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20 janvier 2005 4 20 /01 /janvier /2005 23:51

La montée du Fédéralisme

Télécharger le fichier : 03 - Les crépuscules des dogmes


La candidature le 21 juin 1870 du prince allemand Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen au trône d'Espagne, vacant depuis la Révolution de septembre 1868 est l'élément déclencheur de la guerre. Le 6 juillet le duc de Gramont, ministre des Affaires étrangères, annonce que la France s'oppose à cette candidature (pour que la France ne soit pas prise en étau à l’Est et au Sud). Le 12 juillet Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen retire sa candidature, ce qui est annoncé par son père le prince Antoine. Le 13 juillet, alors que la France lui demande, par l'intermédiaire de son ambassadeur Benedetti envoyé auprès de lui dans la ville d'eaux d'Ems, de garantir le retrait de Léopold, le roi Guillaume de Prusse, agacé, fait confirmer la renonciation du prince, en ajoutant qu'il « n'a plus rien d'autre à dire à l'ambassadeur ».
Cependant son télégramme (la dépêche d'Ems) relatant son entretien avec l'ambassadeur de France est réécrit par le premier ministre de Prusse Bismarck (même si Léopold s'est bien retiré), pour laisser croire à un congédiement humiliant de l'ambassadeur de manière à provoquer l'indignation des Français. Le premier ministre cherche en effet à abaisser une France arrogante, dont la position diplomatique est un obstacle pour souder les états allemands et ouvrir la voie à l'unité allemande (volonté prussienne de dominer toute l'Allemagne, qui n'était alors qu'une Fédération d'états quasi-Indépendants). Même s'il ne cherche pas forcément la guerre, le premier ministre Bismarck est bien informé des réalités de l'armée française, vieillissante et non préparée à une guerre européenne, démoralisée par le désastre de l'expédition au Mexique, soldats mal équipés, mauvais positionnement des dispositifs, aucun chef de valeur. Il sait en conséquence qu'une guerre pourrait servir les objectifs allemands de la Prusse.
La presse parisienne dénonce l'affront. La mobilisation, arrêtée secrètement le 13 juillet, est signée le 14. Le 15, elle est approuvée par le Corps législatif. Malgré les ultimes avertissements d'Adolphe Thiers, le Corps législatif français vote aussi les crédits de guerre.

Mal préparés, très inférieurs en nombre et très mal commandés, les Français sont sévèrement battus dans plusieurs batailles, où ils font cependant quelque fois preuve de panache, le plus souvent héroïque, notamment lors de la bataille de Reichshoffen.

Dès le lendemain de la défaite de Forbach, une grande agitation se manifeste à Marseille. 40000 personnes ayant à leur tête Gaston Crémieux, Naquet et quelques autres manifestent devant la préfecture. L'arrestation d'Alfred Naquet provoque une recrudescence de colère et aussitôt se forme un Comité central d'action Révolutionnaire : la foule occupe bientôt la mairie et les membres du Comité sont portés au pouvoir sous les acclamations populaires. Ce Comité, comprenant surtout des membres de l'Internationale (en l'absence de Bastelica, la section marseillaise reçut très vraisemblablement les ordres directs de Bakounine) et quelques républicains radicaux, et présidé par Gaston Crémieux, se trouve ainsi à la tête d'un pouvoir Révolutionnaire issu du Peuple. Malheureusement, ses délibérations sont de courte durée, car une escouade de policiers, dispersant la foule aussi prompte à s'enthousiasmer qu'à devenir d'une passivité extrême, bloque les Insurgés dans la mairie et capture les membres du Comité. Les prisonniers, au nombre d'une trentaine environ, sont enfermés au Fort Saint-Jean et entassés dans un cachot puant. Le 10 août, sur ordre de l'impératrice régente, l'état de siège est proclamé et le 27 ils sont jugés.

Le 2 septembre, à la bataille de Sedan, l'empereur français Napoléon III est fait prisonnier avec 100 000 soldats. Cela entraîne deux jours plus tard une Révolution sans violence à Paris : les socialistes d'Auguste Blanqui tentèrent d'organiser une Insurrection, mais l'opposition parlementaire, surtout républicaine, menée par Léon Gambetta parvint à mettre en place un gouvernement provisoire, dit de la Défense Nationale. Ils proclamèrent la république le 4 septembre, au balcon de l'Hôtel de Ville de Paris. Le 28 septembre, le leader Anarchiste russe Bakounine, vient de Genève pour soulever la ville de Lyon, en proclamant l'abolition de l'état. Il échoua, mais les principes furent plus tard donnés en exemple par la Commune de Paris.

Le 7 octobre Gambetta quitta Paris en ballon pour tenter de réorganiser la défense à partir de la province (les départements du Midi de la France et du Sud-Est, crée la « Ligue du Midi pour la défense de la République »). En effet, avec Paris assiégé à partir du 18 septembre (après la bataille de Sedan, la IIe armée prussienne du Kronprinz de Prusse, entreprend le siège de Paris – qu’ils ne sont pas en mesure d’attaquer de front–, avec 2 armées allemandes, représentant 400 000 soldats prussiens, les troupes du maréchal Von Molke commencent d'importants travaux de terrassement et de fortification pour empêcher toute sortie des assiégés, ils occupent les hauteurs autour de la capitale et y installent leur artillerie, jusqu'au 28 janvier 1871), c'est toute la France qui était bloquée du fait de son organisation en étoile.
Le 27 octobre, la capitulation précipitée de Bazaine et de l'armée de Metz (150 000 hommes) porta un grave coup à la France, provoquant une nouvelle manifestation de masse : les semaines passant, la méfiance et l'hostilité des travailleurs envers le gouvernement augmentaient. Des rumeurs persistantes se répandirent au sujet des négociations avec Bismarck. Le 31 octobre, avec la capitulation de Metz et de la perte du Bourget, plusieurs contingents de la Garde Nationale, conduits par Flourens (le courageux commandant du bataillon de Belleville), attaquèrent et occupèrent temporairement l'Hôtel de Ville, la foule gronde contre le général Trochu (gouverneur militaire de Paris) et l'armistice. Un bataillon pactise avec les manifestants, mais l'énergique Jules Ferry réussit à rétablir l'ordre. A ce stade, cependant, la majorité des travailleurs n'était pas encore prête à agir de manière décisive contre le gouvernement. Isolée, l'Insurrection s'est rapidement essoufflée. Blanqui s'est enfui et Flourens a été emprisonné.

Le 1er novembre 1870, le préfet Esquiros de la région marseillaise s'oppose à Gambetta et au gouvernement provisoire. Au Conseil municipal un affrontement se produit entre les modérés et les Révolutionnaires et très vite, la Garde nationale (bourgeoise) va s'opposer à la Garde civique et l'Internationale. La réaction populaire est immédiate et spontanée : l'hôtel de ville, défendu par les gardes nationaux est occupé et la Commune Révolutionnaire est proclamée aussitôt. Un comité d'une vingtaine de membres est formé qui représente toutes les nuances de l'opposition radicale et socialiste parmi lesquels plusieurs membres de l'Internationale. Le général Cluseret qui vient d'arriver à Marseille après l'échec de la Commune de Lyon se joint bientôt à eux, et la Commune prend l'héritage de la Ligue du Midi. Mais Esquiros qui jouit de l'estime populaire se retire (son fils atteint de typhoïde meurt et ce deuil l'abat profondément); il est remplacé par Alphonse Gent qui, à la faveur des circonstances (un attentat manqué contre lui qui soulève la réprobation générale) va reprendre le pouvoir en main pour le compte du gouvernement et écarter tous ceux qui pouvaient raffermir la volonté populaire. Le 13 novembre, le préfet télégraphie à Gambetta que l'ordre tout entier règne à Marseille. Du 5 au 8 novembre, les élections municipales amenèrent au niveau national à une importante avancée des radicaux, partisans des Libertés municipales, mais adversaires de l'Insurrection.

La capitulation de Metz intervenait au moment où le gouvernement, parti s'établir à Tours, était parvenu à organiser une Armée de la Loire. Les Prussiens, libérés de la pression de Bazaine, pouvaient alors concentrer leurs forces sur l'armée de la Loire, ce qui obligea le gouvernement à se replier sur Bordeaux.
Le 3 novembre, le député républicain breton Emile de Kératry, nommé commandant des forces de Bretagne, regroupe à Conlie près du Mans, 25 000 hommes soldats et volontaires bretons, pour y former une « armée de Bretagne », au statut avancé, puisqu'il prévoyait même l'élection des chefs par la base. En fait, le gouvernement spéculait sur ce qu'il appelait « l'esprit de clocher breton » et sur l'ardeur au combat que susciterait pour des combattants peu francisés le fait de monter au feu tous ensemble, groupés derrière leurs propres drapeaux. Gambetta douta de la fiabilité de ces troupes, et le comte de Kératry fut soupçonné d'intentions séparatistes. Cette armée est abandonnée par le gouvernement, dans des conditions sanitaires épouvantables : pénurie de tentes, de couvertures, de chaussures, tentes inondées, boue jusqu'à mi-jambe, etc. Des dizaines de soldat meurent de faim, de froid et de maladie dans ce que certains surnommaient « Kerfank », la ville de boue en breton. Il est prévu d'armer ces hommes avec les surplus de la guerre de Sécession américaine, mais ces armes promises par Gambetta n'arrivent pas.
Le 22 novembre, cette « mauvaise » troupe (désillusionnée en tout cas) reçoit l'ordre de s'opposer à la poursuite de l'invasion prussienne. Léon Gambetta (re)promet des armes au général de Kératry, mais le lendemain, il interdit la livraison des armes et des munitions aux 80 000 Bretons par peur d'un réveil chouan.
Le gouvernement de la défense nationale a renoncé depuis longtemps à la Lutte, les armées de province ne peuvent secourir les défenseurs de Paris. A partir du 5 janvier des pièces de gros calibre bombardent Paris, 10 000 obus sont tirés, faisant 395 morts et détruisant près de 200 immeubles. Les gardes nationaux, à l’instigation des comités de vigilance, demandent la déchéance du gouvernement du 4 septembre aux cris de « Vive la Commune ! ».
Le 7 janvier, l’affiche rouge, rédigée en partie par Jules Vallès au nom du comité des vingt arrondissements, réclame une attaque en masse, la réquisition générale, le rationnement gratuit, et le gouvernement du Peuple.

L’armée de la Loire est vaincue au Mans le 11 janvier 1871, l’armée du nord le 19 à Saint-Quentin et celle de l’est s’échappe en Suisse !
Le 18 janvier, l'Unité allemande étant réalisée, les souverains allemands réunis au château de Versailles proclamèrent le roi Guillaume de Prusse empereur.

Dans Paris, la famine et la pauvreté provoquées par le siège avaient des conséquences désastreuses, et l'urgence de briser ce siège se faisait sentir toujours plus vivement. Après l'échec de la sortie en direction du village de Buzenval (imaginée pour « calmer » les Parisiens les plus bellicistes), le 19 janvier 1871, le général Trochu, complètement discrédité, n'eut d'autre choix que de démissionner. Il fut remplacé par Vinoy, qui, déclara immédiatement que les Parisiens ne devaient se faire « aucune illusion » sur la possibilité de vaincre les Prussiens. Il était devenu clair que le gouvernement comptait capituler. Les clubs politiques et les comités de vigilance appelèrent les gardes nationaux à s'armer et à marcher sur l'Hôtel de Ville. D'autres détachements se rendirent aux prisons pour chercher et libérer Flourens. Sous la pression croissante de la population, la classe moyenne Démocrate de l'Alliance Républicaine réclama un « gouvernement populaire » pour organiser une Résistance effective contre les Prussiens. Mais lorsque les gardes nationaux arrivèrent devant l'Hôtel de Ville, le 22 janvier, un dénommé Chaudry, représentant le gouvernement, a violemment crié sa colère contre les délégués de l'Alliance. Il n'en fallait pas plus pour convaincre les républicains de se disperser immédiatement. Les gardes bretons chargés de défendre le gouvernement ont ouvert le feu sur les gardes nationaux et sur les manifestants qui tentaient de s'opposer à la trahison des républicains. Les gardes nationaux ont tiré quelques salves à leur tour, mais ont dû finalement se replier.

A la suite de ce premier conflit armé avec le gouvernement, le mouvement populaire s'est temporairement affaibli. Le républicanisme petit-bourgeois, représenté par l'Alliance Républicaine, s'était montré complètement incapable de faire face à la Résistance de la classe dominante. Il ne pouvait plus, par conséquent, prétendre à un quelconque rôle dirigeant. L'accalmie apparente a renforcé la confiance du Gouvernement de Défense Nationale. Le 28 janvier 1871, Paris à bout de vivres, il procéda à la capitulation qu'il avait secrètement préparée depuis le début du siège (après 132 jours de siège particulièrement difficiles pour la population : famine et maladies, aggravées par un climat glacial) : Jules Favre, ministre des Affaires étrangères du gouvernement de la Défense nationale, signe un armistice avec Bismarck. Celui-ci prévoit, une indemnité de guerre importante (6 milliards de francs - réduits après négociation à 5 milliards), l’abandon de l'Alsace et une partie de la Lorraine (Belfort, qui avait été défendu avec acharnement, sous le commandement du colonel Pierre Denfert-Rochereau, reste française), un défilé des troupes allemandes sur les Champs-Élysées (histoire de bien enfoncer et retourner le couteau dans la plaie).
Outre la fin des hostilités pour une période de quinze jours renouvelables, les préliminaires de « paix » (faut le dire vite vu la tension qu’ils engendraient, comme plus tard avec le traité de Versailles – la vengeance de première guerre mondiale) la convocation d'une Assemblée nationale, chargée de décider de la poursuite de la guerre ou de la paix. Opposé à la trêve, Gambetta démissionna (comme tant d’autres – les futurs Communards en premier – humiliés par les cinglantes défaites et le siège de Paris, il prônait la guerre à outrance).

Les Français, lassés de la guerre ou inquiets de la voir se rapprocher de leur région, toujours méfiants vis-à-vis des troubles parisiens, préférèrent voter pour les tenants de la paix sans condition, c'est-à-dire les listes conservatrices dans lesquelles les notables figuraient en bonne place. Toutefois l'Est occupé, la région lyonnaise menacée, le Midi, les Alpes et bien sûr Paris renouvelèrent leur attachement à la république.
Les élections du 8 février envoient une forte proportion de monarchistes à l'Assemblée nationale. Tous les élus de Paris sont des républicains, souvent extrémistes. Le gouvernement de la République se réunit d'abord à Bordeaux, puis à Versailles, pour ne pas tomber sous les Révoltes parisiennes comme cela a failli se produire pendant le gouvernement de la Défense nationale (31 octobre notamment).
Les monarchistes triomphants furent pourtant incapables de rétablir immédiatement la royauté. La république ne les inquiétait
plus : persuadés qu'une république ne durait jamais bien longtemps, ils étaient ravis de la voir assumer la défaite et rétablir l'autorité à Paris. Ils chargèrent Adolphe Thiers de ces tâches ingrates.

Depuis le 17 février, le gouvernement de la république est dirigé par Adolphe Thiers (chef du pouvoir exécutif) ; il cherche à conclure un traité de paix avec la Prusse. Les Parisiens, qui ont supporté un siège très dur, veulent protéger Paris des Prussiens et ouvrir une nouvelle ère politique et sociale. Ils refusent de se laisser désarmer.
Le 24, 2 000 délégués de la Garde nationale se réunissent au Vauxhall et des Manifestations ont lieu place de la Bastille. Le 26, les gardes nationaux, devant le fait que les Prussiens devaient défilés sur les Champs-Élysées (ils le feront le 1er mars, dans une ville morte aux fenêtres drapées de noir), enlevèrent 234 canons et les répartirent sur Montmartre et Belleville. Le Comité central fit saisir les dépôts de munitions et 450 000 fusils : l’armée de la Révolution était ainsi en état de combattre !
C'est donc l'épreuve de force entre les royalistes, grands bourgeois et conservateurs provinciaux, tous favorables à une paix rapide avec l'Allemagne, retirés à Versailles et la population parisienne (essentiellement celle des quartiers de l'est parisien soumise aux très dures conditions salariales et sociales de l'époque et principale victime de la famine due au siège de Paris par les Allemands). Un conflit entre Paris et l'Assemblée « rurale » était désormais inévitable. Le danger contre-révolutionnaire, en relevant la tête, a donnée une nouvelle et puissante impulsion à la Révolution parisienne. Les soldats prussiens devaient bientôt entrer dans la capitale. L'accalmie du mouvement fit place à une nouvelle et bien plus puissante vague de protestation. Des manifestations armées de la Garde Nationale se multipliaient, massivement soutenues par les travailleurs et par les couches les plus pauvres et affamées de la population parisienne. Les travailleurs en armes dénoncèrent Thiers et les monarchistes comme des traîtres et en appelèrent à la « guerre à outrance » pour la défense de la république. Les événements du 31 octobre et du 22 janvier avaient été une anticipation de cette nouvelle flambée Révolutionnaire. Mais cette fois-ci, les éléments les plus Révolutionnaires n'étaient plus
isolés : l'ensemble de la classe ouvrière parisienne était en pleine Révolte.

À Paris, la mixité sociale dans les quartiers, de règle depuis le Moyen-Âge, a presque disparue avec les transformations urbanistiques du Second Empire. Les quartiers de l'ouest (VIIeme, VIIIeme, XVIeme et XVIIeme arrondissements) concentrent les plus riches des Parisiens (notamment pour éviter que le vent de l’océan ne leur amène de mauvaises odeurs, des industries et de la populace). Les quartiers centraux conservent encore des personnes aisées. Mais les classes populaires ont été regroupées à l'Est (XIeme, XIIeme, XIIIeme, Xeme, XVIIIeme, XIXeme et XXeme arrondissements). Les ouvriers sont très nombreux : 442 000 sur 1,8 millions d'habitants selon le recensement de 1866. S'y ajoutent de très nombreux artisans (près de 70 000, la plupart travaillant seuls ou avec un unique ouvrier) et de très petits commerçants dont la situation sociale est assez proche de celle des ouvriers. Ces classes populaires ont commencé à s'organiser. Le droit de grève qui a été accordé en 1864, a été très utilisé dans les dernières années du Second Empire. A l'occasion d'élections législatives de février 1864, des ouvriers publient le Manifeste des Soixante, qui réclame la Liberté du travail, l'accès au crédit et la Solidarité. Depuis septembre 1864, il existe une Internationale ouvrière, qui a des représentants à Paris (en 1868, le gouvernement impérial dissout la section française de l'Internationale dont les membres ont participé à des manifestations républicaines). La loi sur la liberté de la presse de 1868, permet l'émergence publique de revendications économiques anticapitalistes : la « nationalisation » des banques, des assurances, des mines, des chemins de fer (programme de Malon et Varlin pour les élections législatives de 1869)... Les blanquistes, qui prônent l'Insurrection, se manifestent de plus en plus.

Il n'est donc pas étonnant que les classes populaires parisiennes craignent de se voir une nouvelle fois frustrées des bénéfices de « leur » Révolution de septembre 1870 (renversement du Second empire). Déjà, après les journées Révolutionnaires parisiennes de juillet 1830 et après celle de février 1848, et les élections de mai 1848, les classes aisées avaient confisqué le pouvoir politique à leur profit, en installant la monarchie de juillet et le Second Empire. En 1871, les Parisiens sont méfiants envers l'assemblée nouvellement élue en février 1871, où les deux-tiers des députés sont des monarchistes de diverses tendances (ceux-ci militent d'ailleurs pour un rétablissement de la monarchie !) ou des bonapartistes.
Le 3 mars (juste après le départ des troupes prussiennes de la ville), devant la capitulation du gouvernement et la menace d'une restauration monarchiste, une profonde transformation de la Garde Nationale est menée. Un « Comité Central de la Fédération de la Garde Nationale » fut élu, représentant 215 bataillons. De nouveaux statuts furent adoptés, stipulant « le droit absolu des gardes nationaux d'élire leurs dirigeants et de les révoquer aussitôt qu'ils perdraient la confiance de leurs électeurs » (dans leur essence, le Comité Central et les structures correspondantes au niveau des bataillons préfiguraient les soviets de travailleurs et de soldats qui firent leur apparition, en Russie, aux cours des Révolutions de 1905 et de 1917).
Du 22 au 26 mars, dans plusieurs autres villes de France (Marseille, Lyon, Saint-Étienne, Toulouse, Narbonne, Grenoble, Limoges) des Communes sont proclamées, mais elles furent toutes rapidement réprimées.

Le Comité central s’installa à l’Hôtel de Ville, revendiquant pour le prolétariat le Droit absolu de prendre en main ses destinées, et fit procéder à l’élection d’un conseil général de la Commune de Paris élu par le Peuple.
La Commune, déclarant alors son Autonomie, afficha ses ambitions en se constituant en gouvernement régulier, désignant des ministres (délégués plutôt), en rendant des décrets applicables à toute la France, dont elle voulait transformer l’organisation centralisée en une Fédération de Communes Autonomes Libres et Egales, en adoptant un nouveau drapeau (le drapeau rouge refusé par Lamartine en 1848, le tricolore étant jugé signe de trahison à la patrie par les fautes des « représentants »).
L'assemblée, méfiante du Paris populaire toujours prêt à s'enflammer, décide, le 10 mars, de siéger à Versailles (sous contrôle des Allemands et dans la ville qui est le symbole de la monarchie absolue !). Paris est privé de son statut de capitale de France en faveur de Versailles.
L'Assemblée Nationale réactionnaire provoquait constamment les Parisiens, les décrivant comme des égorgeurs et des criminels. L'assemblée mène une politique sociale qui va mettre en difficultés une partie des Parisiens. Le siège avait mis de nombreux travailleurs au chômage, et les indemnités versées aux gardes nationaux étaient tout ce qui les séparait de la famine.

Le 10 mars, l’assemblée décide la suppression du moratoire des effets de commerce, des loyers et des dettes (les versements étaient suspendus pendant la guerre). De nombreux ouvriers, artisans et commerçants se voient menacés dans leurs moyens de vivre (on estime à près de 150 000 les personnes ainsi menacées de faillite ou de poursuites judiciaires).
Le gouvernement supprime la solde quotidienne de 1,50 franc des soldats de la Garde nationale, qui ne pouvaient prouver qu'ils étaient incapables de travailler, privant ainsi une partie des classes pauvres de Paris d'une source de revenus. Cette politique rappelle, aux plus vieux des Parisiens, celle menée au printemps 1848, par l'Assemblée dominée par le Parti de l'Ordre dont un des chefs était Thiers (fermeture des Ateliers nationaux).
Il décréta également que les arriérés de loyer et toutes les créances devaient être réglés dans les 48 heures. Ceci menaçait tous les petits entrepreneurs de banqueroute immédiate. Ces mesures, et bien d'autres encore, frappèrent de plein fouet les sections les plus pauvres de la société, mais aboutirent aussi à une radicalisation des classes moyennes parisiennes, dont le seul espoir de salut résidait désormais dans le renversement révolutionnaire de Thiers et de l'Assemblée Nationale.

Quand le gouvernement décide de désarmer les Parisiens ceux-ci se sentent directement menacés. Il s'agit de soustraire aux Parisiens les 227 canons entreposés à Belleville et à Montmartre. Les Parisiens considèrent ces canons comme leur propriété (puisqu’ils les ont financés sur leurs maigres ressources). Ils se voient sans défense vis à vis d'éventuelles attaques des troupes gouvernementales (comme en juin 1848). Thiers avait commandé la construction des fortifications qui entouraient Paris, alors qu'il était ministre de Louis-Philippe. Il avait conçu cette enceinte pour défendre la ville contre des ennemis, mais avait aussi déjà calculé à l'époque que, pour mettre un terme aux Insurrections populaires, il suffisait d'enfermer les Insurgés dans la ville, puis de les réprimer. En février 1848, Thiers avait vainement proposé ce plan au roi Louis-Philippe, pour briser la Révolution parisienne. Cependant les Parisiens disposent de près de 500 000 fusils.

Le 17 mars 1871, Thiers et son gouvernement, évaluant mal l'état d'esprit des Parisiens, envoient la troupe au cours de la nuit s'emparer des canons de la butte Montmartre. Ce même jour, Thiers prend soin de faire arrêter Auguste Blanqui (républicain Révolutionnaire Insurrectionnaliste surnommé « l'Enfermé » parce qu'il avait passé plus de la moitié de sa vie dans les prisons des rois et de l'empereur) qui se reposait chez un ami médecin à Bretenoux (Lot). De là, il le fait transférer en Bretagne, sous surveillance militaire, avec ordre de tirer en cas d'évasion.
Le 18 mars, à Montmartre, au matin, le Peuple parisien entend les bruits de bottes de l’armée marchant au pas cadencé et s'oppose à la troupe venue chercher les canons (ils n’avaient même pas assez de chevaux pour mener correctement l’opération), puis, rapidement, celle-ci Fraternise – crosse en l’air – avec lui. Un peu partout dans Paris la population s'en prend aux représentants supposés du gouvernement, élève des barricades et Fraternise avec la troupe, elle aussi complètement désabusé par ce gouvernement. Deux généraux, Claude Martin Lecomte qui avait donné ordre de tirer sur la foule et Clément Thomas (responsable de massacres en juin 1848), sont fusillés rue des Rosiers. C'est le début de l'Insurrection. Thiers gagne Versailles et environ 100 000 Parisiens, surtout provenant des quartiers chics de l'ouest parisien et des fonctionnaires, l'y suivent.

Dans les huit jours qui séparent le 18 mars 1871 de l'élection à la Commune, le Comité Central de la Garde Nationale, émanation du Peuple en armes, fait fonctionner les services publics laissés à l'abandon. Dans ses proclamations pour la préparation aux élections de la Commune, le Comité Central définit clairement les conditions de l'exercice d'une véritable Démocratie Directe : « Les membres de l'assemblée municipale, sans cesse contrôlés, surveillés, discutés par l'opinion, sont révocables, comptables et responsables. Quand nous pourrons avoir les yeux partout où se trouvent nos affaires, partout où se préparent nos destinées, alors, mais seulement alors, on ne pourra plus étrangler la république ». La veille du scrutin, les membres du Comité Central prodiguent leurs ultimes conseils aux électeurs parisiens : « Ne perdez pas de vue que les hommes qui vous serviront le mieux sont ceux que vous choisissez parmi vous, vivant de votre propre vie, souffrant des mêmes maux. Défiez-vous autant des ambitieux que des parvenus ; les uns comme les autres ne consultent que leur propre intérêt et finissent toujours par se considérer comme indispensables. Nous sommes convaincus que, si vous tenez compte de ces observations, vous aurez enfin inauguré la véritable représentation populaire, vous aurez trouvé des mandataires qui ne se considèreront jamais comme vous maîtres ».
Les élections sont organisées le 26 mars pour désigner les 92 membres du Conseil de la Commune. Compte tenu des départs de Parisiens avant et après le siège de Paris par les Allemands, et de ceux qui suivent Thiers à Versailles (100 000 selon les dires de Thiers) les abstentions sont d'environ 25 pour cent, nombre normal pour l'époque. L'élection d'une vingtaine de candidats « modérés », représentant les classes aisées, montre que les élections furent relativement Libres. Les arrondissements de l'Est et du Nord (XVIIIe, XIXe, XXe, Xe, XIe), le XIIe et le XIIIe dans le sud ont voté massivement pour les candidats Communards. Les Ier, IIe, VIIIe, IXe et XVIe ont quant à eux voté massivement pour les candidats présentés par les maires du Parti de l'Ordre (environ 40 000 voix) et les abstentions y ont été très importantes. En fait 70 siègeront, du fait de la démission rapide d'élus modérés et de l'impossibilité pour certains d'être présents à Paris (par exemple Blanqui) et des doubles élections. Le Conseil est représentatif des classes populaires et de la petite bourgeoisie parisienne. On y trouve 25 ouvriers, 12 artisans, 4 employés, 6 commerçants, 3 avocats, 3 médecins, 1 pharmacien, 1 vétérinaire, 1 ingénieur, 1 architecte, 2 artistes peintres, 12 journalistes.

Toutes les tendances politiques républicaines et socialistes sont représentées : une vingtaine de « jacobins », admirateurs de la Révolution de 1789 et plutôt centralisateurs, à peine plus nombreux les « radicaux », partisans de l'Autonomie municipale et d'une république Démocratique et Sociale, une dizaine de « blanquistes », adeptes de l'Insurrection avant-gardistes (mais pour faire quoi après ???), quelques « proudhoniens », partisans de Réformes Sociales siègent, enfin des « Indépendants » ont été élus, tels Jules Vallès et Gustave Courbet. En somme, les élus sont loin d’être tous des suppôts de l’Internationale, même si celle-ci, de Londres, exerce une certaine influence (dans le sens où ses membres, internationaux comme son nom l’indique, posent avec leurs Différences culturelles les vraies questions de base, mais leurs réponses ne sont pas forcément acceptées tel quel – ce serait même plutôt l’inverse, notamment de par la mainmise des communistes autoritaires sur ce groupement).
Rapidement le Conseil de la Commune se divise en « majorité » et
« minorité ». Les majoritaires sont les « jacobins », les « blanquistes » et les « Indépendants ». Pour eux le politique l'emporte sur le social. Se voulant les continuateurs de l'action des Montagnards de 1793, ils ne sont pas hostiles aux mesures centralisatrices voire autoritaires ; cependant ils voteront toutes les mesures sociales de la Commune. Les minoritaires sont les « Radicaux » et les « Internationalistes » Proudhoniens, ils s'attachent à promouvoir des mesures sociales et antiautoritaires, ils sont les partisans de la république Démocratique et Sociale à tendance Fédéraliste.
À côté de ces personnalités, il ne faut pas oublier l'extraordinaire effervescence politique que manifestent les classes populaires de Paris. La tension politique est maintenue par les élections à répétition, le 26 mars pour le Conseil de la Commune et le 16 avril pour des élections complémentaires. Les cérémonies officielles permettent aussi les rassemblements: l'installation du Conseil de la Commune à l'Hôtel de ville le 28 mars, les obsèques du socialiste Pierre Leroux à la mi-avril, la destruction de l'hôtel particulier de Thiers, la démolition de la Colonne Vendôme le 16 mai (symbole des guerres impériales). Mais surtout la population peut se retrouver dans de nombreux clubs pour y discuter de la situation, proposer des solutions voire faire pression sur les élus ou aider l'administration Communale. Réunis dans les lieux les plus divers, ils permettent à des orateurs réguliers ou occasionnels de faire entendre les aspirations de la population, en particulier la mise sur pied d'un nouvel ordre social favorable aux classes populaires. S'ajoutant aux titres déjà existants, plus de 70 journaux sont créés pendant les 70 jours de la Commune.

Dès le 29 mars, le Conseil de la Commune forme en son sein dix commissions : Exécutive, militaire, subsistance, finances, justice, sûreté générale, travail, industrie et échanges, services publics et enseignement.
Face à ce gouvernement parallèle, le 1er avril (ceci n’est pas une blague, ou alors de très mauvais goût), Thiers annonce à l’assemblée nationale qu’il est en train de constituer l’une des « plus belles armées » que la France ait jamais eues (et qui n’était en tout cas pas là ni au début de la guerre, ni lors de la défense nationale). Sous les yeux des Allemands, maîtres des forts du Nord en vertu de l’armistice, Thiers entreprend un second siège de Paris (donc par les ennemis de l’intérieur, sous les regards médusés de ceux de l’extérieur … ach, Franzosen …) avec les troupes de l’Est rentrant de Suisse et les prisonniers ramenés d’Allemagne (environ 150 000 hommes).
Le 2, la Commune vota le décret de séparation de l’église et de l’état (en 1790 le sabre surveille le goupillon, en 1802 le concordat de Napoléon amalgame les deux en fonctionnarisant les curés, mais loi officiellement adopté en 1905). Militairement parée, l’armée de Versailles déclenche la guerre civile en attaquant Courbevoie.
Le 3, les forces de la Commune lancent une attaque en direction de Versailles pour en chasser l’assemblée nationale. La tentative échoua, et les chefs des soldats de la Commune (les Fédérés ou Communards) qui furent faits prisonniers furent fusillés sur le champ.
En riposte, le 6 la Commune ordonna l’arrestation d’otages, parmi lesquels l’archevêque de Paris (Darboy), le premier président de la cour de cassation, des séminaristes, des gendarmes et des gardiens de la paix.
Darboy écrit à Thiers pour protester contre les exécutions sommaires de Communards prisonniers et proposer son échange contre Auguste Blanqui prisonnier à Morlaix sur ordre de Thiers. Conscient de l’importance de ce prisonnier, Thiers refusera de le libérer, même en échange des 74 otages de la Commune. Une majorité de Communards se reconnaissaient en Blanqui. Celui-ci aurait-il modifié le cours de l'histoire s'il avait été à Paris ? Karl Marx est convaincu que Blanqui était le chef qui a fait défaut à la Commune.

La question du ravitaillement est moins cruciale que pendant le siège hivernal de Paris par les Allemands. Sauf le pain qui est taxé, les autres aliments se trouvent suffisamment grâce aux stocks accumulés après le siège, aux arrivages des terres agricoles et jardins compris entre les fortifications et les lignes allemandes. Pourtant, par sa circulaire du 21 avril, le gouvernement Thiers impose le blocus ferroviaire de la capitale. Des ventes publiques de pommes de terre, des boucheries municipales sont créées (22 avril) pour alléger le budget des familles (à l'époque essentiellement constitué du poste alimentation). Des cantines municipales, des distributions de repas (comme les Marmites de Varlin, ancêtre des Resto du Cœur) fonctionnent, des bons de pain sont distribués.
Au-delà des aspects pratiques et logistiques, l’action législatrice est considérable, de nombreuses mesures sont prises et appliquées à Paris pendant les 70 jours qu'elle dura. La plupart furent abolies après la destruction de la Commune. Sont décrétées des mesures d'avant-garde que la république n'a repris que plusieurs décennies plus tard : Édouard Vaillant tente de mettre en place un enseignement laïc, gratuit et obligatoire ! Jules Ferry pourra bientôt s’arroger la paternité de l’initiative (1884). Il y a d’autres exemples : la Liberté de réunion (qui sera la loi du 30 juin 1881), la Liberté d’association (qui sera celle du 1er juillet 1901) non seulement le vote, mais aussi l’éligibilité des étrangers.
D’autres décisions, plus que salutaires, se firent beaucoup plus longtemps attendre (jusqu’au Grand Soir). Au nom de la souveraineté populaire et dans le droit fil de la Constitution de 1793, la Commune engendre une vraie Démocratie. Les élus de la Commune, révocables, corsetés par un mandat impératif, demeurent sous la férule d’un véritable « ministère des masses » : chambres syndicales, clubs, comités de femmes, presse maintiennent une forte pression, à laquelle convie le club Nicolas-des-Champs : « Peuple, gouverne-toi toi-même par tes réunions publiques, par ta presse ; pèse sur ceux qui te représentent ; ils n’iront jamais trop loin dans la voie Révolutionnaire ». Lorsque les ouvriers boulangers, obtenant la suppression du travail de nuit, se rendent à l’Hôtel de Ville remercier la Commune, ils sont vertement tancés par le journal Le prolétaire : « Le Peuple n’a pas à remercier ses mandataires d’avoir fait leur devoir. Car les délégués du Peuple accomplissent un devoir et ne rendent pas de services ».
Tout ceci est donc une véritable Démocratie au sens étymologique du terme (démo = peuple ; kratos = pouvoir), le gouvernement du Peuple par le Peuple et pour le Peuple, la Démocratie la plus authentique qui ait jamais existé à travers l’histoire, une Démocratie Directe reposant sur une Citoyenneté active, à l’échelle, il est vrai d’une ville et durant une soixantaine de jours. Mais quelle remise en cause de la délégation du pouvoir et de la bureaucratie !
Par effet tâche d’huile, en prémisse de l’Autogestion, la Démocratie s’étend à l’entreprise. L’atelier de réparation d’armes du Louvre se dote d’un règlement Autogestionnaire : chaque atelier élit, pour quinze jours, au conseil de direction, un ouvrier chargé de transmettre les réclamations et d’informer ses camarades des décisions prises. Dans l’orbite des chambres syndicales ou de comités de l’Union des Femmes surgissent de nombreux ateliers Coopératifs. Cette pratique inspire le décret du 16 avril, prévoyant la remise en marche par les ouvriers Associés des ateliers que leurs patrons ont désertés.
Bien que bornée par le temps et absorbée par les impératifs militaires, l’œuvre de la Commune est d’une richesse foisonnante. La Commune entend réaliser l’aspiration du mouvement ouvrier français du XIXe siècle : « l’Emancipation des travailleurs par les travailleurs eux-mêmes ». Fidèle à la Constitution de 1793, qui assignait à la société politique l’objectif d’établir « le bonheur commun », la Commune se veut « la Sociale ». Répondant aux aspirations populaires, elle abolit le travail de nuit, interdit les amendes et retenues sur les salaires, combat le chômage, interdit l’expulsion des locataires (par ailleurs exonérés des termes encore dus), exerce un droit de réquisition sur les logements vacants. L’armée est remplacée par la Garde nationale, c’est-à-dire le Peuple en armes, élisant ses officiers et sous-officiers. Il s'agit aussi de changer l'état d'esprit de ces agents publics recrutés sous le Second Empire. La Commune décide l'élection (et la révocabilité si l’ordre de mission n’est pas Respecté) au suffrage universel des fonctionnaires (y compris dans la justice et dans l'enseignement), le traitement maximum sera de 6 000 francs annuels (l'équivalent du salaire d'un ouvrier) et le cumul des mandats est interdit.
La Commune établit la gratuité de la justice, la Liberté de la défense, supprime le serment politique des fonctionnaires et magistrats.
La Commune crée un enseignement professionnel, y compris pour les filles, et entame une réforme de l’enseignement. Pour en débattre Démocratiquement, se réunissent dans plusieurs écoles instituteurs, parents d’élèves et membres de la Société pour l’Education nouvelle (soucieuse de rénover l’enseignement). La Commune est aussi pionnière de l’éducation populaire. Elle instaure des cours publics, que Louise Michel (la Vierge Rouge) évoquera avec enthousiasme : « Partout les cours étaient ouverts, répondant à l’ardeur de la jeunesse. On y voulait tout à la fois, arts, sciences, littérature, découvertes, la vie flamboyait. On avait hâte de s’échapper du vieux monde ».
Folies issues d’un régime qui s’effondre ? Non. Vérités à venir d’un autre qui s’installe.

Après des siècles de phallocratie, balayant son dernier avatar en date, le proudhonisme (adepte de la femme au foyer), dont plusieurs de ses membres pourtant se réclament, la Commune ouvre une brèche vers la Libération des femmes. Constituant vital de cette Démocratie Directe, les femmes. Elles sont sur le devant de la scène depuis le 18 mars (Louise Michel à Montmartre). Jules Vallès, dans Le Vengeur du 12 avril 1871, décrit avec enthousiasme : « J’ai vu trois Révolutions, et, pour la première fois j’ai vu les femmes s’en mêler avec résolution, les femmes et les enfants. Il semble que cette Révolution est précisément la leur et qu’en la défendant, ils défendent leur propre avenir ». Est alors créé le premier mouvement féminin de masse, l’Union des Femmes, qu’animent Elisabeth Dmitrieff, aristocrate Révolutionnaire russe de 20 ans, et Nathalie Le Mel, une bretonne de 45 ans, ouvrière relieuse. Les projets d’instruction pour les filles visent à affranchir les femmes des superstitions et de l’emprise de l’Eglise, considérée comme l’âme de la contre-révolution. Les femmes obtiennent à travail égal, salaire égal, et créent de nombreux ateliers Autogérés. Dans quelques quartiers les élus appartenant à l’Internationale associent des femmes à la gestion municipale. En cette époque où règne, étouffant, « l’ordre moral », la Commune officialise l’union Libre, conférant à la famille constituée hors mariage (concubins, enfants naturels) sa première reconnaissance légale. Des orphelinats sont créés avec l'aide en fourniture des familles parisiennes. Enfin, la Commune bannit la prostitution considérée comme une forme de « l’exploitation commerciale de créatures humaines par d’autres créatures humaines ».

Face à la guerre à outrance (des Versaillais face aux « Partageux »), les néo-jacobins imposeront la création du Comité de Salut public le 1er mai par 45 voix contre 23, organisme que les minoritaires refusent car il leur semble contraire à l'aspiration Démocratique et Autonomiste de la Commune (et ils ne voulaient absolument pas retomber dans les travers de la Terreur sourde et aveugle). Les clubs se Fédérèrent le 7 mai afin d'avoir des contacts plus efficaces avec le Conseil de la Commune (et surveiller le Comité de Salut public pour éviter ses dérives, quasi inscrites dans ses gènes).
Si ces luttes d'influence sont incomprises d'une grande partie des Parisiens, les deux tendances feront combat commun dès l'entrée des troupes versaillaises dans Paris.
La Commune fut finalement vaincue durant la Semaine sanglante, qui débuta avec l'entrée des troupes versaillaises dans Paris le 21 mai pour s'achever avec les derniers combats au Cimetière du Père-Lachaise le 28 mai au Mur des Fédérés. Les témoins évoquent tous de nombreuses exécutions sommaires de la part des troupes versaillaises. On évoque, selon les sources, de 10 000 à 25 000 exécutions sommaires, viols, meurtres d'ouvriers communards durant la semaine sanglante.
La répression des Communards fut féroce : près de 10 000 condamnations à mort, 4 000 déportations au bagne de Nouvelle-Calédonie, etc. Les lois d'amnistie n'interviendront qu'en 1880, à l’initiative notamment de Gambetta.
La Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre à Paris, fut construite à partir de 1873 par l'église et l'état pour, entre autre, « expier les crimes des Communards ». Thiers avait réussi pour un sacré temps à faire « passer à la canaille l’envie de changer le monde », cela allait servir d'exemple pour les générations futures, leur donner une sainte peur de la répression gouvernementale.

Premier pouvoir Révolutionnaire prolétarien, la Commune de Paris a depuis été revendiquée comme modèle — mais avec des points de vue différents — par la Gauche, l'extrême-Gauche et les Anarchistes ; elle inspira de nombreux mouvements Révolutionnaires qui en tirèrent des leçons leur permettant d'entreprendre d'autres Révolutions. Comme la Révolution française, la Commune constitue un événement
fondateur : elle inspire le mouvement ouvrier international, de la Commune de Carthagène en 1873 à la Révolution russe de 1917, à la Révolution spartakiste, à la Commune de Canton de 1927. Elle marque en profondeur tout le mouvement ouvrier français de la fin du XIXè et du XXè siècle, élément de ses spécificités. Elle hante encore la genèse du Front populaire, la Résistance et mai 1968.

Le socialisme utopique a décliné après 1870 lorsque le marxisme s'est imposé comme l'idéologie majeure du socialisme.
Le Conseil Général de Londres va tenter d'éviter l'affrontement direct et se borne à rappeler aux bakouninistes que les statuts considèrent l'action politique comme un moyen d'Emancipation. Mais, rapidement, ce conflit va déborder les frontières suisses. Les bakouninistes, désormais appelés « jurassiens », vont rencontrer d'actives sympathies en France, en Espagne et en Belgique. Des tentatives de conciliation au sein des sections romandes, puis à la conférence de Londres en 1871, vont échouer. Le Conseil Général de Londres enjoint alors aux jurassiens de se fondre dans la Fédération agréée de Genève. Au nom du principe statutaire d'Autonomie, les jurassiens s'obstinent, se Révoltent. La scission est alors inévitable entre des bakouninistes déjà anarcho-syndicalistes, et les « marxistes ».

Dès le 6 septembre 1871, les jurassiens se mettent en marge de l'A.I.T. en adoptant des statuts antiautoritaires et en contestant le pouvoir de décision d'un conseil général « hiérarchique et autoritaire ». La scission aura lieu début septembre 1872 lors du VIIIe congrès de La Haye.
Le lieu du congrès suscite déjà des oppositions. Nombre de Fédérations pensaient qu'il se tiendrait en Suisse. Les « nordistes » se justifient par la crainte d’« influences locales néfastes ». Pour protester, les Italiens appellent à la tenue d'un congrès international antiautoritaire à Neuchâtel. Les jurassiens, eux mandatent impérativement James Guillaume et A. Schwitzguebel pour présenter leur motion antiautoritaire au congrès officiel et se retirer en cas de vote négatif. Ce sont l'hostilité et la méfiance qui vont alors régner parmi les 65 délégués d'une dizaine de pays.
Bakounine et Guillaume sont exclus, le conseil général se transfère à New York. Des militants et des Fédérations se solidarisent avec les exclus et quittent alors l'AIT. La Première Internationale va s'éteindre progressivement. L'Internationale antiautoritaire va naître et s'engager sur une autre voie.

La Fédération jurassienne sera le point de regroupement des Fédérations hostiles au conseil général. C'est autour d'elle que va mûrir l'idéologie Libertaire qui porte alors le nom de « Collectivisme Révolutionnaire » qui se veut le promoteur d'un système économique Autogéré en dehors de toute autorité, de toute centralisation, de tout état. La constitution de cette nouvelle internationale a lieu à Saint-Imier le 15 septembre 1872. Y sont représentées les Fédérations espagnoles, italiennes et jurassiennes dans leur totalité, plusieurs sections françaises et deux sections d'Amérique. Ce congrès se donne comme objectif « la destruction de tout pouvoir politique par la Grève Révolutionnaire ».
L'Internationale « officielle » envoie lettre de défiance sur ultimatum, mais le mouvement fait tache d'huile. La Fédération anglaise, elle-même, s'agite. En quelques semaines toutes les Fédérations nationales vont désavouer le conseil général. Ces derniers auront un ultime sursaut, la convocation d'un congrès général le 8 septembre 1873. Les trente délégués qui y assistent ne représentent presque qu'eux-mêmes, à savoir la vieille garde genevoise. Les décisions n'en seront pas publiées. Le 15 juillet 1876, le conseil général s'auto-dissout.

De fait, c'est dès 1873 que le mouvement ouvrier réel est ailleurs. Le 27 avril 1873 est convoqué à Neuchâtel le VIe congrès de l'A.I.T. auquel assistent des délégués représentant les Fédérations d'Angleterre, de Belgique, de Hollande, de Suisse, d'Espagne, d'Italie et de France. Le congrès se prononce pour l'abolition complète de tout conseil général et, a contrario, pour l'Autonomie des Fédérations. Pour compléter la structure organisationnelle de l'association, il est décidé qu'en dehors des congrès, les tâches de coordination seront confiées au bureau d'une Fédération.

La première république espagnole est le régime qu'a connu l'Espagne de 1873 à 1874, ou 1875 si l'on rattache le gouvernement provisoire de Francisco Serrano.
La république est la conséquence directe des difficultés que connaissait l'Espagne depuis le règne mouvementé d'Isabelle II et de son mari le roi consort François Ier. Après leur fuite en France en 1868, il a fallu quelque temps pour trouver une personne à qui confier le trône d'Espagne. Le choix s'est finalement porté sur Amédée de Savoie mais ce dernier, en butte à de grandes difficultés, finit par abdiquer le 10 février 1873. Le lendemain, le 11 février 1873, une partie de la population madrilène, à l'instigation de militants républicains, proclame la république.
Des élections sont alors organisées pour élire des Cortes destinées à élaborer une Constitution. Néanmoins, l'unité n'existe pas parmi les républicains et l'Espagne est partagée entre deux tendances, une tendance favorable à la décentralisation mais résolument unitaire, et une tendance Fédéraliste. Un peu partout, des régions, des provinces voire de simples villages proclament leur Indépendance ou du moins leur Autonomie au sein de l'état, créant une situation proche de l'Insurrection.
La Révolution Cantonale fut un mouvement politique qui eut lieu durant la Première république espagnole. Elle commença par une Grève Révolutionnaire déclenchée à Alcoy quelques jours avant le 12 juillet 1873, quand éclata l’Insurrection à Carthagène sous le nom de Revolución Cantonal. Elle s’étendit les jours suivants dans de nombreuses zones des régions de Valence, Murcie, Andalousie et dans la province de Salamanque. Dans tous ces lieux, on réussit à organiser des cantons (états indépendants volontairement Fédérés dans la Federación española, un peu sur le modèle suisse). En Extrémadure, on essaya de constituer des cantons à Coria, Hervás et Plasencia. Ce mouvement était partisan d’un Fédéralisme de caractère radical et a essayé d’établir une série de villes ou de confédérations de villes (cantons) Indépendantes qui se Fédèreraient Librement. L’idéologie cantonale eut une grande influence sur le mouvement ouvrier naissant, et surtout sur l’Anarchisme. La majorité des cantons ont supprimé les monopoles, ont reconnu le droit au travail, la journée de huit heures et supprimé les impôts sur la consommation (droits d’octroi). Les tendances socialistes et Anarchistes non cependant pas réussi à s’imposer et c’est seulement à Cadix, Séville et Grenade que les internationalistes ont eu le plus d’influence. Notons pour leurs initiatives et la durée de leur existence les cantons de Almansa, Loja, Séville, Málaga, Cadix, Tarifa et, surtout, Carthagène, qui a été celui qui a eu la résistance la plus forte jusqu’au 13 janvier 1874, quand Martínez Campos et Manuel Pavía l’ont occupé militairement. Une des conséquences les plus immédiates de la Revolución Cantonal à été la démission de Francisco Pi i Margall comme président de la république.
Le pouvoir central hésita devant cette situation, avant de décider un mouvement de répression.

La république fut marquée par une forte instabilité et la démission de plusieurs présidents successifs. L'armée prit alors un pouvoir grandissant. C'est d'ailleurs un coup d'état, organisé par des partisans de la monarchie, qui met fin à la république Démocratique dès janvier 1874. Commence alors le gouvernement provisoire du général Francisco Serrano, qui gouverne de manière autoritaire, sans les Cortes qui ont été dissoutes, jusqu'en décembre 1874.
La restauration de la dynastie des Bourbons prit du retard car Serrano chercha à gagner du temps, dans l'espoir de conserver un régime républicain à son profit. Finalement, en janvier 1875, la monarchie est restaurée au profit d'Alphonse XII, qui met en place une monarchie constitutionnelle.

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Published by Collectif des 12 Singes - dans Lendemain du Grand Soir
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