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T'es qui là ???

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Collectif des 12 Singes (Al LU-SINON)


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21 janvier 2005 5 21 /01 /janvier /2005 20:02

Les enfants de la glace
Télécharger le fichier : 08-Les matins du Grand Soir.pdf


• M : Voilà, c'est juste ici. C'est très sympa comme déco en plus avec pleins d'estampes hindoues et ces fabuleuses pièces d'art oriental.

• E : Euh ouais c'est sûr c'est mimi tout plein, mais euh, … y a pas un truc qui te choques toi ?

• M : Non, quoi ? Qu'est-ce qui te chiffonne à ce point ?

• E : Bien sûr je ne suis pas antisémite (même si je suis berbère aux yeux bleus, musulmane mais pas arabe, donc pas sémite), et au-delà de ça je ne fais de distinguo ethnique avec personne : tous pareils, mais tous différents quand même. Mais, ça ne te dérange pas de venir dans un restaurant qui arbore de façon flagrante une croix gammée ?

• M : Pas le moindre du monde ! Tu sais il faut bien faire le distinguo entre le symbole et les malheurs de l'Histoire.

• E : Mais justement, c'est un signe de haine envers l'autre : le juif (étoile jaune), le tsigane (triangle brun), l'homo (triangle rose), bref les pas pareil, les différents.

• M : Ça c'est l'interprétation de la croix gammée nazie, pas du svastika.

• E : Ah bon, c'est pas pareil ?

• M : Que nenni !!! Hitler était à fond d'ésotérisme, donc de symboles, et était persuadé que le grand peuple germanique descendait des Aryens, qui auraient propagé les langues indo-européennes en Europe. Sauf que cette ethnie était bien loin des grands blonds aux yeux bleus puisqu'ils vivaient aux Indes et qu'ils venaient de Sibérie orientale. Les Germains (dont les Francs faisaient partie) descendent plus sûrement des Goths, peuples venus du Nord de l'Europe et de Scandinavie (Danemark, Norvège).
Pour les Indiens, ce symbole est vieux comme le monde : il représente le principe de cycle dont font parties la vie des animaux (donc aussi humaine) et des plantes, la Révolution permanente et pour les hindous le concept de réincarnation (où il faut être bon dans cette vie pour effacer les fautes des vies antérieures et ainsi avoir une vie postérieure meilleure). C'est un symbole dont la plus ancienne trace remonte vers – 5 000 dans la civilisation de Vinca (dans les Balkans, culture ayant le plus anciennement une écriture) et qui se retrouve partout par la suite : des Troyens aux Amérindiens, en passant par les premiers chrétiens (dans les catacombes de Rome), les Gaulois, les Chinois et même certains temples juifs (c'est pour dire son Universalité).

• E : Tu m'espantes là ! Grâce à toi je me coucherai moins conne ce soir, j'aurai appris quelque chose d'important.

• M : Si tu veux tout savoir, Hitler aurait mieux fait de prendre pour insigne la sauvastika, la croix gammée mais avec les branches qui tournent dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Ça c'est le vrai symbole du mal, du côté obscur de la force, pour les Indiens (comme tout ce qui tourne dans ce sens anti-horaire). D'ailleurs pour en revenir au cycle bénéfique, au cercle vertueux du svastika, les Basques (non indo-européens) ont la même mais en plus arrondie au niveau des branches : c'est la Lau Buru. Et même que le château de Chambord devait avoir cette forme au niveau de l'agencement initial des pièces (plutôt que celle d'une croix grecque – svastika sans branche – tel qu'actuellement).

• E : Ah ouais, sérieux ? Ça me trou le cul !!!

• M : Sur ces explications, tu veux bien qu'on y rentre ? J'ai la dalle du chameau !

• E : Maintenant que tu m'as expliqué tout ça, oui, je veux bien.

• M : Namaste !

• Le garçon : Namaste. It's a pleasure for me to welcome you in my modest restaurant.

• E : Namaste. We really enjoy your decoration.

• Le garçon : Merci Dame, Vous êtes bien aimable. C'est pour manger ? Pour 2 ?

• Moa : Non, c'est pour faire un cricket, on attend toute notre équipe et nos adversaires ! Sorry, I am joking; even if it was not funny: sorry about it ! C'était plus fort que moi, fallait que je la sorte cette connerie.

• Le garçon (balançant la tête de gauche à droite – notre non occidental mais avec un mouvement du cou comme si monté sur ressort – avec un grand sourire si typique des Indiens) : Atcha, aucun problème sieur, j'adore l'humour des Utopiens Français !

• Moa : En tous cas, tu parles un très bon français, avec cet accent si chanteur des Indes.

• Le garçon : Tu sais sieur, nous apprenons vite ta langue : c'est de l'indo-européen tout comme l'est l'hindi et le sanskrit et très proche de l'espéranto que nous maîtrisons.

• Esperanta : Tu parles l'espéranto, mais quelle est cette langue ?

• Le garçon : Excuse moi (en indien). Faut pas mal le prendre, mais tu sors d'où ?

• Esperanta : Euh, je ne sais pas encore tout à fait exactement ! Ma tête est un morceau de gruyère où je dois boucher les trous de mes mémoires. Parce que ?

• Le garçon : Juste parce que l'espéranto tu as l'air de le parler couramment.

• Esperanta : Moi ? A comprend pas !

• Le garçon : L'espéranto moderne est l'anglais puisqu'il permet d'être compris partout dans le monde, avec (presque) tous les humains.

• M : Fut-ce un temps c'était le français mais la perfide Albion gagna la guerre des mers et le parlé franc (seulement dans cette ordre des mots, sinon il y a contresens avec la langue de bois) devint le langage de la diplomatie et de la jet-set.

• E : C'est royal deluxe en tout cas que l'Humanité se comprenne à nouveau grâce à une seule langue, simple donc universelle. A part ça, on peut goûter vos spécialités ?

• Le garçon : J'allais vous le proposer. If you would like to follow me to a nice quiet place.

• Moa : For sure, here we go !

• Esperanta : Shukria ! L'endroit est magnifique ici, merci beaucoup !!

• Le garçon : (secouage de tête avec sourire jusqu'aux oreilles, il s'en va après avoir laissé la carte)

• Moa : Ça veut dire quoi shukria ? Où t'as trouvée ça ?

• Esperanta : Euh, je sais pas trop, le mot est sorti tout seul : il me semble, que ça veut dire merci, comme shukran en arabe. Va comprendre Charles ! En tout cas, la priorité c'est qu'on se casse le ventre !!

• M : Bien d'accord avec toi : gavage !!! Tu prends quoi ?

• E : Je me tâte : le nom Paav Badjhi éveille en moi des sensations gustatives et émotionnelles. Je vais suivre mon instinct et prendre ça avec un Lassi (le nom sonne bien).

• M : T'as bien raison de le faire comme tu le sens ! Si je peux me permettre, puis-je choisir le parfum de ton Lassi ? Ais confiance, je sais ce qui est bon pour toi !!

• E : Hum, oui, si tu veux, mais fais gaffe, j't'ais à l'oeil. Et c'est quoi au juste, parce que j'imagine bien que ça n'a rien à voir avec un collet beige-marron métallisé ?

• M : Haha, non pour sûr ! On va demander au garçon en même temps que commander.

• E : Ouaip. Baba s'il te plait !

• Le garçon : Atcha ! (et encore et toujours secouage de tête avec sourire jusqu'aux oreilles)

• Esperanta : C'est quoi de nouveau le Lassi ?

• Le garçon : En fait c'est une boisson à base de petit lait et de faisselle (fromage blanc non « essoré »), le tout parfumé au jasmin, au safran, à la coriandre. Les nomades prenaient du lait avec eux, dans une outre en peau de bête. A cheval, le lait était battu et mélangé aux bactéries du cuir : il en ressortait un lait caillé semi liquide.

• Esperanta : Atcha, atcha (avec imitation plutôt réussie du sempiternel secouage de tête avec sourire jusqu'aux oreilles).

• Moa : Voila donc pour l'explication.

• Esperanta : Yes, c'est ça que je veux … que je souhaiterais pardon.

• Moa : Cool, tu apprends vite :-) Nous souhaiterions donc deux Bhang Lassi (sweets), un Paav Badjhi et pour ma part je désirerais un Uttapahm Kashmiri avec un Naan et un Kabouli Parantha.

• Le garçon : Atcha, atcha (secouage comme d'hab).

• Esperanta : Je vois que tu masterises la cuisine indienne.

• Moa : Ouais j'adore ça, ça réveille les papilles. Mais j'avoue que tu m'as sidéré : tu as appelée le garçon Baba et il est venu ( ???)

• E : Beh oui, ça veut dire homme sage en hindi, c'est pour ça que les barbus hippies qui y sont allés se faisaient appelés Baba, et ils étaient bien bien cool (peace, zen : défoncés quoi !).

• M : En parlant de ça, voilà nos Bhang Lassi et la graille. Hum, ça sent super bon. Shukria !

• Le garçon : Demandez si vous voulez plus de quoi que ce soit.

• Moa : Atcha, atcha.

• Esperanta : Cool, sympa ce que t'as pris avec une sauce crème et fruits.

• [Le garçon : De rien !] (en filigrane, mais quand même)

• Moa : Ouais super. Dis donc ! Ça t'arracherait la gueule de dire merci au garçon, ce n'est pas ton larbin, ton serviteur ou groume. Utopia est très à cheval sur la politesse, d'autant plus quand d'autres sont à ton « service ». Sans verser non plus dans la bienséance de cours.

• Esperanta : Ola, pardon !!! Shukria ! Désolée Sieurs, ça ne se reproduira plus, promis ! Je l'ignorais, vous savez bien que je ne viens pas d'ici [un ton narquoise] !!!

• Le garçon : Atcha, atcha (agrémenté d'un exceptionnel secouage de tête avec sourire jusqu'aux oreilles, rehaussé du salut respectueux indien – oriental en général – avec les mains jointes – Fraternité – et bascule du corps en avant – révérence). Ta maladresse est toute excusée par ta beauté et ta candeur dans ce nouveau monde, que tu dois découvrir en même temps que te redécouvrir.

• Moa : Voila, il a tout dit ! Pas mieux. Sont forts ces Orientaux !!!

• Esperanta : Hihi, bon si les choses sont au clair, on peut manger maintenant car ça sent trop bon et je suis proche de l'hypo (glycémie).

• Moa [en lui-même] : Tu m'étonnes [petit sourire en coin] ! {à quoi pense-t-il ? seule allusion à la faim et aux drogues, ou bien ???}

• Esperanta : Shukria beaucoup, tout est parfait !

• Moa : Shukria oui. Allé hop on attaque, moi aussi je n'en peux plus avec ces effluves si enivrantes, extasiantes (c'est stupéfiant, elles sont partout décidemment, dès qu'on parle d'effets intenses).

• E : Expliques moi un truc avant que je goûte le Lassi. Maintenant je connais sa fabrication, mais le Bhang, c'est quoi ?

• M : C'est des feuilles de cannabis (très chargée en THC) mélangées avec des épices et mises sous forme de boule de pâte.

• E : Putain, mais t'es vraiment un pire tox toi !!!

• M : Nooon, c'est juste que je sais ce qui est bon pour toi, ça te fera du bien.

• E : En quoi [un brin irritée] ??? Tu me saoules avec toutes tes drogues, même si j'aime bien ça, je suis loin de vouloir tomber dans la toxicomanie comme toi.

• M : C'est pas gentil pour moi ce que tu dis là. Pour ta gouverne, sache que si je consomme aujourd'hui, c'est uniquement pour toi !!! (enfin presque, faut pas déconner non plus, ça me fait plaisir quand même). Primo, normalement je prends que une fois par trimestre (sauf le canna, mais sous forme de chilum si), et en dose modérée (toujours, faut pas abuser des bonnes choses). Certes je joue avec le feu, mais je suis bien conscient des risques et je fais tout pour m'amuser avec ma machinerie sans pour autant me mettre en danger ou avilir ma vie. Second primo : je ne touche jamais aux chimiques car on ne peut pas savoir exactement ce qu'il y a dedans, alors que la Nature fait bien les choses (ou du moins on connaît les limites et précautions d'usage). Ultime primo : les drogues ne font jamais que réveiller des substances naturellement présentes dans notre cerveau ! Tout comme à jeun nos émotions sont provoquées par des hormones (drogues chimiques) genre adrénaline (excitation), dopamine (bonheur), sérotonine (calmant), endorphine (anti-dépresseur), les substances psychoactives trompent le cerveau et lui ordonnent de sécréter telle molécule pour arriver à tels effets, réponses aux signaux chimiques résultant des interactions avec la drogue prise.

• E : Ok, tu fais ce que tu veux avec tes neurones. Mais comment ça c'est pour moi ? Je t'ais rien demandée moi !!! [carrément véner, ça commence à partir en couilles]

• M : Il ne sert à rien de s'énerver. [dit-il en toute tranquillité avec une voix fluette]

• E : Mais dis moi alors, j'en peux plus Moa de ne pas savoir à quoi tout ça rime. [dit-elle en déroute complète avec une voix sanglotante]

• M : Allé mange, ça va refroidir et les plats indiens se mangent chauds.

• E : (une larme tombe dans l'assiette d'Esperanta ; la faim l'emporte finalement – après un bref moment mais si long – sur la tristesse et le désarroi). Putain ça arrache, c'est fucking hot and spicy ! Ils se sont bien lâchés sur la dose.

• M : Bois un coup, ça te calmera la gorge et tout le reste. Après tous ces bouleversements dus à ton arrivée sur Utopia, tu as bien besoin d'être légère et l'esprit dégagé : tu verras la vie autrement !

• E : Ça me retourne complet ces Paav Badhji. C'est trop bon ce pain genre brioche, passé au beurre et grillé, avec cette sauce à la tomate, carotte et toutes ces épices style coriandre, paprika, piments et autres napalms à microbes. C'est vraiment bizarre : dans mon rêve j'avais plutôt une saloperie de sensation de froid absolu, et ma gorge était plus mielleuse que brûlée par les condiments.

• M : Je vois clairement le genre : les glaces du zéro absolu (-273°C) et le sucré de l'insuline ???

• E : Ouais carrément !!! (avec des yeux écarquillés). Bon là t'es obligé de balancer tout ce que t'as sinon je vais me fâcher et je vais te foutre sur la gueule !!! T'en as trop dit, mais pas assez !

• M : Du calme, c'est juste que je voulais être sûr et certain ; et que la solution tu l'as trouve toute seule, comme une grande. C'est important pour toi ! … et c'est dans ce but que je t'ai incité à te droguer pour que tu vois plus loin que le bout de ton nez et que tu comprennes ton rêve et tes flashs. Il fallait éviter que le retour à la réalité soit trop violent pour toi.

• E : Ouais ouais, d'accord ! Envois le reste de ce que tu sais ! [limite ton de l'inquisition]

• M : Eh, je ne suis pas ton ennemi, alors tu me parles sur un autre ton !

• E : Oui pardon. Et donc tu voulais dire ?

• M : Tu connais Futurama ?

• E : Oui, c'est le dessin animé des créateurs des Simpson, mais je vois pas le rapport avec la choucroute !!!

• M : Ah bon tu ne vois pas. C'est flag' pourtant !

• E : Laisse-moi réfléchir. Oui d'accord, Fry vit dans le futur, mais lui c'est avec des extraterrestres et qui plus est en l'an 3000. On n'en est pas là si ? Rassure-moi !

• M : Maaiis non ! Et tu te rappelles comment il est arrivé là ?

• E : Euhhh … non.

• M : Sûrement un blocage post-traumatique !

• E : Tu me fais peur là !!! De quel traumatisme tu parles là ???

• M : Tu te rappelles que Fry était livreur de pizza et qu'il avait ce soir de nouvel an 1999 une livraison à faire dans des bureaux ?

• E : Ça oui ! Même que tout idiot qu'il est, il n'avait pas remarqué que le client était « Ilsey Faitavoir » (en VO ça donne mieux).

• M : Exactement. Bin tu vois que tes mémoires n'ont pas toutes complètement grillées. Bon, et après, qu'est-ce qui lui arrive ?

• E : Beh, je crois qu'il est blasé parce qu'il s'est fait baiser sur ce coup là. Alors que tout le monde célèbre l'an 2000 (alors que le changement de millénaire se fit en 2001) dans la rue avec cotillons et tout le tintouin, lui est dans un pauvre bureau, comme un crevard avec sa pizza froide et son coca.

• M : (no comment, attendant que le reste sorte)

• E : … et c'est tout, toujours le même black-out sur la suite des évènements !

• M : Bon, c'est déjà pas mal. Tu peux éventuellement me donner le nom de la boîte où il livre ça ?

• E : Non.

• M : Ok, beh d'accord !

• E : Dans le genre détail à deux balles, je sais pas si ça peut aider, mais il me semble que Fry se balance sur une chaise. (ton blasé)

• M : Bref, pour en venir aux faits, Fry se balançant sur sa chaise, bascule en arrière et tombe dans une boîte. Le couvercle se referme.

• E : Elle est comment ta boîte ?

• M : (Sourire) Elle est blanche avec un compteur digital sur le dessus.

• E : Comme la mienne !!! Avec pleins de tuyaux ???

• M : Oui, qui sortent de tout partout.

• E : Tout pareil dans mon cas. C'est quoi cette boîte, puisque le mystère semble y résider ?

• M : Boîte, froid absolu, insuline, compteur digital, Futurama.

• E : Dis moi pas que c'est pas vrai !!! (interloquée, sur le cul)

• M : Si si, c'est vrai.

• E : Putain ouais, je me rappelle maintenant le nom de la société où il était parti livré la pizz' : c'est Cryogenics ! J'aurai été cryogénisé alors ?? Mais combien de temps ???

• M : Tu veux vraiment le savoir ?

• E : Oui, s'il te plaît !

• M : 50 ans.

• E : A ouais, quand même. Tu m'étonnes que les choses n'aient plus grand-chose à voir avec ce que je connaissais. Je pourrai être la grand-mère des jeunes Utopiens !

• M : C'est sûr, ça ne te rajeunit pas cette histoire là.

• E : Ça veut dire alors que pas mal de personnes que je connaissais, des proches, ne sont plus de ce monde ?

• M : Malheureusement oui. Je suis désolé.

• E : C'est pas grave, ainsi va la vie. Je n'avais qu'à pas hiberner. Mais il y a tout de même un point qui me turlupine : j'ai vécu le Grand Soir, ok, mais après ? Cela n'explique toujours pas concrètement comment j'ai pu me retrouver dans cette boîte puis être congelée durant 50 ans !

• M : Peut-être que tu as été cryogénisée le lendemain du Grand Soir. Je ne sais pas si tu te rappelles, mais quand je t'ai vu hier matin, la veille nous avions fêté le Cinquantenaire du Grand Soir.

• E : Certes, maintenant que tu en parles, ça me revient … sauf qu'entre la monstre teuf populaire du Grand Soir et mon arrivée ici, je ne me souviens pas très bien, si ce n'est de mon rêve.

• M : En fait, sûrement que ton amnésie est due à la surcharge du réseau électrique : quand il n'y a plus eu de pétrole du tout, aux environs de 2050, le système énergétique fut saturé pendant un très bref instant (à cause de l'interconnexion des réseaux mondiaux lors de la bascule vers le 100% énergies durables).

• E : D'accord : ceci explique cela. Mais que diable faisais-je dans cette galère, dans cette boîte ?

• M : Tu me demandes ça à moi, qu'est ce que j'en sais. Peut-être que tu croyais que c'était un frigo et qu'en y entrant tu arriverais au paradis des glaces, avec des arbres à sorbet et autres lacs de coulis.

• E : Ah ah ah ! (pauv' type se dit-elle)

• M : Désolé, je ne vois pas d'autre explication. A moins que tu ais eue peur des excès de la Révolution et que tu ais préféré fuir avant de voir s'écrouler ce merveilleux rêve de l'Emancipation ; ça peut se comprendre avec les antécédents historiques du communisme, autoritaire (berk).

• E : C'est pas le genre de la maison, sieur, de fuir devant l'adversité, au contraire, je prends le taureau par les cornes. Mais il y a peut-être un truc à creuser là, j'en parlerai à ma psy.

• M : Beh je ne peux pas plus t'aider que ça.

• E : En fait, c'est comme si j'avais l'impression de faillir à une mission, mais laquelle ? Comme si mon amnésie, qui s'estompe par pans entiers grâce à toi et ta médecine bien parallèle, m'empêchait de pleinement réaliser ce pour quoi je suis là.

• M : Comme une éminence qui aurait à faire passer un message ?

• E : Euh, je sais pas, j'ai pas cette prétention la. Mais, y a du vrai dans ta façon de voir : peut-être témoigner, d'une certaine manière, du passé et comprendre vos évolutions. Sur votre nouveau mode de vie, j'ai pris une sacrée claque, mais pour que je fasse ma déposition il faudra encore attendre un peu, pas trop longtemps j'espère. Vivement que je redevienne pleinement moi-même, ou ce qu'il en reste après tout ce temps dans cette boîte.

• M : En creusant un peu, tu trouveras le pourquoi, de la même façon que tu as répondue au comment.

• E : Y a un truc que je pige pas chez toi : tu as l'air dans savoir beaucoup sur ce qui m'arrive, tu trouves toujours les bons mots pour exprimer ce que je ressens – comme si tu me connaissais – et comme par un merveilleux hasard tu es l'une des premières personnes que j'ai croisé. Faut que tu t'expliques là !!!

• M : Pour ce matin j'y suis vraiment pour rien : j'allais à ma piqûre annuelle de rappel de vinaigre et tu m'as accosté pour savoir ce qu'était le Père-Lachaise. Les grands esprits se rencontrent c'est tout !

• E : Et pour le reste ?

• M : Hum, … disons que … je/savais/que/tu/te/réveillerais/mais/pas/quand.

• E : En plus fort et plus doucement ça donne quoi ?

• M : J'espérais que tu te réveillerais mais je ne savais ni quand, ni qui tu étais, tout le monde l'ignorait.

• E : Momento ! … Tu veux dire que j'étais attendu par l'Humanité entière mais que personne ne savait qui j'étais et quand je me réveillerais. C'est bien ça ???

• M : Euh, oui, on va dire ça. En fait il existe une légende urbaine selon laquelle une femme se serait fait cryogénisée le lendemain du Grand Soir, vers 8h du matin, après avoir forcément bien fêtée cet évènement exceptionnel. Mais ceux qui t'avaient mise en bière, étaient si retournés qu'ils ne se rappelaient de plus grand-chose le lendemain (et ce n'est pas faute d'avoir tenté de leur tirer à eux aussi les vers mémoriels du nez, avec la même méthode, mais contre l'alcool à haute dose, la mémoire ne peut pas lutter).

• E : Putain de poches ! Font chier avec leurs conneries !!!

• M : Euh, si je peux me permettre : ils ne t'ont pas forcée à y entrer.

• E : Hein ?? T'es malade ou quoi ? Tu crois quand même pas que j'ai fais ça de plein gré !

• M : Beh si ma grande !

• E : Bah non mon petit ! Si j'ai ce black-out post-traumatique c'est bien que le traumatisme c'est pas fait tout seul.

• M : Certes. C'est surtout parce que toi aussi t'étais bien déquerre ce soir là !

• E : T'hallucines complet ! Je te rappelle que je suis une femme musulmane bien sous tous rapports, donc je bois pas d'alcool !

• M : Tu sais bien qu'il y a plein de moyens pour se mettre à l'envers sans lever le coude, tu nous as bien montrée tes compétences en la matière : tu ne t'es pas toxée de la dernière pluie toi !!

• E : Oui, euh … bon … j'étais jeune, un peu fofolle, voilà quoi ! Chacun éprouve du plaisir à sa manière, … et les vaches seront bien gardées !!

• M : En tout cas je ne sais pas ce que tu avais pris mais ça devait être costaud. Tu nous as laissé une petite lettre pour expliquer ton geste, tu avais plutôt l'air contente : tu disais adieu monde cruel avec un sourire un peu déconcertant. Mais c'était tellement téléporté et en écriture hiéroglyphique qu'on n'a pas tout compris.

• E : Beh eh, c'est pas tout les soirs le Grand Soir, ça se fête dignement ! Et c'était quand alors cette Révolution Der des Ders ???

• M : En mai 2007 ! 136 ans après la Commune de Paris et 39 ans après Mai 68. Comme presque chaque génération de Français, vous aviez vous aussi fait Votre Révolution, sauf que c'était celle de Tous les Citoyens, quels qu'ils (elles) soient.

• E : Donc là on est en 2057 si je calcule bien !

• M : Tout juste, mais pour les Utopiens on est en l'an 50 d'Utopia.

• E : C'est impressionnant comme tu racontes toute cette histoire mieux que je ne pourrai sûrement jamais le faire.

• M : Euh, je me suis un peu renseigné.

• E : Mais encore…

• M : En fait, j'ai reçu la mission d'accompagner ton éveil pour éviter que tu perdes pied dans cette toute autre réalité. J'étais le seul à connaître l'autre monde (les gens ayant volontairement effacés cela de leur mémoire, comme des erreurs de jeunesse), celui de l'autre temps, le proto-Emancipé : celui d'avant le Grand Soir de 2007.

• E : Vous aviez peur que je pète un câble ici et que je sache plus comment je m'appelle ?

• M : Bin disons que c'est quand même un autre monde ici et maintenant. Plus d'un perdrait les pédales dans un voyage comme le tien ; à travers les cieux, l'espace et le temps (un vaisseau s'en vient, Ulysse revient …hihi). Enfin voilà, je n'étais rien de plus qu'un tuteur éventuel, au cas où.

• E : C'est pas clair ton truc ! Tu m'énerves !! Tu vas me dire tout ce que tu sais la puta madre !!! Qui es-tu et comment ça se fait que tu connaissais l'autre monde ???

• M : Bon ok, bas les masques. Tu as le droit de savoir. J'ai été cryogénisé moi aussi !

• E : C'est pas vrai ? Beh, bienvenue au club ! Tu pouvais pas le dire plus tôt ?

• M : Pour tout te dire…

• E : Oui balance tout, y en a marre !

• M : Je me suis fait cryogénisé pour 25 ans (le temps de voir une autre génération à l'œuvre et réparer les dégâts d'avant, comme après la Seconde Guerre Mondiale), avec – par contrat – lors de mon coma sous insuline, une euthanasie par surdose de morphine (entraînant la mort par asphyxie tout en rêvant intensément) si le monde était toujours aussi pourri à mon réveil. J'ai eu le bonheur de revoir le jour 20 ans après le Grand Soir, et cette nouvelle civilisation – Utopia – me plut immédiatement.

• E : Mais comment et pourquoi t'en es arrivé à tomber aussi bas ? La cryo j'entends.

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Published by Collectif des 12 Singes - dans Lendemain du Grand Soir
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