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Collectif des 12 Singes (Al LU-SINON)


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2 avril 2009 4 02 /04 /avril /2009 16:09
  • http://expositions.bnf.fr/mai68/icono/index.htm

    Mutation lave plus blanc que révolution ou réformes
    Censier
  • Mur baignant infiniment dans sa propre gloire
    Nanterre, Hall A
  • Les murs ont des oreilles. Vos oreilles ont des murs
    Condorcet
  • N'admettez plus d'être / immatriculés / fichés / opprimés / réquisitionnés / prêchés / recensés / traqués /
    Odéon, escalier foyer
  • La nature n'a fait ni serviteurs ni maîtres, je ne veux donner ni recevoir de lois
    Hall, Sciences Po.
  • Ne changeons pas d'employeurs, changeons l'emploi de la vie
    Sorbonne
  • Ne consommons pas Marx
    Censier
  • Ne dites plus : Monsieur le Professeur, dites : crève salope !
    Rue Cujas
  • Ne dites plus : urbanisme, dites : police préventive
    Beaux-Arts
  • Ne me libère pas, je m'en charge
    Nanterre, bâtiment GH, ascenseur
  • Ne nous attardons pas au spectacle de la contestation, mais passons à la contestation du spectacle.
  • Ne nous laissons pas bouffer par les politicards et leur démagogie boueuse.  Ne comptons que sur nous-mêmes.  Le socialisme sans la liberté, c'est la caserne.
  • Ne prenez plus l'ascenseur, prenez le pouvoir
    107, avenue de Choisy
  • Ne travaillez jamais !
    Nanterre et/ou Sorbonne
  • Ne vous emmerdez pas, merdifiez
    Censier
  • Ne vous emmerdez plus, emmerdez les autres
    Nanterre, Hall C. Rz.
  • Le n'importe quoi érigé en système
    Nanterre
  • Le nihilisme doit commencer par soi-même
    Censier
  • Ni maître, ni Dieu.  Dieu, c'est moi
    Censier
  • Ni robot, ni esclave
    Censier
  • Non à la révolution en cravate.
  • Notre espoir ne peut venir que des sans-espoir
    Hall Sc. Po.
  • Nous avons une gauche préhistorique
  • Hall Sc. Po.
  • Nous n'avons fait que la 1ère insurrection de notre révolution
    "Or, les vraies vacances, c'était le jour où nous pouvions regarder une parade gratuitement, où nous pouvions allumer un feu géant au milieu de la rue sans que les flics nous en empêchent." Harpo Marx (Harpo speaks)
    Sorbonne
  • Nous ne voulons pas d'un monde où la certitude de ne pas mourir de faim s'échange contre le risque de mourir d'ennui.
    Sorbonne (une autre source mentionne "garantie" au lieu de "certitude")
  • Nous refusons d'être H.L.M.isés, diplômés, recencés, endoctrinés, sarcellisés, sermonés, matraqués, télémanipulés, gazés, fichés.
  • Nous sommes des rats (peut-être) et nous mordons. Les enragés
    Sorbonne
  • Nous sommes rassurés : 2 + 2 ne font plus 4
    Censier
  • Nous sommes tous des "indésirables".
  • Nous sommes tous des juifs allemands
    Gare de Lyon
  • Nous voulons : les structures au service de l'homme et non pas l'homme au service des structures. Avoir le plaisir de vivre et non plus le mal de vivre
    Odéon
  • Nous voulons une musique sauvage et éphémère.  Nous proposons une régénération fondamentale : grève de concerts, des meetings sonores : séances d'investigation collectives, suppression du droit d'auteur, les structures sonores appartiennent à chacun.
  • Nous voulons vivre.
  • La nouveauté est révolutionnaire, la vérité aussi
    Censier
  • Nul n'arrive à comprendre s'il ne respecte, conservant lui-même sa propre nature, la libre nature d'autrui
    Censier
  • L'obéissance commence par la conscience et la conscience par la désobéissance
    Censier
  • Occupation des usines.
  • O gentils messieurs de la politique, vous abritez derrière vos regards vitreux un monde en voie de destruction. Criez, criez, on ne saura jamais que vous avez été castrés.
    Sorbonne, galeries Lettres
  • On achète ton bonheur, vole-le !
    Sorbonne, hall Richelieu
  • On n'a... pas le temps d'écrire !!!
  • On n'efface pas la vérité (ni d'ailleurs le mensonge)
    Nanterre, salle C20
  • On ne revendique rien, on prend
    Faculté de médecine
  • On ne revendiquera rien, on ne demandera rien, on prendra, on occupera
    Sorbonne, hall grand amphi.
  • L'orthografe est une mandarine
    Sorbonne
  • Ôsons
    Nanterre
  • "Ôsons !  Ce mot renferme toute la politique de cette heure." (Saint-Just)
  • Oubliez tout ce que vous avez appris.  Commencez par rêver
    Sorbonne
  • Ou vous vous emparez des usines, des bureaux, des banques, de tous les moyens de distribution, ou vous disparaîtrez sans laisser de traces ! La révolution a besoin d'argent et vous, aussi; les banques sont là pour nous en fournir ! Une organisation, oui ! Une autorité ou un parti, NON ! (Bonnot and Clyde)
    Rue de l'Estrapade
  • Ouvrez les fenêtres de votre coeur
    Censier
  • Ouvrons les portes des asiles, des prisons et autres facultés
    Nanterre, amphi. Musique
  • La paresse est maintenant un crime, oui, mais en même temps un droit
    Censier
  • Parlez à vos voisins (et à vos voisines, bordel !)
    Rue Racine et/ou Censier
  • Participez au balayage. Il n'y a pas de bonnes ici
    Beaux-Arts
  • Pas de liberté aux ennemis de la liberté.
  • Pas de replâtrage, la structure est pourrie.
  • "La passion de la destruction est une joie créatrice." (Bakounine)
  • Le patron a besoin de toi, tu n'as pas besoin de lui.
  • Au pays de Descartes les conneries se foutent en cartes
    Lycée Condorcet
  • La pègre, c'est nous
    Rue Moufetard
  • Une pensée qui stagne est une pensée qui pourrit
    Rue des Fossés-Saint-Jacques et/ou Sorbonne
  • Penser ensemble, non. Pousser ensemble, oui
    Assas, faculté de droit
  • La perspective de jouir demain ne me consolera jamais de l'ennui d'aujourd'hui
    Nanterre, escalier C, 1er étage
  • Plébicite : qu'on dise oui qu'on dise non, il fait de nous des cons.
  • Pluie. Pluie et vent et carnage ne nous dispersent pas mais nous soudent (Comité d'agitation culturelle)
    Sorbonne
  • La plus belle sculpture, c'est le pavé que l'on jette sur la gueule des flics.
  • Plus jamais Claudel
    Nanterre, Hall E
  • Plus je fais l'amour, plus j'ai envie de faire la révolution. Plus je fais la révolution, plus j'ai envie de faire l'amour
    Sorbonne
  • La poésie est dans la rue
    Odéon, rue Rotrou
  • La politique se passe dans la rue.
  • Pour mettre en question la société où l'on "vit", il faut d'abord être capable de se mettre en question soi-même.
  • Pourvu qu'ils nous laissent le temps...
  • Le pouvoir avait les universités, les étudiants les ont prises.  Le pouvoir avait les usines, les travailleurs les ont prises.  Le pouvoir avait l'O.R.T.F., les journalistes lui ont pris.  Le pouvoir a le pouvoir, prenez-le lui !
    Sc. Po., hall d'entrée
  • Le pouvoir est au bout du fusil (est-ce que le fusil est au bout du pouvoir ?)
    Nanterre, hall C Rz
  • Le pouvoir sur ta vie tu le tiens de toi-même
    Rue Dauphine et/ou Odéon, rue Rotrou
  • Prenons la révolution au sérieux, mais ne nous prenons pas au sérieux
    Odéon
  • Professeurs, vous êtes aussi vieux que votre culture, votre modernisme n'est que la modernisation de la police, la culture est en miette (les enragés)
    Sorbonne
  • Professeurs, vous nous faites vieillir
    Rue Soufflot
  • Quand l'assemblée nationale devient un théâtre bourgeois, tous les théâtres bourgeois doivent devenir des assemblées nationales
    Odéon
  • Quand le dernier des sociologues aura été étranglé avec les tripes du dernier bureaucrate, aurons-nous encore des "problèmes" ?
    Sorbonne, hall GD amphi.
  • Quand le doigt montre la lune, l'imbécile regarde le doigt (proverbe chinois)
    Conservatoire de musique
  • Quand les gens s'aperçoivent qu'ils s'ennuient, ils cessent de s'ennuyer.
  • Que c'est triste d'aimer le fric.
  • Qu'est-ce qu'un maître, un dieu ?  L'un et l'autre sont une image du père et remplissent une fonction oppressive par définition
    Médecine
  • Qui parle de l'amour détruit l'amour.
  • Le reflet de la vie n'est que la transparence du vécu
    Sorbonne, hall Grand amphi.
  • Réforme mon cul.
  • Regarde-toi : nous t'attendons !
    Odéon
  • Regarde ton travail, le néant et la torture y participent
    Sorbonne, hall grand amphi.
  • Regardez en face !!!
  • Les réserves imposées au plaisir excitent le plaisir de vivre sans réserve.
  • Le respect se perd, n'allez pas le rechercher
    Condorcet
  • Le rêve est réalité
    Censier
  • La révolution cesse dès l'instant qu'il faut se sacrifier pour elle.
  • La révolution, c'est une INITIATIVE.
  • La Révolution doit cesser d'être pour exister
    Nanterre, hall A1
  • La révolution doit se faire dans les hommes avant de se faire dans les choses
    Beaux-Arts
  • La révolution est incroyable parce que vraie
    Censier
  • Révolution, je t'aime.
  • Un révolutionnaire est un danseur de cordes
    Nouvelle faculté de médecine
  • La révolution n'est pas seulement celle des comités mais avant tout la vôtre.
  • Une révolution qui demande que l'on se sacrifie pour elle est une révolution à la papa
    Médecine
  • Un rien peut être un tout, il faut savoir le voir et parfois s'en contenter
    Nanterre, amphi. musique
  • Le rouge pour naître à Barcelone, le noir pour mourir (non, Ducon, pour vivre à Paris)
    Boulevard Saint-Michel
  • Le sacré, voilà l'ennemi
    Nanterre, hall B
  • Savez-vous qu'il existait encore des chrétiens ?
    Sorbonne
  • Scrutin putain
    Censier
  • Seule la vérité est révolutionnaire.
  • Un seul week-end non révolutionnaire est infiniment plus sanglant qu'un mois de révolution permanente
    Institut des langues orientales
  • SEXE : c'est bien, a dit Mao, mais pas trop souvent.
  • Si besoin était de recourir à la force, ne restez pas au milieu
    Rue Champolion
  • Si tu rencontres un flic, casse-lui la gueule
    Gare Saint-Lazare
  • Si tu veux être heureux, pends ton propriétaire.
  • Si vous continuez à faire chier le monde, le monde va répliquer énergiquement
    Nanterre, salle des prof. RC
  • Si vous pensez pour les autres, les autres penseront pour vous
    Nanterre, salle C24
  • La société est une fleur carnivore
    ?
  • La société nouvelle doit être fondée sur l'absence de tout égoïsme, de tout égolatrie.  Notre chemin deviendra une longue marche de la fraternité.
    Sorbonne, hall bibliothèque
  • Sous les pavés la plage
    Rue Sommerard
  • Soyez réalistes, demandez l'impossible
    Censier
  • Soyez salés, pas sucrés !
    Lycée Louis-le-Grand et/ou Odéon
  • Soyons cruels
    Rue des Écoles
  • Staliniens vos fils sont avec nous
    Place Denfert-Rochereau
  • Les syndicats sont des bordels
    Rue Lafayette
  • Toi, mon camarade, toi que j'ignorais derrière les turbulences, toi jugulé, apeuré, asphyxié, viens, parle à nous.
  • Tout acte de soumission à la force qui m'est extérieure me pourrit tout debout, mort avant que d'être enterré par les légitimes fossoyeurs de l'ordre.
    Hall Nouvelle fac. médecine
  • Tout ce qui est discutable est à discuter
    Nanterre
  • Tout enseignant est enseigné.  Tout enseigné est enseignant.
    Sc. Po., hall bibliothèque
  • Tout est Dada
    Odéon, foyer
  • "Toute vue des choses qui n'est pas étrange est fausse." (Valéry)
  • Tout le pouvoir aux conseils ouvriers (un enragé).
  • Tout le pouvoir aux conseils enragés (un ouvrier).
  • Tout pouvoir abuse.  Le pouvoir absolu abuse absolument.
    Nanterre, escalier C, 2è étage
  • Tout réformisme se caractérise par l'utopiste de sa stratégie et l'opportunisme de sa tactique
    Sorbonne, Grand Hall
  • Travailleur : tu as 25 ans mais ton syndicat est de l'autre siècle.
  • Le vent se lève.  Il faut tenter de vivre
    Nanterre, salle C20
  • Vibration permanente et culturelle.
  • La vie est ailleurs
    Sorbonne
  • La vieille taupe de l'histoire semble bel et bien ronger la Sorbonne.  Télégramme de Marx, 13 mai 1968.
  • Vigilance ! Les récupérateurs sont parmi nous ! "Anéantissez donc à jamais tout ce qui peut détruire un jour votre ouvrage." (Sade)
    Sorbonne
  • Violez votre Alma Mater.
  • Vite !
    Collège de France
  • Vive le pouvoir des conseils ouvriers étendu à tous les aspects de la vie
    Nanterre
  • Vive les enragés qui bâtissent des aventures.
    Sorbonne, hall Grand Amphi.
  • Vive les mômes et les voyous
    Nanterre, hall C. Rz.
  • Vivre au présent.
  • Voir Nanterre et vivre.  Allez mourir à Naples avec le Club Méditerranée.
  • Vous aussi, vous pouvez voler
    Sorbonne
  • Vous êtes creux.
  • Vous êtes en face d'une force. Prenez garde de déclencher la guerre civile par votre résistance.
    Nanterre
  • Vous finirez tous par crever du confort
    Nanterre, hall grand amphi.
  • Zelda, je t'aime !  À bas le travail ! 

Dans la même ligne, mais après 68

  • Je te bonheur
    Paris, mur du métro, 1970 environ
  • Les grandes femmes meurent jeunes, c'est pour ça qu'il ne reste plus que des petites vieilles
    Paris, mur de soutènement, trou des Halles
  • Unitaires de tous les pays, prolétez-vous
    Ascenseur de la Policlinique de Médecine, Genève, 1969

Les sources

J'ai glâné une première provision de slogans dans les livres suivants :

  • Interdit d'interdire.  Les murs de mai 68, par les Enragés anonymes (introduction de Michel Lévy), L'Esprit frappeur, n° 16, 1998, 64 pages, ISBN 2-84405-032-8.
    Ce livre ne contient que des slogans.
  • Mai 68 à l'usage des moins de 20 ans, préface de Jean-Franklin Narodetzki, Babel, série Révolutions, n° 323, 1998, 201 pages, ISBN 2-7427-1652-1.
    Ce livre reproduit également quelques tracts.
  • Paroles de mai, textes rassemblés par Michel Piquemal, préface de Jacques Le Glou, Albin Michel, 1998, 64 pages, ISBN 2-7028-1828-5.
    Ce livre contient des slogans, des tracts et quelques photos.

J'ai également pillé la collection de slogans que l'on trouve à la page  http://www.bopsecrets.org/French/graffiti.htm, dont les sources sont les suivantes :

  • L’imagination au pouvoir de Walter Lewino, Losfeld, 1968.
  • Les murs ont la parole de Julien Besançon, Tchou, 1968.
  • Paris ’68 de Marc Rohan, Impact, 1968.
  • Enragés et situationnistes dans le mouvement des occupations de René Viénet, Gallimard, 1968.
  • Mai 1968 : brûlante nostalgie de Gérard Lambert, Pied de nez, 1988.

À propos de Mai 68 en général, j'ai aussi consulté

  • Mai 68.  Histoire des événements de Laurent Joffrin, Seuil, coll. Points Politique Po133, 1998, 376 pages, ISBN 2-02-010163-7.
  • Les mouvements de 1968 de Marie-Claire Lavabre et Henri Rey, Casterman - Guinti, 1998, 127 pages, ISBN 2-203-61030-1.
  • Génération de Hervé Hamon et Patrick Rotman, Seuil
    • 1. Les années de rêve, 1987, 619 pages, ISBN 2-02-009549-1
    • 2. Les années de poudre, 1988, 697 pages, ISBN 2-02-009864-4 (2-02-009550-5 pour les deux volumes).

Mai 68 sur le Web

Voici quelques sites consacrés à Mai 68.

Merci de m'envoyer d'autres références si vous en trouvez.

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2 avril 2009 4 02 /04 /avril /2009 16:05

Mai 68 : slogans et graffiti : http://expositions.bnf.fr/mai68/icono/index.htm

 

Daniel DZIERZGOWSKI

 

Voici ma collection de slogans et graffitis de Mai 68. Je les ai trouvés dans des livres, pas sur place. À chaque fois que le renseignement était donné, j'ai indiqué le lieu où le slogan ou graffiti a été écrit. Parfois, différentes sources donnent des endroits différents, ce qui explique le "et/ou" dans certaines indications de lieu.  Les références bibliographiques sont données en fin de document.

Remarques, corrections, humeurs, ajouts : écrivez-moi à l'adresse ddz@skynet.be. - Daniel DZIERZGOWSKI.

  • À bas la charogne stalinienne
    À bas les groupuscules récupérateurs
    Rue d'Ulm
  • À bas la société de consommation.
  • À bas la société spectaculaire-marchande.
  • À bas le crapaud de Nazareth
    Sorbonne
  • À bas le réalisme socialiste. Vive le surréalisme.
    Condorcet
  • À bas les journalistes et ceux qui veulent les ménager
    Sorbonne, hall grand amphi.
  • À bas l'État.
  • À bas le sommaire
    Vive l'éphémère
    Jeunesse Marxiste Pessimiste
    Vive l'Association Internationale des Travailleurs
    Sorbonne
  • À bas l'objectivité parlementaire des groupuscules. L'intelligence est du côté de la bourgeoisie. La créativité est du côté des masses. Ne votez plus.
    Sorbonne
  • Abolition de l'aliénation.
  • Abolition de la société des classes.
  • L'aboutissement de toute pensée, c'est le pavé dans ta gueule, C.R.S.
    Rue de Rennes
  • L'action ne doit pas être une réaction mais une création
    Censier
  • L'action permet de surmonter les divisions et de trouver des solutions.
  • L'âge d'or était l'âge où l'or ne régnait pas.  Le veau d'or est toujours de boue.
    Odéon, foyer
  • L'agresseur n'est pas celui qui se révolte mais celui qui affirme
    Nanterre
  • L'agresseur n'est pas celui qui se révolte mais celui qui réprime
    Rue Saint-Jacques
  • Aimez-vous les uns sur les autres
    Censier
  • L'alcool tue.  Prenez du L.S.D.
  • "Amnistie : acte par lequel les souverains pardonnent le plus souvent les injustices qu'ils ont commises." (Ambrose Bierce)
    [La définition dans le Devil's Dictionary de Bierce est plus précisément : "magnanimité de l'État envers les contrevenants qu'il serait trop coûteux de punir".]
  • L'anarchie c'est Je
    Nanterre, entrée côté A1
  • L'aptitude de l'étudiant à faire un militant de tout acabit en dit long sur son impuissance.  -Les filles enragées.
  • Les armes de la critique passent par la critique des armes
    Odéon, rue Rotrou
  • L'art est mort. Godard n'y pourra rien.
    Sorbonne
  • L'art est mort, libérons notre vie quotidienne.
  • L'art est mort, ne consommez pas son cadavre.
  • Attention : les arrivistes et les ambitieux peuvent se travestir en "socialards".
  • Attention les cons nous cernent. Ne nous attardons pas au spectacle de la contestation, mais passons à la contestation du spectacle.
    Odéon
  • "Au grand scandale des uns, sous l'oeil à peine moins sévère des autres, soulevant son poids d'ailes, ta liberté."
    André Breton, "Ode à Charles Fourier", Salle C20, Nanterre
  • Autogestion de la vie quotidienne
    Place du Panthéon
  • Autrefois, nous n'avions que le pavot. Aujourd'hui, le pavé.
    Nanterre
  • Avant donc que d'écrire, apprenez à penser.
  • À vendre, veste en cuir spéciale manifestation, garantie anti-CRS, grande taille, prix 100 F
    Nanterre
  • Ayez des idées
    Faculté de droit du Panthéon
  • Baisez-vous les uns les autres sinon ils vous baiseront
    Sorbonne, hall Richelieu
  • Bannissons les applaudissements, le spectacle est partout.
  • La barricade ferme la rue mais ouvre la voie
    Place Saint-Michel et/ou Nanterre, amphi musique
  • Le bâton éduque l'indifférence
    Sorbonne
  • Belle, peut-être pas, mais ô combien charmant.  La vie contre la survie.
  • Bien creusé vieille taupe
    Rue de la Montagne-Sainte-Geneviève
  • Le bleu restera gris tant qu'il n'aura pas été réinventé
    Nanterre
  • Le bonheur est une idée neuve.
  • Un bon maître nous en aurons dès que chacun sera le sien
    Hall Sc. Po.
  • La bourgeoisie n'a pas d'autre plaisir que de les dégrader tous
    Assas
  • Cache-toi, objet
    Sorbonne, hall Richelieu
  • Camarades, 5 heures de sommeil sur 24 sont indispensables : nous comptons sur vous pour la révolution.
  • Camarades, l'amour se fait aussi à Sc. Po., pas seulement aux champs
    Sciences Po
  • Camarades, lynchons Séguy !
  • Camarades, si tout le peuple faisait comme nous...
  • Camarades, vous enculez les mouches
    Nanterre, amphi. musique
  • Céder un peu c'est capituler beaucoup
    Beaux-Arts
  • Celui qui peut attribuer un chiffre à une (é)motion est un con
    Sorbonne
  • Ce n'est pas seulement la raison des millénaires qui éclate en nous, mais leur folie, il est dangereux d'être héritier
    Nanterre
  • C'est en arrêtant nos machines dans l'unité que nous démontrons leur faiblesse.
  • "C'est parce que la propriété existe qu'il y a des guerres, des émeutes et des injustices." (Saint Augustin)
  • Cest pas fini !
    Boulevard Saint-Michel
  • Ceux qui ferment les portes à clé sont des froussards donc des ennemis
    Censier
  • Ceux qui font les révolutions à moitié ne font que se creuser un tombeau.
  • Ceux qui parlent de révolution et de lutte des classes sans se référer à la réalité quotidienne parlent avec un cadavre dans la bouche
    Lycée Henri IV
  • Changez la vie, donc transformez son mode d'emploi
    Odéon, rue Rotrou
  • Chassez le flic de votre tête.
  • Colle-toi contre la vitre. Croupis parmi les insectes
    Nanterre
  • "Le combat est père de toute chose." (Héraclite)
  • Comment penser librement à l'ombre d'une chapelle ?
    Sorbonne
  • Concours du prof le plus bête. Osez donc signer les sujets d'examen.
    Sorbonne
  • Le conservatisme est synonyme de pourriture et de laideur
    Nouvelle faculté de médecine, Grand Hall
  • Consommez plus, vous vivrez moins
    Rue de Rennes et/ou Sorbonne, hall Richelieu
  • Construire une révolution, c'est aussi briser toutes les chaînes intérieures
    Médecine
  • Contestation. Mais con d'abord
    Nanterre, escalier C
  • Cours camarade, le vieux monde est derrière toi
    Sorbonne et/ou Odéon, rue Rotrou et/ou Sorbonne, hall grand amphi.
  • Créez.
  • Crier la mort c'est crier la vie
    Nanterre, salle C20
  • C.R.S. qui visitez en civil, faites très attention à la marche en sortant
    Odéon
  • La culture c'est l'inversion de la vie
    Rue de Vaugirard
  • "Dans la révolution, il y a deux sortes de gens : ceux qui la font et ceux qui en profitent." (Napoléon)
  • Dans le décor spectaculaire, le regard ne rencontre que les choses et leur prix.
  • Dans les chemins que nul n'avait foulés, risque tes pas !  Dans les pensées que nul n'avait pensées, risque ta tête !
    Odéon, escalier hall
  • Debout les damnés de l'Université.
  • Déboutonnez votre cerveau aussi souvent que votre braguette
    Odéon
  • Déchristianisons immédiatement la Sorbonne
    Sorbonne
  • Déculottez vos phrases pour être à la hauteur des Sans-culottes
    Rue d'Ulm et/ou Cour Sorbonne
  • Déjà 10 jours de bonheur
    La Mutualité et/ou Censier
  • Défense de ne pas afficher
    Sc. Po
  • Désirer la réalité, c'est bien ! Réaliser ses désirs, c'est mieux
    Sorbonne, Hall Grand amphi.
  • Dessous les pavés c'est la plage...
    Sorbonne
  • Dieu, je vous soupçonne d'être un intellectuel de gauche
    Condorcet
  • Le discours est contre-révolutionnaire.
  • Le droit de vivre ne se mendie pas, il se prend
    Nanterre
  • L'économie est blessée, qu'elle crève !
    Rue Linné
  • Écrivez partout !
  • L'éducateur doit être lui-même éduqué
    Sorbonne
  • Élections pièges à cons
    Place Saint-Michel
  • L'émancipation de l'homme sera totale ou ne sera pas
    Censier
  • Embrasse ton amour sans lâcher ton fusil
    Odéon
  • L'ennemi du mouvement, c'est le scepticisme.  Tout ce qui a été réalisé vient du dynamisme qui découle de la spontanéité.
  • L'ennui est contre-révolutionnaire.
  • Enragez-vous
    Nanterre, amphi. Musique et/ou Censier, les C.A.
  • En tout cas pas de remords !
  • Espérance : ne désespérez pas, faites infuser davantage.
    Sorbonne, Cour
  • Est prolétaire celui qui n'a aucun pouvoir sur l'emploi de sa vie quotidienne et qui le sait
    Nanterre et/ou Odéon
  • Et cependant, tout le monde veut respirer et personne ne peut respirer et beaucoup disent "nous respirerons plus tard".  Et la plupart ne meurent pas car ils sont déjà morts.
  • Êtes-vous des consommateurs ou bien des participants ?
  • Être libre en 1968, c'est participer.
  • Être réactionnaire c'est justifier et accepter la réforme sans y faire fleurir la subversion
    E.S. Saint-Louis
  • Être riche c'est se contenter de sa pauvreté ?
    Censier
  • Et si on brûlait la Sorbonne ?
    Sorbonne
  • L'état c'est chacun de nous
    Quai Malaquais
  • Les étudiants sont cons.
  • Exagérer c'est commencer d'inventer
    Censier
  • Exagérer, voilà l'arme
    Censier
  • Examens = servilité, promotion sociale, société hiérarchisée.
  • Explorons le hasard
    Boulevard Saint-Germain
  • Fais attention à tes oreilles, elles ont des murs
    Censier
  • Faites l'amour et recommencez
    Rue Jacob et/ou Odéon
  • Faites la somme de vos rancoeurs et ayez honte
    Censier
  • Le feu réalise !
    Nanterre
  • Fin de l'Université.
  • Un flic dort en chacun de nous, il faut le tuer
    Censier
  • La forêt précède l'homme, le désert le suit.
    Sorbonne, hall grand amphi.
  • Les frontières on s'en fout.
  • Les gens qui travaillent s'ennuient quand ils ne travaillent pas.  Les gens qui ne travaillent pas ne s'ennuient jamais
    Sorbonne
  • Godard : le plus con des Suisses pro-chinois !
  • L'homme n'est ni le bon sauvage de Rousseau, ni le pervers de l'église et de La Rochefoucauld.  Il est violent quand on l'opprime, il est doux quand il est libre.
  • Un homme n'est pas stupide ou intelligent : il est libre ou il n'est pas
    Médecine
  • D'un homme, on peut faire un flic, une brique, un para, et l'on ne pourrait en faire un homme ?
    Nanterre, amphi. musique
  • L'humanité ne sera heureuse que quand le dernier capitaliste sera pendu avec les tripes du dernier gauchiste
    Condorcet
  • L'humanité ne sera vraiment heureuse que lorsque le dernier des capitalistes aura été pendu avec les tripes du dernier des bureaucrates
    Rue Lhommond
  • Hurle.
  • Ici, bientôt, de charmantes ruines.
  • Ici, on spontane
    Censier
  • Il est douloureux de subir les chefs, il est encore plus bête de les choisir.
  • Il est interdit d'interdire
    Rue Saint-Jacques et/ou Nanterre, amphi musique
  • Il est interdit d'interrompre
    Hall, Sciences Po.
  • "Il faut porter en soi un chaos pour mettre au monde une étoile dansante." (Nietzsche)
  • Il faut systématiquement explorer le hasard
    Censier
  • Il n'est pas de pensées révolutionnaires. Il n'est que des actes révolutionnaires
    Rue Gay-Lussac
  • Il n'y a de mortel, de temporel, de limitée et d'exclusif que dans l'organisation et dans les structures
    Nanterre, hall A1
  • Il n'y aura plus désormais que deux catégories d'hommes : les veaux et les révolutionnaires.  En cas de mariage, ça fera des réveaulutionnaires.
    Educat. surveillée
  • Ils pourront couper toutes les fleurs, ils n'empêcheront pas la venue du printemps
    ?
  • Il y a, en France, 38 000 communes... nous en sommes à la seconde
    Sciences-Po
  • "Imagination n'est pas don mais par excellence objet de conquête." (Breton)
  • L'imagination prend le maquis
    Sorbonne
  • L'imagination prend le pouvoir
    Rue de Seine et/ou Science Po., escalier
  • L'insolence est la nouvelle arme révolutionnaire
    Médecine
  • Interdit d'interdire.  La liberté commence par une interdiction : celle de nuire à la liberté d'autrui.
    Sorbonne
  • Inventez de nouvelles perversions sexuelles (je peux pus !)
    Nanterre, devant cafetaria hall C
  • J'aime pas écrire sur les murs.
  • J'ai quelque chose à dire mais je ne sais pas quoi
    Censier
  • Je décrète l'état de bonheur permanent
    Sc. Po., escalier
  • Je joue
    Nanterre
  • Je jouis dans les pavés
    Rue Gay-Lussac
  • "Je me propose d'agiter et d'inquiéter les gens.  Je ne vends pas le pain mais la levure." (Unamuno)
  • J'emmerde la société et elle me le rends bien
    Condorcet
  • Je ne sais qu'écrire mais j'aimerais en dire de belles et je ne sais pas
    Censier
  • Je ne suis au service de personne, le peuple se servira tout seul
    Sorbonne
  • Je ne suis au service de personne (pas même du peuple et encore moins de ses dirigeants) : le peuple se servira tout seul.
    Censier
  • Je participe.
    Tu participes.
    Il participe.
    Nous participons.
    Vous participez.
    Ils profitent.
  • Je plane/hashich
    Nanterre, ascenseur bâtiment GH
  • Je prends mes désirs pour la réalité car je crois en la réalité de mes désirs
    Sorbonne, hall Grand amphi.
  • Je rêve d'être un imbécile heureux
    Nanterre, amphi. musique
  • Je suis marxiste, tendance Groucho
    Nanterre, salle C20
  • Je suis venu, j'ai vu, j'ai cru
    Sorbonne
  • Je t'aime !!! Dites-le avec des pavés
    Gare de Nanterre
  • Jeunes femmes rouges toujours plus belles
    Faculté de médecine
  • Les jeunes font l'amour, les vieux font des gestes obscènes.
  • Jouissez ici et maintenant
    Nouvelle Faculté de médecine
  • Jouissez sans entraves, vivez sans temps morts, baisez sans carotte
    Nanterre, cité universitaire, ascenseur
  • Laissons la peur du rouge aux bêtes à cornes... et la peur du noir aux staliniens
    Rue Bonaparte et/ou Beaux-Arts
  • Les larmes des Philistins sont le nectar des dieux
    Sorbonne, hall Grand amphi.
  • La liberté, c'est la conscience de la nécessité
    Place de la Sorbonne
  • La liberté, c'est le crime qui contient tous les crimes, c'est notre arme absolue
    Sorbonne, hall Grand amphi.
  • La liberté, c'est le droit au silence
    Censier
  • La liberté commence par une interdiction.  Celle de nuire à la liberté d'autrui
    Nanterre
  • La liberté d'autrui étend la mienne à l'infini.
  • La liberté est le crime qui contient tous les crimes.  C'est notre arme absolue.
  • La liberté n'est pas un bien que nous possédions. Elle est un bien que l'on nous a empêché d'acquérir à l'aide des lois, des règlements, des préjugés, ignorance...
    Nanterre
  • Libérez nos camarades.
  • Luttons contre la fixation affective qui paralyse nos potentialités. -Comité des femmes en voie de libération.
  • Lynchons Séguy ! La marchandise, on la brûlera !
    Institut pédagogique
  • Le mandarin est en vous
    Nouvelle faculté de médecine, grand hall
  • Mangez vos professeurs
    Sorbonne
  • Manquer d'imagination, c'est ne pas imaginer le manque
    Nanterre, amphi. musique
  • La marchandise, on la brûlera
    Sorbonne, hall Richelieu
  • Le masochisme aujourd'hui prend la forme du réformisme
    Sorbonne
  • Make love, not war.
  • La marchandise est l'opium du peuple.
  • Même si Dieu existait, il faudrait le supprimer.
  • Merde au bonheur (vivez)
    Sorbonne
  • Mes désirs sont la réalité
    Nanterre, C 24
  • Métro, boulot, dodo
  • Mettez un flic sous votre moteur
    Rue Daubenton et/ou Censier
  • Millionnaires de tous les pays, unissez-vous, le vent tourne.
  • Mort aux tièdes
    Censier
  • La mort est nécessairement une contre révolution
    Langues orientales
  • Les motions tuent l'émotion
    Censier
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2 avril 2009 4 02 /04 /avril /2009 16:02

Ciel et ses astres

 

Ce qui se passe dans le ciel, ce qui s’y crée, ce qui y meurt fait partie de l’histoire des dieux et de l’humain.

Cette voûte, à la fois infinie et éternelle, représente justement, par son immensité et sa pérennité, une force omniprésente, inaltérable, sur laquelle l’humain pourra toujours compter, qui existait avant sa naissance et survivra à sa mort.

 

Pour les Égyptiens, le Ciel est le ventre de la déesse Nout. Elle recouvre la Terre et son corps est parsemé d’étoiles. Le dieu Shou, dieu de l’air et de l’atmosphère, soutient de ses deux bras le ventre gigantesque. Chaque soir, la déesse avale le soleil par sa bouche pour l’enfanter à nouveau chaque matin par son sexe. Ailleurs, il s’agit d’une vache céleste du nom d’Hathor mais l’image reste la même : la voûte du Ciel est le ventre frémissant, scintillant, d’une divinité courbée vers la Terre.

Pour les Mésopotamiens, après avoir dépecé son ennemie vaincue, Mardouk plaça le Zénith (ciel) dans le ventre de Tiamat.

 

La nuit précède le jour, elle l’a même enfanté. A l’origine, la nuit représentait un phénomène angoissant, presque incompréhensible : cette mort apparente de la lumière, cette cessation de la vie et du jour allaient-elles durer toujours. Il fallut une longue accoutumance au phénomène, la certitude acquise qu’elle n’était qu’un obscurcissement passager du monde pour que s’allégeât enfin l’angoisse humaine devant l’arrivée des ténèbres. Les humains voyaient avec terreur la nuit couvrir l’horizon et l’horreur de la mort envahissait leurs cœurs tremblants. Dans l’agonie de leur désespoir, ils s’embrassaient tendrement.

Par la suite, la nuit a joué un rôle moins terrifiant. Elle apporte la fraîcheur et le repos après les fatigues du jour, elle est synonyme de rêverie, délassement, abandon.

Aux temps anciens, le Ciel vivait tout près de la Terre, contre elle, enlacé à elle dans une étreinte sans fin. Si cet enlacement n’avait jamais pris fin, le monde n’existerait pas, ni les humains. Mais un jour, cette étreinte passionnée cessa et les créatures vivantes purent enfin trouver place entre le ciel et la terre. Parfois, bien sûr, il fallut obliger le Ciel à se séparer de la Terre. C’est ce que fit le dieu Shou, en Égypte, en se glissant sous le ventre de Nout et en soulevant la déesse. En Grèce, il fallut que Cronos mutilât son père Ouranos pour l’obliger à s’éloigner de Gaia, la Terre. Mais ils cherchent toujours à se rejoindre : la pluie baigne le visage de l’épouse perdue, elle s’infiltre dans ses entrailles et les féconde. Les germes éclosent en sa matrice gigantesque et y vivent d’une vie larvaire en attendant de surgir à la lumière : pierres, plantes, animaux, humains et esprits fermentent ainsi dans ses chairs obscures. Puis, lorsqu’ils sont formés, la terre les engendre à la lumière, les fait croître, les nourrit jusqu’au jour où ils meurent et retournent à elle pour s’y dissoudre et reformer de nouveaux germes. Ainsi se succèdent sans fin, dans la terre et par la Terre, les cycles de la vie et de la mort.

Limitée au seul rôle d’épouse du Ciel, la Terre n’était encore qu’un être assez vague : l’informe fait déesse et l’indistinct fait femme. Elle engendre les êtres et les formes au hasard, en une création sans ordre, sans conscience, comme une sorte de ventre aveugle d’où sort un délire créateur. Elle est une déesse sans visage, aux entrailles gorgées de germes et d’embryons, elle est la matrice du monde.

A l’inverse du Ciel qui, en se retirant dans les hauteurs du firmament, s’éloignait par là-même des humains, la Terre n’a cessé de se rapprocher d’eux, de se muer peu à peu en être anthropomorphe. Elle devint femme, mais une femme gigantesque : sa chair est le sol, ses cheveux les plantes et les arbres, sa matrice les immenses cavernes souterraines où s’élabore la genèse des êtres. On retrouve, mais limitée ici à notre seule planète, la vision de l’Être primordial dont le corps morcelé a permis de construire l’Univers. La Terre enfante et nourrit à partir de sa propre substance, elle est une source inépuisable de vie et de richesses : Déméter et Cérès prennent la relève de Gaia, Rhéa, Tellus.

Ce que l’humain tirait de la Terre (eau, métaux, céréales), appartenait à la Terre. Alors que les nomades des steppes se sentent autant dépendants du ciel que du sol, les sédentaires vouaient à la déesse un énorme culte. D’où les multiples rites consistant à se concilier les forces d’abondance et de fertilité encloses dans le sol, avant de le blesser avec le soc agraire lors des plantations ou avant de lui ravir les produits qui lui appartiennent avec les moissons.

 

Pourtant, en s’éloignant par force de la terre, le ciel s’éloignera par là-même des humains, de leurs soucis, de leurs besoins. Il deviendra un dieu si lointain qu’il semblera désormais insensible aux prières des humains et que ces derniers l’oublieront. Ces dieux souverains et suprêmes, naguère synonymes de puissance, en reculant aux limites de la voûte céleste, cessèrent d’intéresser les humains : ils ne pouvaient plus rien pour eux. Ouranos, ciel en tant qu’entité cosmique et souveraine (haut et infini, principe dominateur), la voûte céleste par opposition à la croûte terrestre fut remplacé par Zeus, le ciel changeant, fécondateur et trépidant, qui vit, s’agite, change, dieu plus actif et plus proche de l’humain.

Il n’en pas de meilleur façon, pour lier les vaincus aux vainqueurs, que de réconcilier ou de marier leurs dieux : ainsi naissent des ciments spirituels plus solides que les entreprises des rois.

C’est pourquoi d’autres dieux célestes les remplacèrent, plus jeunes, plus impétueux, tour à tour bienfaisants et terrifiants. Ce furent les dieux d’un ciel plus proche de la terre, celui où gronde le tonnerre, où se déchainent les éclairs, où tombe la pluie. Ces dieux-là n’oublient pas la terre, et la terre ne les oublie pas. Leur vie, idyllique ou tourmentée, intéresse directement celle de l’humain et reste à son image : ils aiment, ils souffrent, ils se mettent en colère. Ce sont des dieux tout-puissants, mais humains. Ils éprouvent plus d’intérêt pour cette terre, pour ses beautés et ses douceurs, que pour les espaces infinis où ils vivent.

Seconde génération issue de Cronos et Rhéa : Hestia (foyer des dieux), Déméter (la terre et sa fertilité), Héra – que Zeus épousa secrètement dans le jardin des Hespérides (les épouses et les couples) –, Poséidon (les mers et les eaux) et Hadès (les Enfers et les morts). Par la suite, une troisième génératio de dieux, tous nés des amours de Zeus, viendra s’adjoindre à eux : Apollon et Artémis (soleil et lune), Perséphone (fille de Déméter), Héphaïstos (dieu du feu), et Arès (dieu de la guerre). Les dieux de la fécondité ne s’intègrent que tardivement au panthéon traditionnel. À ces dieux premiers s’ajouteront encore, mais plus tardivement, Hermès (fils de Zeus et de la nymphe Maia), et Dionysos (fils de Zeus et de la mortelle Sémélé). Avec eux s’achève le panthéon classique des dieux grecs, en y ajoutant deux déesses qui vinrent au monde sans avoir eu de mère : Aphrodite, qui naquit de la semence d’Ouranos qui féconda la mer où elle tomba (déesse Anadyomène, Née des vagues) ; Athéna, qui sortit du crâne de Zeus après qu’il y dévoré sa mère Métis (la prudence).

 

 

Soleil : il brille et chauffe, poursuit dans le ciel une course régulière, il ne s’éteint jamais. Ce simple cycle, ce continuel passage de l’ombre à la lumière (à l’Est) et de la lumière à l’ombre (à l’Ouest), avec toutes ses phases successives (l’aube et ses promesses de vie, le zénith et sa force brûlante, le crépuscule et ses angoisses de mort), était perçu comme divin.

C’est qu’au cœur de ce cycle de lumière et de ténèbres résident justement une force et un destin équivoques : le soleil chauffe, apporte sa lumière et la vie, mais il peut aussi brûler, apporter la sécheresse et la mort. Il vit, il circule, il éclaire, mais il doit interrompre sa course le soir pour se reposer au royaume des ombres, où sa force et sa lumière sont menacés de mort.

Dans le ciel d’Égypte, constitué par le ventre de la vache céleste dont les deux cornes atteignent l’une l’Orient et l’autre l’Occident, le soleil a toujours joué un rôle essentiel. Face aux fantasmes de la nuit et aux angoisses de la mort, le soleil apporte, outre la vie et la chaleur, la lumière qui chasse les ombres : c’est la puissance d’un dieu triomphant chaque jour, par sa présence radieuse, des forces de la nuit. Le soleil se lève à l’aube : en sortant de la vache céleste, il prend l’apparence d’un veau d’or qui grandit avec les heures du jour pour devenir à midi un grand taureau du nom de Kaméphis qui féconde sa propre mère, le soir, pour renaître à l’aube suivante.

Lorsqu’il est homme, il lui faut une barque pour naviguer sur l’océan céleste. Les étoiles forment son équipage et tous les dieux l’escortent car cette barque gouverne à elle seule l’Univers. Le dieu solaire, à tête d’homme le jour et à tête de bélier la nuit (Khnoum), est assis au centre, sur un trône.

En Grèce, le soleil suit dans la journée la route tracée par les animaux du zodiaque, semée d’écueils avec notamment ces fauves. Il est entouré de divinités en rapport avec le temps.

En Mésopotamie, l’épouse de Shamash, le Soleil, s’incline devant un taureau. Comme taureau, le soleil s’agrandit aux dimensions du ciel, comme oiseau, il plane tout le jour sur la terre. Il domine et surveille l’étendue des cieux et des planètes : il est un œil, l’œil immense du Ciel dardé en permanence sur les humains (la Lune s’en chargeant la nuit). S’il se lève les humains vivent, s’il se couche, ils meurent. Il est la durée de la vie, il est ce qui donne la vie.

Mais au dieu lumineux s’adjoint, comme une ombre nécessaire, le destin nocturne et tourmenté d’Osiris, fils de Geb et de Nout, dieu de la mort et de la résurrection.

La Lune, plus proche de la Terre, plus petite, rayonnant d’une lumière plus faible (blafarde et sans chaleur), ne brillant que la nuit et nantie d’un visage couvert de taches, dispose du pouvoir de commander aux formes. Elle-même, à la différence du soleil, ne reste jamais intacte dans le ciel : chaque mois elle diminue, change de forme, se mue en un fin croissant aux cornes menaçantes et disparaît pendant trois jours. Quand elle réapparaît, fragile et minuscule, c’est pour retrouver sa forme première et recommencer le même cycle de disparitions et de réapparitions sans fin. Elle gouverne à la fois la Mort et l’Immortalité. Elle intervient dans la vie et les visions des humains mais par les voies du fantastique, de l’ombre et de la confusion, commandant aux forces nocturnes, créant sur la terre une atmosphère d’angoisse et d’irréalité. Elle est une lumière qui meurt pour renaître, créant au sein du ciel une alternance de deuil et de joie. Ce cycle se retrouvera, sur la terre, dans les passions tourmentées des dieux et héros qui meurent et renaissent (Osiris, Attis, Adonis, Zagreus, Dionysos, Penthée). Connaissant à la fois les angoisses de la mort (pendant les trois jours de sa disparition) et les joies de la renaissance, elle devient l’astre qui gouverne les initiations des humains ainsi que de la sagesse et des révélations qui en résultent. Ce que la lune perd en grandiose par rapport au soleil, elle le retrouve en savoir, en sagesse.

En Égypte, la Lune est présente sous une forme plus nuancée, plus secrète et sous les aspects successifs d’Hathor, de Thot (sous sa forme humaine) et de Khonsou (taureau brillant de l’éclat de la pleine lune puis bœuf vieillissant rayonnant l’ombre en son dernier quartier), voire d’Osiris qui, comme la Lune, meurt pour ressusciter le troisième jour ou l’œil d’Horus, cet œil étincelant dont la lumière baisse peu à peu car Seth lui jette un sort, mais renaît en pleine santé. Comme l’a fait la Lune, l’œil d’Horus triomphe des épreuves et des maléfices.

La Lune gouverne aussi les végétaux. Elle fait monter la sève dans leurs tiges, elle aide à leur croissance lorsqu’elle est dans son premier quartier. La fascination qu’elle exerce sur l’imagination humaine se retrouve dans cette ivresse qu’elle procure, par la sève fermentée des plantes qui lui sont soumises.

Parallèle entre le cycle astral de la lune et le cycle menstruel de la femme. Ce rythme vital, imposé pendant des millions d’années aux animaux marins, a continué d s’exercer sur les organismes qui en dérivèrent, une fois abandonnée la matrice de l’océan primordial. En persistant dans le corps de la femme, il la marquait (en regard de l’homme) d’un signe particulier qui l’associait plus étroitement que le mâle aux rythmes de l’eau et du ciel. La lune, quand elle est une déesse, communique son propre destin à la femme : toutes deux subissent une loi identique, celle du cycle mensuel.

Comme il arrive quelquefois que la lune soit masculine, il s’ensuit que le dieu joue alors le rôle du mari qui féconde la femme, il devient le « Seigneur des femmes » puisque innombrables sont les mythes et légendes narrant la séduction d’une femme ou d’une jeune fille par le dieu-lune. Lorsque la Lune est une déesse, c’est elle alors qui séduit les hommes ! Les mythes, dont celui du grec Endymion, ne se comprennent qu’à la lumière de cette inversion des rôles qui attribue toujours à la Lune, mâle ou femelle, la tâche de séduire les mortels.

Le pouvoir de la Lune, si agréables que séduisantes que soient ses amours, risque d’être fatal à celui qui lui est soumis. Ainsi, on enfermait les jeunes filles les nuits de pleine lune pour que l’astre ne les ravisse, ne vienne leur faire des enfants appelés lunatiques, êtres inconstants et blafards, porteurs d’un charme dangereux et qu’on croyait capable d’envoûtement.

Parfois, c’est le soleil lui-même qui dévore la lune. Ce n’est là, transposée dans l’ordre et le désordre célestes, qu’une simple scène de la vie conjugale, puisqu’en général le soleil et la lune forment un couple (mari et femme ou frère et sœur, ce qui peut se confondre, les étoiles étant leurs enfants), qui ne se voit guère que lors de la nouvelle lune et des éclipses (ces dernières étant l’occasion d’un mariage sacré entre les deux astres). En effet, la lune le trompe sur la terre, pendant les trois jours où elle s’absente du ciel et le soleil (ne brillant jamais la nuit) ne s’aperçoit de rien. Un dieu charitable l’instruit alors de son malheur et, furieux, le soleil poursuit la lune et la frappe à coups d’épée ou la mutile, c’est pourquoi on la voit diminuer. Les autres dieux s’interposent à temps et le soleil se laisse amadouer : la lune peut croître à nouveau … et recommencer le mois suivant.

On retrouve le thème de la fileuse ou de la tisseuse. Présidant à la mort et à l’immortalité, elle se trouve ainsi associée au destin, si souvent comparé à un fil, un voile, symbolisant la durée de l’existence humaine.

Les Sumériens et les Babyloniens, au contraire, ont accordé à la Lune, sous les noms de Sin et parfois d’Ishtar, un rôle infiniment plus grand que celui de Shamash, le soleil. La lumière la plus brillante était celle de la lune, puisqu’elle changeait la nuit en jour.

Alors que le soleil rayonne sa lumière, répand jusqu’aux extrémités du monde ses flammes bienfaisantes, la lune attire à elle les choses et les êtres qui lui sont soumis. Tout ce qui subit un rythme, un cycle, fut très tôt associé à la lune : les eaux (en raison des marées), les plantes (leur croissance correspond souvent à celle de la lune), les femmes (avec leurs menstruations sur un cycle lunaire), la mort et l’immortalité. Ces symboles font de la Lune un astre essentiel au devenir du monde : elle gouverne l’eau, la lumière du ciel nocturne et tout ce qui apporte à l’humain la fraîcheur et la vie. Au-delà des eaux, c’est la fécondité des choses, c’est le destin des humains qui sont en son pouvoir. Le dieu Sin, quittant la profondeur des eaux célestes pour régir la terre et les humains, quitte aussi son apparence de barque pour prendre la forme du taureau, aux forces inépuisables, aux cornes d’abondance.

 

Si la Lune donne la mort, c’est qu’elle dispose, sur elle, d’un pouvoir total, c’est qu’elle en connaît les secrets. Pendant les trois jours de sa disparition, on croyait qu’elle visitait le royaume des morts et qu’elle en revenait pour renaître. C’est pourquoi elle « patronne » tous les dieux qui descendent eux aussi aux Enfers, tous les dieux triomphateurs de la Mort : Osiris, Dionysos, Perséphone, Inanna/Ishtar. Elle devient alors le séjour des morts, où les âmes se rassemblent pour y demeurer ou pour attendre un autre lieu de résidence, dans les espaces du ciel.

« Ceux qui ont vaincu le monde par le sacrifice, le don, lorsqu’ils brûlent sur le bûcher funéraire, ils entrent dans la fumée de la nuit dans la quinzaine sombre du mois lunaire, de la quinzaine sombre dans les six mois où le soleil descend vers le sud, de ces mois dans la lune. Lorsque c’en est fini de ce séjour, ils retournent dans l’éther, puis dans le vent, puis de la pluie à la terre. Ayant atteint la terre, ils deviennent à nouveau nourriture : à nouveau ils sont versés en offrande dans le feu de l’homme et de là, ils naissent à nouveau dans le feu de la femme.

 

Croissant (comme une barque) et cornes (comme le taureau) de la lune. Il est le fils aîné d’Enlil, le père dieu-lune qui vogue vers Ur, ville natale de Sin.

 

Chez les indo-européens, elle est la sœur du soleil et elle partage avec lui, équitablement, l’empire de la lumière et du ciel.

 

L’étude scientifique du ciel, commencée très tôt par les Sumériens, devait révéler des faits évidents : la mobilité des planètes, leur retour périodique aux mêmes points du ciel, la rotation des étoiles selon les heures de la nuit, et leur déplacement, selon les saisons, par rapport aux lignes de l’horizon et au pôle céleste. Très tôt, les planètes apparurent comme des êtres à part, des dieux plus essentiels parce que plus visibles et plus vivants que les étoiles, et, parmi elles, Vénus. Les Sumériens, la voyant briller, le soir, à proximité du disque lunaire, l’associèrent très vite à la lune. Elle devint Inanna/Ishtar, la fille du dieu-lune, appelée au plus haut destin parmi les cieux. Elle épousera en effet le dieu du ciel, ce qui explique son importance parmi les divinités céleste et la splendeur de son éclat au crépuscule. Les étoiles, enfants de la lune et du soleil, étaient le troupeau du dieu-lune, les brebis que garde le dieu-berger. On les voit paître à tous les coins du ciel où le chien de l’aube les rassemble pour les laisser se reposer pendant le jour.

Inanna/Ishtar brille le soir, sous l’apparence de la planète Vénus et son apparition, à l’aube et au couchant, marque pour les humains les cycles de travail et du repos. Elle est la déesse de la fertilité et de l’amour, de l’énergie bénéfique et régénératrice du monde, celle qui réside dans la graine, dans la terre et dans le sang de l’humain, qui permet aux êtres et aux choses de s’épanouir et de (se re-) produire.

Inanna enfreint, telle Prométhée, la loi divine et vole à Enki les bienfaits qu’il tenait secrets. Reine du ciel et déesse tutélaire d’Uruk, elle voulait que les habitants de cette ville sortent de leur état primitif. Séduit par sa beauté, Enki, le dieu de la sagesse, la fait asseoir près de lui et lui offre un somptueux festin. Tous deux boivent en abondance de la bière et, dans l’euphorie du repas, Enki offre à Inanna les soixante-huit lois divines, fondement de la civilisation, dont la royauté, l’art, la prostitution, les joies du cœur, la métallurgie, la justice, l’écriture, etc.

 

Tammouz, jeune amant, dieu de la végétation printanière, tué par un sanglier et prisonnier du royaume des ombres. En le faisant réapparaître à la lumière, elle redonne à la terre et aux humains les joies du printemps. Destin dramatique de ce couple divin que la mort même ne parvient pas à séparer : descente aux Enfers d’une déesse abandonnée et retour à la lumière des forces du printemps.

 

 

La Grande Ourse (ce terme n’est pas le plus ancien) est visible en toute saison dans l’hémisphère boréal, marquant le pôle céleste. Les mythes imaginés par les Grecs pour expliquer l’existence d’une ourse dans le ciel sont d’anciens récits concernant Artémis, déesse lunaire par excellence. Une de ses nymphes ayant trahi avec Zeus son vœu de virginité, Artémis la changea en ourse et Zeus la transporta au ciel, le lendemain où Phaéton faillit incendier le ciel et la terre. Venu inspecter les dégâts, Zeus aperçut Callisto, revenant de la chasse, fourbue et s’étendant à l’ombre d’un hallier (zone dense en buissons). Quelle aubaine pour un dieu comme Zeus ! La malheureuse a beau résister de son mieux, force lui est de s’incliner devant l’insistance du maître des dieux. Après quoi Zeus remonte au ciel sans plus se soucier de Callisto. Celle-ci dut subir la colère d’Artémis pour avoir enfreint son serment de chasteté, si bien que le jour où la faute devient trop visible, elle fut chassée du cortège de la déesse et mit au monde, en plein cœur de la forêt, un fils du nom d’Arcas. Comme chaque fois qu’une femme (déesse, nymphe ou mortelle) accouche sur la terre, Héra sent la jalousie la prendre. Callisto lui avoue le viol commis par Zeus. Folle de rage, Héra change Callisto en ourse et voilà cette dernière condamnée à errer sans fin dans les forêts. Elle survivra ainsi quinze ans, bête par les bêtes, tout en gardant sa raison et son intelligence de nymphe. Jusqu’au jour où elle rencontre son fils Arcas en train de chasser, ce dernier ignorant tout de sa mère et du drame provoqué par sa naissance. S’apprêtant à tuer l’ourse, Zeus les place dans le ciel et en fit deux astres voisins. La violation d’un interdit sexuel provoque, en châtiment, un enlèvement vers les cieux.

Dans une autre tradition, le fermier Sirius, à qui Dionysos avait enseigné l’usage du vin, provoqua un drame et fut rejoint aux cieux par sa fille sous la forme de la Vierge, une charrette de grappes de raisin prenant place dans la Grande Ourse.

La Voie Lactée est un fleuve.

 

 

Penthée : « la douleur, le chagrin »), fils d'Échion et d'Agavé (fille de Cadmos), est roi de Thèbes. Successeur de Cadmos sur le trône de Thèbes, il s'oppose à l'introduction du culte dionysiaque dans son royaume. Alors qu'il est caché dans un arbre du mont Cithéron pour épier la bacchanale, il est découvert et mis en pièces par les ménades, à la tête desquelles figure sa propre mère et ses deux tantes, Ino et Autonoé.

Roi de Thèbes, il est le fils d'Echion, l'un des Spartoi, les "hommes semés" par Cadmos à Thèbes. Sa mère est Agavé, fille de Cadmos. Il est donc le cousin de Dionysos, cependant, en refusant de reconnaitre sa divinité, il se brouille rapidement avec lui.

Suite à cela, les Thébaines furent frappées de délire. Dionysos les entraina alors sur le mont Cithéron où elles se mélèrent au cortège du dieu, les Bacchantes, venues d'Asie avec lui. Elles se livrèrent ensuite à des danses effrénées. Penthée arrêta et enchaina alors Dionysos, pour enfin l'enfermer dans une des tours de son palais comme imposteur.

Le dieu fit alors tomber la foudre sur le palais, brisa ses liens et, frappant Penthée de folie, il le conduit sur le Cithéron déguisé en femme. Il le fait monter sur un arbre pour que toutes la population soit témoin de sa folie. Agavé et ses tantes, le prenant pour un lion, le déchirèrent et ce fut une mort atroce pour Penthée.

Cadmos rapporta les restes du malheureux à sa fille encore sous l'emprise du délire. Quand celui-ci fut dissipé, elle comprit que Dionysos s'était vengé de Penthée et d'elle pour avoir autrefois calomnié sa soeur, Sémélé, mère de Dionysos.

Agavé, dont la joue est rose, Antonoé
Avec la belle Inô, ceintes de verts acanthes,
Menaient trois choeurs dansants d'ascétiques Bacchantes
Sur l'âpre Kythairôn aux Mystères voué. Et bâtissaient, unis par ces légères chaînes,
Neuf autels pour Bakkhos et trois pour Sémélé.
Puis elles y plaçaient, selon l'ordre et le rite,
Le Grain générateur et le mystique Van,
Du Dieu qu'elles aimaient la coupe favorite,
La peau du léopard et le thyrse d'Evan.

Malheur à l'insensé que le désir consume
De toucher à l'autel de la main ou des yeux !

Cette aventure s’étant répandue dans toutes les villes de la Grèce, rendit plus célèbre le nom de Tirésias, et donna plus de crédit à ses oracles. Le fils d’Échion, Penthée, qui méprisait les dieux, seul osa dédaigner son savoir fatidique. Il le raillait sur la perte de sa vue, et sur le sujet qui provoqua la vengeance de Junon. Alors le vieil augure secouant sa tête ornée de cheveux blancs : "Que tu serais heureux, dit-il, si privé comme moi de la lumière des cieux, tu pouvais ne pas voir les mystères de Bacchus ! Un jour viendra, et déjà je pressens qu’il s’approche, où le jeune fils de Sémélé paraîtra dans ces lieux.

Bacchus arrive, et au loin tous les champs retentissent de hurlements sacrés ; la foule se précipite au devant de ses pas ; ensemble confondus les mères, les époux, les enfants, et le peuple, et ses chefs, s’empressent à ces nouvelles solennités. "Dignes enfants de Mars, ô Thébains ! s’écrie Penthée, quelle fureur a saisi vos esprits ? le bruit de l’airain frappé contre l’airain, ces flûtes recourbées, et tous ces vains prestiges ont-ils tant de pouvoir ? Quoi ! vous que n’ont point effrayés le glaive des combats, la trompette guerrière, et les bataillons hérissés de dards, vous céderiez aux cris insensés de ces femmes, à ce vil troupeau qu’agite le délire du vin et le bruit des tambours ?

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2 avril 2009 4 02 /04 /avril /2009 15:42

Mythologie, préhistoire, religion
Calendriers lunaires et rites saisonniers
Le rôle des étoiles repères dans la formation des grandes images mythiques

par René-André Lombard, 2007


Heraklès, Hercule, Herclé : un calendrier "héracléen"

Là encore la mémoire mythique est précise : un épisode de la légende d'Heraklès nous rappelle que le musculeux héros a tenu le rôle d'Atlas en son Jardin, qu'il a porté le ciel et pris en main les Pommes d'Or. L'image herculéenne a été, elle aussi, en des temps lointains, celle du Support du Calendrier religieux.

On comprend, dès lors, que sur nos cartes célestes, Orion soit figuré en Hercule.

 

Le mythe de la "Naissance d'Hercule", narré en détail par Ovide, est remarquablement clair quant à l'intercalation de la Treizième Lune : il nous montre une circonstance où "le temps s'arrête" (une autre tradition précise : lors de la naissance d'Hercule "le soleil s'arrêta". Au cours de ce "temps suspendu" apparaissent successivement deux "jumeaux" : Hera-Klès et Iphi-Klès, deux mois identiques marqués de sacrifices propitiatoires (la jeune fille Galantis).

Les noms d'Héra-Klès et d'Iphi-Klès expriment clairement le caractère solennel de la circonstance : outre le vocable Hèra, "céleste" (Swar, Svar, Har, Hèr) et le vocable Iphi, "force d'âme" devant le sacrifice, ils font sonner, en accord avec l'image de la massue du héros (latin :clava), le vocable:

KLw
Kal, Klaw,
le coup porté de haut en bas

le "coup d'envoi", "l'annonce", (kaleô :j'appelle) la proclamation solennelle (kleos ; le bruit qui se répand) du rassemblement qui doit fêter l'entrée dans une nouvelle division du Temps

 

Si les images Atl-Ant, Atal-Ante peuvent paraître correspondre à une culture de chasseurs-collecteurs nomades et semi-nomades, l'image d'Héraklès, à travers sa légende, paraît refléter les préoccupations de pasteurs soucieux avant tout de bovins, d'équidés et de défense du territoire contre les "sauvages" pillards.

 

Apollôn, Aploun, Apillini, Aphellan : un calendrier "apollinien"

Nous avons vu Apollon régenter en "Hyperborée", au nord de l'Hémisphère, dans la danse et le chant, le Cycle de 19 ans, l'une des meilleures solutions au problème posé par la divagation des mois lunaires à travers les saisons.

Au lieu saint de Delphes, "ombilic", miroir terrestre du "delphus" céleste émetteur de vie cosmique, on célèbre tous les 9 ans la maîtrise du dieu sur les énergies redoutables de Vie et de Mort figurées par le Serpent Python (voir plus haut les interprétations de la Voie Lactée). On aperçoit là une adaptation d'un cycle voisin de la "Grande Année", un cycle de 18 ans révolus, scindée en deux périodes.

Les Delphia résonnaient de déclamations, de chants, de la vibration des cordes de la cithare, elles étaient "musique", elles étaient la glorification de l'accord entre la puissance qui orchestre les variations annuelles des ondes vitales saisonnières et la puissance qui en "règle" les variations mensuelles.

Dès qu'on s'intéresse tant soit peu, en effet, aux images évoquées par le mythe d'Apollon, on s'aperçoit que le dieu au griffon (tête de rapace, corps de lionne ailée), ami des loups, des cygnes et des dauphins, dont l'arc est "d'argent", ne se réduit pas à l'image - même sacralisée - de l'astre soleil : Hélios-Soleil dont les variations d'éclairement modifient au cours de l'An les conditions de vie sur la Terre, n'est que son instrument, comme Sélènè-Lune n'est que l'instrument de sa "soeur", Artémis.

 

Le "Brillant Apollon" nous apparaît dès lors en ses origines comme l'alliance d'une image et d'un nom symboliques : l'évocation d'une circonstance festive restée prestigieuse dans la mémoire collective, la Fête d'Harmonisation des Cycles qui marque la naissance d'un Temps nouveau, objet de tous les espoirs et toutes les interrogations

 

La "Grande année" apollinienne, paraît ainsi avoir gouverné la vie religieuse pendant bien des millénaires. Née quand le détroit de Behring était encore guéable, elle aurait offert aux religiosités des tribus nomades une structure fédératrice. Elle semble s'être illustrée dans tout le nord de l'Hémisphère, suscitant des pèlerinages aux lieux saints marqués de cérémonies sacrificielles impressionnantes, et de hiérogamies.

 

Les transformations qu'offre l'image de la lune, les "phases" indicatrices incontournables de la date dans le mois, ont été une source de comparaisons et d'appellations d'une importance remarquable dans la fabulation mythique.

Trois pommes ??? La succession de trois formes caractéristiques, Croissant, Pleine Lune Croissant, a inspiré, entre autres, le thême récurrent des "Trois Frères" et, le plus souvent, des "Trois Soeurs" qui règne dans un grand nombre de contes. La plus belle de ces "princesses" ne peut être évidemment que la Pleine Lune, à "l'attraction" irrésistible, souvent en butte à l'animosité de ses maigres comparses

 

La rondeur de la pleine lune
 
Comme on pense bien, elle n'a pas manqué de frapper les esprits et d'inspirer l'imagination. On a vu dans la lune pleine :

Une Tête sans corps. L'image de la Pleine Lune ressemble à un visage

Cette tête met progressivement son bonnet d'invisibilité. La coiffure d'invisibilité caractérise les figures mythiques d'origine lunaire

La Tête sans corps a été victime d'une décapitation : image-clef inspiratrice d'un grand nombre de mythes ( Celte : Bran, Slave : Menuo et Perkuns, Egypte : Isis, Grèce : la Gorgone Méduse et Persée, Orphée, Dionysos etc, qui viendront souvent jusqu'à nous christianisés : Saint Denys, etc.). Source de rites sacrificiels imitatifs (latin : supplicium, la "supplication aux dieux" = décapitation, la peine "capitale").

 

Le nom de la "Tête", qui est aussi celui de la "boule" et du "caillou" (Egypte : kHor, Grèce; kar, karè) apparaît ainsi dans le nom de très anciennes puissances lunaires : On le verra structurer à la fois le nom de la puissance régulatrice du Temps, (Kronos/Khronos, Kernunnos, Horus) et désigner son mouvement "circulaire" (Krk) semblable à celui des oiseaux de proie (Horus :  faucon, Kirkè, Circè : puissance de métamorphose et épervier). Il évoquera de même les moments religieux décisifs du cycle calendaire (horos : le moment sacré) et les lieux de rassemblement "en rond" (circus, church) ou s'opère le rite immémorial de la danse en rond

 

On a encore vu dans la lune pleine :
Un visage qui regarde. L'astre manifeste le regard porté sur les créatures terrestres par la puissance céleste régulatrice.

 

Ce concept implique aussi que la disparition mensuelle de la lune (que nous figurons par un rond noir sur nos calendriers) soit considérée comme...

Un aveuglement. Les trois nuits d'obscurité sans lune annonçant le départ d'un nouveau cycle lunaire (nous les qualifions de "nouvelle lune"), cet "aveuglement" est le signal des cérémonies de Passage de Cycle. Comme ces festivités sont marquées de rites impressionnants de caractère sacrificiel et parfois anciennement anthropophagique, leur souvenir inspire des séquences mythiques dramatiques aussi nombreuses que fameuses au cours desquelles le héros nocturne est aveuglé.

 

les cérémonies d'harmonisation des cycles à la nuit sans lune, annonçant le treizième mois lunaire embolistique, marquées de rites de fécondité propitiatoires

 

C'est, semble-t-il, ce concept de "Regard lunaire", périodiquement aveuglé et restauré, qui transparaît dans le nom des Cérémonies d' "Ouverture de Cycle"

 

 

Quand l'image de la rondeur de la pleine lune s'allie à l'idée que la puissance lunaire est maîtresse des marées, régulatrice des ondes liquides, l'eau, la sève et le sang, et distributrice des pluies fécondantes, on voit en elle la calebasse, la gourde, la citrouille céleste lumineuse, unité de mesure de capacité (comme le litre).

 

Dispensatrice du liquide de survie, nectar d'immortalité, la lune est

Une coupe brillante
. Inde : Sôma, à la fois prince-lune amoureux de la belle Rohini (l'Etoile rouge Aldebaran) et liquide sacré d'immortalité.

Cette alliance de l'image de la lune ronde et blanche avec l'idée de fécondité, d'abondance et de nourriture

 

Un miroir rond (mythe de Persée, Tezcatlipoca aztèque, rôle du miroir magique dans les contes). Il y a bien plus longtemps qu'on ne croit que les cultures évoluées ont compris que la lune reçoit sa lumière du soleil.

 

La courbe du croissant

Un croc, canine, défense, couleur d'ivoire

Une corne. Image d'une importance idéographique et rituelle considérable. :lune) sera à la fois princesse humaine élue par la puissance céleste foudroyante, génisse errante et mère du Boeuf Api, l'animal sacré objet des plus grandes festivités.

La corne lunaire, quand elle "s'emplit", présente le même jeu de sens symbolique que la pleine lune ; elle sera rhyton, vase rituel en forme de corne verseuse, dispensateur d'onde vitale, de liquide sacré et corne "d'abondance"

Une lame courbe tranchante. D'abord en silex ou obsidienne, puis en métal, toujours "brillante" et "inaltérable" puisque toujours renouvelée. Ce sera l'instrument de la décapitation lunaire.

Un Arc. Souvenir du temps des Chasseurs, l'image s'est imposée quasi définitivement comme l'accessoire obligé de la représentation des puissances lunaires, arc "d'argent", dont les flèches traversent, sans en manquer un, les douze anneaux de l'an

 

 

Tournant dans le même sens que la Terre, mais à une vitesse différente, la lune apparaît, chaque nuit, dans un point différent du Zodiaque qu'elle parcourt entièrement dans son cycle mensuel. Si vous la voyez une nuit sur la tête du Taureau, elle sera le lendemain au-dessus des épaules d'Orion. Elle parcourt le secteur étincelant Taureau-Gémeaux en quatre nuits, voyageant à la rencontre des figures zodiacales. Démarche contraire aux apparences immédiates, puisque, chaque nuit, elle paraît emportée, comme les étoiles et les planètes, dans la même rotation du ciel d'Est en Ouest, d'Orient en Occident.
Sujet de réflexion et de fabulation mythique : thême de la recherche errante de la Puissance lunaire

Démarche qui pourra être ressentie comme "sinistre" (sénestre, vers la gauche, l’Ouest, le coucher du soleil) puisqu'elle évoque le voyage des âmes à travers la mort.

 

 

couple blanche lune - fauve de l'énergie vitale : peau de bête dans laquelle elle s'enveloppe donnant ainsi l'image du passage de l'énergie fulgurante à travers l'apparence de la mort

 

 

L'observation de la lune et de ses apparences afin de prévoir l'évolution du temps et les perturbations possibles a joué dans la vie d'autrefois un rôle capital dont nous n'avons plus aucune idée. La puissance lunaire est partout considérée comme la "Régulatrice" (MT: Medée, Méduse) des énergies fulgurantes et rugissantes qui se déchaînent dans l'Orage. Et l'Orage, opéra céleste terrifiant qui allie l'eau et le feu, les ondes fécondantes et les flammes destructrices, est partout présent dans la pensée humaine ancienne et dans la conception qu'elle se fait de la puissance divine qui "gronde" les créatures terrestres...

Cette irruption d'une électricité céleste ressenties comme une force de Vie et de Mort trouve partout son symbole dans la même image animale : celle du félin.

Le chat sauvage, panthère, léopard, jaguar, lion, tigre, chasseur nocturne, prédateur dévorant rarement dévoré, à la souplesse inégalée, aux bondissements imprévisibles, au pelage électrique et aux yeux phosphorescents dont la pupille peut s'amincir comme un croissant de lune, qui peut se faire doux et cruel et dont la sexualité obéit de façon spectaculaire à la pleine lune, apparaît partout comme l'image même de l'énergie créatrice-destructrice céleste descendue s'incarner dans les créatures terrestres.

La maîtrise exercée par la puissance lunaire sur les courants d'énergie de Vie et de Mort se traduit par des images (combat ou amitié) innombrables: Artémis au lion

 

Le plus remarquable des idéogrammes conçu sur ces concepts connaît encore, grâce à l'Egypte, un grand retentissement : le nom qui nous en a été transmis par les Grecs, le Sphinx, paraît évoquer l'enchaînement à l'infini, la "ligature" toujours renouvelée (Nk, Ankh, nexus, le noeud, neck, le point d'attache ), des cycles lunaires porteurs de force vitale. Cette ligature intangible des cycles offrait à l'espèce humaine dont chaque individu se sait mortel, une image de "Vie éternelle" réconfortante.

 

 

L'éclair, la manifestation la plus frappante de l'électricité céleste, serpente (voir l'éclair représenté par un serpent sur le remarquable schéma du phénomène orage inscrit dans la chapelle funéraire de Tout-Ankh-Amon). Ces serpents obéissent à la Puissance lunaire

 

ce serpent hérissé issu de l'Orage qui apporte à la fois la mort par le feu mais aussi et surtout la vie par l'eau fécondante, le symbole de l'irruption de l'énergie céleste en ses deux aspects, positif et négatif, yang et yin, ce combat/alliance continuel qui est au coeur même du Vivant.

 

dans la pensée ancienne telle qu'elle se révèle à travers rites, croyances, mythes et légendes, la lune a été considérée en tous lieux comme une figure magique (en métamorphose continue) envoyée par une Puissance de l'Au-Delà pour contrôler les rythmes de Vie. Dans cette vision animiste du monde, l'immense ronde des créatures vivantes, obéit, depuis son origine même en milieu aquatique jusqu'à ses formes évoluées minérales, végétales et animales, à la baguette du chef de choeur lunaire.

Dans ce "savoir" lunaire, l'apparition de la nubilité qui transforme la vierge en mère potentielle, tient une place de choix : de cette apparition dépend, par la sexualité et la fécondation, la survie même du groupe humain. Le domaine des "règles", domaine des flux et des nombres, est le domaine lunaire par excellence.

 

En ce domaine, aux temps anciens où tout avait valeur de signe, la Nature offrait, issue du monde marin, une image facile à déchiffrer : la "merelle", la coquille Saint-Jacques. Ce beau coquillage épanoui comme la vie en expansion porte en effet ostensiblement 14 stries et 14 cannelures, soit 28 marques, véritable calendrier féminin, résumé du mois lunaire. On verra cette "concha Veneris" accompagner l'image de la féminité sacralisée, de Dourga-Chandra (Dourga-Lune) l'indienne, à Aphrodite-Vénus la méditerranéenne, symbole d'une intervention divine "calculée" qui sauve l'espèce de la .mort par l'apparition du Nouveau-Né.

 

dans le ciel nocturne la puissance lunaire souveraine du calendrier et maîtresse de toute pensée créatrice, dessine. Toute notre étude tend à montrer que c'est précisément par les images composites qu'elle crée en s'adjoignant aux silhouettes des constellations, qu'elle signale aux yeux du groupe humain les grands moments sacrés où il convient d'agir religieusement.

 

elle illustre un moment religieux précis ; la Puissance lunaire n'est plus minotaure , "Lune au Taureau". Dans sa visite automnale du secteur étincelant qui dure quatre nuits, toujours gravitant de droite à gauche, elle a dépassé la maison d'entrée, la maison de la Tête du Bovin. Elle en est au moment de plénitude où elle surmonte le buste du Géant.

Pour parvenir au Bain dans la Galaxie que l'on va célébrer rituellement, il lui faudra encore parcourir la partie restante du grand alignement Sirius-Trois-Rois. La transcription de cet alignement, c'est le corps du quadrupède, bovin ou équidé, le grand coursier dont le "coup de Pied" (nous l'avons vu à propos de Pégase) marque le jaillissement de la Nébuleuse.

Dans cette culture, l'image du Centaure semble être un des derniers avatars de l'image préhistorique du coursier céleste qui emporte les âmes aussi bien dans la transe chamanique que dans la mort.

 

naître l'Enfant Ayoush (Force de Vie). Il est issu des amours du Chasseur humain et de la "Belle Ourvasi". Cette mère divine danse dans les cieux, elle est à la fois onde (apsara, Ps : flot , psar : poisson) et vibration musicale.

Témoignage de la présence divine dans la créature terrestre, le Nouveau-Né

le Centaure devenu Sagittaire avait été lié, dans les anciennes croyances, à la remontée des âmes dans la Voie Lactée.

 

 

Aux temps de l'immersion totale dans la nature sauvage, où la survie ne peut être que collective, cette transmission paraît maintenir en vigueur l'énergie du groupe, elle est son oxygène mental.

On peut voir transparaître dans ces apparitions l'évocation d'un temps où des êtres d'allure simiesque vénèrent une puissance créatrice féminine, une "mère céleste" souveraine des âmes, un temps où, dans les conditions de la prédation pure imprégnée de violence animale, s'élabore peu à peu, à travers des rites sacrificiels encore marqués d'anthropophagie, une forme de rapports différents, plus "humains".

 

 

Puissance céleste comme Hèra/Junon, la Grande, vénérée comme protectrice de la lactation et des soins qui concernent la petite enfance, veille sur l'apparition de chaque nouveau-né. Puissance sidérale, nous la voyons régner sur les parois des sarcophages, sur les Livres des Morts, sur les plafonds astronomiques, souveraine du Passage de l'An qui est aussi Naissance d'un Temps Neuf. Sur la carte céleste dite "zodiaque" de Dendarah, elle est à sa juste place, au milieu du ciel, au voisinage de Cassiopée (la Chaise), à équidistance du groupe Orion-Taureau et du groupe Scorpion-Sagittaire, les deux points où elle coupe le Zodiaque : c'est la Voie Lactée.

 

 

L'existence de calendriers rituels stello-luni-solaires élaborés, incluant la notion de cycles pluri-annuels qui s'affirme à travers les images liées aux plus grandes figures mythiques, nous fait entrevoir au paléolithique ce qu'il faut bien appeler des "religions", des ensembles de rites et de croyances assez structurés pour lancer en pèlerinage et réunir sur des lieux saints des tribus nomades ou semi nomades plus ou moins apparentées.

 

Dans ce cosmos impressionnant, la Voie Lactée, nous l'avons constaté par les appellations et les mythes qui nous en ont été transmis, apparaît comme le Flot d'énergie vitale qui impose, par l'intermédiaire de la lune et du soleil, ses rythmes d'incarnation et de désincarnation, sous l'apparence de Vie et de Mort, à toutes les créatures terrestres.
S'ensuit un animisme généralisé où tout, du minéral à l'animal en passant par le végétal, est en métamorphose perpétuelle, car la Vie - le Chasseur-Prédateur le constate à chaque instant - est absorption continuelle d'une forme par une autre, intuition parfaitement juste de la condition même du Vivant.

Dans cette religiosité à dominante nocturne, nous l'avons aussi constaté, la lune joue un rôle fondamental en tant que messagère la plus proche de nous. Elle nous montre le caractère cyclique des flux énergétiques invisibles.

Quand parfois les éclipses viennent tout à coup perturber cet enchaînement rassurant (le Ankh), on s'aperçoit que la continuité du Vivant n'est pas une donnée sûre, la Grande Mère Céleste est malade.

L'énergie cosmique a besoin d'être soutenue, encouragée. Comment ? Par des échanges avec l'énergie humaine, des "passages de vie" entre terre et ciel. Ce seront les grands rites sacrificiels dont le souvenir, sous toutes les formes, marque dramatiquement et de manière obsessionnelle la mémoire mythique.

 

De façon absolument évidente, notre satellite y prend la dimension d'une puissance maîtresse de l'activité "mentale", qui incite à l'élévation vers une réalité énergétique supérieure immatérielle. A travers les mythes se dessine un désir constant d'échapper à l'attraction terrestre

 

Comme le cycle d'incarnation/désincarnation des "âmes" qui comporte un trajet céleste entre Terre et Voie Lactée, se boucle et se renouvelle sous la conduite de la lune, on voit se confondre, dans la pensée très ancienne, attraction lunaire, activité mentale et désir d'apesanteur...

 

 

les fresques de Lascaux représentent une carte du ciel. Parmi ces 130 cavités, Lascaux ets la plus spectaculaire, considérée comme « la chapelle Sixtine de l’art pariétal ». Les peintures auraient été élaborées à l’âge Magdalénien, vers 15000 av JC. Néanmoins de nouvelles datations ont permis de découvrir que la grotte était fréquentée environ dés 18000 ans av JC, à l’âge du Solutréen.

25 000 ans avant les débuts avérés de l’astronomie, nos ancêtres Cro-Magnon observaient déjà les mouvements complexes du soleil, de la lune et des principales constellations. Et consignaient ce savoir astronomique sous la forme d’animaux peints dans l’obscurité des cavernes.

les peuples anciens, même à un stade technologiquement ou intellectuellement primitif, se sont intéressés aux phénomènes célestes et ont tenté d'apporter des explications ou des significations particulières à ces phénomènes. Au cours de leur histoire, ces peuples se sont servis de leurs observations dans des rituels ou les ont incorporés dans des mythes afin de mettre sur pied des calendriers, ou d'anticiper les dates importantes d'activités saisonnières

 

La décoration est organisée en fonction des divisions topographiques: la Salle des Taureaux abrite une immense composition centrée sur les figures de 5 aurochs plus grands que nature ; le diverticule axial voit une répartition de bovidés et de chevaux de part et d'autre de sa voûte en "trou de serrure", terminée par un cheval "tombant", enroulé autour d'une concrétion qui ferme le cheminement. Le Passage et la Nef comportent des peintures (bisons acculés, la "vache noire", la frise des "cerfs nageant") et des gravures ; le diverticule des Félins contient des gravures de félin et quelques autres animaux, dont un cheval vu de face. lors de son coucher au solstice d'été, le soleil illuminait la salle des taureaux et le diverticule axialMais aussi lumière de la pleine lune le matin lors du solstice d'hiver)

 

Atteignant le lieu le plus haut du firmament de l’hémisphère boréal, il est comme de tous temps en cette place que les Sumériens nommaient "le point ardent des cieux".

A 21 h 00 il arrive contre la porte de la grotte. En cet ultime instant précédant sa chute, comme depuis des millénaires, le luminaire glorifie l'ouverture vers les profondeurs de la terre, puis Au moment de son coucher, le luminaire flamboyant, colore de feu le seuil de la grotte.

Les préhistoriques attendaient devant l'entrée de la Terre-Mère l’arrivée de l’ordonnateur du monde pour prendre la mesure de son pas

 

le seuil de la grotte pouvait indiquer à l’observateur Magdalénien attentif la fin de l’escalade solaire dans le ciel de l’été (au nord) et son changement de direction vers le ciel de l’hiver (au sud).

Ce réceptacle terrestre, élu par le Paléolithique qui lui a confié sa créativité, sa sensibilité et sa virtuosité, s’ouvrait à la lumière de l’astre-roi. Rouge flamboyant, il faisait disparaître l’ombre au sein de la terre-mère. Son éclat sublimé redonnait vie dans la salle des taureaux à la farandole animale née d’un esprit aussi lumineux que lui, pendant que ceux du diverticule axial bondissaient.

Offert aux Magdaléniens initiés, c’était le jeu perpétuel de la lumière du soleil avec l’ombre de la terre ; c’était aussi le rite annuel renouvelable et prévisible par ceux qui avaient cette connaissance, l’autorité et la puissance. Toutes réalités astronomiques spectaculaires, qui déjà au Néolithique, étaient à l’origine des mythes fondateurs et de renaissance.

Les animaux de ce sanctuaire étaient-ils les dieux paléolithiques accompagnant la course solaire au sein de la terre-mère ? 
Étaient-ils ici présents pour assurer la renaissance future du roi du ciel ?

 

Une plaquette en bois de renne, découverte dans un abri-sous-roche en Dordogne et étudiée par Alexander Marshack, a mis en évidence que déjà à l’époque aurignacienne, les phases lunaires étalonnaient le temps.

 

confronter l'orientation et la structure des figures pariétales de Lascaux, à la structure et à l'orientation des coordonnées et des corps célestes de l'époque. 
Ce sont tous ces repères mesurables, la position des signes et leurs couleurs, qui nous ont permis de dégager une structure identique à celle du ciel magdalénien lors des solstices et des équinoxes. 

 

Les animaux et les signes peints en rouge dessinent sur la paroi de gauche la trace de la course solaire à travers les constellations zodiacales

Les animaux de la Salle des Taureaux sont alignés avec les constellations. 

 

tradition d’un temps et d’un espace sacrés lors de la remontée du soleil au moment du solstice d’hiver.

Le fait que les plus anciens sanctuaires soient des abris orientés vers le lever du soleil de l’hiver, nous renseigne sur l’ambiance et le déroulement du premier rite solaire, celui qui au fond de la « ténèbre» des jours les plus courts, fête au cœur de l’intimité familiale grâce à la flamme du foyer, le changement de direction de l’astre du jour arrivé au seuil de sa course sur l'horizon sud-est. C’est en retournant vers l'est, qu’au fur et à mesure de son pas quotidien il va reprendre de l’énergie. Le plus ancien abri valorisant cet instant est celui de la Souquette (-35000) à Sergeac ; la plus ancienne œuvre en place est celle de l’abri du Poisson (-28000) à Gorge d’enfer.

 

Le coucher solaire de l’été (304°) est encore sacralisé de nos jours. Marqué lui aussi dans le temps par des rites en relation avec le feu, lié à des mythes du cycle annuel aux résonances cosmogoniques, il correspond aux rites païens des feux, repris par les catholiques pour la Saint Jean.. Cette orientation nouvelle, qui apparaît vers 20000 BP puis nettement et régulièrement à partir de Lascaux, (environ 18600 BP), confirme de façon tangible la « révolution culturelle» pressentie par les archéologues suite à l’évolution des œuvres de ce site. Un autre temps, un autre espace sont sacralisés. On se trouve en face non seulement d’une « révolution culturelle» mais aussi sans doute d’une «révolution cultuelle. Ce n'est qu'à partir du Solutréen, qu'ont été ornées les grottes ouvertes vers le coucher de l'été.

- La direction coucher de l’été (304°) avec celle du lever de l’hiver.(124°) définit un axe qui comprend 49% du total des grottes et abris ornés. Cet axe valorise donc ces deux moments de l’année. Les grottes orientées vers le couchant de l'hiver sont moins nombreuses pour l'instant. Mais quelles somptuosité ! Cosquer, Cussac, Chauvet. On note leur ancienneté puisque la plupart sont aurignaciennes ou gravettiennes. 

 

 

Rappel tout d'abord des croyances

animistes des hommes de cette époque:

L'animisme est la première religion de

l'humanité. Il se caractérise par le fait de croire qu'un esprit anime toute chose et tout être. En

effet, l'esprit est un principe différent du corps qu'il occupe et qu'il peut quitter provisoirement

durant le sommeil ou la transe. Ainsi, les premières croyances considèrent le rêve comme un

phénomène durant lequel on voit ce qui a disparu de notre vie. Pour les hommes de cette

époque, le pays du rêve existait bel et bien, c'est un « monde autre » qui faisait partie

intégrante de la vie. Enfin, l'esprit quitte le corps lors de la mort, mais il est supérieur au corps

puisqu'il lui survit – au moins en images et en souvenir. Le culte des ancêtres participe de

cette même croyance.

 

les peintures de Chauvet remontaient à une période comprise entre - 30000 ans et - 28 000 ans.
Chauvet s'affirme ainsi comme la plus ancienne grotte ornée au monde et constitue une oeuvre d'autant plus inestimable qu'elle témoigne d'emblée d'un art en pleine possession de ses moyens. Plus surprenant encore: elle est de peu postérieure à l'arrivée de l'homme de Cro-Magnon en Europe, et elle aurait été décorée à une époque où il coexistait encore avec les Néandertaliens.

Ainsi, la grotte de Chauvet a été peu fréquentée. Il ne s'agissait donc pas d'un sanctuaire destiné à un culte de masse.

 

La grotte, avec sa profonde obscurité, a peut-être été le premier centre d'observation du ciel.

Les repères naturels offerts par les limites de son ouverture, constituent en quelque sorte une lunette géante braquant son objectif vers les reliefs lointains et la lumière du jour , ou vers un morceau de ciel étoilé la nuit.

Le changement de grotte était occasionné par un changement de saison, la recherche du gibier, ou les besoins d'une cueillette nouvelle. Se jouait alors au-dessus des admirateurs du ciel, un spectacle nouveau. Le retour sur un même site si la saison était la même, permettant d'observer encore et encore le spectacle déjà vu, amenait sans doute l'homme à se poser des questions quant à la mouvance des cieux.

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2 avril 2009 4 02 /04 /avril /2009 15:38

Mythologie, préhistoire, religion
Calendriers lunaires et rites saisonniers
Le rôle des étoiles repères dans la formation des grandes images mythiques

par René-André Lombard, 2007




En effet si les rites saisonniers paraissent une source évidente de grandes images sacrées, magnifiées au cours des temps par des interprétations symboliques et souvent encore bien vivantes dans la vénération religieuse, la répartition et la datation précise des moments consacrés à l'accomplissement de ces rites dans le cours de l'année solaire, ne pouvait autrefois se faire que dans le cadre des calendriers lunaires qui ont structuré l'existence humaine pendant des milliers d'années.

Or la caractéristique même des calendriers purement lunaires (la dérive du mois lunaire dans les saisons) a bientôt rendu indispensable l'observation d'étoiles-repères. Dans l'hémisphère nord, un secteur d'étoiles à apparition et disparition saisonnières s'est imposé à l'attention, le secteur le plus brillant du ciel entier.

Ce repérage sur les étoiles saisonnières les plus "remarquables" impliquait, comme on sait, la nécessité de nommer les constellations où elles se trouvent. Il a fallu pour cela interpréter les lignes dessinées par ces constellations en projetant sur elles les silhouettes des animaux, des végétaux ou des objets en rapport avec la saison et les préoccupations humaines du moment.

Le Triangle des Hyades


Première grande figure du secteur étincelant, ce triangle incurvé finement dessiné inaugure l'entrée dans la saison des rites. Figure marquante du Zodiaque que visite la lune, d'où son importance dans la religiosité, il est réputé « maison d'exaltation » de la puissance lunaire

  • Une Tête triangulaire à l'oeil rouge (Aldebaran) interprétée en :- Tête d'un capridé, d'un équidé, d'un bovin, en prolongeant le triangle vers deux étoiles proches de la Voie lactée lues en pointes terminales de cornes ou de longues oreilles, actuellement Taureau (Athir, idéogramme qui est à l'origine, par l'Egypte et la Phénicie, de notre A majuscule, resté comme il se doit, le symbole, de tous les commencements).Cette Tête de Bovin d'importance capitale (Bison, Buffle, Vache céleste primordiale)

 

L'immense quadrilatère d'Orion

Constellation spectaculaire par ses lignes et son ampleur, arborant en son centre un lieu d'apparition d'étoiles variables (« forge céleste » pour les Anciens, « pépinière d'étoiles » pour Hubert Reeves), chevauchant un grand alignement (Sirius/ Trois Rois/ Aldebaran) pointé sur le passage de la Lune, ce grand pan de ciel (Aratos) impose une figure céleste exceptionnelle, compendium d'images sacrées fondamentales.

Ce Géant paraît avoir été anciennement, au temps des Chasseurs et des "déesses-mères", une Géante chasseresse

 

Parmi ces très anciennes lectures qui semblent issues d'une culture de chasseurs cueilleurs et peuvent remonter au paléolithique, se détache l'interprétation qui voit dans la vaste silhouette :

  • Une grande Peau de bête, animal dépecé dont le triangle des Hyades est la tête détachée du corps. (mythe béotien de la "Naissance d'Orion", corroboré par une interprétation amazonienne identique). D'où l'interprétation en...
  • Tunique de peau, tunique porteuse de Vie et de Mort

 

La constellation du grand chien

Elle dessine, appuyée sur deux étoiles écartées, une ligne oblique qui monte de l'horizon vers Orion, et se termine par Sirius, le phare stellaire blanc-bleuté le plus remarquable du ciel entier. On y vit un animal dressé sur ses pattes arrières dont Sirius constitue, bien logiquement, la "tête".

Par son éclat exceptionnel et sa position au pied du grand alignement, au bord de la Voie Lactée, Sirius, tête du Chien d'étoiles, l'Astro Kuôn grec, le Tien Gou ou Bai Kouan chinois,  s'érige, dans tout l'hémisphère nord, en repère saisonnier sans rival.

L'Inde garde les traces d'un Ours, Riksha, maître du royaume de la nuit que parcourt la "Vierge lumineuse" conductrice des âmes. Riksha est détenteur du joyau le plus brillant du ciel, la Syamantaka : or Syama est un des noms de Sirius. Cette silhouette d'Ours redressé, gardien du Flot des âmes, qui correspond assez bien aux lignes de la constellation, peut être une des clefs de l'apparition de l'image de l'Ours dans bon nombre de mythes et de cultes européens (Atalante, Artemis Brauron, etc.), en accord avec l'hibernation saisonnière si remarquable de l'ours qui s'endort en Automne pour s'éveiller à la Pleine Lune voisine de l'Equinoxe de Printemps.

L’ours se manifeste comme un signal ambiguë, à la fois porteur  de passage par la mort et riche d'espoir en la renaissance de la Vie : à travers la tradition orale, sa silhouette paraît se confondre avec celle de l'ancienne déesse-mère qui a présidé aux origines de la tribu ou du clan et aux grands rites saisonniers, telle la rencontre avec les âmes à la Pleine Lune voisine de l'Equinoxe d'Automne (danses de transe d'automne, saison du Passage des Ames).

 

Le grand alignement
 
Caractéristique remarquable du secteur scintillant, une grande ligne droite, monte en diagonale de Sirius à Aldebaran, marqué en son centre par les Trois Etoiles d'Orion, et pointé sur le zodiaque où passe la lune.

Le Bâton aux trois étoiles, le "Bâton de Jacob". Ce long bâton signal de cérémonies cycliques (le Kal-Aur-Ops, bâton d'Orion) reste partout symbole de renaissance et de passage à travers la mort

Dans la tradition populaire le bâton étoilé restera le bâton qui "frappe trois coups" pour annoncer l'instant du drame rituel, bâton magique, bâton de l'envol vers l'invisible et symbole d'autorité supérieure.

Toujours évocateur de passage à travers la mort et par là de guérison, il sera le...

La Monture céleste, L'alignement qui s'élance du talon Sirius à la tête triangulaire Hyades, est chevauché par Orion.

Si la tête triangulaire et la ligne en S sont interprétées en tête et encolure de quadrupède, la monture du Géant devient...

  • Le Coursier du ciel. C'est en Inde un daim, monture du Maître des vents et des tempêtes.. C'est en Europe et au Moyen-Orient, un équidé : onagre, âne sauvage, cheval (Asw, Ass, Asinus, Ahsan) galopeur de l'orage, porteur de foudre et passeur des âmes. Il emporte l'officiant du rite ou le mourant vers l'Au-Delà dans l'exaltation de la transe ou dans la mort.

On peut voir en cette image d'équidé symbole de passage dans l'Au-delà une des clefs de l'art rupestre

 

Une des lectures les plus prestigieuses, construite sur le grand alignement et englobant les Hyades, Orion et le Grand Chien, qui apparaît à travers les mythes en rapport avec le voyage des âmes et sur les objets funéraires (peintures étrusques), nous montre le...

  • Navire céleste à voile noire. Les lignes du Grand Chien dessinent sa poupe et sa rame gouvernail, le trapèze d'Orion est sa voile couleur de nuit, la tête en triangle des Hyades posée sur le S de la "mantela", forme sa figure de proue, tête de Sanglier, de Taureau ou de Dragon, figure réputée "annonciatrice", dotée du don de prophétie. Elle est en effet signal de rites sacrificiels (mort) et hiérogamiques (nuptialité, naissance).

 

 

Les figures dessinées dans la nuit par les étoiles,
figures "dramatiques" par nature

 

Elles évoquent le destin des "âmes", la vie, la mort, et les rites sacrificiels


L'image que nous avons gardée sur nos cartes du ciel du groupe Orion-Taureau nous montre un Hercule guerrier brandissant une massue et se couvrant d'une peau-manteau-bouclier pour affronter un Taureau qui le fixe d'un oeil inquiétant. Cette lecture "dramatisante" des constellations, qui paraît remonter au plus lointain passé (voir la fameuse peinture au Bison de Lascaux), signe le rapport étroit qui relie images mythiques, observation des étoiles-repères et rites saisonniers de passage par la mort.

 

La "remontée" saisonnière du grand secteur céleste étincelant semble avoir été vue, dans tout l'hémisphère nord, comme la réapparition (grec : apocalypse, la "sortie de cachette") du domaine sidéral jusque là "invisible" (grec : Adès), le domaine "d'en dessous" (latin : Inferi, les Enfers) où transitent les principes de vie, les "âmes" des morts, pour rejoindre la Voie Lactée.


La Voie Lactée


Toute étude des dénominations de la Voie Lactée montre le rôle éminent dans les cultures très anciennes, vraisemblablement élaborées dans la préhistoire, :de la Nébuleuse conçue comme un tournoiement d'énergie créatrice d'où est issue la Vie sur la Terre.

 

La richesse de ce répertoire d'images montre l'importance - si totalement oubliée de nos jours en Occident - dans la pensée ancienne, de la Galaxie à laquelle nous appartenons, ressentie comme puissance cosmique émettrice de Vie.

Ces appellations font entrevoir des rassemblements cycliques et des pèlerinages terrestres au temps du grand nomadisme des Chasseurs/Premiers Pasteurs .

Ces lieux apparaissent dans la vénération religieuse comme des points de contact Ciel/Terre : lieux de présence choisis par les forces célestes. Ils manifestent la conscience, dans la pensée religieuse, de. l'identité du feu souterrain qui jaillit dans le volcanisme et du feu qui brille dans les étoiles.

 

Des lieux sacrés conçus en miroir du ciel

Typique de ce concept est la définition romaine (héritée des Etrusques transmetteurs d'une culture venue d'Orient) du "templum" : le mot a désigné d'abord un "rectangle dessiné dans le ciel" avant de désigner le monument terrestre destiné à être la demeure des images sacrées. La démarche religieuse s'exprime ici clairement : le Temple sera, à l'imitation d'Orion et de ses Trois Rois, un rectangle abritant une triade de figures sacrées, que l'on s'efforcera d'orienter selon le mouvement des constellations, c'est-à-dire sur un axe Est-Ouest, Orient-Couchant.

Ce même concept implique une topographie sacrée privilégiant des lieux de rassemblement dont le relief et les éléments peuvent évoquer par leur disposition l'ensemble du secteur céleste Hyades/Orion/ ChienSirius/Gémeaux/VoieLactée.

 

Les figurations gigantesques dessinées au sol, en miroir des constellations-repères saisonnières (exemple : le grand cheval de craie du "Dragon Hill", Uffington, U.K.) paraissent ainsi conçues pour être vues du ciel et signaler aux énergies vitales (les "âmes") en voyage vers les réincarnations printanières, le lieu où le groupe humain les attend religieusement. Dans le choix et l'inauguration du lieu sacré, le moment saisonnier de la "Lune au Taureau" se manifeste quasiment partout comme un moment privilégié. Légendes et images en témoignent en Egypte, en Béotie (Cadmos), à Troie etc.: ce sera le bovin errant marqué d'une lune blanche qui désignera l'emplacement du lieu saint. Le rite de fondation se calque ainsi fidèlement sur la séquence mythique qui, elle-même, interprète et dramatise le tableau sidéral.

 

 

 

Lever héliaque
La première réapparition d'une constellation saisonnière, qui avait disparu depuis des mois, la fait surgir à l'Orient, l'horizon Est, à la fin de la nuit. C'est l'endroit où le soleil va se lever. Bientôt les premières lueurs émanées du soleil envahissent l'horizon qu'elles colorent de nuances délicates : c'est l'aurore "aux doigts de rose". Dans cette lumière, les points brillants de la constellation se fondent et disparaissent : c'est le "lever héliaque", le lever dans le soleil de cette constellation.

Lever nocturne
Cette constellation va rester "enlevée", invisible dans le jour, pendant des mois, Puis, remontant peu à peu le cours des heures, elle finira par échapper à la lumière solaire qui nous empêche de la voir : un soir, enfin, elle se lèvera à la tombée du jour. Ce sera son lever vespéral ou lever nocturne. Nous pourrons la voir graviter dans le ciel sombre pendant la nuit entière ; elle sera alors le tableau d'étoiles qui marque, qui "signe" une saison.

Une saison toute différente de celle qui a vu son lever héliaque, une saison caractérisée par une météorologie, par un aspect de la nature et des ressources qu'elle offre aux humains, par des occupations de survie, tout différents voire opposés. Si bien que la même constellation va être vue et interprétée différemment.
Conçu vraisemblablement vers - 4000, le mythe de la "Naissance d'Orion" transmis par la Béotie le montre bien : vue lors de son lever héliaque en automne, à la saison des pluies, comme la "Grande Peau de Boeuf" céleste copieusement arrosée, la constellation demeure "enterrée" pendant des mois. Quand elle réapparaît au printemps, c'est la saison de toutes les renaissances : la silhouette d'étoiles est alors vue comme un bel "Enfant Géant", Oar-Iôn, Orion.

 

 

Un couple très particulier 
l'équidé et le bovin, l'âne et le boeuf


Nous avons vu l'importance dans la religiosité de la constellation qui marque l'entrée dans le secteur-signal étincelant, le triangle des Hyades marqué de l'oeil rouge Aldebaran posté sur le passage de la lune.

 

Or, dans le cas de cette figure inaugurale, l'opposition entre les deux saisons d'apparition se double, pour l'observateur, d'une opposition dans le mouvement de la figure.

  • Lors de son lever héliaque, la Tête triangulaire Hyades-Taureau apparaît après le vaste corps de l'animal qui s'étendait autrefois, selon Aratos, beaucoup plus loin, incluant les actuels Bélier et Poissons (la silhouette même du Bison de Lascaux). Ce vaste corps vient de défiler à la fin de la nuit au-dessus de l'horizon Est. L'animal céleste apparaît ainsi à reculons : le Taureau de la caverne souterraine "sort à reculons" (mythe d'Héraclès et Cacus) et la Tête retournée. Cette tête retournée marque la quasi totalité des représentations du Taureau mythique, du Bison de la grotte Cosquer (- 14 000) près de Cassis au Buffle de Lao Tseu en Chine, en passant par les images du Minotaure et du Taureau de Mithra.
  • Passent les mois, changent les saisons : lors de son lever nocturne, la même tête triangulaire à l'oeil rouge précède le grand alignement Aldebaran-Trois Rois-Sirius qui va se dévoiler progressivement. Si cet alignement, agrémenté de la mantela en encolure courbe, est interprété, comme nous l'avons vu , en Coursier céleste, le triangle à l'oeil rouge devient cette fois la tête de ce Coursier qui s'élance dans le sens direct pour parcourir la nuit de l'Orient au Couchant. Le voilà devenu tête d'Equidé, Onagre, Ane, Cheval.

 

une extraordinaire collection d'idéogrammes calendaires. On y voit figuré, dans un contexte de festivités marquées par la musique et la danse, ce Cheval dont la tête s'orne des cornes du Buffle (le Taureau qu'il a été en son lever héliaque) : un "Cheval masqué en Taureau"

 

A travers ce jeu idéographique on aperçoit deux grandes cérémonies saisonnières complémentaires, visiblement en rapport avec le passage de l'énergie vitale à travers la Mort, opérées à six mois d'intervalle.

  • La première paraît être déclenchée au lever nocturne des Hyades, elle est imprégnée de l'angoisse suscitée par la venue de l'Hiver et le danger de mort qu'il fait courir : les rites de transe et les sacrifices évoquent la course des âmes à travers la mort vers une nouvelle incarnation, la Tête étoilée évoque cette chevauchée, elle est lue en Tête d'Equidé.
  • La seconde semble avoir pour signal le retour, guetté avec ferveur, de ces mêmes Hyades entraperçues dans leur lever héliaque. La fête se déroule dans l'exaltation des nourritures retrouvées, dans la perspective de la fécondité, de la nuptialité, des heureuses naissances qui vont suivre et du lait maternel, tout ce dont les bovins nourriciers sont le symbole : le signal saisonnier devient cette fois la tête, tournée vers les humains, du Taureau ou de la Vache céleste ressurgis de leur caverne souterraine. Et les cornes du Bovin, annonciatrices de la prospérité que l'on espère

 

Course nocturne en automne, lever héliaque au printemps, voilà qui nous situe, si ces célébrations ont été conçues dans la préhistoire, vers - 26 000. Leroi-Gourhan, dans sa longue expérience de la peinture rupestre, avait eu l'intuition de la valeur idéographique du couple complémentaire Equidé-Bovin : il le supposait lié aux notions de masculinité et féminité. Notre étude nous conduit à voir dans l'association des deux images, la notation d'un ensemble de manifestations religieuses plus complexe, toujours en rapport avec la survie par la fécondité, mais où l'idée d'un trajet saisonnier des énergies vitales à travers la mort vers une réincarnation joue un rôle essentiel.

 

De fait, nous voyons encore sur les gravures représentant le Domaine des Morts, en Chine et dans l'Océan Indien, le couple de Mia Men, "Face de Cheval" et Niu Tou "Tête de Buffle", armés du Trident, conduire les âmes des défunts dans leur parcours de purification.

En Europe, l'Ane et le Boeuf apparaissent ensemble au musée de Saint Germain sur l'autel du Cernunnos celte aux yeux clos (passage par le domaine de l'Invisible). Ils viendront jusqu'à nous, christianisés, pour veiller, toujours de pair, dans la caverne-crèche, sur la naissance, au solstice d'hiver, de l'Enfant Divin.

 

 

Tous les calendriers anciens ont été lunaires à l'origine.

La lune maîtresse de calcul

La "mesure" offerte par le cycle lunaire, 28, 29 nuits, parfois 30, arrondis dans la plupart des traditions en 28, présentait à l'esprit humain un jeu de nombres particulièrement maniables.

Les phases successives divisent l'unité de l'astre (le 1) en 3 images différentes (Croissant, Pleine Lune, Croissant) ; thême de l'Unité dans la Triplicité. L'importance de ce 3 se renforce du fait que la Pleine Lune garde sa rondeur lumineuse 3 nuits de suite, de même qu'elle disparaît pendant 3 nuits. Cette disparition complète (le rond noir qui figure sur nos calendriers) succédant à la métamorphose en 3 phases, lui donne  4 apparences successives. Ces 4 apparences divisent les 28 nuits en 4 périodes de 7 (la "semaine", nombre qui, joint au nombre des étoiles de la Pléiade annonciatrice, devait devenir un nombre sacré fondamental). Ces 4 périodes de 7 pouvaient, en considérant l'avant et l'après Pleine Lune, se grouper en deux périodes de 14 (les "fortnight" conservés en Grande Bretagne).

Ajoutons qu'aux yeux des Anciens, il fallait 9 nuits de "gestation" au croissant nouveau pour qu'il atteigne sa renaissance de pleine lune (les "Nones" du calendrier romain qui précèdent la pleine visibilité des "Ides" (Vid, Id  : voir). S'ajoutant aux 9 mois solaires qui amènent d'ordinaire une grossesse à son terme, ce 9 lunaire, si riche de possibilités mathémathiques, restera considéré comme le nombre-clef de la croissance de tout embryon (le "nombre de Hèra" pour les Pythagoriciens, le nombre d'Isis en Egypte, le nombre de Gwan Yin, la "donneuse d'enfants", en Chine,  le nombre symbole de l'incarnation de l'énergie cosmique dans une créature terrestre.


Maîtresse du calcul du temps, maîtresse de pensée

Citons Mircéa Eliade (Images et Symboles):

La lune mesure le Temps. Les rythmes lunaires marquent toujours une "création" (les nouvelles lunes), suivie d'une "croissance" (la pleine lune), d'une décroissance et d'une "mort" (les trois nuits sans lune).
C'est très probablement l'image de cette éternelle naissance et mort de la lune qui a aidé à cristalliser les intuitions des premiers hommes sur la périodicité de la vie et de la mort et a dégagé par la suite le mythe de la création et de la destruction périodiques du monde...

Le symbolisme lunaire de "naissance-mort-renaissance" est manifeste dans un grand nombre de mythes et de rites.


Et encore (Le sacré et le profane) : On peut parler d'une "métaphysique de la lune"...

Cette Maîtresse de pensée se situe, dans son orbite, entre la Terre et le ciel étoilé. Position intermédiaire. Elle sera, dans la fabulation mythique l'Envoyé, le Messager (MSh, Mes, Mis :Her-Mès, Arte-Mis) délégué par la ou les puissances célestes créatrices pour apprendre aux créatures du monde "sub-lunaire" à déchiffrer l'Univers. Quand la puissance créatrice supérieure sera vue comme une matrice cosmique féminine, cet Envoyé sera masculin : Sin le Mésopotamien, Ptah l'Egyptien, maître de calcul, découvreur de toute juste proportion, Menuo le Slave. Quand, après la "bascule des religions", la puissance créatrice supérieure sera conçue comme masculine, l'astre messager  deviendra "la" lune

 

 

l'An solaire ne contient pas un nombre simple de mois lunaires : ni 12, ni 13. Il s'en faut de 11 jours (10,875) pour qu'il totalise 13 lunes. Problème.

Problème grave. Car le cycle solaire est le Cycle des Saisons, marqué par

  • un point haut, nuits courtes : Solstice d'Eté (21 Juin)
  • un point bas, nuits longues : Solstice d'Hiver (21 Décembre)

Ces deux points sont séparés par deux moments-clefs intermédiaires où la durée de la nuit est égale à celle du jour.

  • Equinoxe d'Automne (22 Septembre)
  • Equinoxe de Printemps (20 Mars)

Ce cycle des Saisons, en modifiant notre réception du rayonnement solaire, s'impose comme une donnée fondamentale de la Vie sur la Terre.

 
Quand les "lunes" vagabondent dans les saisons

La succession des "lunes" est indépendante de la succession des saisons et des métamorphoses de la Nature que cette succession implique. Le calendrier lunaire pur est "vague" : si on donne un nom inspiré d'une circonstance saisonnière (par exemple, pour un mois proche de l'Equinoxe de Printemps, la "Lune du Réveil de l'Ours"), à chacun des mois lunaires composant une série de 12, cette série sera terminée avant que l'An solaire soit achevé.

 

On devine que ce n'était guère supportable, pas plus pour les Chasseurs-collecteurs que plus tard pour les Premiers Agriculteurs. L'Humanité, dans ses activités vitales, a besoin que chaque nom de mois puisse évoquer des conditions météorologiques et des activités saisonnières (soulignées par des rites) précises et identiques chaque année.
L'Invention des premiers calendriers réharmonisant cycle lunaire et cycle solaire apparaît comme la première épopée mentale de l'humanité.

 

"Embolisme" de la Treizième Lune

Le retard pris par les cycles lunaires sur le cycle solaire étant d'un peu moins de 11 jours, au bout de trois ans (solaires), ce retard va être voisin de 30 jours. Ce sera le moment d'ajouter aux douze mois  précédents un treizième mois supplémentaire.
Par cette intercalation (grec : "embolisme"), on remet les apparitions/disparitions de la lune en accord, en "harmonie" avec les saisons (cette Harmonia deviendra un personnage mythologique).

Cette Treizième Lune est la jumelle de la précédente. Victoire de la pensée humaine. Cette union des cycles célestes qui régentent la vie des créatures terrestres réalisée par le calcul humain.

L'expérience a montré que pour parvenir à une "Harmonia" quelque peu durable, il faut ajouter deux mois lunaires supplémentaires sur un cycle de cinq ans. On mesure l'importance de ces intercalations de Treizièmes Lunes : elles imposaient le notion de cycles pluriannuels. Lesquels se devaient d'être marqués par de grandes célébrations de Fin de Cycle/Entrée dans un Temps Nouveau, marquées de pélerinages terrestres ou marins (Cycle delphique, cycle déliaque, etc) Source évidente dans la mémoire collective. d'images sacrées inoubliables.

Au cours des millénaires, une recherche tenace s'est attachée, dans chaque culture, à concevoir des cycles pluri-annuels de plus en plus précis.

 

La "Grande Année" de 19 ans

Ce cycle, en 235 lunaisons, couvre 6940 jours, alors que le soleil en parcourt 6939, 76 heures, 32 minutes. Approximation assez satisfaisante

tous les 19 ans de grands rassemblements cérémoniels (où l'on célébrait précisément le "jumelage" du cycle lunaire d'Artémis avec le cycle solaire d'Apollon)

la petite palette trouvée à l'abri Blanchard (Dordogne, Aurignacien) notait bien, comme l'avait pressenti Alexander Marschak ("The roots of Civilisation") deux mois lunaires successifs, mais que les minuscules cupules et encoches qui y sont gravées représentent avec une exactitude toute "scientifique" la succession des phases de la lune sur deux mois successifs bien particuliers : ceux qui précèdent, au Printemps, l'entrée dans un cycle de 19 ans.

En établissant ainsi que, vers - 32 000, au temps de la pierre taillée, une culture élaborée avait défini et utilisait comme une donnée de son existence collective la "Grande Année" en la faisant commencer, comme l'usage en est resté longtemps, à la Nouvelle lune de Printemps.

 

dans ces régions proches de l'Atlantique qui sont pour nous les plus riches en sanctuaires rupestres, un cérémonial de renouvellement de cycle, opéré à l'apparition de l'alignement (la Stulè : colonne et repère) couronné par la tête du Taureau et marqué en son milieu par le Géant au Trident Trois Etoiles : ce cérémonial magnifie l'adjonction d'une Treizième Lune, jumelle de la précédente (Eu-mèlos : "bon accord")

 

Mais la palette gravée de l'Abri Blanchard nous donne à penser que ce cycle si usuel avait déjà paru insuffisamment performant à certains astronomes religieux qui s'efforçaient depuis le paléolithique de trouver de meilleures solutions..
La "Grande année de 19 ans", par les prestigieux rassemblements qu'elle suscitait, fut sans doute un des éléments récurrents les plus remarquables de la vie religieuse des âges de la pierre.

 

le long et étroit couloir observatoire de cet édifice, avant son déplacement, était orienté précisément sur l'apparition à la fin de la nuit des Trois Rois d'Orion, le rayon de soleil levant succédant à cette apparition, parcourait soudain l'obscurité du temple, pour révéler tout au fond, de façon saisissante, les trois figures sacrées osiriennes.

 

Comment, en effet, le souvenir des festivités impressionnantes qui marquent les "Passages de Cycle" peut-il se transmettre dans la mémoire collective ? Sous une forme condensée : celle d'une image symbolique, image sacrée à l'origine, qui suffit à les évoquer. Cette image et le nom qu'on lui donne, résument l'ensemble des actes qui marquent la célébration saisonnière

 

Comment se construit cette image ? A partir des éléments qui ont donné le signal des festivités . Quels sont ces éléments ? Essentiellement le symbole du mois lunaire mis en relation avec la silhouette de la constellation-repère.

C'est ainsi que nous voyons apparaître et rivaliser au cours des millénaires trois grandes figures emblématiques dont l'image et le nom évoquent l'apparition de trois calendriers cycliques successifs.

Atlas : le premier (selon Diodore) calendrier "atlante"

Le Géant au genou ployé, posté au voisinage du dragon Ladon, en son "Jardin" où se dresse l' "Arbre au Serpent" marqué des "Trois Pommes d'Or", est réputé "Porteur du Ciel".
Cette image de "Porteur", c'est précisément ce que suggère son nom. Le vocable

ATL
Tel, Tol, Tal
(Tlaô, Tollo : je porte avec effort, je supporte, j'emporte)

Ce vocable engendre une riche famille de mots, qui, du profane au sacré, du "talon" (talos, talus) et au "support de balance" (tal-enton) qui pèse les âmes et leur valeur (talent), s'illustre dans les noms de Géants fabuleux, déclencheurs de festivités sacrificielles dramatiques (Talos, Tan-Talos, Tel-Amon). Une famille de noms millénaires qui fleurit particulièrement dans les Cyclades, mais qui semble avoir franchi le détroit de Behring. Atlat : désigne le "support de javelot", le propulseur aztèque, et le grand Tohil, qui fit jaillir le premier feu du frottement de sa sandale, est la divinité éponyme des Toltèques les concepteurs du calendrier astronomique le plus complexe que nous connaissions.

L 'Etolie (Grèce du Nord) a gardé trace d'une forme féminine du nom d'Atlant : Atalante. Là encore, les Trois Pommes d'Or jouent un rôle décisif : le mythe montre, dans un contexte de chasseurs lanceurs de javelots, la Chasseresse blanche imbattable à la course et tueuse de jeunes hommes, obligée de marquer un arrêt, dans son parcours sacrificiel, devant les Trois Fruits fatidiques avant d'être unie à son vainqueur, Mélaniôn ou Meleagreus, le "Chasseur Noir". La séquence peut donner une indication sur le déroulement du cérémonial de Passage de Cycle : déclenché à la Lune (le mois lunaire) qui voit paraître le Géant Chasseur nocturne aux Trois Etoiles, il fait succéder à une tuerie sacrificielle en forme de combats sélectifs une hiérogamie présage d'heureuse survie.

Ainsi l'Atl-Ant, qu'il ait forme féminine ou masculine, apparaît bien, conformément aux dires de Diodore, comme le premier "support" d'un calendrier stello-luni-solaire, digne de rester pour la postérité le symbole même du plus ancien savoir astronomique et de la connaissance de l'Univers.

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1 avril 2009 3 01 /04 /avril /2009 17:30

La référence au sexuel est d'abord une référence au caractère fondamental et déterminant qu'est le couple plaisir/déplaisir dans la manière où il appréhende le monde et le signifie.

C'est le premier jugement d'attribution : "cela est bon, je veux le mettre en moi", ou "cela est mauvais (déplaisant) et je veux le rejeter de moi ou l'interdire de rentrer en moi".

Il faut alors trouver un moyen de rendre ce qui provoque d'emblée plutôt du déplaisir suffisamment plaisant pour pouvoir l'accepter et l'intégrer.

 

les théories à partir desquelles l'enfant "signifie" son expérience du monde et de lui-même sont des "théories sexuelles infantiles" : elles sont des théories du plaisir et du déplaisir, des théories de ce qui provoque le plaisir, des théories de ce qui fait souffrir, de ce qui soulage, de ce qui soigne, des théories du traitement de la pulsion (et traitement par la pulsion) et des grandes énigmes qu'elle produit dans la vie psychique.

Caractère sexuel du sens, des premières formes de mise en sens de l'expérience subjective.

Le terme de sexualité réfère à un comportement, à la mise en acte d'un certain nombre de désirs, c'est-à-dire à une certaine forme de réalisation, de tentative de réalisations des désirs, de mise en œuvre de ceux-ci dans la relation à l'Autre ou la relation à soi-même.

Le terme de sexuel réfère quant à lui à un éprouvé subjectif, que celui-ci s'accompagne ou pas d'une mise en acte. Bien sûr, le sexuel n'est pas sans rapport avec la sexualité, qui est une importante source de plaisir. Mais il se réfère surtout à la vie pulsionnelle interne, à la place des pulsions dans le processus psychique (intérioration ou externalisation des contenus psychiques), processus d'appropriation subjective par lesquels le sujet "introjecte" et intègre sa vie affective ainsi que les désirs que celle-ci comporte. Le sexuel donne le modèle de notre rapport subjectif interne à l'Autre et à soi-même. Il met en scène comment les choses "rentrent" en soi, comment "ça rentre", comment "ça sort", dans le corps, dans la psyché. Ainsi, le sexuel définit des modalités intrapsychiques, que celles-ci s'accompagnent ou pas de manifestations dans le comportement sexuel, dans la sexualité du sujet.

 

La pulsion est ce qui met en mouvement, en branle, le processus psychique, ce qui provoque le travail psychique.

Les forces, les pulsions, qui animent la vie psychique ne sont pas toutes en harmonie. Elles peuvent rentrer en conflit, luttes et oppositions les unes avec les autres, ou avec d'autres formations psychiques, le moi, le surmoi (qui représente la partie de la psyché contenant les règles de fonctionnement auxquelles le moi doit se soumettre), ou certains pans de ceux-ci.

Le "ça" est le réservoir des pulsions, le fond de la psyché à partir duquel les autres parties vont devoir se différencier.

La pulsion est ce qui donne le sens, la direction du processus psychique, son vecteur.

Expérience subjective comporte la pulsion, l'excitation, la contrainte que la pulsion exerce sur la psyché, de l'exigence de travail psychique qu'elle impose.

La perception et la réalité extérieure doivent être "pulsionnalisées", investis par la pulsion pour prendre sens.

L’excitation désigne un état de la pulsion peu organisé, peu représenté dans son but, son objet. L'excitation est diffuse, la direction n'est pas précise, mais il y a néanmoins l'idée d'une tension à évacuer d'une manière ou d'une autre.

La pulsion désigne un état de l'excitation organisée vers un but, qui possède une poussée directionnelle.

La motion pulsionnelle est la manière dont la pulsion se manifeste.

Le désir désigne une poussée pulsionnelle, une motion pulsionnelle appropriée par un sujet, reprise à son compte par le sujet.

On peut en effet accepter la poussée pulsionnelle (on se sent alors porteur d'un désir), ou au contraire en refuser la teneur, la représentation ou la force, et la pulsion peut produire une crainte, une menace, une effraction potentielle pour la psyché.

Position que prennent la psyché à l'égard de la poussée pulsionnelle, la position subjective qu'elle adopte.

 

La problématique de l'analité et de la castration s'inscrit dans celle, plus vaste, du pouvoir et de la sexualité.

Le pouvoir et la sexualité sont deux réalités intimement liées : en effet, comment le pouvoir pourrait-il se reproduire, si ce n'est sexuellement ?

Là où il y a production et reproduction est le sexe, fût-il imaginaire.

Mais le pouvoir est aussi un lieu de plaisir et la sexualité le domaine du pouvoir sur l'autre et sur soi-même. En matière d'autorité et de sexualité, il y a ceux qui "en ont" et ceux qui "n'en ont pas".

L'autorité est mâle : elle est un attribut, aussi ne faut-il pas dépasser ses attributions, ne pas vouloir en faire plus que son père (on tomberait malade).

La femme n'a pas d'autorité spécifique : elle ne détient que celle considérée par le mâle dès lors qu'il exerce son pouvoir sexuel. Pour "en avoir", la femelle peut choisir la réussite professionnelle (notamment sexuelle : la prostitution) ou encore ne jamais exercer son pouvoir sexuel (la virginité, notamment dans une vie spirituelle/religieuse).

De manière générale, la société ne lui reconnaît d'autorité qu'en tant que mère. La femme ne participe qu'au pouvoir et à la puissance ; elle disposerait d'une grande puissance de séduction et d'un pouvoir sexuel restreint, une sorte de sexualité animale.

En réalité, le mâle n'en finit pas de vouloir être un et de se croire unique, comme si la possession du phallus lui conférait l'existence même : "je l'ai, donc je (le) suis".

Sa quête amoureuse, incessante, ne signifie ni plus ni moins que la nostalgie d'une unité perdue : elle passe par le sexe (le sien) et la possession de la femme : faire l'amour c'est ne faire qu'un.

Pour la femme, son sentiment d'existence n'est pas aussi tributaire d'un seul organe, mais de la totalité du corps.

Cette moindre localisation de la jouissance permet à la femme de mieux dissocier érotisme et le sexe, et explique une plus grande aptitude à l'amour.

Son ouverture à l'altérité lui donne la chance d'accéder à l'Un, qui ne peut provenir que de l'Autre.

Ainsi, quand on aime, il ne s'agit pas de sexe.

Moins que l'homme, la femme ne sera dupée par la prétendue unité du rapport sexuel. C'est bien en relation avec le par-être que nous devons articuler ce qui supplée au rapport sexuel en tant qu'inexistant. Il est clair que, dans tout ce qui s'en approche, le langage ne se manifeste que de son insuffisance. Ce qui supplée au rapport sexuel, c'est précisément l'amour.

 

Analité et érotisme anal : première phase, en lien avec l'évacuation, est caractérisée par la pulsion sadique de destruction; la seconde, liée à la rétention, se manifeste par la pulsion sadique de possession.

Cette double symbolique du don et du refus, dans l'activité de défécation, montre que l'intérêt pour l'argent, dans la mesure où il est de nature libidinale, se rapporte au plaisir excrémentiel.

Les marchés sont plus des lieux d'échange de la parole que de l'argent.

Assimilation du corps à l'analité (trou du cul, tas de merde, fumier).

Sans argent, l'homme ne vaut rien. Le pouvoir politique lui-même n'a d'intérêt que pour l'argent qu'il procure et la jouissance qui en découle.

 

La hantise de la castration l'amène à rejeter cette castration, comme si l'humain ne voulait rien savoir de cette angoisse, au profit d'un "commerce par l'anus". Par ce repli, il refuse la réalisation génitale de la sexualité, tout en entretenant une attitude ambivalente à l'égard du père, castrateur, objet des désirs de mort et par là source de culpabilité.

 

Castration :

Relation entre la fixation anale et la castration, et relation entre le complexe de castration et le complexe d'Oedipe.

En attribuant un pénis à tous, l'enfant ne peut expliquer la différence entre les sexes que par la castration. Ainsi, le garçon craint la perte de son pénis alors que la fille ressent son absence comme un manque.

Le complexe de castration garde son unité sous des formes symboliques extrêmement variées (phobies, actes manqués, accidents, maladies, etc.) et on retrouve aussi ses effets dans des phénomènes tels que l'impuissance, la frénésie sexuelle, l'envie exacerbée du pouvoir et de l'appropriation des êtres et des choses.

Le complexe se fonde sur les expériences traumatisantes de perte, de séparation avec un objet : la perte du sein maternel, le sevrage et la défécation

L’envie du pénis constitue un élément déterminant de la sexualité féminine, notion élargie au champ du désir par pénis (pouvoir)=enfant=argent, donc un retour à l'analité.

L’envie est inhérente à la phase orale, le sein maternel est son premier objet.

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1 avril 2009 3 01 /04 /avril /2009 17:28

Hermès relie les animaux, les humains, les âmes, les dieux.

Hermès assure la continuité du passage entre l'animal (le primate gardien du groupe, au sexe érigé) et l'humain (le phallus, borne symbolique). Il est ithyphallique : son sexe est fertile, fécondant, mais également générateur de signes, par la transformation du pénis sexuel en phallus symbolique, signal des portes, des chemins, des carrefours. Son image se dresse aux carrefours, constituée d'un pilier dont la partie supérieure forme un buste humain, le phallus érigé : il marque les territoires, guide les voyageurs sur les routes.

Il est l'esprit de la pierre (des représentations phalliques à l'Hermès ithyphalliques en passant par les menhirs dressés), comme ancêtre mort.

Son origine chtonienne le rattache à la mort comme fécondité et source de vie : il véhicule ainsi l'esprit du mort comme protection pour les vivants. Il permet donc la communication entre les vivants et leurs ancêtres (sa patronne est Mnémosyne, la mémoire, mère de toutes les Muses).

Il est donc le dieu des changements d'état, l'agent des rites de passage.

Hermès est Thot dans l'ancienne Égypte : maître de la sagesse, des lois, de la santé. La déesse du ciel Nout, mère d'Osiris, avait reçu de son mari (le dieu soleil Râ) la malédiction de ne pouvoir accoucher dans aucun mois, ni dans aucune année, du fait de son adultère avec le dieu de la terre, Geb. Thot, qui avait de l'amour pour Nout, gagna, en jouant aux dames avec la Lune, cinq jours supplémentaires qui permirent de synchroniser les cycles annuels de la lune et du soleil. C'est au cours de ces cinq jours supplémentaires, intercalés au début de chaque année, que Nout donna naissance à cinq enfants : Osiris, Horus l'aîné, Seth, Isis, Nephtys.

 

Thot a un rôle réparateur : quand Horus, le dieu de la Lune, entreprit de lutter contre son oncle Seth, le dieu violent du désordre, celui-ci lui creva un œil, que Thot répara.

Thot, comme Hermès, ne se contente pas de changer les choses, il participe à leur amélioration.

Hermès (lien, fondation, embryon : ce qui sert d'appui, d'origine, la pierre qui marque le point de départ, le sexe - herma=phallus érigé) est un fils bâtard, produit d'une union adultérine cachée, nocturne, de Zeus avec la nymphe Maïa (la plus jeune des Pléiades) qui profite du sommeil d'Héra. Mais Hermès passe de la nuit au grand jour. Issu d'une tromperie, il affiche des comportements de vol rusé et de tromperie. D'origine bâtarde, obscure, il exhibe d'emblée des comportements d'ouverture répréhensibles. Mais, contrairement à Oedipe, la tromperie, en se transmutant en œuvre positive et civilisatrice, n'a pas de conséquences tragiques. Le mensonge est ici affirmé d'emblée comme signe d'appel à la socialisation. La trahison se transforme en traduction ; l'interprétation comme tromperie est à la fois affichée, reconnue comme telle, mais devient aussi la source d'une transaction conciliatrice et humainement bénéfique.

 

Hermès-Thot est le premier homme, avant le Déluge. Il se transforme en devant Poïmandrès, pasteur de l'humain, en tant qu'Hermès Trismégiste (Trois fois grand : second Hermès, son petit-fils postdiluvien), modèle mythique de l'initié.

Hermès n'est ni savant ni charlatan : il traduit, interprète, et donc modifie le sens des signes par la distorsion de leur finalité première. Il est l'opérateur fonctionnel et vivant des rites de passage, générateur de nouveaux médias : cela modifie le sens des messages, bouleverse les effets de vérité et produit de nouveaux mythes.

Hermès est le voleur des bœufs d'Apollon, l'introducteur des songes, le guetteur nocturne, le rôdeur des portes.

Hermès sillonne les chemins, marque la direction, borne l'espace. Il semble présent dans les situations scabreuses, aux carrefours incertains, aux lieux mobiles où les foyers s'ouvrent vers l'extérieur.

L’action séditieuse apparaît très  vite, dès le jour de sa naissance. Le voilà qui dénoue les liens de ses langes, part à la recherche du troupeau d'Apollon, arrache la moelle de vie d'une tortue (dont il tire une substance thérapeutique). Il transforme la carapace en jouet musical, celle-ci devenant caisse de résonnance d'une lyre (un des instruments les plus anciens à un rôle d'accompagnement du chant; grande carapace de tortue qu'il perça pour y fixer des roseaux d'où partaient sept cordes en boyaux de brebis ; l'ensemble était recouvert d'une peau de bœuf et se jouait avec un plectre - petite baguette en bois ou en ivoire, médiator). La lyre est l'attribut d'Hermès, son inventeur, d'Apollon musagète (Apollon et trois muses : Calliope muse de la poésie, Polymnie muse de la rhétorique et Terpsichore muse de la danse. Le thème : Apollon musagète (« conducteur des muses ») instruit les muses à leurs arts et les conduits au Parnasse), d'Orphée, d'Érato (fille de Mnémosyne. Elle est la patronne de la poésie lyrique et érotique.

. Le mont Parnasse (ou simplement Parnasse, du grec ancien Παρνασσός / Parnassós) est une montagne du centre de la Grèce, qui surplombe la cité de Delphes. Particulièrement vénéré dans l'Antiquité, il était consacré à la fois au dieu Apollon et aux neuf Muses, dont il était l'une des deux résidences.

L'origine du nom est probablement préhellénique. Ainsi, des archives hittites ont révélé l'existence d'un toponyme anatolien comparable : Parnašša qui semble dérivé du hittite et du louvite parna signifiant « maison » ou « demeure ». Il semblerait que, primitivement, le sommet du Parnasse, comme celui de l'Olympe, fut considéré comme le haut lieu de culte de l'hiérogamie du Ciel (Zeus, associé à Ouranos, divinité première du ciel) et de la Terre (Gaïa), car on sait que le sanctuaire de Delphes fut d'abord consacré à Gaïa avant d'échoir à Apollon.

 

Séduit par les sons qu'Hermès tirait de sa lyre, Apollon accepta l'échange de ses troupeaux pour l'acquisition de l'instrument. Finalement, le troc transforme le vol en échange légalisé.

En devenant dieu à part entière, Hermès sera, avec Hestia, la divinité la plus proche des humains, dans une fonction complémentaire avec elle : au centre des foyers, Hestia assure leur fixité et leur pérennité; Hermès, situé au niveau des portes, serrures, limites des lieux, frontières des domaines, prend place où l'on rencontre le changement, où l'humain est mobilisé du dedans vers le dehors.

De voleur, il devient pour les humains le fondateur de l'échange des biens et des paroles.

Ligoté avec des branches de gattilier par Apollon pressé de récupérer son troupeau, Hermès pousse le prodige au point où l'arbre va multiplier ses racines enchevêtrées, afin de retenir les précieuses vaches : enserré dans des liens, Hermès les multiplie ainsi dans un enracinement libérateur de son larcin. Loin de masquer ou d'atténuer l'aspect extrême de la situation, il sait avec art la pousser jusqu'à son paroxysme pour la retourner à son avantage.

 

Mais il est aussi le messager des dieux, le tueur d'Argus (pr se purifier de ce meurtre, les dieux jetèrent un tas de pierre en direction d'Hermès, d'où on érigea un tas de pierres auprès des effigies d'Hermès sur le bord du chemin), le dieu aux rayons clairs, le semeur de richesses

Dieu profondément équivoque, Hermès passe au travers des mots et des choses, médiateur habile qui sait faire fructifier les accidents réels et masqués qui résultent des communications : c'est par accident qu'Hermès contrôle la végétation et la domestication, construit la cithare et la flûte de Pan, découvre l'art du feu, est présent quand surviennent la séduction, le mariage, la reproduction. Porteur des messages inattendus, il est le dieu mythique du mouvement, du changement d'état, des transitions, des contacts entre éléments étrangers. C’est lui qui fait pivoter le gond des portes à leur ouverture, brouille la nature des signaux laissés par son passage, créateur de confusion et de réorganisation.

Hermès est le fondateur humain de la ritualisation thérapeutique : il est le paradoxe par excellence, le "serviteur appliqué", le personnage douteux qui "manque de dignité", le guide dans les chemins obscurs, recouvrant les aspects peu nobles de la psychologie humaine.

Protecteur des domestiques, il est lui-même le serviteur des dieux (en Crète, les esclaves festoyaient en son honneur et étaient servis par leurs maîtres, comme au carnaval, symbole de l'inversion des "valeurs" de la société, quand elle se regarde dans le miroir. Parmi les dieux, il est le plus proche et le plus aimé des hommes, en tant que dieu du gain inopiné, de la bonne fortune (chance). Il est le guide sur les chemins de passage, celui qui est retenu, détenu par des liens, matériels et affectifs. Sa ruse, son habileté, son invention trouve leur place dans la béance obscure, incertaine, indéfinissable entre la réalité et la fiction, lieu même où la réalité se cherche pour se perdre indéfinitivement : la mimesis. Hermès permet la communication dans la maison, parmi les habitants de la maison et la famille, dans le mariage, des pensées dans la parole, dans leurs aspects ambigus et incertains. Chez Hermès, le métis devient friponnerie, et l'étrange ironie. Mais cette friponnerie et cette ironie fonctionnent comme des messages prescripteurs, qui régulent les formes négatives et violentes des liens. Grâce à Hermès, la friponnerie, par la métis, devient sagesse, source de pacification en cas de conflit, et l'étrange, l'ironie deviennent humour, par amplification de l'absurde. Chez Hermès, le mensonge, la tromperie et le vol précèdent la reconnaissance sociale, l'action industrieuse et créatrice, le partage juste des biens et des valeurs civilisatrices.

Dieu des relations pacifiques et des rapports sociaux entre les humains, il est dieu des éphèbes, préside aux luttes et aux concours gymniques. Dieu personnifiant le double crépuscule du soir et du matin, il disparaît chaque soir à l'occident pour reparaître le matin à l'orient. Il devance l'aurore, annonce Zeus. Il devance la nuit, précurseur des divinités nocturnes. Hermès est le signe de la nuit, de la ruse, du vol nocturne.

Médiateur habile, astucieux, ingénieux, dans les situations ambiguës, dangereuses, Hermès met fin au combat entre les dieux : je ne veux pas, Léto, combattre contre toi : il est trop dangereux de s'en prendre aux épouses de Zeus, l'assembleur des nuées. Va vite chez les dieux, si tel est ton désir, te vanter de m'avoir vaincu de vive force. Aphrodite, épouse d'Héphaïstos le boiteux, tombe amoureuse d'Arès. Héphaïstos, informé par le soleil, les pièges dans leurs ébats en installant des réseaux de chaînes invisibles, placés au pied du lit et au plafond. L’ingénieux réseau immobilise les deux amants surpris : Apollon prend Hermès à partie : Hermès, le fils de Zeus, le porteur de messages, le semeur de richesses, je crois que tu te laisserais prendre sous de pesantes chaînes, réseaux invisibles, pour dormir en ce lit de l'Aphrodite d'Or.

Hermès, le message rayonnant : Ah, plût au ciel seigneur à la longue portée. Qu'on me charge Apollon, et trois fois plus encore de chaînes infinies et venez tous mes voir, vous dieux/déesses, mais que je dorme aux bras de l'Aphrodite d'Or. Le rire éclata chez les dieux.

Hermès aura un enfant avec Aphrodite, Hermaphrodite. Hermès est le premier Adam, homme primordial, Adam-lumière, pneumatique ; le deuxième Adam est l'Adam psychique, Isis, Ève, Hermaphrodite ; le troisième est l'Adam terrestre.

 

les transaction d'Hermès sont les formes ambiguës de communication marquées par le transfert d’un bien matériel ou moral entre deux personnes ou plus, qui surgit au travers de circuits arborescents (transgénérationnels ou d'échanges); sous la forme d'un changement brusque et imprévu d'un système de valeurs; où l'intelligibilité du processus de la transaction reste équivoque. Ce transfert correspond à une transmission symbolique, il s'accompagne d'une transformation mythique ou idéologique. Ceci est un mythe !

La transaction d'Hermès se produit lors d'un changement d'éclairage : ce qui était lumineux devient obscur, ce qui était obscur devient visible. Elle correspond à un point critique d'un système où les parties, les unités sont isomorphes à la totalité, et où la totalité est isomorphe à chaque unité. Ceci est fugace, passager, correspondant à la synchronisation de temporalités asynchrones (tout change en deux, trois générations). Elle surgit par exemple lorsque chaque partenaire d'une famille a une représentation du système familial, où le groupe familial a une représentation de chaque partenaire, et où ces représentations sont identiques (propriété d'holomorphie du système). Ce phénomène intervient, de manière plus ou moins réussie, lors du passage de l'enfance à la vie adulte, au travers de l'adolescence. L'adulte ne devient autonome que s'il intègre ses systèmes d'appartenance, et que ceux-ci arrivent à l'intégrer comme tel.

ce type de transactions, qui peut advenir de manière spontanée, accidentelle, contingente, intervient habituellement lors des rites de passage : il existe alors une modification dans la forme ou le contenu des messages, dans l'état de conscience (sommeil/hypnose/veille), une transmission d'information, qui se fait d'un niveau hiérarchique à un autre, a des incidences matérielles et énergétiques, qui se manifestent par un remodelage du sacré (qu'il soit ou non institué par un rituel religieux). Il peut s'agir d'une modification apportée au déclenchement d'une conduite amoureuse, l'apparition de la capacité à travailler, c'est-à-dire à l'avènement d'un comportement autonome. Ces changements correspondent aux périodes transitoires des cycles de la vie familiale, qui peuvent eux-mêmes entrer en interférence avec l'évolution des conditions économiques et politiques de la société. L'évolution de ce phénomène échappe au contrôle des protagonistes de l'interaction. C’est ainsi que le changement s'opère lors de moments critiques, où l'état de conscience passe de la clarté à l'obscurité et vice-versa : les idées organisées deviennent confuses, les idées confuses deviennent claires (on sait ce qu'on ne veut/peut plus, mais pas ce qu'on peut/veut). Cela interfère avec le système de valeurs des personnes en interaction.

La modernité est fondée sur la reconnaissance du caractère linéaire et irréversible de l'Histoire. Le mythe de l'éternel retour, fondé sur la répétition des archétypes.

La transaction d'Hermès est le lieu des paradoxes, des liens qui libèrent, des servitudes "volontaires" qui mettent en position méta : elle assure le passage entre immanence et transcendance, entre nature et culture. D'imaginaire et subjectif, l'intellect devient objectif et réel.

Hermès gère les silences éloquents, la synchronisation des cycles asynchrones, l'apaisement des situations violentes, les transgressions symboliques sources de nouvelles légitimités.

 

Tout échange relationnel repose sur la capacité de co-mémoriser l'expérience de l'échange, à partir d'un système de règles qui permet de différencier ce qui est commun entre les partenaires et ce qui les distingue. La crise apparaît quand la métarègle qui définit la nature de l'échange n'est l'objet d'aucun accord, implicite ou explicite. La résolution de ce temps critique passe par la modélisation d'un nouveau contexte qui permet de recadrer le désaccord qui porte sur la métarègle. Bien souvent, les désaccords concernant les règles et les métarègles proviennent de distorsions dans la transmission des symboles d'une génération à l'autre : grands-parents/parents/enfants mais aussi enfants/parents/grands-parents. Il existe alors des conflits de rites et de mythes au sein du groupe familial. C'est souvent le couple parental qui polarise ces conflits, par l'affrontement de métacommunications inconciliables (tu es mon enfant, transmet, tu es mon parent, changeons/évoluons), issues des familles d'origine.

Le végétal a un rôle de jonction énergétique (transformation photo-organique), l'animal un rôle de jonction spatiale (ses comportements permettent de relier plusieurs points distants les uns des autres), l'humain un rôle de jonction temporelle (son esprit l'autorise à penser la même chose que ses ancêtres, à anticiper des pensées non encore explicitées, à mettre en contact instantané des pensées appartenant à des époques différentes, notamment en réinterrogeant les œuvres des Anciens.

La famille est le relais obligé de cette capacité unique que possède l'humain de faire non seulement des apprentissages sociaux (comme tout mammifère), mais également des modifications dans ces apprentissages (apprentissages d'apprentissages). Le propre de l'humain est non seulement d'accumuler les expériences historiques, mais également de concevoir un lien possible entre origine et fin du monde. Ce lien lui permet, dans l'écoulement irréversible du temps, de symboliser des temps imaginaires réversibles, où on pourra revivre comme au bon vieux temps d'avant, sans tous ces problèmes modernes.

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1 avril 2009 3 01 /04 /avril /2009 17:26

La compréhension mythologique du monde, qui imprègne jusqu’aux religions les plus modernes, n’est rien d’autre que psychologie projetée dans le monde extérieur.

L’ambivalence qui caractérise les relations affectives (en particulier les liens fils-père) et l’aspect primaire et universel du complexe d’Œdipe, source des névroses et noyau de la vie psychique. Dans les clans, dits totémiques, des sociétés primitives, le totem est un objet ou un être vivant, généralement un animal, considéré souvent comme un ancêtre commun, et qui sert de symbole pour l’unité du clan, dont tous les membres participent de la nature de leur totem.

Le tabou désigne un interdit impliquant un danger surnaturel pour soi-même ou pour les autres, dans les civilisations primitives (Vocabulaire de la psychologie id.). Le tabou constitue un élément important dans les régulations culturellement déterminées des conduites. Il est aussi instrument de pouvoir, dans la mesure où, souvent, il ne concerne pas également tous les membres d’une société.

tabou, celui-ci repose : d’une part ce qui est sacré, et d’autre part ce qui est inquiétant, dangereux. Le contraire de Tabou (noa) se dit de ce qui est ordinaire et accessible à tout le monde.

Le tabou a essentiellement une vocation de protection, à plusieurs titres :

· protéger des personnes éminentes (chef, prêtre) contre tout danger,

· protéger les hommes faibles contre le « mana » trop puissant du chef ou du prêtre,

· Préserver du danger qui découle du contact avec les cadavres ou certains aliments impurs,

· Prévenir les troubles liés à certains actes importants de la vie : naissance, initiation des hommes, mariage…

· Protéger les hommes de la puissance des démons ou des dieux,

· Protéger les enfants à naître ou les bébés si leurs parents font certaines choses ou mangent certains aliments qui pourraient leur donner un caractère particulier et défavorable.

Dans ces tribus, le tabou violé se venge tout seul. Toutefois, dans certains cas, la communauté toute entière se venge de l’individu qui l’a mise en danger. En ce sens, le tabou serait le premier système pénal de l’Humanité.

Tout comme le totem, le tabou est transmissible, en effet le porteur du tabou peut le transmettre à d’autres personnes, ou s’en défaire grâce à une cérémonie de purification.

Le tabou se limite à certaines conditions exceptionnelles de la vie de l’homme (ex : femmes pendant leur menstruation ou après les couches, célébration de la maturité…) dont les préhistoriques ignorent la raison ; ils s’y soumettent comme à des choses naturelles et craignent le châtiment automatique qui découlerait d’une entorse faite à ces règles.

Les peuples préhistoriques pensent qu’il y a une force démoniaque incluse dans chaque chose : les règles du tabou auraient pour but d’éviter que cette force maléfique ne se réveille et n’exerce une action préjudiciable aux hommes.

Par la suite, la force serait peu à peu devenue distincte du démon ; le tabou devient alors une contrainte imposée par la coutume, avant de l’être par la loi.

On peut retrouver à travers l’attitude du préhistorique, qui obéit à ces coutumes, le comportement de l’obsessionnel, qui lui se crée ses propres tabous.

En effet, certains points communs entre le tabou et la névrose sont manifestes :

· absence de motivation des prohibitions imposées ;

· origine interne de la nécessité de s’y plier ;

· facilité de déplacement et contagiosité des objets prohibés ;

· existence d’actes et de règles cérémoniaux découlant des prohibitions.

Ces similitudes permettent de conclure que l’obsession, comme le tabou, provient des instincts les plus primitifs de l’Homme.

Le tabou a une motivation inconsciente : celle-ci est héritée des générations antérieures.

Que ces idées soient « innées » ou transmises par l’éducation, le maintien du tabou a engendré un désir implicite de le transgresser. Toutefois tant que la crainte des hommes reste plus forte que leur désir de transgression, le système se perpétue.

Les prohibitions les plus anciennes et les plus importantes sont représentées par les deux lois fondamentales du totémisme : ne pas tuer l’animal totem, et éviter les rapports sexuels avec des individus du sexe opposé appartenant au même totem.

Celui qui enfreint un tabou devient lui-même tabou : il devient contagieux, car son exemple est susceptible de pousser à l’imitation.

Parfois, sans même avoir enfreint le tabou, un homme peut être tabou (chef ou roi) car il se trouve dans une situation suscitant une ambivalence de sentiments de la part des autres hommes. Ces situations engendrent généralement un mélange de respect et d’envie, et comme il convient de ne pas favoriser, ni d’encourager la tentation, ces hommes spéciaux sont tabous.

Lorsque le statut social des individus présente une large différence l’écart entre les manas est trop important pour que l’individu de bas statut puisse supporter le voisinage (le mana) du plus haut placé.

Par ailleurs, la transgression de certains tabous présente un danger social : l’imitation de ces comportements fautifs entraînerait la dissolution de la société.

Selon Freud, le tabou présente une opposition et non une identité entre le sacré et l’impur ; c’est là l’expression de cette ambivalence affective.

Pour le préhistorique, le tabou est un commandement de sa conscience morale, et il est suivi d’un épouvantable sentiment de culpabilité inconnu quant à ses origines.

 

Ces considérations permettent de supposer que la conscience morale possède également une ambivalence affective.

Après avoir développé le thème de totem (la peur de l’inceste), le tabou et l’ambivalence des sentiments,

 

Point essentiel le sacrifice totémique et le pêché originel

L’ambivalence des sentiments et de la nature duelle du tabou (objet de culte et de profanation)

 

Pour les tribus australiennes, le totémisme représente l’équivalence d’un système social (voir religieux).

En fait, les tribus se scindent en groupe plus petits : des clans, et chacun porte le nom de son totem qui est en générale un animal ou un être vivant. Les membres du clan doivent respecter l’obligation sacrée de ne pas tuer leur animal totem, et doivent s’abstenir de manger sa chair.

La transmission du totem est héréditaire soit par voie paternelle, soit par voie maternelle. Celle-ci semble avoir été partout la plus primitive.

Dans ce système, on trouve aussi la loi de l’exogamie qui impose aux membres d’un même totem l’abstention de rapports sexuels entre eux, ils ne peuvent donc pas se marier quand ils appartiennent au même totem.

L’exogamie occupe une place à part dans le totémisme :

· la violation de l’interdiction n’est pas suivie d’une punition automatique, mais vengée par les autres membres de la tribu,

· il semble que la prohibition n’ait pas pour seul but d’éviter les enfants consanguins, car elle frappe aussi les rapports sexuels non suivis de procréation.

Le totem est héréditaire et ne subit aucune modification lors du mariage ; donc si la transmission est maternelle, l’interdiction vise surtout les rapports entre le fils et sa mère ou sa sœur,

· Toutefois, l’interdiction s’étend à un nombre de personnes beaucoup plus important : elle lui interdit également l’accès à toutes les autres femmes de son groupe totémique, restriction très sévère, qui témoigne du fait que tous les membres du totem se croient consanguins.

 

L’exogamie totémique apparaît comme le moyen d’empêcher l’inceste de groupe. Les liens totémiques fondent une véritable organisation sociale.

 

Les tribus australiennes ne sont pas seulement divisées en totems. A l’intérieur de chaque tribu, on a souvent deux (ou plusieurs) classes (A, B par exemple), divisées elles-mêmes en sous-classes (A1, A2, B1, B2) auxquelles appartiennent les groupes totémiques, puis on a de nouveau une subdivision des sous-classes.

Chacune de ces sous classe est exogamique, cela implique que l’individu d’une classe matrimoniale (A) doit choisir son épouse parmi celles de l’autre classe matrimoniale (B), car il ne peut avoir de rapports sexuels avec une femme de son propre groupe. Autrement dit un individu doit choisir sa partenaire en respectant également les sous classes ce qui limite encore les choix matrimoniaux possibles.

Par conséquent ce système impose une prohibition des mariages entre parents mêmes éloignés.

L’organisation sociale s’appuie en partie sur un ensemble de coutumes destinées à empêcher les rapports entre proches parents. Ces restrictions portent essentiellement sur les rapports frère/sœur puis s’étendent aux autres personnes apparentées.

 

Les prohibitions concernant les relations entre gendre et belle mère sont particulièrement fréquentes et très mal perçues.

Selon Freud, il existe dans les relations du gendre avec la belle-mère quelque chose qui favorise l’hostilité malgré leur proche parenté, et ils entretiennent des relations ambivalentes faites d’élans tantôt affectueux, tantôt hostiles.

Ces sentiments hostiles sont de la part de la belle-mère méfiance et regret de la séparation ; de la part du gendre, une certaine jalousie à l’égard des proches de son épouse, et la volonté de la garder pour lui seul.

Inversement, la belle-mère peut parfois s’identifier à sa fille, jusqu’à tomber amoureuse de son gendre. Cette tendresse condamnable est refoulée et s’exprime parfois par une forme de sadisme vis à vis de lui. Quant au gendre, il retrouve les inconvénients de ses premiers choix amoureux et incestueux : sa sœur est alors remplacée par sa femme, et sa belle-mère tient alors le rôle de sa propre mère. Donc il doit à nouveau refouler son complexe d’Œdipe, cette fois-ci vis à vis de sa belle-mère.

 

L’objet des premiers désirs du jeune garçon est de nature incestueuse : il s’agit de sa mère ou de sa sœur. Puis, au fur à mesure qu’il grandit il se sépare de cette libido.

En outre, il reste souvent chez les névrosés des traces d’infantilisme psychique. C’est pourquoi la libido incestueuse joue à nouveau un rôle central dans leur vie psychique inconsciente ; l’attitude incestueuse à l’égard des parents constitue même le complexe central de la névrose.

 

Il est nécessaire de prendre en compte les conditions sociales. Le complexe familial (complexe d’Œdipe pour Freud) peut être sujet à des variations car la structure familiale n’est pas la même dans toutes les sociétés humaines. Il n’observe pas le complexe d’Œdipe dans la société des Trobriandais où l’interdit de l’inceste concerne au premier chef la sœur et où l’ambivalence des sentiments s’exerce envers le frère de la mère. Ainsi le complexe familial n’est pas une donnée universelle jouant un rôle primordial, c’est une formation fonctionnelle dépendant de la structure et de la culture d’une société. C’est une résultante. Comme c’est dans notre société que se manifeste le complexe d’Œdipe cela montre qu’il s’agit d’une manifestation d’inadaptation de l’être humain à la structure patriarcale.

Concernant l’inceste, Malinowski s’oppose au caractère sexuel de l’attachement originaire entre la mère et l’enfant. Pour lui la tentation de l’inceste naît du mélange entre souvenirs anciens (sensualité des rapports avec la mère) et expériences nouvelles (sexualité). Sa prohibition est une nécessité culturelle afin de permettre à la famille de jouer son rôle éducatif pour l’enfant.

 

Pour Reich les découvertes psychanalytiques telles que la jalousie, l’ambivalence, l’envie du pénis, etc. sont les fruits d’une évolution historique. Elles ne peuvent être transposées aux préhistoriques qui vivent et grandissent dans des conditions tout à fait différentes des nôtres.

Le complexe d’Œdipe apparaît comme bien plus récent que la répression sexuelle. L’inceste réel est attesté aux temps anciens. Les légendes de l’origine des Trobriandais mettent en scène un inceste entre frères et sœur et non entre mère et fils. Enfin l’interdit de l’inceste porte sur le clan tout entier et non sur la famille qui elle est apparue plus tard.

Concernant le Totem, l’erreur commise par Freud est de mettre sur le même plan interprétation et genèse. Le sens latent actuel d’une représentation mythologique ou religieuse doit être inséré dans le contexte historique du processus social. Il doit être appréhendé par sa genèse et sa fonction économique et sociale.

 

Complexe familial qui pour Malinowski résulte de l’action qu’un type de groupement social exerce sur l’esprit humain.

Compare les relations familiales aux différents âges (de la naissance à la maturité sexuelle) entre la société matrilinéaire convergences et divergences entre l’intérêt biologique et les coutumes.

Il en conclu chez les Trobriandais il existe un complexe familial d’une nature différente de celle observée chez les « civilisés ». Ainsi, pour lui, les théories de Freud ne s’appliquent pas seulement à la psychologie humaine, mais aux modifications de la nature humaine, en rapport avec les diverses organisations sociales.

L’origine de la civilisation en tant que passage de l’animal à l’humain.

Pour Malinowski le complexe d’Œdipe apparaît comme une preuve de l’inadaptation à la structure familiale patriarcale.

De plus on ne peut séparer les affects inconscients de ceux qui sont conscients. Ainsi le complexe nucléaire familial lui apparaît comme une configuration de sentiments au sein de la famille, propre à une société donnée.

Dans la quatrième partie (« Instinct et culture ») Malinowski introduit la notion de plasticité des instincts humains. C’est la détermination effective des comportements par des facteurs culturels, par opposition au déterminisme qui régit les instincts animaux. Elle est pour lui la condition de l’émergence de la culture. Les dispositions sociales suppléent à la disparition des instincts. Elles reflètent les aspirations instinctives et les anticipent. La spécificité de l’être humain c’est la durée de l’attachement familial lié à la nécessité d’une éducation culturelle.

Malinowski s’oppose à la conception freudienne de l’origine du désir incestueux. Pour lui l’inceste est prohibé car il est incompatible avec des rapports familiaux de subordination nécessaires à la transmission d’un apprentissage. Ces rapports familiaux servent de modèle pour les autres structures sociales.

En définitive le complexe familial n’est pas une cause originaire, comme le soutiennent les freudiens, mais un sous-produit de la culture, un symptôme d’inadaptation.

 

La névrose met en lumière le refoulement des pulsions sexuelles. Ni la maîtrise, ni la sublimation de ces pulsions ne peuvent guérir la névrose. Seul le rétablissement de la génitalité et de la satisfaction sexuelle génitale peuvent y parvenir. Or les conditions sociales (la morale sexuelle) s’y opposent généralement. « Les conditions sociales provoquent les névroses pendant l’enfance et s’opposent à leur guérison à l’âge adulte ».

Misère sexuelle de la société autoritaire-patriarcale, composée en quasi-totalité de névrosés et de pervers avec le mode de vie des Trobriandais où la masse des individus jouit de la puissance orgastique. La sexualité y est valorisée, elle est libre (à l’exception de l’inceste), tout individu à accès à la satisfaction, on n’y observe ni névroses ni perversions.

Du point de vue de la propriété des moyens de productions, le régime est celui du communisme primitif, les échanges se font par le troc. Du point de vue politique le régime est ploutocratique. On observe la coexistence d’éléments patriarcaux (la propriété est attribuée aux hommes) au sein d’une structure matriarcale.

Reich analyse les échanges économiques : il montre que le mécanisme central du processus de transformation du matriarcat en patriarcat est la dot (qui est en fait un tribut) versée par le frère de l’épouse à l’époux. Le mariage en lignage croisé s’avère être une façon de conserver la richesse, provenant des tribus dotaux versés, dans la famille, notamment pour les chefs qui sont polygames.

Le mécanisme patriarcal se révèle par les possibilités indirectes dont dispose le père, surtout s’il est chef, de transmettre son bien à son fils, à l’encontre de la coutume matriarcale (transmission au neveu). Ainsi parvient-on à un début « d’exploitation » du clan de l’épouse par celui de l’époux. Au décès de l’époux, le clan de l’épouse surjoue la douleur et impose un deuil très sévère à l’épouse, dénotant, d’une façon réactionnelle, la haine vouée au clan de l’époux exploiteur.

Par ailleurs l’étiquette qui refoule la sexualité entre époux ainsi que l’institution d’un mariage avec exclusivité sexuelle sont des éléments servant au maintien de ce lien social. Finalement la coutume apparaît comme donnant un ancrage idéologique à la situation économique dont elle est issue.

Seuls les jeunes destinés au mariage entre lignage croisés sont tenus à la chasteté préconjugale. Ceci à pour but de les préparer au mariage imposé, monogame, pour la vie entière.

Dans d’autres sociétés, lorsque cette forme de mariage se développe apparaît l’excision. Elle est ensuite remplacée à des stades plus élevés du patriarcat par la suppression de la sexualité infantile.

Reich réfute l’hypothèse de l’antériorité du patriarcat défendue par les auteurs réactionnaires.

Il se rallie à la position de Morgan et Engels concernant l’antériorité du matriarcat.

Le passage au patriarcat à lieu à partir du moment où le chef a accumulé des biens qu’il souhaite alors transmettre à son fils.

Reich explore un ensemble des données ethnographiques concernant diverses populations indigènes ou de l’antiquité pour montrer la généralité du système clanique. Il démonte en particulier le système apparemment très complexe des classes de mariages chez les aborigènes d’Australie en montrant qu’il se ramène au mariage entre lignages croisés.

Reich présente une hypothèse de l’origine de l’organisation clanique et de l’exogamie : à l’origine des groupes nomades incestueux se côtoient et pratiquent au cours de leurs expéditions de chasse des rapts de femmes dans les groupes voisins. Puis, la densité de population augmentant, ces différents groupes sont amenés à conclure des alliances respectant le principe de l’échange des femmes entre groupes, issu des rapts. Ainsi des clans exogames s’assemblent en une tribu, le frère y continue d’entretenir sa sœur (comme dans le groupe incestueux d’origine). La hiérarchie que l’on observe entre les clans découle des conditions de l’alliance entre vainqueurs et vaincus.

Cette hypothèse s’oppose à celle de Morgan qui pensait que les clans se formaient à partir d’une division de la tribu.

On trouve des traces des rapts originaires dans le rituel de la demande en mariage à Samoa ou dans la pratiques des viols vengeurs imposés aux hommes étrangers par les femmes du Sud des îles Trobriand.

Reich réfute l’idée de Morgan et Engels faisant dériver l’interdit de l’inceste du mécanisme de la sélection naturelle (idée provenant de Darwin).

 

Deux processus ont lieu simultanément au moment du passage du système matriarcal au système patriarcal :

- le passage de la « démocratie du travail » vers l’État capitaliste, au fur et à mesure que ce développent l’accroissement de la production et des besoins ;

- le passage du régime de la liberté sexuelle vers le mariage monogame à vie, par le biais du refoulement de la sexualité.

Ces processus marquent l’origine de la propriété privée et de la stratification sociale.

Cupidité et compulsion d’accumulation de biens se développèrent au détriment des intérêts génitaux.

La répression sexuelle n’est pas inéluctablement liée à l’évolution de la société humaine, elle s’insère dans une phase économique et sociale déterminée par cette évolution.

A partir des écrits de Karl Marx, Reich met en parallèle le besoin alimentaire et le besoin de satisfaction sexuelle. (Il n’existe pas de « besoin » de procréation, de maintien de l’espèce.) Dans tous les cas une tension pousse (« pulsion ») à rechercher une détente. De même que l’on parle d’économie de l’alimentation il y a lieu de parler « d’économie sexuelle ».

L’économie sexuelle de l’individu dépend de l’économie sexuelle de la société. Elle peut être « ordonnée » c'est-à-dire permettre la satisfaction génitale ou « désordonnée » (névrotique).

Le besoin sexuel ne peut être écarté de la sociologie, c’est un élément de base (au sens de Marx). De plus la « capacité de travail » est essentiellement de l’énergie sexuelle transformée.

Sachant que le travail à deux est plus difficile que l’amour à deux.

La société autoritaire règle le problème de la satisfaction des besoins sexuels en fonction de certains intérêts économiques. Seule une société fondée sur la domination d’hommes cuirassés trouve son intérêt à réprimer la sexualité en vue de maintenir ses institutions essentielles : le mariage monogame permanant imposé et la famille patriarcale. Les troubles psychiques ainsi déclenchés sont la manifestation d’une économie sexuelle perturbée.

La morale antisexuelle dote les individus, nivelés dans la masse depuis leur plus tendre enfance, de structures psychiques les prédisposant à travailler pour les intérêts des classes dominantes. La famille patriarcale devient la fabrique d’idéologie la plus importante, le premier soutien de la société réactionnaire et de l’autorité.

 

La sphère de production de la morale appartient au groupe des puissants. La nouvelle morale doit être acceptée par tous les membres de la société : cela s’opère par la modification de la structure caractérielle grâce à la peur de la punition sexuelle. L’impulsion sexuelle est refoulée. Le conflit devient intrapsychique : la morale sociale s’est ainsi reproduite dans l’individu. A son tour celui-ci agit sur ses descendants en fonction de son attitude morale, tandis que la situation socioéconomique se maintient avec les mêmes exigences. Cette morale sociale ancrée (la cuirasse caractérielle) dans tous les individus réagit sur la base socio-économique dans un sens conservateur.

Ainsi la colonisation apporte-t-elle aux préhistoriques la mentalité d’esclave nécessaire à leur exploitation.

Mais la répression sexuelle porte en elle le germe de la rébellion sexuelle de la jeunesse…

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1 avril 2009 3 01 /04 /avril /2009 17:01

Redressement : rétrécissement du bassin féminin alors qu’augmentation du volume du cerveau : accouchement prématuré pour faire passer un corps et un crâne plus gros par un vagin plus étroit. Le petit humain est le moins développé des nourrissons, il apprendra au fur et à mesure, mais est encore plus dépendante de sa mère qu’un autre animal

 

À l'origine des temps, l'existence de l'humain préhistorique était régie par les besoins biologiques immédiats : l'instinct sexuel était réglé selon une périodicité organique déclenchée par le signal des menstruations de la femelle auquel répondait la réaction instantanée du mâle, réponse arrêtée en l'absence du signal de l’œstrus. La vie et les conduites répliquaient la domination du principe du signe et du signal, c'était le temps de l'ère anale régie par le primat de l'odorat. Déposant, activement ou passivement, des traces odorantes, pisse ou merde, marquant son territoire, l'humain animal jouait et rejouait une scène immémoriale essentielle dans sa lutte pour la vie ou sa survie. Ainsi, il affirmait son indépendance à l'égard de l'Autre et, l'agressant olfactivement, dissuadait ses congénères rivaux de pénétrer sur son territoire en les faisant fuir, préservant l'économie d'un combat et épargnant une lutte à mort ; ou, au contraire, il invitait ses congénères en signalant sa présence, offrant des indices de sa disponibilité pour perpétuer l'espèce. De cette période anale et animale nous trouvons le témoignage chez l'enfant : il ne présente pas la moindre trace de l'orgueil qui par la suite pousse l'humain civilisé adulte à séparer sa propre nature de tout le reste du règne animal par une ligne de démarcation tranchée. Reconnaissant sans inhibitions ses besoins, l’enfant se sent davantage parent de l'animal que de l'adulte, qui est vraisemblablement énigmatique pour lui.

C’est au cours des deuxième et troisième années que l’enfant entre dans le stade anal, composé de processus psychiques mis en jeu par la découverte des zones érogènes anales.

 

 

L’esprit humain, qui a son siège au cerveau, doit être troublé et imprégné par des vapeurs issues des facultés inférieures pour abreuver d'eau l'invention et la féconder

 

 

 

L’humain se redressa quand il destitua son odorat au profit du regard et du visuel, quand ses bruits, ses cris, firent appel à l'Autre.

Le traumatisme spécifique de l'hominisation réside dans la catastrophe du renoncement anal, une des interdictions les plus puissantes de l'humanité, matrice immémoriale du refoulement. Lorsque l’humain se dressa pour la première fois au-dessus de la Terre-Mère, l’évolution a affecté l'attitude de la race humaine vis-à-vis des excréments.

 

Ce noyau organique du refoulement s’exprima à travers les phases successives de redressement, de station debout permanente, d’atrophie de l'odorat, de diminution des sensations olfactives, pour finir par le dégoût envers l’analité. En effet, de même que nous détournons avec dégoût notre organe sensuel (tête et nez) devant les objets puants, de même le préconscient et notre perception consciente se détournent du souvenir anal. C'est ce qu'on nomme refoulement, enfouissement psychique des pulsions animales de défécation.

 

 

L’interdit fut conçu comme l'effet d'un commandement originaire ouvrant à la culture et à l'Autre, par renoncement à la confusion anale. Ainsi se définit le passage d'une sexualité animale, régie par le cycle biologique des instincts (notamment l’œstrus, phénomène de fécondité et de reproduction limité dans le temps), à une sexualité humaine soumise à la permanence de la pulsion et régulée par la représentation dans le rapport à l'autre.

 

 

Or la Culture ou, plus exactement, le procès culturel, dans sa marche en avant vers le haut (les Superos), dans ses avancées sur les terres conquises sur le pulsionnel, les terres du bas (Achérontia), celles du sauvage, du primitif, obéissent à une autre loi, celle de la cumulation; et si cette avancée se présente comme un progrès, progrès de la civilisation, elle représente et matérialise aussi une menace, celle d'être cumulativement abstraite et cumulativement stérilisante.

 

 

Tout refoulement aurait un noyau organique dans la substitution, en quoi il consisterait, de sensations agréables en des sensations désagréables. Toutefois, les facteurs psychiques ne jouent pas encore de rôle dans ces refoulements organiques. Ainsi le refoulement organique ne suffit pas à répondre à la question du pas de l'hominisation, à saisir quelque chose de cet « acte fatal ». La raison de cette décision, ou plus précisément de cette contrainte au redressement, bref sa cause, c'est le commandement auquel « Ça » dût répondre pour se réaliser en tant qu'humain nouveau car redressé. Ce commandement de la culture était vécu comme le grand commandement individuel et collectif de l'existence humaine, seul passage par lequel son existence puisse être ordonnée, juridiquement et esthétiquement : c'est le commandement de la nécessité, l'Anankè, plus contraignant encore que les exigences d'Éros. Celui-ci retire une part du pouvoir créatif de l'individu pour le remettre aux mains de l'espèce.

 

Pour sortir de son existence animale (il serait plus juste de dire, pour y prendre pied) en se dressant au-dessus des autres, l’humain dut accepter de perdre une partie de lui-même, d'abord anale. Il répondit ainsi, sans qu'il ne puisse le comprendre au départ, à un protocole fixé ailleurs que dans son corps. À partir de là, il put percevoir ou éprouver les signes de reconnaissance ou de rejet venant du dehors lui permettant (ou non, ou dans la difficulté d'épreuves toujours recommencées) de s'identifier ou de s'exclure de ces règles et de ces rites qui signent l'adhésion à la culture. Cette perte c'est le prix à payer, une partie de la dette, pour entrer dans la culture humaine selon la Loi de l'espèce et de son Histoire.

 

 

Freud prévoyait déjà que la civilisation se dirige vers le primat de l'intellect et l'atrophie du sexuel. Ferenczi avait prévenu le sujet de la civilisation que "l'homme n'atteint à l'intelligence pure que par la mort ou, du moins, en devenant psychiquement insensible". Voulant éradiquer la violence, atrophier le pulsionnel, tout au moins dans l'affirmation manifeste de ses buts et de ses idéaux, l'action de la Culture ne serait-elle pas en passe de "naturaliser" l'Interdit, exigeant "ce qui serait de l'ordre" d'une aversion naturelle pour les choses proscrites, et de vouloir faire disparaître de la surface de la Terre, où qu'il se trouve, l'homme pulsionnel primitif, reconnu sous les traits de l'étranger, du barbare, du spadassin du Mal ou du terroriste... au profit de l'homme "civilisé" qui, faisant l'économie de la mise en tension du sauvage et de l'éduqué, comme s'il lui était donné de faire l'économie du refoulement originaire, n'aurait qu'un rapport pacifié au "Bien" puisqu'il n'y aurait, pour lui, plus de Mal à refouler, pour lui, l'homme désormais lobotomisé de son inscription dans l'Histoire, lobotomisé de son inconscient; cet "individu est pacifié" de sa coupure d'avec sa nature animale, de son rejet du primitif, de son surmontement de son ancienne position d'homme, ce sont des stades dépassés... Jusqu'à leur retour inattendu, mais violent, dans le Réel (comme l'histoire actuelle, malheureusement, le met en scène), violence brutale et non réfrénée, non régulée comme réponse à un Idéal, ou une contrainte trop dure et trop cruelle, celle des Volontés du Bien, vanité des Vanités

 

 

Les humains restent de misérables chiens toujours conduits par l'analité

 

Le stade anal est un concept de psychanalyse décrivant la deuxième phase de l'évolution affective d'un bébé humain. Il succède au stade oral et se caractérise par une focalisation de l'enfant sur la région rectale. Cette période se joue de 1 à 3 ans en moyenne. L'enfant découvre le plaisir que lui procure le fait de retenir les matières fécales (rétention) ou de les expulser (défécation). Rappelons que c'est aussi, à cet âge, la période d'opposition. Dans le stade anal, la perte des excréments est assimilée, par le jeune enfant, à la perte d'une partie de son corps; l'enfant peut en être angoissé. Le "fruit social" de ce stade anal est l'autonomie dans l'espace.

 

Vers deux ans, l'enfant commence à maîtriser ses sphincters, et l'anus devient une zone érogène sous l'influence de l'exigence de propreté exprimée par les parents. L'anus, zone de passage entre l'intérieur du corps et le monde extérieur, est soumis à la volonté de l'enfant qui s'aperçoit qu'il peut empêcher l'expulsion et en retire donc un plaisir de rétention découlant de l'application de sa volonté. Il prend progressivement conscience du soulagement lié au fait de laisser sortir : c'est la découverte du plaisir d'expulsion. Il est fréquent que l'enfant s'intéresse à ses selles et les manipule, les explore ou les exhibe (comme il le fait également avec ses jouets).

Le boudin fécal stimule la zone érogène, et est perçu par l'enfant comme une partie de son corps qu'il perd. Cette partie est valorisée et peut donc servir de monnaie d'échange. Aimer signifie à ce stade donner et garder, la possessivité est l'un des aspects dominants du stade anal. L'enfant peut satisfaire sa mère en laissant sortir à l'endroit et au moment où celle-ci le souhaite. Il peut également s'opposer à elle en retenant, c'est le développement d'un sentiment de toute puissance chez l'enfant. C'est la mère qui imprimera la notion de saleté et le sentiment de dégoût, créant chez l'enfant l'assimilation de ses rejets à un plaisir défendu, à l'interdit. L'enfant peut concevoir la rétention comme une opposition à la mère. L'expulsion est une expression de l'agressivité.

C'est une transition vers un niveau affectif plus complexe durant laquelle l'enfant passe de l'expérimentation du clivage (succession / alternance de sentiments opposés vis-à-vis d'un même objet) à celle de l'ambivalence (mélange de sentiments opposés ressentis simultanément de manière entremêlée).

Abraham divise le stade sadique-anal, marquant nettement la différence entre le plaisir de déféquer, et celui de la rétention propre à l'enfant après apprentissage de la propreté. Il nommera le premier stade d'expulsion et le second stade de rétention. Ces deux sous-organisations du développement libidinal infantile seront fortement liées à l'aspect de destructivité inhérent au sadisme qui est le second penchant de ce stade

 

 

 

L 'archaïque le plus fondamental est celui de l'animal, celui de l'instinct et l'homme aura toujours le plus grand mal à supporter son origine animale; il la rejettera, la niera et la déniera pour la projeter sur l'autre pour mieux la combattre ou la détruire; comme Freud l'avait très bien repéré, toujours dans le "Malaise", "en dépit de tous les progrès accomplis par l'homme au cours de son développement, l'odeur de ses propres excréments ne le choque guère, alors que seule le choque celle des excréments d'autrui.

 

 

À la naissance, le petit possède des capacités olfactives et gustatives d’une grande finesse. Il reconnaît l’odeur de sa mère

 

 

Le noyau de l'Inconscient désigne ce que l'enfant porte déjà en naissant, c'est à dire un savoir instinctif, en grande partie sexuel, sorte d'activité mentale primitive. La sexualité comme moteur central de la constitution du psychisme est universelle, tout comme l’universalité du polymorphisme sexuel infantile (même si les différentes manifestations de ce polymorphisme sont dues aux particularités culturelles) et celle de la sexualité préœdipienne et œdipienne (même si les personnages entrant en jeu divergent, avec les mécanismes de défense qui s’y rattachent). La sexualité est importante dans la participation à la constitution du Surmoi (la transmission de la tradition culturelle), dans les mécanismes de défense du Moi (couche psychique du présent, du conjoncturel, de l'accidentel) et dans la structuration du système tensionnel du Ça (hérédité biologique et évolution génétique), sachant que ce sont les facteurs d’ordre culturel qui structurent différemment le système tensionnel du Ça.

 

 

Dans ce que l'autre nous donne à partager, on trouve la fantaisie et le mythe comme précipités de l'histoire culturelle des humains. Ces fantaisies primitives nous pouvons les appréhender comme une matière, ou un matériau transitionnel, trouvé/créé par le sujet dans la matrice immémoriale et qu'il module sans en être l'origine

 

Édification des forces psychiques qui se dresseront plus tard comme des obstacles sur la voie de la pulsion sexuelle et qui, telles des digues, resserreront son cours (le dégoût, la pudeur, les aspirations idéales esthétiques et morales). L’édification de ces digues est l'œuvre de l'éducation, et il est certain que l'éducation y contribue largement Cette évolution fut organiquement déterminée, héréditairement fixée et s'effectua sans le moindre concours de l'éducation, donc de l’humain culturel et actif.

 

Nous autres humains prenons pied dans notre nature animale, nous ne pourrons jamais devenir semblables aux Dieux... les obstacles se trouvent dans la constitution pulsionnelle et dans les intérêts de l'humanité", et rien ne serait plus destructeur que de se croire chargé d'une mission confié par ces "Superos", chargé de croisade..., sous le motif d'une croyance dans l'élévation culturelle qui s'aveugle sur l'illusion qu'elle représente, celle de ne plus rien avoir de commun avec l'autre présenté comme primitif et animal. On sait ce qu'il en advint d'Orphée lorsqu'il prétendit détenir le pouvoir de pacifier les bêtes sauvages... sous le mythe pacificateur, sous l'affirmation d'un idéal de paix, s'exprime une volonté perverse d'une extrême violence, celle de vouloir réduire l'autre à son propre désir, de lui refuser sa différence, et à ne lui permettre de survivre qu'en tant qu'appendice anal de soi-même

 

Derrière l'interdit œdipien une autre cause à la difficulté d'être Homme; cette cause il me semble la comprendre comme relevant du temps du refoulement premier, originaire, et liée au traitement de la question anale; elle naît de ce moment fondateur où viennent s'affronter le "Commandement" de la disposition à la culture (comme quand dans l'armée, pourquoi pas, par exemple, on se retrouve à la disposition d'un chef incontesté)

Et l'attachement à l'érotisme anal dans la jouissance de la confusion; conflit originaire entre deux positions ou dispositions psychiques: l'investissement de la vie de l'esprit et l'animalité résiduelle, l'analité. Et c'est d'ailleurs en rapport avec ce conflit premier qu'il me semble rencontrer, et comprendre quelque chose de la pulsion de mort comme révolte contre l'assujettissement au code de la culture et de la langue.

 

L’hominisation s’explique par le mythe, mythe concernant l'origine d'interdits fondateurs, postulés comme interdits réels à l'origine de l'espèce et se retransmettant de générations en générations.

Parmi ces interdictions, citons l'endogamie, liée au refoulement organique contemporain du redressement du singe vers l’humain. En effet, se redresser c'est se relever, se séparer de la Terre-Mère, trace du père primitif qui castrait ses fils.

 

 

Ainsi, pour raconter le passage à l'hominisation Freud invente un mythe articulant et nouant le redressement et l'Œdipe, l'interdit de l'inceste métaphorisé par la séparation d'avec la Terre-Mère, et

 

 

La phase prégénitale anale, une fois acquis le choix de l’objet d’amour définitif par l’accès à la génitalité. Une fois l’Œdipe résolu, les manifestations psychiques (traits de caractère, comportements, structure…), regroupées sous le vocable “analité”, qui relèvent de l’orientation du développement psychosexuel et de celle de la relation d’objet (relation du sujet avec ses objets, dont lui-même), développées au stade anal ?

 

 

 

La pulsion (2) ? Sa source, ou zone érogène partielle, est ici constituée non seulement par la muqueuse ano-rectale mais aussi par l’ensemble du tube digestif participant à la fonction d’exonération, qui est totalement investi de libido, tant au niveau orificiel que dans son intériorité. Son objet est la mère, qui sera manipulée comme les matières fécales, mais aussi ces matières mêmes, qui auront une fonction symbolique riche et structurante qu’il convient d’essayer de définir à grands traits :

– La selle est d’abord une excitante source de plaisir. La détente ressentie après une exonération satisfaisante est un avatar de l’érotisme anal.

Elle représente aussi une partie du corps qu’il est possible de garder ou de rejeter. C’est à ce titre que la domination de la fonction sphinctérienne constitue une étape fondamentale dans la constitution de la personnalité infantile. Elle correspond à l’élaboration d’un Moi indépendant en même temps qu’à la possibilité de communiquer avec l’entourage :

Donner et retenir s’exprime métaphoriquement par le contrôle de la fonction d’excrétion. Mais, au-delà de la communication, l’exonération fonde le concept de perte par l’abandon de ce “quelque chose” qui est une partie de soi rejetée à l’extérieur, faisant de l’angoisse anale la peur d’être vidé, dépossédé de son corps. De plus, conserver à l’intérieur ou rejeter au dehors permet l’acquisition essentielle de la distinction entre objet interne et objet externe.

– La selle représente, enfin, une monnaie d’échange entre l’enfant et la mère, puis le monde adulte (d’où l’analogie avec le cadeau, l’argent).

 

 

But de la pulsion anale : Une phase expulsive, caractérisée par un auto-érotisme narcissique et un aspect sadique : objet détruit et abandonné, la selle expulsée “vectorise” le détachement agressif vis-à-vis du monde extérieur.

– Une phase rétentive, caractérisée par un auto-érotisme masochiste actif une fois acquise la capacité de retenir. La sémantique défécatoire s’enrichit dès lors d’un nouveau champ d’expression métaphorique : expulsée, la selle peut être offerte comme cadeau ou marquer la défiance ; retenue, elle peut aiguiser le narcissisme ou supporter un geste d’hostilité.

 

Voyons maintenant en quoi l’érotisme anal modèle la relation d’objet, c’est-à-dire en quoi et de quelle manière ce “mythe de communication (3)” fonde tel ou tel type de comportement vis-à-vis du sujet lui-même mais aussi de son monde extérieur, à savoir l’autre. Avant d’aller plus avant, il faut souligner une caractéristique essentielle de cette relation d’objet : l’existence de couples d’opposition

– Le sadisme et le masochisme. M. Houser (1) définit le sadisme comme “une agression chargée de plaisir contre un objet”, et le masochisme comme “le but passif d’arriver au plaisir par des expériences douloureuses.”Détruire l’objet extérieur ou le garder pour exercer sur lui un contrôle témoigne de la double possibilité d’expression de l’érotisme anal et de son agressivité. Par ce double exercice, l’enfant découvre le pouvoir qu’il a vis-à-vis des autres. Il s’ensuit l’émergence d’un sentiment de toute-puissance : l’enfant peut maîtriser et donc posséder ; libre à lui de disposer comme il l’entend de cette richesse.

L’ambivalence relève du vécu paradoxal que le sujet a vis-à-vis de ses matières, tantôt repoussées avec dégoût, tantôt conservées comme un bien précieux. On rejoint le “mythe de communication”, la selle étant alors un modèle des rapports à l’autre que l’on peut agresser – “je t’emmerde” – ou, à l’inverse, choyer, remercier. Le cadeau “matières” peut ainsi prendre un sens négatif ou positif

– La bisexualité est un déterminant d’ordre anal (5), l’ano-rectum étant susceptible d’excitations actives masculines et passives féminines. À ce titre, elle est un composant commun à tous les hétérosexuels dont la “métabolisation” dépendra de l’histoire de chacun.

– Les couples d’opposition sont caractéristiques de l’analité: l’opposition activité-passivité mais aussi – toujours dans le cadre de la communication – les oppositions “gentil-méchant,beau-laid, grand-petit et, par-delà, subjuguer-être subjugué, dominer-être dominé (1)”.

– Reste une dernière caractéristique de l’érotisme anal : le narcissisme, conséquence de l’auto-érotisme. Une fois établie de façon définitive, la vie génitale, les motions pulsionnelles de l’érotisme anal auront à s’effacer devant le primat des organes génitaux et survivront par le biais des mécanismes de refoulement ou de sublimation. Leurs expressions, pour variables qu’elles soient, participent à définir une autre modalité d’être de l’analité.

 

En tant que productions de l’inconscient, les concepts d’excréments, d’enfant et de pénis sont traités comme équivalents. L’enfant, comme la selle, est “quelque chose” qui se sépare du corps.

L’expression “donner un enfant” renvoie au cadeau qu’est l’excrément que l’enfant peut “céder” en tant qu’objet d’amour. Quant au pénis, il est, comme “la verge d’excrément ”et l’enfant, un corps solide qui excite, en y pénétrant ou en s’en retirant, un conduit de membrane muqueuse. La représentation fantasmatique “pénis-selle” et “vagin-intestin”

Formations réactionnelles contre des motions érotico-anales et sadiques : obsession de lavage et de pureté, mesures préventives contre des préjudices que les autres auraient à redouter

 

Relations entre la selle et le fantasme de castration – équivalence entre bol fécal et pénis –, si bien que l’abandon de la selle en arrive à symboliser la castration. Ainsi, “l’amour narcissique que chacun a pour son pénis n’est pas sans recevoir une contribution de l’érotisme anal

Les caractères ordonnés, économe et obstiné relèvent de la composante érotique anale. Ces particularités de comportement proviennent des excitations anales prégénitales qui, détournées de leurs buts sexuels prégénitaux après la fin de l’Œdipe, se dirigent vers d’autres buts (non sexuels) par sublimation. Ainsi, l’attention à la propreté corporelle, la scrupulosité (être ordonné), le sens de la thésaurisation, l’amour de l’argent, voire l’avarice (être économe), la tendance à l’emportement (être entêté) sont l’expression, après sublimation, du détournement des pulsions érotiques anales. Dans d’autres cas, la défense contre les excitations anales s’exprimera sous la forme de formations réactionnelles comme la honte, le dégoût, le moralisme.

En conclusion, nous avons vu que le développement de la libido passe par une organisation prégénitale structurante et maturante au cours de laquelle s’édifient des modalités de relation à soi et aux autres. Une fois l’enfance passée, ces particularités connaîtront un destin variable que Freud (8) schématise ainsi : une partie seulement des excitations anales servira à la vie sexuelle, une autre partie sera dirigée vers des buts désexualisés par sublimation, une dernière partie sera l’objet de formations réactionnelles.

 

 

 

 

Besoin de savoir par soi-même.

Ainsi peuvent-ils s’approprier des connaissances rares, mus par le refus d’acquérir les savoirs officiels, leur souci de se démarquer des goûts de leurs parents et assez souvent une curiosité insatiable née à leur insu des secrets de famille et des énigmes que recèlent leurs histoires familiales.

Le secret, mot qui apparaît au XVIe siècle dans la langue française, désignait aussi les lieux d’aisance (segreta) et l’on sait qu’étymologiquement il dérive du latin « cerno » qui désignait l’opération du tamisage du grain que l’on retrouve aussi par exemple dans discernement. Ex-cerno signifiait évacuer par criblage et a donné le mot français excrément... peut-on mieux définir la proximité du secret et de l’analité ?

Le secret a aussi comme effet de générer l’inhibition intellectuelle et l’impossibilité de savoir, « inhibition, symptôme et secret » pourrait-on dire. Cette entrave intellectuelle se traduit fréquemment par l’échec scolaire, l’enfant mettant son intelligence en veilleuse par mesure de protection.

 

Réaliser un désir d’enfant est la condition du bonheur de l’adulte

Le besoin de savoir débouche sur une intellectualisation non créatrice de la pulsion d’emprise

Chez d’autres on a l’impression d’avoir affaire à une authentique sublimation de la Bewaltigung (désir de maîtrise); pour le dire autrement plus que du côté du sexuel phallique, le destin de la pulsion épistémophillique ne nous renvoie-t-il pas plutôt aux avatars de l’analité ?

 

 

Je vous mange tous, je vous emmerde tous. Et maintenant tu me laisses tranquille. Il faut que j'aille vomir.

 

Dans le développement de la personnalité, le déclin du complexe

D’Œdipe marque, entre autres choses fondamentales (comme la constitution des différentes instances intrapersonnelles:Moi, Surmoi, Idéal de Moi…), l’installation du primat de la zone génitale, divisant ainsi l’évolution de la libido en deux grandes étapes : une organisation prégénitale (définie par les stades oral, anal et phallique), puis une organisation génitale.

 

 

Érotisme anal : excrément=argent=cadeau=enfant=pénis

Fréquence des thèmes ressortissant à l'analité, découvre l'importance du coït anal

Contrairement à la vulve et au vagin, l’anus et le rectum ne sécrètent pas de lubrification naturelle facilitant le rapport sexuel. Cependant, l'anus est une partie du corps, pour les hommes comme pour les femmes, particulièrement innervé, dont la sensibilité est similaire à celle des parties génitales [réf. nécessaire], source d'un possible plaisir pour le receveur. La sensation de va-et-vient chez la femme et la prostate chez l'homme peuvent conduire à l'orgasme pour le partenaire passif

La sodomie peut également être une alternative à la pénétration vaginale pour ne pas rompre l’hymen de la femme avant le mariage ou éviter la fécondation, où elle a longtemps été fortement recommandée comme un moyen de contrôler les naissances

Pratique considérée comme déviante puisque ne menant pas à la reproduction, entourée des tabous liés aux fonctions excrétrices (l’anus étant concerné), surtout dans les civilisations où ces fonctions naturelles sont jugées honteuses

On a relevé l'existence de la sodomie chez certains animaux, notamment chez des primates comme les chimpanzés ou les bonobos, les chiens.

Le fixé anal, c'est-à-dire celui dont l'analité n'a pas été complètement intégrée et reste le facteur prédominant de sa structure. Cette prépondérance, c'est-à-dire la disproportion entre ses investissements énergétiques et libidinaux proprement dits, deviendra la source d'une distorsion radicale du sens de la réalité et conflictualisera dans la même mesure sa position.

Il en résultera un certain sentiment d'insécurité que l'anal compensera par l'appui qu'il prendra sur ses relations sociales, sur la société comme telle. (L'agressivité témoignera dans ce cas d'un échec partiel de cette compensation.) L'anal choisit spontanément cette mesure de compensation car la nature de sa relation dominante l'y prédispose d'emblée.

Il ne cherchera pas à aimer et à être aimé, mais à dominer et à être dominé. Il s'insérera d'autant plus facilement dans la collectivité qu'il n’investira pas sa propre essence qui pourrait souligner son unicité et l'isoler des autres, mais déplacera le poids de ses investissements sur le facteur énergétique, élément éminemment impersonnel, qui lui ouvre, précisément pour cette raison-là, le chemin vers les autres relevant de la même orientation énergétique que lui.

Au lieu de se sentir affaibli par sa position conflictualisée en tant qu'individu, il sentira sa force et sa sécurité décuplées par le fait de ressembler sur ce point capital aux autres auxquels il s'additionne ainsi en quelque sorte. L'opération - apparemment arithmétique - possède d'ailleurs les caractéristiques d'une progression géométrique (vue confirmée par certaines lois électorales qui offrent une prime au parti le plus fort).

Le fait qu'il ignore les valeurs liées au contenu et n'investit que les facteurs énergétiques nous explique, par ailleurs, pourquoi l'anal s'entendra plus facilement avec un autre anal à tendance (idéologique) différente, voire opposée, qu'avec quelqu'un qui poursuit le même but que lui mais sur un mode qui tient davantage compte des investissements libidinaux et narcissiques.

L'insertion de l'anal dans la société ou dans n'importe quel groupe organisé fera de l'anal la base même de cette organisation, sa structure étant la seule qui investisse électivement l'organisation en tant que telle, indépendamment de son contenu (il organisera et dirigera avec le même plaisir un bureau de statistiques qu'un magasin de chaussures), toute organisation étant avant tout un mode de maîtrise.

Cette insertion dans l'organisation sera toujours basée sur une hiérarchie de plus en plus poussée, étant donné que la relation objectale anale - comme nous venons de le voir - est construite, par définition, sur un système d'oppositions, unique dans le couple, mais devenant une chaîne de couples d'oppositions dans la pyramide hiérarchique.

Le caractère complémentaire des couples d'oppositions, et qu'on retrouve - multiplié - dans la chaîne, prête à la pyramide hiérarchique une très grande solidité (c'est pourquoi tout élan de rénovation, sociale ou autre, commence par la volonté d'effacer les discriminations, mais se révèle utopique par la suite et cède fatalement la place, une fois l'organisation mise en place, à une hiérarchisation de plus en plus poussée).

La hiérarchie comprendra donc des membres à maîtrise à la fois positive et négative ou active et passive, chacun étant en même temps le supérieur et l'inférieur de quelqu'un jusqu'au membre assis sur la pointe de la pyramide (l'image n'est pas gratuite), qui lui-même admettra d'être soumis à une force ou instance suprême quelconque, expression de la maîtrise ou de la toute-puissance absolue (Dieu, ou autre idée mystique).

Comme cependant l'anal a besoin d'un ennemi absolu, propre à recevoir ses projections, il y aura toujours dans les sociétés strictement organisées une catégorie d'objets qui occupera la base de la pyramide, inférieure à toutes les autres et traitée en paria, c'est-à-dire en excrément. (Dans le système hindou de castes, les individus appartenant à cette catégorie inférieure sont appelés - probablement pour cette raison-là - les « intouchables », leur contact étant considéré comme une souillure.)

Cette double orientation (être à la fois supérieur et inférieur ou, dans le registre de la perversion, « victime et bourreau », comme le souhaitait Baudelaire) satisfait à la fois la maîtrise négative et positive du sujet et consolide sa place et sa sécurité dans le système. Il s'identifie d'ailleurs, en outre, aux autres éléments de la hiérarchie jusqu'au principe même de la maîtrise absolue, personnifiée par la divinité ou le « chef charismatique ».

Une certaine déformation caricaturale du système a été appelée par les Allemands « tempéraments de cycliste », le dernier terme désignant la position de ceux qui, exagérant cette double dépendance, courbent la nuque devant leurs supérieurs et donnent des coups de pied à ceux qui se trouvent en dessous d'eux.

Car, il ne faut pas l'oublier, qui dit analité dit ambivalence et si, d'une part - en fonction de l'enchaînement des couples d'opposition actif et passif - l'anal est le soutien et le ciment de la société, les collectivités fortement organisées sont le siège de tensions inter-organismiques et interindividuelles, surtout si le besoin de maîtrise active (et passive) ne trouve pas l'occasion d'être abréagi sur un mode collectif. Si, sur un certain plan, les anaux sont égaux, « il y en a toujours » - comme disait Alphonse Allais - « qui sont encore plus égaux ». Et voici comment ce processus glisse vers la détérioration à laquelle je viens de faire allusion. Une société anale peut se comparer à une ruche laborieuse bien organisée et fonctionnant selon des règles strictes autant qu'implacables.

Les crises de l'analité peuvent également profiter de cette comparaison, mais dans ce cas il s'agit d'une ruche affolée. L'analité liée par toute la structuration de la ruche jusqu'à sa substance même, par son organisation, par l'activité ordonnée de ses habitants et par la discipline même qu’ils subissent et imposent à la fois, se libère et se retourne contre eux, parce qu'ils n'ont jamais appris à l'intégrer sur un mode authentique et personnel, ni à la sublimer.

C'est donc la panique, la débandade et la lutte aveugle de tous contre tous. L'anal - à ce moment-là - perd son sentiment de sécurité, ne collabore plus ; il voit au contraire son ennemi en tous et partout : « Es-tu avec moi, ou bien dois-je te détruire, te couvrir d'ordure et te piétiner? » (Brandys). On comprend qu'assistant à un spectacle quelque peu analogue lors de l'écroulement de la monarchie austro-hongroise après la guerre de 1914-18, Freud ait pu être tenté par l'idée d'un « instinct de mort.

Le but que je me suis assigné dans ce travail était de quitter le domaine de la pulsion pour celui de la relation objectale dont la pulsion est en quelque sorte la base et le support biologique. J'espère que la délimitation de ce concept contribuera à préciser les notions qui découlent également de l'analité, comme l'érotisme et le caractère anal, le masochisme et le sadisme, et surtout la haine et l'agressivité.

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1 avril 2009 3 01 /04 /avril /2009 16:54

L'attitude à l'égard du sexe résulte de l'interaction complexe des développements physiques et mentaux.

 

 

Si l'on entend par inceste le fait d'établir une relation sexuelle potentiellement reproductive avec un proche parent, cette pratique est en règle générale évitée dans le monde animal. Les stratégies d'évitement diffèrent selon les classes d'animaux et les espèces. Elles sont souvent sophistiquées.

Chez nos cousins germains chimpanzés et bonobos, la jeune femelle qui approche de la puberté s'écarte peu à peu du centre de gravité de sa troupe natale, puis s'en va rejoindre une autre troupe. Chez les macaques et bien d'autres espèces, c'est le jeune mâle qui s'en va. Le risque d'inceste est donc écarté. Il n'est pas complètement éliminé, cependant. Ainsi les jeunes mâles chimpanzés ou bonobos qui restent dans le groupe natal pourraient être tentés de forniquer avec leur mère ou leurs sœurs. Ils n'en font rien. Même chez les bonobos, où les relations entre la mère et son fils sont intimes, l'évitement de l'inceste s'établit tôt.

Chimpanzés et bonobos, tout comme les humains, évitent de forniquer entre parents proches. La raison d'être du tabou tient aux effets délétères de la consanguinité.

Dans la plupart des sociétés traditionnelles, c'est soit la fille, soit le garçon qui s'éloigne de sa famille natale. La règle la plus fréquente est le départ des filles, ce qui nous rapproche des chimpanzés et bonobos.

L'inceste reproductif entraîne un effet statistique appelé la dépression de consanguinité. Chez les êtres sexués disposant comme nous de deux jeux de chromosomes, le risque qu'un gène délétère récessif se retrouve sur les deux chromosomes et produise donc ses effets négatifs est d'autant plus grand que les partenaires sexuels sont proches parents. Pour prendre un exemple fourni par le livre d'Olivia Judson : « Un gène récessif tapi chez une personne sur cent a sept fois plus de chances de rencontrer son jumeau chez l'enfant fait avec un cousin germain qu'avec un partenaire pris au hasard dans une foule. Pour l'enfant d'un frère et d'une sœur, le risque est vingt fois supérieur. Du moins si le gène est commun. S'il est rare, disons présent chez une personne sur dix millions, le risque pour l'enfant d'une sœur et d'un frère est multiplié par 2,5 millions [3].» Face à ce genre de risque, la sélection naturelle a tranché.

Des actes incestueux étaient perpétrés avant la puberté.
Chez le bonobo, il n'y a pas d'inceste pour des individus pubères, néanmoins on a remarqué des attouchements, notamment de la mère envers ses petits avant qu'ils ne soient pubères.
Ce qui aurait tendance à faire penser que seul est considéré comme contre nature l'inceste qui pourrait avoir des conséquences sur l'évolution.

 

Protozoaires et vers utilisent la reproduction asexuée, quelques insectes la parthénogénèse (reproduction unisexuée), les animaux hermaphrodites l'autogamie (autofertilisation).

Ce qui frappe dans c type de reproductions, c'est leur caractère étonnamment inusité tant chez les végétaux que chez les animaux, confirmant la règle générale de la reproduction biparentale. La signification biologique d'une telle reproduction est l'accroissement de la variété au travers de la recombinaison du matériel génétique.

Or, l'exogamie apparaît comme un corollaire essentiel à l'utilisation positive de la reproduction biparentale dès qu'apparaissent des liens interindividuels durables, la reproduction consanguine aboutissant au niveau le plus bas d'autofertilisation : il s'agit moins là du risque négatif d'accroissement des tares au niveau des relations consanguines (non prouvé) que de l'avantage sélectif positif provoqué par le brassage génétique maximal.

Pour les espèces chez lesquelles il existe des liens d'attachement interindividuels stables, l'évitement de l'inceste est la règle, hormis dans les espèces où l'humain est intervenu (domestication et enfermement en zoo).

De plus, les régulations biologiques conduisant à l'évitement des relations consanguines sont polymorphes et relatives. Plusieurs variables interfèrent dans l'expression de l'inhibition ou de la levée de l'inhibition : la domestication, la promiscuité, la polygamie.

On constate un effet de seuil en deçà duquel les inhibitions sont levées, rendant l'inceste probable. dans d'autres cas, seule est libérée une des trois combinaisons possibles d'inceste : frère-sœur, mère-fils, père-fille. L'inceste père-fille est fréquent dans les groupes de primates polygames.

Complexité du problème quand on aborde les solutions concrètes trouvées par chaque espèce pour réguler la pratique de l'exogamie en fonction des particularités des liens interindividuels et sociaux de ses membres.

mécanismes de dissolution familiale : par une distanciation  définitive des individus familiers; par un changement de l'objet d'attachement sans rupture définitive des liens avec les familiers, mais inversion du schéma de l'enfance (rapprochement de l'objet familier/évitement des objets étrangers se transformant en rapprochement des objets étrangers/évitement de l'objet familier); par abduction de la femelle (dans toutes els structures où les deux sexes vivent ensemble dans un état conjugal permanent, le problème de l'inceste père-fille émerge : chez les animaux monogames, très rares, les femelles adolescentes s'émancipent activement comme les mâles, chez les animaux polygames, elles sont retirées du harem paternel par de jeunes mâles - avec ou sans conflit avec la mère, selon l'âge auquel elles sont retirées et selon l'espèce); par expulsion provoquée par les adultes familiers (le plus souvent l'adulte du même sexe).

suppression de la sexualité intrafamiliale : par la menace du mâle dominant contrecarrant les relations sexuelles des autres membres du groupe; par inhibition liée à une position basse dans la hiérarchie; par un phénomène de répulsion (chez les chimpanzés, alors que les jeux sexuels entre jeunes sont habituels, une jeune femelle venant d'atteindre la maturité sexuelle se mit à développer un intérêt sexuel aigu et varié pour les mâles occasionnels; à l'opposé, elle se mit à repousser frénétiquement les avances de ses frères alors qu'elle n'y faisait aucune objection quelques temps auparavant).

 

Chez l'humain, il existe des facteurs variés où jouent des tendances endogènes à la dissolution familiale lors de l'adolescence, ainsi que des mécanismes endogènes de suppression de la sexualité intrafamiliale.

Kibboutzim : 7 à 9 enfants sont réunis par groupes d'âges autour d'une seule et unique femme qui a rôle d'éducatrice et qui reste la même tout au long de leur évolution. Dès leur plus jeune âge, les enfants ont toute licence pour réaliser des jeux sexuels intensifs dont ils ne se privent pas. C'est seulement vers 10 ans qu'apparaissent spontanément les premières inhibitions sexuelles et les premiers signes de pudeur. Aucun couple ne se forme à partir de partenaires faisant partie du même groupe dans l'enfance, sauf si l'un des partenaires s'est absenté du groupe pendant un laps de temps suffisant, avant l'âge de 6 ans (une séparation survenue après 6 ans n'a jamais supprimé l'inhibition semblant jouer dans le choix d'un partenaire ultérieur).

Il s'agit là d'un phénomène d'empreinte sexuelle (comme chez les oiseaux ou d'autres)

L’émergence de l’instinct sexuel au cours de l'enfance s'accompagne de l'acquisition de la classe à laquelle devront appartenir le ou les objets sexuels ultérieurs, avec exclusion de l'objet précis sur lequel s'est réalisée l'empreinte.

Mais on peut toujours enfreindre une régulation biologique, ou de l'inhiber, certes au prix de plus ou moins grandes perturbations (ex : la future fiancée est prise par la famille du futur mari dès l'enfance, ils sont donc élevés comme frère et sœur; ce type de mariage aboutit à des mésententes sexuelles conduisant les partenaires respectifs à l'adultère, au concubinage ou au recours à la prostitution).

 

Émergence du désir sexuel, qui ne peut qu'être incestueux, non pas par rapport à une connaissance objective de liens de consanguinité, mais bien du fait d'une identité habituelle et suffisamment fréquente entre les individus consanguins et les individus côtoyés pendant l'enfance. Ici, le savoir-faire phylogénétique procède régulièrement de la sorte pour se repérer dans l'environnement. D'autre part, la reconnaissance de processus automatiques d'inhibition ne devient plus antinomique de l'hypothèse du déclenchement d'un instinct sexuel dans l'enfance, puisqu'elle le présuppose justement.

Cette inhibition survient au niveau de l'objet du désir, acquis dans l'ontogénèse (développement progressif d'un organisme depuis sa conception jusqu'à sa forme mature). De plus, l'édification de cette empreinte "négative" se constitue avant 6 ans, c'est-à-dire au moment de la phase phallique et de l'acmé (point extrême d'une tension) du conflit œdipien.

D’autres facteurs jouent dans l'apparition des désirs incestueux et dans leurs inhibitions. Les relations frères-sœurs, père-fille, mère-fils, ne s'organisent pas de la même manière, les faits de dominance intervenant dans l'inceste parental : la prohibition de l'inceste garçon-mère est beaucoup plus systématique que la prohibition père-fille. Importance de la dominance dans les relations incestueuses et leur inhibition chez certains primates. Phénomènes de rivalité dans le désir de conquête de l'objet incestueux.

La fille doit changer d'objet d'attachement amoureux au cours de son enfance.

Chez l'humain, les inhibitions peuvent déborder largement l'objet infantile, initial, du désir et se reporter justement sur des situations ultérieures vécues comme étant de nature incestueuse.

Il a été donné à l'individu de jouer dans l'enfance une partie essentielle de son désir sexuel en-dehors de ses géniteurs.

Oedipe-roi : deux ordres de référence qui vont cheminer dans le temps et dans l'espace, d'abord violemment séparés, puis violemment réunis.

La mère était souvent une femme jeune et par sa jeunesse même, la femme (mère) ne peut qu'être l'image naturellement désirée et donc naturellement interdite.

Si dans l'enfance les comportements d'appétence (appétit) surviennent tant au niveau de la conquête sexuelle que de la rivalité, le seul comportement consommatoire alors possible est la masturbation. Or, pour l'inconscient, les fantasmes de coït incestueux sont reliés au fantasme de meurtre du rival (le père), comme si ce rival se tenait en un lieu où il était indélogeable auprès de l'objet désiré. [les mouvements de pariade - État des perdrix, lorsqu’elles cessent d’aller par compagnies, pour s’apparier avec un congénère; Formation des couples qui précède la période de reproduction - sont souvent précédés de combats entre rivaux. ces comportements de conquête sexuelle apparaissent comme des réorientations ritualisées de ces comportements agressifs. habitude étonnante chez les petits chimpanzés de ne pas supporter l'accouplement des adultes et de les importuner en tentant de les séparer. chez l'humain, les équivalents de ces mouvements instinctifs sont mis en scène au niveau des représentants psychiques (angoisse de la "scène primitive"].

L’inconscient ne connaît ni père ni mère : ce qu'il perçoit c'est un rival parental et un objet d'amour parental vis-à-vis desquels il régit selon les lois du processus primaire.

L’enfant n'éprouve encore rien de cet orgueil propre à l'adulte culturel qui trace une ligne de démarcation nette entre lui et tous les autres représentants du règne animal. Il considère sans hésitation l'animal comme son égal.

Si l'angoisse de castration est bien la connotation subjective du stade phallique où se fondent l'expression du désir et l'exclusion fondatrice de l'objet visé initialement, elle n'est pas la cause de l'origine (chez la fille) ou de la terminaison (chez le garçon) de ce stade.

Loin de dissoudre l'Œdipe, la crainte de la castration signifie la fixation au stade phallique, la permanence de ses effets.

La constatation de la différence anatomique entre les sexes ne se joue qu'au niveau de la présence ou de l'absence du phallus : le garçon ne voit chez la fille qu'absence (le phallicisme, au sens de croyance à l'existence d'un seul organe sexuel n'est que mieux maintenu, cette absence signifiant la castration [la fille qu'il observe, le garçon la désire déjà : il s'agit bien d'une expérience nouvelle, pas une expérience perceptive, mais expérience du désir]

A ce stade, l'expérience du désir passe par cette expérience perceptive, reliée, de plus, à la constitution de l'empreinte sexuelle qui, elle, fait appel à d'autres traits du corps que le pénis. La castration peut être tout à la fois réalisée et déniées à ce niveau

 

L’héritier du complexe d'Oedipe, dépositaire des interdits parentaux, qu'est le Surmoi n'est pas un simple résidu des premiers choix d'objets pour le ça : il a la signification d'une formation destinée à réagir vigoureusement contre ces choix.

Deux facteurs biologiques excessivement importants : l'état d'impuissance et de dépendance infantile, et l'interruption en elle-même du complexe d'Oedipe par la période de latence. Or, de la même façon que le complexe d'Oedipe est un phénomène déterminé par l'hérédité, établi par elle et qui conformément au programme doit passer lorsque commence la phase de développement qui lui succède, la période de latence est une disposition héréditaire à la culture.

Cela ne le dispense pas, bien au contraire, de suivre la façon dont ce programme inné est exécuté, et la manière dont les coups du sort tirent parti de la disposition. Or c'est à ce niveau qu'est perceptible l'extrême développement du Surmoi chez l'humain, qui déborde largement par ses effets les régulations élémentaires de l'empreinte sexuelle.

La loi de la prohibition de l'inceste peut avoir des niveaux de régulations divers, dont certains sont étroitement programmés, et d'autres dépendent de facteurs familiaux plus ou moins singuliers, ainsi que de faits de société et de civilisation, d'où le besoin de renforcement de la prohibition par une loi.

Il existe pour l'Oedipe des phénomènes de redondance et de démarcation dans ce que le programme génétique s'attend à trouver au contact de l'expérience et de ses lois.

 

 

Chez les mammifères, la différence de taille entre le mâle et la femelle (dimorphisme sexuel) est en général associée à l’organisation en harem (comme chez les lions, les loups, les cerfs, etc.). Les mâles combattent entre eux puis le vainqueur devient dominant et s’approprie toutes les femelles du groupe. Pour autant, les femelles opèrent un tri sélectif sur le ou les partenaires, et le ou les élus doivent déployer bien des atours, la force n’étant pas la meilleure vertu. Ainsi, les babouins, à la réputation de mâles dominateurs, se révèlent d’habiles séducteurs : un jeune adulte use de démonstrations physiques impressionnantes pour s’imposer auprès des autres mâles, mais déploie des stratégies d’approche particulières pour séduire une femelle.

Chez les gorilles ou les singes hamadryas, le dimorphisme sexuel est très prononcé et la structure en harem est la norme. Les gorilles forment des groupes polygynes composés d’un mâle reproducteur et de quelques femelles non apparentées. Ce mâle a souvent le dos argenté, signe de maturité sexuelle (un mâle au dos noir – souvent le fils du dominant – peut aussi être présent dans le groupe, mais il ne dispose pas des mêmes privilèges de reproduction que le dos argenté).

Chez les orangs-outans, les mâles adultes occupent un grand territoire qu’ils patrouillent à la recherche de femelles en période de fertilité, les relations entre les mâles et les femelles étant plutôt limitées à la reproduction. Le mâle possède un sac laryngé qui lui permet de faire entendre un long cri puissant. Les mâles subadultes qui habitent le même territoire ne développent pas de caractères sexuels secondaires (comme le long cri) tant que le mâle à qui appartient le territoire y demeure. On a ainsi vu chez cette espèce de jeunes mâles violer des femelles lorsqu’ils sont sans territoire.

 

Chez les chimpanzés, la vie est organisée en petites sociétés patriarcales et hiérarchisées, ils pratiquent également la chasse collective avec un sens aigu de la collaboration et du partage, ainsi que de la justice, de la consolation, de la réciprocité, de l’altruisme, etc. Pour autant, même si le dimorphisme y est moins fort, un mâle dominant s’assure un accès privilégié aux femelles du groupe. Lorsque les femelles sont fertiles, une période de quelques mois tous les quatre ou cinq ans, elles exhibent alors des enflures sexuelles qui signifient l’arrivée prochaine de leur ovulation.

Toutefois, le mâle chimpanzé dominant n’a pas toujours l’exclusivité sexuelle et, s’il s’efforce de contrôler l’accès aux femelles, celles-ci s’autorisent des comportements parfois audacieux qui, en d’autres circonstances, seraient réprimés. Ainsi, les femelles sexuellement réceptives s’arrangent d’une manière ou d’une autre pour donner des rendez-vous galants au mâle qu’elles désirent, copulant souvent avec plusieurs mâles successivement. La chimpanzé se cache pour tomber dans les longs bras du premier venu qui peut être un second ou un jeunot, pendant que les mâles (tous apparentés père-fils-cousin-oncle-grand-père-neveu) sont prêts à s’arracher les bourses pour devenir « alpha », le premier, le chef. Les femelles chez cette espèce sont généralement exogames, c'est-à-dire qu’elles quittent leur groupe lors de la maturité sexuelle (essentiellement pour éviter la tentation de l’inceste père-fille).

Chez les Australopithèques (il y a quatre millions d'années), le dimorphisme sexuel est encore fort et net, indiquant une organisation sociale proche de celle des grands singes (harem ou droit de cuissage prioritaire), avec vraisemblablement un mâle dominant et une grande importance donnée à la force physique.

Alors que le chimpanzé (Pan troglodytes), brutal et colérique, forme une société dominée par des mâles politiques et agressifs, le bonobo (Pan paniscus) vit selon d’autres règles, notamment parce que les femelles jouent un rôle central dans les groupes. Nos demi-frères bonobos, sensibles et nerveux, remportent ainsi la palme de la perception et de la communication sociale et possèdent, plus que tout autre primate non-humain, la capacité de se mettre à la place des autres. Ainsi, plus méthodiques dans notre brutalité que les chimpanzés et plus empathiques que les bonobos, l’humain est de loin le grand singe bipolaire par excellence, l’un des animaux les plus intérieurement conflictuels ayant jamais marché sur Terre, tel un Janus dont chacun des visages regarderait dans une direction opposé.

Les bonobos, ces « singes Kama sutra » (les plus proches représentants des premiers Australopithèques), font usage du sexe dans toutes les circonstances (beaucoup de comportements sexuels en dehors des périodes de réceptivité) et dans toutes les positions (de face – les seuls avec nous à faire ainsi – ou en acrobatie) pour réguler les tensions sociales. On observe ainsi une activité hétérosexuelle entre adultes, des actes de tribadisme (c'est-à-dire des frottements génitaux entre femelles : comme chez le chimpanzé, les femelles changent de groupe lorsqu’elles atteignent la maturité ; afin d’être acceptées dans un groupe, elles approchent une femelle dominante du groupe avec qui elles auront des comportements sexuels et se toiletteront), les mâles pratiquent des joutes de pénis ou de postérieurs, les adultes et les enfants font l'amour ensemble (en fait, les petits sont souvent initiés par leur mère, sachant que le seul tabou s'observe entre mères et fils de plus de six ans). Le sexe est une composante naturelle de l'enfance chez les bonobos, et il va de pair avec les jeux et les soins qui accompagnent la croissance. Le sexe chez les bonobos paraît être une activité rapide, fonctionnelle et décontractée qui sert de ciment social, sachant qu’on a pu observer une synchronisation des cycles menstruels pour que toutes les femelles soient réceptives en même temps, histoire de bien délimiter le sexe-plaisir et le sexe-reproduction. On a d’ailleurs constaté chez elles l'insertion d'objets variés dans le vagin en vue de provoquer le plaisir sexuel.

 

Concernant la sexualité du genre humain, la bipédie a joué un rôle prépondérant en permettant le face à face (la vision étant fondamentale et modifiant véritablement les comportements) et une première induction de la sexualité (déduire des lois par généralisation des observations).

Ayant quitté la protection des grandes forêts, les bandes de grands singes marchaient sans relâche dans les savanes. Cette bipédie entraîna beaucoup d’accouchements prématurés (néoténie : le petit naît juvénile, sans musculature, les os fragiles). Les femelles durent alors protéger et nourrir leurs chétives progénitures pendant des mois, des années. Elles s’installèrent dans des espaces protégés, cessèrent de chasser, devinrent dépendantes des mâles pour obtenir de la nourriture. Pour s’attirer leurs faveurs, attouchements génitaux répétés, sexualité de circonstance, devinrent peu à peu plus fréquents, hors cycle d’ovulation, bientôt quotidiens.

Pourtant, les premiers hommes chassaient peu, pratiquant le charognage et la cueillette en famille, femmes, enfants participant, disputant leur pitance aux hyènes et aux vautours.

Dans une savane infestée de grands carnassiers, la pacification des bandes des premiers Homo s’imposait : il fallait des guetteurs, une défense collective, une unité de groupe. Mais si les mâles passent leur temps à s’affronter dès qu’une femelle connaît les chaleurs, les prédateurs profitent de ces fautes d’inattention pour raison sexuelle, comme c’est le cas chez tous les autres primates. Les femelles durent s’adapter : la tendance à satisfaire plusieurs partenaires pour éviter les affrontements (comme chez les macaques de Barbarie, les babouins et les bonobos), puis à contenter un mâle habituel (essentiellement le dominant, ou un ayant-droit autorisé) avec des orgasmes réguliers, l’aurait peu à peu emporté. Cette « conjugalité nécessaire », mais relative, où mâles et femelles protègent ensemble les petits, se dispersent moins après les coïts, partagent la nourriture, survient d’ailleurs chez les chimpanzés en situation de menace. Quant aux gratifications sexuelles régulières, aux caresses continues, elles renforcent la cohésion sociale (comme chez les bonobos, dont nous sommes très proches). Au gré de ces contacts gratifiants, de cette sexualité inédite scandée par les décharges d’endorphines des orgasmes (qui nous accrochent au plaisir), un territoire Homo plus pacifié, car plus érotisé, serait apparu en même temps qu’une sexualité « toujours prête et disponible » se serait installée.

Concernant la morphogenèse corporelle et organique, rappelons que les lèvres vulvaires sont une innovation des primates les plus évolués, la vulve des quadrupèdes étant des plus « rudimentaire », faite au maximum de deux bourrelets bordant l'orifice vaginal. La position verticale de la femme bipède appelle ainsi le regard masculin sur le milieu de son corps, de dos comme de profil, la vision étant primordiale dans l'acte sexuel. Ni postérieur, ni totalement antérieur, l'organe sexuel externe féminin est donc à cheval sur le bas-ventre et l'entrecuisse dans une situation originale qui permet à la femme d'en montrer une partie tout en cachant le reste. Ainsi, les lèvres buccales des femmes seraient devenues aussi épaisses et colorées pour ressembler aux grandes lèvres sexuelles.

 

Quant aux petits tétons des femelles primates, ils auraient prospéré jusqu’à devenir de beaux seins féminins, enflant pendant le coït, afin d’offrir à la vue du mâle un second et excitant derrière. Les fesses elles-mêmes auraient pris volume et rondeurs, se seraient dégarnies de leur fourrure, pour préserver l’apparence du « cul rouge » chargés d’effluves des chimpanzés, escamoté aux regards par la station debout. La rotondité culière serait ainsi devenue un clignotant sexuel décisif : au code « je suis prête au printemps » des boursouflures saisonnières aurait succédé le code « je suis prête à tout instant » du fessier ballonné. Cette exacerbation érotique confirmerait la thèse de la sélection naturelle des femelles les plus attractives, condition de leur survie.

Les Vénus préhistoriques à la croupe imposante témoignent de cette érotisation générale de la lignée Homo.

Par comparaison avec l'humain moderne, les autres singes ont de minuscules organes génitaux mâles, les femelles n’ont pas de seins et sont velues. Mais ils sont facilement en mesure de distinguer les sexes parce que les mâles peuvent peser jusqu'à trois fois plus que les femelles.

L'humain, en revanche, est beaucoup moins facile à distinguer en fonction de la taille. Ainsi, les organes génitaux masculins et les seins féminins ont évolué pour faciliter la reconnaissance de l'autre sexe sur des créatures de taille et de forme similaires.

Si le pénis humain est plus grand et plus visible que celui des autres singes (sachant que chez eux ce sont les testicules qui sont plus gros), cela est dû à la pression féminine et à la volonté de virilité qui auraient permis l'allongement du pénis, mis en valeur par la bipédie et par la présence de poils principalement au niveau des organes sexuels.

 

 

La pilosité du sexe féminin (qui est propre à l'humain) est l'indice optique le plus flagrant chez la femme, sachant que le plaisir visuel, facilité par la bipédie, tient un rôle majeur dans les comportements sexuels.

 

L'évolution morphologique entre Singes et Humains, est également marquée par une nouvelle répartition des poils. Si leur perte est un désavantage, car elle induit une déperdition thermique, elle serait compensée par les vêtements de peaux (les premiers humains ont vécu nus tant que le climat le permettait ; il y a 60 000 ans environ, le refroidissement du climat obligea les humains de nos régions à protéger leur corps du froid et, constatant que les animaux qu'ils chassaient étaient mieux protégés par leur fourrure, ils eurent l'idée d'utiliser cette dernière pour en couvrir leur corps), et serait surtout la conséquence de la sélection sexuelle, qui dépend de l'avantage que certains individus ont sur d'autres de même sexe et de même espèce, sous le rapport exclusif de la reproduction. La sélection sexuelle serait à l'origine de la perte des poils chez la femme, dans un premier temps, car en l'absence de poils l'attirance des hommes pour les femmes est supérieure. Dans un second temps, les hommes auraient perdu leurs poils, à moindre mesure, à l'image des femmes. Une pilosité peu développée permet de prouver plus facilement à un partenaire que l’on n’est pas – ou peu – victimes des parasites (poux, puces, sachant que l’épouillage est une activité sociale marque de respect, d’amitié, de hiérarchie et de services rendus), et que l’on incarne de ce fait un reproducteur en bonne santé (la présence de parasites dénotant une mauvaise hygiène ou un manque de partenaires attentionnés à notre égard). Cette évolution ne fut possible que grâce à l’émergence de l’intelligence : l’humain étant capable de résister au froid en faisant du feu ou en se vêtant des peaux de ses proies, sa fourrure avait perdu de son utilité. Sauf en certains endroits précis : les poils pubiens ont survécu car ils servent à transmettre les odeurs à caractère sexuel émises depuis une zone moite et chaude, très riche en glandes émettrices de sueur.

On évoque également un système de reconnaissance du partenaire spécifique par perte des poils, sauf au niveau des organes sexuels (imberbes chez les autres singes), dans le but de faciliter cette reconnaissance. En ce qui concerne les attributs sexuels toujours, la bipédie, en masquant la turgescence (gonflement d'un organe dû à un afflux de sang) de la région génitale chez la femme, aurait induit le développement d'un signal sexuel compensatoire par la nudité des seins et des fesses. Le développement des fesses permettrait, de surcroît, le stockage d'énergie en grande quantité, sans gêner les mouvements bipèdes, le pouvoir reproductif de la femme étant lié à la quantité de graisse dans le corps. Les seins auraient par la suite « imité » les fesses devenues des objets sexuels.

 

Chez les babouins de savane, comme chez toutes les espèces, les relations sexuelles se limitent aux périodes d’ovulation des femelles, les exceptions étant très rares, comme chez les chimpanzés et les bonobos (ils règlent leur sexualité par leur mode de vie ; néanmoins, leur sexualité est davantage de l'ordre de la civilité).

Ce qui fait la spécificité de la sexualité humaine par rapport à celle des autres grands singes, c'est la perte de l'œstrus (état hormonal de réceptivité sexuelle commun à tous les mammifères). Cette disponibilité des humains a aussi ses limites car, bien que parmi les primates anthropoïdes l'homme soit doté du pénis le plus volumineux et long (le pénis humain est un peu plus important, relativement à la masse corporelle, que celui des autres mammifères), il est le seul à ne pas disposer d'un os périnéal ou pénien (l’anatomie du pénis humain se distingue de celle du pénis de la plupart des autres mammifères par l’absence de baculum, un os qui sert à ériger le pénis, ainsi l’homme – comme les étalons – ne peut pas rétracter son pénis dans son corps), et la femme est la seule anthropoïde à connaître une ménopause. Le sexe, dont l'exercice permanent dans notre espèce fut un jour rendu possible par les caractéristiques de la sexualité féminine, a permis la régulation des comportements, rendant possibles d'autres activités (dont le travail).

Les bonobos sont assez pacifiques, leur sexualité, très développée, leur servant à surmonter les crises dans une communauté commandée par les femelles. Chez les chimpanzés, qui passent leur temps en luttes de pouvoir qui se traduisent par des conflits violents, ce sont les mâles qui commandent.

 

Les premiers couples de courte durée sont apparus avec la nécessité de s’occuper ensemble de la progéniture pendant au moins quatre ans.

Avec la marche debout (plus de 3 millions d’années), les mères ont dû porter leurs enfants dans les bras plutôt que sur le dos. Leurs bras occupés, former un couple temporaire leur serait devenu indispensable. Puis l’évolution s’en est mêlée : le cerveau grandissant, les bébés sont nés plus tôt pour que l’accouchement soit possible, les petits ont été assistés plus longtemps, et le temps de l’adolescence s’est allongé, de quoi inciter à rechercher des partenaires à plus long terme. Chez les autres mammifères, dans la plupart des cas, la femelle est instinctivement attachée au rejeton, le nourrit et s’en occupe jusqu’à l’autosuffisance. Un pas de plus dans l’évolution : le mâle entre en jeu et assume des responsabilités. Dans des sociétés sans médecine efficace, plus qu’à la dispersion sexuelle, le succès reproducteur était lié à la survie des enfants à laquelle la présence du père contribue ! De plus, l’œstrus (période de fécondité) n’étant pas visible chez la femme, la plupart des rapports sexuels n’étaient pas fécondants ! Ceux qui restaient avec les femmes avaient alors plus de chance de les féconder ! Ce qui était avant tout instinctif pour la mère devient maintenant éthique pour le père et le fruit d’un jugement plus ou moins conscient portant sur l’obligation de responsabilité. Nos fonctions psychiques représentent un saut existentiel et qualitatif. La reconnaissance de la responsabilité du mâle se traduit alors par un engagement contractuel et une forme de famille. Il fallait évidemment pour en arriver là comprendre le rapport entre la copulation et la génération, ce que l’homme a saisi assez tôt et a tendance à oublier. L’être humain est polyvalent et a un goût prononcé pour les extrêmes : pour se dépasser, il est près à conquérir l’espace et percer les secrets les plus profonds de la nature. Une fois qu’on eut compris et donc qu’on eut pu couper tout lien entre sexualité et fécondité, tout était permis. On n’eut plus à tenir compte des sexes. La course aux trésors du plaisir était lancée. L’espèce s’est prêtée à ce petit jeu de la versatilité à partir de son agressivité, de son instinct de possession, de son goût de la domination. La pulsion sexuelle, dont il est ici question, n’y échappe pas. La copulation ne suffisant pas, l’humain inventa la sodomie et la fellation, voire tenta ponctuellement la zoophilie. L’exploration est au cœur de l’espèce, pas toujours à son honneur.

Voyant qu’elle semblait plus prolifique, l’homme institutionnalisa assez tôt la copulation. L'acte sexuel avait un caractère spirituel pour le préhistorique, soumettant ainsi le commerce des sexes à de véritables rites, donnant naissance au contrat marital social avec serment, bénédiction, festivités, formes de famille et de mariage. L'idée même d'une réglementation (spi)rituelle exclut l'idée contraire de la promiscuité, du tout mélangé et indifférencié. Le refoulement de la sexualité, qui nous impose ainsi de renoncer à certaines formes de satisfaction pulsionnelle et d’abandonner nos premiers objets sexuels, constitue la mutilation la plus sanglante imposée au cours du temps à la vie amoureuse de l'être humain.

De nécessité, le couple est devenu chez nous modèle social, mais il n’en est pas pour autant un stéréotype obligatoire !

Pour certains, l’homme serait volage car ses ancêtres préhistoriques devaient courir les jupons pour répandre leurs gènes, tandis que les femmes s’attachaient à un mâle protecteur qui subvienne aux besoins de sa progéniture. En réalité, hommes et femmes sont tout aussi volages, toujours dans cet esprit de survie et d’amélioration génétique de l’espèce, mais les hommes aiment croire qu’ils sont plus infidèles que les femmes, et celles-ci sont bien contentes qu’ils y croient !

D’ailleurs, l'adultère aurait constitué un levier puissant d'évolution de l'espèce humaine. La démonstration est à peu près la suivante : si l'on considère dans une société officiellement monogame par exemple trois groupes de fitness (disons par exemple les beaux et forts, les moyens, et les peu gâtés et faibles), chaque groupe, pour des raisons de choix mutuel, pratiquera l'endogamie interne, et ces groupes se perpétueront plus ou moins à travers le temps. Si en revanche une tendance à l'adultère se manifeste vers les groupes jugés à tort ou à raison comme plus enviables selon divers critères (goût du risque, modération, raisonnement), alors leurs gènes se répartiront mieux dans la société en question ! De fait, la communauté sera plus équilibrée en beaux forts intelligents, en moyens multidisciplinaires ainsi qu’en peu gâtés faibles mais explorateurs.

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