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T'es qui là ???

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Collectif des 12 Singes (Al LU-SINON)


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21 janvier 2005 5 21 /01 /janvier /2005 20:58

 

11 - Les Trompettes du Jugement Dernier
Télécharger le fichier : 11-Les Trompettes du Jugement Dernier.pdf


• Esperanta : Mais qu'est ce qui m'arrive ? Tu pars en sucette ma fille ! Je ne me reconnais pas dans mes propos d'avant : Utopia m'a fait virer mal, à droite !!!

• Moa : Oui c'est bizarre, tu as eue des pures réflexions de droitière, mais ce n'est pas grave en soi.

• E : Pas grave ?!?! J'ai toujours été une pure Gaucho, attirée au fur et à mesure par les « extrêmes » (je préfère dire les radicalités) parce que les partis institutionnels étaient mous du genou et trop dirigés par certains gourous. Je me sentais profondément Anarchiste, Libertaire, « Communiste » anti-autoritaire à la limite, mais jamais j'aurai crue pouvoir tomber aussi bas qu'en doutant de mes Concitoyens à s'organiser Harmonieusement par eux-mêmes ou qu'en tenant des propos de droite dure.

• M : T'inquiètes pas, l'Anarchie (seule absence de « chef », de supériorité, sur la base de nouvelles organisations – sans structures c'est l'anomie) englobe nombre de concepts qui peuvent aussi plaire à des gens de droite (Respect de la Liberté Individuelle, pas trop d'état ou d'oligarchie omniprésente – abolition de la surpuissance d'une classe qui gère sans partage le pouvoir). Je pense que tu croyais tellement à une Grande Révolution telle celle-ci, que tu y avais placé tous tes espoirs, mais maintenant que la Lutte est finie, tu as besoin de montrer les dangers inhérents aux pouvoirs (même, voire plus encore, lorsque ceux-ci sont aux mains du Peuple, de tous les Citoyens) pour te voir rassurer sur la non répétition des traîtrises passées (communisme autoritaire, fascisme, nazisme, Gaullisme, Mitterrandisme et socialisme réformiste) qui partaient aussi d'un « bon sentiment » mais dont les résultats furent humanicide et liberticide.

• E : Très juste. Je te rejoins complètement là-dessus : je crois bien qu'effectivement, au fond de moi, je souhaitais tellement le Grand Soir tout en ayant peur des dérives, que j'ai préféré fuir devant le risque en me cryogénisant le lendemain de l'avènement du rêve de toute ma (jeune) vie, cette Lutte Finale ouvrant la voie à la Révolution Permanente. Je n'aurai pas supporté de voir l'Avenir de l'Humanité (obligatoire vu la dégénérescence ambiante de notre civilisation, et plus globalement de notre monde) partir une énième fois en couilles par l'accaparation de certains du pouvoir ou de l' « irresponsabilité » des Citoyens.

• M : Je comprends bien, surtout que dans l'autre monde, tu avais toutes les raisons de craindre de telles dérives. Mais heureusement, les Utopiens avaient bien tirés les leçons du passé. D'autant plus qu'ils savaient que l'Histoire les regardait et qu'après la traîtrise du communisme autoritaire, il n'y aurait pas de troisième chance pour des projets de civilisation basés sur la Liberté, l'Egalité et la Fraternité dans leur sens radical : c'était l'Anarchie ou la mort !

• E : Je suis pas bien là, je me sens toute chose ! Comme si j'était une combattante acharnée pour la Révolution, et une fois celle-ci achevée, maintenant je me sens complètement inutile, ne sachant que Lutter et peu créer ou ne serait-ce que vivre.

• M : C'est « normal », c'est le syndrome post-combat. Che Guevara eut la même réaction après la victoire de la guérilla de Castro en 1959. Il devint ministre, mais n'était jamais dans son ministère, toujours au contraire à côté de la population, pour montrer l'exemple dans les dures tâches qui attendaient la Révolution. Mais même au contact de son Peuple frère (il était Argentin mais se battait pour les Cubains), il ressentait le besoin de se battre à outrance jusqu'à la Libération Finale de tous les Peuples. Il partit ainsi pour Révolutionner le Congo colonisé par les Belges, puis pour la Bolivie (piège des Russes et de Castro pour qu'il s'y casse les dents et se calme ; finalement il y fut arrêté puis exécuté en 1967 sur ordres de la CIA pour ne plus jamais à avoir entendre parler de lui et de la Révolution). Sauf qu'encore une fois, le cadavre était à terre, mais l'Idée restait debout (mot de Victor Hugo après l'épuration idéologique de la Semaine Sanglante expiatoire de la Commune de 1871).

• E : Je ressens un peu la même chose effectivement. Je suis une femme musulmane qui a grandie en banlieue parisienne dans les années 80. Ma jeunesse était faite d'intolérance envers les beurs et encore plus auprès des beurettes (même et surtout de la part des mâles de ma communauté, vieux ou jeunes réac). Je me suis toujours battue, d'une pour exister en tant qu'individu (et pas juste fille ou sœur de machin) puis pour vivre (et plus survivre) comme n'importe quelle Française. Je croyais encore innocemment que l'ascenseur social était moins en panne que celui de ma cage à lapin. Je me suis arrachée le cul pour réussir dans un lycée classique (alors que nous avions des problèmes spécifiques, nous « sauvageons ») et j'ai plutôt bien réussie. Mais après mon école de commerce, j'ai bien vu que, malgré les beaux discours des politiques sur l'intégration, il existait un plafond de verre empêchant les générations issues de l'immigration de se faire une vraie place dans cette société à laquelle nous appartenions pleinement, étant pour la plupart nés en France ou culturellement construits par le soi-disant « Pays des Droits de l'Humain ». Mon (seul et vrai) combat dans cette chienne de vie, c'était bien l'avènement d'un monde meilleur. Tout le monde disait qu'un autre monde était possible, et moi j'entendais bien Participer activement à sa création, non pas attendre qu'il vienne comme par enchantement.

• M : C'est tout à ton honneur ! De toute façon il se devait d'y avoir une Révolution, quelle qu'elle soit, car notre civilisation allait droit dans le mur, qui plus est en se marrant naïvement. Soit c'était celle du néolibéralisme soit la nôtre : la Révolution Permanente Humaniste, Démocratique et Sociale.

• E : Aujourd'hui je suis bien heureuse que notre projet civilisateur ait « gagné » et que l'Humanité toute entière vive mieux et en Harmonie avec les Autres et la Nature.

• M : Et oui, et je comprends d'autant mieux qu'ici à présent c'est une nouvelle vie qui commence pour toi. Ici à Utopia, tu n'as pas besoin de te battre, on t'écoute, on débat avec toi. C'est véritablement la Confédération des Egaux (allusion à la Conspiration des Egaux, inspirée par Gracchus Babeuf, premier communiste – au sens large et pas marxiste du terme, qui voulut organiser un coup d'état pour imposer l'Egalité que les parlementaires de 1789 – essentiellement bourgeois ou assimilés – se contentaient de graver sur les frontispices des bâtiments).

• E : Mais je crois bien que mon gros problème par rapport à ça, c'est que je n'y étais pas préparée. Je me concentrais surtout sur la Lutte, hasta la Victoria siempre (jusqu'à la Victoire Finale, mot du Che).

• M : Ah beh si, même toi, tu n'étais pas mise en condition pour Utopia, je vois mal qui le serait ! Tu m'as bien dit que tu allais en teuf techno, paradis de la zone Libre, que tu avais fais quelques évènements de la Contre Culture (Forums Sociaux et alterG8 – réunion des 8 pays les plus riches de planète) dont certains à l'étranger. Tu étais déjà Utopienne avant que nous prenions ce nom !

• E : Oui mais … je sais pas, c'est chelou, ici j'ai trop l'impression … d'être parmi les miens, … mais pas à ma place. Comme si je n'arrivais pas à m'adapter car mon hardware est encore pollué par les préjugés et erreurs de mon époque. C'est déconcertant, mais d'une force : ça me trou le cul !

• M : T'en fais pas pour ça : avec le temps tout va, avec le temps tout s'en va !

• E : Mouais, je suis à moitié convaincue !

• M : Toujours est-il que je t'ais un peu éclairé, il faut donc que tu t'assumes par toi-même à présent. Je ne veux être le gourou de personne : je t'ai donné les enseignements de base, mais maintenant c'est à toi de gérer, même si ce ne sera pas toujours facile, mais tu es bien armée pour affronter tout ça.

• E : Tu m'abandonnes ???

• M : Pas du tout, si tu veux toujours de moi ! C'est juste que j'arrête le traitement de longévité à la Télomèrase.

• E : Quoi, c'est quoi encore ce truc ? Tu ne m'as pas tout dit alors ?

• M : Parce que ce n'était pas si important en soi. La Télomèrase empêche les cellules de diminuer en taille après division, comme le fait le cancer, empêchant ainsi le suicide des cellules. Elles vivent donc éternellement, et le corps plus longtemps et surtout mieux. Je suivais ce traitement pour rester en possession de mes moyens jusqu'à ce que je te trouve et que j'accomplisse ma mission, faire en sorte que ta renaissance ne soit pas trop difficile. Je ne veux pas vivre indéfiniment, ça ne m'intéresse pas, malgré que tu sois là ! Te voilà Indépendante en ce monde, même si je reste à tes côtés !

• E : Excuses moi, Moa, mais je crois bien que je dois faire le vide avec moi-même, ou plutôt avec ce qu'il en reste. Je vais me promener, aller me ressourcer ailleurs !

• M : Tu n'as pas à t'excuser, je comprends. Je suis aussi passé par là, je ne sais que trop bien ô combien ce n'est pas évident de voyager ainsi dans le temps et d'arriver dans un nouveau et complètement différent monde.

• E : Merci pour tout Moa, on se voit chez toi d'ici une heure … enfin … inch Allah (si dieu le veut) !

• M : Ça marche pour moi, à tout à l'heure. Ne te prends pas trop la tête … et n'oublies pas que je suis ton ami, toujours là pour t'aider.

• E : Je tâcherai de m'en souvenir, à plus !


Moa : Je me demande ce qu'elle fait et où elle peut bien être ? Ça craint, je le sens mal cette histoire ! Ça fait déjà une heure qu'elle devrait être là. Je présume le pire. Il n'y a pas moyen, il faut que je la retrouve !!! Mais où a-t-elle bien pu aller ? Je crois avoir ma petite idée à ce sujet, généralement les personnes qui fuguent se rendent dans des lieux qu'elles connaissent, où elles se sentent à l'abri !

Moa se rend sur le lieu présumé.
Personne au Mur, peut-être a-t-elle entendue parler de la tombe de Victor Noir (journaliste assassiné par le frère de Napoléon III en 1870) ? Son meurtre avait soulevé l'indignation et la haine des Français contre l'empereur et sa famille. Et sa fougue de la jeunesse fut représentée sur son lit de mort par une bosse prééminente dans son caleçon : les femmes aimaient à s'y frotter, espérant s'attirer ainsi les bonnes faveurs, fertilisantes, de ce Martyr de la Révolution.
Personne ici non plus ! Peut-être, voire sûrement, là-bas !


• Moa : Je savais que je te trouverai là !
• Esperanta : Coooool ! (dit-elle dans un soupir, dans les vapes)


Moa la regarde avec un visage illuminé, tout autant ravi d'arriver juste à temps que déçu de ne pas avoir réussi à empêcher cela. Esperanta est étendue sur le gisant de l'Enfermé. La contemplant avec les larmes aux yeux, Moa l'embrasse à pleine bouche, tout son Amour se ressent alors dans ce baiser d'une intensité brûlante maculée de l'Emotion de ces frêles chérubins. Telle la Belle au bois dormant, Esperanta ouvre doucement les yeux.


• M : T'as pris quoi ma Belle ? T'as les yeux tout défoncés !

• E : Faut pas me gronder monsieur, je sais que je suis une vilaine fille. J'ai bien écouté le grand gourou et j'ai mis dans ma poche à marsupiaux des jolies fleurs blanches en forme de trompette. C'était super bon en infu (en tisane).

• M : Je ne te gronde pas ma chérie, je souhaiterai juste que tu reviennes parmi nous.

• E : Et si moi je veux pas hihi : la mort c'est pas une punition mon grand, c'est une délivrance.

• M : Peut-être, et même sûrement : la vie ne vaut rien ; mais n'oublie pas que rien ne vaut la vie (puisqu'on a qu'une seule chance) !

• E : Ouah, c'est chanmé ce que tu dis là. Mais tant pis : être malheureuse ou ne pas être du tout, telle est la question ; et j'ai choisi ma réponse !

• M : Si c'est comme ça ! Toi tu pars parce qu'ici tu te sens inutile puisqu'il n'y a plus de Lutte, et bien moi je te suis aussi alors !

• E : Et pourquoi ???

• M : Et pourquoi pas ? Tu crois que pour moi c'est marrant d'essayer d'oublier d'où je viens ??? Je suis comme toi, de l'autre monde, sauf que moi je ne le regrette pas, bien au contraire j'essaie de faire avec, même si je n'échangerai jamais mon baril d'Utopia contre un autre. Ne pouvant totalement renier ma nature de proto-Emancipé, je dois composer avec elle et ses douloureux souvenirs tout en la canalisant pour toujours agir dans le réel intérêt du Peuple et en toute modestie (celle de se comporter presque comme tout individu lambda). Alors que les Utopiens de naissance ont d'origine le sentiment d'Egalité absolue, même et surtout envers les Différences de l'autre (c'est ce qu'on appelle le Respect), je dois me battre contre ma psyché formatée par le culte de fin de millénaire du surhumain. Nietzsche nous aura bien ouvert les portes de la perception sur ce que nous devions cesser d'être, des bêtes à bon dieu, mais sans réel mode d'emploi, les résultats de ce que nous pensions devoir être furent monstrueux (fascisme, stalinisme, nazisme, impérialisme, néolibéralisme, individualisme avec des oeillères).

• E : En tous cas, tu as l'air de bien te soigner, tu gères tes « antécédents ». Mais faut pas non plus en faire tout un fromage : je te rassures, t'es un bon p'tit gars Moa ! Même si tu viens comme moi de l'autre planète, il n'empêche que tu es définitivement de ce monde Utopia. J'imagine que tu n'as plus rien à voir avec le Moa d'avant.

• M : Clair et net ! enfin j'espère. Des fois je doute de mes capacités réelles à m'intégrer dans ce monde.

• E : Eh, qu'est ce qui t'arrive ? Qu'on soit proto-Emancipé, juif, arabe, ou black, ou homo, bref Différent, on nous a toujours regardé de travers, comme si on venait d'une autre planète. Mais à force de dialogues et d'échanges culturelles, nous avons toujours réussi à nous assimiler, même si c'était pas forcément si simple. Alors si en plus maintenant les gens se moquent des Différences pour ne voir que les individus, je vois pas en quoi tu douterais de toi : tu es très ouvert, toujours à écouter et parler avec les gens quels qu'ils soient, à en tirer des leçons, à analyser leurs expériences. C'est pas de la flagornerie, mais t'es un mec bien Moa.

• M : Mouais, merci (soupir et sourire mêlés).


Moa bois lui aussi du reste de l'infusion aromatisée au datura. La scène est surréaliste : c'est Roméo et Juliette (en triolisme), se tenant la main de par et d'autre du gisant de Blanqui.


• Esperanta : Mais si tu es aussi bien ici (quoi que tu en dises), pourquoi me suis tu vers l'Ailleurs ?

• Moa : Parce qu'ici je suis souvent en lutte contre mes propres instincts, hérités de l'autre monde ! Même si je peux les canaliser, le virus des idées périmées sera malheureusement toujours en moi ! Ta présence, toi ma belle qui arrive de notre passé, me donne une nouvelle consistance : pour les Utopiens je suis avant tout un rescapé des Enfers, alors que toi je sais que tu comprends très bien ce que je vis. Nous sommes une symbiose : tu me permets de mieux assumer mes antécédents et de réellement apprécier ce que je suis ici par rapport à avant, alors que j'espérais pouvoir te faire partager toute la quintessence de ce Nouveau Monde si beau et pur ! Maintenant, si tu t'en vas, je préfère les vers de terre que vivre ici seul, avec ton souvenir impérissable.

• E : Minute papillon : moi je suis responsable de mon suicide, mais je veux pas que tu me copies, t'as pas le droit !

• M : Et pourquoi ?

• E : Parce que !

• M : Ce n'est pas une réponse !

• E : Si, c'est la mienne !!!

• M : …

• E : (putain, j'arriverai jamais à me foutre en l'air tranquille) Bon, t'as gagné, je veux pas me prendre la tête et assumer un suicide en duo.

• M : T'inquiètes, je suis responsable de mes actes !

• E : Donnons-nous une nouvelle chance, on verra bien ce que ça nous apportera. Il n'est jamais trop tard pour bien faire !


Moa lui administre l'antidote et en prend aussi ; Esperanta commence à décomater un peu.


• Moa : Je suis ton ami (et j'espère même plus) Esperanta, tu peux me dire ce qu'il s'est passé ?

• Esperanta : J'ai bien écouté mon prof et donc j'ai voulu partir bien, en rêvant, le sourire aux lèvres !

• M : Mais pourquoi avoir pris une infusion de datura ?

• E : Parce que la fleur est jolie et que j'en avais entendue parler : on m'avait dit que c'était surpuissant, que tu sortais de ton corps pour te voir de l'extérieur, que tu revivais (avec une impression de réalité effarante) des scènes du passé avec des êtres chers disparus. J'avais besoin de me ressourcer, de demander conseil à mes proches qui ne sont plus là depuis des décennies !

• M : Et pourquoi cette tombe en particulier ?

• E : Parce que, sortie de mon moi-même, je pouvais me voir, et plus facilement me comprendre avec cet éternel exemple qu'est Blanqui, le professionnel de la Révolution ! Etant perdue, j'avais besoin de comparer nos destinées (l'une gisant à côté de l'autre) !

• M : Je vois bien l'analogie entre vous deux : Auguste Blanqui, le père de « Ni dieu, ni maître ! », passant 36 ans en prison pour n'avoir jamais cessé de défendre (et surtout Lutter pour) la Cause (qui s'est malheureusement souvent dérobée à lui). Je me suis fréquemment demandé comment il aurait vécu si il avait vu l'avènement de son rêve (notamment lorsqu'il fut emprisonné à la veille de la proclamation de la Commune, le 18 mars 1871, mit à l'isolation complète et ne prenant connaissance du drame qui s'est déroulé qu'en 1876 à sa Libération).

• E : Lo no say! Mais sûrement qu'il aurait été dans le même état que moi. C'est bien pour ça que je suis venu lui demander conseil.

• M : Certes, mais je doute qu'il te répondes, il est mort en 1881, soit il y a 175 ans !

• E : Peut-être, mais en tout cas, je ressens son énergie, ses good vibes qui m'inspirent. C'était ça ou directement rejoindre Jim Morrison (tombe à proximité, toujours dans le Père-Lachaise) et prendre ma carte de membre du Club des 27 (artistes morts à l'âge de 27 ans, notamment Ottis Reding, Jimmy Hendrix, Kurt Cobain).

• M : Mais au-delà des commentaires d'outre-tombe, ce que tu as vu ces derniers temps, cela ne te suffit pas à te faire une idée précise sur tes capacités (et avant tout envies) à bien, ou plutôt dans le cas présent mal, vivre à Utopia ?

• E : Beh, c'est super flou ! Bien sûr qu'Utopia c'est de la balle, mais est-ce que je serais capable d'y trouver ma place et de m'y sentir à l'aise, je ne sais vraiment pas.

• M : Raison de plus pour essayer : quand on ne sait pas mais qu'on a envie de (se) découvrir, il faut tenter, tout en gardant à l'esprit que c'est toi qui décide du début comme de la fin du « jeu ».

• E : Bien envoyé ! Mais ce n'est pas évident de trier parmi ses sentiments, et encore moins de canaliser ses peurs !

• M : Je n'ai pas dit le contraire. Mais ça vaut au moins la peine d'essayer. Qui ne tente rien, n'a rien. Je te laisse réfléchir là-dessus !

• E : Après tout, pourquoi pas ? C'est vrai que même si ce monde est complètement différent, il vaut la peine d'être vécu. Surtout avec un tel guide. Notre histoire au fond, c'est que tu es mon Ariane, me tendant un fil conducteur pour sortir de mon labyrinthe de l'esprit où je lutte contre mon propre Minotaure, mon éducation de fin de civilisation.

• M : Je sais trop bien ce que tu traverses en ce moment, je suis aussi passé par là à mon arrivée ici. C'est pour ça que j'ai essayé, tant bien que mal, d'être très pédagogue avec toi, pour te montrer que ce n'est pas si difficile que ça de vivre au Paradis terrestre, même si l'on sort d'un grand voyage à travers le Temps et Soi-Même (toute la durée de la cryo est un rêve ininterrompu).

• E : Pour sûr, j'en ai des séquelles !

• M : T'inquiètes, ça s'estompera avec le temps, et je parle en connaissance de cause !

• E : Tu crois vraiment, et dis le moi en toute sincérité, que je peux me plaire ici ?

• M : Ah ça ma Dulcinée, il n'y a que toi pour le savoir, mais ais confiance ! Même si l'apprentissage et l'élaboration d'un nouveau monde sont difficiles, ça vaut la peine d'être vécu, car c'est Notre monde, comme Nous le voulons !

• E : Ouais c'est clair !!!

• M : En parlant de ça, le mieux serait peut-être que je te montre ce qu'est l'Utopia de tous les jours, à toi après de te faire ta propre idée des choses.

• E : Ça me va, c'est vrai que jusqu'ici j'ai surtout vu la partie émergée de l'iceberg, je suis curieuses de voir ce qui ne saute pas aux yeux (comme dans de nombreux domaines, c'est souvent ce qu'il y a de plus intéressant, du moins révélateur) : la vie quotidienne des Utopiens et leurs moeurs. Mais racontes moi d'abord les évolutions d'après le Grand Soir, pour que je comprenne comment on est arrivé à l'An 01, ça m'aidera à évoluer en comprenant les motivations et avancées des projets pendant que je dormais dans le froid absolu !

       

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Published by Collectif des 12 Singes - dans Lendemain du Grand Soir
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