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T'es qui là ???

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Collectif des 12 Singes (Al LU-SINON)


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21 janvier 2005 5 21 /01 /janvier /2005 00:24

04 - La pause s'impose
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• Esperanta : Fatch, j'ai la tête comme une pastèque !

• Moa : Tu m'étonnes vu la quantité d'information à assimiler.

• E : Oui mais bon, parce que je le voulais bien ! C'était vraiment très très intéressant. Il fallait de toute façon que je plonge dans l'autre monde pour essayer de comprendre ce monde-ci : j'avais besoin d'un autre référant pour pouvoir comparer et me faire ma propre idée des choses. Mais c'est sûr que ça calme bien : le vinaigre de là-bas était bougrement acide au regard du miel délectable d'ici.

• M : Je ne te le fais pas dire ! Ça te branche d'aller faire un tour pour se détendre un peu ?

• E : Ah ouais, carrément, bonne initiative ! Ça me fera le plus grand bien. J'ai besoin de m'aérer les neurones !!!

• M : T'inquiètes, je vais arranger ça (dit-il avec un sourire qui remonte jusqu'aux oreilles).

Esperanta et Moa quittent donc l'Hôtel de Commune. Ils marchent tranquillement pendant que Esperanta s'émerveille à chaque pas et que Moa fait le guide :

• E : C'est hallucinant comme Paris est silencieux, on peut traverser sans crainte les rues, ce qui n'était pas le cas dans mon rêve avec toute cette circulation motorisée.

• M : Et oui, c'était une des premières priorités de rendre la ville à ses habitants pédestres.

• E : Mais comment avez-vous fait ? Il me semble que dans mon rêve les gens se souciaient aussi de ça, mais que les solutions n'étaient pas convaincantes.

• M : Comme je crois te l'avoir vaguement expliqué lorsque nous nous sommes rencontrés la première fois, les véhicules fonctionnent bien évidemment à l'hydrogène (on utilise plus le pétrole depuis bien longtemps maintenant) mais aussi à l'alcool, ainsi qu'à l'énergie solaire (toute la carrosserie est un panneau photovoltaïque). Non seulement les engins ne font pas de bruit, mais en plus ils ne rejettent que de l'eau sous forme de vapeur. Mais le plus important est que toutes ces machines de déplacement sont guidées.

• E : Hein ? elles sont téléguidées ?

• M : Non, toute la circulation se fait via les bandes blanches peintes au sol. Des programmes gèrent la densité du trafic, les vitesses des appareils, les distances de sécurité. Les passagers d'un véhicule n'ont qu'à indiquer leur destination et le système se charge de les y conduire, sans danger de la circulation ni du stress au volant : on peut boire son café tranquille en allant à son activité ou faire l'amour comme des bêtes pendant qu'on se fait conduire en rentrant de chez des amis.

• E : Et pourquoi il y a si peu de voie de circulation ? C'est pour que les engins motorisés restent à leur place sans trop empiéter sur les voies pédestres ?

• M : Exactement, du coup nous avons optimisé les logiciels et les infrastructures pour que les pointes de trafic soient mieux réparties dans le temps et l'espace. Ceci étant déjà nettement facilité par le fait qu'il n'y a plus d'horaires de bureaux proprement dits, comme là-bas où tout le monde devait s'enfermer avant 9h et ne pouvait enfin se libérer qu'après 18h.

• E : En tout cas c'est nettement plus agréable comme ça, tout le monde circule à pied, vélo, trottinette, roller,…et pour les fatigués il y a même des trottoirs roulants. Il y a aussi vachement plus de verdure, d'arbres qui « empiètent » sur la « chaussée ».

• M : Et les programmes sont même capables de réagir si quelqu'un vient à être en danger avec la circulation. Ainsi la sécurité de tous est assurée, on n'est plus obligé de surveiller sans arrêt le flot incessant pour savoir si on peut traverser. Nous avons remis, par rapport à l'autre monde, les transports à leur place, à savoir nous servir et pas nous polluer la vie, dans tous les sens du terme (le bruit et l'odeur, les particules dangereuses, le stress des bouchons, les accidents…).

• E : C'est clair et net, toutes mes félicitations d'ailleurs. Dans mon rêve c'était loin de rouler comme sur du velours : des embouteillages à gaver, une atmosphère irrespirable (hiver comme été, ce n'est pas qu'une question de chaleur et d'absence de vent), des cons qui conduisent n'importe comment – de vrais irresponsables qui ont eu leur permis, si ils en ont un, dans un paquet surprise pour leur 18 ans – des accidents par milliers et tout le cortège de malheurs qui s'en suit, et toujours cette peur au ventre quand on se déplace car on ne sait jamais, tout peut arriver, et ça n'arrive pas qu'aux autres !

• M : Enfin bon, ici les transports ne sont plus un problème, mais plutôt une possibilité : de bouger, s'évader, voir ailleurs comment ça se passe (sans limite ni frontière). On peut même se bourrer la gueule, se péter la ruche au-delà du convenable (où il est lui d'ailleurs ?), en bref se retourner le cerveau d'une manière générale, sans aucun risque pour les autres ni même pour soi-même (hormis bien entendu la cirrhose du foie, les neurones morts sur le champ de bataille, en somme tous les « petits inconvénients » inhérents aux paradis artificiels en tout genre). Tiens d'ailleurs en parlant de ça.

Moa amène Esperanta vers une petite charrette ambulante, à proximité d'un des très nombreux parcs de la cité.

• M : Bonjour Sieur.

• Bonjour, que la Paix soit avec toi Citoyen.

• M : Merci, que la Sérénité soit en toi. Je souhaiterais 3 grammes de ta meilleure herbe, c'est pour fumer un calumet de bienvenue.

• Héhé, je vois le genre. Tiens prends ça mon gars, tu m'en diras des nouvelles, c'est de la pure Indica, pas le truc qui te scotch avec un sourire benêt, mais plutôt qui te donne bien la parlotte et ouvre tous tes chakras.

• M : Merci bien (clin d'œil), je pense effectivement que ça ira nickel-chrome.

• Par contre, plutôt que le calumet, je te conseille le chilum indien avec un chiffon mouillé dans ta main et ledit accélérateur de particules euphorisantes tenu après ce filtre. Tiens, je te donne celui-là, un gars me l'avait laissé car il n'en avait plus l'utilité. Je n'en ai pas trop besoin pour d'autres Citoyens donc je t'en cède volontiers l'usage.

• M : C'est bien aimable de ta part. Merci et à charge de revanche.

• Amusez-vous bien en tout cas.

Esperanta a l'air sur le cul ! Non pas par rapport à la drogue.

• M : Qu'est ce qui t'arrive, tu es toute interloquée ?

• E : Je te rassure c'est pas la beuh, bien au contraire, quand j'ai vu ça je me suis dit quelle bonne idée car dans mon rêve j'avais fumée à toc mais ce n'était que du vent, j'avais le son et l'image mais pas les sensations de plénitude de mon être, de légèreté et d'harmonie.

• M : Beh c'est quoi alors, c'est le chilum qui te choque ? Je peux aller le reposer et faire un joint normal, mais je voulais marquer le coup avec un « calumet » de bienvenue.

• E : C'est trop mignon de ta part. T'inquiètes, j'ai bien l'intention de partager le chilum de l'amitié avec toi, il ne pourrait en aller autrement d'ailleurs (hihi). Non, ce qui me turlupine c'est déjà qu'un commerçant te file son chilum comme ça, et qu'en plus tu partes sans payer sans que ça ait l'air de le déranger plus que ça. Tant mieux, c'est cool pour toi tu me diras, mais perso je comprends pas là.

• M : Encore une fois tes réactions et annonces sont fracassantes, mais tes questions sont d'une candeur. On dirait un enfant tout inquiet de ses découvertes et qui demande d'une voix timide des explications. J'adore ça, c'est à craquer.

• E : Nanani, nanana,… ouais ben reste tranquille, tu ne me connais pas et je ne te connais pas non plus (qui plus est, je ne me connais même pas moi-même, pffff putain d'amnésie !).

• M : Aïe aïe aïe, et de nouveau tu montes sur tes grands chevaux. Apprend à rester zen en toute occasion et tu verras la vie autrement. Pour répondre à ta question, d'une il n'y a plus d'argent ici (et en plus dans ce cas là, il y a vraiment rien, hormis du soleil et de l'eau pour que le cannabis pousse) et de deux, la propriété privée a disparu, laissant place au droit d'usage : si il n'utilise pas son chilum, après avoir demandé, je peux le prendre.

• E : Comment ça il n'y a plus d'argent ? Mais comment ça fonctionne votre truc alors ? C'est pas possible, le troc c'est bien gentil, mais c'est très limité.

• M : C'est simple : au lieu de travailler pour un salaire (miette du bénéfice produit par le salarié) qui permet (autant que faire se peut) de (sur)vivre en payant des choses, ici les gens ont tous une activité, matérielle ou non, et celle-ci leur donne accès à tout ce que les autres ont produit. En fonction de la difficulté et des compétences requises pour chaque tâche, la Commune définit un quota d'heures à effectuer en échange de la totale gratuité des biens et services. Ici on ne travaille plus, on Participe !

• E : Genre ?

• M : Les médecins, qui doivent beaucoup et longtemps étudier, Participent 3 heures par jour ou 15 heures par semaine (selon leur organisation personnelle), les tâches ingrates ou difficiles nécessitent les mêmes rythmes (sinon personne ne veut les faire), les autres fournissent au maximum 20 heures de Participation hebdomadaire, réparties en fonction des impératifs de la Collectivité et des envies de chacun.

• E : Et les tire au flan ?

• M : Diantre !! Il n'y en a pas ! Car qui abuse des autres, ne peut espérer d'aide en retour. Le système n'est pas basé sur la contrainte, mais sur l'acceptation volontaire de règles Collectives. Si tu veux profiter des bienfaits de la société, notamment au niveau de sa production matérielle (nourriture, produits élémentaires et « superflus »), il faut faire comme tout le monde : donner de son temps et de ses compétences pour recevoir de quoi vivre décemment et se développer individuellement. Même si c'est archaïque, un des rares objets que nous ayons gardé de l'autre monde n'est autre que la pointeuse, mais il n'y a pas de notion de flicage derrière. C'est même plutôt les gens qui la demandent pour mieux organiser leur timing et être sûr de ne pas avoir lésé la société toute entière d'une heure. Vu que les règles ont étés Collectivement débattues et adoptées, comme dans un groupe d'amis où il y aurait des profiteurs de la gentillesse des autres (trop bon, trop con !), ceux qui ne Respectent pas leurs engagements et le style de vie Collectif sont rappelés à l'ordre par les autres (au bout de trois croix c'est le jugement populaire), ceux qui jouent le jeu. Tout comme la base-line de l'Internationale le stipulait (la 1ère, avant le coup d'état des communistes autoritaire en 1871, juste après la Commune de Paris et l'exclusion de l'anarchiste russe Bakounine, pote de Proudhon, ennemi de Marx) : Pas de Droits sans Devoirs, pas de Devoirs sans Droits !

• E : Alors ça ! Si on m'avait dit que le travail serait aboli un jour, je ne l'aurai pas crû.

• M : Les humains en ont rêvés, les Utopiens l'ont fait. Mais c'est pas la fête du slip non plus : il n'y a plus le travail sous sa forme de torture, mais il y a toujours l'activité (Participation au système productif, matériel ou non) ; il ne faut jamais oublier que l'oisiveté est la mère de tous les vices et qu'on ne peut pas vivre sans rien faire.

• E : Et l'histoire de la propriété privée alors ?

• M : Le droit d'usage, comment ça marche ? Et bien c'est aussi très simple : rien n'appartient à personne, tout appartient à tout le monde !

• E : Ouais d'accord, c'est bien joli tout ça, mais concrètement ?

• M : En fait, tant que tu utilises un objet, une maison ou n'importe quoi d'autre, tu en as l'usage. Mais contrairement à la propriété privée, si tu ne l'utilises plus, cette chose n'est plus considérée comme la « tienne ». C'est comme un gamin avec un jouet : si il le laisse de côté et fait autre chose, qu'un autre gamin veut s'amuser avec « son » objet, il fera chier tout le monde parce que l'autre lui a « prit », alors qu'il ne s'en servait pas de toute façon. Ça c'est la propriété privée : c'est bien con hein ? C'est du plus pur enfantillage. Alors qu'avec le droit d'usage, les gamins ne se prennent pas la tête parce que ce que tu n'utilises pas, n'est plus « à toi » (même si il faut continuer à demander avant de prendre quoi que ce soit : on n'est pas des voleurs, mais plutôt des emprunteurs).

• E : Oui mais c'est comme le chasseur qui part à la chasse et qui perd sa place, c'est trop injuste.

• M : Beh non Calimero, parce que quand il revient, il ne chasse pas le « coquin », mais il demande si son remplaçant utilise toujours la place, si celui-ci peut aller se satisfaire ailleurs, ou alors il occupe une autre place pendant qu'un autre chasseur est parti à la chasse.

• E : T'es chiant, t'as réponse à tout.

• M : Loin de là, c'est juste que c'est un système très basique finalement et éprouvé depuis « moult » temps.

• E : Donc du coup, avec ces systèmes de gratuité, moyennant Participation, et de droit d'usage, les gens mangent à leur faim, ont un logement digne, ont tous une activité socialisante, peuvent avoir un bon présent et préparer un bon avenir pour leurs enfants et leurs vieux jours. Justement, c'est un des premiers trucs qui m'a marqué ici, c'est qu'il n'y a personne qui dorme dans les rues, personne qui ne demande la charité, il n'y a plus autant de différence entre les « riches » et les « pauvres ».

• M : Et oui, tu crois quoi toi ? Ici cette notion n'existe pas, mais le distinguo se fait plutôt par rapport aux signes ostentatoires de « richesse intérieure ». Utopia est une société moderne, … vraiment, pas comme celles de l'autre monde.

• E : C'est de la balle ! Bon, on se le fume ce chilum ou tu te le mets sur l'oreille et on l'allumera la semaine prochaine ? Discutons aussi de choses plus légères, mon cerveau bout.

• M : Certes, allons-y gaiement de ce pas alerte. Tu veux te poser tranquille dans le parc ou taper un peu la marche pour découvrir cette nouvelle vie et ville en t'amusant ?

• E : Je suis bien partante pour découvrir la ville, avec un guide comme toi ça ne peut qu'être passionnant.

• M : Et avec un peu de chance tu auras de nouveaux flash-backs.

• E : J'espère bien, chaque ressouvenance est une pièce de plus dans mon puzzle mental.

Esperanta et Moa marchent tranquillement en bavardant, riant de tout et de rien. Esperanta resplendit de beauté et de joie, elle est comme un poisson dans l'eau de la fontaine de jouvence. Elle s'extasie comme une pitchounette devant le pays des merveilles, foudroyée au cœur par cette cité de la joie. Cela devait faire bien longtemps qu'elle n'avait autant ri ni joui de la vie.

• M : On se pose là, sur l'herbe du Jardin des Tuileries ?

• E : Oui pourquoi pas, c'est vrai que c'est sympa comme coin ici.

• M : Ouaip dame, en plus c'est un beau symbole de venir fumer le chilum de bienvenue en ces lieux.

• E : A bon ? Pourquoi ça ?

• M : Parce que, vois-tu, nous sommes au cœur même de l'ancien pouvoir royal, depuis 1564. A chaque Révolution, le Peuple a pris possession du palais pour indiquer la chute du régime et de ses « représentants ». Il fut incendié lors de la Semaine Sanglante de fin mai 1871 (massacre de 20 000 Communards par les versaillais), par les Pétroleuses en application de la technique ultime de protection des civils : la tactique de la terre brûlée. Le gouvernement ultraconservateur (toute Révolution qui échoue engendre une contre-révolution ultra-réac) se tâta longtemps pour savoir s'il fallait reconstruire les Tuileries, mais ils décidèrent que ce serait une trop grosse provocation. La Commune eut le prestige de ruiner à jamais ce palais de l'oppression étatique.

• E : Ah la force des symboles !

• M : Pour ta bienvenue, quel plus bel endroit que celui-ci, siège de tous les dictates, abattu par la courageuse Commune de Paris de 1871, exemple et initiateur de la chute de tous les établissements d'avilissement. Bienvenue donc à toi, ô Esperanta, dans ce havre de paix de la Révolution Permanente. Dame de cœur, à toi l'honneur d'allumer le shilum de bienvenue.

• E : Merci (sniff, une belle larme coule délicatement le long de sa joue). Tu es un poète toi !

Esperanta, toute tremblante d'émotion, éclate, à grosses bouffées, le shilum : une fumée épaisse se dissipe au-dessus de nos amis.

• E : Hummm, c'est trop bon de prendre une bonne vieille claque, old-school, à l'ancienne. Je suis toute défoncée, mais en bien : un pur smile, je suis super aware avec les cuicuis des oiseaux, la douce chaleur du soleil, cet air si pur et parfumé aux roses. Tiens !

• M : Pfffffffffff, touftouf, ça arrache bien quand même.

• E : 22 il y a les flics. Fais gaffe, planque ça, nos amis les bêtes sont là.

• M : Et ?? T'inquiètes, ils marchent avec nous à présent.

• E : Euh, c'est vrai, j'imagine que si tu peux acheter de la beuh comme ça, la police ne peut rien te dire.

• M : Certes, sauf que là, ce n'est pas la police, il n'y en a plus d'ailleurs.

• E : Ah bon ? Et c'est qui alors ces gens là ? Parce que normalement la société ne donne des uniformes qu'aux cons, pour mieux les reconnaître.

• M : C'est malin ça, t'as rien compris. Ça c'est des équipes de Sérénité, ils sont plus là pour t'aider qu'autre chose : leur devise est Protéger et Servir {slogan US à la base}. De toute façon Utopia étant Libertaire, Egalitaire et Fraternelle, où tout est gratuit moyennant Participation, tu penses bien qu'il n'y a pas beaucoup de crimes et délits. Les rares cas sont surtout liés à des accès de folie non maîtrisés et aux excès de la passion.

• E : Autant pour moi, c'était une réaction réflexe. J'ai horreur des uniformes, quels qu'ils soient (sauf bien sûr ceux des infirmiers et médecins, nus sous leur blouse).

• M : Je comprends bien. Mais là, c'est complètement différent : une équipe de Sérénité se compose d'un grand costaud pour faire peur, d'un moyen intelligent qui négocie et fait le médiateur, d'un petit formé à l'écoute de l'émotif. Un qui comprend le fonctionnement de la personne, l'autre qui parlemente pour trouver des accords satisfaisants pour tous, le dernier qui impressionne ou cogne si nécessaire.

• E : Mouais, en tout cas, tu m'enlèveras pas de l'idée qu'un flic reste un pauvre type qui applique connement la loi, même si il ne la trouve pas juste – ou ne la comprend pas – et qu'avec une arme il se croit le maître du monde.

• M : T'es têtue toi, mais à têtue, têtu et demi. Ce n'est pas des flics, c'est des Citoyens lambda qui tournent régulièrement, ils n'ont pas d'arme car elles ont toutes été détruites en l'An 01. Ils n'ont que des filets et faisceaux électriques ainsi que des émetteurs d'ultra aigus : ça tétanise sur place la personne. Mais ils ne les utilisent vraiment pas souvent.

• E : Quoi ? C'est pas des professionnels de la bavure ?

• M : T'es lourde avec ta conception sécuritaire / autoritaire de la chose, même si je peux le comprendre.

• E : Ben ouais, si tu veux je crois que mes rares souvenirs d'enfance sont en défaveur de tous ces caïds homologués, pour de bonnes raisons.

• M : Peut-être, tu m'en diras plus quand tu t'en souviendras. Mais ici, comme avant 1871 (décidemment c'est une date charnière si tu n'avais pas encore remarqué), il y a l'équivalent de la Garde Nationale, composée de Citoyens triés et mandatés par le Peuple pour le protéger. Cette forme de protection, mise en place en 1789 par les bourgeois (avec une assiette financière élevée pour intégrer la Garde) apeurés par les ouvriers qui voulaient pousser plus loin la Révolution, fut abolie suite à la Commune et à la désobéissance de la Garde envers l'armée qui engendra la « décadence » (point de vue versaillais, sinon le « calme » était là, autant que faire se peut en étant encerclé par l'armée « régulière » et les Prussiens, qui devaient bien se marrer de voir une telle guerre civile se dérouler sous les yeux de l'ennemi). Le Peuple ne fut plus jamais en arme, c'était la fin des grandes Révolutions.

• E : Et il n'y a pas de problèmes de vengeance ou coups bas entre Citoyens ?

• M : Non, un membre change chaque mois, l'équipe est formée au secours, à l'intervention, à l'Ethique Collective, et bien entendu il n'y a pas de « chef de brigade » inamovible donc les membres peuvent refuser un ordre s'il est stupide. Et t'inquiètes, nous les surveillons plus qu'ils ne nous surveillent : on a toujours peur qu'ils abusent de leur pouvoir, même si ils sont vraiment et pleinement formés à gérer leur « stress ». Mais bon, c'est quand même plutôt les « gen(sans)[d']armes de St-Tropez » : sans les crimes et délits de la convoitise ni de la cupidité, liés à l'argent et à la propriété privée, heureusement tous deux abolis, les débordements et actes indélicats sont rares.
Mais surtout la notion de base à bien se rappeler, c'est qu'Utopia fonde toute sa civilisation sur l'apprentissage et le Respect des cultures et Différences des Autres. Du coup les velléités sont moins exacerbées et les coups de colère canalisés.

• E : C'est clair, c'est carrément tranquille ici. Et puis dans mon rêve, les rnouches {shérifs en arabe} étaient loin d'avoir tous une conduite exemplaire. Y en avait des ripous en ce temps là ! Et ils étaient à des années lumière de représenter l'ordre, les gens n'avaient déjà plus peur des chiens de garde de l'état.

• M : Et oui, c'est souvent plus facile de pouvoir parler avec un voisin ou avec un habitant du quartier, qui peuvent mieux comprendre et calmer une personne : la remettre dans le droit chemin en douceur.

• E : Encore une fois merci à toi : grâce à ton shilum magique je suis bien zen, et notre discut' m'a pas mal éclairée.

• M : Je t'en prie, you are welcome ! Mais je te vois soucieuse à nouveau. Un petit coup de moins bien ?

• E : Non, super, je flotte toujours sur mon petit nuage. Mais…..

• M : Oui ? Développes step' !

• E : La piqûre annuelle de rappel de vinaigre, notre conversation là, tout cela me rappelle pleins de choses mais je suis toujours incapable de faire le lien et de retrouver toute ma tête, c'est frustrant. En plus tu m'as répondu qu'à moitié avant.

• M : Sur ?

• E : Qui suis-je, où cours-je, dans quel état j'erre ?

• M : Qui tu es, si toi tu ne le sais pas, je ne vois pas trop comment moi je peux t'aider ; tu cours nul part mais je t'escorte vers ton épanouissement ; tu erres dans un état (proche de l'Ohio, non je déconne) d'amnésie espérons passagère.

• E : Justement, ça me saoule grave cette putain d'amnésie, je veux….souhaiterais pardon, savoir qui j'étais avant mon rêve, comment je me suis retrouvée dans cette boîte dans une cave et surtout pourquoi je me retrouve ici, à Utopia, même si c'est très sympa mais ça ne répond pas à la question.

• M : Malheureusement à ce sujet, je ne peux pas faire grand-chose pour toi. Avec un peu de chance, ton amnésie ne fait qu'empêcher d'accéder aux informations stockées dans ton cerveau.

• E : Et t'appelle ça de la chance ? T'es gonflé quand même, c'est pas à toi que ça arrive !

• M : Oui bien sûr, mais ce que je veux dire c'est que du coup, on peut éventuellement essayer de rafraîchir ta mémoire à long terme, peut-être qu'elle n'est pas détruite.

• E : Et comment tu veux faire ça ?

• M : Il y a 3 possibilités : la manipulation mentale, genre hypnose (ça marche nickel mais c'est très intrusif dans l(a)- [in/sub] conscience comme méthode).

• E : Hors de question, personne ne trifouille dans mes pensées !

• M : Les sérums de vérité (chimiques quoi).

• E : Non, je veux pouvoir gérer moi-même mes émotions et remontées d'infos.

• M : …et enfin, last but not least (loin de là héhé), les champignons magiques (que du bio, la nature est vraiment bien faite pour nous).

• E : Euh, et ça marche comment ça ?

• M : Héhé, dame est une connaisseuse, choix très judicieux. En fait, les risques physiques sont minimes car les champis font décoller par indigestion alimentaire. Il faut être très prudent par contre, car le champi doit être respecté et pas consommé n'importe comment, si tu ne veux pas que ce soit lui qui gère ton trip et qu'il t'amène là où tu ne voudrais pas aller dans ta psyché. De même, ce genre de jeu avec la boîte de Pandore de tes esprits, où tu boost tes sens et tes consciences, peut t'amener à vivre des expériences trop fortes en émotions et peut-être alors traumatisantes. Bien sûr les champis ne sont pas tes ennemis, mais il faut que toi aussi tu sois ton propre ami (prendre des psychotropes quand on n'est pas en phase avec soi-même, ou qu'on supporte mal la vie, c'est un suicide mental). Mais t'inquiètes pas outre mesure, les champis étaient utilisés par les fidèles qui allaient voir la pythie des Mystères d'Eleusis dans le cadre d'un rite initiatique et de purification, les chamanes pour communiquer avec les dieux et plus tard par les psys pour traiter les schizophrènes (afin qu'ils accèdent tout seul à leurs consciences profondes et trouvent eux-mêmes les solutions à leurs angoisses).

• E : Euh, ok d'accord, je sais pas trop comment je dois le prendre…

• M : Juste en le mangeant. Plus sérieusement, si ça peut te rassurer, les champis n'étaient pas interdits en l'autre temps autre monde.

• E : Arrête de déconner !

• M : Non, sérieux : on ne peut pas empêcher les gens de manger une « plante » (même si c'en n'est pas une), un champignon dans ce cas n'est jamais qu'une « moisissure » qui fait un fruit pour se reproduire via des spores. Seul était puni le fait de transformer le produit, en le séchant notamment. En fait, on avait le droit d'en consommer mais l'état imposait une date de péremption limitée aux champis frais, ce qui est bizarre car les effets sont plus puissants car la psilocybine (substance active et « défoncante ») se dissipe avec le temps.

• E : Merci pour les infos en tout cas. Pour ton diagnostic pré-toxatoire, je t'avouerai que je suis un peu perdue ici c'est sûr, mais que ta présence me rassure (en plus t'as l'air de connaître donc voilà). Sinon je suis plutôt bien dans ma tête, heureuse d'être ici. Donc je pense que ça peut le faire, … grave même !

• M : Bon, alors ça va, sinon il n'y aurait pas eu moyen : je ne voudrais pas que tu restes perchée par ma faute et mon manque d'information.

• E : T'inquiètes, je suis grande !

• M : Ouais, beh fait pas trop la maline non plus, les champis ce n'est pas un jouet et encore moins un médicament (quoique, mais au moins encadré alors). C'est surpuissant, c'est pour cela que tu dois toujours te surveiller pendant ton voyage et essayer de détecter le moindre départ en couille. Je serai là aussi pour veiller au grain. Au pire, tu prendras du sucre si tu veux arrêter ton voyage intérieur, ça casse rapidement l'effet des champis. Et bien sûr, on ne boira que de l'eau, comme tous les toxs qui se respectent un tant soit peu.

• E : Ok chef ! On part équipé et organisé avec toi ! C'est toute une logistique et des règles pour « bien » se toxer.

• M : Normal, bon vivant rime avec prévoyant et qui souhaite aller loin ménage sa monture ! Si tu joues avec le feu, il faut connaître tes limites et les réactions de ton partenaire/adversaire ! Tu viens, on va aller chercher tout ça !

• E : On est parti. Et tu veux trouver ça où ? Faut aller les cueillir sur des bouses de vaches ?

• M : Mais non, dans une droguerie bien sûr. Enfin là c'est plutôt dans un smart-shop.

• E : Bien sûr ! Suis-je bête ! Hum, et c'est quoi un smart-shop ?

• M : Un endroit où il y a pleins de sortes de champis, de peyotl, d'ergot de seigle et autres produits toxico-bios.

• E : Ça marche, je te suis.

• M : Tu verras, on n'est pas très loin. Tiens attends, il y a un gars qui se fait un pète.

Moa : Tiens, je te file mon shilum, je n'en ais plus besoin.
Le gars : Cool, merci.
Moa : De rien, je t'en prie. Bonne journée !
Le gars : Merci de même, mes amitiés à dame.

• Esperanta : T'es vraiment un mec bien toi !

• Moa : Non pourquoi ? C'est juste que si je n'ai pas l'utilité d'une chose, autant que ça serve à autrui. Bon, allé hop, on est parti !

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Published by Collectif des 12 Singes - dans Lendemain du Grand Soir
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