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21 janvier 2005 5 21 /01 /janvier /2005 00:03

Les Fronts Populaires contre les nationalismes meurtriers

Télécharger le fichier : 03 - Les crépuscules des dogmes


Le « Cartel des Gauches », victorieux (car la droite est divisée : la Gauche obtient 48,3% et la droite 51,7% mais le Cartel obtient une majorité de sièges – 327 contre 254) aux élections de mai 1924 (puis plus tard en 1932), est la coalition française des radicaux qui dominent alors la gauche (jusqu'en 1936) et des socialistes. Les premiers députés communistes qui sont élus en 1924 siègent dans l'opposition. Les socialistes ne participent pas au gouvernement de peur de se faire taxer de trahison sociale par les communistes qui verraient en cette alliance une collaboration avec un régime bourgeois.

Le Cartel met en place un réseau de comités dans tout le pays. Cependant le Cartel échoue lamentablement dans la politique financière. En effet les socialistes voudraient remédier à la dette par l'adoption d'un impôt sur le capital ce qui effraye les détenteurs de capitaux tandis que les radicaux ne veulent pas prendre de mesure sévère. Tandis que Herriot a recours à de nombreuses avances auprès de banques, ces dernières le dénoncent en avril 1925 provoquant dès lors la chute de son gouvernement. Se succèdent alors les gouvernements de Painlevé puis de Briand. En juillet 1926, Herriot tente de reformé un gouvernement mais une véritable crise dans le milieu financier provoque la chute finale du cartel : la spéculation provoque la chute du franc. Chute à laquelle seul le retour de Poincaré y remédiera, victorieux de son « Verdun financier » de la fin du bloc national.
Ainsi le Cartel des gauches est mort en 1926 de ne pas avoir su affronter le mur de l'argent qui indique le poids de l'économie dans la politique de l'entre deux guerres.
Edouard Herriot, ayant compris les leçons de son bref retour de 1926, s'oblige à laisser les hommes du centre droit prendre la direction de l'économie honorant ainsi leur politique de déflation qu'ils mènent depuis le début de la crise de 1931. Il s'agit alors pour eux de diminuer les dépenses de l'état par une réduction du traitement des fonctionnaires espérant ainsi provoquer une réduction du déficit budgétaire et une baisse des prix. Cette politique offerte par le radical Herriot ne convient pas aux socialistes qui veulent une augmentation du pouvoir d'achat. Il y a donc un blocage des réformes économiques qui provoquent une fois de plus sous la troisième république la valse des ministères : cette période de grande instabilité aboutit à la crise du 6 février 1934.

C'est en réaction à la journée du 6 février 1934 que les partis de Gauche décidèrent de s'unir contre le danger fasciste, afin d'éviter à la France une situation à l'Allemande. Au cours de cette journée, les ligues françaises comme Les Croix de feu (qui n'avaient pas participé aux violences) ou les Jeunesses patriotes manifestant contre l'investiture de Daladier provoquèrent de graves troubles avec la police (plus de 15 morts et 1500 blessés). Le 12 février, une manifestation commune SFIO et PC a lieu. Elle est le premier acte du Front populaire qui naît officiellement le 14 juillet 1935.

Le Front Populaire est une coalition rassemblant les partis de gauche suivants : le parti socialiste (SFIO à l'époque), les Communistes (PC) et les radicaux dans l'opposition de la république parlementaire de l'époque. C'est le dirigeant communiste Maurice Thorez qui, en 1934, par des articles dans le journal L'Humanité, appela pour la première fois en France à la formation d'un « Front populaire » (l'expression est d’Eugen Fried). Il présenta d'ailleurs son projet quelques semaines plus tard devant la Chambre des députés.
Les accords du Front Populaire permirent la victoire aux élections législatives le 3 mai 1936 et débouchèrent sur le premier gouvernement à dominante socialiste de la IIIe république.
Les causes de la victoire du Front Populaire sont multiples : crise économique, montée d'Adolf Hitler causant un revirement de la doctrine extérieure de Staline qui abandonne le sectarisme contre la social-démocratie (tactique dite « classe contre classe ») et permet aux partis communistes d'entrer dans des alliances gouvernementales, scandales financiers, instabilité du gouvernement de la législature de 1932, existence des ligues d'extrême-droite, armées de plus en plus nombreuses, émeute antiparlementaire du 6 février 1934.
Le gouvernement était alors composé seulement de 20 socialistes, 13 radicaux et deux républicains socialistes, les communistes le soutenant de l'extérieur. Ce gouvernement de Front Populaire fut le premier à accueillir trois femmes ministres (Suzanne Lacore, Irène Joliot-Curie et Cécile Brunschwig) alors que celles-ci n'avaient toujours pas le droit de vote. Un sous-secrétariat d'état aux sports et aux loisirs fut créé (il fut tourné en dérision par la droite et l'extrême-droite qui le qualifiaient de « ministère de la paresse »).

Avant la formation du nouveau gouvernement, des premières Grèves éclatent dans des usines d’aviation, au Havre, à Toulouse et à Courbevoie. Le 11 mai, 600 ouvriers et 250 employés des usines Breguet arrêtent le travail pour demander la réintégration de deux militants licenciés pour avoir fait Grève le 1er mai. L’usine est occupée et les tentatives de la police de déloger les Grévistes échouent, les dockers se solidarisant avec les Grévistes. En deux jours les Grévistes obtiennent satisfaction.
Le 24 mai le rassemblement en souvenir de la Commune de Paris rassemble 600 000 participants, brandissant des drapeaux rouges et chantant des hymnes Révolutionnaires.
Le lendemain de nombreuses Grèves débutent en région parisienne, qui obtiennent généralement rapidement satisfaction. Le 28, les 30 000 ouvriers de Renault à Billancourt entrent dans la Grève. Un compromis est trouvé avec la CGT, mais la lame de fond continue, et à partir du 2 juin des corporations entières entrent en Grève : la chimie, l’alimentation, le textile, l’ameublement, le pétrole, la métallurgie, quelques mines, etc. À partir du 5, les vendeurs de journaux, les tenanciers de kiosques, les employés des salles de spectacles, les commis, les garçons de café, les coiffeurs, des ouvriers agricoles etc. font Grève, souvent pour la première fois.
Pour la première fois également les entreprises sont occupées par les Grévistes, qui organisent des comités de Grève. Se trouve remis en cause le principe de la propriété privée des moyens de production. Des bals sont donnés dans les usines ou les grands magasins, des compagnies de théâtre (comme celle de Jacques Prévert) jouent des pièces. On compte 12 000 Grèves, dont 9 000 avec occupation, entraînant environ 2 millions de Grévistes.
Le patronat hésite à employer la force pour évacuer les usines et préfère la négociation. Le gouvernement Blum formé le 4 juin cherche à faire cesser le mouvement de Grève. Les accords de Matignon sont signés dans la nuit du 7 au 8 en échange de l’évacuation des usines.

Les accords de Matignon furent signés par la CGT et le patronat, à l'initiative du gouvernement. Ces accords mettaient en place entre autres le droit syndical et prévoyaient une hausse des salaires de plus de 7 à 15 % selon les branches soit environ 12% de moyenne sur toute la France. Quelques jours plus tard, bien que ces mesures ne figuraient pas dans le programme du Front Populaire, par deux lois votées par le parlement, les premiers congés payés (2 semaines) furent instaurés, et la semaine de travail passa de 48 à 40 heures. Pour les ouvriers et employés partant en vacances, Léo Lagrange créa des billets de train avec 40 % de réduction.
Ces accords n'empêchèrent pas les Grèves et les occupations de se poursuivre, souvent jusqu'en juillet : bien des délégués des usines en Grève souhaitent continuer le mouvement. À partir du 11 juin, le PC milite pour l’arrêt des Grèves, Maurice Thorez déclarant « il faut savoir arrêter une Grève dès que satisfaction a été obtenue » (ce n’est pas comme ça que la Révolution arrivera à ses fins, mais ça permet aux communistes de garder le contrôle du mouvement et de marquer sa « puissance »). Le mouvement Gréviste reflue peu à peu.
Le 29 juillet, fut votée la retraite des mineurs et, le 28 août, une loi sur les allocations chômage. Une politique de nationalisations fut mise sur pied, dans l'industrie aéronautique, d'armement (7 août), puis dans les chemins de fer (naissance de la SNCF en 1937). La Banque de France ne fut pas nationalisée, mais la tutelle de l'état s'accrut et le droit de vote s'étendit à tous les actionnaires (il était jusqu'alors réservé aux 200 plus gros).
Malgré tous les problèmes auxquels a dû faire face le Front Populaire, il a marqué les mémoires, et suscitera bien des passions. Surtout, on retiendra de cette période ces Grèves joyeuses, et les premiers congés payés qui permirent pour la première fois aux travailleurs de partir en vacances, cette « embellie dans les vies difficiles », comme le dit Léon Blum.

En février 1936, le Frente Popular, une coalition de Gauche comprenant des socialistes, des radicaux, des communistes, des partisans du POUM (Parti Ouvrier d’Unification Marxiste, opposé à Staline) et des syndicalistes, remporte les élections et prend le pouvoir. Les Anarchistes ne participent pas directement au gouvernement mais le soutiennent – fait rarissime pour des anti-étatistes, quelle que soit la forme du gouvernement – en appelant à voter pour lui.
Face à la crise économique et politique (montée des protectionnismes financiers et nationalistes), l’Espagne ouvrit le bal par une exemplaire Révolution Libertaire conduite par les travailleurs espagnols dans les zones où ils mirent en échec le pronunciamiento (coup d’état) des généraux contre la république en 1936. « Nous, les Anarchistes, n’étions pas partis faire la guerre pour le plaisir de défendre la république bourgeoise. Non, si nous avions pris les armes, c’était pour mettre en pratique la Révolution Sociale ».
La Collectivisation de très larges secteurs de l’industrie, des services et de l’agriculture constitua en effet l’un des traits les plus saillants de cette Révolution. Ce choix prenait racine dans la forte politisation de la classe ouvrière, organisée principalement au sein de la Confédération nationale du travail (CNT, anarcho-syndicaliste) et de l’Union générale des travailleurs (UGT, socialiste).
Dans une Espagne qui comptait alors vingt-quatre millions d’habitants, le syndicat Anarchiste avait plus d’un million d’adhérents et (fait unique dans l’histoire du syndicalisme) un seul permanent rémunéré au plan national. Quelques mois avant le coup d’état militaire de 1936, le congrès de Saragosse (mai 1936) de la CNT avait adopté une motion ne laissant aucun doute sur sa conception de l’action syndicale : « Une fois conclue la phase violente de la Révolution, seront déclarés abolis la propriété privée, l’état, le principe d’autorité et par conséquent les classes qui divisent les hommes en exploiteurs et exploités, oppresseurs et opprimés. Une fois la richesse socialisée, les organisations de producteurs enfin Libres se chargeront de l’administration directe de la production et de la consommation ».
Un tel programme fut mis en œuvre par les travailleurs eux-mêmes, sans attendre aucune sorte de commandement de leurs « chefs ». La chronologie des événements en Catalogne en offre un bon exemple. A Barcelone, les comités dirigeants de la CNT avaient lancé l’appel à la Grève Générale le 18 juillet 1936, mais sans donner la consigne de Collectivisation. Or, dès le 21 juillet, les cheminots catalans Collectivisaient les chemins de fer. Le 25, ce fut le tour des transports urbains (tramways, métro et autobus) puis, le 26, celui de l’électricité et, le 27, des agences maritimes. L’industrie métallurgique fut immédiatement reconvertie dans la fabrication de véhicules blindés et de grenades pour les milices qui partaient combattre sur le front d’Aragon. Bref, en quelques jours, 70 % des entreprises industrielles et commerciales étaient devenues la propriété des travailleurs, dans cette Catalogne qui concentrait à elle seule les deux tiers de l’industrie du pays. Le mouvement des Collectivisations aurait concerné, au total, entre un million et demi et deux millions et demi de travailleurs.
Dans les entreprises Collectivisées, le directeur était remplacé par un comité élu, composé de membres des syndicats. Il pouvait continuer à travailler dans son ancienne entreprise, mais avec un salaire égal à celui des autres employés. L’activité de certaines branches, comme le bois, fut unifiée et réorganisée, de la production à la distribution, sous l’égide du syndicat. Dans la plupart des entreprises à capitaux étrangers (comme le téléphone et certaines grosses usines métallurgiques, textiles ou agroalimentaires), si le propriétaire (américain, britannique, français, allemand ou belge) demeura officiellement en place pour ménager les « républiques » occidentales, un comité ouvrier prit en main la gestion. Seules les banques échappèrent au « raz de marée » Collectiviste et passèrent sous le contrôle du gouvernement. Celui-ci disposait ainsi d’un important moyen de pression sur les Collectivités connaissant des difficultés de trésorerie.
Le mode d’organisation du syndicat inspira celui des branches socialisées : comité d’usine élu par l’assemblée des travailleurs, comité local réunissant les délégués des comités d’usine de la localité, comité de zone, comité régional, comité national. En cas de conflit à l’échelon local, l’assemblée plénière des travailleurs tranchait ; en cas de conflit à un niveau plus élevé, les assemblées de délégués ou les congrès le faisaient. Mais, du fait de sa présence et de sa puissance, la CNT détenait de facto le pouvoir en Catalogne.

Les conflits majeurs de l'Espagne du XIX et du début du XXe siècle (Lutte autour de la Constitution, montée de l'agitation ouvrière et de l'anticléricalisme, guerres coloniales et Régionalismes), se sont renforcés durant la IIe république et sont à l'origine de la guerre civile. Elle commence les 17 et 18 juillet 1936 par un coup d'état militaire organisé par le général Mola avec pour chef désigné le général Sanjurjo. Franco n'a pas participé à sa préparation et ne s'y rallie qu'au dernier moment. Le soulèvement militaire et le déchaînement de violences qui l'accompagne ou qui le suit ne sont donc pas surprenants. Ce qui étonne, ce qui est nouveau, c'est la capacité de Résistance des forces populaires, et surtout la durée de cette Résistance, encouragée par tous ceux qui, au-delà des frontières (les fameuses Brigades Internationales, venues se faire la main contre les franquistes en espérant calmer les autres velléités nationalistes allemandes ou italiennes), voient en elle le symbole de la défense et du maintien des Libertés.
Le coup d'état de juillet 1936 provoque l'effondrement de l'état républicain. Mais l'ampleur même du conflit et du mouvement Révolutionnaire qu'il entraîne lui donnent des dimensions imprévisibles. Les putschistes ne veulent pas renverser la république, mais le gouvernement du Front populaire, élu en février 1936. Le coup d'état échoue : les insurgés n'arrivent pas à dominer l'ensemble du territoire. Il provoque cependant l'effondrement du pouvoir central. Dès le 19 juillet les organisations ouvrières armées des partis socialistes, communistes et des Anarchistes, ainsi que les Autonomistes basques et catalans, exercent la réalité du pouvoir et assument la défense du Front populaire. Dès lors commence réellement la guerre civile qui juxtapose un conflit militaire entre deux camps et des conflits internes dans le camp républicain.

La situation se dégrada au fil des mois, malgré tous les efforts des Collectivités pour moderniser la production. Dans le domaine économique comme dans les autres, la guerre dévorait la Révolution. Les matières premières manquaient et les débouchés devenaient de plus en plus rares, du fait de la progression territoriale des militaires insurgés. Par ailleurs, l’effort se concentrant sur l’industrie militaire, la production s’effondra dans les autres secteurs, entraînant avec elle une flambée du chômage technique, une pénurie de biens de consommation, un manque de devises et une inflation galopante.
Face à cette situation, toutes les Collectivités n’étaient pas égales. Fin décembre 1936, une déclaration du syndicat du bois s’en indigna, réclamant « une caisse commune et unique entre toutes les industries, pour arriver à un partage Equitable. Ce que nous n’acceptons pas, c’est qu’il y ait des Collectivités pauvres et d’autres riches ». Ces inégalités allaient conduire certains Révolutionnaires à évoquer la menace d’un « néocapitalisme ouvrier ».
En octobre 1936, la Generalitat (gouvernement catalan) entérina par décret l’existence des Collectivités et tenta d’en planifier l’activité. Elle décida de nommer des « contrôleurs » gouvernementaux dans les entreprises Collectivisées. Avec l’affaiblissement politique des Anarchistes, ces derniers allaient bientôt servir au rétablissement du contrôle de l’état sur l’économie.
Sans que « personne, aucun parti, aucune organisation ne donne de consignes pour procéder dans ce sens », des Collectivités agraires se formèrent également. La Collectivisation concerna surtout les grands domaines, dont les propriétaires avaient fui en zone franquiste ou avaient été sommairement exécutés. En Aragon, où les miliciens de la colonne Durruti, dès la fin juillet 1936, impulsèrent le mouvement, ce dernier toucha presque tous les villages : la Fédération des Collectivités regroupait un demi-million de paysans.
Rassemblés sur la place du village, les actes de propriété foncière étaient brûlés. Les paysans apportaient tout ce qu’ils possédaient à la Collectivité : terres, instruments de travail, bêtes de labour ou autres. Dans certains villages, l’argent fut aboli et remplacé par des bons. Ces bons ne constituaient pas une monnaie : ils permettaient l’acquisition, non de moyens de production, mais seulement de biens de consommation - et encore en quantité limitée.
L’argent qui avait été stocké par le comité était utilisé pour acheter, à l’extérieur, les produits qui faisaient défaut et qui ne pouvaient être troqués. Visitant la Collectivité d’Alcora, un gros bourg de cinq mille habitants, l’historien et journaliste Kaminski remarque : « Ils détestent l’argent, ils veulent le bannir par la force et par l’anathème [mais c’est] un pis-aller, valable tant que le reste du monde n’aura pas encore suivi l’exemple d’Alcora. »

Contrairement au modèle étatique soviétique, l’entrée dans la Collectivité, perçue comme un moyen de vaincre l’ennemi, était volontaire. Ceux qui préféraient la formule de l’exploitation familiale continuaient à travailler leur terre, mais ne pouvaient plus ni exploiter le travail d’autrui ni bénéficier des services Collectifs. D’ailleurs, les deux formes de production coexistèrent souvent, non sans conflits, comme en Catalogne, où les métayers devinrent propriétaires de leurs lopins. La mise en commun permettait d’éviter le morcellement des terres et de moderniser l’exploitation de celles-ci.
Les ouvriers agricoles qui, quelques années plus tôt, cassaient les machines pour protester contre le chômage et la baisse des salaires les utilisèrent volontiers pour alléger leur tâche. On développa l’utilisation d’engrais et l’aviculture, les systèmes d’irrigation, les fermes pilotes et les voies de communication. Dans la région de Valence, on réorganisa, sous l’égide des syndicats, la commercialisation des oranges, dont l’exportation fournissait une appréciable source de devises.
L’assemblée générale des paysans élisait un comité d’administration, dont les membres ne recevaient aucun avantage matériel. Le travail s’effectuait en équipes, sans chef, cette fonction ayant été supprimée. Les conseils municipaux se confondaient fréquemment avec les comités, qui constituaient de fait les organes du pouvoir local. Généralement, le mode de rémunération était le salaire familial, sous forme de bons là où l’argent avait été aboli.

Les églises qui n’avaient pas été brûlées furent transformées en bâtiments civils : entrepôts, salles de réunion, théâtres ou hôpitaux. Et, puisque le credo Anarchiste faisait de l’éducation et de la culture les fondements de l’Emancipation, des écoles, des bibliothèques et des clubs culturels apparurent dans les villages les plus reculés.
La Collectivité rémunérait à la fois l’instituteur, l’ingénieur et le médecin, dont les soins étaient gratuits.
Les Collectivités allaient se heurter aux forces politiques hostiles à la Révolution, y compris à l’intérieur du camp républicain. Faible en juillet 1936, le Parti communiste d’Espagne (PCE) vit croître son importance avec l’aide soviétique. Il appliqua la stratégie, prônée par Moscou, d’alliance avec la petite et moyenne bourgeoisie contre le fascisme. Ainsi, dans le Levant, le ministre communiste de l’agriculture, Vicente Uribe, n’hésita pas à confier la commercialisation des oranges à un organisme à la fois rival du comité syndical et lié, avant guerre, à la droite catholique, régionaliste et conservatrice.
Après les journées de mai 1937, durant lesquelles les communistes staliniens tentèrent, en déclenchant des affrontements sanglants à Barcelone, de s’emparer des positions stratégiques occupées par les Anarchistes et par le Parti ouvrier d’unification marxiste (POUM, antistalinien), le gouvernement central annula le décret d’octobre 1936 sur les Collectivisations et prit directement en main la défense et la police en Catalogne. En août 1937, les mines et les industries métallurgiques passèrent sous contrôle exclusif de l’état. Au même moment, les troupes communistes, conduites par le général Lister, essayèrent de démanteler par la terreur les Collectivités en Aragon. Réduites et assiégées de toutes parts, elles survivront néanmoins jusqu’à l’arrivée des troupes franquistes.
Au moment de l’entrée de ministres Anarchistes dans le gouvernement républicain, Kaminski s’interrogeait sur les risques de « l’éternelle trahison de l’esprit par la vie ».

La victoire du général Franco coupa court à ces interrogations. Dans le camp des nationalistes, Franco est élu le 1er octobre 1936 « chef du gouvernement de l'état espagnol » par une junte qui, cherchant un successeur à Sanjurjo, mort dans un accident d'avion dès le début du soulèvement, le choisit notamment parce qu'il n'est pas trop marqué par ses affinités avec l'un ou l'autre des clans en présence.
L'Espagne devient le lieu d'affrontement des grandes puissances et le terrain de manœuvre des grandes armées européennes. La dictature militaire née de la guerre reste marquée pendant des années par ses alliances, même si elle ne participe pas directement à la conflagration mondiale.
La mort accidentelle de Mola donnera ensuite à Franco une pleine autorité. Aidé par l'Allemagne et l'Italie, il parvient à opérer en septembre 1936 la jonction des deux secteurs pris dès juillet par la rébellion, le sud de l'Andalousie et une partie du nord-ouest, séparant ainsi le Pays Basque du reste du territoire républicain. Échouant à prendre Madrid en 1936-1937, il conquiert le Pays Basque en octobre 1937. La guerre se concentre ensuite sur l'Aragon et la Catalogne. Barcelone tombe le 26 janvier 1939 et Madrid le 28 mars. La fin de la guerre est proclamée le 1er avril.
Drapée de rouge et noir, l’Espagne Libertaire est entrée dans l’Histoire, rescapée des désillusions de ce siècle. Un jour, un Peuple sans dieu ni maître a fait des feux de joie avec les billets de banque.

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Published by Collectif des 12 Singes - dans Lendemain du Grand Soir
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