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2 janvier 2008 3 02 /01 /janvier /2008 16:22

Catégorie : III] Le capitalisme c’est déjà moyen, mais en abuser ça craint !

Thème : 3) La grande distribution c’est nous, petits consommateurs !

 

 

Fiche de visionnage n°16 :

Épisode 120 (saison 8, épisode 9) – Supermarché des ténèbres

 

 

Analyse philosophique des extrêmes : Les consommateurs sont-ils esclaves de leurs pulsions d’achat ???

 

 

Les pros : tous les south-parkois,

Les antis : les enfants (moins Cartman).

 

 

Thèse : Qu’on le veuille ou non, Wal-Mart est si pratique et peu cher qu’on en redemande encore et encore,

Antithèse : Nous ne sommes pas que des cons-ommateurs, nous avons le pouvoir de faire et défaire,

Synthèse : Pour avoir les avantages sans les inconvénients, il faut apprendre à répartir ses achats !

 

 

Il était une fois à South Park ses habitants qui devinrent tout fou à la seule idée de savoir qu’un supermarché Wal-Mart allait s’ouvrir chez eux. A l’heure dite, le tocsin sonna et tout le monde stoppa ses activités sur le champ pour se rendre enthousiaste à Metzger Field, là où allait  commencer l’inauguration de ce géant de la consommation à bas prix. A présent, pour bon nombre des citadins, South Park devenait une vraie ville !

 

 

 

Introduction :

 

 

A notre époque, où nous avons délégué notre alimentation et notre équipement matériel à d’autre plutôt que de cultiver et fabriquer ce dont nous avons besoin pour assurer notre autosubsistance et notre confort, nous nous rendons régulièrement dans des lieux propices à satisfaire nos exigences consuméristes.

 

Depuis l’avènement au -Vè millénaire de l’artisanat et du commerce de bouche, l’offre des marchands s’est multipliée en quantité de produits et en nombre de surfaces de vente autant qu’en taille de celles-ci. Alors qu’auparavant la diversité des étales et de l’origine des produits primait, nous sommes rentrés avec la consommation de masse, à la fin de la seconde guerre mondiale, dans une spirale de concentration des propositions consuméristes. Avant, il fallait flâner, discuter des produits, comparer les offres en qualité et en prix, mais au moins nous n’avions que l’embarras du choix. A présent, le modèle capitaliste tend à ne nous proposer qu’une sélection restreinte de produits référencés, concentrée dans de vastes ensembles dépourvus d’âme et dans lesquels le consommateur doit se débrouiller tout seul pour faire les bons achats à partir de produits standardisés et sans caractère affirmé.

 

Avons-nous encore une once de pouvoir pour pouvoir faire évoluer différemment ce qui peut paraître inéluctable, à savoir la fermeture des petits commerces de proximité, la désertification des centres ville, l’homogénéisation par le bas de la diversité de l’offre et des points de vente ?

En somme, sommes-nous encore un tant soit peu libres dans nos choix de consommation ou sommes-nous d’ores et déjà devenus des esclaves de nos propres pulsions d’achat ???

 

 

Thèse en faveur de l’esclavagisme consumériste

 

Dans notre monde hypermatérialiste et de surconsommation, nous nous « devons » de nous équiper d’une multitude d’appareils et de les renouveler régulièrement pour être à la page.

Étant donné que nous sommes dans une culture du beaucoup avoir mais aussi d’être épanouie, il arrive forcément un moment où nous devons faire des choix quant à nos capacités financières d’être satisfait sur ces deux tableaux. Ainsi, si l’on veut avoir le confort matériel et les possibilités immatérielles (loisirs, culture, arts, ...), il est plus facile de partir à la chasse au gaspillage monétaire en cherchant les remises et les bonnes affaires que d’avoir à choisir ce qui est prioritaire et ce qui ne l’est pas et de renoncer à certaines envies. En outre, de manière générale, en complément de la recherche de quantité au détriment de la qualité : pourquoi continuer à payer trop cher ? Autant faire en sorte d’avoir le beurre, l’argent du beurre et de taper dans la motte de la crémière !

Ainsi, lorsque la mère de Stan arrive avec trois excellents steaks qui viennent de la boucherie de South Park, mais qu’il faut se partager, la première réaction du père est de se souvenir qu’ils pouvaient s’offrir six steaks quand ils faisaient les courses au Wal-Mart. Il en va de même pour Cartman qui est prêt à acheter trois exemplaires du même film du moment qu’à l’unité cela lui coûte moins cher (Time Cop en DVD, les trois pour 18 dollars, alors que cette pauvre tâche n’a besoin que d’un exemplaire, mais vu qu’un seul coûte 9$98, il les prend en croyant qu’il va économiser genre 20 dollars – alors que non, seulement un peu moins de 12), pensant ainsi faire une bonne affaire. Le père de Stan est le plus touché par le virus du prix bas. En pleine nuit, alors que Mme Marsh dort du sommeil du juste prix, le père de Stan « rêve » ou cauchemarde des prix exceptionnels de chez Wal-Mart. Une voix d’outre-caisse lui annonce des prix défiants toute concurrence, à profiter tout de suite. Il se lève, aveuglé par le halo de lumière autour du supermarché des ténèbres, foudroyant avec ses remises éclaires de tous les côtés de la ville. Il offre son torse à la fenêtre dans une sensation de jouissance absolue. A minuit passé il « faut » qu’il aille faire un tour au Wal-Mart en vitesse ! Pour lui, s’il y va maintenant, il n’y aura personne dans les rayons, et il aura tous les rabais pour lui tout seul ! Mais arrivé au Wal-Mart, il se rend compte que tout le monde a eu la même idée que lui (les parents de Kyle l’y ont traîné trois heures). Résultat des courses, Stan croit que son père se meurt dans la maison remplie de carton : en réalité, il est seulement très fatigué, ayant fait des courses au Wal-Mart toute la nuit (preuve de ses achats compulsifs, ayant vu juste avant les caisses des petits autocollants super cools à seulement 99 cents les 50, il n’a pas pu résister et sa figure en ressort maculée). Il ira même jusqu’à devenir vendeur au Wal-Mart : en plus des rabais habituels, il a des remises de 10% en bossant là-bas. Certes il est géologue et est donc moins bien payé dans son nouvel emploi, mais tant qu’il fait toutes ses courses au Wal-Mart, il s’en sort très bien. De même, alors que les enfants font tout pour détruire l’hypermarché (il remarque déjà, en courant alors qu’il a une mission bien plus importante, que les duos salières-poivrières sont à 2 dollars alors qu’ils coûtaient trois dollars cinq minutes plus tôt, le Wal-Mart baissant ses prix pour essayer de les stopper), il ordonne aux enfants de ne pas regarder les rabais (notamment des lecteurs mp3, et encore pire des vélos, à 29,99 $), mais il marque l’arrêt (comme un chien devant sa proie) à propos de rabais trop tentant pour lui. Il se sent obliger d’acheter ces tournevis ! Cartman est de la même veine en ne comprenant pas pourquoi les enfants vont chez Jim acheter des cartes de combat alors qu’au Wal-Mart elles coûtent trois dollars de moins. Quand ces potes s’en prendront à l’ « intégrité » de l’hypermarché, une chose sera sûre pour lui, le Wal-Mart c’est trop cool et il ne laissera pas trois connards le priver de ses rabais géniaux : le bonheur est dans le prix !

 

Depuis la chute du Mur et la fin du communisme, le seul modèle « viable » actuellement impose ses vues et fait de nombreux adeptes au plus grand profit de la secte mercantile.

Dans nos sociétés de surabondance d’offre (mais pas trop de demande), où le seul critère qui compte est la consommation des ménages et le taux de croissance, le message totalitaire ultradominant consiste à hurler dans les antennes sur les toits et à afficher sur les murs que le seul vrai bonheur accessible ici-bas se trouve dans l’acte d’achat, cette nouvelle religion opium du Peuple.

Comme le martèle le représentant de Wal-Mart, lors de l’inauguration du magasin (en s’en frottant les mains d’avance) : « maintenant achetez mes amis, achetez ! ». Et force est de constater que le père de Stan est épanouie : « Regardez moi un peu la famille Marsh ! Une télé toute neuve, un nouveau service de table en plastique, et suffisamment de paquets de pâtes pour se nourrir pendant des années ! » (3 palettes devraient faire l’affaire effectivement). Idem lorsque Kyle explose le violon de Cartman (qui en usait et abusait pour marquer le côté pathos du discours décliniste des petits commerçants), celui-ci n’en à rien à foutre car il ira en acheter un autre au Wal-Mart, vu que ça ne coûte que cinq dollars ! Mais il faut bien se rendre compte que les consommateurs ne sont que des cobayes du bon vouloir de Wal-Mart : après que les habitants l’aient brûlé, celui-ci renaît tel le phœnix de ses cendres encore chaudes par les seules ordres du siège central de la société, alors que personne ne veut de Wal-Mart à South Park. Harvey Brown, fondateur de Wal-Mart en 1987 sur la simple idée d’une grande surface où l’on trouve de tout à des prix incroyablement bas en pratiquant la vente par lot, est bien conscient des dérives. A l’époque, il ne savait pas ce qu’il faisait : en tout juste quatre ans, Wal-Mart était hors de contrôle ! Pour lui c’est impossible de l’arrêter car le Wal-Mart sait se défendre ! Beaucoup s’y sont essayés – leaders  syndicaux, activistes écolos, grands cabinets d’avocats – et maintenant ... ils vont tous faire leurs courses au Wal-Mart ! Pour son créateur, il est évident qu’il ne s’arrêtera que lorsqu’il n’y aura plus que des Wal-Mart sur Terre ! (il demande alors pardon au monde et se suicide devant les enfants).

 

Mais que peut-on faire contre cet état de (dé)fait(e) ? Sommes-nous tous devenus des moutons de Panurge suivant bêtement le mouvement ou des adeptes de la secte de Skippy, ce grand gourou avec un dollar pendu autour du coup en guise d’amulette ?

Il est indéniable que les sciences humaines, basées au départ sur une meilleure compréhension des attitudes humaines, ont été détournées de leur vocation première de comprendre pour « améliorer l’espèce » afin de mieux domestiquer le consommateur et canaliser puis diriger ses pulsions (et avec son pouvoir) d’achat. Les professionnels du marketing et de la communication ont ainsi aujourd’hui toutes les clés en main pour nous manipuler « sans que l’on s’en rende compte ».

Cela passe par des petits riens, mais qui bout à bout font un grand tout. Le représentant de Wal-Mart commence en qualifiant le jour d’inauguration d’historique, un jour qui restera dans les mémoires comme celui où la ville est devenue meilleure (rien de moins) ! De même, quand les south-parkois entrent dans son bureau pour clamer qu’ils ne veulent plus du Wal-Mart chez eux, le représentant les accueille avec un « Oh, bonjour acheteurs futés » ! Toutefois, en cachette et se frottant les mains, il ne tarde pas à les traiter d’imbéciles, d’ignorants imbéciles ! Quand Stan demande à son père comment Wal-Mart peut vendre tout ça aussi peu cher, son père ne peut que répondre que c’est de l’économie élémentaire, qu’il n’y comprend rien du tout, mais dieu qu’est-ce qu’il aime ça. Il faut dire en outre que Wal-Mart sait se vendre en écoutant puis en retournant contre eux les arguments de ses clients. Alors que tout le monde s’était entendu pour ne plus mettre les pieds au Wal-Mart pour faire les courses, lorsque Stan casse malencontreusement un verre, son père est tout catastrophé. Il croit que là, ils n’ont plus le choix : la famille doit aller au Wal-Mart ! Où sinon trouver un verre à cette heure-ci (d’ailleurs tout le monde s’y trouve déjà, le père de Kyle – se faisant interroger sur sa présence – arguant pour sa défense que c’est le seul endroit où l’on  trouverait un distributeur de serviettes à 21h30) ? Alors que le père de Stan fustige tout le monde pour ne pas avoir respecté la consigne de ne plus aller au supermarché, M. Garrison lui demande ce que lui fait là, ce en quoi il répond qu’il n’était venu que pour s’assurer que personne n’y faisait ses courses. Poussé par son fils, il admet qu’il devait acheter un verre. Mais un seul verre !!! ... et puis aussi des chips ... et du beurre (sortant sa liste de commission) et un tournevis. Comme le fait remarquer le père de Kyle, personne n’aime le Wal-Mart, mais ils ne peuvent pas s’empêcher d’y venir malgré tout ! Pour le père de Stan, le Wal-Mart a un pouvoir sur eux auquel ils ne peuvent pas résister : pour Jimbo (demi-frère de Randy Marsh), l’établissement a une mystérieuse force démoniaque, alors que pour le père de Stan, celui-ci n’est pas un ennemi mais plutôt un voisin amical. Les consommateurs sont peut-être dupés par la force de propagande de Wal-Mart, mais pas ses employés. Le représentant taquine la bouteille pour oublier qu’il n’est pas content d’être là. Il hait cet endroit, mais on ne le laisse pas partir ! Quand Kyle lui rappelle qu’il dirige le Wal-Mart, il s’empresse de corriger : ce Wal-Mart n’est dirigé par personne ! Il précise ensuite la teneur du piège : d’abord il vous attire avec ses rabais, et sans vous rendre en compte vous devenez employé de Wal-Mart parce qu’il a tout le travail (les petits commerçants ayant plié boutique), et vous êtes assis dans un petit bureau sans espoir d’en sortir ! On sent que la pression est très forte, car lorsque Chef demande pourquoi le directeur ne démissionne pas, celui-ci lui conseille de parler moins fort car Wal-Mart entend tout, et lorsque Kyle l’interroge pour savoir s’il le déteste aussi, le responsable se défausse (parce que le magasin commence à gronder) en disant qu’il n’a jamais dit ça. Pour lui (qui officiellement adore Wal-Mart), avec ses fantastiques remises et tous ces produits, on est forcé de l’aimer, car Wal-Mart a su rendre les courses à la fois abordables et amusantes (il griffonne toutefois vite fait un mot : « pas prudent de parler ici ») et qu’il fait beaucoup pour la communauté ! De même, quand Kyle, au siège de Wal-Mart, vient se plaindre en disant que les south-parkois ne veulent pas de cet hypermarché dans leur ville, la standardiste (après avoir regardé à droite et à gauche) acquiesce en se demandant bien qui en voudrait ? Personne n’aime ce que Wal-Mart fait, mais il continue malgré tout à le faire ! Tant que les gens ne seront pas conscients de tous les tenants et aboutissants du système, ils ne se rebelleront pas !

 

Antithèse en faveur de la reprise en main de leur pouvoir d’achat et de choix par les citoyens consommateurs

 

On peut certes critiquer Wal-Mart (et consorts) pour son emprise hégémonique, mais il faut bien prendre en compte qu’il s’agit d’un choix de société et d’aménagement du territoire.

Si ce genre d’entreprise peut s’installer, c’est bien parce qu’on les y a autorisé. La question de fond qui se pose est de savoir ce que les citoyens (au-delà même des consommateurs) souhaitent pour le développement et, encore plus, l’épanouissement de leur ville. Soit on concentre l’activité de tous les petits magasins dans une superstructure au banc de la bourgade, soit on favorise la vitalité du centre-ville.

Le représentant de Wal-Mart avait prévenu qu’après l’inauguration du magasin, les south-parkois constateront que leur ville allait considérablement changer ! (en s’en frottant les mains d’avance). Malheureusement, comme d’habitude, seuls les enfants se sont rendus compte de ce qui était en train de se passer. Alors que les gamins partent dans la grande rue pour soutenir les commerçants, ils sont interloqués en trouvant le centre ville désert, aussi vide et en ruine que les villages fantômes des westerns. Seul Butters erre dans les rues, jouant au monstre car l’endroit est devenu effrayant. Comme souvent, il faut que ce soit les enfants qui montrent aux parents ce que Wal-Mart fait à leur ville ! Ainsi, tel le petit épicier Jim Farkle, beaucoup de commerçants ont du fermer boutique car ils n’arrivaient pas à lutter avec les prix de Wal-Mart ! Tout le monde va faire ses courses là-bas, et les boutiquiers sont au bord de la faillite (Cartman sort son violon et entonne une musique à faire pleurer les morts) et ont vendu leur boutique en tentant de faire un autre boulot. Pour Kyle, ça craint vraiment, mais (pour ne pas changer) Cartman considère lui que c’est simplement ce qu’on appelle le progrès. Bien sûr, lui ne pense pas aux employés de l’épicerie qui vont perdre leur boulot (il ressort son violon et rejoue son sol pleureur. Kyle, excédé par autant de mépris – même si habituel, on s’y fait jamais vraiment –, explose le violon). Quand les parents réagissent enfin, devant le fait accompli, le père de Stan comprend que si on préfère le charme des petites villes aux grandes surfaces sans âme, il faut accepter de payer un petit peu plus !

 

L’argent est bel et bien le nerf de la guerre commerciale que se livrent les commerçants (petits et grand) mais pas que. Cela fait partie d’un ensemble de choses (telles que la fréquentation des magasins, l’attention portée au matraquage publicitaire, l’intérêt devant les promotions, ...) qui caractérise l’impact de chaque acheteur sur le marché.

Pour pouvoir faire évoluer les choses et être vraiment acteur (à défaut d’être totalement maître) du tissu économique local, il faut bien sûr que chacun prenne la mesure de son pouvoir de consommateur. En effet, chaque système et structure solide est établi sur une base stable qui lui permet de fonctionner et éventuellement de s’élever. Mais si le socle bouge, on se rend vite compte qu’il s’agit d’un colosse aux pieds d’argile.

Ainsi, lorsque le père de Stan va à l’encontre de la décision des south-parkois de ne plus aller faire ses courses au Wal-Mart et qu’il se justifie en disant que ce n’est pas une famille achetant un verre qui fera la différence, il se trompe grandement (la preuve en est que les autres ont pensé pareil et du coup tout le monde est au supermarché comme si rien n’avait été décidé la veille). De même, quand le père de Kyle affirme que si on ne peut pas détruire le Wal-Mart il faut apprendre à vivre avec, c’est d’une faiblesse d’esprit affligeante. Ce en quoi le père de Stan (bien longtemps après que les enfants aient découvert le cœur du Wal-Mart, un miroir) aura enfin la bonne réponse : le symbolisme du miroir signifie tout simplement que le Wal-Mart c’est ... eux, les cons(ommateurs) ! [tout comme l’état c’est les con(tribuable)s, et sans leurs impôts il n’est plus rien].

 

Après avoir pris conscience de son pouvoir, encore faut-il l’exprimer (qui plus est correctement, à bon escient).

Pour protéger les commerces de proximité, il faut se mobiliser, sur le long terme, afin de marquer ses préférences et faire comprendre aux grandes structures que leur cerveau est sorti de l’encéphalogramme plat de la mort clinique du consommateur passif devant la publicité et les arguments trop alléchants pour ne rien cacher de louche.

C’est ainsi que les south-parkois, après s’être concertés, décident de boycotter le supermarché. Étant donné que beaucoup de petits commerces sont en train de crever et beaucoup de gens perdent leur travail, la sanction ira même jusqu’à renvoyer le Wal-Mart de South Park. Mais comme les habitants n’ont jamais appris à se tenir tranquille, afin de mettre le Wal-Mart hors d’état de nuire une bonne fois pour toutes, ils se consultent : alors que le père de Butters croit que le mieux est de discuter avec lui, Chef propose de le congeler. Bien sûr, la solution la plus radicale, celle de M. Garrison (bien connu pour ses excès), l’emportera et les south-parkois brûleront cette saloperie sur l’air du Kumbaya, my Lord, Kumbaya ! (les gens chantent en se donnant la main devant ce grand feu de joie. Cette chanson est un classique des chants enfantins près du feu. Les paroles pourraient être traduites par « Passe par ici, seigneur, passe par ici ») 

 

Synthèse

 

Face à notre gloutonnerie matérialiste, le béton envahit nos champs et remplace au fur et à mesure le vert par du gris « moderne ».

Alors que notre monde ne peut plus feindre d’ignorer que nous scions sciemment la branche sur laquelle nous sommes assis, doit-on encore construire à tour de bras de brouette ces immenses ensembles que sont les temples consuméristes, nouveaux lieux de culte des pigeons d’or ? Au-delà de la pollution visuelle et des nuisances occasionnées sur la nature, nous devons également prendre en ligne de compte que nous sacrifions, lentement mais sûrement, nos derniers espaces verts de liberté.

Lorsque Kyle s’esclaffe que là où se dresse à présent le Wal-Mart, il y avait la mare de Stark avant, là où on se baignait et où on pêchait, il pointe à juste titre le danger de tout bétonner et de vivre au milieu d’une cité artificielle, sans plus aucun coin de verdure où nous pouvons nous ressourcer et nous détendre comme n’importe quel animal au bord d’un point d’eau. Quel avenir irradié prépare-t-on pour nos enfants quand nous devrons leur expliquer qu’avant on pouvait se baigner en-dehors des piscines chlorées et que non seulement les poissons ne nagent pas carrés et panés, mais qu’en plus auparavant on pouvait les pêcher soi-même ! Encore plus qu’aujourd’hui, ces saines activités de plein-air se dérouleront en vase clos et devront se payer, cher pour ce que c’est !

 

Nous devons arrêter de nous voiler la face : nous sommes et nous avons le pouvoir ! Comme le dit le proverbe : Mieux vaut ne jamais manquer du nécessaire que d’avoir en abondance du superflu !

Si nous ne voulons plus être dépendant de notre addiction à la consommation compulsive, nous devons clairement remplacer le besoin d’acheter pour le simple « plaisir » de se suréquiper par l’envie ponctuelle de se faire plaisir en faisant, de temps en temps (et encore, modérément), des folies.

Lorsque les enfants sont au siège de Wal-Mart et qu’ils demandent à voir le cœur de celui-ci (au rayon télé, à côté d’un écran plasma), une porte marquée « réservé aux employés » s’ouvre et déçoit Stan et Kyle par la seule présence d’un miroir. Mais il faut bien comprendre que c’est ça le cœur de Wal-Mart : nous, les consommateurs ! Finalement, ce cœur revêt bien des formes : Wal-Mart, KayMart, Target ! Mais il n’est qu’une seule entité : le désir ! La preuve en est avec Cartman qui se rue pour acheter 3 exemplaires de Time Cop en DVD (sous prétexte, mal calculé en plus, de rabais intéressant à ne pas laisser passer). Lorsque Kyle rappelle à cette pauvre tâche qu’il n’a besoin que d’un seul exemplaire, Cartman lui lance que si Kyle veut, il n’a qu’à en acheter qu’un seul, mais que dans ces conditions il n’est pas doué en affaire (ce qui ne manque pas de l’étonné, juif que Kyle est). Piqué au vif, C’est ce que Kyle s’apprête à faire, jusqu’à ce qu’il réfléchisse et se rende compte qu’il n’a pas du tout envie d’acheter Time Cop. Finalement, comme il le dit si bien aux adultes, pour combattre son hyperconsommation chronique, il « suffit » de décider de ne plus venir et puis c’est tout ! Pour se débarrasser du Wal-Mart, c’est « juste » une question de self-control et de responsabilité personnelle !

 

Ne serait-ce que pour une question de manque de temps et de praticité de concentration de ses achats en un seul lieu, il serait idiot de ne pas profiter des avantages des supermarchés.

Cependant, si nous voulons que nos petits commerçants, avec leurs conseils et leur accueil humain et « chaleureux » (pas tout le monde, mais toujours plus que chez les marchands du temple), puissent vivre de leur activité, que le centre de nos villes reste vivant, bref si nous voulons cumuler les avantages des petites et grandes surfaces, nous devons apprendre à nous autoréguler en répartissant nos achats. On peut être un jour pressé et concentrer vite fait bien fait nos courses en un seul lieu, mais le mieux est de répartir nos achats sur différents types de structure, en fonction du conseil prodigué, de la rareté de certains produits, mais aussi et surtout des prix ou de la qualité recherchés.

Comme les habitants de South Park tirent rarement des leçons de la morale que viennent à peine de leur expliquer les enfants, ils feront la bêtise south-parkienne de tous faire leurs courses chez Jim au coin de la rue. Mais évidemment, si tout le monde ne va, à nouveau, qu’à un seul endroit, cette épicerie grossit vite et finit également brûlée. Preuve de leur stupidité légendaire, bien que le père de Stan affirme qu’ils vont essayer de ne pas refaire la même erreur, M. Garrison emmène tout le monde faire ses courses chez True-Value !

 

 

Conclusion :

 

 

Voyez, on se couchera moins bête car on a appris un truc  aujourd’hui : le problème n’est bien évidemment pas la consommation en tant que telle, puisque nous n’avons plus de jardin ni de bêtes pour nous nourrir, mais bien la surconsommation irraisonnée dans des lieux hyperconcentrés au détriment de la pluralité des petits commerces.

 

Pour autant, il serait tout aussi idiot d’abandonner les aspects pratiques et low-cost des grandes surfaces pour nous en retourner aux petits commerces comme si nous n’avions jamais goûté aux facilités des supermarchés. Comme d’habitude, plutôt que le tout ou rien, la voie du milieu est dans la nuance de gris : nous devons apprendre à tirer avantage de ce que nous proposent de grands acteurs de la distribution (économie d’échelle, concentration de biens et services, facilité d’accès et de stationnement, ...) tout en continuant à profiter des conseils avisés, des produits rares et de qualité, ainsi que de l’humanité des commerces de proximité.

 

Au-delà du fait que nous ne devons pas toujours nous écouter, afin de plus entendre notre voix de la raison que la pulsion de nos désirs, il est cruciale pour le dynamisme de notre économie locale que nous nous demandions quel serait le meilleur endroit (cette fois) pour aller faire nos courses en fonction de nos critères de temps, de qualité, et de prix recherchés. Sans cela, arrivera un jour où tout le monde devra faire ses emplettes dans un seul hyper titanesque, face auquel nous seront démunis puisque lui seul aura le pouvoir de nous nourrir et de nous équiper matériellement. Si nous continuons avec Wal(l)-Mart et consorts, nous allons droit dans le mur, qui plus est en se « marrant », « insouciants naïfs » que nous sommes !

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Published by Collectif des 12 Singes - dans South-Park Capitalisme
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