Un état policier et terroriste se mettait en place, état dictatorial où la surveillance était partout, la confiance nulle part, la sûreté pour personne.

Les souverains d'Europe réagissent en formant la première coalition en février 1793. Les Girondins décident alors le 24 février 1793 la levée de 300 000 hommes. Cette levée doit se faire par tirage au sort, ce qui rappelle fâcheusement les pratiques de l'Ancien Régime. L'annonce de cette levée provoque des Soulèvements ruraux en Alsace, en Bretagne et dans le Massif Central, Soulèvements aussitôt réprimés par la force. Mais la Convention vote une loi qui met en place une véritable logique de terreur : tout Rebelle pris les armes à la main sera exécuté dans les 24 heures sans procès.
Début mars 1793, l'Insurrection vendéenne commence. Au Sud de la Loire, la levée des 300 000 permet une alliance des paysans déçus par la Révolution, du clergé réfractaire et des nobles. Alors que les départements n'existent que depuis 1789 et que l'Insurrection se développe bien au delà de la Vendée, très vite, à la Convention, on parle de « Guerre de Vendée », argument des Montagnards et des Sans-culotte pour stigmatiser la mollesse des Girondins et réclamer des mesures d'exception auxquelles ces derniers répugnent. Les Girondins sont obligés d'accepter la création du Comité de Salut Public et du Tribunal Révolutionnaire.
Depuis des semaines, Marat dénonçait comme traître à la patrie le héros de Valmy, le vainqueur de la Belgique, que Danton voulait envoyer conquérir la Hollande. S'attaquer au général Dumouriez apparut d'abord de la part de Marat comme une folie. Au cours d'un séjour à Paris, Dumouriez intrigua, laissa percer son ambition personnelle et la politique modérée qui allait le conduire à la trahison. Marat devenait chaque jour plus violent. Enfin, le 31 mars, il annonce aux Jacobins la fuite de Dumouriez et somme Danton de s'en expliquer puisqu'il n'a cessé de le protéger. Le Peuple s'ameute contre les députés suspects. Directement menacés, les Girondins jettent les dés. Un appel aux armes vient d'être publié aux Jacobins, la Gironde en accuse Marat et le décrète d'arrestation. Il est trop tard pour endiguer le flot qui monte. La désertion de Dumouriez a porté à son comble la popularité de Marat : son procès sera la condamnation des Girondins. Il est notable que, par un étrange symbole de cette Révolution, l'appel nominal pour le scrutin (vote nominal motivé) ne fut réclamé à la Convention que pour Louis XVI et Marat : parfaite image des deux forces entre lesquelles comptait s'élever la bourgeoisie Révolutionnaire, l'ancien régime et le Peuple. Marat se constitua prisonnier et fut acquitté le 24 avril. La pression populaire avait été si vive que son acquittement ne pouvait faire de doute. La foule le porta en triomphe ; on va maintenant frapper les coupables, tous ceux dont Marat a déjà demandé l'arrestation et que la Convention a refusée comme elle a ajourné son plan économique que reprendra plus tard le Comité de salut public.
En avril-mai 1793, Hébert est de ceux qui désignent les Girondins à la vindicte populaire. Le coup d’arrêt tenté par la Convention, qui fait arrêter Hébert le 24 mai 1793, échoue devant la réaction menaçante des sections. La popularité d’Hébert en est considérablement renforcée. Il est alors un des chefs de la Révolution en marche.
Le 2 juin 1793, à partir de la légende selon laquelle, avec l’aide des départements, les Girondins méditaient, contre Paris, un démantèlement de la France, les Girondins furent éliminés de la Convention sous la pression des gardes nationaux. Les Montagnards se sont alliés avec les factions les plus extrémistes du Peuple parisien pour parvenir au pouvoir. A l'appel de Robespierre, des sans-culottes parisiens guidés par Varlet et Roux, chef de fil des Enragés, encerclent la Convention et réclament la mise en accusation des députés de la Gironde qui gouvernent le pays. Ils leur reprochent leur incapacité à faire face à l'invasion étrangère et les soupçonnent de préparer le retour de la monarchie. Le 2 juin, les 25 députés girondins seront arrêtés et envoyés à la guillotine. A la faveur de ce coup d'état parisien, les députés de la Montagne prendront le pouvoir et installeront la Grande Terreur. C’était la fin, pour longtemps, du rêve d’un état tolérant, basé sur la Démocratie et la Liberté, où la justice avait toute sa place dans le cadre du pluralisme et de la diversité. La porte était ouverte à l’idéologie radicale, motivée par la rigidité de principes et de contraintes méprisant les humains et voulant leur imposer une perfection qui poussa à la paranoïa.
L’attitude d’Hébert change après la mort de Jean-Paul Marat (13 juillet 1793, assassiné par la Fédéraliste Charlotte Corday) et la crise de l’été : elle tend à se radicaliser toujours davantage. Jusqu’en août 1793, on voit Hébert soutenir avec fracas les Montagnards contre les Girondins.
Les frontières ont été franchies par les Espagnols au Sud-Ouest, les Piémontais au Sud-Est, les Prussiens, les Autrichiens et les Anglais au Nord et à l'Est. Pour conjurer ces périls et sous la pression des sans-culottes, les Montagnards prennent des mesures radicales. Hébert et ses amis restent néanmoins soucieux de ne pas trahir les intérêts profonds de la bourgeoisie et désavouent les sans-culottes lorsqu’ils prônent des mesures extrémistes en matière économique.
La Convention vote en juillet 1793, une constitution assez Démocratique et décentralisée, ratifiée par référendum. La Constitution de l'an I cherche à établir une véritable souveraineté populaire grâce à des élections fréquentes au suffrage universel, le mandat impératif et la possibilité pour les Citoyens d'intervenir dans le processus législatif. Il n'existe pas d'équilibre des pouvoirs. La Constitution de l'An I consacre un régime d'assemblée où le pouvoir est concentré entre les mains d'une seule assemblée. Elle est unique et élue pour un an au suffrage universel direct. Elle exerce le pouvoir législatif avec la participation des Citoyens par référendum. Le pouvoir exécutif est confié à un conseil composé de 24 membres qui sont élus indirectement par le Peuple. Il n'a aucun pouvoir d'action contre l'assemblée (aucun veto, aucun droit de dissolution, aucune initiative des lois). Approuvée par référendum dans des circonstances assez particulières (il y eut 5 millions d'abstentionnistes sur 7 millions d'électeurs en raison de la publicité du vote), cette Constitution ne fut jamais appliquée en raison de l'état de guerre intérieure et extérieure.

En province, les députés girondins qui ont pu échapper à la répression parisienne, appellent à la Révolte contre Paris dans les départements soutenus par les autorités départementales. À Marseille, à Lyon, les partisans des Girondins chassent les maires montagnards du pouvoir.
Tout ce que voulaient les Girondins était de redistribuer le pouvoir au plus près des besoins locaux, notamment au niveau des départements dernièrement créés. Face à l’hypercentralisation chère aux pouvoirs absolus d’ancien régime autant que de la nouvelle république (pour s’accaparer et imposer une vision toute personnelle de la politique, sans conciliation ni concession possibles), les Girondins et les Peuples départementaux aspiraient à une Fédération d’entités regroupées et respectueuse des spécificités et attentes de chacun. A la chute des Girondins, de nombreuses Insurrections Fédéralistes éclatèrent contre le régime central castrateur (Lyon, Bordeaux, …).
Violemment réprimées par la Convention Montagnarde, elles provoquèrent le renforcement de la Terreur et du pouvoir central. Dés l'installation de la Commune de Paris le 10 août 1792, s'exprima le mécontentement des provinces devant la centralisation Révolutionnaire et la dictature de Paris. La crise devint Insurrection lors de l'éviction des chefs girondins qui, pour la plupart, fomentèrent des Révoltes. L'Insurrection toucha particulièrement l'Ouest, le Sud-Est et le Sud-Ouest. Marseille Résista jusqu'en août 1793. Lyon soutint un siège de deux mois et la ville de Toulon, soutenue par les Anglais, se rendit en décembre 1793 en particulier grâce au jeune Napoléon Bonaparte. Les représentants en mission munis de pouvoirs dictatoriaux, réussirent à vaincre les Soulèvements mais l'œuvre décentralisatrice de la Constitution de 1791 fut définitivement ruinée.
La Terreur (qui donnera le nom de terroriste) allait s’installer, avec son cortège d’absolutisme meurtrier, où tous ceux qui ne sont pas d’accord à 200% sont jugés ennemis à la Cause Révolutionnaire (comme plus tard Lénine et tout autre communiste, s’inspirant de Robespierre, pour le « bien commun »).

Après la fin de la Terreur avec la chute de Robespierre, François Noël Babeuf, connu sous le nom de Gracchus Babeuf (23 novembre 1760 à Saint-Quentin (Picardie) – Paris le 8 prairial an V, soit le 27 mai 1797), un Révolutionnaire français, fomenta contre le directoire la « conjuration des Égaux » et fut exécuté. Sa doctrine, le babouvisme, est précurseur du communisme.

Inspiré par la lecture de Rousseau, et constatant les conditions de vie très dures de l'immense majorité de la population, il développe des théories en faveur de l'Egalité et de la Collectivisation des terres. En 1788, il commence l'écriture du Cadastre perpétuel, qui sera édité en 1789.
En mars 1789, Babeuf participe à la rédaction du cahier de doléances des habitants de Roye. Suite à l'échec de son Cadastre perpétuel et surtout au début de la Révolution française, il devient journaliste. Il est ainsi correspondant du Courrier de l'Europe (édité à Londres) à partir de septembre 1789.
Il se bat contre les impôts indirects, organise pétitions et réunions, prônant une société nouvelle sur la base de l´Egalité des jouissances, l´appropriation Collective du sol et des fabriques. Il se rattache ainsi au mouvement des sans-culottes de Paris, tout en élargissant leurs conceptions à la France rurale. En conséquence, il est arrêté le 19 mai 1790 et emprisonné. Il est libéré en juillet, grâce à la pression du Révolutionnaire Jean-Paul Marat. À la même époque, il rompt avec le catholicisme (il écrira en 1793 : « Le christianisme et la Liberté sont incompatibles »).
Il lance son propre journal en octobre 1790, Le Correspondant picard, dans lequel il s'insurge contre le suffrage censitaire mis en place pour les élections de 1791. Le journal est contraint à la disparition quelques mois plus tard, mais Babeuf continue à se mobiliser aux côtés des paysans et des ouvriers picards. Il est contraint de fuir à Paris en février 1793.

Revenu à Paris, Babeuf prend parti pour les jacobins contre les girondins. Il entre en mai 1793 à la Commission des subsistances de Paris. Il y soutient les revendications des sans-culottes.
Il est ensuite emprisonné du 14 novembre 1793 au 18 juillet 1794. Dix jours après sa libération, c'est le coup d'état contre Robespierre et les montagnards, le 9 thermidor (27 juillet 1794). Babeuf critique l'action des montagnards concernant la Terreur, disant : « Je réprouve ce point particulier de leur système », mais inscrit son action dans leur continuité, tout en voulant passer de l'Egalité « proclamée » à l'Egalité dans les faits (la « parfaite Egalité » pour laquelle il milite).
À partir du 3 septembre 1794, Babeuf publie le Journal de la Liberté de la presse, qui devient le 5 octobre Le Tribun du Peuple. Ce journal acquiert une forte audience. Il adhère à la même période au Club électoral, club de discussion de sans-culottes. Le 3 novembre, il demande que les femmes soient admises dans les clubs.

Abandonnant le prénom Camille, qu'il avait adopté en 1792, il se fait alors appeler Gracchus, en hommage aux Gracques, initiateurs d'une réforme agraire dans la Rome antique. Babeuf défend la nécessité d'une « Insurrection Pacifique ». Il est de nouveau incarcéré le 19 pluviôse (7 février 1795).
De fait, nombre de Révolutionnaires sont alors en prison, ce qui est l'occasion pour Babeuf de se lier avec des Démocrates comme Augustin Darthé ou Filipo Buonarroti.
Né à Pise dans une famille de patriciens toscans descendant du frère du grand artiste Michel-Ange (Michelangelo Buonarroti), en 1789, il s'enthousiasme pour la Révolution et se rend en France, avant de passer en Corse, en novembre, pour y propager les idées Révolutionnaires. Considérant l'île comme un conservatoire des formes primitives de communautarisme et d'Egalitarismes agraires, il s'intéresse au régime de la propriété, notamment des propriétés communales. Arrêté à Menton comme « robespierriste » en mars 1795, il est enfermé à la prison du Plessis, à Paris, où il fait la connaissance de François-Noël Babeuf. Tous deux élaborent une doctrine communiste. Libéré, Buonarroti est parmi les fondateurs du club du Panthéon, dont il est un temps président, et y introduit les écrits et analyses de Babeuf.
Libéré le 18 octobre 1795, Babeuf relance rapidement la publication du Tribun du Peuple.
Le gouvernement a une politique de répression de plus en plus forte avec la fermeture du Club du Panthéon, où sont présents nombre d'amis et de partisans de Babeuf, et la tentative d'arrestation de Babeuf en janvier 1796. Mais il parvient à s'enfuir et entre dans la clandestinité.
Cette impossibilité d'agir légalement aboutit à la création de la
« Conjuration des Egaux » dirigée par Babeuf, Darthé, Filipo Buonarroti, Sylvain Maréchal, Félix Lepeletier (frère de l'ancien député Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau), Antoine Antonelle. Le réseau des « Égaux » recouvre tous les arrondissements de Paris et de nombreuses villes de province, dans un contexte d'exaspération sociale due à la vie chère. À sa tête, un « Directoire secret de salut public », dirigé par Babeuf, coordonne la Lutte. Le but est de continuer la Révolution, et d'aboutir à la Collectivisation des terres et des moyens de production, pour obtenir « la parfaite Egalité » et « le Bonheur commun ». Ils demandent également l’application de la Constitution de l'an I (datant de 1793, première constitution de la république, qui ne fût en fait jamais appliquée). Les idées de la Conjuration sont en particulier exposées dans le « Manifeste des Égaux » (1796). On peut y lire : « Il nous faut non pas seulement cette Egalité transcrite dans la Déclaration des Droits de l'humain et du Citoyen, nous la voulons au milieu de nous, sous le toit de nos maisons. Qu'il cesse enfin, ce grand scandale que nos neveux ne voudront pas croire ! Disparaissez enfin, révoltantes distinctions de riches et de pauvre, de grands et de petits, de maîtres et de valets, de gouvernants et de gouvernés. L'instant est venu de fonder la république des Egaux, ce grand hospice ouvert à tous les humains. L'organisation de l'Egalité réelle, la seule qui réponde à tous les besoins, sans faire de victimes, sans coûter de sacrifices, ne plaira peut-être point d'abord à tout le monde. L'égoïste, l'ambitieux frémira de rage ».
Plusieurs quartiers de Paris apparaissent gagnés par les idées des Égaux, et les proches de Babeuf ne prennent plus la peine de dissimuler leur activité séditieuse aux yeux de la police. Solidement implantée dans Paris, la propagande babouviste ne touche cependant pas que la capitale et l'on évoque les mêmes thèmes çà et là en province. Le Directoire considère que la propagande babouviste agite dangereusement l'opinion et, le 2 mai 1796, il ordonne le licenciement et le désarmement de la légion de police car, séduite par « la faction babouviste », elle devenait chaque jour plus indisciplinée.
Grâce aux informations d'un indicateur, la police arrête Babeuf, Buonarroti, Darthé et les principaux meneurs des Égaux le 10 mai 1796. Une tentative populaire de les Libérer échoue le 29 juin. Une deuxième tentative échoue également. Pour éviter que le Peuple ne les Libère, les Égaux sont transférés à Vendôme (Loir-et-Cher).
Une haute cour est constituée, et le procès s'ouvre à Vendôme le 20 février 1797 en présence de deux ministres. Le 16 avril, Lazare Carnot, qui entendait faire cesser les revendications Egalitaires, avait fait voter une loi qui punissait de mort l'apologie de la Constitution de 1793 et les appels à la dissolution du Directoire. Babeuf, à qui on reproche l'initiative du complot, et Darthé, qui s'est enfermé lors des débats dans le mutisme le plus total et à qui l'on reproche la rédaction de l'ordre d'exécution des Directeurs, sont condamnés à mort. Babeuf et Darthé tentent de se suicider et sont guillotinés le 27 mai 1797. Buonarroti, Germain et cinq autres accusés sont condamnés à la déportation. Cinquante-six autres accusés, dont Jean-Baptiste-André Amar, sont acquittés.

Certains parlent d'un courant politique qui serait propre à Babeuf, le babouvisme dont se rapprocherait Auguste Blanqui, revendiquant l'Egalitarisme et esquissant un présocialisme utopique. Friedrich Engels et Karl Marx ont reconnu en lui un premier véritable militant communiste, et en la Conjuration des Egaux « le premier parti communiste ». Selon Rosa Luxemburg, Babeuf est « le premier précurseur des Soulèvements Révolutionnaires du prolétariat ».
À Paris après 1830, Buonarroti fonde plusieurs loges maçonniques, devient un membre actif de la Charbonnerie (société initiatique et secrète – qui tire son nom des rites d'initiation des forestiers fabriquant le charbon de bois dans le Jura à l'origine –, originaire d'Italie, à forte connotation politique, qui eut un rôle occulte important sous la Révolution Française, et qui contribua efficacement à l'unification de l'Italie).
Après 1817, le carbonarisme entretint une Agitation endémique dans la péninsule. Elle débuta par le Soulèvement de Macerata, dans les Marches pontificales (1817), et elle culmina dans la vague Révolutionnaire de 1820-1821, à Naples et en Piémont où Charles-Albert de Savoie-Carignan, héritier du trône, avait encouragé les Conspirateurs. En juillet 1820, une Insurrection à Naples fut organisée par les Carbonari et dirigée par le général Gabriel Pepe, qui demanda à Ferdinand Ier une constitution. La Révolte de Nola obligea Ferdinand Ier à accorder une constitution libérale au royaume de Naples et prendre pour premier ministre le chef de l’Insurrection. En mars 1821, une Insurrection au Piémont fut organisée par les Carbonari et dirigée par l'officier Santorre di Santarosa, qui obtint l'abdication du souverain et l'accession au trône d'un roi libéral Charles-Albert.
Dans les deux cas, le souverain accorda une constitution. Dans les deux cas, les troupes autrichiennes intervinrent pour rétablir l'absolutisme dans le cadre de la politique des Congrès : congrès de Troppau en octobre 1820 et de Laybach en janvier 1821 : le pape défendait le principe de légitimité face aux mouvements Insurrectionnels d’Espagne et de Naples et approuvait les interventions des forces de la Sainte-Alliance (conférence de Vienne réunissant les princes allemands contre les menaces de Révolutions). Dans les deux cas, la constitution fut ensuite abrogée et la répression féroce.
Buonarroti écrivit de nombreux textes et il publia notamment en 1828 à Bruxelles, une Histoire de la Conspiration pour l'Egalité, dite de Babeuf qui le rendit célèbre et le fit apparaître comme l'ancêtre des Révolutionnaires « professionnels » de l'Europe.
Un des principaux instigateurs des mouvements Révolutionnaires des années 1830, il intervient à la Société des Droits de l'Homme. Il joue également un grand rôle dans la formation politique de Raspail, de Louis Blanc ou d'Auguste Blanqui. Arrêté une dernière fois à 72 ans, en octobre 1833, il meurt dans la misère, aveugle, en 1837.

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Published by Collectif des 12 Singes - dans Lendemain du Grand Soir
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