Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

T'es qui là ???

Logo du Collectif des 12 Singes


Ce blog sert de brouillon Collectif pour faire avancer le schmilblick grâce à vos commentaires !

Nous publierons ici régulièrement le résultat des pages que nous avons écrites.
Aidez-nous, en nous critiquant, à nous améliorer, et COMMANDEZ NOS LIVRES A PRIX PAS CHERS !


Nous sommes un Collectif d'auteurs-écriveurs qui cherche à véhiculer des informations sérieuses et surprenantes mais sur un ton décalé : vaste programme, mais nous tentons de tailler des shorts comme Coluche avec la gouaille de Desproges

Abonnez-vous à notre Newsletter pour avoir les derniers articles.

 

Collectif des 12 Singes (Al LU-SINON)


Follow Al_LuSinon on Twitter

 

 

Follow this blog
Paperblog

http://www.wikio.fr

Rechercher

21 janvier 2005 5 21 /01 /janvier /2005 21:29

16 - Amnésie Internationale & Amnistie Individuelle
Télécharger le fichier : 16-Amnésie Internationale & Amnistie Individuelle


• Esperanta : Bon d’accord, c’est super cool que tout le monde soit dans ce nouveau système. Mais on ne peut pas se réconcilier comme ça, pas après tous les écarts de conduite meurtriers et liberticides qui ont jalonné notre Histoire mondiale et encore plus continentale !

• Moa : Pour sûr, il y a eu du taf pour que toutes les vieilles rancoeurs du passé fassent place à de nouveaux regards et pratiques entre Peuples désormais véritablement Frères ! Mais tout le monde avait tellement pâti des conséquences des malheurs historiques que l’on ne voulait plus se miner avec le passé ! Tout ce que tout un chacun voulait, de tous les côtés des ex frontières, c’était de vivre tranquille peinard et de se consacrer pleinement à la construction de cet avenir radieux qui se devait de chanter : les déceptions et désillusions n’étaient plus de mise, place à la franche humainerie !!!

• E : Pour ça, encore faut-il avoir envie et faire ce qu’il faut pour se connaître et ne pas juger bêtement, sans savoir de quoi il retourne, vraiment, pas selon des préjugés !

• M : C’est pour ça que l’on a regardé plus loin que le bout de la lorgnette et que les Utopiens, pour vivre en Harmonie avec l’ensemble du monde qui les entoure, ont envoyé des délégations à travers le monde pour comprendre en profondeur qui étaient les Peuples alentour, leur culture et leurs spécificités humaines. Ensuite, au niveau de la Confédération des Peuples, ils ont défini les grandes règles universelles de vie Collective en bonne intelligence, en classifiant ce qui est profondément humain et ce qui est purement culturel. Les Utopiens ont privilégié un mouvement identitaire des idées, plutôt qu’un élan communautaire des individus. Cela a permis une reconnaissance ethnoculturelle, sans pour autant enfermer des populations entières dans des cases prédéfinies et sclérosées.

• E : Surtout que de notre temps on avait déjà suffisamment d’idées préconçues héritées du passé colonial des grandes puissances occidentales.

• M : Alors qu’on peut être Noir et ne pas aimer le manioc ! En fait, c’est surtout ça qu’on a voulu faire sauter en éclats : tous ces stéréotypes à deux balles faits pour justifier une œuvre « civilisatrice » menée aux pas cadencés, dont les dégâts ont été à la hauteur de nos prétentions arrivistes et hégémoniques.

• E : Pour sûr, les Occidentaux ont souvent crée des problèmes là où il n’y en avait pas, mais à leur décharge, ils ont permis de souder entres eux des Peuples divisés dans une Lutte commune contre l’envahisseur blanc. Même si les rancoeurs et querelles intestines reprenaient de plus belle dès que les blancs étaient partis ou dès qu’ils la mettaient en veilleuse en se faisant un peu oublier (tout en n’étant jamais très loin, histoire d’avoir toujours un œil sur « leurs chasses gardées »).

• M : Justement ! C’est tout ça qu’Utopia a voulu et a balayé : du passé, faisons définitivement table rase !!! L’Amnésie Internationale a été décrété pour repartir sur des bases saines. Ce qui a été fait, quelles qu’aient été les atrocités commises, faisait désormais partie d’un temps clairement révolu, et personne ne voulait plus entendre parler de ce passé aux eaux troubles et nauséabondes.

• E : Ah, enfin les humains ont su Raison retrouver ! Même si les cicatrices du passé ne se referment pas comme ça du jour au lendemain, il faut clairement les cautériser et arrêter de remuer le couteau dans la plaie (plus ou moins béante d’ailleurs).

• M : C’est ce que nous avons fait en considérant les autres Peuples non plus comme des entités émergentes, mais comme des réalités à Respecter, avec leur forces et faiblesses, atouts et failles, autant voire moindres que les nôtres. Au lieu d’être occidentalo-centrés, nous avons enlevé nos œillères et sommes aller voir de l’autre côté de la Méditerranée, en face du canal de Panama, au-delà du Tigre et de l’Euphrate, par-dessus l’Himalaya. Et nous y avons découvert des merveilles de savoir-vivre, des cultures plurimillénaires très enrichissantes, des techniques d’adaptation hors pair, des connaissances ancestrales à des années-lumière de nos conceptions tout-scientifique simplistes. Bref, nous avons redécouvert l’humain dans toute sa splendeur et sa complexité, chargées des leçons de l’Histoire.

• E : C’est sûr que c’est pas à moi que tu apprendras qu’il y a d’autres styles de vie que le tout Occidental. La modernité technologie, c’est bien ; en abuser, ça craint ! Même si ça m’a valu des formes de schizophrénies heureusement peu aigues, j’ai toujours (comme beaucoup de déracinés à cheval entre deux cultures, celle des parents et celle de ses futurs enfants) navigué entre deux eaux, de part et d’autre de la Méditerranée. Mais avec l’habitude, on prend le meilleur de chaque côté et on délaisse les concepts trop ethno-centrés !

• M : C’est exactement ce qu’il s’est produit au niveau mondial. Chacun a regardé comment l’Autre faisait, en a tiré des enseignements, a débattu avec ses frères de la même sphère d’influence ethnoculturelle. Ensuite, les différents ensembles humains répartis sur la planète ont pris des résolutions pour atteindre des buts communs, tout en préservant certains particularismes identitaires mais pas sectaires ni communautaires.

• E : C’est sûr que la communauté ça peut être sympa à une certaine échelle, mais après il faut pas non plus que ça devienne des réserves à ciel ouvert, où celui qui n’est pas de la communauté se sente trop comme un étranger.

• M : Tout juste ! C’est pour ça qu’on a renversé la vapeur en disant que nous sommes d’abord tous des êtres humains et « accessoirement » des Individus se rattachant volontairement (et non plus par le droit du sol ou du sang) à une culture ou un mode de vie.

• E : Cool ! De fait tout le monde est chez soi partout !?!

• M : Et oui ma belle ! Fini les nationalismes à tout cr(a)in(t), vive l’Humanisme planétaire où la Terre est une grande maison toujours ouverte où il y a toujours de la place pour tous, invités / « hôtes de marque » !!! D’autant plus que les Occidentaux avaient une énorme dette morale envers nombres de pays, notamment les anciennes colonies. Pour assurer le Bonheur Universel, on a alors accompagné ces pays dans leur développement, sans rien imposer mais juste en aidant là où l’on nous demandait spécifiquement de l’aide ou des conseils. Il ne fallait pas qu’on force non plus ces pays à évoluer dans une direction qui n’était pas la leur. Etre civilisé ce n’est pas forcément regarder la télévision affalé comme une merde sur son canapé en mangeant des chips ! Mais si on nous demandait l’accès à Internet pour s’ouvrir sur le monde, on allait épauler et fournir des fibres optiques aux pays demandeurs. A titre d’info, avant de travailler à la réconciliation avec les autres, tous les autres, Utopia a déjà pansé les blessures identitaires de la France, vieille terre d’asile quand il s’agissait de blancs (et encore, pas avec tous), mais qui avait toujours du mal à composer avec ses « nouvelles » couleurs (présentes en petites masses depuis quelques décennies quand même).

• E : Ah, ça ça me touche directement ! Parce que c’est l’évidence même que la France faisait mine de découvrir la dimension profondément raciste et néocoloniale de la relégation urbaine. Surtout qu’il y avait un rapport étroit avec le caractère abstrait du modèle français d'intégration qui, d'une part, était aveugle aux discriminations réelles et, d'autre part, laissait se développer des rhétoriques de refus de la Différence.

• M : Pour ça c’est sûr que la France tenait un double langage !

• E : Et surtout elle continuait à parler d'immigrés pour des gens dont les parents mêmes étaient nés en France. On voyait bien que l'imaginaire républicain recouvrait en réalité un imaginaire blanc et chrétien. Et tout le reste était différent. Il existait un racisme institutionnel, un racisme non intentionnel mais qui avait des effets profonds de discrimination. Il était légitime politiquement de considérer les discriminations sur une base ethnique, ce qui était impossible en France puisque la loi républicaine interdisait de prendre en compte – ne serait-ce que d'un point de vue statistique – les discriminations ethniques (encore une fois il n’y a qu’une race, humaine – comme il n’y qu’une race canine mais avec de nombreuses sous-espèces). En France, on avait donc un racisme institutionnel qu'il était interdit de traiter institutionnellement.
• M : C’est clair et net ! La république ne reconnaissait que des individus Egaux en droit quelles que soient leurs différences par ailleurs. L'effet positif, c'est que chacun est reconnu comme un Individu, l'effet négatif, c'est que lorsque cette Egalité en droits était bafouée par des inégalités de fait, le modèle français était incapable de voir et de traiter ces inégalités de fait, au nom de l'Egalité en droits. En plus, le modèle français d'intégration se pensait universel. En réalité, comme tu l’as très bien dit, il recouvrait une « normalité » qui, dans l'imaginaire national, était celle des Français blancs de culture chrétienne.

• E : Et quand en plus tu étais une femme qui venait de banlieue comme moi, c’était le pompon ! La dimension raciste (là on peut le dire, car c’était limite hérité de Pétain) et quasi néo-coloniale de la gestion des banlieues était évidente. Le système politique français s'était trouvé totalement incapable de prendre en compte cette dimension de la société française. Tout comme il s'était montré totalement incapable de prendre en compte la question de la participation des femmes à la politique, puisque la loi sur la parité était systématiquement contournée pour une raison qui a des effets directs sur la question du racisme : le personnel politique français refusait de se renouveler, refusait malgré la loi de laisser place aux femmes, comme il refusait de laisser place à des Français qui n’étaient pas blancs.

• M : Entièrement d’accord avec toi. D’ailleurs il faut dire que la télévision était loin d’être en couleur, sauf un peu sur les chaînes privées où l’on avait mis quelques visages non-pâles pour mieux représenter la France réelle, qui comptait pas moins de 20% de personne non-blanches. Mais rien sur le service public, à part une ou deux personnes qui servaient d’alibi (tant mieux pour elles, c’était déjà ça, mais bon, on allait pas très loin avec ce type de raisonnement). Du coup, Utopia a mis en ligne moult questionnaires professionnels, et ceux qui étaient les meilleurs étaient embauchés, et on regardait après coup, de manière anecdotique, la provenance des personnes, juste pour vérifier que c’était bien les plus capables qui étaient passés et non pas les plus blancs comme des culs !

• E : Beh oui, dans la vie il n’y a que le mérite qui doit payer, rien d’autre !

Partager cet article
Repost0
21 janvier 2005 5 21 /01 /janvier /2005 21:28

 

15 - Boule de neige Révolutionnaire
Télécharger le fichier : 15-Boule de neige Révolutionnaire


• Esperanta : Et chéri, dis moi tout !

• Moa : Oui fée de mes rêves, demandes et je répondrai !!!

• E : Est-ce que aujourd'hui tout le monde est Utopien et Utopia englobe tout le vaste monde ?

• M : Oui et non.

• E : Euh … mais encore ?

• M : Le truc c'est que presque tout le monde est Utopien de cœur, mais tout le monde est Terrien avant tout, Utopia étant une infime partie de la grandiose Confédération des Peuples Unis représentant une grande partie des Fédérations des Socio-Cultures (plutôt que nation, terme relatif à des limites frontalières abscondes basées sur les anciens états, là ce sont des zones rapportées aux influences culturelles et pratiques sociales) éparpillées sur la Terre.

• E : Mais justement, moi ce qui m'intéresse de savoir, Moa, c'est comment le projet Utopia de civilisation a fait tâche d'huile dans l'autre monde, perverti par l'argent et l'état et ne se risquant plus trop à imaginer (vu les nombreux cauchemars que la planète avait connue au XXè siècle), donc d'autant moins réaliser, un autre monde : surtout pas celui-ci, ce rêve éveillé !!!

• M : C'est sûr ! Mais c'est le pourquoi de notre présence ici, sur l'ancienne place de la Concorde, rebaptisée place de la Fraternité Humaine au lendemain d'une journée fameuse d'ouverture vers le monde. Après l'année de transition, vu que le nouveau mode de fonctionnement du pays s'organisait selon une Fédération Démocratique et Sociale des Communes Autonomes de France, les Utopiens célébrèrent spontanément le Printemps des Peuples, notamment à l'intention de leurs voisins Européens. Il fut décidé d'un Commun Accord que la Fédé se devait d'envoyer des Emissaires à ses « frontières » (celles-ci n'existant même déjà plus au niveau européen) comme dans chaque Révolution de la France, mais cette fois dans un objectif purement Pacifique, donc juste avec des drapeaux Utopiens (une colombe portant dans son bec un rameau d'olivier - symbole de Paix - et dans ses pattes une chaîne brisée – signe de Liberté sans état - avec un boulet estampillé € - ni contrainte de l'argent, sur fond vert – couleur de l'Espoir et de la Nature à Respecter) et les Déclarations (et explications, car il se disait tout et surtout n'importe quoi) de Fraternité des Utopiens à la nation Humaine.
• E : Donc vous avez envoyés des gens vers … euh … la Belgique, le Luxembourg, l'Allemagne, la Suisse, l'Italie et l'Espagne, je crois que c'est tout … oui c'est ça, mais pour dire quoi exactement ?

• M : On ne s'est pas contenté des frontières, on a envoyé des émissaires partout où la France d'avant avait des ambassades ! La Déclaration adoptée fut celle-ci : Nos Sœurs, nos Frères ! Depuis notre Grand Soir, vous avez pu voir la France beaucoup changer. Nous sommes ici pour vous dire que pour autant que nos rapports seront différents à présent, nous souhaitons amplifier nos relations de Respect Mutuel mais aussi de Coopération Solidaire avec vous, Citoyens de ce beau pays, dans l'objectif d'un Développement Collectif en Harmonie avec notre Environnement Commun. A notre ancienne république de soumission à la junte étatique, de pays riche mais avec un gouffre entre les pauvres qui survivent tant bien que mal face à l'opulence des dominants, nation individualiste et se détournant des problèmes fondamentaux par le sauve qui peut général ; nous y avons substitué une Fédération Démocratique et Sociale de Communes Autonomes basée sur la Démocratie Directe exercé par les Citoyens, avec pour principe la Liberté, l'Egalité et la Fraternité. Nous ne doutons pas que ces valeurs d'Emancipation soient également les vôtres.

Nous réaffirmons notre engagement au grand projet d'une Europe vraiment Démocratique et œuvrant clairement pour le Développement Social, à défaut de se focaliser sur l'économique. Le néolibéralisme apporte certes la richesse, mais tant que celle-ci restera mal (voire peu) redistribuée, on ne pourra parler de Justice Sociale et d'Egalité des chances en Europe. Nous avons donc opté pour mettre notre argent en réserve à la Banque de France afin de rembourser nos dettes, le remplaçant par la Participation des Adhérents à des activités utiles à raison de 20 heures par semaine en Echange du Libre accès aux produits et services des autres Participants. Nous avons ainsi mit fin à l'exploitation de l'humain par l'humain en rationalisant la Participation de l'humain Libre pour les autres humains. Un nouveau système de production a été mit en place, fondé sur des Coopératives, sur la reprise des outils de production par les producteurs, sur l'abolition de la propriété de quelques uns sur les intérêts de tous, remplacée par la décision Collective des projets à mettre en œuvre pour le Développement Commun, et non plus particuliers. Nous continuerons bien évidemment à échanger et commercer avec vous, tout autant que vous êtes les bienvenus chez nous ; rassurez-vous, nous ferons notre possible pour que votre économie ne soit pas trop affectée par nos nouvelles orientations.

Bien que nous aillons brisé nos chaînes nous attachant à l'état, rassurez-vous sur nos intentions de Cohésion Européenne. Tous les Citoyens de nos Communes Autonomes, associés au sein de notre Fédération Démocratique et Sociale, expriment leur plus grand attachement à l'Esprit Européen. Comme chaque Peuple Libre et Indépendant, nous entendons être Respecté dans notre Souveraineté et nos choix de société, ou plus exactement dans le cas présent, nos exigences d'une autre civilisation, plus que possible mais surtout nécessaire. Nous ne ferons pas de prosélytisme ni ne tenterons d'effectuer de subversion auprès de votre Peuple, nous le Respectons trop pour nous ingérer dans sa Volonté, seul notre bonne conduite et la réussite de notre projet plaideront pour notre système, fruit de Débats Citoyens et Expression Populaire, non de quelques pontes des stratégies et technocraties à l'emporte-pièce. Par contre, nous nous empresserons de vous aider et de vous faire part de notre expérience si vous le désirez. Bien évidemment, nous sommes tout autant preneur de vos bonnes idées et bonnes volontés pour nous accompagner dans ce vaste projet de rénovation sociétale.

Nous réaffirmons haut et fort notre souhait de poursuivre et de développer notre Collaboration avec vous nos Sœurs et Frères, dans un esprit de Co-Développement bénéfique à tous, en Respectant les Différences de chacun, pour construire une Europe Solidaire œuvrant pour l'Emancipation de tous les Humains, dans le cadre de la Justice Sociale et la Protection de notre Environnement.

!!! Les Rêves ne sont pas fait que pour être Rêvés, mais avant tout pour être Réalisés ! Soyez Réalistes, exigez l'impossible ! Prenez vos Désirs pour la Réalité !!!

• E : C'est beau ! Ca devait être utile, pour que les gens arrêtent de croire que la France repartait pour la énième fois en Révolution, qui plus est cette fois si radicale (enfin). Surtout que les Français sont connus pour être très chauvins et avoir tendance à vouloir imposer leurs idées ou à bouder ceux qui sont pas d'accord.

• M : C'est clair et net héhé. Mais cette fois ils ont été humbles, modestes d'une Révolution auréolée d'un changement radical sans sang et relativement dans le calme. Du coup, le premier pays à nous suivre fut l'Allemagne. D'une parce que de nombreux Emissaires ont été envoyés à Strasbourg (en Alsace, encore en France même si c'est la limite Est, pour ceux qui hésitent) pour expliquer à toute l'Europe, par le biais du parlement Européen peu représentatif des aspirations des Citoyens qu'ils sont censés Emanciper, les changements Subversifs qui ont eu lieu en l'espace d'à peine un an. Même si, comme on pouvait s'y attendre, les Mandatés y ont été plutôt mal reçus (du moins observés très bizarrement), nous avions le mérite d'expliquer diplomatiquement mais fermement ce que nous n'acceptions plus et ce que nous allions mettre en place à présent. Egalement, de nombreux Délégués traversèrent le Rhin sur le pont de l'Amitié Franco-Allemande, pour dialoguer avec nos Cousins Germains et expliquer notre démarche et notre vision des choses. De deux, parce l'Allemagne, réunion des deux Frères des ex Ouest et Est, séparation heureusement disparue à la suite de la chute du mur de Berlin en décembre 1989 (construit sans réaction de l'Occident en quelques jours de 1961 par les Soviétiques communistes pour protéger leur morceau du gâteau Berlinois découpé à la fin de la deuxième guerre mondiale) était déjà une république Fédérale composée de différents Landers (équivalent à nos Régions).

• E : Et Gerhard Schröeder, le chancelier de l'époque, je me rappelle qu'il était plutôt dans la merde et que la colère grondait aussi chez eux.

• M : C'est le moins qu'on puisse dire. Sa coalition de centre-gauche / Verts étaient fortement décriée : l'Allemagne était économiquement en panne, le chômage augmentait, la réunification à coûtée très chère et quinze ans après le pays n'a toujours pas retrouvé sa certaine homogénéité d'avant. A un point tel que l'ex Allemagne de l'Est reprenait ses Grèves du lundi comme au (« bon vieux temps », au dire de certains, puisque avant le travail était assuré, tout autant que la gratuité de nombreux services, même si le prix en était les Libertés) temps de la république « démocratique » d'Allemagne, avant poste européen aux mains des autoritaires soviétiques. Après les Teutons, ce fut le tour d'un pays également aux mains, sales, de puissants politico-économiques marchant pourtant avec la tête haute, menés par Silvio Berlusconi, ancien président du conseil Italien. Ce pays aussi avait une longue tradition de républiques indépendantes telles celles de Florence ou Venise pour ne citer qu'elle (désolé pour les autres). Il n'y eu « que » l'empire romain et l'état moderne (depuis que l'Italie est Indépendante de l'Autriche grâce entre autre à la France, fille aînée de l'église de Rome et sœur traditionnelle des Transalpins) pour imposer un pouvoir central. Le Sud du pays trouva dans sa Révolution le développement qu'il ne pouvait (ou qu'on ne voulait) pas lui permettre car maintenu sous perfusion, assisté plutôt qu'aidé dans sa construction. Le Nord y trouva une satisfaction énorme en se débarrassant du mania des médias (plus de la moitié des télévisions et presses du pays) qui concentrait trop de pouvoirs, qui plus est pour une politique de copinage désastreuse tant à l'intérieur (dettes en hausse et stagnation économique) qu'à l'extérieur. Berlusconi passait pour un clown jet-seteur avec ses mots très souvent mal placés voire honteux pour son grade. Normal alors qu'il soit devenu grand pote avec le président américain George Walker Bush à un point tel qu'il envoya de ses troupes en Irak en 2002. Ce que le Peuple ne lui avait pas pardonné, au-delà de sa mégalomanie, de ses frasques de mafioso, de son mépris et interventionnisme auprès de la Justice (lois crées sur-mesure ou contournées par dérogations spéciales).

• E : Ah, c'était tellement beau de voir le couple Germano-Français (histoire que chacun soit cité en premier à égalité de fois, 1 partout hihi, j'apprends vite à être Utopienne) contre la guerre en Irak, défendant les valeurs de la vieille Europe (qui allait bien vite montrer au jeune con américain que c'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures soupes, bastard) ; et en face le Peuple d'Italie en masse dans les rues pour huer le relent guerrier du magouilleur en chef, responsable de la guerre urbaine de Gênes lors du sommet du G8 en 2000, puis pourfendeur des manifestations Pacifiques de Florence de 2002.

• M : Pace, Pace qu'ils disaient ! avec des drapeaux arc-en-ciel tâchés d'un obus barré, signes de fin de boucherie dans un monde multicolore. Tout comme en Espagne, elle aussi très rapidement « contaminée » par le Grand Soir.

• E : Et oui dis moi, come esta a Espana ? parce qu'ils étaient déjà bien Autonomes, même avant.

• M : Radicalement Indépendants même ! Ne parlant même pas tous la même langue : le Catalan au Nord et le Castillan au Sud pour ne citer qu'eux. Le Basque était quasi interdit d'enseignement, même si la Résistance à cette oppression était très bien organisée et assurait tant bien que mal la transmission de leur langue (non indo-européenne, un héritage de nos ancêtres d'avant les invasions) et Culture. Il faut dire que le gouvernement socialiste de José Luis Sapatero, issu de l'attentat d'Al Qaida de mars 2003 contre un train à Madrid, avait déjà bien préparé le terrain avec des mesures très Emancipatrices.

• E : Putain, sale race de fondamentalistes, c'est des Shetan (diables en arabe).

• M : Ah, les fous de dieu ; mais qu'est ce qu'il branlait lui au fait à ce moment-la ??? (sachant que notre dieu judéo-chrétien Yahvé est le même, alias Allah). Toujours est-il que le problème était que, si il n'y avait pas eu cet attentat pour faire basculer les élections (objectif des terroristes intégristes), ce serait José Marie Aznar du parti populaire, droite dure, qui aurait remporté le vote (selon les sondages d'avant crime). Du coup, les Espagnols ont attendu la fin du mandat du socialiste, poussés en cela par les Basques (voulant vivre enfin en Paix grâce à leur Autonomie reconnue des deux côtés de sa frontière pyrénéenne) pour basculer comme nous vers l'Anarchie. Il faut dire que c'est surtout eux qui nous ont aidés, de par leur expérience pratique lors de la guerre d'Espagne de 1936, lorsque l'Europe (et Blum – socialiste – et la France en premiers, qui avaient promis des avions déjà payés pour les Brigades Internationales, puis finalement non) se refusa toute intervention et aide à cette république Libertaire, Démocratiquement élue et luttant contre le péril brun raciste d'un général ultra-catho. Après le Grand Soir, les immigrés Espagnols pleurèrent de joie de revivre cette jouissance de la Liberté, comme à leur jeunesse, tant dans leur pays d'adoption (nombreux réfugiés politiques du dictateur nationaliste Franco) que dans leur pays natal qui se cherchait toujours depuis la mort du Caudillo.

• E: Viva Espana ! La Revolucion or la Muerte !

• M : Si señorita ! Quant aux autres pays, les changements intervinrent petit à petit car les gens voyaient bien que ça marchait et que les Citoyens étaient nettement plus heureux. Le Benelux (Belgique, Hollande, Luxembourg), trouvèrent dans notre système, « seulement » celui de la Démocratie Participative, un bon moyen pour atténuer les crises nationalistes et communautaires qui les secouaient depuis quelques années (sauf au Lux car il n'y avait pas d'étrangers chez eux, ils travaillaient pour eux, mais pas plus, QG de banques oblige).

• E : Et les Anglais dans tout ça héhé ???

• M : Comme d'hab, ils nous ont regardés de haut, en disant : sacrey Francey ! Mais sinon ils s'en foutaient un peu, ça n'allait sûrement pas changer leur vie. Le seul truc, comme en Allemagne et pour les mêmes raisons qu'en Italie, mais de taille, fut que Tony Blair fut renversé car il montrait trop de témérité (bravoure suicidaire) à aider son pote Bush en Irak. Il eut alors également une Participation plus présente des Citoyens dans le gouvernement, mais toujours sous le symbole royal. Par contre, quelques années plus tard, les anciens Services Publics, déjà bien amochées par Margaret Thatcher, la dame de fer de droite des années 80, puis privatisés par le « socialiste » Tony Blair alors que le Labour Parti (celui officiellement des Travailleurs) était attendu depuis de nombreuses années pour faire du social, étaient tellement pourris que les Citoyens y remirent de l'ordre. Les Anglais sont de grands Libertaires, par nature Indépendants (sauf de leur reine) : ils n'ont pas de carte d'identité par Respect pour leur Liberté, chacun fait ce qu'il veut, comme il veut, dans le cadre de règles de base.

• E : C'est clair qu'ils sont un drôle de paradoxe : ils ont une morale stricte avec un balais dans le cul, mais ils te sortent des critiques tranchantes à se pisser dessus. Et ils se lâchent grave en plus, litres de pintes de Guinness aidant.

• M : Sacrés Anglais ! L'Anarchie leur correspond bien : avec leur singularisme érigé en dogme, insularité aidant, ils étaient déjà complètement Indépendants (voire plutôt égoïstes), prenant ce qu'ils voulaient de l'Europe, rejetant du continent ce qui ne les arrangeait pas. Pour eux c'était les Droits sans les Devoirs, le beurre, l'argent du beurre avec en prime le sourire de la crémière : profiteurs des bienfaits de l'Union, de la Communauté, sans grand retour de Solidarité.

• E : Le genre de mentalité que vous n'appréciez guère ici. Quelles étaient vos relations alors ?

• M : Les mêmes qu'avant, sauf que là on ne faisait plus semblant d'être Alliés, nous ne nous laissions plus autant influencer (voire manipuler) par les intérêts des traîtres anglais au socialisme (ce fut Tony Blair qui lança l'idée d'une troisième voie pour la Gauche : quelques grammes de Social – saupoudrage - pour ne pas nuire au développement de ce monde de bruts économiques). Les Anglais étaient fiers de leur Indépendance (normal), mais qu'ils se la gardent alors si ils ne voulaient que jouer perso dans ce trouble jeu capitalistique. Les accord unilatéraux, donnant-perdants, très peu pour Utopia : nous avions des Partenaires plus sérieux et plus impliqués dans notre Projet pour ne pas nous laisser pervertir ou nous voir entraver dans notre démarche.

• E : Bien dit ! Faut pas se laisser emmerder dans la vie par ceux qui ne participent et qui ne conseillent que pour leurs propres avantages !!!

• M :C'était exactement le même problème avec les ex pays de l'Est qui étaient rentrés dans l'union Européenne en mai 2003. Nous les avions acceptés car nous avions une dette morale envers eux car nous n'avions pas trop insistés pour les protéger et les aider lorsque l'ogre communiste y imposa sa férule. Historiquement, la Pologne (Sœur politique de la France, recrée dans ses anciennes frontières par Napoléon Bonaparte ; recadrée malencontreusement par l'Allemagne et l'Autriche pendant les guerres mondiales, puis gérée par l'oppresseur soviétique), la Tchéquie et la Slovaquie ainsi que la Hongrie avaient de vieux comptes à régler, relatifs à leur abandon aux griffes du « frère » tueur russe suite à la chute de l'empire austro-hongrois. Pour les pays Baltes, le problème était autre : ils étaient globalement bien avancés en terme de développement (notamment technologique), mais de par leur emplacement privilégié sur la Mer Baltique (au carrefour avec l'Europe continentale, la Scandinavie et la Russie), ils étaient très russifiés (dans leur population, plus dans leurs politiques). Beaucoup de ces pays considéraient avant tout l'Europe comme un marché libre et une zone politique « émancipée », mais préféraient assurer leurs arrières en s'alliant stratégiquement avec le « rêve américain » (virage extrême après le cauchemar des soviets). Eux aussi jouaient perso en profitant de nos aides et de nos délocalisations, mais se rangeant souvent à l'avis de leur nouvel oncle, Sam, en matière de choix politiques et économiques (consultant pour la forme l'Europe, sachant être appuyés par les States). Il faut dire à leur décharge qu'on les considéraient toujours comme des ex de l'Est et non comme des Européens à part entière : nous voulions bien exploiter leur marché naissant (le notre étant saturé) et leur main d'œuvre de qualité à très bas prix (délocalisation car droits moindres et devoirs plus élevés tout en étant payé moins : continuation économique des tyrannies communistes autoritaires), mais pas les voir débarquer chez nous (immigration) ou nous vendre leurs produits, articles de qualité mais à pas cher (cassage du marché intérieur et des oligopoles économiques en place).

• E : Et ça a donné quoi en fin de compte ?

• M : Ben déjà, encore avec la guerre en Irak, l'Europe vit clairement une ligne de partage idéologique en son sein. Nombres d'ex pays de l'Est soutinrent ouvertement l'intervention en Irak, se rangeant du côté des Anglais et de la Pologne y envoyant des troupes (plus un boulet qu'autre chose pour les GI surentraînés ; que voulez vous faire de quelques soldats qui n'ont jamais fait la guerre ?). Il y avait ceux qui voulaient une Union forte et Indépendante (de contre-modèle en somme), et d'autres qui luttaient pour un partenariat accru avec les Etats-Unis (considérant que le monde de demain c'était le néolibéralisme à l'anglo-saxo-américaine, apologie du capitalisme sauvage outre-Atlantique rehaussé d'une pointe de Social, mais point trop n'en faut selon les critères du Fond Monétaire International noyauté par la pensée des néocon [servateurs] américains).

• E : Ouais, mais si je ne m'abuse, c'était loin d'être le top la situation économique en Pologne ? Je me souviens d'avoir vue une Polonaise au Forum Social Européen d'octobre 2004 à Londres, elle me disait que son pays faisait les mêmes erreurs que nous malgré le décalage des années. Ils voulaient tant être « riches comme nous », mais ils ne voyaient pas les conséquences désastreuses de leur nouvel politique économique.

• M : C'est bien malheureux, d'autant qu'ils avaient le « modèle » à ne pas suivre de l'ex Allemagne de l'Est qui réunifiée depuis quinze ans à coup de milliards, avait vu ses avantages baissés et remplacés par des prestations moins bonnes et plus chères. C'est ce qu'on appelle le « progrès économique » : payer cher ce qui était gratuit, qui plus est pour une offre moins efficace. Sans parler du chômage galopant qu'ils connaissaient.

• E : Donc eux aussi ont tout niqué ?

• M : Euh, oui. La Pologne en première, d'une parce que son Peuple était aussi contre l'envoi de troupes en Irak. Mais surtout, comme le vécurent aussi les nouveaux entrants, parce que la jeunesse peu qualifiée commençait à voir que le rêve n'était pas pour tous, et les ouvriers se rendaient bien compte que la production à l'occidentale ça tue à la tâche (pressés comme des citrons, afin de ressortir le maximum de jus d'un fruit peu coûteux). Le plus dur fut que ces pays se laissent convaincre, après leur histoire catastrophique avec le communisme autoritaire soviétique, que notre système pouvait ressembler dans ses objectifs avec ceux (uniquement affichés mais peu concrétisés) du frère ennemi, mais les pouvoirs étant aux mains du Peuple tout entier, les dérives étaient plus contrôlables.

• E : C'est bien normal, ils devaient avoir peur (et ça se comprend) de perdre à nouveau leurs Libertés !

• M : Bien sûr. Mais ils virent rapidement que notre système était véritablement Démocratique (gouvernement du Peuple, par et pour le Peuple) et ne remplaçait pas simplement une domination (étatiquo-capitaliste) par une nouvelle oligarchie (groupe dirigeant sans partage, officiellement pour le « bien commun », mais surtout pour ses propres intérêts – qui n'avaient rien de prolétariens). On leur expliqua que nous c'était l'Anarchie Collectiviste, basée sur l'absence de supériorité et avec des structures orientées par tous les Citoyens et gérées par des Mandatés pour effectuer une mission avec des objectifs précis. Le point crucial fut également celui de la propriété, qui était chez nous Collective, c'est-à-dire que les terrains appartenaient à tous, mais c'est la Collectivité Citoyenne qui déterminait les projets retenus pour l'exploitation, activités ensuite menées en Collaboration avec les habitants (et non plus selon les ordres du parti). Notre système était ouvert et Libre, nuance de taille par rapport à l'autarcie cloisonnante de l'autre, le communisme autoritaire.

• E : Et l'Ukraine, parce que je sais que c'était tendu comme un string à un moment.

• M : Comparaison remarquable ! Oui, lorsque en novembre 2004, le parti au pouvoir eut truqué les élections (on le soupçonne également d'avoir empoisonné le candidat adverse), le Peuple en masse descendit dans la rue faire la Révolution Orange en faveur du candidat de l'opposition, pro-Européen. Même les flics sympathisèrent, preuve que le pouvoir venait (du moins déjà dans la rue) de changer de mains, malgré le vote trafiqué et l'appui soutenu du président russe Vladimir Poutine (ex du KGB, barbouze ayant tourné sa veste pour servir sa politique, issue de l'URSS).

• E : Ils ont fait quoi les Européens ? Parce que De Gaulle voulait déjà faire l'Europe de l'Atlantique à l'Oural, c'était l'occasion !

• M : C'est bien plus compliqué que ça ! L'Ukraine (Kiev, ancienne capitale de l'empire soviétique), située au Nord de la Mer Noire, a toujours été un enjeu géostratégique car elle est au carrefour de l'Europe, de l'Asie via la Turquie, du Caucase via la Crimée (d'où déjà la guerre de Crimée de Napoléon III). Les Américains jouaient là-dessus : ils cherchaient à diminuer les influences tant des Russes que des Européens. A l'Est, il s'agissait de couper le cordon ombilical d'avec l' « empire du mal » (version US) en faisant rentrer le pays dans l'OTAN (association militaire menée par les States). A l'Ouest, l'idée américaine était de déstabiliser l'Europe (déjà effectué en noyautant les institutions par les nouveaux entrants, plus proaméricains qu'européens – du moins comme les « anciens » l'entendent) en la questionnant : vous voulez faire rentrer la Turquie, laïque à majorité musulmane (négociations depuis 40 ans), alors que vous souhaitez « simplement » avoir un partenariat avec l'Ukraine et autres pays orientaux de l'Europe (appuyés par les nouveaux entrants, leurs Frères) ?

• E : Surtout qu'après la Chute du Mur, nous n'avions pas trop aidé ces pays, qui avaient pourtant bien besoin de nous.

• M : C'est clair : ces pays voulaient être Indépendants en 1991, qu'à cela ne tienne ! Mais ils étaient si dépendants du grand frère, les structures de production / distribution / consommation n'étaient efficaces qu'avec une Collaboration Fraternelle qui n'existait plus (donc elles furent détruites mais remplacées par rien de fonctionnel), que ces pays vivaient encore à ses crochets (notamment énergétique car la Russie est un réservoir énorme de combustibles de toutes sortes). Mais lorsque les dettes extérieures (gaz, pétrole) devenaient trop importantes, le faux frère fermait les robinets d'alimentation : cette pression rappelait qui était le vrai maître à bord, l'Europe n'ayant apportée aucune aide ni même regardée ce qu'il s'y passait (alors que cette période de transition était cruciale pour la Démocratie et le maintien d'une vie à peu près normale pour les Populations).

• E : Comme d'hab, sous prétexte de non interventionnisme, nous avons regardés sans trop rien faire (comme en ex Yougoslavie, même si le contexte n'était pas le même, mais résultait bien du même état d'esprit – règlement de comptes post-traumatique).

• M : Sauf que là, concernant l'irrégularité du scrutin ukrainien, nous avons bien dit que les résultats ne pouvaient être acceptables, alors que la Russie trouvait très bien que le « Peuple » ait « choisi » la voie de la « stabilité » en votant pour le candidat officiel. Puis un nouveau suffrage fut organisé sous haute surveillance, encore une fois remporté (comme dans les cœurs la première fois) par le candidat pro-Européen de l'opposition. Après cette épisode, et l'exemple des nouveaux entrants qui se sont ralliés à notre système de l'Anarchie Collective (preuve que l'occident avait bien tiré les leçons du passé, en reprenant les concepts Humanistes du communisme autoritaire, mais en y enlevant la dictature de l'oligarchie – qui n'avait rien de prolétarienne, bien au contraire – en donnant tous les pouvoirs au Peuple – ce que les cocos refusaient, étant trop accros à la puissance), les anciens alliés de l'ex grande Russie se rangèrent à notre modèle de Fédération.

• E : Et pour ceux qui réclamaient leur réelle Indépendance ? Genre Tchétchénie et autres ?

• M : Tu fais bien de parler de la Tchétchénie, car en Europe on préférait regarder ailleurs (ne voulant pas se fâcher avec un client / partenaire de taille, la Russie tentant désespérément de contenir le morcellement normal de son ex empire auparavant maintenu par la force), alors qu'un génocide envers les musulmans se déroulait à grande échelle. « Heureusement », les jeunes cons américains étant dans leur délire d'éradication des intégristes (mais en tirant dans le tas des musulmans civils, pour la plupart n'aspirant qu'à la Paix et l'Harmonie), l'Europe se devait de se positionner autrement, avec l'expérience et la sagesse de la vieillesse. D'une elle reconnaissait enfin son « nouveau » visage multiethnique autant que multiculturel, mais surtout elle tendait la main vers ces « minorités » (en terme de sous représentation, pas de représentants), agissantes par dépit (et contre leur propre foi, dieu seul pouvant ôter la vie qu'il donne, existence quelle que soit la couleur), le terrorisme étant la dernière forme de Lutte quand les voies « légales » (ou plutôt de médiation) ont échouées (souvent par manque de volonté d'entente des deux parties, personne ne voulant lâcher de lest, c'est les civils encore une fois qui morflent). Le premier acte fut d'enfin accepter la Turquie à rejoindre le grand parti des Démocrates.

• E : ENFIN, comme tu dis : depuis 40 ans qu'on la faisait attendre !

• M : Oui, c'était vraiment honteux de la part d'une Union qui se voulait Fraternelle. Surtout que, même si les Turcs ne sont pas Indo-Européens (et encore moins Arabes, ils sont Turcs Altaïques, parlant la même famille de langue que les Peuples Caucasiens – d'Asie Centrale – ou les Sibériens), les Cultures dont ils héritèrent (celles anciennement des Hittites, des Etrusques, des Byzantins, des Troyens, …) influencèrent énormément notre propre développement (faut-il rappeler que la Renaissance en Europe est le résultat de l'émigration des derniers penseurs réfugiés au sein de Constantinople, saccagée deux siècles plus tôt, en 1204, par les croisés – frères chrétiens, même si l'orthodoxie reste le message le moins trafiqué ; les Byzantins préféreront finalement les ennemis Turcs aux sauvages croisés).

• E : Surtout que la Sublime Porte, la Turquie avec son détroit des Dardanelles, a toujours été un pont entre l'Orient et l'Occident !

• M : Bien sûr : parce que l'empire romain s'étendait surtout en Orient, l'empereur Constantin équilibra son administration territoriale en déplaçant à Constantinople (ex Byzance au temps des Grecs) sa capitale de Rome en 324. L'église chrétienne préférant convertir la nouvelle puissance des païens Carolingiens (utilisation du baptême de Clovis à des fins politico-religieuses), que d'aider sont (désormais demi) Frère d'Orient. La querelle n'était plus religieuse (par rapport au schisme de 1054), mais c'était deux civilisations qui s'opposaient : Byzance, tournée vers un passé glorieux qu'elle ne pouvait plus assumer, contre Rome qui reniait un passé tout aussi glorieux pour trouver dans les croisades puis dans la conquête des Amériques (la voie commerciale vers l'Asie étant occupée par les Turcs) une expansion assurant son avenir. Les Byzantins se trouvaient donc coincés entre deux impérialismes : celui des Latins et celui des Turcs, tous deux appuyant leur idéologie sur l'extension de leur commerce via l'expansion territoriale. Après avoir récupérée une partie de son âme orientale (pillage et transvasement de reliques durant le Moyen-Age), l'Occident oublia la Méditerranée pour se focaliser sur les nouvelles terres de l'Atlantique. Les Ottomans essayèrent quant à eux de pousser leurs conquêtes vers l'Europe (jusqu'à Vienne en Autriche en 1578 ; d'où les croissants viennois et le café, laissés sur place par les troupes de Sulaiman II le Magnifique), mais leurs territoires recouvrèrent finalement presque les limites de l'empire romain d'Orient (ni plus, ni moins). La partition entre Orient et Occident se cristallisa, la frontière passant par Istanbul, qui se demandera pendant de longs siècles si elle appartient à l'Orient, ou bien à l'Occident.

• E : La preuve, les Européens disaient que la première guerre mondiale serait le seul moyen de se débarrasser de l' « homme malade de l'Europe », l'empire Ottoman. Et la première mesure de Mustapha Kemal Pasha (Atatürk, le père de tous les Turcs) fut la laïcité du nouvel état, tout pareil que les Français, les seuls en Europe.

• M : Ça c'était donc en 1921, après la victoire des militaires contre un empire délabré qui ne voulait pas tomber. Par la suite, les Turcs gardèrent toujours à l'esprit le Grand Rêve de l'Europe, dont ils se sentaient faire partie. Ils modernisèrent alors leurs institutions, au rythme (parfois jugé lent mais disons plutôt en douceur) de leur Culture propre et de leurs problèmes spécifiques (notamment le séparatisme Kurde, Peuple descendant des Mésopotamiens et réparti sur plusieurs pays). Mais alors que les Droits de l'Humain se voyaient renforcés (du moins sur le papier, les mentalités mettant toujours beaucoup plus de temps à pratiquer ce qui a été voté, comme partout ailleurs), les Européens repoussaient toujours les avances qu'ils avaient encouragées. Jusqu'au point où, les Turcs étant excédés de cette attente inter-minable, imaginant (à tort ou à raison, allez savoir) que l'Europe n'était finalement qu'un leurre pour faire évoluer le pays vers un système de Partenaires, mais pas pour devenir Frères (aspiration profonde des Turcs), la population se réveilla avec la « gueule de bois » des espoirs déchus, s'empressant alors de voter à l'opposé extrême de leurs attentes. La Turquie fut alors en partie noyauté par le courant des intégrismes, ayant déjà ravagés d'autres pays musulmans émancipés tels l'Egypte, l'Algérie voire le Maroc.

• E : Comme avant avec les Russes ! L'Europe a applaudie (et même encouragée en sous main ; ne pas oublier l'élection du pape Polonais Jean-Paul II en 1978, 11 ans avant la fin des haricots) la Chute du Mur et d'autres anachronismes historiques, sans pour autant aider (ne serait-ce qu'un peu) les pays nouvellement Emancipés à s'en sortir avec de nouvelles relations politiques et économiques.

• M : Eh oui, triste monde tragique !!! Du coup, quand on veut se Libérer en suivant l'exemple de frères ennemis réconciliés après des siècles de combat (Triple Alliance contre Triple Entente : Angleterre, France, Russie ; Allemagne, Italie, Espagne, Autriche & Hongrie) mais que ceux-ci se contentent de dire « tu es Emancipé, tant mieux pour toi ! », on est forcément blasé et donc tenté par un retour en arrière (parce que l'on sait ce que l'on quitte, mais jamais vers quoi l'on va ; alors quand on a un exemple qui ne nous aide pas, plutôt que de galérer tout seul, on se retourne vers son ancien ennemi pour créer de nouveaux rapports, imaginés être « plus sains »). Mais nous avons compris nos erreurs, et si nous voulions vraiment changer la donne au niveau des pays musulmans (ce qu'il fallait faire de toute façon, vu l'anti-occidentalisme rampant, mais compréhensif) il nous fallait envoyer un message fort, porteur d'Espoir : les Utopiens venaient de construire une nouvelle Europe, et nous voulions que nos Sœurs et Frères Turcs soient des nôtres, puisqu'ils partageaient le même Projet de Civilisation que nous !

• E : D'autant que si l'Europe avait peur de la montée des intégrismes (et non des musulmans en général), elle se devait primo de prendre véritablement conscience que l'Europe des culs blancs c'était fini (a-t-elle jamais d'ailleurs existée, puisque tous les Peuples lui sont passés dessus au gré de l'Histoire, les « blancs » étant d'ailleurs Indo-Européens), et par ailleurs bien comprendre que même si l'on a pas le même sang, nous sommes nés ou avons grandis dans cette Culture Occidentale (qu'on le veuille ou non, mais c'est un autre débat).

• M : Très juste ce que tu dis là : l'Europe se croyait encore « blanche et chrétienne » (certains députés voulaient d'ailleurs en faire mention dans la Constitution Européenne) et ne reconnaissait qu'à moitié le Droit du Sol sur celui du sang (même celui né et éduqué en Europe était étiqueté selon son « origine sanguine », alors que tous les Noirs ne mangent pas de manioc). Nous avions peur de la Turquie musulmane (avant tout pays laïc), alors que les musulmans étaient déjà partout en nos murs. Eux s'étaient intégrés, en se donnant du mal car on ne leur fit pas de cadeaux, alors que nous ne les avions pas encore intégrés. C'était à nous de faire le dernier effort en les considérant d'abord comme des Citoyens du Sol, puis en comprenant et en s'intéressant à leurs Différences, qui nous apprennent autant sur eux que sur nous-mêmes (car toutes les Cultures, comme tous les Peuples, se métissent et s'influencent depuis la nuit des Temps).

• E : Et mes Tchétchènes alors ?

• M : J'y viens ! Evidemment, la Turquie ne pouvait rentrer dans l'Union Européenne qu'après avoir réglé le problème Kurde. Mais ceux-ci étant à cheval sur plusieurs pays, c'était relativement compliqué. Sauf que, le pétrole commençant à se raréfier, les monarchies pétrolières commencèrent sérieusement à vaciller. Le pouvoir est dépendant de la richesse, surtout pour ces pays comme la Syrie, la Jordanie et autres, qui ne pouvaient contenir leurs populations qu'à coup de pétrodollars, la seule richesse du pays.

• E : Je vois pas le rapport avec la choucroute Kurde !

• M : Attends, j'arrive !!! Donc, vu la raréfaction du pétrole et l'exaspération des Peuples menés à la cravache par ces monarchies, il y eu de nombreuses et radicales Révolutions. Et les Kurdes en profitèrent (normal), pour créer leur propre Fédération ! C'était en fait la seule solution pour qu'une tentative d'Harmonie s'installe durablement dans ces contrées si riches, du moins Culturellement et en terme de ressources (berceau de la civilisation). Pour éviter les querelles intestines, il fut mis en place une Alliance Orientale, regroupant les Fédérations Kurdes, Turques, Jordaniennes, Syriennes ; bref tous les pays embarqués dans la même « galère » mais pensant et étant Différents.

• E : Je crois comprendre pourquoi tu détailles ça avant d'attaquer le reste. Pour les Tchétchènes c'est pareil : ils faisaient parti d'un grand tout (et un peu n'importe quoi, par rapport à des Peuples si Différents – Altaïques, Ouraliens, Indo-Européens – mais obligés de vivre ensemble, par la force des choses) regroupé au sein de la Fédération de Russie.
• M : Sauf que Moscou n'entendait pas lâcher les morceaux ! Le pouvoir voulait garder une impression de puissance (de façade) par rapport à sa gloire passée.

• E : On en a bien vu les résultats.

• M : De toute façon, il est impossible de contenir un Peuple qui veut sa Liberté. Comme pour un fleuve, on peut le bloquer un peu, mais tôt ou tard il passera soit de face, soit de côté, car il y a toujours une issue quelque part.

• E : D'autant plus que là, la Russie ne respectait nullement les Différences de chacun !

• M : Le pouvoir n'aime pas les Différences, car elles créent des envies de Progrès que certains n'avaient pas. Alors que l'URSS tentait de fondre tout le monde dans un seul moule (celui du communisme autoritaire où tous sont pareils, sans saveurs ni intérêts, des androïdes à la solde du pouvoir et d'un cauchemar « commun »), après la Chute du mur, la Communauté des Etats « Indépendants » (CEI) ne respectait toujours pas les spécificité de chacun des Peuples l'a composant. Quasi simultanément, après les années du règne dictatorial du barbouze Poutine, tous les Peuples de l'ex Grande Russie se réapproprièrent véritablement leur Autonomie. Ils se regroupèrent au sein de l'Alliance des Peuples d'Asie Centrale, afin de ne pas rencontrer les mêmes problèmes de rupture des interdépendances comme en 1991 (création de la CEI) : ils étaient Autonomes, mais voulaient (et devaient) continuer à entretenir des relations étroites, mais basées cette fois-ci sur le Respect absolu des Différences de l'Autre. Un peu comme avec le problème Israélo-Palestinien.

• E : Oh ? Enfin ils ont fait la Paix ? Pour de bon ? Ils ont arrêtés leurs conneries ???

• M : Heureusement quand même, depuis le temps que ça durait cette histoire là. Aujourd'hui ça parait si aberrant que deux Peuples, Frères car Sémites tout deux, se soient ainsi foutu sur la gueule, alors que la solution était relativement simple : la Terre n'appartient à personne, elle appartient à tout le monde ! Encore une fois, c'est bien la notion d'état qui a crée des problèmes là où il n'y en avait presque pas.

• E : Heureuse de te l'entendre dire ! C'est vrai que les choses se passaient plutôt bien tant qu'il n'y avait que des Kibboutz (Communauté Juive de production, comme celles des Hippies sur le Larzac avec leurs chèvres), les uns échangeant et vivant en Harmonie avec les locaux, les Palestiniens.

• M : Bien sûr ! Ce n'est que en 1948, quand l'état d'Israël fut proclamé et qu'il vira les populations à l'intérieur de ses frontières (limites complètement arbitraires d'ailleurs, ou pire, basées sur la bible et donc les territoires occupés il y avait plus de 2000 ans) pour les parquer comme des bêtes (un peu comme les Juifs durant la Shoah, même si je ne crois pas dans ce cas à la vengeance ou à la reproduction des douleurs) dans des territoires réduits à peau de chagrin et surveillés par des miradors (par contre là il ne manquait que les bergers allemands et voilà).

• E : Et comment ils ont réglé ça alors ?

• M : En voyant comme les choses évoluaient de tous les côtés dans la région du Proche-Orient, tout d'abord les deux populations ont destitué leurs chefs d'états, incapables de parvenir à une Paix durable. Ensuite, ils mirent en application le Pacte de Genève de 2003, rédigé par d'anciens diplomates, ministres ou membres d'associations, des deux pays : c'était un très bon compromis, concocté à l'écart des pressions, mais rejeté ou regardé avec condescendance (car ne provenant pas d'eux) par les institutionnels de part et d'autre du mur de la honte fratricide.

• E : Et puis ?

• M : Et puis ensuite, une fois que les choses étaient bien lancées, que les esprits s'apaisaient, la Fédération des Peuples Sémites fut mise en place. Enfin, après plus d'un siècle de tracasseries mutuelles, tous les Sémites (et bien sûr les autres aussi) purent profiter de cette Terre sacrée. Alors qu'auparavant il fallait se justifier de sa religion pour s'installer dans le pays (discrimination religieuse matinée d'ethnisme, une honte pour des Juifs ayant connu la ségrégation raciale), à présent seul le Respect de l'Autre comptait : la Terre sacrée de Jérusalem appartenait à nouveau aux trois confessions, issues du même dieu (Yahvé alias Allah). Chacun pouvait s'installer où il le voulait en cette Terre Promise, elle était suffisamment grande et généreuse (par contre fallait bosser dur pour en tirer quelque chose) pour accueillir tous les Frères réconciliés !

• E : Et dis moi tant que tu y es, les guerres civiles éternelles entre ethnies Africaines c'est bel et bien fini ?

• M : Eh si bonne Dame ! Il s'est passé presque la même chose, puisque nombre de pays connaissaient de très fortes tensions ethniques, sur une grande partie du continent. Mais, encore une fois, c'était très souvent des rancœurs exacerbées par les élites, comme toujours dans le but de diviser pour mieux régner. La crise, disons plutôt la guerre anticoloniale contre l'occupant Français, en Côte d'Ivoire a enflammé les foules. La majeure partie de l'économie était tenue par des entreprises françaises, qui continuaient à pratiquer une forme moderne d'esclavage, le salariat à la coloniale (peu de Droits, beaucoup de devoirs, le tout la bouche fermée et le fameux sourire Noir). Ces sociétés délocalisaient leurs services dans leur ancien empire, qu'elles n'avaient jamais complètement abandonné (toujours garder un œil, un « peu » d'influence, c'est la FrancAfrique), puisqu'il y avait là-bas de la main d'œuvre parfaitement formée (par les Blancs puis les locaux) à pas chère et docile (même si les temps avaient bien changé, heureusement d'ailleurs, mais quand même).

• E : C'est vrai que l'Indépendance n'était que de façade pour … surtout les pays Noirs ! Beurk, voilà comment on les a remercié de s'être battu comme de la chaire à canon durant les guerres (presque toutes) et de ne pas s'être violemment Révolté comme les Arabes. Nous on a fait notre guerre d'Indépendance, du coup les Français nous ont lâché la grappe (on a du galérer mais ils surveillaient de loin comme intervenaient de près). Eux pour avoir été plus coopératifs, l'état a autorisé dans sa « grande bonté » les Peuples a disposer d'eux-mêmes, mais ensuite a laissé faire (si ce n'est encouragé) des coups d'état dès que la France était insatisfaite et voulait que les choses changent (dans son sens, bien évidemment).

• M : L'état c'est vraiment qu'une merde ! Les élites que nous avions installées étaient toujours assujetties à leur ancien colon, entretenues par la corruption. Mais celle-ci devenait trop flagrante dans des pays aux riches matières premières (le Zaïre est un des pays les plus pourvu en ressources naturelles, mais un des plus démuni aussi, enfin sauf ses dirigeants), où le développement avançait mais trop doucement, une partie des aides étant elles aussi détournées, cette fois par les mafieux locaux qui usaient de la force pour s'approprier les stocks des dons et les revendre au marché parallèle (je n'ose pas dire noir), à leur prix. S'ajouta à cela le Sida et les multinationales ne voulant rien lâcher, le peu d'argent partait dans les médicaments.

• E : Excuses moi cinq secondes, je vais vomir !

• M : Je t'en prie, c'est tout naturel. Si je n'étais pas blindé par rapport à l'autre monde, je t'accompagnerai aussi. Mais le « bon côté » de l'Histoire, c'est que du coup dans la lignée de la déferlante, eux aussi accomplirent leur Révolution. Autant anti-capitaliste contre les brevets qui « empêchaient » (quand on veut on peut, les pharma n'avaient qu'à faire un geste) de fabriquer des génériques bon marché (ou alors qu'ils distribuent, à des prix abordables pour tous, leurs médicaments) ; qu'anti-étatique envers les élites qui les paupérisaient et les montaient les uns contre les autres pour éviter qu'ils ne se posent des questions et jugent d'en finir.

• E : Et ensuite, on va où ?

• M : Ensuite, la Révolution Humaniste s'étendit à l'Asie par le Pakistan et les Indes qui sont redevenus des frères avec le Cachemire qui appartient à tout le monde, et les Indes étaient déjà une Fédération, mais très corrompue aussi.

• E : Racontes, les Indes ça me passionne !

• M : En fait, l'Anarchie a permit de mettre fin aux malentendus soulevés avec la séparation de 1947 et les migrations et massacres d'hindous et de musulmans qui s'en suivirent. A présent, alors que ces populations avaient vécues ensemble depuis des siècles, souvent pour le meilleur, elles décidaient de repartir ensemble, en Coopérant, pour ainsi devenir un élément important du monde nouveau. Tous les Peuples, pourtant très Différents, qui Partageaient ces terres, avaient pour autant des cultures communes. En discutant, calmement, au-delà des agitations nationalistes qui n'existent plus, ils ont réussi à renouer le dialogue interrompu dans son prolongement séculaire, par la guerre et les conséquences de l'abandon britannique après avoir bien mis le bordel dans le sous-continent.

• E : Mais dans les parages, pas très loin, il y a la Chine aussi. Comment s'est comporté l'empire du milieu, l'atelier du monde, avec son système ultra-totalitariste de politique communiste (commune à une haute classe de gradés) et d'économie capitaliste (ceux qui peuvent investir ont tous les pouvoirs si ils savent bien graisser les pattes des bonnes personnes) ???

• M : La Chine a basculé du communisme à l'Anarchisme car le Peuple en avait marre de la dictature, de la corruption et de l'administration tatillonne. Il faut bien comprendre que le développement de la Chine se faisait, comme dans tous les pays à toutes les époques, au détriment du petit Peuple, le même que le communisme était censé aider (et qu'il a en premier lieu oublié). Les Chinois avaient tous les inconvénients du développement (stress, exploitation, pollution, inflation des propriétés privées donc relativement moins de richesses, …), sans en avoir véritablement les avantages (ouverture d'esprit, connaissance du monde, Partage, …). Eux qui avaient su, à force de travail et de rigueur, en quelques décennies rattraper leur retard, ne voulaient pas rester à la traîne de l'Emancipation humaine mondiale.

• E : Et de l'autre côté de l'échiquier, qu'elle était la position des States ?

• M : Avant d'en venir à la tour d'ivoire du capitalisme, il faut quand même que je te racontes auparavant comment les Amériques, Latines et du Sud, franchirent le pas vers le nouveau monde !

• E : Si senior, c'est toujours intéressant de savoir comment l'arrière pays ricains a évolué. Surtout qu'il était déjà un peu engagé vers cette voie !

• M : Moui, enfin, les dirigeants étaient plutôt des néococos qui répondaient en cela aux néocons du Nord. Parce que leurs Peuples étaient manipulés depuis longtemps par la CIA et autres puissances de l'axe US, ils poussèrent sur le devant de la scène les ringards des coulisses de l'Histoire, avec leurs discours plein de fiels anti-impérialiste (ça se comprend dix fois au regard des abus de domination politico-économiques des States), mais avec des solutions qui ont montré leurs désastres à Cuba.

• E : Justement, comment c'est passée la transition après la mort du vieux leader maximo ?

• M : Le pays était en ruine (merci l'embargo ricain, encore une fois c'est le Peuple qui trinque pour avoir fait la Révolution, 50 ans plus tôt), et les espoirs de changement étaient on ne peut plus présents. Les Utopiens ayant toujours eu un « faible » pour la perle des Caraïbes et sa figure emblématique du Che, ils aidèrent rapidement les Cubains à se prendre en main (pas sans arrière-pensée de faire chavirer tout le continent vers l'axe du Bien-être civilisationnel). Le mouvement s'appuya notamment sur le Brésil, déçu après l'immense espoir d'avoir élu Lulla, et sur l'Argentine qui avait eu l'occasion de se reprendre populairement en main après la crise et la fuite des capitaux. Ces fleurons firent rapidement tâchent d'oil auprès des pays riches en pétroles mais cadenassés par la junte militaire ou les beaux parleurs à la Chavez.

• E : C'est sûr qu'on assistait depuis peu à un nouvel élan de la part de ces pays, mais s'appuyant sur l' « exemple » cubain, qui était loin d'avoir montré ses qualités !

• M : Il faut dire que ces parties du continent apprenaient depuis peu la culture et les vertus de la Démocratie. Mais ils étaient très curieux et capables d'expérimenter de nouvelles formes de pouvoir pour enfin sortir de la dépossession de leurs ressources, morales, physiques autant que naturelles.

• E : Du coup, les Ricains étaient pris en tenaille, tous les pays du monde et même de leur continent étant passés aux mains du Peuple (et non de l'ennemi communiste comme auparavant dans l'Histoire). Ils devaient enfin se poser les vraies questions sur le monde qui les entourait et surtout sur eux-mêmes et leurs prétentions dirigistes !

• M : En fait, la transition avait déjà commencé à prendre forme après quelques mois pour encaisser le choc du 11 septembre 2001 ! Les Américains eurent d'abord la haine contre ceux qui avaient pu les attaquer comme ça (haine patriotique face à leur « supériorité »), puis ils essayèrent de comprendre comment on en était arrivé là. Quand Bush avoua qu'on lui avait menti, à l'insu de son plein gré, concernant les preuves qui motivèrent la guerre en Irak, ils commencèrent à ouvrir les yeux.

• E : Et qu'est-ce qu'ils y ont vu ces gros bœufs ?

• M : Le sang, la sueur et les larmes de leurs compatriotes, envoyés aux quatre coins du monde se faire tuer, tout ça pour du pétrole à pas cher et une très relative sécurité mondiale ! Du coup, pragmatiques que sont les anglo-saxons en général, ils décidèrent à prime abord de se replier sur eux-mêmes. Mais la Révolution faisant le tour de la planète, le pays regarda son passé fait d'Emancipations et de réactions. Alors que tout le monde « enviait » la puissance de leur pays, les Ricains eux savaient bien que leur système ultra-capitaliste ne fonctionnait pas aussi bien qu'ils voulaient le prétendre auprès des nations « à convertir, civiliser ».

• E : C'est clair que le pays vivait à crédit, notamment auprès des Chinois, et que les riches étaient très riches, mais les pauvres horriblement pauvres et personne ne s'occupait réellement d'eux, ce que la catastrophe du cyclone Katrina révéla.

• M : Surtout, le monde entier, avec la pagaille de la guerre en Irak, se moquait d'eux et narguait leur toute puissance impérialiste. Depuis que le monde avait décroché du système ambiant, pays après pays, que les States faisaient tout pour bloquer l'inexorable, beaucoup de ses habitants voulaient regagner leur fierté nationale, en faisant tomber leur système tout autant corrompu qu'ailleurs (voire même plus vu les enjeux économiques en milliards de dollars). Ils le firent dans un grand élan de joie et de méfiance mêlée, mais ils n'avaient pas le choix si ils voulaient régler leurs problèmes internes une bonne fois pour toute (en France c'était la Révolte à chaque génération contre le pouvoir, aux Etats-Unis c'était le cas contre la suprématie blanche/WASP/conservatrice/capitaliste). Les Américains, derniers de la liste planétaire à tendre vers Utopia, se devaient à présent de rattraper leur retard, en se souvenant de leur glorieux passé de moteur des Emancipations humaines après la seconde guerre mondiale et surtout les années 60, d'où le mouvement hippie est parti de San Francisco, tout comme le mouvement gai et bien d'autres. Avec le pays de Wall Street, la boucle était bouclée !!!

• E : Enfin la Révolution avait fait le tour du monde, et imposée par personne ! Donc elle était d'autant plus légitime !

• M : Tout à fait. Pour autant, une chose importante à noter, c'est que de nombreux pays, tout continent confondu et tous confrontés à la dure concurrence, créèrent entre eux des alliances voire même des Communautés économiques, un peu à la façon des premiers pas de l'Europe. On vit ainsi des blocs commerciaux se mettre en place aux Amériques, en Asie et un peu en Afrique.

• E : Mouais d'accord, mais comme tu dis, ce n'était jamais que des alliances éco-stratégiques !

• M : Bien sûr, mais ça reste un bon début, sachant que ce qui commence à rapprocher économiquement les pays finit par connecter les Peuples et à créer des ententes cordiales ! De là au dumping social positif il n'y a qu'un pas (de grande enjambée d'accord, mais quand même).

• E : Ahhh ! Donc finalement ce nouveau monde n'est « que » l'ultime étape après s'être rapproché pour des raisons bassement économiques ?

• M : Oui, en quelques sortes. Quand on échange ensemble, on voit comment l'autre fonctionne dans divers champs et tôt ou tard on veut les mêmes avantages que lui et remédier aux inconvénients du fonctionnement de son système ! C'est de la jalousie bien placée en somme !!!

       
Partager cet article
Repost0
21 janvier 2005 5 21 /01 /janvier /2005 21:27

14 - Le paradis terrestre, pas né des derniers Déluges
Télécharger le fichier : 14 - Le paradis terrestre, pas né des derniers Déluges


• Moa : Mais tu sais, tout ce que j'ai pu te dire jusqu'ici sur notre nouveau monde merveilleux (mais imparfait car la perfection, surtout avec les humains, n'existe pas) n'est que l'aboutissement final de longues Luttes mais aussi d'expériences originales.

• Esperanta : Ca me paraît assez clair qu'Utopia n'est pas sortie de nulle part ! Mais encore ? Y a-t-il eu des essais concluant qui s'en approchaient fortement ?

• M : Oui bien sûr, mais ils furent plus ou moins de longues durées, selon les troubles que cela pouvait provoquer auprès d'ordres établis que ce genre d'exemple dérangeait, surtout car cela leur faisait de l'ombre et montrait que l'on n'avait pas un besoin vital des structures habituelles de domination et de pouvoir ! Tu veux que je t'explique un peu plus ce qu'il en fut ?

• E : Ah oui, ça je veux bien, car tu m'as expliqué la naissance des dogmes, mais pas trop la vie avant, ni comment certains ont vécu autrement !

• M : En plus, tu verras, ça pourrait prêter à « sourire » (jaune) si il n'y avait pas eu autant de morts, de vies brisées et de civilisations rétrogradantes pour l'Humanité.

• E : Hein ? Des civilisations comme la Mésopotamie (le berceau de la civilisation), l'Indus, l'Egypte ? Nous leur devons tout !

• M : Oui, mais elles furent rétrogradantes dans le sens où quand tu vois ce que des Esclaves, des exploités du système (où une ration de survie et deux mètres carrés suffisait comme subsistance), arrivèrent à faire, imagines un peu si nous avions été Utopiens sans interruption (tout est, ou aurait du moins du être, dans l'évolution) à quel degré de Bien-Vivre et de Bonheur nous serions aujourd'hui. Et je ne te parle même pas de la pire catastrophe que l'Humanité ait connu, l'alliance néfaste de la religion institutionnalisée (pouvoir spirituel) et de l'autorité décisionnelle (pouvoir temporel). Ces deux là ont toujours tout fait pour maintenir les Humains dans l'ignorance, pour ainsi créer le besoin de gouvernance dans la compréhension de soi (la religion c'est l'opium du Peuple, disait Marx) et dans la vie avec les autres (soi-disant nous étions trop bêtes pour savoir nous organiser). Si il n'y avait pas eu d'Esclave, si tout le monde avait été également pourvu (non pas par les hasards de la vie, ça on n'y peut rien) en terme de facilité d'autonomie (une terre, une maison, des activités), si l'Humanité avait Collaboré et Mutualisé (plutôt que de jouer aux petits soldats et piller les autres)…

• E : On mettrait Paris en bouteille !

• M : Aussi, c'est sûr qu'avec des si on pourrait refaire le monde, mais ce que je veux dire c'est que chacun (Libre, Egal et Frère) aurait alors d'autant Participé au Progrès (le vrai, l'utile et bénéfique, pas gadget) et à l'Emancipation Artistique, Intellectuel, Technologique de l'Humanité !

• E : Vu sous cet angle je suis bien d'accord avec toi.

• M : Rien qu'entre l'Antiquité et la Renaissance, nous avons « perdu » milles ans (en terme de confort pour tous), exception faite des Arabes et Orientaux en général qui ont préservés et développés les connaissances des Grands Anciens. Malheureusement pour l'Occident, l'église de Rome a privé les populations de l'érudition, et du confort, préparation sine qua non pour accepter une vie de repentir (« bien fait pour nous » depuis qu'Eve a croqué le fruit de la connaissance du Bien et du Ma[â]l[e] et que les Humains furent chassés du Paradis pour atterrir dans la dure réalité) et approuver de dépendre d'autorités, tant religieuses pour le salut de notre âme (seuls les prêtres sachant comment rester, ou redevenir, pur dans se monde de brute - qu'ils entretiennent), que dirigeantes pour supporter de vivoter avant (peut-être, seulement si l'on était resté bien sage, et encore) le Grand Pardon (de quoi ? d'avoir survécu comme on le pouvait dans ce monde sans foi ni loi ???).

• E : D'accord, j'ai compris, ne t'emballes pas trop Moa non plus. Et dis moi alors comment c'était !

• M : La Terre et l'Humanité, c'était mieux avant !

• E : Je reconnais bien là la grand-mère à moustache, ok c'était nickel avant (dans tous les sens du terme, les pollutions de toutes sortes étant limitées), mais encore ?

• M : Pour commencer, de Homo Habilis à Homo Sapiens Sapiens, deux millions d'années d'évolution biologique et culturelle se sont écoulées. La calotte glacière avançait et reculait depuis 2,5 millions d'années : les instincts de survie et d'adaptation sont donc passés dans nos gènes car nous sommes les enfants de la glace. De nombreuses Révolutions Humaines primitives furent dues aux changements climatiques et donc environnementaux. Notre naissance en tant qu'Humain est d'ailleurs du au froid qui sévissait jusqu'à l'Afrique : les forêts devinrent alors des savanes car la glace éponge l'eau marine donc il y eu moins de pluie. Nos aïeux singes n'eurent plus d'arbre pour être protégés (car nous n'avons pas de grosses dents et nous sommes faibles par rapport aux autres animaux) : il nous fallait donc être plus réactif en nous adaptant (car nous étions à découvert et visible par tous) et en développant une véritable intelligence Collective de la peur des prédateurs mais du courage de la force du groupe.

• E : C'est sûr que face aux lions, guépards et autres carnassiers nous ne faisions pas le poids.

• M : Ni auprès de nos proies ! Il ne faut pas oublier que l'Humain était charognard avant d'avoir le courage et la force de chasser (utilisation de pierres). Lorsqu'il se nourrissait de viande, cela amenait beaucoup de protéines donc le cerveau commença à se développer. Celui-ci est proportionnellement 7 fois plus gros que d'autres mammifères, mais presque autant que le chimpanzé et les babouins (eux s'en servent surtout dans l'organisation de leur société et leurs rapports individuels).

• E : Oui, enfin, on n'a plus rien à voir avec eux non plus !

• M : Que si ! Nous ne sommes pas des cousins éloignés des singes, nous sommes les derniers d'une grande famille, celle des singes sans queue. Bref, pour en revenir à nos modes de vie d'avant sédentarisation, quand il faisait chaud et qu'il y avait donc beaucoup de fruits et de gibiers, les hommes chassaient et les femmes cueillaient : il n'y avait pas de stock, car l'on n'en avait pas besoin pour des communautés réduites d'une trentaine d'individus, et cela fonctionna pendant 100 000 ans (certains le pratiquent encore aujourd'hui, les veinards). Le sauvage est un type qui ne saccage pas. Il prend dans la nature ce dont il a besoin. Lorsque le sauvage estime que ses besoins sont satisfaits, il s'arrête d'avoir une activité de production. Par conséquent, il ne va pas couper inutilement des branches d'arbres, ni flécher pour rien un gibier : c'est ce qu'on appelle être maître de ses besoins et Respectueux de la nature.

• E : C'était l'Age d'Or cette époque : tu manges quand tu as faim, mais tu cueilles ou chasses juste ce qu'il te faut, après c'est la sieste pour digérer.

• M : Et oui, la société primitive contrôlait absolument son milieu ! Mais elle ne le contrôlait pas pour construire le capitalisme, c'est-à-dire pour accumuler, pour produire au-delà des besoins, elle produisait jusqu'aux besoins et elle n'allait pas au-delà : c'était des sociétés sans surplus.

• E : D'accord, chacun se débrouillait pour se nourrir et ça marchait plutôt bien. Mais quels étaient les rapports entre les individus ? Il y avait des obligations genre sur l'exemple, la nécessité de donner et de recevoir ?

• M : La base était l'échange et la réciprocité ! Il y avait une obligation d'échanger, des biens ou des services, comme celle d'échanger les femmes pour respecter les règles matrimoniales (et d'abord la prohibition de l'inceste). Mais l'échange des biens qui se passait tous les jours, c'est celui de la nourriture principalement (d'ailleurs on ne voit pas très bien ce qui pourrait circuler d'autre). Quelles sont les personnes englobées dans ce réseau de circulation des biens ? Ce sont principalement les parents et la parenté, ce qui implique non seulement les consanguins mais aussi les alliés, les beaux-frères... En effet, c'est le réseau qui définit ce qu'on pourrait appeler les assurances sociales. Sur qui un individu d'une société primitive peut-il d'abord compter ? C'est sur sa parenté. La manière de montrer qu'on escompte, éventuellement, en cas de besoin, l'aide des parents et des alliés, c'est de leur offrir de la nourriture, c'est un circuit permanent de petits cadeaux. Ce n'est pas compliqué; il suffit d'envoyer porter une petite quantité d'aliment (quasiment symbolique, ça ne constitue pas un repas) à telles personnes. Ce sont presque toujours des parents ou des alliés, parce qu'on sait qu'eux-mêmes feront la même chose, on pourra compter sur ces gens là, en cas de besoin, de catastrophe... ce sont les assurances, la sécurité sociale. C'est une sécurité sociale qui n'est pas d'état, elle est de parenté. Mais il ne viendrait jamais à l'idée d'un sauvage d'offrir quoi que ce soit à quelqu'un dont il n'a rien à attendre. Ca ne lui viendrait pas même à l'esprit ! C'est pour cela que le champ des échanges est rabattu, pas exclusivement mais principalement, sur les réseaux d'alliance et de parenté.

• E : Mais comment chaque unité de production se socialisait avec les autres ?

• M : Les sociétés primitives étaient des sociétés indivisées (et pour cela, chacune se voulait totalité une) : société sans classes – pas de riches exploiteurs des pauvres –, sociétés sans division en dominants et dominés. Il n'y avait pas d'organe séparé du pouvoir.

• E : C'est-à-dire ? Il n'y avait pas de chef ?

• M : C'est même plus profond que ça ! Les sociétés primitives n'ont pas d'état parce qu'elles le refusent, parce qu'elles ne veulent pas de division du corps social en dominants et dominés. La politique des « Sauvages » (va savoir qui l'était le plus entre eux et les proto-Emancipés), c'est bien en effet de faire sans cesse obstacle à l'apparition d'un organe séparé du pouvoir, d'empêcher la rencontre d'avance fatale entre institution de la chefferie et exercice du pouvoir. Dans la société primitive, il n'y a pas d'organe séparé du pouvoir parce que le pouvoir n'est pas séparé de la société, parce que c'est elle qui le détient, comme totalité une, en vue de maintenir son être indivisé, en vue de conjurer l'apparition en son sein de l'inégalité entre maîtres et sujets, entre le chef et la tribu. Détenir le pouvoir, c'est l'exercer ; l'exercer, c'est dominer ceux sur qui il s'exerce : voilà très précisément ce dont ne voulaient pas les sociétés primordiales, voilà pourquoi les chefs y sont sans pouvoir, pourquoi le pouvoir ne se détache pas du corps un de la société. Refus de l'inégalité, refus du pouvoir séparé : même et constant souci des sociétés primitives. Elles savaient fort bien qu'à renoncer à cette Lutte, qu'à cesser d'endiguer ces forces souterraines qui se nomment désir de pouvoir et désir de soumission et sans la Libération desquelles ne saurait se comprendre l'irruption de la domination et de la servitude, elles savaient qu'elles y perdraient leur Liberté.

• E : Je comprends pas ton truc ! Comment pouvaient-ils avoir un chef sans pour autant qu'il abuse du pouvoir qui lui était donné ?

• M : Il n'y a pas de chef, c'est plutôt un leader d'opinion, quelqu'un que l'on écoute et que l'on Respecte. La chefferie n'est, dans la société primitive, que le lieu supposé, apparent du pouvoir. En réalité, c'est le corps social lui-même qui le détient et l'exerce comme unité indivisée. Ce pouvoir non séparé de la société s'exerce en un seul sens. Il anime un seul projet : maintenir dans l'indivision l'être de la société, empêcher que l'inégalité naturelle entre les Humains installe la division dans la société. Il s'ensuit que ce pouvoir s'exerce sur tout ce qui est susceptible d'aliéner la société, d'y introduire l'inégalité. Il s'exerce, entre autres, sur l'institution d'où pourrait surgir la captation du pouvoir, la chefferie. Le leader est, dans la tribu, sous surveillance : la société veille à ne pas laisser le goût du prestige se transformer en désir de pouvoir. Si le désir de pouvoir du leader devient trop évident, la procédure mise en jeu est simple : on l'abandonne, voire même on le tue. Le spectre de la division hantait peut-être la société primitive, mais elle possédait les moyens de l'exorciser.

• E : Mais à quoi est-ce qu'il pouvait bien servir alors ce meneur, si il n'avait pas de pouvoir ?

• M : La particularité des sociétés primitives c'est que la chefferie s'institue à l'extérieur de l'exercice du pouvoir politique. En réalité, que le leader primordial ne détienne pas le pouvoir de commander ne signifie pas pour autant qu'il ne sert à rien. Il est au contraire investi par la société d'un certain nombre de tâches et l'on pourrait à ce titre voir en lui une sorte de fonctionnaire (non rémunéré) de la société. Que fait un leader sans pouvoir ? Il est, pour l'essentiel, commis à prendre en charge et à assumer la volonté de la société d'apparaître comme une totalité une, c'est-à-dire l'effort concerté, délibéré de la Communauté en vue d'affirmer sa spécificité, son Autonomie, son Indépendance par rapport aux autres communautés.

• E : C'est même pas un meneur à ce moment-là !

• M : Non, en effet ! La société primitive code, c'est-à-dire contrôle, tient bien en main tous les flux, tous les organes. Elle tient bien en main ce qu'on pourrait appeler le flux du pouvoir; elle le tient en elle, elle ne le laisse pas sortir ; car si elle le laisse sortir, là, il y a conjonction entre leader et pouvoir ; et là, on est dans la figure minimale de l'état c'est-à-dire la première division de la société (entre celui qui commande et ceux qui obéissent). Cela elle ne le laisse pas faire ; la société primitive contrôle cet organe qui s'appelle la chefferie.

• E : C'est plutôt un bon petit gars que tout le monde aime bien alors !

• M : Il va de soi que si la communauté le reconnaît comme leader (plutôt comme porte-parole) lorsqu'elle affirme son unité par rapport aux autres unités, elle le crédite d'un minimum de confiance garantie par les qualités qu'il déploie précisément au service de sa société. C'est ce que l'on nomme le prestige, très généralement confondu, à tort bien entendu, avec le pouvoir. Evidemment, au sein de sa propre société, l'opinion du leader, étayée par le prestige dont il jouit, était entendue avec plus de considération que celle des autres individus. Mais l'attention particulière dont on honore (pas toujours d'ailleurs) la parole du leader ne va jamais jusqu'à la laisser se transformer en parole de commandement, en discours de pouvoir : le point de vue du leader ne sera écouté qu'autant qu'il exprime le point de vue de la société comme totalité une. Il en résulte que non seulement le meneur ne formule pas d'ordres, dont il sait d'avance que personne n'y obéirait, mais qu'il ne peut même pas (c'est-à-dire qu'il n'en détient pas le pouvoir) arbitrer lorsque se présente par exemple un conflit entre deux Individus ou deux familles. Il tentera non pas de régler le litige au nom d'une loi absente dont il serait l'organe, mais de l'apaiser en faisant appel, au sens propre, aux bons sentiments des parties opposées, en se référant sans cesse à la tradition de bonne entente léguée, depuis toujours, par les ancêtres. De la bouche du leader jaillissent non pas les mots qui sanctionneraient la relation de commandement-obéïssance, mais le discours de la société elle-même sur elle-même, discours au travers duquel elle se proclame elle-même communauté indivisée avec la volonté de persévérer en cet être indivisé.

• E : Mouais, en fait c'était un beau parleur, voila tout !

• M : Tout juste ! Je dirais même qu'il était entre le crieur public et le vendeur à la sauvette !

• E : Hein ? Un blablateur ?

• M : On ne peut pas être reconnu comme leader si l'on n'est pas un bon orateur. La Communauté, qui reconnaît untel comme son leader, le piège dans le langage. Elle piège le leader dans le langage, dans les discours et les mots qu'il prononce. Il ne s'agit pas simplement du plaisir d'entendre un beau discours. Mais à un niveau plus profond et naturellement peu conscient, cela relève de la philosophie politique qui est impliquée dans le fonctionnement même de la société primitive. Le leader, le chef, c'est-à-dire celui qui pourrait être le détenteur du pouvoir, le commandant, celui qui donne des ordres, il ne peut pas le devenir, parce qu'il est piégé dans le langage, piégé au sens où son obligation, c'est de parler. Tant que le leader est dans le discours et dans ce qu'on pourrait appeler un « discours édifiant », qui est un discours qui pousse à la réflexion et non directement à l'action, il n'a pas le pouvoir !

• E : Je suis un peu perdue, c'est difficile d'imaginer comment ça pouvait fonctionner.

• M : Une société qui n'aurait pas de leader, de type qui parle, serait incomplète, au sens où il faut que la figure du pouvoir possible (c'est-à-dire ce que la société veut empêcher), le lieu du pouvoir, ne soit pas perdu. Il faut que ce lieu soit défini. Il faut quelqu'un dont on puisse dire : « Voilà, le leader c'est lui, et c'est précisément lui qu'on empêchera d'être le chef ». Si on ne peut pas s'adresser à lui pour lui demander des choses, s'il n'y a pas cette figure-là qui occupe ce lieu du pouvoir possible, on ne peut pas empêcher que ce pouvoir devienne réel. Pour empêcher que ce pouvoir devienne réel, il faut piéger ce lieu, il faut y mettre quelqu'un, et ce quelqu'un c'est le leader. Quand il est leader, on lui dit : « A partir de maintenant, tu es celui qui va être le porte-parole, celui qui va faire des discours, celui qui va remplir correctement son obligation de générosité, tu vas travailler un peu plus que les autres, tu vas être celui qui est au service de la Communauté ». S'il n'y avait pas ce lieu-là, le lieu de l'apparente négation de la société primitive en tant que société sans pouvoir, elle serait incomplète.

• E : En fait, quand le lieu du pouvoir est occupé, quand l'espace de la chefferie est rempli, il n'y a pas d'erreur possible, la société ne se trompera pas sur ce dont elle doit se méfier, puisque c'est là devant elle ?

• M : Exactement ! Le danger visible, perceptible, est facile à conjurer, puisqu'on l'a sous les yeux. Quand la place est vide (et elle ne l'est jamais très longtemps), n'importe quoi est possible. Si la société primitive fonctionne comme machine anti-pouvoir, elle fonctionnera d'autant mieux que le lieu du pouvoir possible est occupé. Donc, au-delà des fonctions quotidiennes que remplit le leader, qui sont ses fonctions presque professionnelles (faire des discours, servir de porte-parole dans les relations avec les autres groupes, organiser des fêtes, lancer des invitations), il y a une fonction structurale, au sens où cela fait partie de la structure même de la machine sociale, qui est qu'il faut que ce lieu-là existe et soit occupé, pour que la société comme machine contre l'état ait constamment sous les yeux le lieu à partir duquel sa destruction est possible : c'est le lieu de la chefferie, du pouvoir, qu'elle a à rendre inexistant (et elle y réussit parfaitement). Preuve ultime s'il en est, dès que les Primordiaux sentent que le groupe devient trop grand et donc plus difficile à gérer, il se scinde pour alléger la structure de la chefferie et limiter les tensions dues au nombre, autant que cela permet de développer de nouveaux territoires et créer de nouvelles opportunités.

• E : Et dans notre triste monde tragique et réel, un peu plus d'actualité, tu as aussi des exemples ?

• M : Je peux déjà te citer le cas de l'Indus, une civilisation très avancée, technologiquement et humainement !

• E : Vas-y oui, ce qui concerne les Indes m'intéresse toujours !

• M : La qualité des techniques artisanales, révélatrices du raffinement de la civilisation de l'Indus, va permettre de développer, dès le VIIe millénaire, un réseau d'échanges de plus en plus important, favorisant l'enrichissement et l'épanouissement des grands centres urbains de Harappa et Mohenjo Daro. Au IIIe millénaire, le commerce est très actif dans la vallée de l'Indus et s'effectue sur de longues distances. Pour parvenir à échanger leurs produits à une échelle internationale, les commerçants de la vallée de l'Indus développent la navigation fluviale sur l'Indus et maritime sur la mer d'Oman. Les transactions se font sur le cuivre, l'étain, l'argent, les pierres semi-précieuses (les lapis-lazuli et les turquoises) et bien d'autres matériaux. Dans les cités, de nombreuses boutiques et entrepôts, dans lesquels on a retrouvé des poids en calcaire poli ou en stéatite, attestent de l'importance de cette activité. Et en Mésopotamie, il n'est pas rare de trouver des objets originaires de l'Indus. La diffusion sur un vaste territoire de l'artisanat de l'Indus, notamment en Afghanistan et en Iran, a mis en évidence l'habileté de ses artisans. Leur art s'exprime dans la fabrication d'une céramique peinte d'une grande finesse ; le travail du métal, surtout le cuivre, pour concevoir des armes (uniquement de défense); mais aussi des miroirs, des rasoirs, des pots à fard et divers récipients. Mais le plus spectaculaire reste, sans aucun doute, les prouesses des tailleurs de pierre et des orfèvres qui fabriquent des parures en or, sur lesquelles sont montées des lapis-lazuli, des turquoises, des cornalines et de l'ivoire.

• E : Jusqu'ici, il n'y a rien d'extraordinaire, ça à l'air d'être une civilisation comme les autres.

• M : Presque, sauf que c'était une culture extrêmement raffinée, avec des objets d'une grande finesse : ici, un peigne en ivoire ; là, un miroir ; plus loin, un diadème de bronze ; plus loin encore, des bracelets en faïence. Les hommes et les femmes qui vivaient là accordaient apparemment une importance majeure à la beauté et aux soins du corps. Surtout, les citadins de l'Indus avaient découverts bien avant nous la civilisation des loisirs. Les artisans des villes produisaient en grande quantité des figurines en pierre, des jeux et des jouets (spirale où l'on doit guider une boule vers le centre, comme un labyrinthe). Le cuivre et le bronze étaient également utilisés, ainsi que les pierres précieuses ou des coquillages. Cette tradition locale a été source d'inspiration partout dans le monde.

• E : Effectivement, comme quoi on peut faire du business (en tout cas des échanges) sans perdre sa vie à la gagner, mais en s'amusant.

• M : Mais attention ! Là-bas ce sont les femmes qui tiennent les cordons de la bourse (comme finalement partout) mais surtout qui gèrent le commerce. La civilisation de l'Indus (et plus loin des oasis, entre le Pakistan et l'Afghanistan) est basée sur le matriarcat, le pouvoir est aux femmes. Contrairement à quasiment toutes les autres civilisations de l'époque, dont les leaders fascinés par les biens de prestige sont devenus des chefs avides de trésors, il n'y a pas de monarchie, le pouvoir est entre les mains des marchands. On y pratique plutôt un véritable culte à la beauté, avec des soins et du maquillage et des objets précieux en ivoire et or. On y porte des amulettes figurant un aigle (animal céleste représentant la spiritualité et les dieux) ainsi qu'un serpent (animal terrestre représentant le matérialisme, la vie et la fertilité), que l'on retrouve aussi en Elam et en Mésopotamie. C'est une civilisation d'agriculture et de commerce, pas de conquête. La preuve en est qu'on ne trouva aucune arme (d'attaque) sur place, mais que des jouets abandonnés par des enfants. Ce peuple avait la réputation d'être sociable et peu agressif.

• E : Vraiment très intéressant tout ça !

• M : Bien sûr, je ne peux pas ne pas évoquer la Démocratie athénienne, la seule qui mérite vraiment ce titre ! A Athènes, la religion jouait un rôle prépondérant dans la vie quotidienne. Au coeur de l'Athènes Démocratique, il n'y avait pas de prêtres. Les Athéniens s'adressaient directement à leurs dieux. Le Parthénon qui surplombe toute la ville en est la preuve. Des artisans venus de toute la Grèce ont travaillé à sa construction, mais également des milliers d'esclaves. Sur les chantiers, ils étaient tous Egaux et recevaient le même salaire. Mais dans la Démocratie athénienne, c'était loin d'être le cas : à Athènes, seul un homme né Libre pouvait prétendre à des Droits civiques. Esclaves et étrangers étaient exclus de toute participation politique (les métèques, c'est-à-dire les étrangers venus des autres cités [du grec meto, qui a changé, et oikos, maison], doivent avoir un Citoyen athénien comme répondant d'eux et se trouvent alors sous la protection de l'état). De même que les femmes.

• E : Sacrés misogynes ces Grecs ! Et les mâles alors ?

• M : À la base de la Démocratie athénienne, figurent les Citoyens. C'est l'ensemble des hommes Libres de plus de 18 ans qui sont nés de père et mère athéniens et ont fait un service militaire de deux ans (l'éphébie). Ils ont seuls le droit de Participer au culte public, de siéger aux assemblées et d'y prendre la parole, de voter, d'être magistrat, de contracter un mariage légal, de posséder des immeubles. En contrepartie, ils doivent avoir fait leur service militaire, payer l'impôt et remplir bénévolement certaines charges publiques.

• E : Mais d'où ça sort ce système ? puisque le peu que je me souvienne de mes cours d'Histoire, c'est bien que la monarchie (voire l'aristocratie, le pouvoir aux mains des seuls nobles, lignées de grands guerriers ayant été récompensés en terres que d'autres travaillent pour eux) était seule maîtresse en ses pays !

• M : Au - VIe siècle les cités du monde grec furent confrontées à une grave crise politique, résultant de deux phénomènes concomitants. D'une part l'esclavage pour dette (touchant principalement les paysans non propriétaires terriens), fit croître entre les Citoyens l'inégalité politique, la liant à l'inégalité sociale : le commerce se développant, la concurrence fit des ravages. La Grande-grèce fait concurrence aux paysans grecs, car elle peut produire des céréales peu cher (terrain mieux adapté pour l'agriculture, plaines plates..). Les paysans grecs travaillent mais ils ne peuvent gagner assez pour vivre. Ainsi ils s'endettent, finissent par être expropriés et deviennent des esclaves. Dans les villes, cette main d'oeuvre servile fait concurrence aux artisans ce qui déclenche également une vague de chômage.

• E : Comme tu aimes si bien à me le montrer, le monde moderne n'a rien inventé en terme de tensions sociales !

• M : Malheureusement non, mais encore une fois, ce qui est navrant c'est qu'on a pas (jusqu'à Utopia du moins) tiré les enseignements des leçons du passé puisque bien évidemment, les mêmes causes ont les mêmes effets. D'autre part le développement de la monnaie et des échanges commerciaux fit émerger les artisans et armateurs qui formèrent une nouvelle classe sociale aisée, revendiquant la fin du monopole des nobles sur la sphère politique (tout comme au Moyen-Age avec le début des Communes contre les fiefs féodaux). Ces graves crises sociales sont suivies par des révolutions. Les oligarques répriment ces révolutions par des exécutions et des exils.

• E : Pff, comme d'hab la seule solution aux problèmes structurels entre riches/puissants et dominés (qui pouvaient aussi être riches) fut d'extirper la force de la vapeur sans toucher au feu qui couvait sous la cocote minute et qui donc se rechargerait vite !

• M : Presque ! Pour répondre à cette double crise, de nombreuses cités modifièrent radicalement leur organisation politique. À Athènes un ensemble de réformes furent prises, ce qui amorça un processus débouchant au - Ve siècle sur l'apparition d'un régime politique inédit : la Démocratie.

• E : Pour une fois, les vraies réponses (celles courageuses en discutant et en remettant à plat les bases mêmes de la défiance/déchéance civilisationnelle) ne naquirent pas d'insurrections populaires mais de l'engagement de politiciens pour assurer l'unité de la cité ?

• M : Et oui comme quoi ! Mais faut pas se leurrer, ce n'était pas un geste gratuit, de bonté, envers le Peuple : il s'agissait plus cyniquement pour les nobles de diluer le pouvoir avec le concours du Peuple pour contrer le besoin de reconnaissance et de pouvoir des bourgeois. Artisans et commerçants de toutes les Cités unissez-vous ? Qu'à cela ne tienne : votre pouvoir sera partagé avec l'ensemble du Peuple, où vous êtes sous-représentés, et nous manipulerons les pauvres pour vous discréditer (ce sera notre « moralité » contre vos richesses exploitantes des Citoyens) !

• E : En tout cas c'était finement joué de leur part. Même si l'on peut regretter que ce soit pour des questions de luttes intestines entre factions, on ne peut qu'applaudir au résultat. Mais comment ça fonctionnait au jour le jour ?

• M : L'Assemblée populaire détient l'essentiel des pouvoirs, prend toutes les décisions et nomme les magistrats chargés des fonctions exécutives. Ces dernières sont collégiales, normalement de durée limitée, et soumise à la reddition des comptes. Les débats de l'Assemblée sont préparés par un Conseil (la Boulè) et ses décisions sont exécutées par les magistrats. Ceux-ci subissent le contrôle constant de la Boulè et de l'Ecclésia. Cette dernière, Assemblée Citoyenne, vote les lois et n'importe quel Citoyen peut prendre la parole (isegoria) et proposer une motion. C'est le propre de la Démocratie Directe. Une fois votée, la loi est exposée au public sur l'Agora.

• E : Et comment elle est appliquée, contrôlée ? Et surtout par qui ?

• M : La dokimasia est l'examen préliminaire que subissent les futurs magistrats pour limiter les effets malheureux du tirage au sort. Cet examen permet de vérifier que le candidat est bien Citoyen, qu'il a bien l'âge minimum requis, qu'il n'a jamais occupé le poste et qu'il en est digne. Les magistrats doivent exercer leur pouvoir de manière collégiale et jamais de manière individuelle. Les magistrats et les ambassadeurs sont contrôlés à la fin de leur mandat. Les Citoyens se réunissent sur l'Agora une fois par an afin d'évaluer le travail des magistrats et punir ceux qui abuseraient de leur pouvoir : c'est la reddition de comptes. Cela permet aux Athéniens de contrôler efficacement les magistrats et d'éviter par la même occasion les dérives tyranniques. Ils votent au moyen d'ostracas (tessons de poterie... ou coquilles d'huîtres). Tout vote positif en entraîne un second deux mois plus tard afin de laisser le temps au Citoyen de s'amender. Un deuxième vote positif (au moins 6.000 voix sont nécessaires) entraîne l'exil pendant dix ans (d'où notre mot ostracisme, synonyme de mise à l'écart).

• E : Je comprendrai jamais qu'on ait perdu ce système et qu'il ait fallu attendre Utopia, plus de 2000 ans plus tard, pour revenir à ce bon sens !

• M : L'humain et le système étaient ainsi, c'est bien pour ça que les Révolutions s'enchaînaient à des rythmes fréquents ! Plus près de nous, il y a aussi l'exemple de Novgorod la Grande !

• E : C'est quoi et où ça ?

• M : Au nord-ouest de la Russie, Novgorod incarne, entre le XIe et le XVe siècle, le prestige et la prospérité d'une cité située au carrefour de l'Orient et de l'Occident. Unique en son genre, elle fonctionne comme une république indépendante. L'emplacement de Novgorod à un croisement fluvial, qui lui donnait accès aux mers Baltique, Noire et Caspienne, lui permit à partir du XIe siècle de développer une économie florissante. Echappant au pouvoir féodal de Kiev, elle développa un système de république indépendante.

• E : J'adore toutes ces cités rebelles au pouvoir central !

• M : Les maîtres féodaux refusent la mainmise du pouvoir centrale de Kiev (Ukraine). Une contre-société se développe où les boyards (les meneurs) sont élus et décident devant une Assemblée Générale de tous les Citoyens. Pour être élus à l'assemblée populaire des Citoyens, les riches propriétaires terriens doivent être installés en ville. Afin de continuer à traiter leurs affaires à la campagne, l'écriture devient le moyen de communication essentiel. Paysans, artisans, marchands... hommes, femmes et enfants s'échangent des lettres. Tout le monde sait lire et écrire car il y a de nombreuses écoles, alors qu'en Europe occidentale, seules les moines et les rares lettrés sont instruits.

• E : Bien sûr, vu que le savoir est une force, c'était trop dangereux de le laisser à n'importe qui (la preuve ensuite avec Gutenberg).

• M : La ville est riche grâce à son commerce avec Byzance : elle va en Mer Baltique pour les transactions avec l'Europe du Nord, en Mer Caspienne pour les échanges avec les Arabes, le long du fleuve Dniepr pour le commerce avec l'Europe Centrale, et en Mer Noire pour distribuer auprès de Byzance. Elle est déjà l'équivalent de la future ligue hanséatique (la Hanse, qui signifie s'associer en vieil allemand, ou Ligue hanséatique prit naissance en 1241 par le traité formé entre Hambourg et Lubeck dans le but de protéger leur commerce contre les pirates de la Baltique et de défendre leurs franchises contre les princes voisins) car elle tient toute l'Europe du Nord. Au XIIIè siècle, Kiev tombe aux mains des Moghols mais Novgorod garde sa Liberté car d'elle dépendait le commerce. Du coup, enfin en paix avec Kiev, les habitants de Novgorod ont du temps pour s'occuper d'eux.

• E : Décidément, le commerce pouvait encore créer à l'époque des sociétés différentes, Libres car riches !

• M : Tu as tout compris. Jusqu'au XVè siècle, la ville se développe en construisant des maisons en bois, structurées par des rues avec des trottoirs en bois contre la boue mais permettant le passage des charettes. La ville prend alors rapidement plusieurs dizaines de milliers d'habitants supplémentaires. Le mariage y est Libre : tu veux de moi ? je veux de toi ! Marions-nous devant témoins !!! Mais là, c'est le drame. En 1478, Ivan III, le Terrible, roi de Moscou, veut faire tomber la république Indépendante de Novgorod. Cette dernière est riche et Indépendante, elle est opposée et pire elle est un frein à l'unification du royaume russe de Moscou. Il bloque alors le commerce donc la ligue hanséatique s'effondre car les navires ne circulent plus. La cloche de l'appel des Citoyens pour l'Assemblée Générale est prise en symbole et amenée à Moscou pour célébrer la victoire d'Ivan III.

• E : Pfff, les rois ont toujours eu le chic pour casser ce qui marchait bien !

• M : Bien sûr, tu penses bien que ça lui faisait de l'ombre, ce n'était pas vivable pour le système royal, à terme. C'est d'ailleurs l'occasion pour que je te parle d'autres sociétés alternatives, celles des pirates !

• E : Ah ouais, les pirates des Caraïbes. J'adore Johnny Depp, mais j'espère que dans ce cas-là il n'y aura pas de morts-vivants !

• M : Non, t'inquiètes, là c'est les vrais de vrais. On ne connaît pas grand-chose de leur vie quotidienne. Mais on en connaît suffisamment sur leurs îles repaires (où ils jouissaient d'une existence Libre et peu austère), pour comprendre que des zones d'autonomie temporaires existaient dès le XVème siècle.

• E : Nos fameuses TAZ d'avant !

• M : Exactement, celles des ravers. Ces enclaves pirates cherchaient essentiellement à échapper à toutes formes de contrôle et d'autorité étatiques, et pour y parvenir à long terme, les individus qui s'y installèrent créèrent de nouvelles formes expérimentales de société. Des endroits (régions entières, citadelles, îles, ports...) se trouvèrent ainsi dénués de toutes contraintes hiérarchiques, et beaucoup adoptèrent même des fonctionnements relativement Démocratiques, voire quasi Libertaire, en tout cas pour l'époque. Grâce à une relative clandestinité, les pirates réussirent à établir au fil des siècles un réseau d'échanges totalement mouvant et (plus ou moins) Solidaire, dont les multiples enclaves servaient aussi bien de lieux de repos et de plaisirs que de lieux de troc/commerce, ou même de port de réparation pour les bateaux. Ainsi, entre le XVème et le XIXème siècle, la piraterie connue une période d'apogée. Principalement, parce que la navigation s'était considérablement développée, tout comme les cartes et les instruments de navigation, l'armement, les conquêtes coloniales.

• E : Ouahou, dis m'en plus, j'ai toujours adoré ce genre de récits !

• M : Leurs équipages se soustrayant à l'autorité royale par leurs actes, ceux-ci savaient pertinemment que s'ils étaient vaincus par des équipages corsaires ou royaux, ils risquaient la pendaison, les galères, les culs de basses fosses ou autres délices du genre, et avaient donc tous intérêts à s'organiser de manière efficace. Pour la plupart des pirates, l'organisation se différenciait justement de celles des corsaires (ces mercenaires mandatés, grâce à une « lettre de course », par les états et royaumes pour piller les autres nations sur les mers plutôt que de déclarer une guerre sur terre). En effet, il semble qu'au sein de l'organisation pirate (qui était évidemment spécifique à chaque équipage ou « bastion pirate »), régnait un minimum d'Egalité. Certains « capitaines » d'ailleurs, comme Misson, fondateur de Libertalia, proposait aux équipages des bateaux abordés de le rejoindre dans la piraterie ou d'être déposés sur une île avec des vivres, dans l'attente du passage - hypothétique - d'un navire (il va sans dire que beaucoup de marins les rejoignaient). L'absence de châtiments corporels à bord de nombreux bateaux est également un fait notable pour l'époque. Mais l'aspect non négligeable pour ces aventuriers restait le partage du butin. Les capitaines pirates touchaient généralement jusqu'à deux parts, les hommes d'équipages, une part, et tout non-combattant (cuisinier, musicien…) une demie part ou trois quarts de parts. A titre indicatif, un capitaine corsaire pouvait percevoir 40 fois la part d'un homme d'équipage. Les principales enclaves étaient soit tenues par des pirates musulmans et des renegados (ainsi nommait-on les chrétiens européens convertis à l'islam, de gré [aventuriers, marins, anciens corsaires...] ou de force [esclave Affranchis, enfants ou adultes rançonnés, marins captifs] (Tunis, Alger, Tripoli), soit par des marins de toutes nationalités et religions (la Tortue, Hispaniola, Libertalia). Mais un seul état pirate fut recensé, la république du Bou Regreg dont l'apogée s'acheva au XVIIème siècle. Ce port marocain s'appelait aussi Salé (ou Rabat-Salé). Il était morcelé en trois zones de tensions et de commerces distinctes, et ne constituait pas à proprement dit une enclave pirate, mais bel et bien un « état pirate ». Ce qui implique que la flotte appartenait au divan (gouvernement qui prélevait environ 10% du butin), mais n'empêchait nullement l'équipage de percevoir 45% du butin à se partager. Les impôts prélevés à Salé restaient dans la ville, alors que ceux prélevés à Alger par exemple, étaient destinés aux caisses de l'Empire Ottoman. Autre point intéressant, le divan et le gouverneur-amiral étaient élus, et pouvaient être révoqués chaque année dès qu'ils cessaient de défendre les intérêts du Peuple. Quelque chose d'inimaginable en Europe à la même époque.

• E : C'est dingue jusqu'où ils sont allé. Utopia est vraiment la somme de toutes ces expériences passées ! Et les femmes dans tout ça, mais j'imagine qu'il devait pas y en avoir sur les bateaux.

• M : Hormis Mary Read ou Anne Bonny, il y eut semble-t-il assez peu de femmes pirates. D'une part dans les enclaves musulmanes cela était absolument impossible, d'autre part en Europe catholique cela ne l'était guère plus. A cette période les femmes constituaient surtout une « marchandise » très enrichissante en tant qu'esclave, de prostituée.

• E : Pfff, d'autant plus qu'ils devaient être grave en rute, ces marins après de longs mois en mer.

• M : Pour autant, il y a des contre-exemples, comme toujours ! Il y avait beaucoup d'enclaves autonomes et particulièrement Libertalia, rendue célèbre par Daniel Defoe, l'auteur de Robinson Crusoé. Bien sûr Libertalia, comme d'autres enclaves pirates, est entourée de mystère et de doute. L'enclave Libertalia aurait pourtant vraisemblablement existé, quelque part vers l'île de Madagascar, durant quelques années avant que ses habitantEs ne finissent exterminés par les indigènes. Et son fonctionnement, axé autour de la personnalité du capitaine français Misson et de celle de son acolyte, le prêtre défroqué, Carracoli, reposait sur l'Egalité entre individu, le Partage du butin, la mise en Commun des biens et l'abolition de la propriété comme le précise cet extrait : « Le lendemain, tout le monde se rassembla et les trois capitaines proposèrent d'instituer une espèce de gouvernement, comme l'exigeait leur sécurité. Où il n'existe pas de lois coercitives, les plus faibles sont toujours les victimes et tout tend nécessairement à la confusion. Les hommes sont les jouets de passions qui leur cachent la justice et les rendent toujours partiaux en faveur de leurs intérêts : il leur fallait soumettre les conflits possibles à des personnes calmes et indépendantes capables d'examiner avec sang-froid et de juger selon la raison et l'équité ; ils avaient en vue un régime Démocratique : quand le Peuple édicte et juge à la fois ses propres lois, on a affaire au régime le plus convenable. En conséquence, ils demandaient aux hommes de se répartir par dix et d'élire, par groupe, un représentant à l'assemblée constituante chargée de voter des lois saines dans l'intérêt public ; le trésor et le bétail qu'ils détenaient devaient être équitablement répartis et les terres annexées dorénavant seraient tenues pour propriété inaliénable, sinon aux clauses et conditions d'une vente ».

• E : Ah ouais, c'est du pur Utopien avant l'heure !

• M : Autre façon de faire, celle des kibboutz juifs, parfaite démonstration qu'on peut vivre Libre sans se couper du monde et bénéficier de ses bienfaits. Les kibboutzim (en hébreu, « assemblée » ou « ensemble ») sont des communautés de volontaires, localisées dans tout Israël, dans lesquelles vivent des gens venus de tous les pays, souvent issus de la diaspora juive. Il y a un siècle environ, un petit groupe de jeunes immigrants juifs originaires d'Europe de l'Est, mus par les idéaux sioniste et socialiste, fondaient sur les rives du lac de Tibériade la première kvoutza (groupe en hébreu, groupement auquel fut ultérieurement donné le nom de kibboutz, communauté basée sur l'adhésion à un même mode de vie rural). Ils appelèrent ce kibboutz Degania, qui est depuis considéré comme la mère des kibboutzim. Leur kvoutza, ils la voulaient cohérente et Egalitaire, fondée sur la propriété Collective des moyens de production et de consommation. Un cadre de vie où tous les membres prenaient les décisions de concert et à la majorité, et se Partageaient équitablement Droits et Devoirs.

• E : C'est vrai qu'ils ont fait fort sur ce coup là. Mais ils ne sont pas partis en couille comme tant d'autres ?

• M : Non. En dépit de ses revers économiques et du déclin de ses grands idéaux, l'institution du kibboutz demeure, de nos jours encore, le plus grand mouvement communautaire au monde. A l'heure actuelle, près de 120 000 personnes vivent dans les 269 kibboutzim d'Israël disséminés depuis le plateau du Golan au nord jusqu'à la mer Rouge au sud. Leurs effectifs varient entre moins de 100 membres à plus de 1000 pour certains, la majorité recensant une population de quelques centaines de membres.

• E : Mais ça fonctionne comment, concrètement ?

• M : Physiquement parlant, la plupart des kibboutzim sont conçus sur le même modèle : au centre se déploient les édifices communs tels que réfectoire, auditorium, bureaux et bibliothèque, entourés par des jardins et les maisons de leurs membres ; légèrement décentrés sont les bâtiments et les équipements sportifs ; les champs, vergers et bâtiments industriels enfin se trouvent à la périphérie. Le kibboutz est, par définition : une communauté délibérément formée par ses membres, à vocation essentiellement agricole, où il n'existe pas de propriété privée et qui est censée pourvoir à tous les besoins de ses membres et de leurs familles. Ensuite, c'est une unité de peuplement dont les membres sont organisés en Collectivité sur la base de la propriété commune des biens, préconisant le travail individuel, l'Egalité entre tous et la Coopération de tous les membres dans tous les domaines de la production, de la consommation et de l'éducation. Sa principale force vient de l'engagement individuel de tous les membres. Les facteurs de la dimension et du profil économique jouent également dans la comparaison. L'esprit d'entreprise Collectif compte pour beaucoup, contribue à la création et à la maturation de Communautés qui réussissent sur le marché Libre.

• E : Tout ça c'est des bons débuts, mais il y a l'exemple qui tue : la Suisse ! Eux ça fait un bout de temps que ça dure et y a pas plus stable et prospère comme pays !!!

• M : Certes, j'allais y venir, t'inquiètes. On ne peut pas parler des systèmes pré-Utopiens sans louer le fonctionnement suisse qui nous a beaucoup appris et aidé au début ! La Suisse s'est formée au cours du temps grâce à la formation de réseau d'alliances, de pactes qui, au départ, avaient davantage un but de défense commune et de sécurité intérieure. Ces accords englobèrent de plus en plus de cantons suisses et de plus en plus de domaines au cours du temps. Selon le principe de « un pour tous, tous pour un » (qui est encore aujourd'hui la devise nationale suisse), les cantons commencèrent à traiter ensemble les accords avec de grande nations européennes. Cependant, les différents cantons présents étaient totalement souverains et il n'existait pas d'organe supra-étatique. Avec le temps, les Communes se sont regroupées en cantons qui se sont eux-mêmes réunis en une Confédération. L'adoption par la Suisse du système Fédéraliste changea profondément le fonctionnement des cantons. Leur souveraineté repose sur le principe que tout ce qui n'est pas du ressort de la Confédération est du ressort des cantons. Les cantons sont Autonomes constitutionnellement (chacun ayant sa propre constitution), aussi bien du point de vue législatif, judiciaire et fiscal qu'administratif. Toutefois, il leur est interdit d'adopter une forme de constitution qui ne correspondrait pas aux règles de la Démocratie, à savoir qu'elle doit être accepté par le Peuple et qu'il existe une possibilité de la modifier si le corps électoral du canton le demande. Enfin, au dernier niveau (mais premier, de base, de la pyramide helvète inversée), toutes les Communes suisses ne jouissent pas des mêmes compétences ou de la même Autonomie du fait du système Fédéral suisse. Les cantons possédant, en effet, une totale souveraineté dans ce domaine, ils sont Libres de désigner les tâches et le niveau de Liberté qu'ils souhaitent soit dans leur constitution cantonale ou alors directement dans les lois cantonale.

• E : Ca m'a toujours fait rêver autant qu'halluciner de voir ce genre de système si exemplaire ne pas être appliqué ailleurs, notamment dans nos républiques dites modernes, mais si éloignées de vraies Démocraties comme peut l'être l'helvète. Mais c'est pas trop le désordre en étant organisé comme ça (désolé c'est une question idiote, sachant que la Suisse est le paradis de l'ordre, mais juste) ?

• M : Non, mais tu as bien raison de poser ce genre de question. Le Conseil fédéral fonctionne selon le principe de collégialité, ce qui signifie que les décisions sont prises le plus possible par consensus. Si tel n'est pas le cas, un vote a lieu parmi les 7 conseillers Fédéraux. Selon ce principe, ceux qui s'opposent à une mesure qui est adoptée par le collège doivent tout de même défendre le projet au nom de celui-ci. Le Conseil Fédéral doit également représenter équitablement les diverses régions et communautés linguistiques. La Suisse est davantage une démocratie de concordance, voire de consociationalisme : contrairement à un système qui prend uniquement ces décisions sur le principe de la majorité, la Suisse favorise d'avantage le système du consensus et la recherche de solution à l'amiable entre les différents grands partis politiques.

• E : Exactement ce qu'on arrivait jamais à faire en France, chaque parti venant avec ses solutions toutes faîtes, souvent plus idéologiques (positionnement de principe) que clairement pratiques et surtout pragmatiques.

• M : C'est justement une autre force du système suisse : il n'y a pas de pro de la politique. On peut définir le système de milice (mais pas connotée comme en France) comme « la prise en charge bénévole, extraprofessionnelle et honorifique d'une charge ou d'une fonction publique, peu ou pas dédommagée ». Il convient donc de noter que les députés Fédéraux n'exercent pas leur mandat comme une activité professionnelle. A ce titre, ils ne perçoivent pas un salaire mais une indemnité pour leur présence et ils ont à leur disposition, sans frais, l'accès aux transports publics. En terme d'avantage, les arguments cités en faveur du système de milice sont l'absence de forme de caste politique, le lien direct avec la population et des politiciens aux horizons professionnels divers. On peut aussi noter le faible coût d'un tel système qui représente environ 0,2% des dépenses de la Confédération mais qui est des plus efficaces car ce sont « de vrais gens » qui savent de quoi ils parlent qui co-gèrent, avec les Citoyens, le pays.

• E : C'est énorme ça quand même ! Et après, comment se répartissent et se jouent les rôles à chaque niveau ?

• M : La politique suisse se subdivise en une politique Fédérale, une politique cantonale (régionale) et une politique Communale. Successivement au cours du temps, les cantons transférèrent la gestion de la monnaie, des timbres, de l'armée ou encore la législation pénale et civile au pouvoir Fédéral. Cette sédation d'une partie des tâches cantonales (parce qu'ils le voulaient bien, non par obligation de centralisation imposée par qui que ce soit) avait pour objectif une uniformisation des normes au sein du pays mais aussi une réponse au développement économique au niveau national. Pour autant, un certain (et même grand) nombre de domaines sont gérés uniquement au niveau cantonal comme l'éducation (sauf les universités Fédérales), la gestion des hôpitaux (sauf les hôpitaux Communaux et privés), la construction et l'entretien de la majorité des routes (sauf les autoroutes et routes nationales) et la police (contrairement à l'armée), d'autres charges sociales ou encore le contrôle de la fiscalité. Il en découle que chaque canton possède son propre parlement et leur gouvernement, mais aussi son propre système judiciaire dont les tribunaux statuent, en règle générale, dans tous les domaines.

• E : Mais y a pas de risque d'émiettement de la prise de décision avec ce genre de système, car aucune structure ne peut fonctionner correctement si elle seule, isolée comme une île au milieu d'un océan plus ou moins Pacifique ?

• M : Certes, surtout que l'Union fait la Force ! Au fils du temps l'apparition de tâches de plus en plus complexes (qui exigent de nouveaux moyens financiers) a poussé plusieurs communes, dès les années 1990, à se restructurer ou fusionner par mesure d'économie. Certains cantons ou régions sont regroupés dans des espaces (Espace Mitteland, Espace BEJUNE, etc.) qui leur permettent de défendre des intérêts communs, et notamment économique; mais ces espaces ne sont pas des entités politiques en tant que telles. Si au départ les Communes n'avaient pour rôle uniquement la gestion des biens communaux et un devoir d'assistance publique, la société moderne exigea de leur part d'avantage de préoccupations qui ont forcément un coût (gestion de la population, approvisionnement de l'eau, loisir et gestion des déchets entre autre). Les principales solutions choisies ont été le partage des tâches entre les Communes voisines ou éventuellement faire appel à des entreprises privées. Environs 85% d'entres elles font d'ailleurs partie d'un groupement régional à l'heure actuelle.

• E : Je trouve que c'est vraiment top tous ces fonctionnements clairement Anarchistes. Mais le meilleur reste à venir avec la véritable Participation Citoyenne à la gestion des Cités (la version originale du mot politique).

• M : Bien sûr j'ai gardé le meilleur pour la fin, histoire de ne pas rester sur sa faim, héhé ! La Démocratie Participative permet au Peuple de choisir ses élus aux différents conseils (Commune, Cantons et Confédération) et donne également la possibilité de donner son avis sur les textes législatifs ou constitutionnels décidés par ces conseils ou d'en proposer selon une réglementation précise. Une particularité de la Démocratie suisse est que le Peuple (tout Citoyen suisse majeur et capable de discernement) garde en permanence un contrôle sur ses élus en intervenant directement dans la prise de décision, car la Suisse est une Démocratie que l'on peut qualifier de Directe ou semi-directe, dans le sens où elle a des éléments d'une Démocratie représentative (élection des membres des parlements ainsi que des exécutifs cantonaux) et d'une Démocratie Directe. En effet, en Suisse, le corps électoral dispose de 2 instruments qui lui permettent d'agir sur un acte décidé par l'État : il s'agit du référendum, qui peut être facultatif ou obligatoire, et de l'initiative populaire qui est le droit d'une fraction du corps électoral de déclencher une procédure permettant l'adoption, la révision, ou l'abrogation d'une disposition constitutionnelle ou légale.

• E : Malheureusement, on nous disait que ce qui est possible et effectif en Suisse depuis bien longtemps, était impossible ailleurs, avec de fausses excuses de taille du pays et de culture politique. Mais la culture ça s'apprend et ça s'approprie par la pratique ! Et pour la taille du pays, faut arrêter de déconner : c'est sûrement plus facile d'organiser des référendums ou des initiatives populaires dans un « petit » pays (par la taille), mais avec l'informatique et Internet il n'y a rien de plus simple !!!

• M : Bien sûr. Et même si on voyait mal les Français se déplacer trop souvent pour s'exprimer (mais surtout parce que les questions exceptionnellement posées appelaient des réponses assez évidentes et « massives », l'abstention étant dans ce cas la réponse à la non-consultation Citoyenne sur des sujets importants, où l'on ne demande jamais l'avis du Peuple !), il suffisait tout simplement de faire une opération tout les x, mais en posant toute une série de question pour faire le point. Sinon, c'est aussi con que de convoquer une assemblée je ne sais combien de fois, tout simplement parce que rien n'est structuré et qu'on oublie tel ou tel point qui nécessite la présence du plus grand nombre.

• E : Y a pas à dire en tout cas, la Suisse c'est clairement l'autre pays de la Démocratie ! D'autant plus que leurs idées reposent sur deux piliers qui au premier abord semblent contradictoires : un système politique libéral, favorisant les Libertés aussi bien Individuelles qu'économiques, et un système de solidarité pour une intégration de tous les Citoyens, issus de tous les courants politiques et sociaux, au sein de la Communauté. Ces deux principes constituent toujours à l'heure actuelle une base importante de la Suisse et un facteur de stabilité et de cohésion intérieure.

• M : Tout ce que la France a toujours prôné dans les textes, sans jamais avoir osé le mettre en pratique. Exactement le contraire de ce qu'Utopia a eu le courage de faire, suivie en cela par de nombreux pays !!!

Partager cet article
Repost0
21 janvier 2005 5 21 /01 /janvier /2005 21:26

Retraite bien méritée
Télécharger le fichier : 13-Utopia, je crois que ça va être possible


• E : Et maintenant que notre Olympe se fait vieille, comment ça se passe pour elle ?

• M : On ne l’a met pas à l’écart comme dans l’autre monde ! Déjà, tout ce qu’elle a pu apprendre tout au long de sa vie, sera retransmis aux nouvelles générations. En fonction des compétences acquises et de ses expériences passées, différentes catégories de jeunes et moins jeunes bénéficieront de ses enseignements en termes de gestion de famille, de bonne Participation, de bonne entente Citoyenne !

• E : Tant qu’à faire, c’est sûr que c’est toujours mieux que le savoir circule !

• M : Exactement, non seulement c’est utile à la société, mais en plus, ça permet aux aînés de ne pas se sentir exclus, car tant que la personne est capable, elle fait intégralement partie du corps social !

• E : Et justement si elle n’est plus capable ?

• M : Alors, on ne fait pas d’acharnement, ni thérapeutique, ni vitale ! Quand le corps de l’individu fait défaillance, même si la personne se sent « bien », on fait tout pour préparer en douceur son départ vers les vers de terre, on ne fait pas en sorte de prolonger une vie si c’est pour que la personne reste piégée de son corps malade. Il faut bien comprendre qu’ici, la mort n’est plus subie, elle fait partie intégrante de la vie. Ce n’est pas parce que la médecine et la science ont nettement progressé, que l’humain doit croire qu’il peut être immortel. Bien sûr, c’est toujours aussi dur de voir partir ceux qu’on aime, mais du moment qu’ils ont eu une belle vie et qu’on les accompagne jusqu’à leur dernier souffle, on ne peut pas faire beaucoup mieux !

• E : Vous avez pas trouvé d’élixir de jouvence avec tous les progrès techniques que vous avez fait ?

• M : On aurait pu, mais ce n’est pas forcément le but du jeu de pouvoir vivre très longtemps. Déjà parce qu’il faut préserver une bonne santé, ce qui est loin d’être évident, ensuite parce que ce n’est pas nécessairement bénéfique pour l’humanité que de durer trop longtemps ! Ce n’est pas parce qu’on pourrait éventuellement le faire technologiquement, qu’humainement on doit le faire ! Utopia a choisi : tout à un début et une fin ! La seule vraie différence avec l’autre monde, c’est qu’ici chacun choisi (autant que possible et faire se peut) les conditions de sa mort.

• E : Enfin vous avez légalisé l’euthanasie ?!

• M : Bien sûr, je ne vois pas en quoi ça regarde l’état ce que nous faisons de notre corps et des conditions de notre départ vers l’infini des cycles de vie-mort-recyclage-vie !

• E : C’est clair, c’était vraiment un relent, un reste, des considérations judéo-chrétiennes que l’état c’était réattribué ! Si on pouvait choisir de donner la vie ou non, je ne vois pas pourquoi on ne pouvait décider du terme de son existence ! Interdire l’euthanasie, c’est comme interdire le suicide, c’est complètement con, inefficace et inhumain pardessus tout !

• M : A présent, on fait clairement le distinguo entre le corps (individu) et l’esprit (personne), même si les deux marchent ensemble. Par contre, quand l’esprit est défectueux ou n’est plus, on considère à juste titre que la personne que nous connaissions est morte, même si cliniquement son encéphalogramme n’est pas plat. Du coup, son corps est réellement vu comme une enveloppe, qui hébergea une personne aimée, mais une carapace vide qui n’a plus d’importance en tant que tel : ce n’est jamais qu’un amas de cellules, tout comme un embryon n’est pas un enfant !

Partager cet article
Repost0
21 janvier 2005 5 21 /01 /janvier /2005 21:26

Développement durable
Télécharger le fichier : 13-Utopia, je crois que ça va être possible


• M : Nous avons ainsi mené de gros projets, plus rapidement et efficacement qu’avec toute une bureaucratie tatillonne (mais seulement quand il ne faut pas). On a même mis le gros du transport de marchandise sur des wagons qui allaient au plus profond des vallées montagneuses, pour délester les tronçons routiers (même les voitures sont capables de rouler à présent sur ces rails pour ne pas s’embêter sur les routes dangereuses ou des trajets trop longs).

• E : Ahhh, enfin le ferroutage !!!

• M : Beh oui, encore une fois, ni l’état ni les services publics ne faisaient leur boulot ! On a tapé un grand coup dans la fourmilière et maintenant tout roule comme sur des rails ! Alors que les Suisses pratiquaient le ferroutage depuis des décennies, la France se tâtait encore, même après le drame de l’incendie du tunnel du Mont Blanc et l’asphyxie de la vallée de la Maurienne qui suivit la fermeture du tunnel pour travaux. Tous ces camions polluants et dangereux sur les routes, ça ne pouvait plus durer ! D’autant plus que ce n’était pas une vie non plus pour les routiers. A présent, ils mettent leur remorque sur le train, puis un autre camionneur récupère la marchandise en bout de course, chacun rentrant dans sa petite famille le soir, sans être énervé de s’être tapé des centaines de kilomètres dans la journée ou des milliers dans le mois.

• E : Ce qui est bon pour tout le monde : le conducteur, sa famille et les gens qu’il pouvait croiser sur sa route (le stress et la fatigue au volant sont de grands facteurs d’accident).

• M : Mais, au-delà de ça, c’est sûr que nous avons complètement changé notre façon de vivre, de toute manière il le fallait si on voulait continuer à vivre un tant soit peu correctement sur notre si belle planète bleue.

• E : J’imagine que ça n’a pas été si évident de bouleverser ces mauvaises habitudes ?

• M : C’est clair qu’il a fallu faire preuve de beaucoup de pédagogie, et sur le long terme. Malheureusement, il est bien plus facile de se laisser aller et de ne pas prêter attention à son environnement, et même sans faire exprès. Mais aussi, et surtout, il faut montrer l’exemple en mettant les moyens qu’il faut.

• E : Je me rappelle, aux Indes, il y avait de grands panneaux appelant au Civisme pour « garder » la ville propre. Mais le problème c’est qu’il y avait une poubelle tout les kilomètres, forcément, les gens vont pas se faire chier, donc ils balançaient tout directement dans la rue. Même que dans les trains, tout le monde jetait son gobelet vide de tchaé par la fenêtre ; il fallait vraiment le vouloir pour garder son verre avec soi pour partir à la recherche d’une poubelle.

• M : Ici c’était un peu pareil, sûrement en moins grave quand même. Mais du coup on a mis des poubelles et des cendriers un peu partout, en plus ça nous a permis d’employer plus de gens à des choses utiles plutôt qu’à nettoyer les inadvertances salopantes des autres.

• E : Bonne initiative !

• M : Et forcément en parallèle on a dû expliquer aux gens que ce n’était pas pour les embêter qu’on les incitait fortement à ne rien jeter par terre, mais plutôt d’une pour que ça reste propre et de deux pour employer les balayeurs à d’autres choses, plus utiles pour tout le monde. Expliquer comme ça et avec les moyens qui suivaient, les rues sont devenues très vite plus longtemps propres. Idem pour les objets encombrants et polluants : la Collectivité a mis en place des tournées de camions-bennes pour éviter que les gens ne s’en débarrassent n’importe où. Pareil pour les coopératives et autres groupements ; enfin tout ce qui n’était pas fait car trop cher, maintenant qu’il n’y avait plus d’argent mais que des heures de Participation, tout ceci était d’autant plus facile et effectué par tous. Ça n’avait jamais fait plaisir à quiconque de polluer, mais c’est gratuit (pour soi, pas pour l’environnement) et peu contraignant (sauf qu’à présent il y avait des ramassages à la demande, donc il n’y avait plus d’excuse, même si avant non plus).

• E : Même si ce n’est jamais que répondre au mal, et pas y remédier !

• M : Ça c’est clair, c’est pour ça que le plus gros effort que nous avons du faire fut d’économiser, tout et partout. Le « bon vieux temps » du tout à profusion où l’on gaspillait parce qu’on pouvait se le permettre, heureusement pour notre planète, était bel et bien passé (sinon nous aurions continué comme des cons, l’Humain ne s’adaptant malheureusement que lorsqu’il est au pied du mur et qu’il n’a plus le choix). Les Utopiens réagirent fortement devant notre Environnement, et donc notre civilisation, qui se détériorait, ne laissant plus de place (car nous n’avions plus le temps) aux belles promesses, qui ne restaient que paroles et paroles. Il fallait frapper fort et vite, réveiller les mentalités et clairement faire comprendre aux gens que le Respect et l’utilisation avec parcimonie des ressources naturelles étaient une obligation vitale (où alors il fallait de suite préparer des navettes pour Mars).

• E : De toute façon il n’y avait plus trente-six solutions, vu que le pétrole devenait plus rare (car moins facile d’accès puis plus difficile à raffiner) donc plus cher !

• M : Malheureusement, comme d’habitude, nos politiques ne prirent pas suffisamment en considération les alertes répétées des experts de tout crin. Disons plutôt qu’ils entendaient très bien les critiques et conseils, mais ne les écoutaient qu’à moitié. Il faut dire que toute notre civilisation moderne était quasi exclusivement basée sur le pétrole. Même si après la grave crise pétrolière des années 1970 (parce que les prix étaient jugés trop bas, les producteurs de pétrole – OPEP – fermèrent les robinets jusqu’à ce que les riches occidentaux acceptent de revoir les tarifs à la hausse, justifiée car avant les prix étaient anormalement trop serrés – chez les producteurs, comme d’habitude jamais chez les distributeurs) les occidentaux investirent beaucoup dans des énergies complémentaires, telles le nucléaire ou de nouvelles usines à charbon ou gaz, plus performantes. Alors que depuis plus d’un siècle les économies occidentales étaient financées et soutenues par un pétrole à bon marché, avec le développement de la Russie, de la Chine et des Indes, la consommation s’envola à une époque où le prix du baril (vu les capacités d’extraction) devenait déjà élevé. Il fallait donc impérativement changer de politique énergétique ; même les compagnies pétrolières le comprirent relativement tôt, elles qui étaient plus riches que les états Africains qu’elles exploitaient. Ces entreprises développèrent donc des énergies alternatives à leur propre revenu principal, car le pétrole devenait trop cher, même pour les actionnaires (voulant des bénéfices conséquents, donc limitèrent les investissements ainsi que la recherche & développement, nécessairement colossaux et à retour sur le très long terme).

• E : Mais ça suffisait les énergies renouvelables pour alimenter tout le monde ?

• M : Le premier truc ça déjà été de changer toutes les ampoules et appareils consommant trop, ce qui nous a permis de diminuer de 25% nos dépenses énergétiques. Puis de bien expliquer aux gens que plus ils faisaient gaffe aux fuites ou consommations inutiles, moins ils Participeraient (car moins de pétrole à acheter à l’extérieur égale moins de valeurs à produire – donc d’heures Participées – pour échanger contre du carburant fossile) et plus ils auraient d’échanges possibles (car nous revendrions plus de notre énergie nucléaire, pour obtenir plus de produits ou services payés par cela, donc encore une fois moins Participer en extériorisant certaines activités, autofinancées par nos économies revendues).

• E : C’est sûr que si vous jouez sur la corde sensible de la Participation, réduite par économie et cofinancée par les surplus, les gens se presseront pour consommer moins (mais mieux) afin de Participer moins (n’oublions jamais que l’Humain est une feignasse par nature mais que c’est son environnement et ses contraintes vitales qui le forcent à se dépasser).

• M : Et ça a marché pleins gaz, si je puis dire ! Ensuite, on a installé des panneaux photovoltaïques sur toute la surface de tous les toits (sans exception, cela donnant une superficie de captage solaire énorme), le tout mit en réseau, afin que ceux qui ne consomment pas alimentent les autres. Nous avons également installé dans chaque village des réservoirs de collecte des eaux de pluies (acheminées par toutes les gouttières et systèmes de récupération possibles, pour éviter de trop puiser dans les nappes phréatiques), certaines réserves étant réchauffées par la chaleur du soleil (l’eau sous pression est portée à moyenne température par des rayons solaires concentrés), d’autres par l’envoi d’eau dans des strates souterraines chaudes (géothermie). Nous avons tout simplement appris à ne pas arracher à la nature, mais plutôt à prendre ce qu’elle nous donnait (car comme une plante, ce qu’on arrache ne repousse pas, à contrario de ce que l’on prélève sans trop de dommage).

• E : Belles mentalités !!! Il a malheureusement fallu qu’on en arrive à des extrêmes pour que l’Humain prenne conscience de ses fautes et de ses dégradations volontairement stupides envers sa Terre-Mère nourricière.

• M : Eh ouais, ainsi en est allée l’Humanité, mais heureusement, il n’y a que les imbéciles (ou les téméraires, « courageux » au déraisonnable) qui ne changent pas d’avis. Alors que nos gouvernants laissaient faire pour ne pas déstabiliser les marchés économiques (alors que la planète agonisait) dépendant du pétrole (automobile, transports, industries, …), les Utopiens relevèrent le pari (à réussite obligatoire pour la survie de l’Humanité) d’inverser les us et coutumes au profit d’une Civilisation Durable, Propre et Respectueuse (tant des besoins fondamentaux de tous et tout, que des implications environnementales).

• E : Hydrogène et éoliennes devinrent ainsi les deux mamelles d’Utopia ?

• M : Haha ! Oui on peut dire ça comme ça ! L’électricité était vraiment le moteur de notre société, depuis son avènement en 1878 par l’entrepreneur Américain Thomas Edison (mais découverte dès 1800 par l’Italien Volta). De nombreux « moulins à vent » (éoliennes aussi fréquentes mais moins bruyantes et plus efficaces que ses ancêtres) furent installés dans les couloirs venteux. On construisit également des fermes d’éoliennes off-shore en mer, moins dérangeantes pour le paysage et à rendement plus élevé car le vent faiblit rarement au large des terres. Sous les promontoires rocheux sur lesquels furent installés les aérogénérateurs, on établit des turbines, actionnées par les courants créés par cet obstacle artificiel. Nous fîmes de même à l’embouchure des fleuves et aux points à forts courants, des hélices actionnant un générateur, comme c’était déjà le cas depuis plus de trente ans à l’usine marée motrice de la Rance (mais cette expérience n’avait pas été plus développée que ça, ailleurs). On développa également le concept de four solaire mit en place dans les Pyrénées-Orientales à Odeillon. De grandes colonnes furent érigées, recouvertes de cellules photovoltaïques miroirs, des panneaux identiques captant les rayons solaires et les concentrant pour réchauffer de l’eau circulant dans des tuyaux. La vapeur ainsi produite par de hautes températures actionne alors une turbine (comme dans le nucléaire où des chocs d’atomes produisent de la chaleur réchauffant de l’eau passant dans un tuyau, la vapeur ainsi obtenue devenant motrice – procédé connu des Grecs pour ouvrir de lourdes portes de temples et redécouvert par Denis Papin en 1679) qui produit de l’électricité. L’avantage de cette méthode est que l’eau reste assez chaude pour faire de la vapeur même la nuit (toute proportion gardée) et que les panneaux photovoltaïques miroirs convertissent l’énergie solaire en électricité en même temps qu’ils réchauffent l’eau pour en faire de la vapeur.

• E : Dans le Sud ils doivent être contents les gens puisqu’ils cumulent souvent soleil et vents, mais dans le Nord ils doivent faire la gueule.

• M : Figure toi qu’on a même inventé des machines pour convertir la chute de la pluie en force motrice. Il suffisait de mettre une hélice couplée à une turbine à la fin de chaque gouttière et autres récupérateurs de pluie. Quand celle-ci tombe, elle est canalisée puis accélérée par des tuyaux collecteurs étroits, ce qui lui donne une grande force pour actionner l’hélice, ce qui engendre donc beaucoup d’énergie. Mais, mis à part ça, on a surtout revu de fond en comble le système de redistribution de l’électricité. Alors qu’avant le réseau partait des quelques centrales disséminées sur le territoire, à présent chaque source de production est interconnectée avec un maillage extrafin des lieux de consommation. Chaque éolienne, toutes les sortes de turbines à courant (vapeur, mouvement, …), bref tout ce qui produit de l’électricité fut raccordé à l’ensemble des consommateurs. Ainsi, tout le monde, partout et tout le temps, produit un peu d’énergie, le réseau se chargeant d’équilibrer les demandes et les capacités offertes.

• E : C’est la Mutualité dans toute sa splendeur ton truc ! Dès qu’il y en a qui peuvent produire de l’énergie pour les autres ils le font, et sinon ils viennent taxer chez ceux qui en ont en trop, en superflu !

• M : Exactement, comme il aurait dû en être de la monnaie depuis longtemps : la juste répartition des richesses, produites Collectivement, doit être redistribuées entre ceux qui sont repus et ceux qui crèvent la gueule ouverte ; mais il a fallu attendre Utopia pour que l’on revienne à ce mode de vie, disparu depuis seulement 5000 ans (avec l’avènement de l’agriculture puis de la propriété privée et donc des chefs autoritaires). Mais oublions les moutons de la servitude volontaire (Etienne de la Boétie, 1547) pour revenir aux nôtres : au fur et à mesure que les idées Utopiennes prenaient pieds dans les autres pays, des Partenariats énergétiques furent conclus. Il s’agissait de mettre en relation toutes les sources de production (geysers en Islande, fermes éoliennes en Mer du Nord, courants marins de la Manche, tour à vapeur en Espagne, …) avec tous les lieux de consommation. Nous avons même développé à grande échelle des usines de biométhanisation proche des agglomérations (pour limiter les pertes), ce qui permit de produire de la chaleur (pour moins consommer de charbon, gaz et pétrole) à partir de la dégradation de certains déchets organiques (le méthane, gaz hautement inflammable, est le résultat du pourrissement – d’où les feux follets, flamme bleue, au-dessus des tombes). Ici, rien ne se perd, tout se transforme ! (normalement rien ne se créé non plus selon Lavoisier)

• E : Et avec tout ça vous avez enfin pu arrêter ces usines bio-hasardeuses à pollution millénaire que sont les centrales nucléaires ?

• M : Celles à fission, les anciennes, oui ! Le grand truc c’est qu’au fur et à mesure des choix de civilisation des Utopiens, de nombreuses usines polluantes et très consommatrices d’énergies (tant Humaines que motrices) furent fermées (pour employer les gens à des choses plus utiles et moins nocives pour tous et l’Environnement en premier), et d’autres sites surproduisant au-delà du nécessaire furent ramenés à des niveaux de production en rapport aux besoins réels. Ainsi, grâce à nos efforts d’économie d’énergie et de rationalisation de nos besoins à produire, nous avons diminué de 50% notre consommation ; alors qu’en même temps, grâce à la Mutualisation des ressources et à l’exploitation intensive des énergies renouvelables (quelles et où qu’elles soient) nous augmentions notre production d’énergie de 50%. Résultat : en à peine 10 ans nous n’avons plus eu besoin des centrales nucléaires à fission, donc nous les avons démantelées petit à petit (ça prend du temps à faire avec cette saloperie, pire et plus difficile qu’avec l’amiante, c’est pour dire).

• E : Alléluia, il était temps !

• M : Bah oui, surtout que les benêts de l’autre monde décidèrent de lancer une nouvelle génération de centrale nucléaire, à réacteur à eau pressurisée, qui limite les déchets mais qui sont du coup de plus en plus ultimes, donc parfaitement intraitables. Encore une fois, les intérêts particuliers de la nation passaient avant le Bien-Vivre Général, puisqu’une centrale coûte plus cher à construire et entretenir que des parcs éoliens de même puissance, donc cela enrichit le monopole Areva (leader mondial du nucléaire civil grâce à l’argent des contribuables).

• E : Mais justement, le problème était bien qu’il n’y avait pas assez d’éoliennes !

• M : C’est le moins qu’on puisse dire !! Alors que dans les pays Nordiques les aérogénérateurs représentaient déjà 20% de la production (le reste étant produit grâce au charbon, au gaz, … ou au nucléaire français), comme d’habitude la France se traînait comme une vieille fille effarouchée par cette technologie « obscure », en fait de simples moulins à vent modernes, en ronchonnant – sacrés Français – là où cela ne gênait que quelques uns, au détriment de tous. Cela ne changerait pas leur vie (alors qu’ils toucheraient une partie des bénéfices engendrés) mais permettrait de s’éclairer proprement sans laisser aux générations futures de sérieux problèmes de gestion des déchets hautement réactifs durant des millénaires (alors même que les éoliennes sont démontables facilement). Cette opposition au Progrès (le vrai, réellement nécessaire, et pas gadget) évitait aussi de se poser la vraie question de choix de civilisation : soit on accepte tout et surtout n’importe quoi (en termes Environnementaux tout autant qu’Humains) pour supporter tant bien que mal un développement effréné laissant pas mal de monde sur le carreau ; soit on diminue nos exigences en se recentrant sur l’essentiel et en rationalisant nos consommations et productions. C’est toujours la même histoire : remplacer le besoin par l’envie (comme le disais déjà le chanteur Daniel Balavoine en 1984), il fallait pour le bien de notre Terre et donc de l’Humanité canaliser ces envies folles de tout (produire de tout, plus, toujours plus) et se contenter de ses besoins (non pas primaires, mais raisonnables, en fonction des contraintes sur soi, les autres et l’Environnement).

• E : Un peu comme pour les bagnoles : elles marchaient très bien à l’électricité, rechargée la nuit ou vite fait, avaient une autonomie suffisante et étaient vite rentabiliser vu le prix du kilowatt comparé au pétrole. Mais non ! La vente des diesels explosa car le carburant était moins taxé (soi-disant par rapport aux camionneurs, alors qu’il suffisait de faire des pompes réservées aux professionnels) alors que les voitures électriques ne servaient presque qu’aux Municipalités. Encore une fois l’état montrait bien son peu de volonté politique à développer dans le bon sens notre société.

• M : Heureusement, dès que l’état fut remplacé par les Citoyens en vote, toutes les alternatives furent réellement promues, comme le faisaient de nombreuses associations, comme toujours palliant les rémanentes carences de l’état (délaissées à plus tard ou aux autres). Vu que trop peu de gens influents bougeaient concrètement, l’industrie automobile ne se précipita pas non plus pour développer notamment la voiture à hydrogène. Et les rares qui s’activaient pour sauver l’Humanité de l’asphyxie le faisaient en bricolant dans leur garage ou en bataillant ferme avec leur banquier pour avoir les fonds suffisants (malheureusement on ne prête qu’aux riches, pas ou peu aux ingénieux – qui eux en ont plus besoin) pour partir à la conquête de ce marché pour une fois salvateur mais verrouillé par l’oligopole des fabricants (à petite bite d’innovation environnementale) de grosses ouatures polluantes.

• E : Ouais, c’est comme le gars, un ancien ingénieur en Formule 1, qui avait développé une voiture fonctionnant à l’air comprimé. C’était de la balle son truc, mais il a galéré et on n’a plus entendu parler de lui, sûrement ruiné et blasé / broyé par le système (notamment politique qui promet beaucoup – comme pour les aides à l’innovation – mais ne fait rien ou si peu de choses comparé aux besoins urgentissimes). Mais heureusement, ta voiture m’a montré qu’elle fonctionnait très bien à l’hydrogène !

• M : Et au soleil !!! Parce que toute la coque est en fibres légères (moins de poids égale moins de consommation) parsemées de cellules photovoltaïques : ainsi quand elle prend le soleil (ou même les nuages, ça marche pareil) elle se recharge et consomme moins d’hydrogène (qui lui est produit en centrale par électrolyse de l’eau – fort courant électrique séparant l’hydrogène de l’oxygène – ce qui nécessite pas mal d’énergie).

• E : Ça c’était aussi un gros problème, de notre temps (et oui, c’est des vieux qui parlent) : l’hydrogène c’est bien beau, mais il ne se produit pas tout seul, ça suce un max pour en obtenir quelques litres de l’eau!

• M : Oui, mais non seulement en combinant les deux énergies (solaire et hydrogène) on en consommait moins, mais surtout la science est venue à notre secours. A peine avions nous drastiquement baissé nos besoins en carburants (préservant le pétrole, extra cher, pour les transports non convertibles tels que l’aviation ou la navigation – voyant mal comment produire assez d’hydrogène pour supporter tous les types de transport), que la fusion nucléaire nous ouvrit des perspectives lumineuses et infinies !

• E : Hein ? C-à-d. ?

• M : C’est-à-dire que cette technologie permet de produire de l’électricité à l’infini, sans déchet (car on fusionne des molécules pour créer un atome de, substance neutre) et à pas trop cher. En même temps, nous avons perfectionné la machine de Nicolas Tesla qui permet d’obtenir, en faisant passer un faible courant électrique (par exemple via une turbine sur une rivière) dans un champs magnétique intense, un éclair de centaines de milliers de Volts. Du coup, nous avons pu séparer autant d’hydrogène que nécessaire, même pour les transports lourds. En effet, ceux-ci étaient dorénavant équipés de moteurs électriques (électrothermiques, ioniques, plasmiques).

• E : Mais au-delà de la réalité, les gens dans tout ça ?

• M : Beaucoup ont quittés les villes saturées (et désormais moins pourvue en occupation, car nombres étaient futiles ou dupliquées inutilement) pour prendre l’air, loin du stress de l’autre monde, parmi les moult néoruraux et autres rurbains (ruraux, urbains d’origine) ayant quittés le Titanic (le néolibéralisme, officiellement « incoulable ») dès les premières voies d’eau. Cela permit à la France de mieux respirer, sa population étant mieux réparties, les campagnes se revitalisant, les espaces naturels revivant grâce aux troupeaux pour tondre les prairies et au retour des Humains pour entretenir les forêts (bois en complément pour le chauffage). Nous avons beaucoup écouté les anciens pour savoir comment ils géraient l’Environnement, auparavant que n’apparaissent les grosses industries des villes, gourmandes en main d’œuvre. Du coup, nous avons vite rétabli un équilibre correct, tant pour les Humains que pour les biosystèmes dont nous faisons partie.

Partager cet article
Repost0
21 janvier 2005 5 21 /01 /janvier /2005 21:25

La Démocratie Directe, concrètement, comment ça marche ?
Télécharger le fichier : 13-Utopia, je crois que ça va être possible


• E : Tout ça c’est bien sympathique, mais moi ce qui m’intéresse (et j’imagine aussi nos amis lecteurs), c’est de voir comment fonctionne concrètement la nouvelle gestion de la Commune par la Démocratie Directe !

• M : Mais j’allais y venir, puisqu’une visite d’Utopia sans voir une séance de l’Assemblée Communale c’est comme un pâté de campagne sans campagne ! Mais je pense qu’il vaut mieux commencer par le commencement, c’est-à-dire par une Assemblée de Quartier. Comme ça tu verras comment on pense local pour ensuite agir global au niveau de la Commune, de la Collectivité de Communes, de la Région, de la Fédération, de l’Europe puis du Monde.

• E : Ah ouais grave, comme ça je connaîtrais toutes les étapes du processus de décision et d’application.

• M : Suis moi, on va aller dans une de ces Maisons de Quartier ! C’est toujours mieux de voir en direct live comment se déroulent les choses !

• E : Je te suis grand gourou !

• M : Grrrrr ! Arrête avec ça, ça me saoule ! Je n’ai rien d’un gourou, je me contente d’être ton guide pratique !!!

• E : Holala, si on peut plus plaisanter !

• M : Bien sûr qu’on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui ! Et en la matière, en tant que proto-Emancipé qui cherche à avancer, je n’apprécie pas trop que tu me compares à ces dictateurs d’opinion qui nous manipulaient pour qu’on avance dans leur sens sans trop se poser de questions.

• E : Vu sous cet angle, autant pour moi, je ne voulais pas te blesser ou faire remonter à la surface de sales souvenirs de notre époque heureusement Révolue !

• M : Ça ira pour cette fois {avec un grand sourire apaiseur de tension}, mais évite de recommencer.

• E : Promis, je le referai plus !

• M : Bon alors ça va. Tiens nous y voilà !

• E : Quoi ? C’est ça la Maison de Quartier ??? Mais c’est une caserne de gendarmerie ton truc !

• M : Oui et alors ? Vu qu’on a ouvert pleins d’écoles, on a fermé pleins de prisons {selon l’expression de Victor Hugo} et donc on a désinfecté {normalement on dit désaffecté quand on quitte des lieux, mais là …} en même temps nombres de locaux qu’occupaient les forces oppressives puisqu’il y a moins de « méchants ». Ces lieux étaient fermés, donc autant les utiliser à meilleur escient.

• E : En plus c’est un beau symbole d’occuper pour la Réflexion un lieu destiné auparavant à la répression ! Occuper un lieu pour y débattre alors qu’avant on s’y faisait battre !

• M : Tout juste mia bella ragazza ! Viens, entrons, tu vas voir comme c’est animé, mais bon enfant tout de même.

• E : Je suis curieuse de voir ça !

• M : Voilà, bon là il n’y a pas tout le monde car on traite aujourd’hui les affaires courantes, de tous les jours. Mais en général il y a plus de monde, notamment quand on aborde des thèmes sensibles ou stratégiques (environnement, éducation, culture, orientations sociales, …).

• E : Mais comment vous pouvez décider si tout le monde n’est pas là ?

• M : Beh écoutes, nous on est ouvert à tous. Après si il y en a qui ne veulent pas venir, c’est leur Droit le plus strict. On ne va pas obliger les gens à venir débattre de ce qui les concernent quotidiennement : chacun fait ce qu’il veut comme il veut ! On n’est pas comme dans les pays Scandinaves où le vote est obligatoire. Mais après, il ne faut pas qu’ils viennent se plaindre : les absents ont toujours torts ! Les Citoyens proposent de débattre, les votants disposent de venir !!!

• E : Bien d’accord. Et comment ça fonctionne alors ? Pour ceux qui sont là ?

• M : Tiens, prends déjà un jeton de présence, je t’expliquerai à quoi ça sert après. À chaque Assemblée, on nomme un secrétaire en charge de noter les débats (pour faire circuler par la suite des synthèses aux absents [in]volontaires) et un arbitre qui gère les points à aborder (définis ultérieurement ou urgents à traiter) et qui distribue la parole à ceux qui ont levé la main (pour éviter que ça tourne à la foire d’empoigne).

• E : Ouhaou, c’est vachement bien organisé ton truc !

• M : Il faut si on veut que les choses avancent et éviter qu’on ne tourne en rond avec des débats stériles.

• E : Mais ça me fait penser à une chose : c’est que tout le monde n’est pas qualifié pour s’exprimer sur certains sujets qui demandent des connaissances expertes. Ça peut être dangereux de se prendre pour un spécialiste quand on n’y connaît rien !

• M : T’inquiète, ici on ne parle pas de ce qu’on ne connaît pas. Mais ça ne nous empêche pas d’avoir notre point de vue ! Des spécialistes sont régulièrement nommés pour analyser des questions pointues aux implications complexes. Trois spécialistes d’horizons et d’opinions divers rédigent leurs notes (pas forcément un rapport commun, pour éviter le consensus où tout le monde suce) et les commentent devant l’Assemblée. Ensuite, il y a des débats avec ces spécialistes pour approfondir les choses ou préciser des points. Puis on vote.

• E : Ouais, mais vous votez au vif alors que la première impression n’est pas toujours la meilleure !

• M : Tout juste ! Bonne remarque. Mais en fait, les débats et les prises de décision sont décalés d’une nuit (qui porte conseil) et d’un jour (qui permet de consulter les autres et de se faire sa propre opinion en fonction des interrogations d’autrui).

• E : Très bien, mais pour des sujets délicats c’est peut-être un peu cours jeune homme, non ?

• M : Oui et non. Mais de toute façon ces thèmes sensibles sont abordés dans la durée et étape par étape pour bien comprendre l’ensemble des tenants et des aboutissants, pour permettre à différents types de spécialistes de donner leurs avis avisés, et surtout pour éviter les tentatives de manipulation des masses. Moins on a de temps pour se décider plus on peut être tenté de faire comme les autres, mais plus on a de temps et moins on sait ce qu’on veut vraiment car rien n’est noir ou blanc, tout est dans la nuance de gris ! Et c’est là où la manipulation peut entrer en jeu en faisant du yoyo avec nos opinions, en passant d’un extrême à l’autre, alors que souvent la « vérité » est ailleurs, au milieu ! Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises idées, il y en a qui marchent et d’autres non. Et vu que nous sommes dans une société en Révolution Permanente, on peut se permettre de tester (dans le Respect de l’autre et des Droits/Devoirs humains) pour ensuite séparer le bon grain de l’ivraie.

• E : J’adore cette mentalité ! Il faut essayer avant de pouvoir se prononcer et ensuite il faut en tirer les enseignements.

• M : Oui, que ce soit une réussite ou un échec d’ailleurs. C’est important de savoir pourquoi quelques chose marche, et il est tout aussi essentiel (si ce n’est plus) de comprendre pourquoi une autre mesure ne fonctionne pas.

• E : Beh oui, c’est comme ça qu’on avance. C’est en forgeant qu’on devient forgeron !

• M : T’es trop forte décidemment !

• E : Tu en doutais ?

• M : Pas le moindre du monde, ma chère et tendre !

• E : Oh, eh, hein, bon ! Stop le sieur beau parleur ! Là tu m’as parlé de comment vous débattiez, mais comment vous décidez au final ?

• M : Déjà, on définit par le vote les motions sur lesquelles l’Assemblée Générale doit s’exprimer. Ensuite, tu te rappelles le jeton de présence que je t’ai donné avant ? Bon, là on ne peut pas l’utiliser car c’est demain qu’on décidera concernant le débat d’aujourd’hui. Ceux qui n’ont pas assisté aux débats ou lu la synthèse sur le net ne peuvent pas s’exprimer à 100%.

• E : Quoi ? Mais c’est abusé ça ! Je croyais que vous n’obligiez rien à Utopia !

• M : Tout à fait ! Mais on estime que quelqu’un ne peut voter qu’à demi-voix s’il n’a pas été informé de l’ensemble de la teneur des débats. On reste toujours dans la logique d’on ne parle pas de ce qu’on ne connaît pas, ou qu’on n’a pas appris à comprendre via des foisonnements d’idées. Soit on vient aux séances de l’Assemblée, soit on obtient une confirmation de lecture des notes de synthèses sur le oueb. C’est une certaine façon d’inciter les gens à prendre la mesure de leur pouvoir de décision, mais sans oublier que tendance idéologique sans conscience théorique et pratique n’est que ruine de l’âme individuelle et sociétale !

• E : Mouais, c’est sûr que ça se tient ton truc. Trop souvent les gens croyaient savoir, mais en fin de compte ils n’y connaissaient rien si ce n’est des préjugés sans fondements concrets.

• M : Pour en revenir aux décisions, normalement, à la fin de la séance, on introduit son jeton (ou son code de confirmation de lecture des notes de synthèses sur l’intranet du quartier) dans un appareil avec des boutons à choix multiples et on s’exprime !

• E : Vous gérez via des QCM ?

• M : Oui, on aime bien le jeu du ni oui ni non !

• E : ???

• M : Normal, vu que tout est relatif et que la vérité à l’emporte-pièce n’existe pas, on a choisit de s’exprimer par degré d’adhésion : je suis d’accord un peu {+}, passionnément {+ +}, pas vraiment {-}, pas du tout {- -}.

• E : C’est un vote au ras des pâquerettes en somme ?

• M : Hihi, meuh non !!! On s’exprime ainsi pour éviter, ou du moins limiter, la dictature éventuelle de la majorité. En effet, ce n’est pas parce que le plus grand nombre souhaite une chose, qu’ils ont forcément raison. Aussi, il vaut mieux avoir « raison » tout seul, que « tort » avec tout le monde : la foule est rassurante autant qu’oppressante (le choix Individuel peut vite se noyer dans le flux du Peuple et les deux ne sont pas forcément compatibles).

• E : C’est clair que Collectivement on peut souhaiter des choses mais qu’Individuellement on les rejette !

• M : Du coup, on a trouvé une certaine parade : on s’exprime en définissant son degré d’adhésion à une motion. Ensuite, selon les résultats du vote on avise. Si les « j’adhère pas du tout » sont plus de 15% (soit 1/6), on teste la motion durant 6 mois (à partir de la mise en place et du fonctionnement opérationnel des mesures), si ils sont plus de 25% (1/4), on ne teste que durant 3 mois et si ils sont 45% (1/2 mais avec 10% de marge de manœuvre) on teste pendant à peine 1 mois.

• E : Et si c’est moit-moit’ ???

• M : On ne fait rien, pour éviter de créer des frustrations. Si une motion est si partagée, on continue les débats, on analyse les mises en place et les résultats des structures qui ont adopté la motion tout en cherchant à comprendre pourquoi chez elles les écarts de vote étaient plus marqués. En ce qui concerne les « j’adhère pas vraiment » et les « j’adhère mais juste un peu », si ils sont plus de 15% on teste la motion durant 9 mois, plus de 25% on teste sur 6 mois et à 45% on teste 2 mois.

• E : Mais je comprends pas comment vous pouvez mettre en place une motion qui n’est pas soutenue par tout le monde !

• M : Tout simplement parce qu’il n’est pas humainement possible (voire souhaitable) que tout le monde soit d’accord sur tout. Et en plus on veut à tout prix éviter les consensus mous qui à force de vouloir satisfaire le plus grand nombre ne conviennent plus à personne !

• E : C’est clair : c’est le consensus, tout le monde suce !

• M : Si tu veux. Pour autant, tu vois bien qu’on n’est pas autistes face aux minorités. C’est pour ça qu’on teste la motion et ses mesures durant une certaine période fonction du nombre d’« opposants » puis on en rediscute calmement avec les analyses et le recul de l’expérience.

• E : D’accord, c’est vrai que comme ça, avec des résultats pragmatiques, il n’y a plus que les imbéciles qui ne changent pas d’avis !

• M : Ou ceux qui restent sur leurs positions pour des raisons x ou y que nous n’avons pas à juger. Pour nous, il n’y a pas d’imbécile comme tu dis, mais des opinions divergentes. Ce système permet en outre de faire le tri entre les oppositions simplettes et les vrais enjeux de fonds. Puisque très souvent, au final, ce qui nous rapproche est plus solide et constructif que ce qui nous éloigne ou nous différencie.

• E : Dans le même registre, celui du jugement, qui vous mandatez et pourquoi / comment vous révoquez ?

• M : On donne mandat impératif d’effectuer une mission comme on distribue les tâches dans une entreprise !

• E : Oh ?

• M : Beh oui, c’est tout pareil : on nomme quelqu’un, volontaire de préférence ou du moins qui n’a rien contre (ici bien sûr, pas dans le cadre d’une boîte), pour effectuer une mission précise, avec un délai et des objectifs (au moins des obligations de moyens, pas forcément de résultats – car la persévérance ne paye pas toujours). Ensuite, on peut, en cours de mandat, virer la personne de sa fonction si sa méthode ne convient pas, si elle ne se montre pas compétente ou autre. Pour autant, en fin de mandat, on peut également la reconduire, soit sur le prolongement de la mission ou du projet soit sur son suivi qualitatif (même si souvent on préfère quelqu’un d’autre pour chaque phase).

Partager cet article
Repost0
21 janvier 2005 5 21 /01 /janvier /2005 21:24

Communication : Connecting People !
Télécharger le fichier : 13-Utopia, je crois que ça va être possible


• M : Pour répondre à notre nouveau système en réseau plutôt que pyramidal (interdit dans le commerce, méthode de recrutement des sectes, mais fonctionnement tout puissant de l’état), la première de nos actions fut d’équiper tous les foyers en connexion Internet haut débit. Même dans les coins les plus reculés, tout le monde avait un accès correct (fibre optique, satellite, réseau électrique) à la Toile, véritable Lien Social et nœud de Communication / Information.

• E : Enfin la société connectait les Peuples, ce qui est tout de même son but ultime !

• M : Non seulement connecté mais surtout échangeant : l’Internet s’est bien joli pour envoyer des mails, mais pour notre nouvelle Civilisation, c’était avant tout pour réaliser pratiquement notre projet où tous peuvent s’exprimer facilement sur tout, leurs remarques étant synthétisées pour alimenter des bases de données réflexives. Ces informations, analyses, retour d’expériences, étaient consultables par tous, partout, afin de développer les initiatives (du moins les débats) et étendre les résultats positifs à tous ceux qui pouvaient en avoir besoin (et qui n’en avaient pas forcément connaissance avant, l’information circulant mal dans la complexe machinerie pyramidal où tout doit être approuvé et décidé par la France d’en haut, loin et sourde-aveugle).

• E : C’est ça bien vrai ! Il y avait pleins d’expériences qui marchaient, mais trop souvent elles restaient cantonnées à certains cercles initiés!

• M : Eh ouais, l’état n’apprécie pas trop les idées qui ne viennent pas de lui (où fait alors comme le patriarche de famille qui déclare qu’il a décidé qu’il fallait faire ceci, alors que c’est – comme souvent – la matriarche qui a eu l’idée et a convaincu le vieux, sous la couette). Mais là, grâce au principe de la Fédération et des Associations entre Communes Autonomes (ainsi qu’au niveau des Régions et des Peuples-Unis d’Europe), chacun est toujours à l’affût des bonnes idées d’autrui et peut puiser facilement et rapidement dans les expériences, bonnes et malheureuses (chacun prenant ce qui l’intéresse et adaptant à ses spécificités Sociales et Environnementales). En plus, non seulement nous nous influençons mutuellement entre les différents niveaux (local, régional, « national » – disons plutôt francophone, continental et mondial), mais en plus nous collaborons intensément ensemble (cela ne sert à rien de réinventer le fil à couper le beurre, ni que beaucoup buttent sur un écueil alors que d’autres ont depuis longtemps la solution).

• E : Penser global, agir local !

• M : Tout à fait Esperanta : il y avait comme une sorte d’immense boîte à idées où tout le monde pouvait venir piocher pour ensuite appliquer directement sur le terrain (sans attendre comme avant l’avis des instances oppressantes mais pas pressées, juste grâce à un vote après débat des Citoyens de la Commune).

Partager cet article
Repost0
21 janvier 2005 5 21 /01 /janvier /2005 21:23

Vie d'une structure de Participation
Télécharger le fichier : 13-Utopia, je crois que ça va être possible


• E : Comment se créent les structures qui donnent de la Participation aux gens ?

• M : Ah ça, le mieux c'est que je t'emmène boire un verre !

• E : T'es vraiment une poche toi !!!

• M : Mais non, arrêtes de voir le mal partout ! C'est juste que j'ai soif, et pour tout dire, j'avais envie d'un slurm. Non je déconne !

• E : Hein, quesako ?

• M : C'était juste une connerie ! C'est du jus de limace extraterrestre. C'est une boisson verte fluo obtenue de manière peu ragoûtante mais c'est tellement bon que les personnages de Futurama y étaient accrocs (surtout Fry qui en a pété un câble en visitant l'usine de production).

• E : Maintenant que tu en parles, je prendrais bien aussi un verre.

• M : Je vais t'amener dans un endroit, tu m'en diras des nouvelles. La décoration et l'ambiance générale sont originales, inspirées des cultures et des gastronomies du monde que l'on peut retrouver dans ses yeux et ses oreilles, ainsi que dans sa bouche. C'est des potes qui tiennent ça !

• E : C'est dingue ça, tu connais tout le monde toi !

• M : Non, beaucoup de monde me connaît, je les ai eu en cours ou ailleurs.

Arrivée :

Le lieu se compose de plusieurs ailes de bâtiment articulées autour de la culture, la sensibilisation à diverses problématiques, la gastronomie, la découverte de prestations locales de tous types, dans le cadre d'une Coopérative.

• M : Voila, c'est, entres autres, une des façons de faire Participer les gens. Cette structure est destinée à faire partager au plus grand nombre, un projet social où les « employés » sont des associés à part entière, afin d'impulser une nouvelle organisation du travail, dans le cadre de valeurs d'insertion, de Démocratie et de Solidarité.

• E : Cool comme établissement, c'est clair que ça n'a rien à voir avec les bars branchés où le boss traficote dans le milieu ténébreux de la nuit.

• M : En plus, les clients ne sont pas considérés comme tels, mais plutôt comme des partenaires du développement de cette structure. Ainsi, l'offre culturelle est impulsée tant par les membres, des associations artistiques, mais surtout par les partenaires-clients qui font connaître leurs envies de découvertes, effectuent des suggestions sur le lieu et son organisation. L'objectif est que les partenaires-clients comprennent que cette structure est destinée à leur culture dans le sens large afin qu'ils deviennent partie prenante du projet et de ses développements.

• E : C'est vraiment de la balle ! Mais comment vous est venue cette idée ?

• M : Déjà de notre temps, à l'heure de la marchandisation, en-dehors des structures culturelles institutionnelles, il existait peu de lieux où la culture était à des prix abordables pour le plus grand nombre. Qui plus est, les organisations promouvant des actions culturelles accessibles financièrement, étaient trop souvent destinées à un public très ciblé, relativement restreint, avec une connotation « underground ». Cet aspect séduit nombre de jeunes mais en désintéresse aussi une grande partie, autant qu'il limite la pénétration de ce type d'actions auprès d'un public plus varié (âge, niveau social, ouverture culturelle, …).

• E : Ça c'est bien vrai, ça coûtait la race de bouger sur Panam.

• M : Au moins à Paris il y avait l'embarras du choix, parce que sur Montpellier, il n'y avait pas grand-chose, en-dehors de l'été où ça bougeait grave dans les festivals. En plus, hormis les discothèques (boîtes à clubbers), il fallait toujours que le spectateur fasse la démarche de se renseigner pour savoir où il y avait une bonne programmation, parmi la pléthore d'endroits susceptibles d'organiser des événements culturels. Le problème majeur résidait dans ce cercle vertueux-vicieux, c'est selon : plus la communication sur une action est restreinte, plus elle est ciblée, plus les invités auront l'impression d'une communauté d'intérêts artistiques. Cependant, il faut connaître les endroits où l'on peut trouver ces informations, faire fonctionner ses réseaux pour être avisé des événements, etc… Ainsi, si l'on ne connaît pas les « bons endroits », on peut louper des soirées très intéressantes et s'en apercevoir que bien plus tard.

• E : Je reprends carrément tes conclusions : culture trop chère, actions culturelles accessibles financièrement trop ciblées, lieux et organisateurs/publics avec une image pas toujours très « enchanteresse », communication sur les événements artistiques trop éparpillée ou « cachée ».

• M : D'autant plus que sur Montpellier, malgré le grand nombre d'étudiants, il ne subsistait que peu, trop peu, de lieux culturels : Zénith avec une capacité énorme, Rockstore et Victoire2 (Agglomération de Montpellier) avec une grande capacité. Hormis cela, il existait des bars animés ou à thème, mais en nombre restreints comparativement à d'autres villes de même ampleur. Mais par contre, preuve du dynamisme de ce secteur, il existait nombre de soirées à promotion limitée et qui attiraient beaucoup de gens, dans les milieux avisés.

• E : Mais, là, qu'est ce qu'on y propose ?

• M : Afin d'englober un maximum d'activités culturelles et permettre à cette Coopérative d'attirer un grand nombre de personnes, c'est un centre avec plusieurs bâtiments : 3 pistes de danse pour promouvoir différents styles musicaux (ethnique, électro, divers), une salle d'exposition et de projection, une salle de conférence, un restaurant. Si tu le souhaites, on peut faire un tour des lieux !

• E : Ouais, ça me permettra de voir l'ensemble du site et tu m'expliqueras le fonctionnement de chaque sous-ensemble.

• M : Allé ! Donc là, tu as les pistes de danse. L'idée majeure est de proposer aux usagers une certaine variété de styles musicaux. Dans le cadre de soirées habituelles, les convives peuvent apprécier des musiques ethniques (ambiances orientales, africaines, latino, etc…), passer à des compositions électroniques (DJs avec mix en live, mélange de styles avec de l'électro, …) ou danser sur des musiques divers (rock, expérimentales, spectacles, …). A l'occasion d'événements spéciaux, toutes les salles peuvent être articulées autour d'un thème central, décliné sur différentes variantes dans des ambiances et décors spécifiques.

• E : Bonne initiative. Ça pulse bien dans le coin !

• M : Oui, c'est Junkie XL, du pur son !!! Là-bas, tu as la salle d'exposition / projection. Cette salle est destinée à accueillir des représentations des autres arts que la musique. Etant conscient que nombre d'artistes n'avaient pas forcément accès à des lieux d'exposition, l'objectif est de leur ouvrir les portes d'une salle à forte visite pour y représenter leurs arts. Hormis les grands classiques culturels que sont la peinture, la sculpture, les membres souhaitaient également que s'exprime des courts-métrages, des expositions multimédias, ainsi que des arts expérimentaux. Dans le cadre de manifestations spécifiques (festival à thème, présentation d'artistes divers autour d'un thème central, …), cette salle peut aussi être mobilisée avec les pistes de danses pour offrir un panel complet de prestations artistiques autour d'une thématique commune.

• E : Mazette, j'adore ce lieu, je kiffe grave !

• M : Au fond, tu as la salle de conférence. La Coopérative ayant pour objectif la sensibilisation aux arts ainsi qu'à des problématiques diverses (développement durable, commerce équitable, …), cette salle est destinée à accueillir des actions d'éducation auprès d'écoles et autres publics. Quand cette salle est inoccupée, elle sert à promouvoir l'artisanat local ainsi que les produits agricoles du crû. D'ailleurs, des marchés sont organisés, afin de faire connaître le lieu, l'artisanat régional ainsi que les prestations culturelles de la Coopérative. T'as une petite faim ?

• E : Non pas trop, mais si c'est bon, l'appétit vient en reniflant les bonnes odeurs !

• M : Héhé. Donc voici le restaurant. Celui-ci participe pleinement à l'objectif de découverte de l' « in/mal connu ». En effet, afin de promouvoir l'agriculture biologique et les produits locaux, la carte est constituée à partir de ces ingrédients là. Les usagers peuvent « acheter » certains des aliments qu'ils ont dégustés dans le restaurant. De plus, toujours dans cet esprit de découverte des autres et de leurs cultures, régulièrement le restaurant organise des menus du monde, où l'on peut déguster des spécialités d'ailleurs. L'ambiance sonore et visuelle du restaurant sont mises alors au goût de la culture que les membres cherchent à faire découvrir. De par sa vocation d'originalité, la structure peut également essayer de nouveaux concepts tels que le plat à la carte.

• E : Mais il y a rien de nouveau sous ce soleil là !

• M : Si, parce que l'usager peut choisir à partir des ingrédients disponibles, ceux qu'il souhaite voir intégrés dans une recette originale.

• E : En voilà une idée qu'elle est bonne !

• M : Et ce n'est que le début !!! Etant donné que la Coopérative a pour objectif de développer les valeurs de diversité culturelle, d'écologie et de Fraternité, il va sans dire que celle-ci se doit de montrer l'exemple. La culture est la pierre angulaire de la Coopérative. Celle-ci est donc ouverte à toutes les formes d'expression artistique. Outre l'action de promouvoir l'accès aux œuvres, la structure doit éduquer et éveiller la créativité personnelle de chacun. Ainsi, différents publics peuvent Participer à des ateliers de création artistique, telle que peinture, sculpture, cours de musiques, multimédias… Toujours dans cet esprit de Diversité qui caractérise Utopia, vu qu'il y a peu de racisme en tant que tel, mais que l'hostilité envers la différence est plus due à la xénophobie (« peur de l'étranger » en grec, surtout peur de l'inconnu), la Coopérative sensibilise le public à la compréhension des différences de l'Autre. Ainsi, à travers des soirées à thème axées autour d'une culture ou d'une ethnie, la structure fait connaître les modes de vie de ces peuples, leur environnement, leur histoire. Des projets ont également pour but de fusionner des points de vue culturels et artistiques différents pour montrer tout l'enrichissement que l'on peut apporter à ces métissages. Pendant que les artistes confirmés créent, les « en devenir » regardent les pros faire et développent leur art propre.

• E : En parlant de ça, comment vous faîtes pour faire fonctionner tout ça, en terme d'énergie et de déchets !

• M : Une grande partie de l'alimentation électrique est fournie par des panneaux solaires et autres procédés d'énergie renouvelable, l'eau est gérée de manière drastique en chassant les gaspillages, l'isolation est faîte à l'aide de panneaux de chanvre (très bonne résistance phonique et thermique). Bref, la Coopérative est la mise en application concrète de projets et concepts de développement durable, mais surtout elle le fait savoir par des actions de communication et sensibilisation, notamment par le biais de visites guidées et d'expositions sur ce thème. Ainsi, la Coopérative propose la visite des équipements d'économie de ressources et de production d'énergie renouvelable, des ateliers de compréhension artistique (techniques et analyse des messages d'une œuvre, …), des cours de cuisine, des explications sur le fonctionnement de la structure. Pour les déchets, notamment de cuisine (parce qu'au bar, tu penses bien que les déchets sont au comptoir, et qu'il ne reste plus rien au fond des verres), tout va au compost pour fertiliser les plantes.

• E : Justement, tu parlais du fonctionnement du lieu, tu peux m'expliquer comment ça se gère, parce que c'est ça que je souhaite vraiment savoir, pour voir les différences par rapport à avant !

• M : Mais j'y viens. En fait, la structure s'est mise en place juste après le Grand Soir, alors qu'il y avait encore l'argent. Mais ça ne change pas grand-chose. En effet, afin d'éviter aux initiateurs de la Coopérative d'avoir à apporter un important capital de départ pour pouvoir acheter le lieu de la structure, l'idée était de fonder un groupe où chaque membre apporte une part égale de capital. Ils avaient imaginé un scénario où la mise de départ était de 2000 euros puis 10% de retenue sur salaire pour alimenter en permanence un « fond de roulement et d'investissement ». Ainsi, chaque nouveau coopérateur, en plus des compétences propres qu'il mettait à la disposition de la structure, consolidait le capital et permettait des investissements complémentaires. De plus, la Coopérative tirait déjà le meilleur de chacun, puisqu'il n'y avait pas d'employé mais que des associés. Personne ne travaillait pour un petit groupe en échange des miettes restantes du chiffre d'affaires (salaire). Tout le monde Participait au développement de la structure afin d'augmenter les bénéfices, et ainsi récupérer un dividende plus élevé.

• E : Ouais, pas bête. Du coup, tous les coopérateurs avaient intérêt que chacun travaille le mieux possible et la motivation viendrait non de la peur de la direction, mais plutôt de la réussite du projet et donc de primes sur les bénéfices. En plus, comme ça, c'est nettement plus facile pour commencer un projet !

• M : Beh oui. En outre, lors de périodes comptables positives, le bénéfice était partagé à hauteur de 30% pour l'augmentation du capital et donc investissement, le reste étant redistribué à part égale entre les associés-coopérateurs.

• E : Fatch ! Enfin, une juste redistribution des richesses. Parce qu'un ouvrier comme un patron travaillent tout autant, « seules » les responsabilités changent. Ça m'a toujours énervé de voir des écarts énormes de salaire alors que tout le monde fait son boulot et ses heures, même si le patron en fait plus, mais le stress est mieux payé que la fatigue physique et la répétition des tâches, ce qui était profondément injuste de notre temps !

• M : Pour ça, l'idée a fait du chemin et des émules. L'idée de cette Coopérative étant liée au refus de travailler dans des structures (privée ou publique) sous la forme traditionnelle du travail, c'est-à-dire l'exploitation de l'humain par l'humain (possédant le capital), les membres se devaient de faire des actions sociales auprès de personnes « inadaptées à CE mode de travail aliénant ». Ainsi, ils proposaient d'aider à l'insertion de ces personnes en les intégrant dans la structure. Elles retrouvaient alors une valorisation dans leur activité, un sentiment d'appartenance au monde actif. Tant que possible, les fondateurs essayaient de faire appel à des chômeurs de longue durée, des rmistes, et autres exclus de nos anciennes sociétés dites modernes et basées sur l' « égalité ».

• E : Justement, si il n'y a plus de patrons, comment les membres gèrent concrètement le lieu ?

• M : Tous les Coopérateurs détenant une part égale de capital, dès le départ il n'y avait pas de hiérarchie autre que celle librement consentie par l'ensemble des associés. La répartition des tâches est effectuée par vote, en donnant mandat (actions à réaliser dans un temps donné) à la personne que le groupe juge la plus compétente en la matière, avec révocabilité du mandataire (sans autre sanction) si la mission n'est pas effectuée à la convenance des Coopérateurs. Toutes les décisions importantes sont débattues en assemblée générale afin d'en assurer la légitimité auprès des associés. En bref, toute la structure et son fonctionnement sont gérés selon les principes d'une association où tous les membres sont Egaux. Cela peut quelques fois rendre les décisions plus compliquées à prendre mais au moins une fois décidés, les engagements sont plus facilement mis en place car n'émanant pas d'une contrainte décisionnelle de la direction, en opposition avec les employés. Bien entendu, comme dans toute association, il y a un système de représentation des membres. Ainsi, il y a un « directoire » composé des représentants de chaque fonction (logistique, communication, ressources humaines, financière, partenariats, maintenance, …etc). Des responsables sont également désignés (et révocables) afin de représenter légalement et financièrement la Coopérative.

Partager cet article
Repost0
21 janvier 2005 5 21 /01 /janvier /2005 21:22

Participation Active
Télécharger le fichier : 13-Utopia, je crois que ça va être possible


• E : Mouais. Mais attends, tu fais quoi comme taf au juste ?

• M : Je ne te l'ai pas dit ?

• E : Beh non, sinon je demanderai pas !

• M : Autant pour moi. Je suis tantôt prof et un peu théoricien sur des sujets un peu touche à tout. Je suis un intermittent de la réflexion. Sinon, l'autre partie de mon temps, je la consacre à pratiquer mes analyses théoriques et à faire évoluer les concepts en fonction des expériences vécues. Je Participe dans pleins d'organismes ou groupes d'individus qui sollicitent mes modestes compétences.

• E : Excellentissime ! Et c'est quoi ta mission du jour ?

• M : Ça dépend !

• E : Hein ? A comprend pas.

• M : En fait, il faut que j'aille à la bourse de la Participation pour voir ce dont les gens ont besoin comme enseignement ou aide pratique. Après chacun choisit en fonction de ses aptitudes et ses envies.

• E : Oh ? Non seulement le travail n'existe plus en temps qu'exploitation de l'humain par l'humain avec la forme du salariat, mais en plus vous choisissez au jour le jour selon votre humeur ?

• M : Pas tout à fait, nous avons tout de même des champs de compétences clairement définis. Mais après, soit on peut en faire valider de nouveaux si l'on a atteint le niveau requis, soit l'on peut choisir différentes formes d'enseignement (séminaire, atelier de discussion, débat) ou secteurs d'intervention ; effectivement en fonction de ses envies, mais aussi et surtout des besoins des autres. On ne Participe pas pour Participer, mais bien pour que ça serve à quelque chose et à quelques uns. Si tu es prête, je te propose d'aller faire un tour à la bourse de la Participation et de soumettre notre idée de débat sur la construction de l'An01 à l'avis général.

• E : Ouais carrément. Je pourrai voir en plus comment fonctionne ce système.

• M : On y va alors, mais tu sais, il n'y a rien de bien spécial à y voir, ce n'est jamais que la simple loi de l'offre de Participation et de la demande sur des besoins !

Arrivée devant la bourse de la Participation.

• E : J'adore ces vieux bâtiments, ça en impose.

• M : C'est clair, les Utopiens ont récupérés l'édifice et le concept. On n'a rien inventé : en fait c'est l'idée de la bourse du travail (synthèse du mouvement syndical, instrument allant de l'organisation à l'éducation des Participants).

• E : Et après, comment ça se passe ? Tu gueules là sur les marches ce que tu proposes comme Participation et tu attends qu'on vienne à toi ?

• M : Pfff … mais non. Soit par internet soit ici, tu passes ta carte de Participant (celle qui te donne de tout en échange de quelques heures de labeur) où sont stockés tes compétences, tes expériences accumulées et ton crédit (ou débit) horaire. Ensuite tu saisis des informations pratiques sur tes conditions et sur d'éventuelles propositions. Ici nous allons évoquer un atelier de discussion autour du thème « L'An01, comment ça marche ? ». Ensuite, les gens qui consulteront cette offre, pourront la modifier en fonction de leurs exigences propres.

• E : Encore faut-il que l'information sur cette proposition de cours soit visible et que tous les protagonistes arrivent à trouver un credo d'entente.

• M : Bien sûr, mais pour ça il y a un comité de lecture, composé de modérateurs et d'assistants sociaux, qui se charge de canaliser les propositions de Participation pour quelles correspondent aussi à des besoins réels. Et pour que les gens ne mettent pas de conditions trop restrictives. Mais les Utopiens sont bien éduqués, volontaires et savent que tout ce système est pour leur bien, donc en abuser ça craint, d'autant qu'ils se mettraient d'eux-mêmes alors au ban de la société. Et surtout que, après trois croix (trois avertissements), la carte de Participant est enlevée et donc il faut tout payer (comme les étrangers ou les francophones ne Participant pas), ou quitter le système Utopien. Nous voulons bien aider, mais pas porter à bout de bras les feignasses (nous sommes une société de Solidarité, pas d'assistanat) : donc choisit ton camps camarade !

Partager cet article
Repost0
21 janvier 2005 5 21 /01 /janvier /2005 21:21

Aménagement du territoire
Télécharger le fichier : 13-Utopia, je crois que ça va être possible


• E : Et si Olympe est de province, y a des différences ? Quelle a été votre manière de procéder pour interconnecter des lieux qui n’étaient accessibles avant que par des nœuds incontournables de réseau tels que Paris et d’autres mégalopoles ?

• M : Tu touches là à la pierre angulaire du succès d’Utopia ! Non content d’avoir fait aboutir la décentralisation politique, il fallait également procéder au développement des régions délaissées en favorisant leur connexion à ce nouveau monde de la Participation Coopérative ! Tout d’abord par le biais de la mise en place sur tout le territoire d’un véritable maillage de communication Internet haut débit, pour que n’importe quel village puisse se connecter au monde qui l’entoure. On a donc finalisé la pose de fibres optiques pour couvrir l’ensemble des régions et on a équipé tous ceux qui le désiraient d’ordinateur pour être en phase avec le monde numérique dématérialisé.

• E : C’est déjà une très bonne chose, mais c’est pas ça qui permet aux gens de se sentir moins isolés !

• M : Clair et net, mais ça facilite déjà grandement la recherche et les échanges d’informations, tout autant que l’internaute ressent que ses opinions peuvent être entendues et écoutées sur toute la planète. Ensuite, on a fait un vrai travail sur les transports et leurs interconnexions !

• E : Ah, parce que même dans mon cas, vu que j’habitais en banlieue, les transports en commun n’étaient pas toujours bien pensés par rapport à l’utilisation que pouvaient en faire les usagers. Genre, je devais prendre pleins de correspondance, sur plusieurs types de transport, pour me rentrer chez moi, et encore je devais faire une grosse partie du trajet final à pieds car les bus n’allaient pas jusqu’à chez moi, ou passé une certaine heure il n’y avait plus rien du tout et il fallait se débrouiller comme on pouvait !

• M : Maintenant, tout ça c’est réglé, puisqu’on a remplacé une bonne partie des personnels de transport par des machines automatisées qui gèrent les flux pour éviter la saturation du réseau ou des moyens de transport, tout autant qu’elles répondent aux demandes des usagers en venant les chercher quelle que soit l’heure. Ça c’est pour la partie concernant les transports de proximité. Pour les longues distances, on a remis en service les bonnes vieilles lignes ferroviaires qui n’étaient plus « rentables » (mais qu’est ce qu’elles étaient pratiques pour tout ceux qui les utilisaient et ne pouvaient pas faire autrement, à moins de polluer en prenant leur voiture).

• E : Oui, mais ça ne résout pas le problème des interconnexions ?

• M : Attend ! Donc on a remis en route les lignes de chemin de fer qui étaient laissées à l’abandon, et on les a interconnectées pour éviter de passer justement par ces nœuds de réseau. Non seulement les gens économisaient du temps car ils ne passaient plus par Paris à chaque fois, mais en plus ils arrivaient plus près de leur lieu de destination car on réutilisait les lignes d’antan qui desservaient plutôt bien l’ensemble du territoire.

Partager cet article
Repost0