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Collectif des 12 Singes (Al LU-SINON)


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4 janvier 2010 1 04 /01 /janvier /2010 20:55
  • Alors Ulla, qu’es-tu devenue depuis notre dernière entrevue, quand tu t’occupais de Faudel ?
  • U : « Depuis quelques temps déjà, besoin et "facilité" de l’argent vite gagné obligent, je glissais lentement mais sûrement de la sexualité tarifée occasionnelle vers sa version régulière ! J’ai alors mis en branle et fait jouer à fond mon réseau de clients contents qui payent comptant afin d’avoir l’avantage du nombre avec la sécurité de la cooptation !!! Poursuivant mes études en psycho, il m’était facile de déceler en un clin d’œil ceux avec qui je pouvais et voulais faire quelque chose de mes mains, de mes seins et de mon vagin ! En plus, je ne me considérais pas comme une prostituée, puisque je faisais davantage de psychologie … à 100 € la séance, donc mes clients n’étaient pas n’importe qui ! Finalement, je me suis improvisée vendeuse de charmes, à l’hôtel, alors que je n’aurais jamais osé séduire un client sur un bout de trottoir (et c’est bien pour ça aussi qu’on est trois fois plus nombreuses sur le Net) ! Anonyme, plus discret que la rue, apparemment plus facile, le Net "facilite" les choses, même s’il isole aussi, car du coup on n’a pas les conseils des plus anciennes ni parfois l’entraide ! Mais plus je gagnais et plus je dépensais et m’endettais, alors que mon réseau de clients n’était pas extensible et surtout ne pouvait pas être aussi régulier que mes besoins financiers, vu le prix de mes prestations ! C’est alors que la quantité de la rue s’est imposée à moi face à la qualité du travail à domicile !
  • Comment peut-on bafouer ainsi sa morale, son respect de soi ? Et comment s’est déroulé ce glissement de l’amatrice à la semi-professionnelle ?
  • U : « Je n’avais pas le choix, j’étais aculée à me faire enculer : les raisons du cœur ne peuvent survivre face à la misère ! Et en fin de compte, la prostitution est un ticket payant pour une sexualité "ordinaire" en accéléré ! D’un point de vue pratique, je me faisais discrète, ne faisant ni de prosélytisme ni de racolage. Au départ, c’est presque venu par accident : je me baladais tranquillement à proximité de la gare, me demandant bien comment je pourrais payer mon billet de train pour aller voir mon petit ami du moment (oui j’ai toujours eu une vie amoureuse en parallèle, non mes à-côtés monnayés ne finançaient pas tous mes frais !), quand un gars s’est arrêté et m’a demandé combien je prenais ! Non pas que j’étais habillée comme une pute ou maquillée comme un camion volé (même si je m’étais faite belle pour faire la surprise à mon chéri !), mais sûrement que ça devait se voir que j’avais les yeux qui sentaient le cul (pour mon homme en particulier, pas pour un homme en général !!!). Toujours est-il qu’après un petit délai de réflexion, j’ai accepté sa proposition, non pas pour la totale rectale (réservée à mon amoureux que j’allais bientôt rejoindre), juste pour une petite pipe vite fait bien fait (cela me payait le billet à vingt euros et pour moi sucer n’est pas tromper !). Par la suite, tombée dans le piège de l’argent "facile" (vite pris, même si chèrement payé … de sa personne), j’ai sombré dans la prostitution comme dans la drogue : mon life motiv [1] était « il n’y a que la maille qui m’aille », d’une, pour me faire plaisir dans la vie sans regarder à la dépense (et c’est bien le fond du problème), et de deux, pour me racheter une conduite auprès de mes petits amis (qui ne savaient évidemment rien de ma source de revenus) en leur faisant de beaux cadeaux ou en étant toujours au top de l’esthétisme !
  • Justement, que peux-tu nous dire du fonctionnement de ce système prostitutionnel ?
  • U : « Déjà, il faut bien comprendre que de tous les groupes dits marginaux, les prostituées forment celui qui se trouve le plus proche de l’interface entre la bonne société et ses membres déviants ! Cette marginalité est d’ailleurs exclusivement spatiale et permet aux prostituées une réintégration relativement aisée dans le corps social. Le stigmate repose alors sur le lieu et non pas sur les individus ! Comme la drogue, la prostitution est un "plaisir dangereux", un mal nécessaire à bon nombre de sociétés. Comme on ne pourra jamais l’éradiquer, la question est de savoir quoi faire avec pour que tout le monde s’y retrouve, prostituées, clients et citoyens. D’un point de vue moral, on distingue les réglementaristes qui sont pour une organisation légale de la prostitution (maisons closes, proxénétisme, etc.), les abolitionnistes qui prônent l’abolition de la réglementation et la répression du proxénétisme mais sans criminalisation de l’activité elle-même, avec une implication des pouvoirs publics dans la prévention et l’aide aux personnes se prostituant involontairement, et les prohibitionnistes qui veulent l’interdiction de la prostitution et du proxénétisme. La plus grande partie des féministes est abolitionniste : pour elles, ce sont les proxénètes [2] qui parlent à travers les prostituées. Elles pensent que c’est en s’attaquant aux clients et aux proxénètes qu’on éradiquera la prostitution. En 1975, lors de la Révolution des Prostituées dont la Ulla originale était la meneuse, les féministes s’étaient solidarisées à la cause de femmes réprimées par le pouvoir policier masculin. Mais rapidement, elles prirent leur distance avec les revendications des prostituées de pouvoir continuer leurs activités dans de meilleures conditions. Mais de toute façon, les deux façons dominantes de penser la prostitution, celle des abolitionnistes et celle des défenseurs de la liberté de se prostituer, sont dogmatiques et en décalage avec la réalité !!! »
  • Peux-tu nous expliquer en quoi ?
  • U : « Les tenants de la liberté de se prostituer, la plus marginale des deux, présupposent des individus libres de toute contrainte. Pour eux, cesser de réprimer les prostituées et de les regarder comme déviants suffiraient pour que, miraculeusement, la prostitution s’intègre harmonieusement dans la société. Mais à rebours des clichés sur la prostitution, il faut bien reconnaître que c’est essentiellement la misère qui pousse à faire le trottoir. En effet, on ne peut pas comparer le multi-partenariat avec la prostitution, car c’est dans une logique économique de survie que les prostituées enchaînent les partenaires, sûrement pas pour le plaisir ! Ce qui amène à la prostitution, c’est un besoin d’argent urgent, assez élevé et sans aucune situation pour l’apporter autrement. Les prostituées étrangères, qui focalisent l’attention politique et médiatique depuis quelques années, sont également guidées par le rêve d’une vie meilleure dans un autre pays que le leur, même si elles sous-estiment la violence de ce qui les attend. Au final, la prostitution peut être une alternative, certes destructrice et précaire, pour survivre, pour éviter une situation pire encore, et c’est bien en ce sens que les prostituées forment l’unique prolétariat dont la condition émeuve autant la bourgeoisie ! À l’inverse, les abolitionnistes présupposent que les personnes prostituées n’ont aucune autonomie sociale et psychologique. Ils pensent qu’il est irrationnel d’être prostituée, donc qu’elles sont nécessairement folles ou sous la contrainte d’un proxénète. Il est certes difficile de nier qu’il s’agit d’un rapport de domination traditionnel homme / femme (client / prostituée) qui affecte toutes les femmes clivées en deux catégories, les "femmes honnêtes" d’un côté, les femmes de "mauvaises mœurs" de l’autre. Mais l’approche historique oblige à prendre en compte des "situations" prostitutionnelles plus variées que ne le laisse entendre le schéma classique : songeons aux rapports vénaux entre homme "actif" et homme "passif", entre homme et transsexuel, entre une femme cliente et un homme, ou une femme… qui renversent parfois le rapport de classe et de genre. Dans les rapports tarifés, le partage entre ceux qui paient et celles qui sont payées n’est pas qu’une relation de lutte de classe : le pouvoir n’est pas uniquement du côté de celui qui paie mais aussi du côté de celle qui est désirée, de par sa beauté, ses attributs ou ses prestations grrr !!! Finalement, la prostitution est presque un échange égalitaire entre deux pouvoirs, celui de payer et celui d’être désirée ! Pour autant, il y a aussi des affects qui circulent, qui déplacent le simple troc d’un bien contre un service et qui reproduisent en général de l’inégalité. Il existe des prostituées qui font ça pour avoir des amis, pour trouver une figure de la mère, pour établir une relation qui leur apporte de la stabilité ou de l’amour, cela arrive ! Les femmes qui se prostituent le font parce qu’elles peuvent avoir des rapports simplement, sans éprouver de désir, uniquement en se sentant désirées, ce qui est une excitation narcissique. À dire vrai, seul le sexe est un invariant du rapport prostitutionnel. Tout le reste (le statut, le prix de la passe, la manière de faire, le lieu de prostitution, les prestations complémentaires) est soumis, selon les contextes et les époques, à des modifications plus ou moins sensibles. Le discours abolitionniste s’est durci, stimulé par la troisième voie donnée en exemple au monde par la Suède : la prohibition et la pénalisation des clients. Il est devenu à la fin du gouvernement Jospin une doctrine quasi officielle dans le cadre des politiques nationales de lutte contre les violences faites aux femmes : la prostitution est considérée comme une de ces violences (dans le rapport rédigé par Malka Marcovich et remis à la secrétaire d’Etat Nicole Péry). Ces deux extrêmes nous ramènent à l’indifférence des résignés face à l’intransigeance des indignés !!! Cacher, contrôler, surveiller sur le plan sanitaire : le vieux discours réglementariste n’en finit pas de revenir également au devant de la scène, servi par de nouveaux porte-parole, comme des femmes de droite (Françoise de Panafieu – UMP – prenant, par exemple, parti pour la réouverture des maisons closes au nom de l’ordre public). Quelle sera l’issue de ces combats qui se concluront à un niveau européen, où des pays réglementaristes comme les Pays-Bas et l’Allemagne pèsent lourd ? Bien qu’il soit le plus souvent sous contrôle, le sexe prostitué fait peur parce qu’il se dissocie clairement d’une sexualité idéale unique : celle de l’hétérosexualité reproductive et monogamique. Certaines féministes abolitionnistes sont conservatrices, moralisatrices et anti-sexe au point de se rallier parfois à ce que j’appelle "l’hystérie sexuelle", c’est-à-dire des périodes de "panique morale" qui visent à réprimer, plus ou moins violemment, des comportements sexuels déviants. Mettant en garde contre la tentation de suivre l’Allemagne ou les Pays-Bas sur la voie de la légalisation, qui provoquerait selon leurs dires une explosion de la prostitution clandestine, elles s’insurgent contre la nouvelle appellation libérale de "travailleurs du sexe" : « Quand vous travaillez chez McDonald’s, ce n’est pas vous la viande ; dans la prostitution, vous êtes la viande ». Elles font également valoir que, loin de « réduire le nombre de viols », la prostitution représente au contraire une « ouverture de droits » sur tous les corps féminins, et mine de l’intérieur les revendications d’égalité. Lieu de prédilection à la fois du sexisme et du racisme – ainsi qu’en témoignent les stéréotypes sur les Asiatiques attentionnées, les Africaines félines, les "filles de l’Est" dociles... –, elle aurait pour enjeu essentiel la domination de l’autre, avec le "laissez-passer pour la violence" que cela suppose ; à tel point que l’on peut se demander « s’il y a bien du sexuel » dans cette histoire. Précisons tout de même que beaucoup de gens ne passent pas par la prostitution et que cela ne les empêche nullement ni d’être dominants ni même violents ! En outre, les prostituées gardent un réel pouvoir, ne serait-ce que par le fait qu’elles ne se laissent jamais embrasser et qu’au final c’est elles qui acceptent ou non un client, un type de prestation !!! Les abolitionnistes pointent également la persistance, chez les clients comme dans l’ensemble de la population, de représentations archaïques faisant de la sexualité masculine une « pulsion irrépressible », alors que celle des femmes serait d’une placidité à toute épreuve ! Ils remarquent aussi que, quand bien même « pulsion irrépressible » il y aurait, « tout le travail de la civilisation s’emploie à contenir les pulsions qui causent un dommage à autrui ». Pour eux, l’alibi de la transaction financière, ou d’une « liberté de choix » bien illusoire, ne change rien à la violence que représente l’appropriation du corps d’autrui, et qu’une société digne de ce nom ne devrait pas tolérer. Si je reconnais bien volontiers que tout ceci n’est pas des plus glorieux, animaux vicieux que nous sommes, il n’y a pas pour autant de quoi en faire tout un scandale, l’agréable de la satisfaction client étant l’utile de la survie de la prostituée, qui y trouve aussi son compte, se sentant même valorisée car les putes apportent un peu de douceur dans ce monde de brutes ! Et puis rappelons quand même que le protagoniste le plus discret du commerce des corps (12 % des hommes, contre 0,6 % des femmes, en France, seraient clients) est la plupart du temps quelqu’un de bien qui ne fait de mal à personne, sauf moralement – mais secrètement – à son conjoint s’il est en couple, et encore cela peut permettre à celui-ci de tenir plus longtemps en extériorisant des fantasmes que l’homme ne voudrait plus accomplir avec sa femme devenue mère ou qu’il n’a jamais pu assouvir avec elle car cela ne correspondait pas à madame (sodomie voire tendances homosexuelles refoulées) ! Finalement, la position abolitionniste de la France est contre-productive pour tout le monde, y compris pour l’état de par les dangers qu’entraînera un métier clandestin, incontrôlable, porteur de maladies, de misère et de crime. Personnellement, je suis on ne peut plus d’accord avec le point de vue d’Élisabeth Badinter qui pense « qu’on peut utiliser son corps au même titre que son cerveau. C’est la Liberté. Si une femme préfère gagner en deux nuits ce qu’elle ne gagnerait pas en un mois à l’usine, qui peut décider à sa place de l’utilisation de son corps ? ». Mais la prostituée n’aime pas l’argent (car dans son cas il a vraiment une odeur sulfureuse), elle en a juste besoin pour survivre ! De toute façon, nous sommes tous prostitués dans le sens où nous vendons notre corps (notre force de travail ou notre cerveau) contre de l’argent. La prostitution est donc un droit fondamental de l’humain et il faut reconnaître à ces femmes le statut de travailleur libéral !!! On considère d’ailleurs qu’il y aurait aujourd’hui, à Paris, quatre cents personnes indépendantes ! ».
  • Quelles sont concrètement vos conditions de travail ?
  • U : « Nous sommes environ vingt mille en France et pour être claire, la très grande majorité des prostituées sont des françaises, mères de familles provinciales, qui travaillent pour leur compte. Les immigrées mises en lumière par les médias ne sont donc pas représentatives de la profession (ce qui n’enlève rien à l’horreur de leur condition bien sûr !). Enfin … la situation s’est dégradée les derniers temps : la prostitution "artisanale", libre et indépendante, subit la concurrence de trafiquants qui exploitent les filles de l’Est et d’Afrique. La prostitution financière ou estudiantine occasionnelle est aujourd’hui très faible, la moitié étant la prostitution criminelle étrangère organisée par des mafias (avec un renversement de situation sur l’origine des prostituées depuis 1995, d’abord venant de l’Est puis d’Afrique à partir de 2003) : c’est clairement l’exploitation de nombreuses femmes par quelques hommes ! Dénoncé déjà par Albert Londres en 1927, le trafic humain (business très lucratif et beaucoup moins risqué que le trafic de drogue) s’est amplifié avec la crise économique de l’ex-bloc soviétique, la misère et les guerres en Afrique, à un point tel que l’exploitation sexuelle représente à elle seule 80% de la traite des êtres humains. L’exception française en la matière, tolérer et dans le même temps réprimer totalement, ne résout en rien la question de la prostitution. La France est abolitionniste, voulant éradiquer la prostitution (même si elle n’est pas un délit, exception faite du racolage, même passif), mais comme il n’y a pas grand-chose derrière ce terme (alors que tout le monde sait, politiques en tête, mais que personne ne fait rien – ou alors mal), la police s’occupe de tout, uniquement d’un point de vue répressif, en effleurant à peine le problème dans sa globalité : les politiques assignent la mission que ce soit la police qui police [3] les mœurs, mais c’est démago car c’est tout un boulot d’information, de communication et d’évolution des mentalités !!! Même si pour la maréchaussée la prostitution est intimement liée au banditisme, heureusement nous sommes rarement considérées comme des coupables, plus comme des "victimes" (plus ou moins volontaires, et très bonnes indics). Dans un pays où la prostitution est légale (ce qui est puni est le trouble à l’ordre public), avec la loi pour la sécurité intérieure (LSI) de 2003, le ministre de l’Intérieur Sarkozy voulait mettre un coup d’arrêt à la prostitution (suite aux plaintes des riverains, excédés par les disputes, les embouteillages de voitures, les préservatifs jonchant le sol) en faisant du racolage passif un délit passible de deux mois de prison et de 3 750 euros d’amende (délit supprimé en 1994, sous le gouvernement Balladur auquel il appartenait en tant que ministre du budget). L’infraction étant difficile à caractériser, la tenue vestimentaire devient un élément de présomption, avec mise en garde à vue pour la profondeur d’un décolleté. En fait, les politiques se préoccupent davantage du confort des riverains (ceux qui votent) que de la sécurité de personnes qui sont déjà parmi les plus précaires qui soient, tout ceci se situant dans un contexte de criminalisation de la pauvreté, au même titre que les SDF, les jeunes de banlieue. Ces catégories pauvres dérangent dans l’espace public des centres des villes qui tendent à être monopolisés par des classes sociales relativement favorisées. La loi ne résout pas le "problème" de la prostitution mais a eu pour effet d’éloigner les prostituées des quartiers où elles faisaient désordre, et de les contraindre à se rendre à la périphérie des villes : elles y sont isolées, plus sujettes à la violence et difficiles à contacter pour les travailleurs sociaux. Refoulées vers la banlieue et privées de notre outil de travail (confiscation de camionnette), certaines d’entre nous sont arrivées à un point où elles déplorent que les proxénètes soient les seuls à pouvoir les protéger (alors qu’avant tout était basé sur l’entraide, comme la copine qui relevait la plaque d’immatriculation de la voiture du client, au cas où la collègue tarderait à revenir). D’ailleurs, jusqu’à la loi sur la sécurité intérieure, le proxénétisme était marginal. Aujourd’hui il est en recrudescence, sous la forme du proxénétisme immobilier : il s’agit de propriétaires qui louent trois fois le prix du marché à des travailleuses du sexe. C’est un "commerce" très rentable qui comporte somme toute peu de risques. L’excentration et la concentration des activités prostitutionnelles ne peuvent être, on s’en doute, des réponses exclusives à la marginalisation croissante que connaissent les filles. Selon les différentes associations contre la traite des êtres humains et pour les droits des femmes, les prostituées sont considérées comme des délinquantes alors qu’un certain nombre d’entre nous sont les victimes des réseaux de proxénétisme ; la loi serait donc selon elles incompatible avec la convention de l’ONU ratifiée par la France en 1960 qui pose comme principe fondamental la protection des personnes prostituées. Le PS, se démarquant de Nicolas Sarkozy, proposait de criminaliser le client plutôt que la victime, mais cela a aussi pour effet de déplacer la prostitution. La multitude des contraventions qui nous sont infligées chaque jour (35 € pour le stationnement interdit, 90 € pour le refus d’obtempérer), nous a poussées à manifester bon nombre de fois contre le harcèlement policier (voire les violences policières, ou même le chantage sexuel). D’autant qu’on a beaucoup moins de clients car ils ont peur d’être arrêtés alors qu’en réalité, ils ne risquent rien, sauf que leurs femmes apprennent qu’elles sont trompées. De fait, un nombre croissant de femmes se prostituent en passant par des sites de petites annonces traditionnelles, mais aussi sur les sites de rencontre, appâtant le client avec des messages exotiques. Mais les proxénètes font pareil, faisant même de la publicité pour des rencontres coquines (d’abord par téléphone, voire plus si "affinité" mais surtout envie de payer) directement à la télévision. Du coup, on assiste également à une recrudescence de salons de massages thaïlandais (environ deux cents cinquante à Paris), laissant présager d’une mutation, à la manière de maisons semi-closes. Toutefois, si on légalise la prostitution comme en Allemagne ou en Espagne, il y a de forts risques que le proxénétisme s’aggrave : parce qu’on voudra toujours nous prendre de l’argent, on voudra toujours nous mettre dans des maisons closes !!! Aujourd’hui, de nombreuses filles venues autrefois de l’Est vont dans ces pays, où leurs proxénètes estiment que leur métier est légalisé (puisqu’il faut au minimum que les prostituées payent leur chambre, voire plus si emprise psychique et physique du gérant-souteneur). Le sport et le sexe allant de pair (on le voyait déjà aux arènes romaines, où la violence des jeux précédait l’assouvissement des désirs sous les arcades même), certains comptaient bien profiter de l’aubaine : en 2006, lors de la coupe du monde de football, quarante mille prostituées auraient, de manière illégale, rallié l’Allemagne, pays où la prostitution est légalisée depuis 2002 (avec droits sociaux tels que la sécurité sociale et la retraite pour les prostituées) et où les éros-center se multiplient. En France, la plupart des travailleuses du sexe paient des impôts, mais il n’est pas possible de le faire sous la dénomination de "prostituée" ou de "travailleuse du sexe". Nous avons des rappels d’impôts sur quatre années, ce qui est tout à fait normal, mais ce qui ne l’est pas c’est que pendant quatre années nous avons quand même payé des sommes exorbitantes de PV. Donc finalement, si on fait le calcul, non seulement nous travaillons pour l’état, mais en plus l’état devient notre propre proxénète car nous sommes toujours redevable d’une somme envers lui, parce que cette somme aucune des filles ne la fait, ce n’est pas possible !!! En effet, l’imposition se fait sur la base des plus grosses journées de travail multiplié par 365 car, comme chacun le sait, les putes ne sont jamais malades, n’ont pas le droit au repos hebdomadaire et ne prennent pas de congés ! Cela, bien sûr, n’ouvre pas droit à l’assurance maladie ou à la retraite : c’est tout le drame de ces milliers de femmes qui, à la cinquantaine, se retrouvent sans moyens d’existence, et il y a donc des prostituées qui travaillent bien au delà de 65 ans. Si elles ont mis de l’argent de côté pour ouvrir un bar à cinquante ans, le fisc leur tombe dessus en demandant la provenance des fonds et puisqu’ils viennent de la prostitution il y a saisie des biens (pour payer la TVA ?). Mais donner un statut (au moins social, en terme de droit), c’est légaliser de fait, avec la réglementation qui doit en découler : comme les prostituées payent des impôts sur leurs revenus (sinon le fisc les taxe sur leur "train de vie"), elles demandent à juste titre d’être considérées en droit commun et avec des droits sociaux. En fin de compte, nous avons un travail très pénible, car nous restons très longtemps debout, qui rapporte peu et nous sommes très seules (l’activité étant clandestine, il y a de la rivalité). De leur côté les clients constituent une communauté très forte, qui ne cesse de s’échanger des bons plans, des anecdotes, des fantasmes. D’ailleurs, dans les procédures judiciaires pour racolage, les clients des prostituées ne sont presque jamais poursuivis, mais peuvent être entendus comme... "témoins". Pour les clients, les femmes qu’ils paient sont des substituts de celles dont ils sont amoureux, de celles sur lesquelles ils fantasment. Mais le problème est qu’ils veulent une satisfaction sexuelle, mais aussi une réponse affective, quelque de chose de plus que le simulacre, donc du coup il manque toujours quelque chose ! En effet, il existe chez les clients une frustration "structurelle", frustration qu’ils reportent sur les prostituées, accusées de ne pas mettre assez de cœur à l’ouvrage (car tous les clients sont loin d’être des beaux gosses ou juste des hommes qui font un tant soit peu envie). Il faut souligner que l’on va fréquenter les prostituées en vue de satisfaire sa libido, et que cet assouvissement du désir sexuel peut également déchaîner des pulsions et fantasmes criminels. En outre, la loi les déclarant clandestines, certains clients se croient en toute impunité pour user et abuser des prostituées. Ces pratiques sexuelles s’apparentent au poker, dans le sens que le risque (se faire embarquer par la police) fait totalement partie du jeu, qu’il en est même un piment nécessaire. Dans ce contexte de peur voire de violence, les anciennes (les aînées) chaperonnaient, marrainaient et formaient les nouvelles recrues venues. En outre, avant la LSI, les filles restaient groupées et soudées, l’union faisant la force contre les clients violents ou les proxénètes. À présent dispatchées pour raison de sécurité (envers la police et ses rafles), les filles de joie exercent isolées, dans la crainte des agressions, facilitées par leur mise à l’écart ».
  • Génératrice de profits colossaux, tant directs qu’indirects, révélatrice de difficultés persistantes dans les relations entre les sexes, la prostitution implique et interroge la société dans son ensemble. Comment peut-on améliorer la situation et assainir la profession puisque tu considères la prostitution comme telle ?
  • U : « Pute, je le serai toujours, dans ma tête, dans ma façon d’être, d’agir et de penser ! Mais nous avons une conscience politique, lisons les journaux, nous informons, votons lorsque nous le pouvons, bref nous sommes des Citoyennes actives. Beaucoup ont fait, soit en France soit dans leur pays d’origine, des études supérieures et parlent plusieurs langues. Nous ne sommes pas, même lorsque certaines proviennent de milieux très défavorisés, de "pôvres filles", car notre métier est un incroyable observatoire de notre société, qui a pour effet d’obliger à réfléchir, à se questionner, à questionner le monde dans lequel nous vivons. J’ai toujours été sidérée par la qualité de réflexion et de la capacité à débattre de la part de mes consœurs putes. Pour améliorer la vie des prostituées il faut déjà réinscrire la prostitution dans la question sociale et la mettre en perspective avec d’autres formes de précarité ! N’oublions pas que, de par la place qui leur est réservée au bas de l’échelle sociale, dans toutes les Révolutions, elles furent parmi les premières à bouger. Loin de lutter contre l’actuelle véritable traite d’esclaves, les lois récentes détruisent une tradition socioculturelle séculaire qui s’était transformée en service d’utilité publique, tradition qu’une évolution sociale et juridique laborieuse avait pourtant bien encadrée. La plupart des associations qui s’occupent de prostitution ne sont pas des associations de prostituées, elles sont le fait de professionnels abolitionnistes et n’ont aucun intérêt à ce que les travailleuses du sexe s’émancipent. Elles vivent de la prostitution et à ce titre sont considérées par les putes comme des proxénètes ! La lecture essentialiste de la prostitution (celle des abolitionnistes) oublie que les personnes ne sont pas que des prostitué(e)s mais aussi, souvent, des SDF, des toxicomanes, des sans-papiers ! Il y a un ensemble de facteurs d’insécurité et de précarité qui se combinent. De nombreuses prostituées quittent ou reviennent sur le trottoir au gré de leur statut économique. À l’heure où les salons de massage et autres bordels dissimulés pullulent, nous réclamons le droit de continuer à travailler dans la rue et à disposer librement de notre corps. Nous revendiquons la reconnaissance officielle de l’activité prostitutionnelle en tant que profession comme une autre : nous voulons le droit, comme tout un chacun, de travailler tranquillement sans enchaîner les gardes à vues, et que ce travail soit reconnu comme une profession libérale, au même titre que les infirmières ou les comptables, comme en Suisse. Qu’on nous laisse bosser, sinon, on fait quoi ? On ne va quand même pas se mettre à voler ! De cette revendication naît une demande d’intégration sociale qui scandalise les abolitionnistes, dont les membres du Nid pour lesquels seul l’abandon de la condition de prostitution peut réinsérer les prostituées dans la société. Nous refusons justement les positions misérabilistes : pour nous, la prostitution est un choix et l’action collective une volonté d’autonomie et de prise en charge de notre propre destin. Si des gens veulent nous aider, c’est avant qu’il faut prémunir, avant et après, car pendant qu’on se prostitue on n’a besoin de personne, on subvient à nos besoins nous-même. En bref, c’est par une politique sociale solide (revalorisation des minimas sociaux, vraie politique de logement social, moins de répression à l’égard des toxicomanes) que l’on peut espérer que les prostitué(e)s aient au moins les moyens de faire de véritables choix, spécialement celui de quitter le trottoir ou d’y rester. Surtout que la professionnalisation de la prostitution est aussi un problème de santé publique. En effet, travailler dans de mauvaises conditions (c’est un euphémisme) entraîne une fragilité face aux clients qui, dans plus de 80% des cas, demandent ce qu’ils appellent des "rapports naturels", c’est à dire non protégés, alors que ces clients sont la plupart du temps des pères de famille mariés. Une prostituée qui peut travailler sans risque aura le chaland suffisant pour refuser de tels clients et imposer le préservatif car, bien sûr, comme tout un chacun, elle ne souhaite pas contracter une infection sexuellement transmissible. Par contre, face à la précarité de leur situation, nombre d’entre elles seront contraintes d’accepter un rapport non protégé. Pour conclure, à titre personnel, même si je suis loin d’être la seule dans ce cas, en revendiquant le libre usage de notre corps, nous voulons aussi avoir droit à une vie sentimentale épanouie ! Il faut en effet savoir que toute personne vivant ou ayant un échange d’argent avec une prostituée est un proxénète. Par exemple : même si la personne travaille, même si elle peut justifier qu’elle subvient à ses propres besoins, le ou la compagne d’une prostituée est de facto proxénète, autant que la fille d’une prostituée sera proxénète si sa mère lui verse une pension ! Du grand n’importe quoi !!! »
  • À t’entendre, comme Ulla, tu es la "sainte patronne protectrice des prostituées", et tu t’en es plutôt bien sortie !
  • U : « C’est vrai que sur bien des aspects nos vies se ressemblent, et ce n’est pas pour rien que j’ai pris ce nick name, ce pseudo ! Finalement, on peut considérer que j’ai évolué comme une agnelle parmi les louves [4], mais aucune d’entre elles ne me dévora jamais. Pour en revenir au métier et à la façon de l’exercer, c’est vrai qu’au départ j’étais un peu intimidée par la réalité de la prostituée sur le pavé ! J’étais comme une gougne [5], une godiche [6] mal lunée [7] qui minaudait [8] en maraude [9]. J’avais donc plus besoin d’un chaperon [10] que d’un chapon [11] : heureusement, mes duègnes [12] règnent ! Après m’avoir enseigné les bases du métier, elles me laissèrent vaquer ! Naturellement indépendante d’esprit et de gestes que je suis, j’avais trouvé la planque : me baladant nonchalamment – comme une fille de bite hume l’air, de rien n’était – dans la rue (tout de même dans des quartiers réputés pour y trouver ce genre de service), ceux qui voulaient quelque chose n’avaient qu’à prendre sur eux pour connaître mes tarifs (quand on veut quelque chose, on peut le demander), mais si le client ne me plaisait pas ou demandait des trucs que je ne voulais pas faire, je lui répondais du tac-o-tac que je n’étais pas le genre de fille qu’il pensait. La plupart du temps il bredouillait un truc du genre « Excusez-moi, j’ai cru que … » et je lui disais simplement que j’attendais une copine pour bouger en soirée, que la méprise n’était pas si grave (puisque c’était eux les gênés, tant par la honte de m’avoir confondue avec une tepu que par le doute de mon esquive envers leur personne !). Tout se passait bien, faisant le tapin [13][14] : ils étaient du milieu et n’appréciaient pas du tout mon petit jeu ! Arguant que j’ôtais la pine de la bouche de leurs travailleuses du sexe (esclaves oui !) venues de l’Est et du Sud (le monde à l’envers quoi !), ils m’expliquèrent qu’il y avait des règles à respecter dans ce monde sans foi ni loi : le système du maquinat [15], perversion mafieuse de protection en échange de racket favorisée par la criminalisation de l’activité et la répression policière, m’assurerait mon petit morceau de trottoir et ma "tranquillité d’esprit" ! Ils me firent bien comprendre, le gros balaise surtout, que si je ne rentrais pas dans leur combine, un accident serait vite arrivé, mais qu’avec eux comme protecteurs, je pourrais bosser peinarde ! Pour autant, plus question de laisser filer des clients, le CA mensuel exigé étant bien trop élevé pour faire la fine bouche ! En somme, en voulant "protéger" la société (alors que la prostitution sous certaines formes est humaine, voire animale, par essence, donc insuppressible), l’état ne faisait que m’abandonner à mon triste sort !!! Pour la première fois de mon activité, alors qu’auparavant je gardais la mainmise sur le choix de mes partenaires-clients, je me sentis salie, comme violée par des hordes de barbares qui me passaient dessus pour le compte d’inconnus ! Moi qui n’étais qu’une occasionnelle au début puis une semi-professionnelle, notamment pour financer mes études et surtout mon train de vie quelque peu dispendieux, j’étais happée par un système qui me dépassait, versant à présent dans la version full-time job !!! » avec mon popotin et guidant mes clients vers des hôtels de charme où on les vend, avec chambre d’amour au clair de lune : je passais, relativement tranquillement, mes nuits à gagner mes journées ! Jusqu’au jour où un petit nerveux est venu me voir avec son grand nervi
  • Mais comment tout ceci a dévié, comment t’es-tu faite embrigader ?
  • U : « En fait, au départ, les choses se sont faites de manière bien plus subtile que la façon dont je les ai racontées, fruit du recul de cette triste expérience ! Le grand costaud était le méchant qui faisait peur, pendant que le petit nerveux, le chef, était là pour me rassurer, me dire qu’ils ne voulaient que mon bien car le quartier était malfamé et surtout m’informer que des "amies" à lui n’appréciaient pas du tout ma concurrence ! J’avais beau lui expliquer que je ne voulais nuire à personne mais que le trottoir est à tout le monde, il m’a "gentiment" expliqué que cela ne fonctionnait pas ainsi ! Il voyait bien que je n’étais pas là pour casser le marché, mais au contraire que je pouvais servir d’appât pour fidéliser une nouvelle clientèle ! Il s’est alors montré plus que sympathique, charmeur à tout dire ! Je croyais que je n’étais pas du genre à me faire avoir, mais dans ce trouble jeu de dupe, celui de voir sous les jupes des filles de joie, il a été le plus rusé, comme un renard crevard ! J’ai alors commencé à fricoter [16] avec ce Julot [17]. D’emblée, Jules avait placé sur le plan amoureux la relation qu’il entretenait avec moi. D’ailleurs, il avait démarré nos premières conversations par « ma cocotte chérie » [18], les suivantes ne dérogeant pas à ce lieu commun de la prostitution. Mais autant Jules pouvait être prévenant et sensible, autant il pouvait devenir en un éclair ferme voire menaçant. Et c’est justement ce qui caractérise le discours du souteneur [19], tantôt protecteur et aimant, tantôt fulminant et vindicatif. Moi qui le prenais pour un macrotin, un souteneur jeune et débutant, sans envergure, j’allais vite déchanter ! Au milieu de nos échanges, il résumait très justement le subtil jeu d’équilibre auquel il s’adonnait avec moi : « Vilaine fille, détestable personne ! Mon amour chéri » ! Comme il me savait fragile financièrement, il usait et abusait d’un ton particulièrement positif, réitérant son amour éternel pour moi, dont il exigeait pourtant que je me prostitue pour ses beaux yeux, arguant de mon « sacré coup de pompe, poupée ! » !!! Je venais de tomber, corps et âme, dans la gueule du marlou [20] ! Sous le prétexte de son amour, l’étalon fougueux ne faisait que débourrer la pouliche [21], la débrider [22] pour mieux la monter à crue, car sans selle ça met plus de sel dans la relation ! ».
  • Avais-tu des opportunités de fuir ou bien il te manipulait tant et si bien que cela était difficile ?
  • U : « Quand j’en avais vraiment ras-le-cul (ce qui n’est pas une façon de parler), sentant qu’il était sur le point de perdre l’une de ses "gagneuses", Jules réitérait l’expression de cette affectivité : « Je m’excuse mon amour d’avoir eu de vilaines pensées à ton sujet et d’avoir pensé un instant que tu ne m’aimais plus. Mais pense un peu que tu es mon seul amour, que je t’aime par-dessus tout ». Progressivement cependant, à mesure qu’il me sentait à nouveau en confiance, les mots doux, teintés d’humour, s’étiolaient, laissant place à la froide réalité de la prostitution, liant les deux par mon surnom ambigu de « La reine humaine, bite box ». Il jouait en fait toujours à son avantage, jonglant sans cesse et très habillement sur la relation d’un maquereau [23] et d’une prostituée, constamment faite d’allers et retours entre des sentiments qui apparaissent pour le moins factices, et l’implicite contrainte à la prostitution. Il alternait exaltation du sentiment amoureux et menaces à peine dissimulées (« il faut que tu potasses pétasse » : une pétasse étant une prostituée débutante ; avoir la pétasse signifiant « avoir peur »), se montrant satisfait après chaque engueulade que le contact soit enfin rétabli, mais campant sur des positions dominatrices liées à son éminente condition. Pour autant, avec le recul, je savais que ce souteneur était totalement dénué de scrupules à mon encontre, car au final je n’étais qu’une fille parmi les autres. Preuve en est que, dans le milieu, chaque écart de conduite d’une prostituée est sanctionné par une mise à "l’amende", peu honorable : soit je devais verser une certaine somme d’argent à mon souteneur, soit j’étais un temps placée dans un établissement de prostitution de bas-étage. Vu que j’étais amoureuse de lui ou du moins que j’étais sous son emprise sentimentalo-psychologogique, je travaillais pour mon homme, lequel jouait de ce sentiment pour bien se faire obéir. Grâce (ou plutôt à cause) de ce subtil jeu de démonstration affective, donnant alors un sentiment d’éternité à notre liaison, il me rassurait face à l’adversité de ma condition et me faisait croire que la prostitution ne serait qu’une mauvaise passe (c’est le cas de le dire) avant des jours meilleurs. D’ailleurs, en parlant d’argent, quand Jules me donnait charitablement trois francs six sous au nom de l’amour, il justifiait ensuite la nécessité de ce pécule pour son usage personnel et non pour la constitution d’une cagnotte qui nous servirait à s’installer ensemble. Il menait alors tout un raisonnement laborieux cheminant en sentiments et vénalité [24]. Si la réalité du commerce prostitutionnel est bien une affaire de gros sous, elle tient également de savantes stratégies élaborées par des souteneurs partis à la conquête de clientèles diverses, analysant les dernières tendances en la matière. D’ailleurs, Jules m’avait précisé d’entrée qu’il me donnerait un coup de pouce (enfin de majeur) si je lui donnais un coup de main pour créer de nouvelles opportunités et être au goût du jour (enfin de la nuit), ce que j’ai fait à nous introduisant dans le milieu plus ou moins interlope [25] des nyctalopes [26] ! Mais quand il était préoccupé par la gestion de son "commerce", moi je me plaignais à nouveau d’être délaissée. Ayant remarquée la réduction des lignes "sentimentales" dans la correspondance de mon souteneur, je l’accusais de mentir, n’ayant reçu ni l’ensemble des cadeaux promis, ni la totalité des lettres annoncées. Je voulais m’affranchir de celui que j’aimais et je le lui ai écrit, ce à quoi il répondit quelques phrases témoignant à la fois de son incompréhension de la situation, de sa prétendue souffrance d’avoir perdu l’être aimé, jouant une fois encore avec les sentiments de sa jeune "protégée". Le ton mièvre dont usa Jules, fait de reproches mesurés et de grandes déclarations d’amour, fonctionna puisque les "amants", que je croyais et voulais que nous soyons, se sont réconciliés. J’acceptai alors de rejoindre la condition que j’avais quittée au début du mois. Il faut dire que notre relation, faite de sautes d’humeur de part et d’autre, était plus que compliquée, moi-même ne sachant que faire et quoi penser, me trouvant dans une situation désespérée, l’homme que j’aimais m’obligeant à vendre mon corps sous le prétexte phallussieux que « Beh oui ma pute, la vie est une ture lutte ! » et que tel est notre lolo quotidien ! C’était clairement une forme d’aliénation de ma liberté au bénéfice d’un amant-patron, lui qui estimait qu’il fallait savoir faire confiance aux gens qui travaillent pour de l’argent pas à ceux qui te sucent pour de l’argent (alors que lui ne faisait aucun des deux puisque la pute fait tout, le proxénète fait le reste) mais qui était le premier à dire « Tiens, t’as déjà pris ton coup du jour, sans moi ! On va régler ça ce soir, tu passeras dans mon bureau … enfin sous ! ». Je prenais tous les risques et les coups/coûts, mais on en partageait les bénéfices : c’est le contraire de la mafia (pizzo pour être protégé de tout problème) qui gère elle-même le risque avec la police, et si Jules réglait les guerres de gangs, ce n’était que dans son propre intérêt territorial et financier ! Il ne pensait qu’à se rembourser sur la bête, de – grosses – sommes, moi : c’est lui qui buvait à ma santé, mais c’était moi qui trinquais [27] !!! La relation était perverse, "aigre-douce" car je ne pourrai supporter longtemps l’éloignement et l’exploitation (mes différentes fugues en témoignent), alors que je tenais en même temps à sortir de ce système vénal tout en conservant les faveurs de Jules (même si plein de fois je me suis dit « Je presse fort ce citron acide contre mes fesses, quand vidé de son jus, je le jette à la poubelle ! »). Et oui, je m’étais enchaînée toute "seule", le souteneur n’ayant pas sur ses filles toute l’emprise que l’on croit traditionnellement percevoir (même si chaque faux pas se paye de quelque nature que ce soit, tôt ou tard). D’autant que, même si c’était très dur au début (parce que de toute façon c’est très dur pour une fille dans cette situation), quand on a vécu ça, on se dit après tout qu’on est mieux là, parce que c’est le seul endroit où on trouve une chaleur humaine vis-à-vis du manque d’affection qu’on a, et c’est avec des filles prostituées qu’on a cette chaleur, cette amitié qu’on ne trouve pas ailleurs. Agissant tantôt comme un proxénète débordé, ne sachant plus où donner de la tête, tantôt comme un amant-souteneur très présent, se souciant du moindre tracas, il pouvait passer de débordements sentimentaux aux considérations matérielles, mêlant argent, amour, sexe et soumission. Tout à la fois, le souteneur livre ses états d’âmes, rassure, exhorte sur un ton très paternaliste l’une de ses "filles" à travailler ! Là encore, il avait des propos vindicatifs, immédiatement suivis de l’expression de ses sentiments, comme si ceux-ci tenaient au bon respect des principes qu’il édictait : il était "amoureux" à condition que j’obéisse, et tout ça m’a profondément chamboulée ! Et de toute façon, que faire ??? Les réseaux prostitutionnels, du fait de leur constitution solide et souvent ancienne, résistent bien lors de leur affrontement avec la structure judiciaire : le partage d’une condition commune du point de vue de la morale, du fonctionnement social et de la justice amène la manifestation, lors de procès, de réflexes de défense solidaire. Jules m’a alors "placée", donc punie (même si pour autant je recevais toute l’attention de mon souteneur, qui tenait à ce que je me stabilise), chez une matrone [28]. Là c’était plus glauque que tout, les relations prostituées/maquerelles se caractérisant quant à elle par leurs aspects forcés voire même contre-nature. En effet, il s’agit pour les prostituées de protéger les maquerelles non parce qu’elles partagent des intérêts communs mais par peur de représailles, de la solitude, de la misère économique qui viendrait s’ajouter au dénuement affectif et psychologique. Le caractère artificiel de ces solidarités est flagrant surtout si l’on considère qu’elles sont fondées sur la reconstitution illusoire des solidarités familiales, la matrone étant assimilée à une mère ou à une tante tandis que la prostituée est sa fille, celle-ci étant entourée de nombreuses sœurs, et d’oncles ! Et c’est bien là que le bas blesse car cette recomposition d’une unité familiale a le vice de rendre plus effrayante la rupture d’avec elle et donc d’engager plus encore la jeune prostituée dans le monde de la délinquance. Monde duquel elle ne s’échappe que très rarement volontairement. En fait, c’était un service que rendait la mère maquerelle à mon barbeau à la mie de pain [29] : en protégeant et aidant un proxénète, une matrone vise avant tout à assurer ses intérêts (les dénonciations sont ainsi très rares). Cette punition était là pour bien me faire comprendre au combien mon attitude nuisait à sa réputation et compromettait ses revenus. Le milieu possède ses règles et ses codes, et Jules entendait faire les choses en bonne et due forme : je n’étais pas la seule à travailler pour lui et il se devait donc de conserver de bonnes relations avec l’ensemble des maillons de la chaîne prostitutionnelle. En effet, les réseaux prostitutionnels sont entrecroisés de solidarités délinquantes puisque les proxénètes sont étroitement liés par une communauté d’intérêt : outre la complicité criminelle, ils entretiennent des relations économiques, partagent un réseau d’informateurs, de rabatteurs, autant qu’ils s’échangent les clients et les filles. Ils appartiennent au final à un monde interlope structuré par des hiérarchies, des connivences et une dépendance mutuelle. Ces réseaux prostitutionnels se situent à la jonction entre la communauté à laquelle les rattachent leurs clients et le milieu criminel auquel ils appartiennent du fait de leur commerce illicite. Partage d’intérêt, entraide, protection, surveillance, activités similaires cimentent cette solidarité et la renforcent. Ces solidarités criminelles sont donc de l’ordre du contractuel, du volontaire, et de l’égalité. Peu à peu, la demande des clients se faisant pressante voire péremptoire, le ton du proxénète intéressé l’emportait sur celui de l’amoureux transi : à mesure que les appels se suivaient, Jules ne consacrait la discussion qu’à la prostitution et à sa rentabilité. Dans le milieu, on connaît le prix de tout (ce que tu encaisses et ce que tu payes, tôt ou tard), la valeur de rien ! Jouant de moins en moins sur les sentiments, il se montrait particulièrement inquiet de sa situation présente et future : nombre de filles semblaient l’avoir abandonné, qu’elles furent malades (moi-même, si j’étais alitée, s’il s’inquiétait de ma santé ce n’était que pour mieux s’enquérir de la reprise de mon travail), fatiguées ou lasses de cette exploitation. Le temps n’était donc plus à l’étalage de sentiments qui, bien que factices, s’avéraient rassurants ; de gré ou de force, les filles devaient se remettre au travail sans quoi elles seraient à l’amende, voire soumises à des violences physiques ainsi que Jules en avait la réputation. Il se jouait des sentiments que je pouvais éprouver à son endroit : j’étais amoureuse et devais donc "travailler" pour mon homme, lui-même se servant au passage en prenant sur mon cul son avance sur recette ! Il m’avait marquée au fer rouge, m’avait tamponnée son nom sur mon corps, j’étais sa bête de somme : le proxénétisme se résume à cela, autant qu’à "recruter" toujours plus de filles. On peut ainsi définir les proxénètes : d’une immoralité profonde et dégradante, ils exploitent les malheureuses en les poussant à la prostitution après avoir abusé d’elles par la ruse. Puis ils vivent de leur inconduite et les empêchent par la crainte et aussi même par des mauvais traitements de quitter la voie de la prostitution. En somme, les souteneurs que les filles de joie payent pour empêcher les désordres, sont ordinairement eux-mêmes des coquins qui les pillent, les volent, les maltraitent, et leur font dix fois plus de mal que celui qu’elles cherchent à éviter (définition de 1740).
  • Quel a été le déclic qui t’a permis d’en sortir par la suite ?
  • U : « Les bas-résilles m’en sont tombés plusieurs fois, mais ça a vraiment fait tilt quand je l’ai entendu faire une promo sur moi (« pour un néné acheté, le second à moitié prix ! » [30]) puis se vanter avec une blague sur la différence entre une prostituée et un flipper (« Flipper tu mets la pièce dans la fente et tu joues avec les mains, pute tu mets la pièce dans MA main et tu joues avec SA fente ! ») et quand il m’a vraiment traitée comme sa chienne, m’aboyant « Oh tasspé, va chercher le blé ! », « Allé, galope Pénélope, sacré salope [31] galopine [32] ! » ou « Couchée, pas bouger, coucouche panier, reste bien tranquille, sinon c’est la fessée ! ». Après un certain et trop long temps, j’en eus assez de tout ce micmac [33] chez les macs du tarmac [34] ! Alors que je n’avais plus envie qu’il me "protège" mais plutôt qu’il me comprenne, lui s’en tenait davantage aux aspects professionnels et mercantiles de notre relation : ressentant sa désaffection comme une trahison, je me suis faite porter pâle après m’être faite empaler [35]. J’étais fermée, opération pute morte avec porte close et rideau baissé : il n’avait qu’à se la mettre derrière l’oreille et repasser me voir le lendemain à la première heure ! J’en avais plus qu’assez de me tracasser pour des histoires de jalousie et de concurrence savamment entretenues par mon souteneur. Je comprenais enfin que ce thon avait les œufs qui sentaient le maquereau comme les yeux sentent le cul, je ne voulais plus être la poule à ses œufs d’or ! C’était moi qui trimais [36] et en prenais plein le cul, tout ça pour pas un rond puisque c’était lui qui encaissait ! Ce malotru [37] m’avait trop fait mal au trou, à l’étoile de mer. J’en ai eu ras-le-cul et la touffe de me faire sexploiter financièrement et sexuellement, j’en avais marre de ce taf du con avec et pour des cons. D’autant que je me levais tôt pour gagner de la maille, mais j’avais du mal à m’endormir à cause de problèmes de maille. Je me suis alors affirmée comme un électron libre, échappant complètement à mon proxénète qui a fini par voir rouge. Là, pour Jules, le ton changea : il se fit vraiment menaçant (même s’il n’était pas disponible, il envoyait son sbire me dire « Désolé mon pote n’est pas là, tu ne vas t’en prendre qu’une, mais sans rancune ») malgré les quelques formules ensorceleuses encore employées. Mais quand je lui ai dit qu’il faudrait me passer sur le corps pour que je retourne au turbin pour lui, il m’a dit « Bouge pas, j’arrive : Je te prends, je te retourne, je te casse en deux » ! Il tenta alors de ramener sa "proie" dans le "droit chemin", mais manu militari cette fois !!! Heureusement j’avais prévu mes arrières en me mettant au vert du derrière, grâce à ma réserve financière accumulée sur puis cachée sous le matelas ! Que ce conard barbotte dans sa mare à merde, mais de toute façon sa bite me restera en travers de la gorge !!! ».
  • Et comment cela a-t-il évolué par la suite ?
  • U : « Face à la concurrence des mafias venues de l’Est et d’Afrique, tout autant que des tordus agressifs qui considèrent que les putes sont là pour assurer les bons vouloirs et assouvir tous les désirs de ces môssieurs, j’ai décidé de me mettre à mon compte ! Utilisant les possibilités d’anonymat et de publicité (pour ceux qui savent comment trouver mes coordonnées par le biais du réseau) qu’offre Internet, j’ai opté pour sauter les intermédiaires, ces intérimaires du travail !!! Je me suis donc réorientée vers escort-girl, affichant des tarifs prohibitifs, mais qui le valaient bien car je le vaux plus que bien (c’est pour ça que lorsqu’on me disait « Chère Ulla … », je répondais toujours « Non, ma chair n’est pas chère ! Je suis un bon coup pour ce coût modique !!! »), pour le commun des mortels et effectuant ainsi une sélection par l’argent (200 € la sortie), espérant ne plus tomber sur des gens affligeants ! Je suis donc passée du trottoir au boudoir [38]. En fait, cette activité me plaisait beaucoup car les deux sexes (le client et moi) s’y retrouvaient, sachant qu’on dit toujours que les hommes ont autant besoin de reconnaissance que les femmes de sécurité ! Et là, chacun était servi !!! »
  • Comment s’opérait justement le recrutement de tes clients ?
  • U : « Par Internet pour une grosse partie, notamment quand des grosses boîtes voulaient faire passer une agréable soirée à un gros prospect/client et lui faire oublier le temps du repas ce qu’il avait à faire et quelle affaire il devait conclure (la commerciale devenant presque une formalité face à la quête du râle que je représentais) ! Sinon, en période de ralentissement de l’économie (même si c’est souvent là qu’on a besoin de mes coups de main bien placés !) ou quand j’avais un créneau horaire de libre, j’allais sonder le terrain dans les bars des grands hôtels, là où descendent ceux qui tiennent les cordons de la bourse, justement pour que moi je les leur vide (toutes, autant biologiques que réserves à fric !) !!! Ces gens-là sont très et trop sérieux, et ils ont un besoin naturel d’être reconnus en tant qu’hommes et non uniquement comme des managers : autant leur respectabilité professionnelle est faite, autant leur virilité personnelle est souvent défaite, le manque de temps libre de l’un engendrant une décrépitude de l’autre et par effet boule de neige un surinvestissement dans le travail, principale source de reconnaissance … sociale, mais du coup au détriment de la vie sentimentale, plus difficile à valoriser !!! Alors qu’ils luttent (plus ou moins) pour éviter le zob in job (toujours source d’ennuis), mon taf était de leur donner de la touffe, mais surtout de les reconnaître en tant qu’hommes sur un plan affectif et non comme des chefs à un niveau hiérarchique ! »
  • Mais comment les abordais-tu ?
  • U : « Pour une femme, c’est ce qu’il y a de plus facile … mais après leur faire comprendre sans les heurter que tu ne fais pas ça pour leurs beaux yeux est une autre paire de manche ! Il me suffisait d’attendre au bar de l’hôtel que le poisson morde à l’hameçon, mais il faut dire aussi que l’appât se devait d’être à la hauteur, puisqu’on joue dans une autre catégorie, celle des poules de luxe : tenue de soirée obligatoire, bonnes manières (ce que mon éducation rigoriste facilite) et conversation cultivée sont les trois mamelles de la cocotte haut de gamme ! Ensuite, grâce à mes contacts au niveau de la réception (mes services sont un plus client que se doit de proposer tout hôtel de standing ! : on reste un peu dans le maquinat, mais plutôt sous la forme d’apporteur d’affaires en tant qu’ "associé", le maître d’hôtel se faisant son beurre en fournissant indirectement des prestations illégales – prostitution, drogues, etc.), je savais qui était demandeur de soirées festives avec – éventuellement – option débauche et qui n’était là que pour le business ! Postée au bar avec un Cosmopolitan [le cocktail de Sex & the City, histoire de faire femme fatale : 4 cl de vodka, 2 cl de Cointreau, 2 cl de jus de cranberry (jus de canneberges), 1 cl de jus de citron vert], je laissais planer des regards de femme esseulée en quête de conversation masculine ! Quand un homme (suffisamment à mon goût, sinon je feignais d’attendre mon époux) venait à moi pour entamer la discussion, je lui suggérais de prendre un Vodkatini (7 cl de vodka, 0,5 cl de Martini) médium dry réalisé au shaker, avec des glaçons et passé dans un verre à cocktail rafraîchi mais sans glace : l’allusion à « Oh James (Bond/bande) ! », frappé au shake-her, non remué à la cuillère, titillait déjà normalement mon interlocuteur (sélectionné par mes regards "appuyés", mais furtifs) ! Après avoir bu un premier verre et gagné sa confiance en valorisant son sex-appeal et son côté homme viril, je me débrouillais pour connaître ses besoins et envies, tout autant que son attitude envers mes prestations tarifées et l’étendue de ses moyens !!! Une fois que nous étions d’accord sur les services rendus (simple accompagnement à un gala prévu de son côté, organisation d’une soirée inoubliable dans la ville lumière avec dîner et festivités selon ses goûts – comme un guide touristique – ou directement pratiques sexuelles) et la somme allouée (même si avec moi il n’y a pas d’arrangement possible, et on paye cash, en début de séance !), nous partions vaquer à nos occupations ! Je les allumais en mettant le feu aux poutres, puis c’était parti pour les feux d’arti-fesses !!! En fait, j’étais une bonne … à tout faire pour que ces messieurs passent de bons moments en charmante et galante compagnie ! »
  • Tu parles de tout cela au passé, qu’est-ce qui a fait que tu lâches ce filon doré au très bon rapport qualité/prix ?
  • U : « Je suis juste passée à l’échelon supérieur en devenant l’attitrée de certains ! Ayant su, ou simplement eu l’opportunité commerciale, de me mettre sous la coupe et la protection de grands pontes du milieu politico-économique et culturel, j’ai croisé certains maquereaux qui fréquentent également le "beau monde" mais je n’ai pas été ennuyée par mes anciens employeurs : j’ai été suffisamment maline pour faire en sorte de ne plus être considérée comme une simple pute escort-girl, mais plutôt comme une femme de très bonne compagnie, une concubine qui permet aux rois du monde (au moins franco-français) de se sentir valorisés en société (ce qui est le but premier des escort-girls), de briser la glace en soirée et de les faire briller lors des raout d’aréopages [39]. Surtout, ils étaient de grands amateurs mateurs de "salles de jeu" (ou "boîtes à ouvrage … dard" : sexe de la femme, lieu des réjouissances), étant tous autant de grands joueurs que jouisseurs ! Je rentrais d’ailleurs dans leur jeu en leur proposant de faire des parties – fines – [40] avec moi, où je leur montrais les atouts de mes atours [41] de poitrine ! Tout est affaire de coquinage dans ce milieu : leurs soirées étaient multi joueurs, s’adonnant au roi des jeux, le jeu de dames où le but est de capturer ou immobiliser les pièces de son adversaire, en soufflant, forçant ou laissant-faire ! Tous ces quidams [42] leur pion dans mon fion y ont beaucoup joué (à pile ou poil) et joui avec moi !!! Les règles sont on ne peut plus sexplicites : lorsqu’une case voisine sur la diagonale est occupée par un pion du joueur adverse, et qu’il y a une case libre derrière, ce pion peut être sauté et il est ainsi pris ; une prise peut s’effectuer vers l’avant ou vers l’arrière ; la règle "souffler n’est pas jouer" étant abolie depuis 1911, à présent lorsqu’on peut prendre, on doit prendre, quelles que soient les conséquences ; s’il y a plusieurs façons d’effectuer une ou plusieurs prises, la règle de la quantité doit être appliquée et il faut alors effectuer le maximum de prises possible !!! Une croix X représente une prise et, comme aux échecs, on peut annoter un bon coup d’un point d’exclamation et un mauvais d’un point d’interrogation ! Le plus dur dans ce jeu est d’être une dame, car il est alors d’usage de superposer deux pions, en double pénétration donc, pour la représenter et autoriser ainsi des prises multiples ! Heureusement, le piège dit "coup turc" permet de prendre la dame adverse et de relâcher la pression. On faisait également bon nombre de strip-poker, où tout le monde faisait exprès de perdre : les uns allaient à tapis, les autres se couchaient ! On rentrait à deux (cents euros), on recavait (se remettait dans le jeu) à un ! Les échanges entre ces messieurs de "haute tenue" étaient hallucinants s’il ne s’était agi de poker : « Un ass [43] tient vaut mieux que deux neuf (/meufs), une bonne paire à piocher, tu auras. Je défosse (/défonce) ma Dame (de trèfle, Caroline, qui pique ton cœur), j’ai perdu de toute façon face à un brelan (/branle de bites). // Moi je n’avais qu’une petite paire, même si petite paire tienne vaut mieux qu’une grosse tu l’auras au prochain tour ! // Mais non, elle est plus grosse, c’est elle qui gagne et emporte le pot aux roses. // Moi j’étais trop impatient de toucher ma paire, je me suis couché trop tôt du coup croyant qu’elle n’arriverait jamais mais comme d’habitude la paire n’est jamais là où/quand on l’attend et toujours là quand on ne l’attend pas/plus. // C’est la prime à l’agressivité : face à son jeu d’intimidation, je me suis couché, j’abandonne mon sort à cette bonne (qui) donne (de sa personne). // As des ass Vs belle paire de dames ! // Ah, je la sentais venir ! // Faut pas montrer, c’est juste pour (sa)voir ! // Et voilà le petit ass qui change la donne, j’ai maintenant une paire d’ass en embuscade ! // J’aurais bien aimé toucher une dame ou mieux un ass ! // Laisse faire l’expert avec cette croupière [44] à la croupe de fer d’enfer, à force de donner, elle a le poignet chaud ! ». J’étais aussi serveuse de cognac déguisée en soubrette [45] qu’on prenait en levrette ! Bonne à tout faire, je donnais la becquée, portant la fourchette à la bouche de mon maître, je le nourrissais, sourire timide et mimique obéissante incluse : je devenais ainsi l’héroïne d’un petit théâtre dominante-dominé touze en scène, un simulacre pour se débarrasser de la domination réelle que je subissais au quotidien ! En même temps, lui avait son verre à ballon à la main pendant que je malaxais ses balloches et prenais son cigare, le roulais sous les aisselles, le léchais puis l’allumais. Contrairement à l’usage tant du rouleau cubain que du métier de catin, ces gens-là exigeaient « ne crapote pas avec une capote, fume en avalant la fumée ! ». Pris dans leur jeu de main jeu de coquins, ils s’improvisaient croupier [46] pour mieux manger le croupion [47] de leur poule de luxe, se délectant auparavant de ma croupe [48], la meilleure coupe de champagne selon eux ! Ils se croyaient si malin que l’un d’eux m’a même balancée après me l’avoir enfoncé profond dans le fondement « Tu es foutrement bonne, le collier de perles retourne à sa source ! Ne bouge pas, reste là, bien gentiment, bien tranquillement ! Ça c’est cadeau, pour le petit personnel, juste pour le plaisir d’offrir à jouir ! Vive les cons (que) j’ai payés !!! » (Même si lui était un puissant impuissant). Je me suis donc vite rendue compte que ces messieurs issus de milieux "respectables" (en tout cas respectés telles que l’aristocratie et la bourgeoisie, voire les officiants des cul-tes), étaient tout aussi pervers que les autres, voire même pire !!! Un soir, me croyant en toute sécurité avec un préfet et d’autres hauts fonctionnaires, je fus prise au piège dans un guet-apens où ces mâles dominants parvenus en haut de l’échelle sociale avaient besoin de marquer leur domination suprême sur la France d’en-bas (-résilles), dans le cadre d’un donjon embastillant leur pouvoir ! Ils se mirent alors tous en rond, en rang d’oignon, en fil indienne, pour jouer au trou du cul ! En chair et en latex, ils nous la faisaient gros melons et bottes de cuir pour monter à l’ass haut au lasso ! Si ce n’était que cela, cela aurait pu me paraître décalé chez des hommes avec autant de responsabilités et si bien en vue, mais le problème est que rapidement ces hommes sadiques [49] en sont venus aux mains, me claquant très fortement les fesses, puis au fouet pour asseoir l’exercice de leur pouvoir. Au comble de leur excitation, je me retrouvais pieds et poings liés, attachée par des sangles assurant une certaine maniabilité à une machine permettant la lévitation. Puis ils m’infligèrent des acrobaties avec un maintien par des crochets perforant la peau du dos – d’où douleurs de la tension sur la peau et "plaisirs" de la sexualité en apesanteur – et même de la scarification pour bien me montrer que je n’étais pas une femme, mais un objet humain placé sous le contrôle total et absolu de ces maîtres tortionnaires autant de l’esprit que du corps d’autrui, eux qui aimaient tant user et abuser de la sophrologie, voire de la scatologie. Ayant réussi à me détacher et à m’extirper de ce nid de frelons de la guêpière, je suis partie en catimini ! Lors de cette surprise, partie peu fine, j’en avais surpris plus d’un par mes parties fines et mes jambes en l’air, tant et si bien que j’ai juste eu le temps d’entendre que je laissais l’organisateur sur sa faim et qu’il n’avait pas l’air fin sur ce coup-là, me criant « Ça, tu me le payeras, sans fin ! ». Il devait d’ailleurs me connaître du trottoir car il m’a dit « Tu me mets la pute à l’oreille, chatte à grosse gouttière ! ». Sachant que je ne pourrais être crue et que je risquais de griller ma discrétion auprès des forces de l’ordre (leurs derniers commandements venant justement de mes bourreaux), j’ai quitté ces milieux glauques au possible en tirant mon irrévérence ! Comme on m’avait toujours dit qu’en matière de sexualité la femme du demi-monde était l’endroit de la joie de vivre, j’avais voulu sucer les tétons du pouvoir, juste pour voir ! Je reconnais que j’ai fourni les verges pour me faire battre par ces vieux tout puissants, mais quand j’entendais dire à mon propos « Choix très judicieux, monsieur est connaisseur », je ne pensais pas devenir à ce point l’objet d’un tel délire du désir, me disant même dans ma tête « Lâche la cochonne sale cochon ! » ! Ces vieilles ganaches [50] pleines de panache se laissaient aller aux paillardises [51] avec des garces [52] qui étaient leurs soumises, promises pour une faible mise finalement ! Surtout qu’ils ne faisaient pas grève dans leurs sévices publics !!! Après avoir tant éclusé les barres (une écluse est un vagin en portugais car c’est là qu’on gare le péniche), j’ai tiré les leçons de mes tournées des grands (trous) ducs : l’habit bon chic bon genre ne fait pas le moine, mais la bite peut faire le pervers number one, et quand tu danses avec le diable habillé en Prada, il faut s’attendre à la fin de la chanson et aux choses "sérieuses" mais ô combien douloureuses ! Pouvoir, prétention, prédation et dépravation vont toujours de pair (de couilles) !!! En somme, les nichons c’est comme la confiture, ce n’est pas pour les cochons, et l’or peut vite transformer en porc (qui pique, au vif !) ! Je ne comprendrais jamais pourquoi les hommes me font tant de mal alors que je leur fait tant de bien : justement, j’avais fait le tour, de porc en porcs, des poches aux moches en Porsche !!! »

 


[1] Un leitmotiv étant un thème clef, répété au fil d’une œuvre pour imposer une idée.

[2] Se disait, dans le sens de courtier (mandataire qui, moyennant une prime, agissait pour la vente ou l’achat de certaines marchandises), des honnêtes entremetteurs qui faisaient vendre des offices, qui faisaient des mariages ou autres affaires : personne qui s’entremet dans des intrigues galantes dont elle tire profit, qui tire des revenus de la prostitution d’autrui.

[3] Adoucir et affiner par des institutions adaptées, par la culture et la civilisation.

[4] Autre nom des prostituées, d’où le terme de lupanar romain.

[5] Dérivé de l’anglais queen, désignant une prostituée, une "reine de l’immoralité" au XIXè siècle. Toutefois, certains s’opposent au rapprochement avec queen en anglais ou au gaelique coinne (« femme ») et, soulignant que l’ancien français avait godine (sens identique), proposent une racine god : le verbe godailler (« boire avec excès ») ayant subi lui aussi une évolution vers gouailler (« s’amuser ») d’où gouaille. Cette racine, ne serait pas issue du latin gauderegod (« luxure »), l’ancien français godon (« jouir ») mais serait d’origine celte et se retrouverait dans le gallois (« femme de mauvaise vie ») ou, plus proche de nous, godelureau (jeune homme qui fait le galant auprès de la gent féminine). Pour information, un gouin est un matelot d’une mauvaise tenue, un gougnafier un paillard libertin, un gougnafiasse un goinfre bon à rien.

[6] Qui est d’une maladresse excessive, d’une timidité ridicule.

[7] La lune signifie les fesses.

[8] Prendre des poses, adopter des manières affectées pour plaire/séduire.

[9] « Vol commis par des soldats en campagne » : circulation lente à vide d’une calèche qui cherchait à charger un client en revenant d’une course pour éviter le contrôle de stationnement ; en train de rôder, d’être en promenade au hasard avec des intentions plus ou moins équivoques.

[10] « Coiffure à bourrelet terminée par une queue que portaient les hommes et les femmes du Moyen Âge » ; « grand voile dont les veuves se couvraient la tête » : personne respectable, généralement d’un certain âge à qui l’on confiait naguère, pour des raisons de convenance et notamment pour les sorties, la surveillance d’une jeune fille ou d’une jeune femme.

[11] Jeune coq châtré, jeune pousse de vigne qui ne produit pas encore de raisin.

[12] Femmes âgées, chargées de veiller sur la conduite d’une jeune personne.

[13] De tapiné, « qui a des taches aux jambes suite à s’être chauffé de trop près », dérivé en « personne qui joue du tambour » : racoler dans la rue.

[14] Homme de main, voyou porte-flingue.

[15] Un maquignon étant un homme qui achète des bêtes en gros pour les vendre au bétail, "rien à voir" avec le mannequinat pour top-model.

[16] Dérivé populaire de fricassée – mélange particulièrement confus de choses/viandes diverses ; fricassée de museaux, embrassades chaleureuses : dépenser en plaisirs ; être de connivence avec quelqu’un dans des affaires louches.

[17] Tiré de Jules, pot de chambre, tinette : proxénète.

[18] Issu du langage enfantin : terme d’affection que l’on donne à une femme/jument aimée, mais aussi femme de mœurs légères richement entretenue, d’où le fait de sentir le parfum de mauvaise qualité dont usent les cocottes de bas-étage et les notions de blépharite (inflammation du revêtement cutané des paupières, la blépharite peut être chronique en raison d’une hygiène insuffisante), blennorragie ou gonorrhée (infection sexuellement transmissible urinaires).

[19] Celui dont l’attitude favorise la réussite ou le maintien de quelque chose, qui vit de la prostitution d’une ou plusieurs filles publiques en se donnant l’apparence de les protéger.

[20] Rusé, malin, fort : dérivé du miaulement des chats en rut et/ou emploi figuratif d’une variante de merle avec une finale tirée de filou : le merle a une réputation d’habileté (cf. l’expression fin, rusé comme un merle), d’autre part, le nom du merle entre dans des expressions à connotations péjoratives comme beau merle « homme niais », vilain merlemarle « gars de peu de valeur » : autant proxénète qu’amant avec un sens injurieux. « homme désagréable »,

[21] Commencer à assouplir un cheval, à le rendre propre aux usages auxquels on le destine, une pouliche étant également une jeune femme impulsive.

[22] Lâcher la bride (harnais placé sur la tête du cheval et destiné à l’arrêter ou à le diriger, selon la volonté du cavalier).

[23] Du néerlandais makelare qui est dérivé de makeln « trafiquer » : homme qui débauche et prostitue les femmes et qui reçoit d’elles l’argent qu’elles tirent de la prostitution, sachant que selon une croyance populaire le poisson du même nom aurait pour rôle de rapprocher les harengs mâles des harengs femelles, qu’il accompagne dans leurs migrations.

[24] Dérivé de venus « vente » : caractère de ce qui se cède en échange d’argent, au mépris des valeurs morales.

[25] Frauduleux.

[26] Faculté de pouvoir voir dans la pénombre.

[27] Subir un préjudice, une sanction, une épreuve, des critiques, être mis à contribution ; choquer son verre avec celui d’une personne avec laquelle on s’apprête à boire en formulant un vœu, un souhait, un engagement.

[28] À Rome, dame, femme mariée et d’âge mur, expérimentée, sage, d’aspect digne et respectable, généralement mère de famille ; femme qui exerce illégalement le métier de sage femme ou qui pratique des avortements, notamment en tant qu’entremetteuse, tenancière de maison close.

[29] Poisson de rivière du genre des cyprins – la cyprine étant un lubrifiant vulvaire – à chair fade et criblée d’arêtes : jeune souteneur dénué d’envergure.

[30] Néné est un diminutif familier et populaire de prénoms féminins comme Antoinette ou Jeannette, sachant qu’une ponette est autant la femelle du poney qu’une jeune fille prostituée.

[31] De sale et de hoppe, forme dialéctique de huppe (cet oiseau ayant la réputation d’être très sale comme dans le proverbe lorrain « sale comme une hoppe »).

[32] Jeune malicieuse qui court les rues.

[33] Désordre jugé inextricable, manigances obscures et embrouillées dans un but intéressé.

[34] Zone où s’effectuent l’embarquement et le débarquement des passagers d’un vol, également vers le septième ciel.

[35] Le pal, pieu en bois servant à l’exécution de ce supplice, était enfoncé dans le fondement, anus ou vagin.

[36] « Jouer des jambes » : vagabonder sur les routes, courir les chemins à la recherche de menus travaux, travailler très durement pour assurer sa subsistance, faire des besognes pénibles.

[37] Né sous une mauvaise étoile.

[38] Petit salon orné avec élégance, à l’usage particulier des dames, et dans lequel elles se retirent, lorsqu’elles veulent s’entretenir avec des personnes intimes.

[39] Assemblée, réunion de gens compétents et choisis.

[40] Partie de plaisir en galante compagnie : petite débauche où l’on met quelque mystère, quelque raffinement d’élégance, de gourmandise, même si ça reste avant tout une baise à plusieurs.

[41] Parure.

[42] Personnes dont on ignore ou dont on n’exprime pas le nom.

[43] Cul en anglais.

[44] Qui reçoit les enjeux et paye les gagnants.

[45] Uniforme du XIXè siècle, avec un bonnet de dentelle, un petit tablier, de longues socquettes blanches, parfois des oreilles de chat : Geisha soumise, esclave qui s’incline devant le client en l’appelant « Goshinjin-sama » (« maître-vénéré », le mot ancien au Japon pour désigner son mari).

[46] Qui veille au déroulement normal des parties, ici génitales.

[47] Extrémité postérieure du corps des oiseaux, correspondant aux dernières vertèbres (vertèbres sacrées) et supportant les plumes de la queue.

[48] Partie du corps humain comprenant les lombes et les fesses.

[49] Kraff-Ebing, médecin qui a décrit les sexualités atypiques au XIXè siècle, a utilisé le nom de deux auteurs pour nommer ces particularités de jouissances sexuelles : pour l’écrivain français Donatien Alphonse François de Sade (mieux connu sous le nom de marquis de Sade) le goût d’infliger de la douleur, de dominer l’autre ; pour l’écrivain autrichien Leopold von Sacher-Masoch le goût d’être battu, soumis.

[50] Personnes incapables et bornées.

[51] Penchant prononcé pour les plaisirs de la chair, le paillard étant proprement le gueux couchant sur la paille.

[52] Compagne hors mariage, féminin de gars.

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