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20 janvier 2005 4 20 /01 /janvier /2005 23:59

 

Les Révolutions russes de 1905 puis 1917, toujours la Lutte entre les Libertaires et les autoritaires
Télécharger le fichier : 03 - Les crépuscules des dogmes


Avant 1905, la Russie était sous la direction d’un régime tsariste, autocratique et répressif, en place depuis des siècles. Au début du XXè siècle, la Russie connut un essor industriel spectaculaire, entraînant un essor urbain et une grande effervescence culturelle : le vieil ordre social était ébranlé, aggravant les difficultés des plus pauvres. Les industries florissaient, la classe ouvrière était concentrée principalement dans les grandes villes. Cependant, cette prospérité du pays n'avait pas profité à la population.

La Révolution russe de 1905 faillit être le tournant décisif faisant entrer la Russie tsariste de Nicolas II dans la Démocratie. L'agitation était entretenue par la crise économique que traversait le pays et aggravée par les désastres militaires, en Extrême-Orient, face aux armées japonaises.
La Révolution commença en janvier 1905, par le Dimanche Rouge et aboutit, dix mois plus tard, à l'octroi d'une constitution : le Manifeste d'Octobre. Celui-ci aurait pu entraîner de grands changements politiques qui auraient transformé l'autocratie au point de la faire disparaître.
L'évolution économique et sociale du pays avait fait monter les oppositions libérales, Démocrates, socialistes et Révolutionnaires au régime tsariste. Il suffisait d'une étincelle pour déclencher une Révolution. Ce fut la fusillade du Dimanche Rouge, ou Dimanche Sanglant qui mit le feu aux poudres : le 22 janvier 1905, près de 30 000 personnes, pour la plupart ouvriers, participèrent à une marche Pacifique organisée par le prêtre orthodoxe Gapon en direction du palais d'hiver, lieu de résidence du tsar Nicolas II à Saint Petersbourg. Les manifestants réclamaient la Libération de tous les Révolutionnaires emprisonnés, de meilleures conditions de travail, la cession des terres aux paysans, la suppression de la censure. Ils demandaient en outre la création d'un parlement. Ceci ne constituait pas alors un acte de Révolution à proprement parler, puisque la manifestation se déroulait de façon Pacifique (certains manifestants étaient accompagnés par leur famille, et des portraits du tsar avaient été hissés au milieu de la manifestation).
Si le régime réussit à survivre à cette première attaque, le mécontentement grandit et l'opposition se radicalisa. Après ce « dimanche rouge » (sanguinaire), les ouvriers de Saint Petersbourg se mettent en Grève. Celle-ci atteint rapidement son apogée avec 150.000 Grévistes. Dés lors, de multiples Grèves tant politiques qu'économiques éclatent un peu partout en Russie, qui vont en se radicalisant jusqu'à l'explosion d'octobre 1905. Commencèrent alors des actes de protestation plus durs, des Soulèvements Révolutionnaires (comme la mutinerie à bord du navire de guerre, le Cuirassé Potemkine ou la fusillade de l'Escalier Richelieu à Odessa), des Emeutes ou encore des meurtres d'industriels. Une vague de protestation se souleva contre la politique du tsar. Une Grève Générale d'ouvriers de tendance socialiste paralysa le pays. Devant la crise, le tsar recula.
Sous la pression de la rue, il accepta le manifeste du 17 octobre, qui accède notamment à une des revendications principales des manifestants, la création d'une Douma d'état, un parlement, sur la base du suffrage universel.

À l'annonce du manifeste, la population laissa éclater sa joie, pavoisa dans les rues et chanta la Marseillaise, nouvelle preuve de l'importance du modèle français dans la vie politique russe d'alors. Mais, si pour les libéraux la victoire était complète, pour les socialistes et les ouvriers, le Manifeste n'était qu'un premier pas. La pression des ouvriers s'accentua. Les soviets ouvriers se multiplièrent. Il y eut même des soviets de soldats parmi les troupes revenant du front. Il y eut des Insurrections de marins : à Cronstadt (à ne pas confondre avec l'Insurrection de 1921) et à Sébastopol en novembre. À l'initiative des Socialistes Révolutionnaires, des soviets de paysans se constituèrent. Des Révoltes rurales avaient toujours lieu : 219 Soulèvements en octobre, 796 en novembre et 575 en décembre. L'Union paysanne panrusse réclamait la nationalisation du sol, donc la suppression de la propriété privée du sol. Les modérés parmi les Socialistes Révolutionnaires créèrent en janvier 1906 le Parti social du Peuple qui joua le jeu de la Démocratie et de la Douma.

Cependant, cette concession n'améliora pas la situation, puisque le tsar décida de dissoudre par la suite l'assemblée de façon répétitive au gré de ses besoins. Les tensions politiques ne s'apaisèrent donc pas. Dans les deux ans qui suivirent, la contre-attaque de Nicolas II réduisit à néant tous les espoirs soulevés par cette Révolution de 1905. Nicolas II avait octroyé une constitution garantissant les Libertés fondamentales et une Douma élue. Apparemment, la Russie prenait la voie de la Démocratie et de la Liberté. Mais, la première Douma, dominée par les KD (libéraux) fut impuissante. Le tsar refusait de nommer un gouvernement correspondant à la majorité à la chambre. Celle-ci refusait toutes les mesures gouvernementales et le gouvernement refusait toutes les mesures proposées par la Douma. Elle fut dissoute deux fois successivement, jusqu'à l'élection d'une majorité docile et favorable au tsar. Il avait fallu pour cela procéder à des modifications des modalités électorales. La Douma dite « des Seigneurs » fut alors docile et on revint à un fonctionnement de type autocratique.
L'élément essentiel de cette période fut l'apparition du premier soviet (en russe conseil : littéralement un conseil d'ouvriers, de paysans et de soldats acquis aux idées de gauche dans la Russie tsariste, qui prit le pouvoir dans une organisation locale (une usine, une ville, une province...), né à la mi-mai 1905 dans le centre textile d'Ivanovo Voznessennk.

La Révolution de 1917 n’est que l’aboutissement d’une longue succession de petites Révoltes. Les réformes nécessaires que ni les Révoltes paysannes, ni les attentats politiques, ni l'activité parlementaire de la douma n'avaient réussi à imposer viendront finalement d'une Révolution impulsée par le prolétariat.
La Première Guerre mondiale, à laquelle la Russie tsariste participe aux côtés de la France et du Royaume-Uni, prépare le terrain aux deux Révolutions de 1917 (février et octobre). Désorganisé et ruiné, le plus ancien empire européen éclate en quelques mois, en proie aux troubles populaires et aux menées d’une poignée de Révolutionnaires marxistes : les bolcheviques.
Dès le début de la guerre, la confrontation avec l’Allemagne, puissante et fortement industrialisée, révèle toutes les faiblesses de la Russie des Romanov : le pays est immense mais ses structures sociales restent archaïques : 85 % de la population russe vit de l’agriculture, et le servage n’a été officiellement aboli qu’en 1861. L’industrie, malgré un essor spectaculaire à la fin du XIXe siècle, reste inégalement répartie sur le territoire. Coupée de ses fournisseurs occidentaux, l’économie russe ne peut répondre aux besoins énormes créés par la guerre.

Les pénuries s’installent au front, où l’on manque parfois de munitions, comme dans les villes, où le pain se fait rare. Mal équipées, mal ravitaillées, mal organisées, les troupes russes essuient d’importantes défaites (Tannenberg, lacs Mazures) : les pertes battirent tous les records (1 700 000 morts et 5 950 000 blessés) et des mutineries éclatèrent, le moral des troupes se trouvant au plus bas. Les soldats supportaient de moins en moins l'incapacité des officiers (on a ainsi vu des unités monter au combat avec des balles ne correspondant pas au calibre de leur fusil), les brimades et punitions corporelles en usages dans l'armée. Au printemps 1917, l’armée se désagrège et la situation dans les grandes villes, surtout Petrograd (l’actuelle Saint-Pétersbourg), devient explosive.
La famine grondait, les marchandises se faisaient rares. L’économie russe, qui venait de connaître le taux de croissance le plus élevé d’Europe était à présent coupée du marché européen. La Chambre basse du Parlement russe (la Douma), constituée de partis libéraux progressistes, mit en garde le tsar Nicolas II et lui conseilla de former une nouvelle sorte de gouvernement constitutionnel. Mais le tsar ignora l’avis de la Douma.
Le mois de février 1917 rassemblait toutes les caractéristiques pour une révolte populaire : hiver rude, pénurie alimentaire, lassitude face à la guerre… Tout commença par des Grèves spontanées, début février, des ouvriers des usines de la capitale Petrograd. Pendant ces Grèves, les participants n’ont pas encore de revendications politiques. Ils réclament seulement du pain.
Les jours suivants, les Grèves se généralisèrent dans tout Petrograd et la tension monta. Les slogans jusque-là plutôt discrets se politisèrent : « À bas la guerre ! », « À bas l’autocratie ! ». Cette fois, les affrontements avec la police firent des victimes des deux côtés. Les manifestants s’armèrent en pillant les postes de police. On compte 200 000 Grévistes dans la capitale russe.

Après trois jours de manifestations, le tsar mobilisa les troupes de la garnison de la ville pour mater la Rébellion. Les soldats résistèrent aux premières tentatives de Fraternisation et tuèrent de nombreux manifestants. Toutefois, les manifestants parvinrent à rallier à leur cause les cosaques, et l’armée : durant les nuits, des troupiers rejoignirent le camp des Insurgés, qui purent ainsi s’armer plus convenablement. Non loin de Petrograd, sur l’île de Kronstadt, le corps d’élite de la marine russe, informé du déroulement de ces événements, se débarrasse de sa hiérarchie qui l’opprime depuis trop longtemps.
Le 27 février la garnison de Petrograd Fraternise avec la foule. Ouvriers et soldats s’emparent de la ville. Le tsar, désemparé, n'ayant plus les moyens de gouverner, avait dissout la Douma et un gouvernement provisoire est formé. C'est le triomphe de la Révolution. De retour du front et devant l’ampleur de la Contestation, le tsar Nicolas II abdique le 2 mars. Tous les régiments de la garnison de Petrograd se joignirent aux Révoltés. Emmenés par le populaire avocat Alexandre Kerenski, les députés socialistes de la Douma se rallient au Soviet de Petrograd. Le 15 mars, ils confient le gouvernement à un noble libéral, le prince Lvov. Bientôt les premières élections au soviet des ouvriers de Petrograd auront lieu.

De Mars à Avril 1917, c’est « la lune de miel de la Révolution » : le pouvoir tsariste déchu, un vent de Liberté souffle sur la Russie, qui pour la première fois fait l’expérience de la Démocratie. A Kronstadt, les marins instaurent un mini état, avec la mise en place d'un corps législatif. Ici plus qu’ailleurs les soviets plébiscitent les débats d’idées et la Démocratie Directe. Une soif de savoir et de connaissance enivre les marins à travers l’apprentissage de la lecture et la découverte de la culture. Chacun se sent maître de son destin et précurseur d’un nouveau monde de Liberté et d’Autodétermination.
Cependant, un gouvernement provisoire élu par la Douma, dirigé par Michel Rodzianko, ancien officier du tsar, monarchiste et riche propriétaire de Terres, s'installe. Ainsi, officiellement, même s'il est issu d'une Révolution des ouvriers et soldats, le pouvoir est aux mains d'un gouvernement provisoire, dirigé par des politiciens libéraux (principalement du parti Kadet, le parti de la bourgeoisie libérale). Mais en réalité, il doit composer avec les soviets. En effet, les ouvriers de Petrograd recréent spontanément les conseils (soviet en Russe) de représentant élus des ouvriers, paysans et soldats, expérimentés en 1905. Dès début mars, des soviets existent dans les principales villes du pays, ils surgiront dans les campagnes en avril et mai.

La période suivant l'abdication du tsar est donc confuse, et les gouvernements provisoires se succèdent rapidement au fur et à mesure que la révolution gagne en profondeur et que la masse des ouvriers et paysans se politise. Une question anime tous les débats politiques : le pays doit-il continuer la guerre ou négocier une Paix honorable avec l’Allemagne ? Le gouvernement provisoire reste fidèle à l’alliance passée avec la France et le Royaume-Uni. Les représentants des soviets exigent au contraire un arrêt des combats et une Paix immédiate, ainsi que la terre aux paysans, la journée de 8 heures et une république Démocratique. Cette revendication est aussi celles des militants bolcheviques qui, à la faveur de la Révolution de février, quittent leur exil pour revenir à Petrograd. Ils organisent une agitation permanente avec pour slogan « Le pain, la Paix, la terre ».
Mais ce programme est bien évidemment inapplicable par la bourgeoisie libérale qui a pris le pouvoir à la suite de la Révolution, et qui ne veut ni rompre avec ses alliés, ni toucher à la propriété des terres par la noblesse féodale, ni accorder la journée de 8 heures. Mais le gouvernement provisoire ne peut gouverner sans l'appui incertain des soviets, qui ont le soutien et la confiance de la grande masse des travailleurs. Le soviet est donc à la fois un club dans lequel les ouvriers se rendent pour discuter de la situation, et un organe de gouvernement.
La Révolution s'étend dans tout le pays: dans les villes et les villages, à l'annonce de la Révolution dans la capitale, des soviets se forment et les notables qui dirigeaient au nom du tsar sont destitués. Les soviets sont alors dominés par des partis socialistes, Mencheviks, et Socialistes-Révolutionnaires, les Bolcheviks qui, malgré leur nom, sont minoritaires (alors que dans un premier temps ils étaient la fraction majoritaire du Parti Ouvrier Social-Démocrate de Russie, en opposition aux Mencheviks – de menchinstvo, « minorité » ; ils étaient vivement critiquée dans l'Internationale, notamment par Rosa Luxembourg, qui dénonçait le « danger bureaucratique de l'ultra-centralisme », bref Lénine était un nouveau Robespierre enclin à se faire accepter par la force).

Malgré la volonté populaire d'en finir avec la guerre, l'implication dans la première guerre mondiale n'est pas remise en cause. En avril, la publication d'une note secrète du gouvernement à ses alliés, indiquant qu'il ne remettra pas en cause les traités tsaristes et continuera la guerre, provoque la colère des soldats et ouvriers. Des manifestations pour et contre le gouvernement causent les premiers véritables affrontements armés de la Révolution. Les socialistes modérés (Mencheviks) entrent au gouvernement, soutenus par la majorité des ouvriers qui pensent qu'ils pourront faire pression pour arrêter la guerre.
Malgré la poursuite de la guerre, la Russie va vivre dans les mois suivants dans une très grande euphorie Démocratique, mais celle-ci sera minée par les agissements des bolcheviques, les partisans de Lénine. Il parvient à s’arroger l’appui des marins de Kronstadt, bien que leurs objectifs soient sensiblement divergents, les uns prônant la Démocratie des soviets, l’autre une dictature bolchevique.
Peu après son retour en Russie, Lénine fait paraître ses Thèses d'avril, dans lesquelles il s'oppose au gouvernement provisoire et explique que seul le plein pouvoir aux soviets (noyauté par son clan) est à même de sauvegarder les acquis de la Révolution. Il prône la confiscation et le partage des terres par les paysans, le passage immédiat à une république des soviets et le boycott du gouvernement provisoire. Avec l'effondrement économique et la poursuite de la guerre, les idées du parti bolchevik, dirigé par Lénine et Trotsky gagnent de l'influence. Début juin, les bolcheviks sont majoritaires dans le soviet ouvrier de Petrograd.

Le 29 juin, une manifestation violente téléguidée par Lénine sert de prétexte à Kerenski (socialiste dirigeant le gouvernement) pour réprimer les extrémistes qui menacent la Démocratie. En juillet, le gouvernement provisoire ordonne une nouvelle offensive sur le front de la Grande Guerre, provoquant ainsi la Révolte de l’armée, qui ne souhaite plus attaquer, mais uniquement se défendre contre les Allemands. Le 4 juillet à Kronstadt, plus de 10.000 marins s’apprêtent à embarquer pour Petrograd, afin de renverser le gouvernement au profit des bolcheviques. Lénine voit d’un mauvais oeil ce mouvement spontané, Démocratique, qu’il juge incontrôlable et dangereux (car même si ce mouvement lui semble favorable, il pourrait très bien se retourner contre lui et son ambition dictatoriale). Il estime que lui seul pourra mettre en place un nouveau régime. Privé du chef qu’ils souhaitent porter au pouvoir, les marins de Kronstadt manifestent dans les rues de Petrograd, rejoints par la population pour réclamer un nouveau gouvernement. Ce dernier fait tirer sur la foule depuis les toits et parvient à mater la Révolte. Les bolcheviques sont alors poursuivis et réduits à la clandestinité. Lénine abandonne ses partisans et s'enfuit sous un déguisement en Finlande. Tout semble perdu pour les bolcheviques, ainsi écartés du jeu politique.

Les manifestations du 4 juillet provoquent le durcissement de la position du gouvernement provisoire en faveur de la poursuite de la guerre. Mais l’armée se Révolte une nouvelle fois et avance sur la capitale, poussant le gouvernement à armer les bolcheviques pour défendre la ville. Ceux-ci parviennent à convaincre les soldats de ne pas se battre, l’Insurrection est évitée.
Pour autant, de plus en plus d'ouvriers et soldats pensent qu'il ne saurait y avoir de conciliation entre l'ancienne société défendue par Kornilov et la nouvelle. Le putsch et l'effondrement du gouvernement provisoire, en donnant aux soviets la direction de la Résistance renforce leur autorité et accroît l'audience des bolcheviks. Leur prestige se trouve grandi : aiguillonnées par la contre-révolution, les masses se radicalisent, des soviets, des syndicats se rangent du côté des bolcheviks. Le 31 août, le soviet de Petrograd et 126 soviets de province votent une résolution en faveur du pouvoir des soviets. Petrograd accorde la majorité aux bolcheviks, et élit Trotsky à sa présidence le 30 septembre.
La Révolution se poursuit, les paysans s'emparent des terres des seigneurs sans attendre la réforme agraire promise et constamment retardée par le gouvernement provisoire. Les soldats désertent en masse les tranchées, qui se vident peu à peu.
Ainsi, les bolcheviks, qu'on qualifiait encore en juillet d'une « insignifiante poignée de démagogues » contrôlent la majorité du pays.

Sortis de la clandestinité et armés, les bolcheviques décident le recours à la force pour prendre le pouvoir, sous l’influence de Lénine rentré d’exil le 10 octobre.

Néanmoins, une assemblée constituante est élue Démocratiquement après les premières élections auxquelles participe tout le pays. Mais les bolcheviques n’obtiennent qu’un quart des suffrages et manœuvrent pour dissoudre l’assemblée au profit de « la dictature du prolétariat » (plutôt le despotisme d’eux-mêmes).

En octobre, Lénine et Trotski considèrent que le moment est venu d'en finir avec la situation de double pouvoir (gouvernement et soviets). Les débats au sein du Comité central du Parti bolchevik afin que celui-ci organise une Insurrection armée et prenne le pouvoir sont vifs, certains considérant qu'il faut encore attendre et agir en accord avec d'autres formations Révolutionnaires. Mais Lénine et Trotski l'emportent et après avoir résisté, le Comité approuve et organise l’Insurrection, qui doit se tenir juste avant l'ouverture du IIe congrès des soviets, lequel doit se réunir le 25 octobre (dans l'ancien calendrier tsariste, ce qui correspond au 7 novembre).
Dans la nuit du 6 au 7 novembre 1917, les bolcheviques s'emparent, par la force (sans véritable soutien populaire), des principaux centres de décision de la capitale russe, Petrograd (anciennement Saint-Pétersbourg). Les évènements à Petrograd se déroulèrent presque sans effusion de sang : les bolcheviks parvinrent à prendre les symboles gouvernementaux sans résistance avant de lancer un assaut final sur le Palais d'hiver. Ce dernier, défendu par des bataillons féminins, céda au prix limité de six morts : les marins de Kronstadt s’introduisent au sein de l’assemblée (au Palais d’Hiver) et demandent à ses occupants de sortir pour ne plus les laisser rentrer. Il est à noter que parmi les troupes cantonnées dans la capitale, seuls quelques bataillons d'élèves officiers (« junkers ») soutiennent le gouvernement provisoire, l'immense majorité des régiments se prononçant pour le Soulèvement ou se déclarant neutres dans le conflit entre les soviets et le gouvernement provisoire.

Ce dernier coup d’état (le troisième en quelques mois !) permet à Lénine d’obtenir les pleins pouvoirs. Alors que Lénine déclare au congrès « Tout le pouvoir aux soviets », ceux-ci perçoivent déjà les ambitions dictatoriales des bolcheviques au détriment de la Démocratie.
Sitôt après sa prise de pouvoir, Lénine met en place les instruments de la dictature. La presse « bourgeoise » est étouffée. La police politique (Tchéka, ancêtre du KGB, en charge de traquer toute Contestation ou critique du pouvoir bolchevique) est créée le 7 décembre, la Grève interdite le 20 décembre !...
Le parti K-D (constitutionnel-Démocrate), ancré dans la Gauche Démocratique est interdit dès décembre. Reste l'opposition du principal parti de Gauche, les S-R (Socialistes-Révolutionnaires). Ces derniers recueillent une écrasante majorité aux élections à l'Assemblée constituante, que les bolcheviques n'ont pas osé annuler.
Lénine ne se démonte pas. Il proclame que le pouvoir des Soviets (les conseils populaires, solidement tenus en main par les bolcheviques) est supérieur à celui de l'Assemblée et le 19 janvier 1918, dès le lendemain de l'entrée en fonction de celle-ci, il ordonne sa dissolution.
Ne craignant plus la contradiction, le gouvernement entame à marches forcées la réforme des institutions.

Ayant porté Lénine et les bolcheviques au pouvoir, les marins de Kronstadt ne peuvent que constater les divergences qui opposent leur rêve de Démocratie des soviets et l’exercice d’un pouvoir fort et sans concessions. Bien décidés à poursuivre leur idéal de Liberté, les marins de Kronstadt s’engagent dans une guerre civile fratricide et sanglante qui durera plusieurs années.
Suite à l’avènement des bolcheviques à la tête de l’état, un fossé se creuse entre le pouvoir politique et la population. Les marins de Kronstadt se trouvent pris dans cet antagonisme, qui va à l’encontre de leurs convictions.

C’est dès le 9 janvier 1918 que le transfert du gouvernement à Moscou est envisagé, alors que les négociations sont en cours à Brest-Litovsk, et que l'armistice avec l'Allemagne tient toujours. Le 30 mars 1918, Lénine échappe à un attentat lors de la visite d’une usine, ce qui provoque chez lui une véritable paranoïa contre-révolutionnaire.
La translation du gouvernement vers Moscou, effective en mars, n'est donc pas due aux offensives allemandes et blanches, mais à une peur que les quartiers ouvriers de Petrograd, toujours affamés et exaspérés, se soulèvent à nouveau, mais cette fois contre le pouvoir né d'Octobre. Il s'agit aussi de démontrer spectaculairement aux opposants de toute sorte que le pouvoir bolchevik peut subsister même hors de son foyer d'origine petrogradois. Lénine fait alors régner une « terreur rouge », prenant pour cible les cosaques, les prêtres, les hommes d’affaires et les intellectuels.
Le 11-12 avril, une vague de répression anti-Anarchiste frappe Moscou. Désormais, les Anarchistes sont qualifiés officiellement de « bandits », un mot qui aura de la postérité. Dzerjinski prévient que cette opération n’est qu’un début. Une recrudescence des SR (Socialistes Révolutionnaires) et des Anarchistes inquiète en effet alors le pouvoir. Leur net regain d'audience se lit aux résultats : là où se tiennent encore des élections locales Libres, ils en remportent plus de la moitié. En réaction, en mai-juin 1918, 205 journaux socialistes sont fermés, et la Tchéka dissout l’arme au poing des dizaines de soviets SR ou mencheviks, alors que ceux-ci viennent d'être élus légalement. Le 14 juin 1918, les mencheviks et les SR de gauche sont expulsés du comité exécutif panrusse des soviets, qui ne comprend alors plus d’autre parti que le parti bolchevik. Le 16 juillet, le journal de Maxime Gorki, La Vie Nouvelle, est interdit par la Tcheka. C'était le dernier journal indépendant encore en activité en Russie.

Dans les villes, la situation alimentaire demeure explosive. Pas plus que Kerensky, Lénine n'a de solution toute prête face à la rupture des échanges villes/campagnes, et au retour des paysans à l'autoconsommation. Les bolcheviks ne peuvent que reprendre la méthode des prélèvements obligatoires effectués par des détachements armés de citadins, ce qui soude les campagnes contre leur pouvoir urbain, et aliène au parti les paysans que le décret sur la terre lui avaient gagné. 150 Révoltes paysannes sont réprimées à travers la Russie pour le seul mois de juillet 1918, sans susciter une amélioration notable du ravitaillement urbain. Au contraire, les rations s’effondrent. Dans des dizaines de villes, la Tcheka et certains Gardes Rouges tirent alors sur des marches de la faim, fusillent des Grévistes, brisent les meetings populaires.
Une nouvelle pratique est même inaugurée : le lock-out des usines… nationalisées ! Un autre moyen de réprimer les Grèves. Le 20 juin 1918, en représailles à l’assassinat d’un responsable bolchevik, 800 meneurs ouvriers sont arrêtés à Petrograd en deux jours, et leur soviet dissout. Le 2 juillet, les ouvriers répliquent par une Grève Générale à travers Petrograd, en vain.

Refusant ces actes mais aussi le traité de Brest-Litovsk qu'ils interprètent comme une capitulation face à l'impérialisme allemand, les SR de gauche rompent à leur tour avec le gouvernement bolchevik. Le 6 juillet 1918, ils tentent de relancer la guerre contre l'Allemagne en assassinant l'ambassadeur du Reich, Von Mirbach. Le même jour, ils tentent de prendre d'assaut le siège de la Tcheka à Moscou. Virtuellement, la guerre civile opposant les bolcheviks à toutes les autres forces est commencée. A la fin de l’année 1918, plus de 6.000 opposants sont assassinés.
Un régiment tchèque composé majoritairement de déserteurs de l’armée allemande se rebelle, de peur d’être livré aux Allemands si la Russie capitulait. Rejoint par des mécontents du régime, ils constituent très vite l’armée blanche forte de 40.000 hommes et s’apprêtent à occuper la ville de Kazan, où la famille impériale est tenue prisonnière. Le 16 juillet 1918, les Romanov sont exécutés par leurs geôliers pour éviter à tout prix le retour de l’ancien régime.
Pour faire face à cette véritable menace, le gouvernement bolchevique envoie les marins de Kronstadt reprendre la ville. Une fois de plus ils font preuve de grand courage et de détermination en remportant cette bataille décisive lors de combats acharnés.
Le 11 novembre 1918 marque la fin de la 1ère guerre mondiale et permet à l’armée rouge de concentrer ses forces à combattre les rebelles blancs. Mais ces derniers reçoivent l’aide des troupes alliées, opérant un véritable blocus du pays.
Nestor Makhno (1889-1939) symbolise à lui seul le courage et la détermination des Anarchistes, opposés au pouvoir des bolcheviks. En 1918, il forme une armée destinée à combattre à la fois l’envahisseur austro-allemand, les propriétaires terriens et les nationalistes ukrainiens.
En pleine guerre civile, l’armée Insurrectionnelle de Makhno aide l’armée rouge des bolcheviks à combattre les troupes blanches antirévolutionnaires.
Mais dès les premiers mois de la Révolution russe de 1917, les bolcheviks ne supportaient pas l’influence des Anarchistes dans certaines régions du pays. Devant le refus de Makhno de se soumettre aux ordres de Moscou et de mettre son armée sous le commandement de Léon Trotski (chef de l’armée rouge), les bolcheviks décident de mater l’armée makhnoviste. Ils l’écraseront après de longs mois de combat. Pour autant, les makhnovistes ont eu le temps d’instaurer en Ukraine ce qui restera certainement la première société Libertaire fondée sur l’AutoGestion : les terres furent cultivées en commun par les paysans, groupés en « Communes Libres » ou en « soviets de travail Libres ». Durant plusieurs mois, les paysans ukrainiens eurent le sentiment de vivre sans aucun pouvoir politique.
Alors que Petrograd est cernée par les blancs, les marins de Kronstadt défendent une nouvelle fois la ville avec succès. Après deux années de guerre civile les rouges l’emportent, mais à quel prix ?
En 1920, on estime à 10 millions le nombre de tués en seulement deux ans : 3 millions de soldats, 2 millions de civils morts des suites des nombreuses maladies, et 5 millions de morts dans la population du fait des famines provoquées par les réquisitions et les exactions de la Tcheka.

Alors que le pays ruiné par l’économie de guerre doit faire face à un hiver difficile et à de multiples épidémies, une intelligentsia de privilégiés autour de Lénine se constitue, en total décalage avec les difficultés du peuple russe. Les marins de Kronstadt, issus de milieux modestes, de familles de paysans, partagent les difficultés de leurs proches à travers lettres et visites. Alors que les ouvriers se mettent en grève à Petrograd, les marins de Kronstadt prennent conscience de l’échec de la Démocratie des soviets et refusent d’appuyer plus longtemps un pouvoir centralisateur et dictatorial que ni la grande guerre ni la guerre civile ne justifient.
Après avoir largement contribué au succès de la Révolution, ils se sentent trahis et réclament « le pouvoir au Peuple » et un système Démocratique décentralisé. En 1921, des milliers de marins quittent le parti ou brûlent leur carte, dénonçant les abus de la Tcheka, le parti unique, et exigeant Liberté d’expression et Libération des prisonniers politiques.
En mars 1921, les marins de Kronstadt forment un Comité Révolutionnaire Provisoire, rédigent un programme de revendications et élisent un chef issu de la base. Comme en 1917 ils font de l’île Kronstadt un territoire Indépendant du pouvoir de Moscou. Ils revendiquent une Démocratie de soviets multipartite, des élections Libres, l’abolition des privilèges et l’Egalité. Ils reprennent les slogans de 1917 et les retournent contre les bolcheviques.
Vétérans des précédentes Révolutions de février et octobre 1917, ils sont déterminés à poursuivre une troisième Révolution qui tendrait à restituer les acquis de la première Révolution de février, trois ans plus tôt. A cette provocation le pouvoir bolchevique réplique par une première offensive le 8 mars 1921. Mais l’efficacité défensive de la forteresse de Kronstadt et l’inexpérience du contingent de l’armée rouge stationné à Petrograd aboutissent à un cuisant échec des attaquants.
Lénine adopte alors une autre stratégie. Il approvisionne en nourriture Petrograd et Moscou, cherche à discréditer les marins de Kronstadt, et surtout envoie à Petrograd 45.000 soldats bien équipés. Les deux camps s’affrontent pendant une nuit et une journée, donnant lieu à des combats féroces. Les marins de Kronstadt sont finalement vaincus le 17 mars 1921.
La Démocratie Directe des soviets imaginée par de simples marins, corps d’élite de l’armée russe, qui ont pourtant tout fait pour être « maîtres de leur destin », restera ainsi lettre morte.
Si une partie des marins de Kronstadt parvient à fuir vers la Finlande, d’autres préfèrent rester et seront soit fusillés aux abords de Petrograd, soit envoyés dans les premiers camps de concentration russe.

       

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Published by Collectif des 12 Singes - dans Lendemain du Grand Soir
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