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20 janvier 2005 4 20 /01 /janvier /2005 22:14

Après la Révolution politique, place à la question sociale

Télécharger le fichier : 03 - Les crépuscules des dogmes


Les bourgeois ont chassé les pères des « soldats » de l’ « armée du général Ludd » des terres sur lesquelles ils vivaient. Ils devinrent ouvriers tisserands, puis arriva l’outil, le métier à tisser mécanique. En 1811, dans les campagnes d’Angleterre, durant trois mois, ils frappent les fabriques, détruisent les métiers à tisser, se jouant des gardes et des connétables : c’est la Révolte des luddistes, briseurs de machines. Le gouvernement envoya contre eux des dizaines de milliers de soldats et de civils en armes. Une loi infâme établit que les machines comptaient plus que les personnes et que quiconque les détruisait serait pendu. Lord Byron mit en garde : « N’y a-t-il pas assez de sang dans votre code pénal, qu’il se doive en verser encore pour qu’il monte au ciel et témoigne contre vous ? Comment appliquerez-vous cette loi ? Enfermerez-vous un pays entier dans ses prisons ? Dresserez-vous un échafaud dans chaque champ pour y pendre des hommes comme des épouvantails à corbeaux ? Ou simplement mettrez-vous en œuvre une extermination ? Est-ce cela les remèdes pour une population affamée et désespérée ? »

La révolution industrielle bouleverse l'Angleterre du début du XIXè siècle. Dans le milieu du textile, trois professions sont particulièrement menacées par l'apparition de métiers mécaniques : les tondeurs de drap, les tisserands sur coton et les tricoteurs sur métier. Ceux qui les pratiquent sont des artisans assez puissants, bien organisés malgré les lois de 1799 interdisant toute association en Angleterre (Combination Acts), et mieux lotis que les ouvriers qui travaillent dans les usines. Ces métiers très techniques sont déterminants pour la qualité des draps ou des tissus : selon le travail d'un tondeur de drap, par exemple, le prix du produit fini peut varier de 20%.
Les années 1811-1812 cristallisent les rancœurs des couches populaires anglaises et spécialement celles de ces artisans. C'est que, outre la crise économique, les mauvaises récoltes et la famine, ces années marquent la fin des politiques paternalistes qui protégeaient les artisans et le lancement en grande pompe de la politique du « laissez-faire » (on parlerait aujourd'hui de libéralisme économique). Les anciens droits des tondeurs et tisserands leur sont donc enlevés, et ils se trouvent démunis pour se battre contre des manufactures et des usines utilisant des machines plus performantes et pratiquant des méthodes de gestion du personnel proches de l'esclavage.
Les salaires des tondeurs chutent, les commandes aussi, et leur cri contre l'industrialisation d'un savoir-faire ancestral et la destruction d'un métier rencontre un écho désespéré dans la classe populaire écrasée par une paupérisation du travail.
* Mars 1811 : à Nottingham, une manifestation syndicale de tondeurs sur drap est sévèrement réprimée par les militaires. Dans la nuit, 60 métiers à tisser sont détruits par un groupe issu des manifestants. Il s'agit d'un mouvement spontané.
* Novembre 1811 : le mouvement s'est organisé et certains leaders commencent à répandre la Contestation, notamment au Yorkshire. De nombreuses fabriques font l'objet de destructions « ciblées » puisque seuls les métiers des patrons ayant pratiqué des baisses de prix sont disloquées.
* Hiver 1811-1812 : le mouvement s'étend encore et devient Insurrectionnel. Les attaques de fabriques deviennent planifiées et méthodiques. Les luddistes attaquent en petits groupes, ils sont armés et masqués.
* Avril 1812 : dans le Yorkshire, où c'est presque la Révolution, une attaque de luddistes contre une fabrique à Rawfolds échoue, de nombreux ouvriers sont tués. Le mouvement se radicalise.
* Mai 1812 (le 11) : le Premier Ministre Spencer Perceval est assassiné.
* Été 1812 : les actions armées se poursuivent, des collectes d'argent s'organisent. Une vraie conspiration prend naissance, avec pour objectif de renverser le gouvernement.
* Fin 1812 : le mouvement se poursuit dans le Lancashire, mais la Révolte y est plus spontanée et moins organisée. La répression du gouvernement britannique se fait plus dure.

Des actions dans des fabriques se poursuivront sporadiquement jusqu'en 1817. Si des luddistes sont actifs jusqu'en 1817, leurs destructions deviennent de plus en plus désespérées. En fait, les trois métiers mentionnés vont quasiment disparaître à l'aube des années 1820.
Le mouvement s'est rapidement diffusé dans toute l'Angleterre et une véritable guerre s'est engagée entre les luddites et le gouvernement britannique. On estime qu'à une certaine période, l'Angleterre avait mobilisé plus d'hommes pour combattre les luddites que pour combattre Napoléon.
En 1812, les artisans du textile essaient d'emprunter la voie constitutionnelle : ils proposent au parlement d'adopter une loi pour protéger leur métier. Ils paient au prix fort des avocats, font un vrai travail de lobbying, mais la loi n'est pas adoptée. Pendant ce temps, les luddistes ont obtenu une satisfaction partielle : les salaires ont augmenté, la pression économique s'est un peu relâchée. Et dans le même temps, les arrestations ont affaibli le mouvement.
En 1813, une loi instaurant la peine capitale pour le bris de machine est entérinée, malgré les protestations et les pamphlets de Lord Byron, entre autres. Treize luddistes sont pendus.
Si les luddistes disparaissent en tant que tels, ils vont cependant aller nourrir d'autres mouvements ouvriers du début du XIXè siècle. La Contestation deviendra souterraine ou légale avant de ressurgir en force quelques années plus tard et mener au Chartisme (mouvement politique issu des malaises sociaux que connaît le Royaume-Uni victorien de 1837 à 1848).

Le socialisme utopique qui se met en place, va tirer ses racines des différentes utopies sociales écrites au cours des siècles, dont la plus célèbre, mais pas la première est celle de Thomas More.
Le roi Henri VIII le prend comme maître des requêtes, puis à son Conseil privé, et l'envoie en missions diplomatiques et commerciales aux Pays-Bas (1515), où il rédige L'Utopie.
Ce livre portait un titre construit d'après une double racine grecque signifiant « lieu qui n'est nulle part » (ou-topos en grec), mais aussi
« lieu de bonheur » (eu-topos en grec). Utopie est régie par les mathématiques, pure manifestation de l'intelligible. Dans l'île, tout est mesurable parce que le nombre seul garantit l'égalité. Par exemple, toutes les rues de la ville d'Amaurote mesurent 6,5 m de largeur. Sur l'île, la propriété privée est inconnue, les Utopistes travaillent 6 heures par jour et prennent leur repas en commun. Le temps libre est consacré aux loisirs comme les échecs ou l'apprentissage des belles lettres.
Il accède en 1529 à la plus haute charge, celle de chancelier du Royaume, premier laïc nommé à ce poste. Thomas More a été béatifié en 1886 et canonisé en 1935. Le calendrier liturgique a étendu à partir de 1970 sa fête à l'Église universelle. Le pape Jean-Paul II l'a fait patron des responsables de gouvernement et des hommes politiques en l'an 2000.

On classe souvent classiquement et un peu rapidement l'ensemble des premiers socialistes parmi les socialistes utopiques. Parmi eux :
* Saint-Simon (1760-1835), suivi par la branche socialiste des saint-simoniens représentés par Saint-Amand Bazard. Il a également influencé le socialisme réformiste et le capitalisme positiviste ;
* Robert Owen (1771-1837) au Royaume-Uni, entrepreneur considéré comme le premier à mettre en pratique ses idées avec la création d'une communauté de travail, en Grande-Bretagne et aux États-Unis, dans les années 1810-1820. Il est considéré comme le pionnier du mouvement syndical et Coopératif en Grande-Bretagne ; il connut sa plus grande réussite dans l'éducation de la jeunesse, étant le créateur de l'école primaire en Angleterre. Malgré l'essor et les succès commerciaux des filatures, la mise en pratique de certains projets d'Owen impliquaient d'énormes dépenses ; ce qui n'était pas sans déplaire à ses associés. Lassé par ces gens qui ne cherchaient que le profit, Owen fonda une nouvelle société grâce à laquelle il allait donner libre cours à ses projets philanthropiques (1813). New Lanark devint un lieu de pèlerinage très fréquenté par les réformateurs socialistes, hommes d'état, personnages royaux et même par Nicolas, futur tsar. De l'avis général des visiteurs, les résultats obtenus par Owen étaient extraordinaires. Les enfants étaient joyeux, aimables, gracieux et respiraient la santé et le bien-être. Il existait entre Owen et ses ouvriers une entente réelle qui rendait le fonctionnement de la filature aisé et harmonieux. Les résultats de l'entreprise s'en ressentaient avantageusement. Les travaux d'Owen étaient bien perçus comme ceux d'un philanthrope, avec cette différence due à sa modernité, son originalité et son insupportable désintéressement. Il se rapprocha du socialisme dès 1817 et ses idées furent rapportées par la commission de la loi sur la pauvreté de la Chambre des Lords. Owen établit que la cause principale de la misère était à rechercher dans la rivalité entre le monde ouvrier et le système, et que la seule parade pour les humains consistait à s'unir pour contrôler l'outil de travail. Ces cantons (comme il les nommait), de plus en plus nombreux, Fédérés et unis se seraient développés par dizaines, centaines, milliers ; jusqu'à rassembler le monde entier dans une organisation et un intérêt commun. Ses projets de lutte contre la misère étaient accueillis avec grand intérêt. Le Times, le Morning Post et de nombreuses personnalités les approuvaient. Le duc de Kent, père de la reine Victoria, comptait parmi l'un de ses plus fervents supporters. En 1825, une expérimentation grandeur nature fut entreprise sous la direction d'un de ses émules, Abraham Combe, à Orbiston (près de Glasgow) et une autre l'année suivante, conduite par Owen lui-même à New Harmony dans l'Indiana (États-Unis). Dans les deux cas, ce fut un échec total au terme de deux ans. Il faut dire que la population était extrêmement hétérogène, accueillant aussi bien d'honnêtes gens que des vagabonds ou des aventuriers. Josiah Warren, l'un des membres de cette « New Harmony Society » prétendit que la communauté était vouée à l'échec : « Nous avons refait un monde en miniature… Nous avons recréées les conditions qui ont amené la Révolution française en privilégiant l'entité et en désespérant les cœurs… Les lois naturelles de la diversité ont repris le dessus… l'intérêt unitaire était en opposition avec les individualités, les circonstances et l'instinct de conservation de chacun… ». Les remarques de Warren sur les raisons de l'échec de la communauté contribuèrent au développement de l'Anarchisme individualiste américain dont il fut le principal théoricien. Déçu par l'échec de sa communauté de New Harmony, il abandonna ses activités capitalistes et prit la tête d'une campagne de propagande mêlant socialisme et laïcité. L'une des innovations majeures de ce mouvement fut en 1832 l'instauration d'une bourse du travail Equitable basée sur des annonces d'emploi, et d'où les intermédiaires habituels étaient supprimés. Le mot « socialisme » commença à être souvent entendu dans les débats de l' « Association of all Classes of all Nations » fondée en 1835 par Owen (29 ans avant la Ière Internationale) ;
* Charles Fourier (1772-1837), théoriciens des phalanstères. Philosophe français, fondateur de l’École sociétaire, considéré par Karl Marx et Engels comme une figure du « socialisme critico-utopique » dont un autre représentant fut Robert Owen. Plusieurs communautés utopiques, indirectement inspirées de ses écrits, ont été créées depuis les années 1830. Il pose en 1808 les bases d'une réflexion sur une société communautaire dans son ouvrage Théorie des quatre mouvements et des destinées générales, qu’il poursuivit sous forme d’un grand traité dit de l’Association domestique et agricole. Cet ouvrage monumental est publié, bien qu’inachevé, en 1822. Dans le but d’être mieux compris, il se contraignit ensuite à rédiger un résumé de sa théorie, intitulé Le Nouveau Monde industriel et sociétaire, qu’il publie en 1829. Le Phalanstère tire son nom de la contraction du mot « phalange » (groupement) et du mot « stère » (de monastère : établissement où des moines vivent en communauté). Il se forme par la Libre association et par l'accord affectueux de leurs membres. Pour l'auteur, les phalanstères formeront le socle d'un nouvel état. Dans la théorie de Charles Fourier, le phalanstère est une sorte d'hôtel Coopératif pouvant accueillir 400 familles (environs 2000 membres) au milieu d'un domaine de 400 hectares où l'on cultive les fruits et les fleurs avant tout. Chaque personne au sein du phalanstère œuvre selon ses affinités, tout en accordant une place particulière à l’agriculture, ainsi qu’aux arts et aux sciences. Il pose ainsi les premières bases d'une réflexion critique portant sur la société industrielle naissante et ses défauts les plus criants. La répartition entre l’intérêt individuel et l’intérêt collectif se réalise équitablement grâce à l’existence d’intérêts croisés, du fait même de la participation de chaque individu à de nombreux groupes (effet du libre essor de la passion du changement, la papillonne). Les dividendes attribués au groupe sont ensuite répartis entre les individus qui le composent, en prenant bien soin de s’appuyer sur la cupidité en premier (accord direct), afin que la générosité (accord indirect) puisse s’exprimer ensuite. Fort de ses convictions, il tente de faire réaliser un phalanstère expérimental par quelques mécènes fortunés, mais n’y parvient pas de son vivant. Après sa mort, quelques tentatives de création de communautés utopiques ont bien lieu, mais à part le Familistère de Godin, toutes faillirent du fait de querelles internes. De toute façon, aucune n'approche le bonheur promis par le théoricien socialiste, en raison du non respect de ses prescriptions, sans doute trop Libertaires pour l’époque de leur réalisation. Quoiqu'il en soit, par sa réflexion sur l’organisation du travail, sur les relations entre les sexes, entre l’individu et la société, il apparaît comme un précurseur et du socialisme et du féminisme français ;
* Étienne Cabet (1788-1856), promoteur de l’Icarie. Il adhère à la Charbonnerie, une société secrète d’entraide assez semblable à la franc-maçonnerie par son organisation et ses buts. Ses qualités et son zèle lui valent de se voir confier un rôle de dirigeant. À ce titre, il participe activement aux mouvements Insurrectionnels de juillet 1830. Après les « Trois Glorieuses » (27, 28 et 29 juillet 1830), il devient pour peu de temps secrétaire du ministre de la Justice, puis est nommé procureur général à Bastia. Dans cette dernière fonction il se distingue en défendant de nombreux accusés politiques et en professant des idées estimées trop Démocratiques par le pouvoir, ce qui lui vaut d’être bientôt révoqué. Élu député de la Côte-d'Or en 1831, il attaque avec violence le gouvernement de Louis-Philippe (lequel n’a pas tardé à arracher son masque de bourgeois débonnaire) dans un journal ultra-Démocratique fondé en septembre 1833 : Le Populaire. Interdite deux ans plus tard, la publication reparaîtra en mars 1841, encore plus virulente que la première version. Condamné en 1834 à deux ans de prison pour délit de presse, il préfère se réfugier en Angleterre où il fréquente notamment Martin Nadaud le maçon de la Creuse en passe de devenir député (1815-1898). Grâce à l’apport de ce dernier et de réformistes anglais, dont Robert Owen le philanthrope communisant (1771-1858), il poursuit sa formation politique. Lors de ce séjour forcé, il découvre également ces véritables bagnes que sont les usines. De retour en France cinq ans plus tard, il reprend son combat par la parole et l’écrit. Sous le titre de Voyage en Icarie, il édite en 1842 le plan d'une Utopie communiste. Selon Cabet, les communistes sont les disciples, les imitateurs et les continuateurs de Jésus-Christ et des premiers Chrétiens. Ceux-ci n’avaient-ils pas renoncé à la propriété individuelle ? Comment revenir à ce communisme primitif ? En éliminant d’abord la principale cause de la décadence actuelle : « L'inégalité de fortune, la propriété et la monnaie, enfantent les privilèges et l'aristocratie, puis l'opulence et la misère, puis la mauvaise éducation, puis la cupidité et l'ambition, puis tous les vices et tous les crimes, puis tous les désordres et le chaos, puis toutes les calamités et toutes les catastrophes. Et par conséquent le remède, l'unique remède du mal, c'est la suppression de l'opulence et de la misère, c'est-à-dire l'établissement de l'Egalité, de la communauté de biens et d'une bonne éducation ».

Le socialisme utopique englobe toutes les tentatives de création ex-nihilo de sociétés ou microsociétés de nature communiste ou socialiste, antérieures ou postérieures à la période d'apogée historique du socialisme utopique (1820-1870).
Le socialisme utopique se caractérise par la volonté de mettre en place de communautés idéales selon des modèles divers, certaines régies par des règlements très contraignants, d'autres plus Libertaires ; certaines communiste, d'autre laissant une plus grande part à la propriété individuelle.
Le socialisme utopique se caractérise surtout par sa méthode de transformation de la société qui, dans l'ensemble, ne repose pas sur une Révolution politique, ni sur une action réformiste impulsée par l'état, mais sur la création, par l'initiative de Citoyens, d'une contre-société socialiste au sein même du système capitaliste. C'est la multiplication des communautés socialistes qui doit progressivement remplacer la société capitaliste.
L'expression socialisme utopique est due à Friedrich Engels (Socialisme Utopique et Socialisme Scientifique, 1880). La pensée de Karl Marx et de Friedrich Engels se qualifie de socialisme scientifique par opposition au socialisme utopique qui n'aurait, selon eux, pas de caractère méthodique et rigoureux dans l'analyse de la société capitaliste.

Depuis la Révolution, le développement de l’industrie et du commerce (les petits ateliers d’artisans s’étant transformés au fur et à mesure en manufactures) ont attiré dans les villes des paysans désertant les campagnes dans l’espoir de toucher de meilleurs salaires.
De leurs désillusions et souffrances sortira au fur et à mesure le mouvement socialiste. Notamment grâce au succès de l’imprimerie, les masses populaires, renseignées par les journaux à un sou, ont pris goût à la politique et la volonté leur est venue d’y faire prédominer leur influence.

La bourgeoisie, qui gouvernait la France depuis la monarchie de Juillet (1830), dirigeait aussi la vie économique et elle s’y enrichissait. Cet enrichissement de la bourgeoisie se réalisait souvent au détriment de l’intérêt général. En effet, si la vie économique de la France présentait encore un caractère vieillot (nous avions loupé le coche de la révolution industrielle, commencée bien plus tôt en Angleterre), ce retard était dû en partie à l’égoïsme et à l’étroitesse d’esprit de la bourgeoisie. Pour créer un outillage moderne, il eût fallu importer de la houille et du fer en grande quantité et à bas prix, mais les industriels et les maîtres de forges de Lorraine et du Nord, désireux de se réserver le marché intérieur, furent assez puissants dans les chambres et au gouvernement pour faire maintenir les droits de douane qui excluaient les produits étrangers.
Pendant ce temps, les salaires des ouvriers baissaient et la misère du Peuple des villes formait avec la richesse exubérante de la bourgeoisie une fracture sociale insoutenable pour beaucoup.
La Révolution de 1789, qui avait transformé leur condition politique en leur donnant la Liberté et l’Egalité (en Droit en tout cas), avait aggravé leur condition économique. Elle avait en effet supprimé les corporations (loi Le Chapelier de juin 1791 : loi restée fameuse dans l'histoire du monde ouvrier, interdisant toutes les associations patronales et salariales, autrement dit les syndicats, ainsi que la Grève ; la Révolution, dans sa méfiance du groupe, dans son exaltation des Libertés Individuelles, mettait les ouvriers dans l'incapacité de s'organiser pour la défense de leurs Droits pour près d'un siècle) qui jouaient dans une certaine mesure le rôle des sociétés de secours mutuels : l’ouvrier se trouvait isolé en face des patrons, donc faible, et ainsi incapable de défendre avec chance de succès ses intérêts.

Lors des élections de 1827, les libéraux (ceux qui prônent la Liberté, autant de la presse que du commerce) deviennent majoritaires à l’assemblée, et Charles X consent à nommer un premier ministre à mi-chemin entre ses opinions ultra et l’orientation de la nouvelle chambre. Il appelle le vicomte de Martignac à former un ministère semi-libéral, semi-autoritaire. Mais, continuant sur sa lancée, l’opposition libérale grandit et s’affirme.
Constatant l’échec de cette tentative de compromis, Charles X prépare, en sous-main, un revirement de politique : pendant l’été 1829, alors que les Chambres sont en vacances, il renvoie subitement le vicomte de Martignac et le remplace par le prince de Polignac.
Au début de 1830, le climat en France est électrique. L’opposition est chauffée à blanc par les maladresses du ministère. L’hiver 1829-1830 a été particulièrement rigoureux, et l’économie est morose. Des bandes de miséreux errent dans les campagnes.
Les principales mesures sont d’ores et déjà arrêtées : nouvelle dissolution de la Chambre des députés, modification de la loi électorale, organisation de nouvelles élections, suspension de la liberté de la presse.
Le 16 mai 1830, alors qu’un corps expéditionnaire français est prêt à partir à la conquête d’Alger, Charles X dissout la Chambre des députés.
À partir du 10 juillet, le roi et les ministres préparent les ordonnances dans le plus grand secret. Même le préfet de police et les autorités militaires ne sont pas mis dans la confidence, de sorte que rien n’est préparé pour maintenir l’ordre dans la capitale.
L’opposition libérale, qui se doute qu’un coup de force se prépare, redoute une Insurrection populaire qu’elle n’est pas certaine de pouvoir maîtriser. La grande majorité des députés libéraux, issus de l’aristocratie ou de la bourgeoisie aisée, ne sont nullement Démocrates.
Après des Emeutes qui tournent vite en Insurrection puis en Révolution, les Trois Glorieuses (26/27/28 juillet 1830) mettent fin au règne de Charles X.

Le 30 juillet, députés et journalistes entrent en scène pour récupérer la Révolution populaire au profit de la bourgeoisie, en jouant sur la peur. Après quelques jours d’hésitation entre république et solution orléaniste, la monarchie de Juillet est finalement instituée. A force d'intrigues, une poignée d'hommes, dont le vieux Talleyrand (la merde dans un bas de soie dixit Napoléon) et le jeune Thiers (futur massacreur de la Commune de 1871), écartent les républicains et portent sur le trône le duc d'Orléans. Ils espèrent réitérer en France la « Glorieuse Révolution » qui a permis aux Anglais, en 1688, par le changement de monarque, d'installer une monarchie parlementaire durable. La bourgeoisie parisienne dame le pion aux républicains désorganisés.
Déçus de la non proclamation de la république (que le Peuple attendait plus ou moins, mais encore une fois il fut manipulé, notamment à raison avec les vieilles peurs des expériences passées – de seulement 40 ans), les républicains allaient voir leurs rangs grossir par la suite des faiblesses de Louis-Philippe face à une bourgeoisie toujours plus puissante et dominatrice.
A l’occasion des obsèques du général Lamarque, très populaire à cause de ses opinions libérales, une importante Emeute fut violemment réprimé dans le sang par le pouvoir fraîchement mit en place.

A Lyon, en 1831, sur dix jours, éclata la première Révolte des canuts : les négociants de Lyon avaient fortement abaissé les salaires des chefs d’ateliers et des ouvriers. Sur l’initiative du conseil des prud’hommes et avec l’assentiment du préfet, une assemblée de délégués vota un tarif minimum des salaires. Mais les négociants, appuyés par le gouvernement (bourgeois, qui ne souhaitait pas voir ce genre de mesure ce répandre comme une traînée de poudre), refusèrent de s’y soumettre. Sur les collines de la Croix Rousse, un drapeau noir (symbole de la guerre à outrance et par suite de l’Anarchie) fut arboré avec l’inscription « Vivre en travaillant ou mourir en combattant ». Une partie de la Garde Nationale ainsi que des habitants des faubourgs se joignirent aux canuts et les autorités durent abandonner la ville. Poussés par la misère, les ouvriers furent maîtres de la ville pendant quatre jours, jusqu’à ce que 50 000 hommes les obligent à se soumettre.
Cette Révolte des canuts a fait naître dans la conscience ouvrière le sentiment d'une réelle communauté d'intérêts. Et c'est le point de départ d'une ère revendicative, que la détresse physique et morale des ouvriers dans cette période de capitalisme naissant devait accentuer.
En 1834, à nouveau, les Canuts se Révoltèrent devant leurs conditions de vie misérable, pendant que les bourgeois s’enrichissaient avec le commerce de la soie. La Société des Droits de l’Homme voulut généraliser le mouvement à toute la France, mais la crise économique était terminée et le Peuple ne bougea pas.
L'armée occupe la ville et les ponts. Rapidement les premières fusillades éclatent avec la troupe, qui tire sur la foule désarmée. Aussitôt, les rues se couvrent de barricades. Les ouvriers organisés prennent d'assaut la caserne du Bon-Pasteur et se barricadent dans les quartiers en en faisant de véritables camps retranchés, comme à la Croix-Rousse. C'est le début de la « Sanglante semaine ».
Adolphe Thiers, ministre de l'Intérieur, va appliquer une tactique qu'il rééditera en 1871 pour écraser la Commune de Paris : se retirer de la ville, l'abandonner aux Insurgés, l'encercler, puis la reprendre.

Débouchant, en France, sur la fondation d'un nouveau régime, la monarchie de Juillet, qui conforte l'association aux affaires publiques de la bourgeoisie industrielle et financière, les Trois Glorieuses sont également à l'origine d'une première effervescence Révolutionnaire en Europe, annonciatrice du « printemps des Peuples » de 1848.
L'année 1848 vit une floraison de Révolutions à travers l’Europe, appelées dans leur ensemble le Printemps des Peuples ou le Printemps des Révolutions. Elles ont généralement été réprimées, bien que les conséquences n'aient pas été négligeables (sauf en Allemagne).
Le Congrès de Vienne avait restauré les monarchies dans tous les états conquis par la France lors des guerres de la Révolution française ou des guerres napoléoniennes.
Cependant les courants politiques opposés nés de la Révolution, notamment le libéralisme, ainsi que le nationalisme, progressaient.

Le gouvernement issu de Juillet, mû par la petitesse d'esprit des rentiers et des propriétaires de cette époque, se méfiait trop des classes populaires. Les bourgeois libéraux, quant à eux, rêvaient d'épopées et vivaient dans le souvenir de la Grande Révolution et de Napoléon Ier. Leur opposition à la monarchie de Juillet se nourrit des caricatures qui ridiculisent la personne du roi et des scandales qui discréditent les grandes familles (ainsi le meurtre horrible de la duchesse de Choiseul-Praslin par son mari pendant l'été 1847).
Louis-Philippe Ier apparaît comme le « roi-bourgeois » par excellence. Sa vie paisible aux Tuileries, auprès de la reine Marie-Amélie et de leurs cinq fils, reflète les aspirations de la bourgeoisie de son époque. Son règne est une longue période de Paix et de relative prospérité durant laquelle, fait exceptionnel, n'apparaît aucun impôt nouveau. La seule guerre notable est la conquête de l'Algérie.
Le gouvernement mené par Guizot persistait à n’accorder le droit de suffrage qu’aux Citoyens aisés payant suffisamment d’impôts. Il repoussait les projets de réforme électorale que ses partisans, même les plus dévoués, apportaient aux chambres, et bientôt la question de la réforme devint une source d’agitation continuelle (en plus des autres questions, notamment sociales, non résolues depuis 1789 et qui s’étaient aggravées entre-temps).

Les Emeutes sont les résultats de plusieurs années d'une crise économique sans précédent, puisqu'il s'agit à la fois d'une crise d'ancien régime et d'une crise du capitalisme moderne.
Au milieu des années 1840, Marx et Engels prennent une part active dans la vie alors bouillonnante des groupes Révolutionnaires parisiens. Beaucoup d'entre eux étaient particulièrement influencés par les doctrines de Pierre-Joseph Proudhon exprimées principalement dans son ouvrage Philosophie de la misère. Marx en fait une critique très sévère dans Misère de la Philosophie.
Pierre-Joseph Proudhon, né le 15 janvier 1809 à Besançon dans le Doubs et mort le 19 janvier 1865 à Passy, était un publiciste, économiste, sociologue et socialiste français, le premier à se qualifier d'Anarchiste. Proudhon est célèbre pour sa fameuse citation « la propriété, c'est le vol ! » dans son mémoire Qu'est ce que la propriété? Ou recherches sur le principe du droit et du gouvernement, qui fut son premier ouvrage majeur, publié en 1840.
La publication de « Qu'est-ce que la propriété? » attire l'attention des autorités françaises mais aussi de Karl Marx qui entame une correspondance avec Proudhon. Les deux hommes s'influencent mutuellement ; ils se rencontrent à Paris où Marx est en exil. C'est le livre Qu'est ce que la propriété ? qui aurait convaincu Marx que la propriété privée devait être abolie. Dans un de ses premiers travaux, La Sainte Famille, Marx écrit : « Non seulement Proudhon écrit dans l'intérêt du prolétariat, mais il est lui-même un prolétaire, un ouvrier. Son travail est un manifeste scientifique du prolétariat français ». Leur amitié s’achève quand, en réponse à La Philosophie de la misère de Proudhon, Marx écrit La Misère de la philosophie.
Proudhon donna dans son Système des contradictions économiques publié en 1846 une explication de la société fondée sur l'existence de réalités contradictoires. Ainsi la propriété manifeste l'inégalité mais est l'objet même de la Liberté, le machinisme accroit la productivité mais détruit l'artisanat et soumet le salarié, in fine la Liberté elle-même est à la fois indispensable mais cause de l'inégalité. Ces contradictions sont éternelles et n'annoncent nullement l'autodestruction du capitalisme qu'aurait annoncé Marx.

Dans son livre « Les Confessions d’un Révolutionnaire pour servir à l’histoire de la Révolution de Février », Proudhon écrit entre autres choses la fameuse phrase « l'Anarchie c'est l'ordre sans le pouvoir ». Il tenta de créer une banque nationale qui donne des prêts sans intérêts, similaire d'une certaine façon aux mutuelles d'aujourd'hui.
Proudhon est surpris par la Révolte parisienne de février 1848. Il participe au Soulèvement et à la composition de ce qu'il nomme « la première proclamation républicaine » de la nouvelle république. Mais il avait des doutes à propos du nouveau gouvernement, parce qu'il poursuivait une réforme politique aux dépens d'une réforme socio-économique que Proudhon tenait pour fondamentale.
Pendant la deuxième république, Proudhon développe ses activités de journaliste. Il est impliqué dans quatre journaux différents: Le Représentant du Peuple (février 1848 - Août 1848), qu'il publie et dont il tire la notoriété qui le fera élire; Le Peuple (Septembre 1848 - Juin 1849); La Voix du Peuple (Septembre 1849 - Mai 1850); Le Peuple de 1850 (Juin 1850 - Octobre 1850). Ces journaux sont tous condamnés et supprimés successivement. Il s’illustre par son style polémique, combatif, ses incessantes critiques des politiques du gouvernement et sa campagne en faveur d’une réforme du crédit.
Parallèlement, il publie Solution du problème social, dans lequel il présente un programme de coopération financière mutuelle entre travailleurs. Il pensait ainsi transférer le contrôle des relations économiques depuis les capitalistes et financiers vers les travailleurs. Son projet s'appuie sur l'établissement d'une « banque d'échange » qui accorderait des crédits à un très faible taux d’intérêt (le taux n'est pas nul en raison des coûts de fonctionnement), ainsi que sur la distribution de billets d’échange qui circuleraient à la place de la monnaie basée sur l'or, qui serait supprimée.

Sur la demande insistante du gouvernement prussien, Marx, considéré comme un dangereux révolutionnaire, est chassé de Paris en 1845. Il arrive alors à Bruxelles. La maison qu'il occupe au 50 de la rue Jean d'Ardenne à Ixelles entre janvier 1847 et février 1848 sert de point de rencontre à tous les opposants politiques. Marx participe à l'Association Démocratique de Bruxelles, dont il est élu vice-président.
Wilhelm Weitling (1808-1871), ouvrier tailleur et écrivain suisse, membre de la ligue des justes (groupe socialiste créé en 1836 à Paris par des socialistes allemands en exil), il était l'un des représentants du socialisme utopique, apprécié par Marx qui rompit avec lui en 1846.
Il publie en 1838 « L'Humanité telle qu'elle est et telle qu'elle devrait être », puis en 1842 « Garanties de l'Harmonie et de la Liberté ». Il défend un projet de société socialiste et communiste. Il appelle de ses vœux une Révolution sociale qui priverait les riches des moyens de s'enrichir aux dépens des pauvres. Il met en avant le rôle du prolétariat, dont il fait lui-même partie.
Avec la condamnation des communistes de Cologne, en 1852, le rideau tombe sur la première période du mouvement ouvrier autonome allemand. Cette période s'étendit de 1836 à 1856 ; et, en raison de la dissémination des ouvriers allemands à l'étranger, le mouvement se fit sentir dans presque tous les états civilisés.
En 1834, les réfugiés allemands fondèrent à Paris la Ligue secrète républicaine Démocratique des proscrits. En 1836, il s'en détacha les éléments les plus extrêmes, pour la plupart prolétariens, qui fondèrent une nouvelle ligue secrète, la Ligue des justes. La ligue-mère fut bientôt plongée en plein sommeil. La nouvelle ligue, par contre, eut un développement relativement rapide. A l'origine, c'était un rejeton allemand du communisme ouvrier français, inspiré de réminiscences de Babeuf, qui se développait à cette époque même à Paris ; la communauté des biens était réclamée comme une conséquence nécessaire de l' « Egalité ». Les buts étaient identiques à ceux des sociétés parisiennes secrètes de ce temps : partie association de propagande, partie association de conjuration, Paris restant cependant toujours le centre de l'action Révolutionnaire, bien que l'on ne se défendît nullement de fomenter à l'occasion des troubles en Allemagne. Mais, comme Paris restait le champ de bataille décisif, la Ligue n'était alors, en fait, que la section allemande des sociétés secrètes françaises, surtout de la Société des saisons, fondée par Blanqui et Barbès, avec laquelle elle était en relations étroites. Les Français déclenchèrent l'Insurrection le 12 mai 1839 ; les sections de la Ligue emboîtèrent le pas et furent entraînées ainsi dans la défaite commune : l'Insurrection à Paris, où les ouvriers Révolutionnaires jouèrent un rôle essentiel, fut préparée par la Société des saisons ; la Révolte ne fut pas appuyée par les larges masses et fut écrasée par les troupes gouvernementales et la Garde nationale.

Au printemps 1847, Marx et Engels rejoignent la Ligue des justes et assurent sa réorganisation. Toutes les anciennes appellations mystiques datant du temps des conspirations furent supprimées, et la Ligue s'organisa en communes, cercles, cercles directeurs, comité central et congrès, et prit dès lors le nom de « Ligue des communistes » : « Le but de la Ligue, c'est le renversement de la bourgeoisie, le règne du prolétariat, la suppression de la vieille société bourgeoise fondée sur les antagonismes de classes et la fondation d'une nouvelle société sans classes et sans propriété privée ». Ils y prennent une place prépondérante lors de son second congrès à Londres en novembre 1847. À cette occasion, on leur demande de rédiger le Manifeste de la Ligue, connu sous le nom de Manifeste du Parti communiste, qui paraît en février 1848.
L'organisation elle-même était absolument Démocratique, avec des dirigeants élus et toujours révocables ; ce seul fait barrait le chemin à toutes les velléités de conspiration qui exigent une dictature, et transformait la Ligue, du moins pour les temps de paix ordinaires, en une simple société de propagande. L'ancienne devise de la Ligue « Tous les Hommes sont frères », avait été remplacée par le nouveau cri de guerre : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » qui proclamait ouvertement le caractère international de la Lutte.

Interdits de réunion, les républicains contournent la loi en organisant à partir du 9 juillet 1847 des banquets qui réunissent des centaines de participants autour de quelques éminents orateurs. On en compte pas moins de 70 à Paris et dans les grandes villes du royaume au cours des sept mois suivants.
Dans des banquets organisés par les députés de l’opposition, les orateurs attaquaient avec force le gouvernement. Le 22 février 1848, un de ces banquets fut interdit à Paris ; les étudiants et les ouvriers manifestent à Paris. Ils sont rejoints le lendemain par la garde nationale composée de petits bourgeois. La rue commence à se calmer lorsque le roi renvoie enfin son premier ministre, le triste et impopulaire François Guizot, qui a dirigé le gouvernement pendant sept longues années (un record).
Le 23 des échauffourées provoque la mort d’une cinquantaine d’Insurgés, qui seront promenés le lendemain dans la ville sur des charrettes pour montrer la violence du pouvoir face à de justes revendications.
Dans la foulée, Paris se Soulève et se trouve hérissée de barricades.
Dans la nuit, Louis-Philippe rappelle Adolphe Thiers, qui l'a porté au pouvoir 18 ans plus tôt, mais le remède est sans effet et, dans son palais des Tuileries, le vieux roi (75 ans) commence à désespérer.
Le 24 février, Adolphe Thiers lui conseille rien moins que de s'enfuir à Saint-Cloud et de reconquérir Paris à la tête de son armée. Le roi, horrifié à la perspective de faire couler le sang de son Peuple, s'y refuse comme avant lui Louis XVI et Charles X (Thiers, rallié à la république en 1871, n'aura pas ces scrupules quand il s'agira d'éliminer les Communards).
Au terme de trois jours d'Emeutes et de malentendus, l'opposition libérale obtient le départ du roi Louis-Philippe 1er, le « roi-bourgeois » par excellence.

La duchesse d'Orléans, non sans panache, se présente avec ses deux enfants au Palais Bourbon où siègent les députés. Ceux-ci inclinent à approuver la régence quand, tout à coup, la foule envahit les lieux. Les républicains commencent à se manifester. Un cri retentit appelant à se rendre à l'Hôtel de Ville !
C'est ainsi qu'un petit groupe de républicains, à l'instigation de Ledru-Rollin et du vieux poète Lamartine (58 ans), se rendent dans le lieu mythique de la Grande Révolution, celle de 1789, dans la perspective de rééditer les exploits de leurs aînés (leurs propres héritiers n'agiront pas différemment à la chute de Napoléon III). Lamartine, Ledru-Rollin, Arago, Dupont de l'Eure et Marie proclament dans la nuit l'avènement d'un gouvernement républicain. Ainsi naît la IIè république. Deux jours plus tard, Lamartine convainc les républicains d'adopter le drapeau tricolore (à défaut du drapeau rouge du sang versé par le Peuple lors de tant de Révoltes et Révolutions qui n’avaient pas tant fait avancer les choses que ça : il rallie les Insurrectionnalistes et les barricadiers et était à l'origine, sous la Révolution, le drapeau symbolisant la loi martiale ; le Peuple a repris ce symbole pour se moquer des monarques et des soldats), fait adopter le suffrage universel (enfin masculin, fallait pas non plus déconner à l’époque), fait par ailleurs abolir la peine de mort pour les délits politiques ainsi que l’esclavage (déjà aboli par 1789 mais remit en place par Napoléon).
La Révolution parisienne a un énorme retentissement dans les élites européennes. Devant la contagion Révolutionnaire, les monarques concèdent des Constitutions à Berlin, Munich, Vienne, Turin,...
C'est « le printemps des Peuples », à Rome, le pape lui-même est chassé par les Révolutionnaires avec brutalité.
Au bout de quelques mois, la réaction aura partout raison du romantisme Révolutionnaire.
A Paris, les romantiques applaudissent au défilé des délégués européens. Les plus appréciés sont les Italiens et les Allemands. A Paris sévissait alors les légions Révolutionnaires. Italiens, Espagnols, Belges, Hollandais, Polonais, Allemands, se groupaient en bandes pour délivrer leurs patries respectives. Comme tous les ouvriers étrangers se trouvaient, au lendemain de la Révolution, non seulement sans travail, mais encore en butte aux tracasseries du public, ces légions avaient beaucoup de succès. Le nouveau gouvernement y vit le moyen de se débarrasser des ouvriers étrangers ; il leur accorda donc l'étape du soldat jusqu'à la frontière ; mais, quand ils arrivaient à la frontière, le toujours larmoyant ministre des Affaires étrangères, le beau parleur Lamartine, trouvait bien l'occasion de les trahir et de les livrer à leurs gouvernements respectifs.
En août 1849, présidant le Congrès international de la paix, Victor Hugo lance, prophétique : « Un jour viendra où vous France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse Individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure et vous constituerez la Fraternité européenne ».

Déroutée par la facilité de sa victoire de février, l'opposition parlementaire ne sait que faire de sa république. Elle tente en vain de ressusciter l'esprit de la « Grande Révolution » mais méconnaît gravement les changements qui se sont produits en un demi-siècle.
Subrepticement, à Paris, les revendications sociales ont pris le pas sur les idéaux politiques. Les républicains trouvent des auxiliaires dans les socialistes. Ces personnes demandaient la transformation de la société afin de faire disparaître la misère. D’après leurs chefs (Louis Blanc, Proudhon, Fourier, Saint-Simon, Pierre Leroux), l’état devrait organiser le travail et en répartir Equitablement le produit entre tous les travailleurs (quasiment l’équivalent d’impôts inversés).
Plusieurs signes pourraient éclairer les contemporains : ainsi, dans le langage courant, on regroupe tous les bourgeois sous le terme d'oisifs pour mieux les opposer aux travailleurs. Et l'année même de la chute de Louis Philippe, Karl Marx et Friedrich Engels publient le Manifeste du parti communiste. Auparavant, de nombreux socialistes définirent et expérimentèrent de nouvelles formes « utopiques » d’organisation du travail au bénéfice de tous les membres de la société.

La seconde république échouera sur la question sociale. Ses reculades, dès le mois de juin 1848, ouvriront la voie au second empire.
Une Assemblée constituante est élue le 13 avril dans la précipitation pour mettre en place les institutions de la IIe république. Le suffrage universel amène à l'Assemblée une forte majorité de notables provinciaux, très conservateurs et méfiants à l'égard du Peuple ouvrier de Paris.
Dans l'attente d'une Constitution, c'est une Commission exécutive issue de l'Assemblée qui dirige le pays. Le gouvernement provisoire, après avoir créés les Ateliers nationaux (notamment par le biais de Louis Blanc), avait publié ensuite un décret réduisant d'une heure la durée de la journée de travail pour tous les salariés parce que, selon ses termes, « un travail manuel trop prolongé non seulement ruine la santé mais en l'empêchant de cultiver son intelligence porte atteinte à la dignité de l'humain ».
C'est ainsi que la journée de travail était tombée à... dix heures à Paris et à onze en province (serait-ce que le travail était plus éprouvant à Paris qu'ailleurs ?). Ces ateliers de bienfaisance avaient été créés quelques mois plus tôt par le gouvernement provisoire de la
IIè république issue des journées Révolutionnaires de Février. Ils avaient pour vocation de procurer aux chômeurs un petit revenu en échange d'un travail symbolique mais utile à l’Intérêt Général.
La commission du Luxembourg décide le 20 juin de supprimer les Ateliers nationaux avec l'espoir d'étouffer ainsi l'agitation ouvrière. C'est le contraire qui se passe. Sur 120.000 ouvriers licenciés par les Ateliers nationaux, 20.000 descendent dans la rue le 23 juin 1848. Ils forment jusqu'à 400 barricades et lancent de violentes Emeutes de la faim provoquées par la fermeture des Ateliers nationaux. Mais Proudhon s'oppose à l'Insurrection en prêchant une conciliation Pacifique, posture en accord avec son engagement contre la violence qui ne se démentira pas. Il désapprouve les Révoltes et les manifestations en février, mai et juin 1848 bien que sympathisant des injustices sociales et psychologiques que les Insurgés avaient été forcés d'endurer. Il considère que les forces de la réaction sont responsables des événements tragiques. Proudhon est le premier théoricien connu à se désigner lui-même comme un « Anarchiste ». Il écrit dans Du principe Fédératif que la notion d' « anarchie », en politique, est tout aussi rationnelle et positive qu'aucune autre. Il défendait la Liberté individuelle contre toute force dominante : l'église, la religion et toute espèce de dictature, l'individu ne devant jamais être sacrifié à l'intérêt général ou la justice sociale.

Sans excès de précaution, la Commission exécutive charge le général Louis-Eugène Cavaignac (républicain sincère mais fervent opposant aux « rouges » socialisant) de la répression. Celle-ci est terrible, à la mesure de l'effroi qu'éprouvent les bourgeois de l'Assemblée. Le 25 juin 1848, les Insurgés résistent encore à l'Est de la capitale, entre Bastille et Nation.
Monseigneur Denis Affre, archevêque de Paris (55 ans), s'interpose entre les Insurgés et la troupe, sur une grosse barricade. Un crucifix à la main appelle les frères ennemis à la réconciliation. Les coups de feu s'interrompent. Mais un roulement de tambour réveille les pulsions de mort. Les coups de feu reprennent. L'archevêque s'écroule. Le lendemain, le général Lamoricière prend d'assaut cette barricade ainsi que toutes celles qui suivent (au total 65 entre Bastille et Nation !). C'est la fin de l'Insurrection.

Au total, du 23 au 26 juin, en trois jours de combats dans l'ensemble de la capitale, on relève 4.000 morts parmi les Insurgés et 1.600 parmi les forces de l'ordre.
Le gouvernement républicain arrête 15.000 personnes et en déporte des milliers sans jugement. Les journées de Juin 1848 coupent la
IIè république de sa base populaire. Signe des temps, le 9 septembre 1848, le décret du 2 mars sur la journée de dix heures est abrogé.

Aux élections présidentielles de décembre 1848, l'absence d'une opposition républicaine de gauche et le discrédit dans lequel sont tombés les républicains permettent au prince Louis-Napoléon Bonaparte, neveu de l'empereur, de se faire élire président de la république sans trop de mal, en promettant la Paix et des réformes sociales.
Alexis de Tocqueville (1805-1859) avait dénoncé dès janvier 1848 l'aveuglement de la bourgeoisie face à la montée des revendications sociales. Adolphe Thiers, également membre de la Commission (ancien ministre de Louis-Philippe, que les chansonniers surnomment Foutriquet en raison de sa petite taille), proposera d’ailleurs à la Commission rien moins que d'évacuer la capitale et d'y revenir en force pour éradiquer la racaille socialiste et ouvrière. Thiers avait déjà proposé un plan similaire à Louis-Philippe lors des émeutes de Février mais le roi l'avait rejeté avec horreur, ne voulant pas faire couler le sang du Peuple.
La Commission exécutive de 1848 rejette également ce plan mais en mars 1871, quand il deviendra lui-même « chef du gouvernement provisoire de la IIIè république », Thiers l'appliquera pour de bon, ce qui aura pour effet de provoquer la tragédie de la Commune.

Le 13 juin 1849, à Paris, la défaite des Insurrections allemandes de mai, la répression de la Révolution hongroise par les Russes, marquèrent la fin d'une grande période de la Révolution de 1848. Mais la victoire de la réaction n'était encore rien moins que définitive. Une réorganisation des forces Révolutionnaires dispersées s'imposait, et par suite celle de la Ligue. Mais tout comme avant 1848, les circonstances interdisaient toute organisation publique du prolétariat ; il fallait donc de nouveau recourir à l'organisation secrète.

La première association internationale ouvrière fut fondée à Londres le 28 septembre 1855 par des proscrits français, allemands, polonais, belges et anglais. De sévères luttes d'influence entre proudhoniens bon teint et Anarchistes radicaux ne lui permettent pas d'exister au-delà de 1859. Cette tentative atteste au moins une volonté d'union parmi les fractions les plus avancées de la classe ouvrière des pays d'Europe Occidentale.
Proudhon se veut l'apôtre du socialisme scientifique, qui va prendre la forme de l’Anarchie positive ou du Fédéralisme Autogestionnaire. Le Fédéralisme Autogestionnaire de Proudhon est fondé sur deux structures parallèles, l’une correspondant aux activités économiques, et l’autre au corps politique. Ces deux constructions doivent être distinctes mais coopérer. Sur le plan de la production, il s’agit d’une Démocratie économique mutualiste : les agriculteurs sont propriétaires d’une parcelle qu’ils exploitent, et ils s’associent avec d’autres au sein d’ensembles Coopératifs, eux-mêmes inclus dans une Fédération agricole. Le secteur industriel devrait, quant à lui, être composé de multiples propriétés Collectives concurrentes entre elles mais associées en une même Fédération industrielle. Des groupements d’unions de consommateurs formeraient un « syndicat de la production et de la consommation », chargé de la gestion du système, indépendamment de l’état. Proudhon ne s’arrête pas là : il imagine aussi une confédération qui regrouperait tous les marchés du monde.
Sur le plan politique, la « Démocratie politique Fédérative » serait fondée sur des régions qui s’auto-administreraient – pour la France, une douzaine – et seraient associées pour former une république Fédérale. L’échelon Fédéral n’aurait qu’un rôle d’institution, de création, d’installation, le moins possible d’exécution. Il y aurait 2 chambres : une Chambre des régions et une Chambre des professions. Le suffrage universel serait ainsi fondé sur une division régionale et socioprofessionnelle. Des nations pourraient former ensemble des Confédérations. Ainsi, en 1863, Proudhon imagine une Europe Confédérale dotée d’un budget, de diverses agences, d’une cour de justice et organisant un marché commun. Cette organisation ne peut être mise en place que grâce à la volonté des ouvriers et au temps. De la volonté, surtout : la pensée de Proudhon est fondée sur le contrat.

C'est cette volonté d’union que concrétise un autre congrès de constitution : celui de l'Association Internationale des Travailleurs (Première Internationale) à Genève le 3 septembre 1866. Dans ses statuts de 1866 (rédigés par Karl Marx), l'AIT affirme que « l'Emancipation des travailleurs doit être l'œuvre des travailleurs eux-mêmes » et déclare agir « pour l'Emancipation définitive de la classe travailleuse, c'est-à-dire pour l'abolition définitive du salariat ».
Une grave équivoque allait naître avec l'adoption de statuts parfois ambigus. Pour Marx, ils permettaient l'action politique légale. Pour les futurs bakouninistes, « toute action doit avoir pour but immédiat et direct le triomphe des travailleurs sur le capital ».
Le deuxième congrès qui s'ouvre à Lausanne le 2 septembre 1867 peut être appréhendé comme un affrontement entre les mutuellistes suisses et français et les collectivistes anglais et allemands. Les futurs « jurassiens » ne participent guère aux débats. Et, à l'occasion d'une motion finale, il est acquis que « l'émancipation sociale des travailleurs est inséparable de leur émancipation politique ». C'est entre ce congrès et celui de Bruxelles (le troisième, en septembre 1868) que tout va changer. Dès la fin de l'année 1867, le gouvernement français décide de contrer le développement de l'Internationale. Lors des premières poursuites (février 1868), Tolain et la commission parisienne démissionnent. Ils personnifiaient le mutuellisme Proudhonien défenseur de la propriété individuelle, méfiant à l'égard des Grèves. Ceux qui vont prendre le relais, avec Eugène Varlin à leur tête, prétendent dépasser le mutuellisme qui, selon eux, se doit de déboucher sur le collectivisme et le syndicalisme. Dans la section française, un Collectivisme antiétatique (par ce qualitatif, Varlin et ses amis cherchent à se différencier du « marxisme », terme qui n'existe pas à l'époque) succède au mutuellisme. Un autre fait important, se produit peu après, en juillet 1868 : Bakounine donne son adhésion à l'A.I.T. (section de Genève).
Le IIIe congrès de Bruxelles qui se déroule du 6 au 13 septembre 1868 marquera le point fort d'une période de transition durant laquelle le courant Collectiviste antiautoritaire pénètre peu à peu l'Association. C'est lors du IVe congrès de Bâle (6-12 septembre 1869) que l'on pourra apprécier le poids respectif de chacune des tendances. À partir de votes sur des motions ou amendements présentés par ces divers courants, on peut établir le rapport de force comme suit :
* 63 % des délégués de l'A.I.T. se regroupent sur des textes Collectivistes dits « antiautoritaires » (« bakouninistes »),
* 31 % se rangent derrière les communistes dits « marxistes »,
* 6 % maintiennent leurs convictions mutuellistes (proudhoniens).

Le congrès de Bâle fut marqué par la victoire du Collectivisme Révolutionnaire, et celle des amis de Bakounine sur les délégués fidèles à Marx. Il y eut également une scission entre les Anarchistes de Bakounine et ceux de Proudhon. Proudhon pensait que la propriété Collective était indésirable et que la Révolution sociale pouvait être atteinte Pacifiquement. Il désapprouvait l'action Révolutionnaire. Fils d'artisans, il se méfiait de la classe ouvrière dont il redoutait la violence et dénonçait les « charlataneries » d'organisation totale et globale de la société. L'attachement de Proudhon à la Liberté individuelle, qu'aucune forme d'organisation sociale doit supprimer, pour quelque raison que ce soit, lui a permis de percevoir mieux qu'aucun autre penseur socialiste les risques attachés au triomphe de l'état, du collectif ou de la communauté.
L'unité sera aisément sauvegardée par deux votes. Les deux premières tendances se retrouvent sur une proposition ayant trait à la socialisation du sol. Enfin, et à l'unanimité, le congrès décide d'organiser les travailleurs dans des sociétés de résistance (syndicats). Cependant, il n'en demeure pas moins que Marx et Bakounine s'observent, s'épient, se jaugent.
La guerre de 1870 et la Commune n'allaient que retarder le dénouement de cette opposition farouche. En effet, les évènements empêchent la tenue du Ve congrès qui devait s'ouvrir à Paris en septembre 1870. Dans le même temps, en avril 1870, lors du congrès régional de la Fédération romande, va se produire une scission, préfiguration du futur partage de l'A.I.T. Les délégués suisses vont se diviser sur l'attitude à adopter à l'égard des gouvernements et des partis politiques.

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Published by Collectif des 12 Singes - dans Lendemain du Grand Soir
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