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20 janvier 2005 4 20 /01 /janvier /2005 21:59

Les débuts du Protestantisme, autant religieux que social

Télécharger le fichier : 03 - Les crépuscules des dogmes

 


En 1419, un peuple Révolté va s'organiser militairement pour tenir tête 17 ans durant aux armées européennes coalisées : c’est la Révolution hussite.
La Bohème du XIVè siècle, à peu près la République Tchèque d'aujourd'hui, est devenue très riche en un laps de temps relativement court grâce aux mines d'argent. En particulier celles de Kuttenberg, ouvertes en 1237, donnaient un résultat annuel de 100 000 Mark, un Mark équivaut à une demi livre d'argent. Essentiellement ce sont le roi et l'église catholique qui en ont profité, et le pape par des contributions de l'église. Les membres des corporations des villes minières devenaient également très riches et se sont installé à Prague, laissant travailler d'autres à leur compte. Prague s'est ainsi littéralement doré et c'est ici que fut fondée en 1348 la première université de l'empire allemand (attention : il ne faut pas confondre, l'empire allemand comprenait alors aussi la Suisse, l'Italie du Nord, les Pays-Bas, la Belgique, l'Autriche etc. ; les nations, telles que nous les connaissons aujourd'hui n'existaient pas encore). Sur la base des fortunes dégagées des mines d'argent se développaient le commerce et la production des biens d'utilisation courante, mais aussi des produits de luxe.
Dans un état féodal, ce développement devait forcément engendrer des conflits entre marchands et artisans d'un côté et la noblesse privilégiée de l'autre, entre les paysans qui voulaient s'affranchir du servage et des propriétaires fonciers, puis entre les nobles et le Peuple face à l'église catholique qui les exploitait tous. Toutes les contradictions s'aggravèrent suite à une inflation rapide dont bénéficiaient surtout les riches bourgeois des villes, tandis que les paysans et les nobles sans grande fortune en faisaient les frais. Ces contradictions sont en partie masquées par un conflit national. Les rois Ottokar II et Charles I avaient appelé beaucoup de paysans, d'artisans, d'artistes et de mineurs allemands. A Kuttenberg, Deutschbrod et Iglau il n'y avait pratiquement que des Allemands. L'université de Prague et les hauts rangs de l'église étaient entre leurs mains. Pour les tchèques, ils apparaissaient soit comme des exploiteurs, soit comme des concurrents. Inversement, les allemands avaient un fort intérêt à conserver le statu quo.

Les choses commencent à bouger sous l'influence des thèses de John Wyclif, que Jérôme de Prague, né vers 1365, avait apporté d'Angleterre vers 1400. Mais c'est surtout Jan Hus (1369-1415, né en Bohême méridionale, étudiant pauvre à l'université de Prague, il est ordonné prêtre en 1400 puis devient confesseur de la reine de Bohême et doyen de la faculté de théologie de Prague), qui exprimait le mécontentement des Tchèques en s'appuyant justement sur les théories de John Wyclif. La réaction de l'église ne se fit pas attendre : elle condamna 45 enseignements de Wyclif comme hérésie. Mais la dispute continuait et finalement le roi Vaclav fut obligé d'intervenir. Il décréta en 1409 que les tchèques auraient désormais trois voies et les allemands qu'une seule (avant c'était l'inverse). Là-dessus la plupart des professeurs et des étudiants quittent Prague pour s'installer à Leipzig. Par le départ des allemands, la position de Hus était renforcée, et sa lutte contre l'église catholique plus sévère. Lorsque en 1412 le pape fût à court d'argent il décida de lancer la vente des indulgences (une sorte d'emprunt céleste sur des péchés futurs commis dans ce monde-bas, autrement dit des bout de papier sans aucune valeur) c'était le déclenchement de violents heurts entre Hussites tchèques et catholiques allemands à Prague. A nouveau le roi Vaclav était contraint d'intervenir : il expulsa de Prague Hus, mais aussi quatre théologiens catholiques.
En 1414 se réunit à Constance un concile qui avait deux
objectifs : élire un nouveau pape (car il y en avait trois) et débattre du problème de l'hérésie tchèque. Il y avait le risque d'une dissociation du royaume de Bohème, de l'église catholique et de l'empire allemand. L'empereur Sigismund, frère de Vaclav et éventuellement son héritier, devait à juste titre se faire quelques soucis. Il obtint que Hus fut convoqué à Constance, sous la garantie d'un sauf-conduit. Hus accepta ; confiant de la justesse de sa doctrine, à savoir : la nécessité d'une vie modeste de quelque représentant de l'église que ce soit et la mise en cause de la légalité de quelque seigneur que ce soit qui commet un péché mortel.
Le pape Jean XXIII, qui craint sa destitution, quitte le concile dans l'espoir que celui-ci ne pourra pas continuer. Or, le concile constate d'abord qu'il s'est réuni en règle, puis qu'il détient son pouvoir de dieu. Ainsi il place son autorité au-dessus du pape.
Après avoir destitué les trois papes, les représentants des différents pays (on vote par pays), les évêques et l'empereur Sigismund débattent de la réforme de l'église. Leur intérêt principal est de diminuer le pouvoir papal ainsi que les versements à Rome et de renforcer le contrôle des autorités nationales. En même temps ils veulent limiter la réforme, car les effets des thèses de Wyclif en Angleterre (les Lollards) sont connus.

Hus est invité à présenter sa doctrine au début du concile quand le pouvoir des anciens papes, en particulier de Jean XXIII, n'est pas encore brisé. Malgré un sauf-conduit, délivré par Sigismund, il est arrêté et mis au cachot pour le forcer à révoquer ses théories considérées comme hérésie. En vain. Son procès commence en même temps que le règlement de compte avec Jean XXIII. Bien que Hus se défend bien (il demande une réfutation de ses thèses par la bible), le concile n'entend pas céder un pas ni à droite (les trois papes) ni à gauche. Il déclare les 45 thèses de Wyclif comme hérétique. Puis il tente de prouver que Hus reprend ces thèses hérétiques dans son livre « De Ecclesia ». En conclusion Hus est déclaré hérétique et expulsé de l'église catholique (on lui coupe les cheveux) et livré à l'autorité civile. La peine habituelle pour hérésie étant le bûcher, Hus est brûlé le même jour, le 6 juillet 1415. Aussi soucieux de justice sociale que de morale religieuse, il était en même temps un patriote et un réformateur de la langue littéraire tchèque.
En avril 1415 Jérôme de Prague va à Constance pour venir en aide à Hus. Voyant le sort de Hus, qui était déjà emprisonné, il prend la fuite. Malgré un sauf-conduit offert par le concile, il ne vient pas. Il est arrêté en Bavière et ramené à Constance. Sous la torture il abjure en septembre 1415, mais il n'est pas relâché pour autant. On lui fait finalement le procès le 23 mai 1416 où il défend les thèses de Wyclif et de Hus. Déclaré hérétique il meurt le 30 mai 1416 sur le bûcher.

Mais au lieu d'éteindre le mouvement hussite on l'avait rallumé. Les artisans et les ouvriers de Bohême, devinrent alors Rebelles au pape, au roi et à l’empereur après que le bûcher eut consumé Jean Hus. De plus en plus souvent il y eut des Révoltes un peu partout en Bohème. Le mouvement hussite assuma un caractère Révolutionnaire dès que la nouvelle de la mort de Hus le 6 juillet 1415 atteignit Prague. Les chevaliers et nobles de Bohême, qui était en faveur de la réforme de l’église envoyèrent au concile de Constance le 2 septembre 1415 une protestation condamnant l’exécution de Jan Hus avec les mots les plus durs. L’attitude de l'empereur Sigismond, qui envoya des lettres de menaces en Bohême déclarant qu’il noierait bientôt tous les Wycliffites et Hussites, rendit furieux le Peuple. Les troubles éclatèrent dans diverses parts de Bohême.
Le mouvement qui était en train de prendre forme fut appelé d'après son symbole, le calice, les Calixtins. Le calice était devenu le privilège des prêtres, le pain pour les autres. Les Calixtins voulaient la Liberté de choisir entre cette nouvelle forme et l'ancienne (calice et pain pour tout le monde). Bref, un symbole comme un autre, qui a surtout servi à reconnaître les amis et à se regrouper.
On peut nettement distinguer deux partis dans le mouvement Révolutionnaire : d'un côté les modérés, les Utraquistes (utra, Egal, car ils voulaient l'équivalence des deux formes de communion), de l'autre, l'aile radical, les Taborites (d'après la ville de Tabor qu'ils venaient de fonder). Ces radicaux hussites prônent la communauté des biens, l'Egalité absolue et le sacerdoce universel.
Les partisans des Calixtins étaient essentiellement les nobles qui avaient récupéré les terres de l'église et qui étaient donc très fortement liés au mouvement hussite, puis les riches bourgeois qui s'étaient également enrichis au dépens de l'église et qui allaient plus tard s'enrichir du butin de la guerre.
A l'opposé, les paysans et les artisans, qui ne voulaient pas simplement échanger un seigneur par un autre mais la Liberté entière. Ils étaient fermement partisans des Taborites, et par conséquent les Taborites représentaient la grande majorité et de loin. « En ces temps il y aura sur terre ni roi ni seigneur ; ni sujet, et tous les redevances et impôts seront abolis, aucun n'obligera un autre à faire quelque chose car tous seront Egaux, frères et sœurs. Comme il n’y pas de ‘à moi’ ni ‘à toi’, puisque tout est à tous en commun, ainsi il en sera partout et celui qui aura une propriété particulière commettra un péché mortel ».
Les gens en Moravie quittèrent les centres urbains, se réapproprièrent les terres, mirent tout en commun. Les Taborites et Waldensiens formeront les plus radicaux. Les nouvelles de ces communautés se repartiront à travers l'Europe ; des pèlerins viennent de partout. Certains resteront. Les tisserands radicaux de Flandre, appeler les Pikarti, rejetteront l'exploitation et la répression du travail déshumanisant, comme la fabrication de draps. Ils seront aussi appeler des Adamites, en référence à l'état de nature d'Adam. Ils mettront en œuvre des campagnes importantes de redistribution et d’Egalitarisation.
La supériorité militaire et technique d'une armée de volontaires élisant leurs chefs, Jan Zizka puis Prokop le Chauve, dans le cadre d'une idéologie Egalitariste voire communiste, est le précédent immédiat du protestantisme européen, l'exemple que tous les chefs protestants ont médité, la crainte que nourrissent toutes les chancelleries et évêchés depuis ce temps.

Contrairement à son frère Vaclav qui toléra voire soutint le mouvement hussite, Sigismond entreprit de le briser. Le roi Vaclav essayait de naviguer entre les fronts jusqu'à ce que son frère Sigismund le menace d'une invasion pour rétablir l'ordre. Mais lorsque Vaclav rappelle finalement les théologiens catholiques qu'il avait expulsé auparavant, c'est la Révolte à Prague. Le 30 juillet 1419 la ville s'est Insurgée sous la direction d'un personnage remarquable : Jan Zizka (1360-1424). C'est à cette occasion qu'il y eut la première défenestration : on jeta 7 membres du conseil de la ville de Prague par la fenêtre pour les faire tomber sur des piques placées au bon endroit. Lorsque Vaclav apprit la nouvelle il mourut sur le coup. Désormais la Bohème était une république.
Les nobles, qui étaient favorable aux Hussites mais néanmoins supportaient la régente, promirent à Sigismund d’agir comme médiateurs Les Utraquistes de Prague tentèrent en secret des pourparlers avec l'empereur, mais en vain à cause de l'attitude dure de Sigismund. Le pape Martin V va même plus loin lorsqu'il appelle toute la chrétienté à la croisade contre les Hussites. Cette première croisade, qui eut lieu en 1420 se termine par une défaite des troupes catholiques, battues par l'armée paysanne de Zizka. D'autres « croisades » suivaient, à chaque fois plus désastreuses pour l'empire. Si la guerre au début eut lieu en Bohème, elle est maintenant portée en Silésie, en Prusse Orientale et jusqu'à Gdansk à la mer Baltique, puis en Hesse et en Autriche.
Jan Zizka meurt en 1424, mais son successeur, André Prokop (1380-1434), également un Taborite, continue la Lutte. La quatrième « croisade » en 1427 se termine prématurément à Mies, à l'entente des cris de guerre des Hussites, de même que la cinquième en 1431 à Taus. Il n'y avait plus personne qui osait affronter les Hussites.
Le caractère fondamentalement démocratique des hussites et la suite ininterrompue de leurs victoires rendaient les princes des pays environnants nerveux car ils craignaient la contagion de ces idées à leurs sujets.
Dans cette situation, l'empereur ne voyait plus qu'une seule issue : diviser les Hussites. C'est pourquoi il entama des pourparlers pour monter les Utraquistes contre les Taborites, c'est à dire les nobles et les riches bourgeois contre les paysans et les artisans. L'empereur et le pape leur garantissaient « généreusement » le butin, les terres et la fortune de l'église. La noblesse tchèque n'avait que très peu participé à la guerre, parce qu'elle avait, déjà au début de la lutte, récupéré le butin principal. De même les bourgeois des villes, qui eux avaient certes profité de la guerre, mais cherchaient maintenant une jouissance tranquille de leurs richesses. Si cela pouvait être garanti par l'empereur et le pape lui-même, alors c'était parfait. Ils n'en demandaient pas plus. En 1433 on se mit d'accord et la noblesse commença aussitôt à recruter une armée pour combattre les Taborites. La bataille eut lieu le 30 Mai 1434 à Lipan : 25 000 mercenaires de l'armée de la noblesse se battaient contre 18 000 Taborites. La bataille fut très longue car les deux camps disposaient de forces comparables. Les nobles ont tout de même remporté la victoire mais seulement à cause de la trahison de la cavalerie taborite, qui quittait le champ de bataille. Sur les 18 000 Taborites, 13 000 ont été tués. Le pouvoir des Taborites était brisé, mais pas anéanti.

La Révolution hussite de 1415 offre à la doctrine vaudoise une première occasion de développement et d'approfondissement. Un siècle plus tard, Luther soulève à son tour le problème de la réforme intérieure de l'église. Le monde vaudois n'hésite pas alors à accorder sa pleine adhésion à la Lutte que mène Luther.

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20 janvier 2005 4 20 /01 /janvier /2005 21:56

L'Emancipation de la population, ou du moins d'une partie

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Comme toujours, les premiers à se Révolter seront les paysans. De 1073 à 1075, une Révolte paysanne est écrasée en Saxe, après avoir détruit des citadelles et des châteaux.

En France, Le Mans lance le mouvement communal pour plus d’Indépendance des Communes, mais surtout des bourgeois qui veulent commercer sans entraves financières.
Comme principale cité du Maine, Le Mans fut le cadre de nombreuses Luttes au XIè siècle, entre le comte d’Anjou et les ducs de Normandie. Quand les Normands prirent le contrôle du Maine, Guillaume le Conquérant fut capable d’envahir avec succès l’Angleterre. Cependant, en 1069, les Citoyens se Révoltèrent et expulsèrent les Normands. En contrepartie du pouvoir donné au comte d’Anjou, ils négocièrent la première charte communale.

Dès le début du Moyen Âge, l’autorité des évêques grandit. L’évêché de Beauvais est ainsi considéré comme un poste d’autant plus prestigieux qu’il bénéficie de revenus considérables. De plus, l’évêque cumule les pouvoirs religieux et politiques.
La Commune, qui s’est créée très tôt dans cette ville prospère, acquiert progressivement des Droits pour promouvoir son industrie. Elle prend régulièrement le parti du roi contre l‘évêque et s’appuie sur le textile pour asseoir sa puissance financière.
Au XIè siècle, le renouveau des villes relance l'industrie drapière à Beauvais, Amiens, Abbeville ; le commerce enrichit les bourgeois et de nombreuses Communes obtiennent des chartes de franchise (Saint-Quentin 1080, Beauvais 1099, Amiens 1113).
A cette époque, le drap de Beauvais est exporté jusqu’en Orient. Les ateliers se multiplient. Ils travaillent toutes sortes de laine, y compris les plus fines importées de Londres. Les corporations s’enrichissent de corps de métiers de plus en plus diversifiés : teinturiers, finisseurs, tondeurs, apprêteurs…Un groupe de 80 familles régente les ouvriers. Quant aux maires, ils sont la plupart du temps issus du cercle étroit de ces négociants. La hiérarchie est stricte et les querelles sociales sont désormais soumises à l’autorité du roi qui se charge, s’il le faut, de contraindre l’évêque.
A la même époque, apparaissent les ordres mendiants dont les couvents s’élèvent à l’est de la ville, en plein quartier ouvrier. Au départ dépourvus de biens, ils s’enrichissent progressivement et jouent un rôle non négligeable dans la cité.

En 1109 les bourgeois de Laon se Révoltent et tuent l´évêque de la ville.
Les marchands et artisans se regroupent en associations et représentent une puissance grandissante face au système seigneurial : ils cherchent à jouir d'une plus grande Autonomie en rédigeant des chartes fixant les Droits et devoirs de chacun.
Ces associations, appelées « Commune jurée » donnent naissance à ce que les historiens appelleront plus tard le « mouvement communal » qui a permis aux villes de se Libérer durant les XIè et XIIè siècles.

Ces chartes s'obtiennent de plusieurs façons :
* soit de plein gré suite à un accord avec le seigneur,
* soit par l'achat : les habitants négocient dans ce cas avec leur seigneur,
* soit par la violence comme au Mans (plus vieille Commune de France en 1069) ou encore à Laon en 1109 (son évêque et ses chevaliers sont massacrés par les habitants au nom de « Commune ! Commune ! »; ils subiront ensuite les représailles de la part du roi de France).

C'est à la fin du Xè siècle que se manifeste le mouvement communal, conséquence de la renaissance des activités économiques urbaines et de l'afflux des ruraux vers les cités. Dans les villes soumises à des seigneurs laïques ou ecclésiastiques, les bourgeois se regroupent en association pour s'assurer une sorte d'oasis de Paix face aux luttes féodales qui pèsent sur les cités. Dans cette association appelée Communio, les membres sont liés par serment et Egaux entre eux.
Au XIIè siècle, la Communio parvient à obtenir du seigneur ou du roi (Louis VII « le jeune » 1137-1180) des privilèges plus ou moins étendus et un statut particulier par un acte solennel appelé charte. Cette émancipation urbaine est favorisée par la royauté, car elle y voit un moyen de restreindre la féodalité. Selon l'importance des concessions obtenues, on distingue deux grands groupes de villes : les villes franches qui n'ont obtenu qu'une charte de simple franchise (ensemble de Droits et de privilèges concédés par un souverain à un bourg) et restent soumises à l'autorité seigneuriale et les villes de Commune qui jouissent de l'Indépendance politique et possèdent une véritable organisation municipale. Elles sont assez peu nombreuses, une quarantaine en France au début du XIIIè siècle.

La Commune est administrée par un corps de ville ou municipalité. Celui-ci est composé d'échevins (magistrats chargés de la police et de la justice seigneuriale) élus ou plus souvent cooptés par l'assemblée de bourgeois, dirigé par un maire (du latin mayor) qui tentent d'administrer la ville de façon Autonome et de se protéger des ingérences extérieures tant politiques que militaires.
La charte communale reconnaît l'existence de la municipalité et lui accorde une large Autonomie administrative, judiciaire et d'importants avantages commerciaux. Le prévôt, agent du roi chargé essentiellement de rendre justice et d'administrer le domaine est remplacé par le maire. Celui-ci est assisté de deux conseils : le conseil restreint des pairs et jurés et le grand conseil (c'est-à-dire l'assemblée de la Commune pour des circonstances exceptionnelles). Afin d'imposer leur puissance, les échevins font réaliser un sceau qui authentifie leurs Droits et Libertés accordés.
Philippe-Auguste (1180-1223) favorise le mouvement communal pour la position stratégique que les villes occupent. Elles bénéficient également de Libertés communales de par leur situation très favorable au trafic commercial. En contrepartie, la Commune doit construire et entretenir les fortifications.
Bien que dotée d'une charte communale, ces villes restent toutefois des seigneuries vassales qui doivent hommage au roi.

Pour autant, le statut du roi est de plus en plus controversé. En 1251, la Croisade des Pastoureaux, croisade populaire initiée sans l'appui des puissants et même contre eux, veut purifier le pays (malheureusement en commettant également de nombreux pogroms contre les Juifs, déjà).
Lors de la septième croisade, Louis IX de France (Saint Louis) prend Mansourah. Mais son armée, victime d'une épidémie de peste, s'y trouve prise au piège. Saint Louis est fait prisonnier avec deux de ses frères, en 1250. Cette nouvelle, quand elle parvient en Occident provoque incrédulité et révolte. Comment un roi très pieux a-t-il pu être abandonné de dieu ?
La réponse vient de prédicateurs populaires, en particulier un certain Job, ou Jacob ou Jacques, moine hongrois de l'ordre de Cîteaux. Ce moine charismatique, nommé le « Maître de Hongrie », prétend avoir reçu de la Vierge Marie une lettre affirmant que les puissants, les riches et les orgueilleux ne pourront jamais reprendre Jérusalem, mais que seuls y parviendront les pauvres, les humbles, les bergers, dont il doit être le guide. L’orgueil de la chevalerie a déplu à dieu.

L'appel solennel aurait eu lieu pour Pâques 1251. Des milliers de paysans et de bergers prennent la croix (à l'époque le terme Pastoureaux désignait les bergers), et marchent vers Paris, armés de haches, de couteaux et de bâtons. Ils sont 30 000 à Amiens, peut-être 50 000 à Paris, où Blanche de Castille les reçoit. Dans un premier temps elle donne son appui, mais le mouvement est trop dangereux sur le plan social et religieux pour être accepté par les puissants : il accuse abbés et prélats de cupidité et d'orgueil, et s'en prend même à la Chevalerie, accusée de mépriser les pauvres et de tirer profit de la croisade.
Des conflits s’ensuivent avec le clergé dans plusieurs villes (Rouen, Orléans, Tours). À Bourges, les pastoureaux s'en prennent aussi aux juifs, et sont réprimés par les forces royales. Lorsque les villes ne veulent pas les nourrir, des pillages ont lieu en France, par exemple à Bordeaux, où Simon V de Montfort réprime les Pastoureaux.
Le mouvement s'étend en Rhénanie et dans le nord de l'Italie. La répression est de plus en plus féroce et seuls quelques rescapés parviennent jusqu'à Marseille et s'embarquent pour Acre, où ils rejoignent les croisés.

En 1307, l’Italie du Nord est secouée par le Soulèvement populaire et hérétique de Fra Dolcino, écrasé par une armée de croisés défendant les intérêts de la grande seigneurie foncière.
Les Frères Apostoliques descendent en ligne droite de la crise du franciscanisme. Les Frères Apostoliques ont suivi leur initiateur Gérard Segarelli de Parme et devinrent célèbres grâce à Fra Dolcino. Les Frères Apostoliques en appelaient aux prophéties de Joachim de Flore avec la volonté d'imiter à la lettre la vie pauvre et simple des apôtres, d'où le nom d'Apostoliques. Parmi les doctrines professées par les Apostoliques prévalent le refus des miracles, l'invalidité des sacrements, l'opposition au sermon et au ius gladii (droit de vie et de mort sur des humains, serfs ou Libres), la Contestation des dîmes, le constat de la décadence de l'autorité de l'église et des papes.

En 1300 est brûlé par l'Inquisition Gérard Segarelli. En 1260, il avait fondé une secte qui voulait vivre la vie apostolique et reprochait au pape d'être l'Antéchrist. Les franciscains lui sont très hostiles, et racontent à son sujet qu'il se serait fait langer et allaiter, comme un bébé, pour ressembler à l'enfant Jésus. Ils prétendent aussi qu'il se serait fait circoncire. Il aurait été très peu instruit, disant penitenzagite au lieu de penitentiam agite (« faites pénitence »).
Quoiqu'il en soit, il draine beaucoup plus d'offrandes que les ordres mendiants. À sa mort, Fra Dolcino de Novare, beaucoup plus cultivé, prend sa suite. Plein de fougue, ce fils de prêtre dénonce la corruption de l'église par la richesse et la collusion avec le pouvoir politique et ce, depuis l'empereur Constantin et le pape Sylvestre au début du
IVè siècle. Il attaque également les mendiants et annonce une apocalypse imminente. L'empereur Frédéric Barberousse (mort en 1190) est censé revenir, réincarné dans Frédéric III d'Aragon, « roi de Trinacrie » (Sicile), fils de Pierre d'Aragon. Protecteur des ordres mendiants, Frédéric est en guerre avec la papauté, qui le considère comme le nouvel Antéchrist. Il est censé détrôner l'usurpateur Boniface VIII, qui a chassé Célestin V, l'ami des franciscains spirituels. De fait, Boniface VIII meurt en 1303, peu après l'attentat d'Anagni, et Benoît XI, élu après lui, meurt en 1304 (le bruit court qu'il a été empoisonné).
Clément V lance la croisade contre les partisans de Dolcino. Ceux-ci sont plusieurs milliers, réfugiés dans les montagnes au-dessus de Verceil, dans le Piémont.
Fra Dolcino et ses partisans, en réaction aux attaques des troupes catholiques, n’hésitèrent pas, pour leur survie, à piller et à dévaster des villages, tuant ceux qui s’opposaient à eux et brûlant leurs maisons. Pour justifier les méfaits de ses partisans il citait volontiers Saint
Paul (« Tout est pur pour les purs. Mais pour ceux qui sont souillés et qui n’ont pas la foi, rien n’est pur. Leur esprit même et leur conscience sont souillés ».)
Malgré cela on le considère comme un orateur intelligent, érudit et charismatique, réformateur de l’église et un des fondateurs des idéaux de la Révolution française ainsi que de l’Anarchisme et du socialisme. Au nombre de ses idées on compte : le refus de la hiérarchie ecclésiastique et le retour aux idéaux originaux de pauvreté et d’humilité, le refus du système féodal, la Libération de toute contrainte et de tout assujettissement, l’organisation d’une société Egalitaire d’aide et de Respect mutuel, mettant en commun les biens et respectant l’Egalité des sexes.
Les Dolicinistes sont finalement massacrés, alors que Dolcino et sa femme sont pris vivants. Fra Dolcino, nullement intimidé par les menaces de l'Inquisition, se jeta contre Clément V en l'accusant d'immoralité. Sa femme refuse sa propre grâce, elle sera mise à mort lentement sous les yeux de son mari. Celui-ci, réduit en lambeaux sous la torture en 1307, son corps fut brûlé au bûcher, l'année même où les Templiers de France sont arrêtés.
C'est désormais un lien organique qui s'est tissé entre les spirituels franciscains et la pensée de Joachim de Flore.

Un peu à la traîne, alors que la ville commence à se positionner comme centre névralgique du pays, en 1357 Paris se Soulève pour obtenir sa Commune.
Paris était un port fluvial très actif géré par la communauté des marchands de l'eau. C'est donc leur emblème, une nef, que la ville a choisit de faire figurer sur son premier sceau puis dans ses armoiries.

La première grosse guerre civile embrase le royaume de France au lendemain du désastre de Poitiers (19 septembre 1356), faisant suite à la déroute de la chevalerie française face aux Anglais lors de la bataille de Crécy-en-Ponthieu (26 août 1346), et accouche du premier
roi « moderne », Charles V, qui assoit l’autorité du roi contre les princes locaux et dissout la féodalité pour affranchir le pouvoir des coteries (association entre certains groupes d’individus unis par un intérêt commun qui favorisent ceux qui font partie de leur compagnie et cabalent contre ceux qui n’en sont pas : en politique, la coterie est au parti ce que la secte est à la religion) et des jacqueries.
Surtout, le déclassement de la France, provoqué par les défaites de la guerre de Cent ans, affaiblit un souverain dont on sait que les qualités chevaleresque l’emportent sur la finesse politique. La guerre entre la France et l’Angleterre n’a apporté que des désastres : sur tous les plans, choix du lieu et du moment, composition de l’armée, persévérante inadaptation à des formes nouvelles de combat, encadrement, la France a été battue et de sévère manière. En clair, le Peuple commence à se croire plus avisé que ceux auxquels il a confié jusqu’ici son destin : un auteur anonyme conseille même au roi de remplacer ces nobles, combattants incapables, par des hommes du Peuple, qui, eux, seraient de vaillants guerriers.
En parallèle, la peste débarque le jour de la Toussaint 1347, décimant en trois ans une proportion d’individus largement supérieure à celle des victimes des deux guerres mondiales du XXè siècle, en particulier les
« exposés » (médecins, notaires, meuniers, boulangers, bouchers), tandis qu’en réchappent souvent les « abrités » (forgerons, cochers, porteurs d’huile, bergers). Si la peste, qui ne s’était plus manifestée en Occident depuis sept siècles, a fait tant de ravages, c’est qu’elle attaquait une population que peinait à nourrir une agriculture aux rendements décroissants. Faiblesse des rémunérations qui excite l’antagonisme violent entre les « menus » et les « gros » ? Prélèvements excessifs des principautés et des royaumes qui multiplient impôts sur le capital et le revenu ? Toujours est-il que le système de production qui s’était épanoui tout au long du XIIIè siècle semble parvenir à la limite de ses possibilités. Ainsi, comme souvent, la guerre civile a été précédée par le cri de douleur des ventres creux, comme toujours jamais entendu par les repus (dans le Forez, entre 1277 et 1328, on compte une disette, une famine ou une période de cherté tous les deux ans).
Aux faillites en chaîne des banques italiennes s’ajoute le déclin brutal des foires de Champagne ; à l’effondrement des prix agricoles font pendant la crise de la draperie et les troubles sociaux des villes de Flandre. Aux dévaluations successives qui, d’avril 1346 à août 1350, font perdre à la livre la moitié de sa valeur, s’ajoute l’ordonnance de Jean Bon (numéro II) qui, inspiré par le « modèle » anglo-saxon, décide d’assouplir le marché du travail pour mettre un terme à la flambée des salaires et des prix, de proclamer la liberté du travail et de l’embauche et de pourchasser les oisifs qui « ne veulent exposer leurs corps à faire aucunes besognes, en quoi ils puissent gagner leur vie », bref de traquer les faux chômeurs mais vrais profiteurs de la sueur d’autrui.

Depuis l'an mil et la renaissance clunisienne la société médiévale a considérablement évolué. L'Europe a fortement progressé techniquement, artistiquement et démographiquement. Les villes se sont développées créant de nouvelles classes sociales centrées sur l'artisanat et le commerce. Autant une société agricole est adaptée à un système féodal et religieux où la noblesse protège les terres et rend justice, autant les artisans et commerçants ont besoin de liberté pour entreprendre. La multiplication des affaires à régler a rendu impossible leur traitement par les rois et la grande seigneurie seuls, ils ont alors délégué une partie de leur pouvoirs judiciaires à des parlements et autres cours de justice. En Angleterre, les revers de Jean sans Terre (considéré comme illégitime et usurpant le trône de son frère Richard Cœur de Lion) contre Philippe Auguste avaient conduits les barons anglais à lui imposer en 1215 la Magna Carta, la Grande Charte, qui instituait, entre autre, la liberté des villes et le contrôle de la fiscalité par le Parlement.
En France, le début de la guerre de Cent Ans est catastrophique et le pouvoir royal très contesté à partir de la défaite de Crécy en 1346. À cette époque la noblesse justifie l'essence divine de son pouvoir par une conduite chevaleresque particulièrement sur le champ de bataille. Or, Crécy est un désastre contre une armée pourtant très inférieure numériquement et où Philippe VI prend la fuite, remettant en cause la légitimité divine des Valois.
Jean le Bon cherchait de l'argent pour continuer la guerre contre l'Angleterre et c'est à ses villes qu'il pensait surtout s'adresser : en échange des services que la royauté attendait des bourgeois, elle ne manquerait point de leur accorder le bénéfice de son autorité (c'est en 1350 que les maîtres des corporations obtinrent les premières mesures législatives sur le travail salarié).
Des Etats généraux incomplets votèrent un prélèvement sur le revenu qui fut très mal accueilli. Une victoire militaire l'eût peut-être justifié aux yeux des marchands ; ce fut à nouveau la défaite et la plus pitoyable qui soit. Les archers anglais avaient une fois de plus vaincu la féodalité française. La nombreuse armée de Jean le Bon succomba près de Poitiers en 1356, devant les 8.000 hommes du Prince Noir. Les Français en perdirent autant, la noblesse s'enfuit, laissant son roi prisonnier. Son fils le dauphin Charles, qui a pu quitter le champ de bataille, assure la régence et tente de négocier avec l'Angleterre pendant que les mercenaires démobilisés, rassemblés en grandes compagnies, pillent les campagnes. Pour éviter de tels débordements, le dauphin propose de créer une armée permanente de 30 000 hommes. Pour cela, il faut récupérer de l'argent en levant de nouveaux impôts qu'il demande en convoquant les états généraux, alors que les bourgeois de Paris se demandaient bien à quoi avaient servi leurs impôts et quel usage avait été fait de la dépense publique, sachant que les militaires étaient mal payés et le royaume mal gardé.

Paris s'exaspère : le Peuple entier est derrière le prévôt des marchands (qui gérait les mesureurs de blé, les crieurs, les jaugeurs et les taverniers ; on devenait prévôt des marchands à titre de fief par don spécial du roi ; le prévôt des marchands percevait les droits à payer pour la livraison et la vérification des mesures. Sous l'ancien régime, la fonction se rapprochera de celle d'un maire) qui prend la tête du mouvement. Etienne Marcel, nommé prévôt des marchands en 1355, est issu d'une famille bourgeoise, enrichie dans la draperie. Il s'impose comme le leader du Tiers État lors des États Généraux de 1355 et 1356 en soulignant la nécessité d'un contrôle sur les subsides qu'on accordait au roi. La défaite de Poitiers montrait combien ses revendications étaient justes. Le fils aîné de Jean le Bon, Charles, régent du royaume pendant la captivité de son père, dut réunir sur-le-champ de nouveaux Etats généraux et consentir à leurs conditions. Les bourgeois de Paris s'y montraient en pleine possession du sentiment de leurs intérêts. Le Peuple des rues voyait dans leur Résistance la lutte contre la misère et chacun coiffait le chaperon bleu et rouge du vaillant prévôt. Les états désignèrent une commission d'enquête, en attendant la constitution de ce conseil de surveillance qu'Etienne Marcel voulait instituer près du trône, composé de vingt-huit députés, dont douze bourgeois.
En bref, les états entendent mettre l’administration sous contrôle et le prévôt des marchands, à l’égal des chefs qui dominent alors les grandes villes du Nord, espère devenir le champion de la bourgeoisie et des métiers parisiens pour, à l’instar des beffrois, faire de son Hôtel de Ville, la maison de la Liberté. Car ils tiennent à leur fortune récente. Depuis 1350, les procédés de Philippe le Bel sont devenus la règle fiscale et le marc d'argent a changé trente-neuf fois de valeur. Leur première revendication est donc une monnaie fixe. On discute partout sur les autres conditions que la prévôté veut faire triompher : les nobles ne doivent plus être dispensés de l'impôt, le droit de réquisition des seigneurs doit être aboli, les fourrages et les chevaux mis à l'abri du pillage. En échange de ces mesures les villes fourniront un homme d'arme par cent foyers.
Marcel voulait donner à Paris une Constitution Communale, sa Grande Ordonnance de mars 1357 limitant le pouvoir du roi.
Le régent consent à tout, signe la Grande Ordonnance de 1357, mais montre aussitôt qu'il n'a point l'intention de l'appliquer. Marcel, profitant de l'absence du dauphin qui a convoqué les états hors de la capitale, reste à Paris pour organiser la résistance. Il songe dès lors à opposer à la branche régnante des Valois une autre branche de la maison de France et trouve en la personne du roi de Navarre, Charles le Mauvais (trois fois écarté du trône alors qu’il était l’aîné de la descendance de Philippe le Bel), un prétendant prêt à tout. Au début de l'an 1358, Etienne Marcel provoque des réunions, y impose ses vues, convaincant les bourgeois : il rêve pour sa ville d'une Autonomie analogue à celle des villes flamandes ou italiennes de l'époque (Bruges, Florence,...). Il créé même une milice. Sous prétexte de défense contre les éventuelles attaques des Anglais ou des Allemands, il renforce la fortification de Paris.
Ce conflit entre la bourgeoisie et la royauté faisait les affaires de Charles le Mauvais, roi de Navarre, qui entra sans tarder en négociations avec la capitale. Il se montra digne de son passé en trahissant tour à tour les bourgeois, les Anglais et le roi.
De ses infamies, on a tenté de rendre responsable Etienne Marcel qui poursuivait cependant les suites logiques de son action. Âgé de 43 ans, il pensait avoir le dessus sur le jeune dauphin qui avait tout juste vingt ans. Cependant ce dernier s'oppose aux actions d'Etienne Marcel. Le 13 janvier 1358, les états s'assemblent de nouveau, mais comme presque aucun noble et très peu de gens d'église s'y rendent, les députés ne réussissent pas à trouver un accord. Étienne Marcel, constatant l'échec de l'instauration d'une monarchie contrôlée par voie législative, essaye de la faire proclamer par la force. Celui-ci, agacé, pousse le Peuple parisien à se Révolter. Etienne Marcel se dirige vers le Louvre pour affronter Charles V. Ainsi le 22 février 1358, Paris se réveille sous les cris d'une Emeute réunissant trois mille personnes. Cette colère est renforcée lorsque les parisiens apprennent que Jean II le Bon a signé un traité accordant la moitié du territoire Français aux Anglais.
Pour arracher au régent le respect de son ordonnance, le Peuple envahit la résidence de Charles et là, sous ses yeux, on abattit deux de ses conseillers qu'on tenait pour responsables de ses variations. Etienne Marcel le sauva sans doute en le couvrant du chaperon aux couleurs de la capitale. Charles, mesurant la portée future d'un tel geste, décida de quitter son hôtel Saint-Pol et s'enfuit à Compiègne. Le dauphin Charles parvient à s'enfuir de la capitale et convoque les états généraux à Compiègne où il rallie à sa cause la province pour isoler Paris. C'est la guerre ouverte entre la Démocratie parisienne et la royauté soutenue par les provinces. Alors, tandis que l'ennemi occupait la France, Charles le dauphin investit Paris.
Les trahisons de Charles le Mauvais y poursuivaient leur besogne et la tentative des bourgeois manquant encore d'homogénéité commençait à se désagréger. La Lutte avait pris des proportions qui en effrayaient la plupart et le Soulèvement populaire terrifiait les amis mêmes d'Etienne Marcel. Le dauphin Charles quitte la capitale. S'alliant avec la Picardie, l'Artois et la Champagne, il fait un blocus autour de Paris. La bourgeoisie rejoint le parti royaliste.

Cependant un allié inespéré venait de surgir : à leur tour, les campagnes se Soulevaient. A Laon, à Soissons, dans toute la région parisienne, les paysans se dressaient contre l'autorité. Leur fureur avait les mêmes origines, plus tragiques, car pour leur extorquer de l'argent on allait jusqu'à leur brûler les pieds.
A la fin du Moyen Âge des Révoltes de paysans se produisent régulièrement. Les mercenaires de la Guerre de Cent ans razziaient les villages, les nobles de France les affamaient. Depuis l'épidémie de peste qui a ravagé l'Occident dix ans plus tôt, ils sont en situation de mieux faire valoir leurs Droits car les seigneurs sont partout en quête de main-d’œuvre pour remettre en culture les terres abandonnées. La Grande Jacquerie survient peu après que les chevaliers français aient été écrasés par les Anglais à Poitiers ; le roi est prisonnier à Londres tandis que Paris est sous la coupe d'Étienne Marcel, le prévôt des marchands. Les Révoltés figurent parmi les paysans aisés de l'une des régions les plus riches d'Europe. Les paysans ne supportent pas que les nobles, qui ont lâchement fui devant les Anglais, fassent maintenant pression sur eux pour leur extorquer de nouvelles taxes. Mais surtout, si les gens de la campagne ont pris les armes contre les nobles, c’est qu’ils voyaient les maux et les oppressions qui leur étaient portés de toute part et qu’ils n’étaient pas protégés par leurs nobles, mais qu’au contraire ceux-ci, se conduisant comme des ennemis, les opprimaient encore plus gravement encore. Pour ces Révoltés, dieu a assigné des fonctions précises aux trois ordres de la société : il y a ceux qui prient, ceux qui combattent et ceux qui travaillent (pour nourrir ces deux classes parasites). Si ceux qui combattent sont incapables d’assurer leur mission, c’est l’ordre même de la société qui est mis en cause ! Ici, la guerre civile est une réponse au désordre dont l’élite est responsable : depuis les défaites, bourgeois et jacques ont le sentiment qu’ils auraient fait aussi bien que ces chevaliers soi-disant experts en armes.
Ils se Soulevèrent, démolissant les châteaux, reprenant ce qui leur appartenait. Le pouvoir des seigneurs est remis en cause. Le 21 mai 1358, cent paysans du Beauvaisis s'attaquent aux châteaux de leur région, brûlant les demeures. Leur Révolte s'étend très vite à la paysannerie du bassin parisien. Durant six semaines, ils se battirent en désespérés autour de Guillaume Carle. C'est la plus grande des
« Jacqueries » qui ont ensanglanté les campagnes françaises au Moyen Age. Sur leurs étendards était écrit « dignité ». En son nom, ils combattaient quiconque se voulait maître des personnes, des champs, des bois et des cours d’eau, gouvernait par l’arbitraire, imposait l’ordre de l’empire, réduisait les communautés à la misère.

De cette union subite des paysans et des bourgeois, pouvait en mai 1358 dépendre le sort de Paris. L'Insurrection s'étendit à la Champagne, à la Brie et à la région d'Amiens. Des chefs populaires surgirent partout, retranchèrent les paysans dans des lieux forts, munis de palissades et de fossés, où l'on avait déjà résisté aux Anglais. L'alliance avec Etienne Marcel parut réussir lorsque les Jacques s'emparèrent du château d'Ermenonville. La forteresse du Marché à Meaux est assiégée par les Révoltés qui ont rallié à leur cause le maire et les bourgeois de la ville. Les bourgeois de Meaux entraient dans la ligue qui faisait en somme l'union du monde du travail pour des revendications immédiates ; toutes les idées politiques d'Etienne Marcel : faire cesser le gaspillage des deniers arrachés au pays et contrôler les responsables de cette gabegie. C'était pour les maîtres la défense de leurs premiers droits acquis. Combien plus émouvant l'espoir immense que le Peuple mettait en eux, croyant par son sacrifice contribuer à la fin des souffrances du temps. Sans doute, il y avait eu déjà bien des Emeutes populaires et les campagnes gardaient le souvenir de ces pastoureaux qu'on avait impitoyablement châtiés. Cette fois les Jacques font un essai de discipline et se sentent, dans leur Lutte, Solidaires des bourgeois de Paris. Pour une classe qui monte, c'est déjà vaincre que de se battre. Si Etienne Marcel fut si représentatif de l'essor de la bourgeoisie au
XIVè siècle, c'est qu'il ne craint pas cette bataille où le régent a voulu l'amener. Mais les temps ne sont pas révolus. La bourgeoisie française peut alors fournir des personnalités audacieuses, mais elle n'est pas encore en état d'accomplir un acte Collectif. Le sol se dérobe sous Etienne Marcel. Autour de lui, le conflit parait trop vaste et la propagande de Charles le Mauvais produit son effet.
L'histoire des classes sociales a toujours commencé par celle de leurs défaites. C'est après avoir été d'abord écrasés que les esclaves se sont libérés. C'est par ses échecs que la bourgeoisie a appris à s'organiser. Sa Liberté n'est pas encore inscrite dans les nécessités économiques : l'ambition d'Etienne Marcel échouera.

Le comte de Foix, Gaston Fébus, et le captal de Buch, Jean de Grailly, mettent fin aux exactions des Révoltés et incendient la ville de Meaux. Les nobles écrasent les Jacques à Clermont-sur-Oise le 10 juin 1358. Charles le Mauvais qui revendique la Champagne, ne peut tolérer les revendications paysannes. Il opère un nouveau changement d'alliance et écrase les Jacques à Mello le 10 juin 1358. Les chefs des Révoltés sont impitoyablement torturés et exécutés.
Paris était livré à lui-même. Tandis que la répression la plus sanglante s'abattait sur les paysans coupables de s'être armés contre leurs seigneurs, la capitale grondait de frayeurs et de rivalités. Ne se sentant plus assez forts, les bourgeois reculaient. De son côté, Étienne Marcel se déconsidère par ses alliances avec les paysans en Révolte du Beauvaisis et le roi de Navarre Charles II le Mauvais. Marcel, n'espérant plus rien des campagnes, met son dernier espoir dans le cupide roi de Navarre. Le 14 juin, celui-ci est proclamé capitaine de Paris; mais les bandes qu'il commande et qui viennent d'exterminer les Jacques sont redoutées des Parisiens qui refusent d'admettre dans leurs murs de pareils bandits. La population exprime son désagrément. Dans la nuit du 31 juillet au 1er août, Etienne Marcel s'apprêtant à ouvrir les portes de la ville à Charles le Mauvais, est exécuté par Jean Maillard (un échevin fidèle à la royauté). Le 2 août, le dauphin Charles rentre, dans le triomphe, à Paris.
La cour s'employa à calomnier la mémoire d'Etienne Marcel pour rendre infâme la cause qu'il avait défendue, celle des Libertés bourgeoises.
De cette ébauche de Révolution politique, il resta chez tous des souvenirs très vifs. Quelques années plus tard, devenu roi sous le nom de Charles V le Sage, se rappelant si bien la peur qu'il eut en février 1358, il n'aura rien de plus pressé que de faire édifier la Bastille afin de tenir en respect les turbulents Parisiens et surveiller sa capitale.
De tous ces malheurs qui auraient pu entraîner Révolution et séditions, la monarchie et l'état vont paradoxalement sortir renforcés.
Cette Bastille sera pendant quatre siècles le témoin des progrès de ces bourgeois qu'elle a pour mission primitive de maintenir dans l'ordre ; l'ordre féodal, auquel la bourgeoisie triomphante substituera l'ordre bourgeois : la Bastille de Charles le Sage, bâtie au lendemain d'une Emeute vaincue, sera détruite par une Révolution victorieuse.
Après la Grande Peste, au cours de la seconde moitié du XIVè siècle, des évènements de Révoltes paysannes et bourgeoises similaires chamboulèrent grandement l’Europe politique : les classes les plus opprimées Luttèrent pour des conditions plus justes. En dépit du drame des Jacqueries, les Révoltes paysannes se renouvelleront les années suivantes, notamment en Angleterre, en 1381, avec Wat Tyler, et en Hongrie.
Ces événements furent vus par l’église et les classes dominantes comme un phénomène de retour à l’ordre naturel de dieu (contre lequel, à l’inverse de toute logique croyante – mais l’attrait du pouvoir est à ce prix –, ils se devaient de lutter).

En 1378, le Tumulte des Ciompi ébranle Florence la florissante, l’une des capitales de la laine tout autant que le symbole des valeurs émergentes de la Renaissance.
À la fin du XIIIè siècle, le parti guelfe (faction qui soutenait la papauté par opposition aux tenants de l'empire, les Gibelins) se divise en deux factions : les blancs et les noirs. À l'origine de cette division est encore une querelle de clans, celle qui oppose les Vieri dei Cerchi (blancs) aux Donati (noirs). Cette division est également sociale, les Cerchi étant proches du Peuple et les Donati de l'élite florentine. Ces derniers entendent s'opposer aux Ordonnances de Justice émises par Giano della Bella. En 1300, sur la Place de la Sainte Trinité à Florence, éclate une bataille qui marquera un clivage définitif entre les deux partis. Les Guelfes noirs, très proches de Boniface VIII vont prévaloir sur les blancs incapables de se défendre convenablement, et Charles de Valois, venu de France en appui du pape, investira Florence sans rencontrer aucune résistance. Dès janvier 1302, on commence à exiler les blancs, dont Dante Alighieri.

Les Ciompi étaient la couche sociale la plus pauvre des travailleurs de l'industrie textile dans la Florence de la Renaissance. Ces miséreux, qui n’avaient pas de guilde (assemblée de personnes pratiquant une activité commune, dotée de règles et privilèges précis) pour les représenter, nourrirent du ressentiment à l’égard du pouvoir en place dont la puissance reposait sur leur travail, l’art de la laine (l’établissement de la manufacture textile étant le secteur économique de la prospérité de Florence). La Florence du XIVè siècle, dirigée par des grands banquiers, des marchands internationaux et des manufacturiers du textile, est déjà une préfiguration de la société capitaliste moderne.
La lumière crue du Tumulte dévoile alors une ville double, ou plutôt deux villes en une : celle de l’honneur et du gain, où les pauvres sont des « pauvres honteux », non pas des Révoltés ; et celle des quartiers séparés par l’exclusion, où l’on a faim sans espoir. Totalement exclus, les Ciompi n'ont même pas le droit d'appartenir à leur corporation,
l'« Art de la laine ». Celle-ci leur impose ses règles mais leur refuse tout droit politique.
En 1378, ils lancèrent la Révolte des Ciompi, une brève Insurrection de la classe populaire laissée pour compte, le populo minuto (les « menus », les travailleurs pauvres), ce qui resta un souvenir traumatisant pour les membres des guildes les plus puissantes (et grâce auquel on peut expliquer le soutien apporté aux Médicis longtemps plus tard, représentants la stabilisation de l’ordre florentin).
Ces sont des tensions entre grassi (gras, les possédants) qui déclenchèrent le Soulèvement.
En juin 1378, une tentative d'instrumentalisation des miséreux par une faction de l'élite citadine met le feu aux poudres. Lassée par une guerre contre le pape qui s'éternise depuis trois longues années, la population gronde. Pour mettre fin à la monopolisation du gouvernement par les « gras » (le popolo grasso), qui font partie des Arts les plus prestigieux (comme celui de la laine), les Ciompi ont compris qu'il ne leur reste plus que l'épreuve de force. Des membres des classes populaires, appelées à prendre part au mouvement de la fin du mois de juin de 1378, prirent plus d’importance à partir de juillet.

Ils veulent des consuls pour eux et ne veulent plus avoir affaire ni avec les marchands lainiers, ni avec leur officier, ils veulent enfin avoir part au gouvernement de la cité. Les conjurés planifient l'Insurrection en élisant un comité de douze représentants chargés de coordonner l'action des différents quartiers. Moins d'un mois après les premières Emeutes, le mardi 20 juillet vers 9 heures du matin, les cloches de plusieurs églises donnent le signal. Les Insurgés gagnent rapidement la place de la seigneurie, et mettent le feu à tous les bâtiments occupés par ceux qu'ils exècrent : les palais des prieurs (ceux qui gouvernent la ville) et de l'Art de la Laine, les maisons du gonfalonier de justice (le chef du gouvernement), de certains lainiers et des plus riches familles florentines. Les prieurs flageolent, ils se barricadent dans leur palais, où ils amassent des provisions. Pendant ce temps, les Insurgés ont élu trente-deux « syndics », qui obtiennent le soutien des Arts (sauf celui de la laine), dans l'église San Barnaba. Le lendemain matin, ce sont ainsi plus de dix mille Révoltés qui lèvent le camp et s'en vont saccager et brûler à nouveau des palais.
Le popolo minuto triomphe et soumet aux prieurs affolés une pétition rédigée pendant la nuit : l'Art de la laine doit être purement et simplement supprimé, ainsi que les peines pour non-paiement de dettes ; le popolo minuto et ses représentants doivent être reconnus officiellement, obtenir une part des sièges au sein des instances de gouvernement et avoir les mêmes Droits que les autres Arts ; le système des impôts, injuste, doit également être réformé.
Au palais, c'est la panique : les prieurs vont de-ci delà, ne sachant pas quoi faire. Ils se regardent l'un l'autre. Certains pleurent, d'autres se tordent les mains, d'autres se frappent le visage. Ils sont totalement désorientés. Au-dehors monte une rumeur : la foule cri qu'elle veut le départ des prieurs ; autrement, la ville serait livrée aux flammes.
Le jeudi 22 au matin, la foule envahit le palais des prieurs, et l'un des trente-deux syndics, Michele di Lando (un peigneur), est élu gonfalonier de justice par acclamation. Les maîtres s’enfuirent à la campagne et de là, ils mirent le siège à la ville. La Révolte porta brièvement au pouvoir un niveau de Démocratie sans précédent européen au XIVè siècle. Les Révolutionnaires de la république florentine furent soutenus par les membres radicaux des arti minori, les guildes traditionnellement sans pouvoir. Ils étendirent les privilèges de la guilde aux Ciompi, et pour la première fois, un gouvernement européen représenta toutes les classes de la société, bien que brièvement.
Mis à part la pendaison et le dépeçage, sur la place de la seigneurie, du chef de la police, réputé pour son zèle répressif, les Insurgés restent très disciplinés durant toute la Révolte. Les Emeutiers incendient les maisons des riches afin qu'on ne dise pas qu'ils volaient. Lorsque deux gibets sont dressés sur la place, c'est un acte des Emeutiers eux-mêmes pour dissuader les pillards, et non une décision de Michele di Lando pour mettre fin à l'Insurrection.
Pour la première fois, les Ciompi ont l'impression de pouvoir plastronner : ils disposent enfin d'une corporation, d'une milice propre, d'une bannière reconnue (symbole d’existence politique) et de représentants politiques. Mais le nouveau gouvernement ne parvient pas à faire appliquer ses décrets, et la majorité des revendications de juillet restent lettre morte, tandis que de nombreux ateliers et boutiques ne sont toujours pas rouverts au début du mois d'août. Les conflits d’intérêts entre guildes mineures et les Ciompi devinrent évidents.

La colère gronde à nouveau : les Ciompi les plus déterminés se réunissent secrètement et établissent un nouveau programme, exigeant l'épuration de la nouvelle équipe dirigeante et la suspension du paiement de la dette publique. Mais, cette fois-ci, les membres des Arts mineurs (des travailleurs qualifiés pour la plupart) ne les suivent pas, et préfèrent faire bloc avec les « gras » pour préparer la réaction : grandes et petites guildes s’unirent pour rétablir l’ordre antérieur, dans une contre-révolution au sein de laquelle le chevalier Salverstro de Medici joua un rôle essentiel de répression.
Accusés de vouloir donner le pouvoir à un tyran démagogue, les Ciompi, rassemblés le 31 août sur la place de la seigneurie, font l'objet d'une véritable chasse à l'homme lancée par Michele di Lando aux cris de : « Mort à ceux qui veulent un seigneur ! ». Les bouchers et les taverniers sont les premiers à se jeter sur eux. Bilan : une vingtaine de morts, et la fin du régime des Ciompi. Un couvre-feu est imposé à la tombée de la nuit, tout rassemblement de plus de dix personnes interdit et les portes de la ville sont fermées. Les meneurs sont condamnés ou exilés, et, une à une, les conquêtes des Ciompi sont abolies par les
« gras » revenus au pouvoir. En réaction à cet épisode Révolutionnaire, la toute nouvelle guilde des Ciompi fut abolie et pendant quatre ans, la domination des guildes les plus puissantes fut rétablie.
En 1382, tout est fini. Les chroniqueurs peuvent commencer à effacer cette Révolte de la mémoire Collective, ou à la présenter comme une explosion de violence irrationnelle vouée à l'échec.

Un brasier éteint, un autre préparait la relève. En 1381 des paysans se Révoltent en Grande Bretagne, pendant la guerre de Cent Ans, et plusieurs dizaines de milliers de paysans revendiquant la fin du servage prennent Londres.

Richard II est le fils du Prince Noir, Édouard, celui-là même qui vainquit les Français à Poitiers mais mourut avant d'avoir pu régner. C'est ainsi qu'il a succédé en 1377 à son grand-père, Édouard III, le vainqueur de Crécy. Lorsque Richard II monte sur le trône, la situation du royaume est critique.
Sous l'effet des contre-offensives victorieuses de Du Guesclin, l'Angleterre a perdu la plupart des provinces qu'elle avait conquises en France pendant la première période de la guerre de Cent Ans.
Or le Royaume d'Angleterre dépend du sel de Bretagne et de Poitou (pour conserver la viande), des vins de Guyenne (qui est plus salubre que l'eau) et des Flandres auxquels il vend de la laine. La Paix n'étant pas signée malgré la trêve, le commerce transmanche est fortement perturbé. Cela fait beaucoup de revenus en moins pour la noblesse.
Or l'Angleterre est devenu du fait de sa forte production de laine un pays fortement artisanal et commerçant. Les villes ont obtenu en 1215 la Grande Charte qui leur concède la Liberté et le contrôle de la fiscalité via le parlement du fait du discrédit jeté sur la couronne par les défaites de Jean sans Terre face à Philippe Auguste.
Alliés commerciaux des tisserands Flamands, les Anglais avaient soutenu la Révolte des villes Flamandes dirigée par Jacob Van Artevelde. Ce dernier avait ainsi contrôlé les Flandres de 1338 à 1345. Mais le parti loyaliste reprend le contrôle de cette région en 1345. Les rois d'Angleterre ont alors fait venir des tisserands fuyant les Flandres pour ne plus être dépendants du contrôle de cette région par la France. Il existe donc de nombreux tisserands itinérants confrontés à un pays en crise économique et donc particulièrement mécontents de leur sort.
La grande peste de 1358 et 1359 à fait chuter la population rurale. Dès lors les paysans produisent moins de denrées alimentaires et les prix augmentent. Depuis le milieu du XIVè siècle, la situation du paysan anglais a sérieusement empiré. C'est lui qui a la lourde charge de payer la guerre du roi en France. Le Statut des Travailleurs de 1351, empêchant une hausse des salaires, a augmenté le mécontentement. Redevenant une force économique dans la société, ils peuvent donc prétendre à un rôle social plus important. Ils reçoivent donc très favorablement les idées Egalitaristes de John Wycliffe. Il envoie à partir de 1380 ses disciples, appelés les pauvres prêcheurs, dans les campagnes pour qu'ils fassent connaître ses thèses religieuses Egalitaristes. Le mouvement Lollard attira dans ses rangs des universitaires, des artisans, des marchands et même quelques Lords comme Lord Montacute et Lord Salisbury. Ces prêcheurs trouvent une large audience et on accuse Wyclif de semer le désordre social. Cependant, il ne s'engage pas directement dans la Révolte avortée des paysans en 1381, mais il est certain que ses doctrines influencèrent ceux-ci. En se conformant aux Écritures, Wyclif pense que les chrétiens sont en mesure de prendre en main leurs vies sans l'aide du pape et des prélats (dignité ecclésiastique catholique conférée par le pape, le plus souvent honorifique mais pouvant comporter une juridiction territoriale ou personnelle – évêché, abbaye, etc), donc ni des nobles non plus.
De manière inverse, la demande en biens manufacturés s’est fortement décru suivant la démographie. Les temps sont durs pour les artisans et commerçants et particulièrement pour les tisserands itinérants flamands.
L'augmentation des impôts par capitation (dont la noblesse et le clergé sont exemptés) en 1380 aggrave le mécontentement général. Les nobles anglais revenus au pays et nécessitant des finances pour entretenir leur train de vie et leur armée extorquent des impôts à leurs paysans et laissent piller le pays par leurs soudards (ils ont pris l'habitude de payer leur armée par des chevauchées qui sont de vastes opérations de pillage à travers les campagnes françaises). Cette habitude va attiser un profond ressentiment à l'encontre de la noblesse déjà discréditée par ses défaites à répétition en France. Les routes n'étant plus sécurisées (ce qui est pourtant le rôle de la noblesse) le commerce est fortement perturbé et la colère monte aussi en ville.

Le nouveau roi n'a que dix ans à son avènement et doit laisser la régence à son oncle, Jean de Gand, un baron avide et détesté du Peuple, qui va lever de nouvelles taxes pour pallier l'appauvrissement de la noblesse. Ce sera l'origine de violentes secousses sociales et politiques.
On peut noter qu'au même moment, de l'autre côté de la Manche, le jeune roi de France Charles VI se trouve aussi placé sous la détestable tutelle de ses oncles avec les mêmes conséquences sociales.
En 1380, le Parlement décide la levée d'une nouvelle poll tax et l'envoi de commissaires royaux dans les campagnes pour éviter les fraudes.
C'en est trop pour les paysans, ils prennent les armes contre les nobles pour mettre fin à la gabelle et aux impôts, autant qu’à l’oppression seigneuriale.
Au début de 1381, la Révolte éclate en Essex et se répand vite dans le Kent, le Sussex, le Norfolk. Partout, les nobles fuient, les châteaux brûlent. L'un des meneurs, le prédicateur John Ball, prêche l'Egalité entre les humains. Poète Révolutionnaire ô combien en avance sur son temps, John Ball, écrivit en particulier ce verset séditieux : « Quand Adam bêchait et Eve filait, Qui était le gentilhomme? », « De quel droit ceux qui s'appellent seigneurs, dominent-ils sur nous? A quel titre ont-ils mérité cette position? Pourquoi nous traitent-ils comme des serfs? Puisque nous descendons des mêmes parents, Adam et Ève, comment peuvent-ils prouver qu'ils valent mieux que nous, si ce n'est qu'en exploitant nos labeurs, ils peuvent satisfaire leur luxe orgueilleux ? ». Arrêté en mai par les gardes de l'archevêque de Cantorbéry, Simon de Sudbury, il annonce : « Il y aura 20,000 hommes qui vont me libérer. »

Un soldat du Kent dénommé Wat Tyler prend la tête des paysans.
Après la guerre française, Wat Tyler était retourné travailler sur sa terre dans le Kent. Un percepteur royal se présente chez lui et tente de se payer en essayant de violer sa fille, une adolescente de 15 ans. Encouragé par ses voisins, Tyler assassine à coups de marteau l'agresseur de sa fille. Les paysans du Kent, qui connaissent sa valeur, l'élisent chef des Rebelles. Celui-ci, qui ne peut plus revenir en arrière, accepte.
Leur première direction est Cantorbéry où ils Libèrent John Ball. Puis ils décident de marcher sur Londres. Sur leur chemin, ils ouvrent les prisons et décapitent les juges qui tombent entre leurs mains. Le 10 juin, lorsqu'ils arrivent aux portes de la capitale, ils sont près de 100 000 Insurgés qui exigent de parler au roi. Wat Tyler ne veut pas renverser le gouvernement mais exige des réformes. C'est pourquoi il veut négocier avec le roi. C'est pourquoi aussi il impose une discipline à ses hommes en interdisant les pillages et en punissant de mort les fautifs. Mais le jeune roi joue d'astuce. Les tisserands moins aptes au combat que les paysans dont beaucoup avaient servis dans l'armée d'Édouard III ne purent opposer une force cohérente. Le 11 juin leur Révolte, conduite par Geoffrey Litster, échoue. Les paysans voyant les négociations capoter donnent l'assaut à la ville de Londres, le 12 juin. Les jours suivant les Rebelles sont rejoint par des citadins (en particuliers les artisans et commerçants) qui leur ouvrent les portes et les aident à planifier des attaques sur les cibles politiques dans Londres. Ils incendient le Palais de Savoie, où résidait le régent Jean de Gand (et oncle de Richard II). Il incendie aussi le Treasurer's Highbury Manor, ouvrent les prisons et détruisent les registres administratifs. Le roi se retranche dans la Tour de Londres et l'assaut est donné le 14 Juin. Lors de la prise de la Tour, l'archevêque de Cantebury est tué mais le roi s'échappe de justesse. Cette fois, il accepte des négociations avec les paysans. Alors beaucoup d'entre eux croyant leur cause gagnée et rentrent chez eux. Néanmoins, suite à l'appel de John Ball, de Wat Tyler et de Jack Straw leurs forces restent importantes.
Richard II rencontre Wat Tyler dans la prairie de Mile End le 14 juin 1381. Le capitaine des Insurgés exige l'abolition du servage, de la poll tax et du privilège de la chasse et de la pêche de la noblesse. Le roi veut gagner du temps car il sait que Robert Knolles est en train de lever une armée non loin de là. Il s'engage tout à la fois à affranchir les derniers serfs du royaume et accorder des hausses de salaires aux manouvriers, promet en sus une amnistie aux Insurgés et fixe rendez-vous au lendemain pour finaliser les détails de l'entente.
Le lendemain cependant, des Insurgés reprennent les pillages. Les représentants du roi demandent un nouveau rendez-vous à Wat Tyler pour s'en expliquer. Richard II s'est entouré de provocateurs qui s'amusent à insulter le chef des Insurgés. Celui-ci sort son épée. Prenant prétexte de vouloir défendre son roi, le Lord-Maire de Londres, William Walmorth, lui porte un coup d'épée qui le renverse. Il est aussitôt achevé par un écuyer.
Richard, qui a belle prestance, parvient à calmer les Insurgés présents. Il leur fait croire que Tyler est un traître qui a voulu l'assassiner et que lui, le roi, est leur véritable chef. Il leur promet qu'il respectera sa promesse et leur demande de se disperser.
Ce sera leur faute. Robert Knolles les attend à la sortie de Londres. Ils sont écrasés. Ceux qui ne sont pas tués s'éparpillent dans toutes les régions. Les représailles suivent. Des milliers de paysans sont exécutés. John Ball, capturé dans une ancienne abbaye, est pendu et écartelé. Ce n'est que le 30 août qu'un ordre royal suspend les représailles.
Par la suite, il ne fut plus question avant longtemps d'abolir le servage ni la poll tax. La Révolte va dès lors tourner court. Une dizaine de jours plus tard, l'ordre seigneurial est rétabli.

Comme si les Révoltes sociales ne suffisaient pas, l'establishment anglais doit aussi supporter la Contestation religieuse. Celle-ci vient d'un vénérable docteur en théologie d'Oxford, John Wyclif.
En 1376, Wyclif expose la doctrine de l' « autorité fondée sur la grâce », selon laquelle toute autorité est accordée directement par la grâce de dieu et perd sa valeur lorsque son détenteur est coupable de péché mortel. La pensée de Wyclif représente une rupture complète avec l'église, dans la mesure où il affirme qu'il existe une relation directe entre l'humanité et dieu, sans l'intermédiaire des prêtres. Pour lui, la véritable église est l'église invisible des chrétiens en état de
grâce : Wyclif met en cause le principe de l'autorité de la hiérarchie dans l'église et préconise la désignation du pape par tirage au sort. Il s'interroge aussi sur le sacrement de la pénitence et la pratique des indulgences. Il laisse clairement entendre que l'église d'Angleterre est pécheresse et coupable de corruption. Ses thèses religieuses Egalitaristes trouvent une large audience et on accuse Wyclif de semer le désordre social.
John Wyclif finit ses jours en paix en 1384 grâce à des protecteurs haut placés. Mais ses idées qui ont un parfum d'hérésie sont condamnées à titre posthume en 1415 au concile de Constance. La condamnation vient trop tard ! L'entourage tchèque de la reine Anne de Bohême, première épouse du roi Richard II, a déjà véhiculé ces idées à Prague où elles ont inspiré un autre prédicateur de talent, Jan Hus. Celui-ci, moins chanceux que Wyclif, est brûlé vif à Constance. Mais un siècle plus tard, l'Allemand Martin Luther marche sur ses traces avec davantage de succès. Ses prédications provoquent en effet une scission durable dans l'église catholique.

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20 janvier 2005 4 20 /01 /janvier /2005 21:52

 

Courants dissidents et hérésies, le début des guerres de religiosité
Télécharger le fichier : 03 - Les crépuscules des dogmes


Au XIè siècle, le catharisme se répand en Italie, notamment avec la fondation de l’évêché et de l’église de Trau (Tragurium) en Dalmatie.
L’évêque cathare Girard est accueilli par la comtesse de Monteforte, près de Turin. S’en suit le siège du château. Girard et d´autres réformateurs religieux Collectivistes, les Cathares, sont brûlés en public en Italie du Nord en 1030, notamment à Milan.
En 1055 a lieu un Soulèvement populaire contre la noblesse et le clergé à Milan (Italie du Nord).
En 1058, des religieux du monastère Sazawa (Bohème) sont condamnés comme cathares (le mot, forgé en Rhénanie vers 1160, amalgame le terme savant cathariste – secte manichéenne antique, dont l'étymologie grecque évoque la pureté – avec le populaire ketzer, catier – « adorateur des chats »).

Cathares, joachimites, vaudois, béguins, patarins, bogomiles, fraticelles, dolciniens ?
En fait, cette effervescence du monde chrétien émane des deux siècles précédents. A la suite de l'évolution de la société, de la croissance des villes et du commerce, la différence du niveau de vie s'accuse entre paysans, marchands, clercs, seigneurs. Avec l'émergence du laïcat, on se scandalise du relâchement des gens d'église : un clergé enrichi prêche la vertu aux indigents. C'est pourquoi on n'a jamais représenté autant d'Apocalypses, de Jugements derniers, de diables convoyant aux enfers bourgeois, seigneurs et prélats.

Avec le déclin du pouvoir carolingien et les invasions scandinaves en Occident (Vikings, Normands, etc.), l'église souffre à divers degrés de maux et de désordres :
* La féodalisation du clergé : de nombreux évêques et abbés sont devenus des seigneurs ; cela implique une insertion des prélats dans le système féodo-vassalique. Des principautés ecclésiastiques se sont formées à l'est de la France actuelle. L'archevêque de Reims est très puissant et possède des prérogatives comtales (ban, pouvoir de frapper monnaie, de lever les impôts). Ils doivent prendre en main la sécurité à l'intérieur de leur domaine.
Les paroisses rurales tombent aux mains des seigneurs ou de simples chevaliers qui nomment à leur tête des desservants peu instruits, parfois des serfs.
À l'ouest du royaume, les princes contrôlent leur clergé : par exemple, le duc de Normandie donne l'investiture aux évêques de sa principauté. Les évêques sont donc devenus des vassaux du duc et doivent par conséquent les mêmes services que les vassaux laïcs (notamment l'ost, c'est-à-dire le service armé). Certains clercs participent donc aux combats. Les clercs s'éloignent ainsi de leurs fonctions pastorales et religieuses.
* Le nicolaïsme atteint quelques évêchés : le principe du célibat et de la chasteté est battu en brèche en plusieurs endroits.
* La simonie : à quelques exceptions près (duché de Normandie par exemple), la simonie sévit partout. Les prêtres vendent les sacrements, s'adonnent au trafic des reliques et en tirent des revenus substantiels.
* Apparition d'hérésies : elles sont limitées et ne portent pas de nom précis. En 1022, le roi de France Robert le Pieux fait condamner au bûcher des hérétiques.
Face à tous ces problèmes, certains monastères essaient de remettre de l'ordre, dès les années 1020 (réforme clunisienne). Puis, la papauté décide d'intervenir, à partir de Léon IX.
Du côté institutionnel, on développe l'Autonomie du monastère. Guillaume d'Aquitaine leur concède une villa, force économique importante, sur laquelle l'abbaye va former sa seigneurie avec ses propres liens vassaliques. Dès sa fondation, elle se considère exempte de l'évêque (qui à cette époque peut être laïc et est nommé par le prince local) mais directement lié au pape. En 931, le pape permet au monastère d'accepter des moines venus d'ailleurs. L'abbé est élu par les moines qui ne sont soumis au joug d'aucune puissance terrestre, ni d’eux-mêmes, ni de leurs parents, ni de la grandeur royale ; d'aucun prince séculier, ni comte, ni évêque, ni même le pontife romain. L'abbaye se soustrait aux pouvoirs laïcs.
L'exemple de Cluny va séduire d'autres monastères et servir d'exemple. Dans la seconde moitié du Xè siècle, on passe à un réseau de communautés directement liées à Cluny. Ce seront des prieurés, d'abord local et régional, puis dans l'ensemble du monde méridional. Elle est alors une force politique et un réseau de communication qui dépasse les principautés et sur laquelle les souverains et le saint siège vont pouvoir s'appuyer pour construire des états et une Europe structurée.
Cluny atteint son essor définitif au XIè siècle. Elle est finalement considérée comme un ordre monastique à part entière, ses branches étant totalement Autonomes, et comme un puissant rapport politique international. A la fin du siècle, 1 000 monastères lui sont liés, et en dessous, les prieurés.
En fin de compte ces ordres ont une grande influence politique et vont jouer sur la nomination de monarques puissants capable de structurer politiquement l'Europe. C'est ainsi que Hugues Capet sera élu grâce à Adalbéron l'évêque de Reims qui vient de l'abbaye de Gorze. De la même manière c'est grâce au soutient des clunisiens que Hugues Capet pourra asseoir son pouvoir.
Ces ordres religieux au pouvoir politique et à l'influence spirituelle de plus en plus puissants, vont pouvoir lancer les mouvements de la paix de dieu et de la trêve de dieu. La dissolution de l'empire carolingien en de multiples principautés, a considérablement affaibli le pouvoir temporel. De fait l'église peut prendre une influence de premier ordre. Ses terres étant menacées par la noblesse dont une des sources principales de revenu est le pillage, elle œuvre pour canaliser les chevaliers brigands dès la fin du Xè siècle. À partir du concile de Charroux en 989, les hommes en armes sont priés de mettre leur puissance au service des pauvres et de l'église et deviennent des milites Christ (Soldats du Christ). Ceci est rendu possible par la monétarisation et la réforme de l'agriculture : il devient plus rentable de prélever des impôts sur ses terres contre protection que de piller. Ces mesures ont un effet stabilisateur très favorable à l'implantation de nouvelles exploitations et au développement du commerce.

L’élan de la Renaissance carolingienne se perd avec la dissolution de l'empire carolingien. Mais à la fin du Xè siècle (an mil), lorsque dans l'Orient européen a lieu la Renaissance macédonienne, la constitution d'états forts et structurés va faire ressurgir cet élan. Il s'agit d'une poussée technique, économique, démographique et artistique qui va permettre à l'Occident chrétien d'augmenter considérablement ses échanges avec le pourtour méditerranéen et de combler le retard culturel pris sur le monde musulman. Cet âge d'or, la période dite du bas Moyen Âge, dure environ trois siècles (950-1250), voit la création d'états centralisés puissants et une modification profonde de la société où se développent l'administration, l'artisanat et le commerce. De même l'art et l'architecture vont connaître une profonde évolution. Elle débouche au XIIè siècle sur l'âge d'or de l'occident médiéval.
Au Xè siècle, l'Europe est divisée en principautés, très Autonomes vis à vis des pouvoirs centraux. Les princes nommant directement leurs évêques, la papauté tout comme les couronnes royales et impériales sont très affaiblies. Il faut attendre le sacre d'Othon Ier en 936 pour retrouver un pouvoir fort à la tête du saint empire. Signe d'une réaffirmation de la présence royale, les décisions législatives se multiplient par cinq au cours de son règne. La royauté demeure élective, mais Othon arrive à faire passer le pouvoir à son fils puis son petit-fils.
De fait les rois et le pape ont des intérêts convergents et vont devoir s'allier pour récréer des entités politiques et religieuses centralisées.
Le pape Jean XII mène à bien une réforme religieuse ainsi qu'une vigoureuse politique d'expansion territoriale. Contre le roi d'Italie, Bérenger, il demande l'aide d'Otton Ier, roi de Germanie, et héritier de droits sur l'Italie par son mariage avec Adélaïde de Bourgogne. Jean XII le couronne empereur le 2 février 962. En échange, après moult négociations, Otton accorde le « privilegium ottonianum », confirmation de la Donation de Pépin : l'empereur reconnaît les états pontificaux (étendus jusqu'aux régions byzantines) en échange d'un serment de fidélité du pape, librement élu, aux représentants impériaux.
La mainmise d'Otton gêne cependant Jean XII, qui noue des contacts avec Adalbert, fils de Béranger, ainsi qu'avec Byzance : il reprend la tradition, abandonnée dès Adrien Ier (772–795), de dater ses actes à partir des années de règne des empereurs byzantins. Furieux, Otton revient à Rome et Jean doit s'enfuir. L'empereur convoque un synode qui juge le pape coupable d'apostasie, d'homicide, de parjure et d'inceste. Il le dépose le 4 décembre 963, ce qui constitue une nouveauté pour une assemblée d'évêques. Jean XII est remplacé par un laïc, le protoscriniaire, qui prend le nom de Léon VIII. Otton modifie son privilège : désormais, l'élection pontificale doit être sanctionnée par l'approbation impériale.
C'est ainsi que les Ottoniens font élire en 999 un de leur proche : Gerbert d'Aurillac, futur Sylvestre II précepteur du fils d'Othon II (Othon III). Celui ci favorise la création d'états structurés : il a influé sur l'élection d'Hugues Capet, puis créé les couronnes de Hongrie et de Pologne.
La modernisation de la société où les villes prennent de plus en plus d'importance conduit à la baisse progressive du pouvoir féodal et à l'instauration d'un pouvoir royal de plus en plus centralisé. Les villes vont prendre de plus en plus d'importance et d'Autonomie en Europe.

Inspirée du manichéisme, qui repose sur la dualité du Bien et du Mal, la religion cathare est condamnée comme hérésie au Moyen Age. Quoiqu'ils se disent chrétiens, ses adeptes sont violemment persécutés.
D'abord concrétisé sous la figure des divinités du paganisme que le christianisme romain des premiers siècles rejetait au rang d'idoles et abattait, le personnage du diable achève de se cristalliser à l'aube du Moyen Age. Se profile alors, dans l'imaginaire roman, la silhouette inquiétante et grotesque, effroyable et rutilante, du tentateur, du mauvais, ce cornu aux sabots fourchus dont la fonction est d'entraîner les âmes damnées dans la gueule de l'enfer.
Le diable chrétien est d'abord l'empereur de l'enfer éternel. Il est le prince de ce monde, répondent les hérétiques que l'usage actuel veut qu'on appelle les Cathares.
Le manichéisme est-il donc une doctrine satanique ? Il se pose au contraire résolument du côté de la Lumière divine, en dénonçant, face à elle, l'existence antagoniste d'un règne des Ténèbres, groupé autour de Satan. Selon l'enseignement de Mani, qui se considère comme prophète, la création du monde est le résultat d'une catastrophe cosmique, l'invasion brutale de la Lumière par les Ténèbres, qui l'ont engloutie dans la matière. Ici bas, le Bien se trouve en quelque sorte enfermé dans le Mal, et ce monde celui du mélange.
Les hérétiques diabolisés ne sont en réalité que des communautés de religieux dissidents. Tous ces mouvements sont apparentés entre eux par leur volonté de conformité apostolique et leur critique des nouvelles orientations de l'église romaine ; certains ne sont mus que par une volonté réformatrice (ainsi des Pauvres de Lyon, ou Vaudois, que seule l'attitude intransigeante de la papauté rejettera progressivement dans le schisme, puis l'hérésie). Les « proto-cathares » tirent l'évidence d'une opposition de deux églises, l'une de dieu et l'autre de ce monde (donc du mal, les papes et empereurs, princes de ce monde infernal). C’est la parabole du bon et du mauvais arbre, signifiant que leur propre église, évangélique et pauvre, montre par ses bons fruits qu'elle est fille du bon arbre, tandis que l'église romaine, riche et persécutrice, signe par ses fruits amers qu'elle est de mauvaise souche. Au début du XIVè siècle encore, le Bon Homme Pèire Autier prêchera l'opposition entre l'église qui fuit et pardonne et celle qui possède et écorche. On est là à la racine du dualisme Cathare.
C'est que le dualisme cathare se fonde à la fois sur les écritures chrétiennes (prologue de l'évangile et première épître de Jean, parabole du bon arbre, etc.) et sur toute une série de mythes parfaitement ancrés dans la religiosité médiévale : ainsi celui du grand combat décrit par l'Apocalypse entre l'archange saint Michel et « l'antique dragon », celui de la chute de Lucifer, ou encore le récit biblique de la captivité des « brebis d'Israël à Babylone », qui tous portent figure du diable emprisonnant les anges déchus.
Lucifer est une figure prométhéenne de la tradition judéo-chrétienne : il symbolise l’hybris (« démesure » en grec) – qui est le péché d'orgueil en termes chrétiens – soit la tentation de s'élever au-dessus de sa condition pour dépasser dieu. Il s'agit donc, du point de vue chrétien (qui conçoit le Bien comme passant par la fidélité à dieu et l’humilité), d’une figure du Mal. Un mythe, celui de la chute des anges rebelles, fait de Lucifer un ange qui fut déchu pour s'être rebellé contre dieu. Ce mythe relate son désir de puissance et sa lutte contre les anges fidèles à dieu, qui précédèrent sa déchéance. Lucifer signifie en latin
« porteur (-fer) de lumière (lux) ». Ce nom a pour origine la traduction latine, dans la Vulgate, du Livre d'Isaïe 14.12 par Saint Jérôme, qui traduisit le nom Heylel (nom de la planète Vénus en hébreu) par Lucifer. Chez les Romains, le dieu Lucifer (Phosphoros chez les Grecs) personnifiait la connaissance, à travers une figure qui mêlait des attributs d'Hermès et d'Apollon. Transposé dans la tradition du christianisme, Lucifer est le nom attribué au plus grand de tous les anges mais ce dernier, selon le « mythe de la chute des anges rebelles », fut poussé par son orgueil à se rebeller contre Dieu. Il devint alors
Satan (l'« adversaire »), roi des « démons » (anges qui, avec lui, se sont révoltés et ont chuté) et ennemi de l'humanité et de dieu.

Dualistes aussi, encore que d'une tout autre secte, les Bogomiles de Bulgarie, ou bougres. Si l’unité politique y avait été plus ou moins assurée par les Bulgares au VIIè siècle, il fallut attendre le IXè siècle pour que Rome y envoie des missionnaires, en même temps que Byzance, d’où une situation de conflit propice à l’établissement d’autres cultes, notamment d’inspiration dualiste car la domination des seigneurs bulgares sur les paysans passe pour avoir été particulièrement cruelle. Les membres de cette nouvelle communauté dualiste, la dernière à subsister, reçurent le nom de « Bogomiles ». Pour eux, comme pour beaucoup d’autres, le pouvoir terrestre est dérivé de Satan, le monde est celui du Malin. Mais le chrétien doit s’Insurger : le Bien peut vaincre le mal ! Ils protestent contre les impôts qui écrasent le Peuple et plaident également pour l’Emancipation de la femme qu’ils tiennent pour l’Egale de l’homme. On ne peut imaginer Contestation chrétienne plus totale au XIè siècle : quatre cents ans après, Luther et Calvin apparaîtront comme des réformateurs auprès de ces Révolutionnaires.

Des mouvements Contestataires se lèvent, appelant à la pénitence, à la sainteté de la primitive église, comme à Milan les patarins (vers 1055).
Deux courants y distendent les liens entre le clergé et la cité. D'abord, depuis la réforme grégorienne, le clergé se place en dehors et même au dessus du « monde » des humains (ainsi, dès le XIIIè siècle, un ecclésiastique entendant pouvoir être jugé seulement par ses pairs, les clercs ont des tribunaux spécifiques : les officialités). Notons aussi que les clercs possèdent leurs propres recettes fiscales et ce parce que leur budget n'a rien à voir avec celui de la cité. En réaction à ses privilèges que le clergé ne manque pas de mettre en avant, le populus exprime parfois son rejet de la cléricature et demande un retour à la pauvreté supposée des premiers chrétiens. Tel est le cas des Patarins de Milan qui au XIè siècle se réunissent autour d'une devise « l'unique voie menant à la perfection est la pauvreté volontaire ». Composé au départ du « Peuple maigre », le mouvement est rapidement rejoint par les artisans et les bourgeois dont l'industrie est en pleine expansion. Tous ces humains acceptent les dogmes de l'église, ils s'indignent seulement des privilèges et possessions de l'église alors qu'il existe de plus en plus de laissés-pour-compte. Les papes Nicolas II (1059-1061) et Alexandre II (1061-1073) ne remettent pas en question les privilèges de l'église. A contrario, ils condamnent les Patarins comme hérétiques et font assassiner leur principal dirigeant, Arinald de Carinate. Après s'être développé en Lombardie et en Toscane, le mouvement des Patarins finit par disparaître non s'en avoir mis un coup à l'autorité de l'église.

La vie intellectuelle était conçue par l'église en fonction du savoir qu'elle jugeait nécessaire au salut des humains et de l'image qu'elle avait de son rôle. A cette époque, pour l'église, il y a le « laïcus » et le
« clericus »: le premier est l'illettré, le second l'érudit. Cette seule distinction fait comprendre aisément que, pour l'époque, la culture savante était culture d'église. Au Moyen-Age, le « clerc » est tout à la fois l'homme instruit et l'homme d'église : il est clerc en vertu du monopole que l'église exerce sur la culture.
Mais, à l'encontre de cet état des choses, dès le XIè siècle et surtout en Italie du nord et du centre, on assiste à des transformations de la société, dues à l'essor des villes : les classes moyennes commencent à influer sur les formes de la propriété et sur le Droit, sur l'état, sur l'art, sur le savoir. C'est un bouleversement historique : de nouvelles classes sociales font leur apparition, avec leurs besoins moraux et spirituels et avec leur conception du monde et de la vie. En outre, le phénomène d'urbanisation s'accompagne de l'apparition dans les villes d'une population inorganisée et atomisée, masse d'individus non seulement pauvres mais qui ne peuvent trouver dans la société la moindre place. Leur fait défaut le soutien matériel et moral qu'offrent les groupes sociaux traditionnels. Ils sont prêts à répondre à toute création d'un modèle social nouveau.
La seule autorité qui fût universelle était celle de l'église; mais elle était battue en brèche. Une civilisation qui voyait dans l'ascétisme le signe le plus sûr de la grâce, doutait forcément de la valeur d'une église que le luxe et l’avarice infectaient manifestement. L'attachement du clergé aux choses de ce monde ne pouvait que provoquer la désaffection des laïcs. Le clergé constitué en caste avait rompu et relâché les liens spirituels avec les fidèles. Alors que la langue vernaculaire, le
« vulgaire », se parlait de plus en plus, le clergé restait attaché au latin : l’église bureaucratisait son activité évangélique. La rupture devient inévitable entre l'institution et sa base.

C'est surtout l'Italie communale, en raison de son avance dans cette évolution, qui nourrit le plus ces forces Contestataires qui vont devenir hérétiques. Les Luttes entre les évêques et les Communes étaient continuelles (entre Guelfes et Gibelins).
Le terme Guelfes est une francisation du nom italien guelfo (pluriel guelfi) qui provient lui-même du nom de la dynastie allemande des
« Welfs » et désigne la faction qui soutenait la papauté par opposition aux tenants de l'empire, les Gibelins.
Cette Italie, précisément, où l'Agitation à l'encontre de la puissance économique et politique de l'église était permanente, était comme imprégné d'hostilité envers le clergé. Ce terrain favorisa la percée des pensées hérétiques. L'Italie communale était de plus le champ des luttes entre les deux institutions mondiales d'alors, l'empire et la papauté; et par l'activité marchande qui s'y développait le lieu de maints échanges avec l'étranger. Elle était donc le siège d'un grand brassage international d'humains et d'idées, ce qui est fondamental pour la formation et la transformation des doctrines religieuses, comme d'ailleurs de toute la culture de l'époque.
C'est donc dans la vallée du Pô et dans l'Italie centrale que se sont développés les premiers mouvements hérétiques. Les premières tendances ainsi qualifiées eurent dès le départ un caractère de démonstrations antiféodales, pas forcément ni uniquement dirigées contre des clercs indignes.
Les Patarins étaient des pauvres qui prêchaient l'épuration des mœurs du clergé. Leur mouvement se développe parmi les artisans et les petits bourgeois de la ville, dont l'industrie est en pleine expansion. Leur prédication exalte la pauvreté physique et matérielle. Ce n'est pas aux dogmes de l'église qu'ils s'attaquent, ils ne prêchent pas une autre doctrine: ils cherchent tout simplement une réponse existentielle et spirituelle à la nouvelle situation sociale. Après ce dur échec, les Patarins prennent leur revanche dans d'autres régions; ils font des partisans dans diverses villes de Lombardie et leur influence pénètre également en Toscane. Leur devise « L'unique voie menant à la perfection est la pauvreté volontaire » révèle bien des choses: on y trouve le mot d'ordre d'une Révolte sociale en germe. Tous les prédicateurs itinérants qui se multiplient à partir de cette époque reprochent à leurs auditeurs de s'être écartés des commandements de l'évangile et les appellent à retrouver le mode de vie recommandé par les premiers apôtres. Ne sommes-nous pas devant une critique à peine déguisée du clergé, de l'église et de la politique de l'église ?

Coup d'épée dans l'eau selon certains, les courants hérétiques n'en cessent pas moins de se répandre en France méridionale comme en Italie. Ainsi, le catharisme et le valdéisme fissurent durablement les fondations de l'église romaine. Il faut dire que les hérétiques appuient là où ça fait mal en insistant sur les possessions démesurées de l'église. L'hérésie trouvait assurément un chemin favorable dans les milieux urbains d'autant que la richesse de l'église aiguisait l'appétit de certains laïcs avides ou de mettre la main sur les biens de l'église, ou de résister à la récupération des biens d'église usurpés.
Face aux hérétiques, Rome choisit l'autorité et la centralisation du pouvoir. Ainsi, le quatrième concile de Latran sanctionne toute dissidence. Qu'elle soit d'ordre religieux, politique ou culturel, l'hérésie devait être extirpée, anéantie par la force. Pour persuader les Communes de collaborer à cette chasse aux hérétiques, le pape Innocent III n'hésite pas à les menacer de l'interdit ou d'excommunication. Bien que très fortes, ces sanctions ne suffisent pas à dissiper les hérétiques du milieu urbain. Les menaces papales produisent même l'effet inverse car les villes entendent bien résister à l'ingérence du pape dans les affaires communales. Finalement, seule l'inquisition mettra un terme durable à la pensée cathare. Notons tout de même que les citadins s'Insurgent parfois contre la violence excessive des inquisiteurs.
Pour Innocent III cette offensive contre les « hérésies » fut l'occasion de transformer la papauté en monarchie absolue. Dans sa vision des choses, la religion chrétienne n'est au service ni de l'autorité civile, ni du pouvoir civil; elle est elle-même le pouvoir suprême qui conditionne le pouvoir temporel. Innocent III ne faisait d'ailleurs que redire ce que l'église avait toujours prétendu. Le quatrième Concile de Latran (1215), tenu après la première croisade contre les Albigeois, sanctionna donc toute dissidence, qu'elle soit d'ordre religieux, politique ou
culturel : l'hérésie devait être extirpée, anéantie par la force. Le Concile fit sienne la conception centralisatrice d'Innocent III ; il lui accorda les instruments de contrôle en délibérant sur l'obligation de la confession annuelle et sur la structure des paroisses : de communauté de croyants qu'il était, le Peuple se trouvait peu à peu transformé en une masse de sujets qui doivent obéissance.
On peut citer alors Valdès (ou Valdo, vers 1140-1217) et les Vaudois, ou Pauvres de Lyon.
Sans domicile fixe, vivant d'aumônes, ils vont par les chemins en prêchant à la façon, pensent-ils, des apôtres, refusant tout d'une église jugée corrompue, y compris les sacrements. Même motivation chez les humiliés de Lombardie, qui parfois rejoignent les vaudois, et chez les bégards ou béguins, mouvement d'artisans épris de vie pauvre et sainte, que le clergé, tout comme le pouvoir séculier, ne voit pas d'un bon œil.

Des temps nouveaux sont à la porte d'où naîtra une société nouvelle. En plus de leur recherche de pauvreté et de vie chrétienne communautaire, ils soulèvent la question de la prédication de l'évangile. En soi, cela ne constituait pas un mouvement Révolutionnaire. Mais le précepte de pauvreté volontaire, les préceptes évangéliques que Valdo défendait dépassaient le cadre strictement personnel et recouvraient un problème social qui pouvait avoir des répercussions politiques imprévisibles, en raison de l'interpénétration du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel.
Les Vaudois furent donc condamnés par l'évêque de Lyon en 1177. Ils furent chassés de la ville. Deux ans plus tard, après le troisième concile de Latran (1179 - Pape Alexandre III), ils figuraient dans la liste des mouvements hérétiques, considérés comme tels non seulement à cause de leurs erreurs, mais surtout en tant que Rebelles à l'église et à la société. Chassés de Lyon, et de France, ils trouvent alors refuge en Italie. Ils s'installent dans le Milanais où ils rencontrent les Patarins, les pauvres de Milan. Comme ces derniers, les Vaudois incarnent ce besoin de Liberté qui s'exprime par la revendication d'une foi plus responsable, plus personnelle, plus intériorisée.
Leur attachement à l'écriture et à l'instruction est à la base d'une prise de position religieuse très précise : la Bible n'est pas un livre sacré qu'il faut vénérer mais un livre qu'il faut lire. Ils refusent par conséquent les structures hiérarchiques et se prononcent ouvertement contre le serment qui était en fait la base des rapports sociaux de l'époque. Leur comportement est donc extrêmement Subversif : c'est une critique indirecte, mais radicale, des formes de la vie sociale de l'époque, qui enchaînent les humains les uns aux autres dans un rapport de sujétion.
Si leur mouvement n'avait apparemment rien de Révolutionnaire, ses adeptes prétendaient prêcher Librement dans les rues leur appel d'un retour à l'Evangile.
Or avaient-ils le droit à la prédication ? Là fut le heurt avec la hiérarchie ecclésiastique. Valdo lui même affirmait que sa vocation ne lui venait pas de l'église mais du seigneur. L'évangile l'interpellait directement, lui, le laïc, sans aucun besoin d'intermédiaire. La hiérarchie ecclésiastique ne pouvait tolérer une telle affirmation. Il en allait de son autorité et de son monopole en matière religieuse et dogmatique. D'où la condamnation de l'évêque de Lyon. Non seulement l'église interdit aux pauvres de Lyon toute activité susceptible d'échapper à son contrôle mais Valdo et ses disciples furent expulsés de Lyon comme hérétiques.

En 1194 Alphonse d'Aragon publie un édit contre les Vaudois et son fils Pierre II le Catholique prononce leur exclusion de ses terres. Dans le même temps commence la lutte contre les Cathares (1208 : première croisade contre les Albigeois). Mais il était certes plus facile de frapper un mouvement comme les Vaudois, qui socialement recrutait ses adhérents parmi les petits commerçants et les artisans, que les Cathares, qui avaient, en Occitanie, l'appui de la classe dirigeante féodale et d'une puissante bourgeoisie.
Au quatrième Concile de Latran (1215), le pape Innocent III fit proclamer que : « L'église universelle des fidèles est une. En dehors de l'église personne n'est sauvé ». L'institution de la confession obligatoire exprima avant tout une plus grande volonté de contrôle de la part de l'église.
Mais les Vaudois refusèrent de prêter serment de fidélité à l'église; attitude hérétique. Leur refus eut pour conséquence l'impossibilité pour les Vaudois d'assumer des charges civiles. Le message vaudois, en effet, mettait en question l'ordre établi : c'était une forme consciente de présence chrétienne dans le monde, capable de rendre Solidaires tous ceux qui souffrent. Le « pauvre » vaudois sait que la miséricorde de dieu s'adresse aux petits et non pas aux puissants. La pauvreté, voulue dans un premier temps pour gagner une certaine forme de Liberté dans l'évangélisation, devient, dans un deuxième temps, le choix des pauvres.
Cette pauvreté à l'image du Christ impliquait le refus catégorique de conférer à quelque croyant que ce soit, et surtout pas à l'institution ecclésiastique, le droit d'organiser ou de diriger le monde ou encore d'imposer des programmes politiques. A Bergame, en 1218, fut affirmé le droit d'une communauté d'élire elle-même ses ministres. Après avoir justifié théologiquement la prédication itinérantes de laïcs non investis de l'ordre sacré et pris le chemin d'une ecclésiologie indépendante, les vaudois revendiquaient ainsi la légitimité de leurs propres ministres.
Mais, dès 1210, l'empereur Othon IV avait signé un édit contre les Vaudois du diocèse de Turin. Et un siècle plus tard eut lieu à Pignerol le premier bûché vaudois. Ainsi pourchassés, les Vaudois se dispersent dans toute l'Europe. Ils entrent en relations avec les Hussites. Ils se sentent moins isolés et reprennent leurs pérégrinations pour prêcher la parole.

Néanmoins, les régions d'élection des Vaudois restent les hautes vallées du Piémont. Soulignons en effet d'abord le caractère très unitaire de ces régions alpines et indiquons aussi que l'installation des Vaudois coïncide avec la mise en culture de terrains jusqu'alors boisés. De plus, entre le Pô et la Durance (sur la route qui de l'Italie menait en Espagne à travers la Provence) le Montgenèvre était au centre des relations de l'Occident roman, dans lequel une langue commune fut l'expression d'une communion d'intérêts. Les vaudois vivaient de la sorte en marge de la société. Ce n'étaient pas des Révolutionnaires mais des Rebelles.
Quant à la permanence ultérieure des Vaudois dans ces vallées, elle traduit vraisemblablement la résistance d'une société de montagnards, encore enfermés dans leurs traditions patriarcales, face à l'avidité des seigneurs féodaux. L'esprit de solidarité entre ces montagnards se concrétisa juridiquement en de solides privilèges, processus d'émancipation qui se confond avec l'adhésion au valdéisme. La séparation vaudois/catholiques correspond ainsi à la division entre la classe paysanne et celle des seigneurs.
Le valdéisme disparaîtra peu à peu, surtout parce qu'il pêche par excès en remettant en cause les dogmes de l'église.

Rome a donc choisi l'autorité et la centralisation du pouvoir ; le souverain pontife et le clergé ont pour tâche de veiller à l'unité de l'église : que la dépendance sacramentelle en soit le ciment et que l'obéissance en devienne la vertu. L'église se devait d'affermir son pouvoir, trop de fissures commençaient à s'ouvrir. La papauté ayant réaffirmé son autorité et redéfini ses prérogatives en matière de défense de l'orthodoxie, la conséquence directe en fut bien sûr l'accroissement du nombre des idées tenues pour hérétiques.
Finalement, de part sa cathédrale et ses clercs, l'église est omniprésente dans les villes italiennes. De même, entre 1150 et 1350, alors que le pouvoir politique n'est pas toujours stable, l'église apparaît comme une permanence aux yeux des citadins. Face au développement économique sans frein, ces derniers ont tendance à se tourner vers cette valeur-refuge, au point de voir dans l'ascétisme le plus sûr chemin de la grâce. De fait, cette communauté citadine est sensible aux arguments des Contestataires, devenus hérétiques, qui soulignent la contradiction des clercs qui veulent en même temps être au dessus du monde des humains et posséder les biens de ce monde.

Mais dans l'église même, on aspire à la rénovation. L'ermite Joachim de Flore (1135-1202) prétend révéler le sens des Ecritures à partir de l'Apocalypse. Il y aurait trois âges du monde : du Père, du Fils et, passé le millénaire, du Saint-Esprit. Il précise même que l'avènement de ce dernier se produira en 1260. L'église en sera renouvelée, et régneront l'empereur de la Paix et le pape angélique. Ferveur réformatrice aussi, mais musclée, du politique et du religieux chez le chanoine Arnauld de Brescia, brûlé en 1155 pour avoir excité de dangereux troubles à Brescia et à Rome pour donner au Peuple un gouvernement indépendant de la papauté, était un hérésiarque né vers 1100, influencé par l'école de logique de Pierre Abélard. Il souhaitait accroître l'influence des laïcs, cantonner le pape à son rôle religieux, et en conséquence lui supprimer son pouvoir temporel. Ému des désordres, des corruptions et des conflits produits par les richesses de l'église et par l'immixtion du clergé dans les affaires du siècle, visant la pauvreté apostolique, Arnaud prêchait une réforme morale, consistant en l'abandon complet par l'église de tous ses biens et de tous ses pouvoirs temporels. Il fut un agitateur religieux, plutôt qu'un hérétique proprement dit : l'opposition qu'il fit au clergé de son temps permet de le qualifier de patriarche des hérétiques politiques.
Il est originaire de la ville de Brescia, en Italie. Il fait des études de clerc, et est nommé lecteur, un des 4 ordres mineurs sous l'ordre majeur du prêtre. Il part en France suivre l'enseignement d'Abélard. Il fait sienne la doctrine du logicien, préconise l'abandon par l'église de son pouvoir temporel et de ses biens, pour à nouveau se concentrer sur le message de l'évangile. Il revint dans sa patrie vers 1119 en tant que disciple particulièrement doué et zélé d’Abélard et reçut l’ordination sacerdotale. Il entra chez les chanoines réguliers et fut vraisemblablement le prévôt du monastère de San Pietro a Ripa. Il observait la règle et ses vœux de manière irréprochable. Ses adversaires les plus acharnés ne purent rien lui reprocher dans ce domaine, ce qui n’allait pas de soi à cette époque. De retour à Brescia, il agite l'église locale par ses théories. Il est condamné avec Abélard pour hérésie au concile de Sens en 1140, à l'initiative de Bernard de Clairvaux, qui recommande à Louis VII d'expulser le jeune théologien. Il s'enfuit alors à Zurich, où il exprime une fois encore ses sensibilités.

Presque chaque siècle de l’histoire de l’église après Constantin a vu des tensions entre la papauté et la ville de Rome. Au Moyen Age la ville était sous le contrôle de familles nobles rivales, qui se retranchaient dans leurs châteaux urbains et exerçaient leur domination en partie par la terreur. Ces familles nobles avaient naturellement des représentants dans le clergé, jusqu’au collège des cardinaux, et exerçaient en permanence une influence malsaine sur les élections papales et les décisions des papes en charge. Il n’était donc pas rare au Moyen Age, que des papes doivent résider temporairement dans une autre ville italienne à cause d’une telle tension.
En 1145, profitant de l'hospitalité du légat pontifical Guido en 1143/1144 pour revenir à Rome, il se joint à une Révolte urbaine qui chasse de Rome le pape et ses cardinaux, au milieu d'un mouvement singulièrement favorable à ses sentiments et vraisemblablement suscité par la propagation de ses idées. Il met en avant les anciens Romains et leur modèle d'organisation, ordonne la reconstruction du Capitole, la restauration du sénat et de l'ordre équestre. Le Peuple s’était enthousiasmé pour ses idées d’une séparation totale de l’autorité spirituelle avec l’autorité temporelle et voulait rétablir l’ancienne république romaine. Le pape devait vivre de dîmes et de dons volontaires et ne s’occuper que de questions spirituelles. Les Romains réussirent en 1143 à mettre sur pied un sénat particulier et à proclamer l’indépendance vis à vis de toute influence de la papauté. Les troubles qui s’en suivirent coûtèrent la vie au pape Lucius II. Eugène dut peu après son élection quitter la ville pour la même raison, pour passer presque tout son pontificat à l’extérieur.
Divers facteurs ont joué : la Lutte pour une constitution républicaine dans nombre de villes d’Italie depuis le XIè siècle, l’idée d’une séparation des domaines de l’église et de l’état, apparue à la suite de la réforme grégorienne et en fin de compte les idées et les discours, comme les paroles Subversives d’Arnaud de Brescia.
Il intensifie le mouvement, et le trop court pontificat de Célestin II ne parvient pas à calmer les troubles. Un peu avant la mort d'Innocent II (1143), les Romains s'étaient Révoltés contre lui et avaient constitué un sénat. Ils voulaient rétablir l'empire tel qu'il existait, alors que l'empereur et le sénat gouvernaient le monde. Ils invitèrent Conrad III à prendre le rôle des anciens empereurs, à ne plus permettre qu'il y eût de pape sans son consentement, ni que les prêtres s'occupassent de gérer les affaires temporelles. Le pape Lucius II, qui voulut combattre ce mouvement, fut tué, en menant ses troupes à l'assaut du Capitole (1145). Le Peuple somma son successeur, Eugène III, de se contenter du pouvoir spirituel, sans autres revenus que les dîmes et les oblations volontaires. Eugène III, qui n’était pas cardinal, ne fut élu pape unanimement que parce qu’aucun des cardinaux présents ne voulait accepter la direction de l’église dans une telle situation. Visiblement on cherchait quelqu’un qui n’était pas là et qui ne pouvait pas se défendre. Le pape quitta Rome, y revint, en sortit de nouveau, y revint encore, avec l'assistance du roi Roger et du parti modéré, mais finalement dut abandonner la ville, pour aller mourir à Tivoli (1153). Son successeur, Anastase IV, ne régna qu'une année. A l'avènement d'Adrien IV, les Romains lui demandèrent de reconnaître le régime nouvellement établi. Le pape exigea d'abord qu'on chassât Arnaud ; le sénat refusa. Un cardinal ayant été tué dans une Emeute, Rome, pour la première fois de son histoire, fut frappée d'interdit. Cette mesure terrifia le Peuple et le réduisit. Arnaud fut obligé de s'enfuir. Il trouva un refuge chez des barons de la Campanie; mais Frédéric Barberousse les contraignit de le livrer. Ramené à Rome, il fut mis à mort (1155), devant la porte del popolo, de grand matin, pour que le Peuple n'eût point connaissance de cette exécution. Les récits varient sur le mode de son supplice : suivant les uns, Arnaud aurait été crucifié; suivant les autres, brûlé vif, à petit feu; suivant d'autres, pendu, puis brûlé. Cette dernière version est la plus vraisemblable, à cause de la rapidité et de la clandestinité désirables. Toutes les traditions s'accordent à dire que son corps fut brûlé et les cendres jetées au Tibre, de peur que ses partisans ne recueillissent ses restes, comma les reliques d'un martyr.
Son hérésie doit être considérée dans le contexte de l'époque, agitée par la réforme grégorienne, qui fait naître en réaction de nombreux mouvements « traditionalistes » voulant retrouver la pureté de l'église. L'ambiguïté du pouvoir temporel du pape, qui prend de plus en plus d'importance, va jusqu'à diviser l'empereur, dépositaire traditionnel du temporel, et la papauté qui veut devenir la seule institution dirigeante de la société. Dans ce contexte, la séparation des pouvoirs que prône Arnaud de Brescia n'a pas dû toujours être considéré comme hérétique par certains, dont l'empereur. Arnaud de Brescia lui offre d'ailleurs son soutien, se livre à une critique vigoureuse de l'église, de la curie, du pape. En réalité, c'est le rapprochement du pape et de l'empereur, tous deux confrontés à des problèmes intérieurs, qui condamne le religieux, qui apparaît alors comme un réformateur apostolique. L'empereur, qui a besoin du pape pour assurer la stabilité religieuse dans son empire, va lui offrir Arnaud de Brescia, et signer l'arrêt de la Révolte romaine qui s'était amplifiée par sa passivité intéressée. Sa figure, devenue légendaire, est alors vénérée par les hérétiques et les Révolutionnaires italiens. À partir du XVIIè siècle, on le considère selon sa confession soit comme un hérétique, soit comme un combattant de la Liberté. Les écrivains du XIXè siècle inspirés par sa tentative de « restauration antique », en feront, de façon romantique, un humaniste éclairé.

La doctrine du Libre Esprit est à peu près contemporaine de la tradition joachimite, et elle a joué un rôle important dans les nombreuses manifestations qui se sont déroulées depuis le début du XIIè siècle jusqu'à l'époque de la Réforme du XVIè siècle.
Issue du mysticisme laïc, formé à l'école de théologie de l'Université de Paris, elle adopte une pratique considérée comme amorale en plus de la défense de la communauté des biens.
L'individualisme y était fortement cultivé, en même temps que le pragmatisme religieux venu de l'expérience mystique qui cherchait à se dispenser de l'enseignement doctrinaire des prêtres.
On considère que cette doctrine est à l'origine de l'Anarchisme moderne. La Liberté qu'elle apportait semblait si dangereuse aux yeux de l'église, qu'une bulle papale fut éditée en 1312, décrétant que les partisans de cette tradition devaient être livrés à l'inquisition.
L'Egalitarisme et le communisme ont été considérés comme les deux ferments philosophiques fondamentaux de la plupart des mouvements qui ont éclaté dans la civilisation occidentale, mais surtout dans les doctrines spirituelles, et ils sont également fort influents dans tous les mouvements qui ont contribué à la sécularisation et à l'essor des
« religions politiques ». La théorie de l'état de Nature Egalitaire participe également à cet état d'esprit sous-tendu par une foi universelle en l'amour Fraternel entre humains Egaux partageant des biens communs et Libres des exploitations et des oppressions entre eux.
Les précurseurs de la Réforme seront ainsi les Taborites, les Pickards, les Lollards, les Hussites, les Adamites et les Anabaptistes, parmi d'autres.
Leurs manifestations se radicalisent dans le contexte des paysans sans terre et par l'adhésion des couches sociales les moins favorisées.
Dans le même temps, le clergé constitué en caste a rompu et relâché les liens spirituels avec les fidèles. Les ordres mendiants permettront-ils de resserrer ces liens ?
La venue de François d'Assise (1182-1226), qui prêche la pauvreté évangélique et fonde l'ordre des frères mineurs, ou franciscains, permet à l'église catholique de reprendre le contrôle de ces initiatives clairement Anarchistes. Dans cette société médiévale, fondée essentiellement sur des structures ecclésiastiques, le franciscanisme représente une rupture culturelle vis-à-vis de la culture officielle. La spiritualité franciscaine propose une nouvelle forme de culture pour répondre aux besoins de cette société profondément en crise. Le message de Saint François et la création des ordres mendiants, leur culture, tracent une voie nouvelle pour créer un lien entre le Peuple et la vie religieuse. L'église laisse faire : Saint François ajoute au précepte de pauvreté celui d'humilité. L'humilité suppose l'obéissance dans laquelle les frères mendiants trouvent la Liberté dont ils avaient besoin pour agir dans le monde. Idéal de pauvreté absolue et prédication étaient les deux aspects fondamentaux de ces ordres mendiants. L'un permettait une Liberté totale et l'autre une approche directe avec les masses.
Mais voilà qu'à l'intérieur même de l'ordre, qui entre-temps a acquis une importance considérable, certains frères radicalisent encore leur exigence de pauvreté. Ils en font un absolu : selon eux, le Christ n'a jamais rien possédé en propre. On les appelle les « spirituels », parmi lesquels on trouve Pierre Dejean-Olieu ou Pierre de Jean Olivi (mort en 1298), Ange Clareno, Ubertin de Casale (vers 1259-1328). Ils trouvent un soutien en la personne de Célestin V, mais la démission de ce saint pape les abandonne aux tracasseries de Boniface VIII et de Jean XXII, pour qui la pauvreté n'a que peu d'attraits. Ajoutons à cela les multiples communautés plus ou moins issues de l'ordre franciscain, qu'on appelle fraticelli.

       
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20 janvier 2005 4 20 /01 /janvier /2005 21:42

02 - Piqûre annuelle de rappel de vinaigre

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« Hôtel de Commune. Vous voilà arrivés. Possibilité de garage superposé à 50 m, remplissage d'hydrogène nécessaire et disponible à proximité. »
« Merci Kitt. Fais ce qu'il y a à faire. Nous devrions être là dans deux heures ».

• Moa : Viens Esperanta ! Ça c'est le fameux Hôtel de Commune, symbole et siège de toutes les grandes Révolutions françaises/parisiennes. C'est véritablement la Maison du Peuple.

• Esperanta : C'est magnifique ! Et ça en impose.

• M : Oui (avec un petit rictus au coin des lèvres). Ça en imposait tellement, comme tu dis, qu'en ce temps-là, en ce monde-là, le pouvoir a toujours eu peur des Parisiens et de leurs poussées de fièvre Révolutionnaires. Du coup, dès que le Peuple a eu un peu plus de pouvoir, celui-ci fut de suite contrebalancé par une préfecture de police. Ce n'est que depuis 1977 de l'autre ère que la municipalité gère pleinement et sereinement la ville de Paris, avant il n'y avait pas de maire mais que le préfet de police de la Seine.

• E : Tu m'avais pas dis que tu insistais sur l'appellation Commune de Paris ??

• M : Si, mais en ce temps-là, en ce monde-là ce n'était pas le cas. Du moins, la ville ne méritait pas le nom glorieux de Commune de Paris. Surtout que la cité sortait de trente années de gestion par celui qui allait devenir le président de la république française. Un escroc arriviste, un self-made bouseux de Corrèze qui a su jouer de tout le monde jusqu'à arriver au sommet de l'état. Même parvenu au sommet, ces démêlés judiciaires n'ont fait que commencer, mais Jacques Chirac (le parrain de la Correza-nostra), connaissait plus de monde qu'il n'était vraiment malin. Donc il fut protégé par ses mandats présidentiels. Même ses adversaires politiques (que l'on nomme à tort socialistes), pour ménager la fonction et les institutions, ont tué dans l'œuf une possible mise en accusation du président, qui se doit d'être le plus exemplaire des Citoyens. Du coup il a pu se représenter et se faire réélire grâce à une fronde des Citoyens qui ont surtout voté aux extrêmes, puis ont du faire bloc contre le fascisme.

• E : Carrément ! Mais c'est une république bananière la France !

• M : On peut même dire que c'était une monarchie présidentielle avec sa cour, le « gratin » des puissants et des parvenus. Mais bon, il faut avoir une vision chronologique et globale pour mieux saisir le fonctionnement de l'autre système, qualifié de « démocratique » (laisse moi rire) afin de calmer les velléités Contestataires, puisqu'il suffisait de voter dans cinq ans pour que ça aille mieux. Hahahahahahaha.

• E : Qu'est ce qu'il y a de marrant ?

• M : Désolé ce n'est vraiment pas drôle, mais avec le recul, c'est tellement énorme. Je me demande comment les gens ont pu se laisser berner aussi longtemps. Mais surtout croire que les élections peuvent changer quelque chose. Si tel était le cas, le suffrage universel (mis en place définitivement en 1848 de l'autre ère) n'aurait jamais été adopté : trop dangereux pour les intérêts privés. Bref ! Allons voir cette piqûre de rappel de vinaigre, c'est pour ça qu'on est venu.

• Bien le bonjour, Dame et Sieur. Nous allons donc procéder aujourd'hui à votre incrémentation historique, plus communément appelée « piqûre annuelle de rappel de vinaigre ». Nous allons tout d'abord définir les groupes d'approfondissement. A l'occasion de l'anniversaire de notre civilisation, le thème de cette piqûre concernera la veille du Grand Soir, comment l'Humanité a enfin basculée vers l'Anarchie, c'est-à-dire vers son autogestion plutôt que par sa délégation de pouvoirs.

• E : (C'est quoi ces groupes d'approfondissement, Moa) ?

• M : (En fait, plutôt que de faire des groupes de niveaux où les gens peuvent se sentir dévalorisés car placés dans des « niveaux faibles », on demande le niveau d'approfondissement que les gens souhaitent avoir dans différents domaines).

• E : (Excellent ça ! C'est vrai que c'est sûrement plus efficace de demander aux gens quelle profondeur de connaissances ils souhaitent avoir, plutôt que de leur imposer un package informatif indigeste dont ils ne désirent pas la moitié des informations, car trop pointues par rapport à leurs besoins de savoirs).

• M : (Exactement. Alors ? Tu veux les connaissances de base ou tu préfères aller plus loin et approfondir ce thème de la veille du Grand Soir) ?

• E : (La question ne se pose même pas ! Bien sûr que je veux avoir un maximum d'informations sur ce thème. Qui sait, cela pourra peut-être m'aider à comprendre ma présence ici, voire même lever le voile sur le but de mon séjour dans ce Paradis terrestre).

• M : Dame, nous souhaiterions intégrer le groupe des connaissances accrues.

• Choix très judicieux. Si vous voulez bien me suivre, nous allons monter dans la salle des transmissions … du savoir.

La prof, Moa et moi, entrons dans une pièce sombre avec un cube au milieu. Il y a des sortes d'araignées géantes posées sur des têtes de mannequins.

• E : Excusez-moi Madame.

• Non mais dis donc, tu me prends pour qui toi ? Je ne suis pas ton gourou alors un peu de Respect s'il te plaît.

• M : (On dit excuses moi, Esperanta, je t'ai déjà dit que le vous n'était que pour le groupe ou les personnes que tu Respectes car tu les connais, ou envers qui tu veux mettre de la distance. Elle, même si tu la Respectes en tant qu'individu, tu ne la connais pas, donc tu la tutoies. Et ce n'est pas Ta Dame, donc pas de Madame s'il te plaît).

• E : Pardon Dame. Je ne voulais pas t'offusquer.

• Bon, mais fais attention. C'est pénible venant de gens qui ne nous connaisse pas. Ça nous donne l'impression que l'on nous flatte, ou que l'on marque son Respect avec l'intention d'obtenir une contrepartie. Bref ! Veuillez enfiler vos casques cognitifs !

• E : (C'est quoi ça encore les « casques cognitifs », Moa) ?

• M : (En fait ce sont les espèces d'araignées que tu vois là-bas posées sur les têtes. Tu le poses sur ton crâne et grâce à des électrodes, on peut te faire mémoriser toutes sortes d'informations et d'émotions. Ton cerveau et un ordinateur fonctionnent sur le même principe : des réseaux neuronaux et des programmes fonctionnel, le tout alimenté par de l'électricité (ainsi que des réactions chimiques pour les humains). L'ordinateur transfert l'information sous forme de 0 et 1 et le casque la met en forme de signaux électriques variés, directement assimilable par ton cerveau. Ainsi tu as les informations, et les sensations relatives à ces données (vue, touché, goût, odeur, ouie).

• E : QUOI ??? Arrête de déconner, c'est quoi ce délire encore ??

• M : C'est tout simple, quand dans le documentaire apparaît une situation, tu as l'impression de pleinement la vivre. Un exemple à la con, si quelqu'un mange une pomme, ta bouche (via ton cerveau) aura l'impression d'en croquer un morceau : ça aura le goût, la couleur, la consistance d'une pomme, mais cela n'en sera pas une. Pour des informations plus importantes, tu peux te faire incrémenter : ton cerveau stocke les données alors directement dans le néocortex (centre d'archivage des connaissances liées à la mémoire à long terme).

• E : Y a pas moyen, je mets pas ce truc sur ma tête ! Tu crois quand même pas que je vais laisser un ordinateur programmer ma mémoire, du moins le peu qu'il m'en reste.

• M : Mais t'inquiètes pas, tu vas voir, ça va bien se passer. Tu sais, le train aussi au départ les plus grands médecins disaient que si on le prenait, avec la vitesse et la force centrifuge, le cerveau se retrouverait écrasé contre le crâne, avec tous les dommages que cela entend. Mais jusqu'à preuve du contraire, ça n'a jamais tué personne de prendre le train (sauf en pleine face, mais c'est encore autre chose).

• E : Tu fais ce que tu veux avec tes neurones, moi je ne touche pas à ça, point final.

• Par contre, Demoiselle, je te conseille tout de même de suivre le cours explicatif complémentaire avec les hologrammes. Ces images en 3D seront de bons guides pour visualiser les choses.

• E : Ah ça, les hologrammes, j'ai rien contre, j'ai même tout pour !

• M : (Euh, Dame, si tu peux juste transférer les informations de base sur cette période pour moi, je n'aime pas trop remuer la merde du passé).

• (Très bien, comme tu veux tu choisis).



« Bien le bonjour et bienvenue à votre incrémentation historique. Je suis Al, le programme qui vous aidera à mieux comprendre le passé pour dûment apprécier le présent et construire un futur pérenne » :
Pour commencer, en guise de révision primaire, voici une analyse de l'état de ce monde-là en ce temps-là.


Etat des lieux




Selon le Conseil Européen, en 1995 de l'autre ère, si le monde était un village de 1000 habitants, il serait habité par :

584 asiatiques, 124 africains, 95 européens, 84 sud américains, 55 russes et anciennes républiques soviétiques, 52 nord américains, 6 polynésiens.

Il y aurait :
329 chrétiens (parmi lesquels 187 catholiques, 84 protestants, 31 orthodoxes), 178 musulmans, 167 sans religion, 60 bouddhistes, 45 athée, 32 hindous, 3 juifs, 86 autres religions.

Parmi d'autres langues, les habitants du village parleraient:
165 mandarin, 86 anglais, 83 hindou/ourdou, 64 espagnol, 58 russe, 37 arabe. Cette liste ne comprend que les langues maternelles de la moitié du village. L'autre moitié parle (par ordre décroissant) le Bengali, le Portugais, l'Indonésien, le Japonais, l'Allemand, le Français et 5000 autres langues.

Population, Santé et Education :
330 des 1000 habitants du village mondial sont des enfants, et seulement 60 ont plus de 65 ans.
50% des enfants sont immunisés contre des maladies évitables telles que la varicelle ou la poliomyélite.
Moins de 50% des femmes mariées ont accès ou utilisent des moyens de contraception.
Environ 300 personnes ont accès à l'eau potable.
Parmi les 670 adultes du village, la moitié est analphabète.
Chaque année, il y aura 28 naissances, 10 décès, dont 3 seront provoqués par la famine et 1 par le cancer.
Parmi les décès, on comptera 2 bébés ayant moins d'un an.
Parmi les 1000 habitants du village, 1 sera infecté par le HIV. Cette personne n'aura pas encore développé de maladie provoquée par le syndrome immunodéficitaire (SIDA).
Avec 28 naissances et 10 décès, la population du village comptera 1018 habitants l'année prochaine.

Environnement et Economie :
Dans cette communauté de 1000 habitants, 200 personnes bénéficieront de 80% des revenus (loi des 20/80 %) ; 200 autres recevront seulement 2% des revenus.
Parmi les 1000 habitants, 70 personnes possèdent une voiture (bien que parmi ces 70 personnes, certaines possèdent plus d'un véhicule).
Le village dispose de 3 hectares par personnes, au total 3000 hectares, desquels :
350 hectares sont destinés à l'agriculture, 700 hectares sont destinés au pâturage, 950 hectares sont boisés, 1000 hectares sont des déserts, toundra, surfaces pavées ou autres terres en friche.
Le village utilise 83% de ses fertilisants pour 40% de ses cultures, propriété des 270 personnes les plus riches et les mieux nourries du village. L'excès de ces fertilisants pollue l'eau des lacs et des puits.
Les autres 60% des cultures, fertilisées avec les 17% restant de fertilisant, produisent seulement 28% de la nourriture mais nourrit néanmoins 73% de la population. Le rendement moyen de grain récolté sur cette terre, représente 1/3 de la moisson réalisée par les plus riches villageois.

Parmi les 1000 habitants de ce village, on compte :
5 soldats, 7 professeurs, 1 docteur, 3 réfugiés de guerre ou fuyant la famine.
Le village génère un budget global (secteurs public et privé) annuel de 3,2 millions d'euros (somme réelle dans le cas d'une distribution équitable (ce qui n'est pas le cas).
Sur cette somme :
185 000 € sont utilisés pour l'armement ou la guerre, 162 000 € sont utilisés pour l'éducation, 134 000 € sont utilisés pour la santé.
Le village a concentré suffisamment d'engins nucléaires pour être rayé de la carte.
Cet arsenal est sous le contrôle de 100 personnes. Les autres 900 personnes les observent dans une grande anxiété, se demandant si elles apprendront un jour à cohabiter; et si elles y arrivent, si elles ne finiront pas par être victimes d'un désastre nucléaire provoqué par inattention ou par un dysfonctionnement technique ; ou encore, si elles parvenaient à désactiver les armes nucléaires, où dans le village mondial elles pourraient jeter les composants radioactifs.

• E : Putain, ça calme !!!! (dixit Esperanta)

• M : Eh ouais (soupir), quand on relativise à un niveau plus réaliste, on s'aperçoit de suite des problèmes. C'était sauvage en ce temps là, en ce monde là !

• E : Mais comment le monde a-t-il pu partir en sucette comme ça ? C'est pas possible !

• M : Malheureusement si !! (énooooorme re-soupir). Mais ça, ça fait parti d'un autre cours, on verra ça plus tard, si tu voudras bien.

• E : Euh… Non, je veux pas ! Je veux savoir maintenant et de suite, c'est important pour moi pour bien comprendre !

• M : Tu as vraiment beaucoup de choses à apprendre pour vivre dans notre monde, petite scarabée !! Première chose : on ne dit pas « je veux », mais je voudrais ou mieux, je souhaiterais. Tout est toujours soumis à des paramètres extérieurs et intérieurs qui font que rien n'est jamais acquis ! C'est bien beau de vouloir, encore faut-il pouvoir ! Deusio : tout vient à point pour qu'y sait attendre.

• E : Ouh ! Fang de chichoule ! Ça me trou le cul ce que tu dis là, c'est profond !.... et tellement vrai et vérifiable (soupir aussi).

• M : Tu es déconcertante ! Mais tellement fraîche et pure. Tes mots sortent bruts de décoffrage, mais ils sont si forts et criants de vérité, c'est un pur bonheur.

• E : Hum, oui excuse moi. Autant pour moi. Des fois je m'emporte et je tiens un vrai langage de charretière. Mais comme tu dis, je ne vois pas comment exprimer aussi clairement mes sentiments qu'en parlant si franchement, sans enrobe verbale.

• M : Mais tu n'as pas à t'excuser. Ta personnalité est ainsi faîte, et c'est ce qui lui donne tout son charme et son originalité. Si tu n'existais pas, il faudrait t'inventer !

• E : Alors, justement, maintenant que tu en parles, j'ai une grande question à te poser.

• M : Houlà, ça à l'air sérieux vu l'air grave que tu prends.

• E : Ça l'est, enfin, en tout cas c'est important que je sache. Voila : est-ce que je suis morte ? Sommes-nous au Paradis ici ?

• M : Ahhh ! Tu m'as fait peur, je croyais que ce serait pire comme question.

• E : Ben, je sais pas ce qu'il te faut alors !

• M : Euh…. (no comments)

• E : Aïe !! Mais t'es pas bien dans ta tête toi !!!

• M : Si tu ressens la douleur physique, c'est que tu es dans une réalité (car même en rêve - autre réalité construite par la pensée, vue de l'esprit, comme la « vie réelle » - tu peux somatiser, ressentir des scènes douloureuses). Non, pour répondre à ta question, tu n'es pas morte ! Alors, heureuse !?

• E : Bah oui, malheureux ! Quand même : la vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la vie !

• M : Juste pour savoir, d'où t'es venue cette idée quelque peu saugrenue ?

• E : C'est que depuis le début où je suis ici, j'ai des impressions étranges de déjà vu mêlées à un sentiment de grand doute existentiel. Tout ce monde est trop beau pour être vrai ! Pour autant, nous sommes à Paris, je te parle et ressens la douleur physique que tu m'as provoquée,…. mais, …ici, c'est comme si je déambulais au milieu de la foule, personne ne réagit à moi. Je me sens comme un fantôme qui ne peut interagir qu'avec d'autres fantômes.

• M : Comme moi donc, par exemple.

• E : Euh, oui du coup, mais ne le prend pas mal.

• M : No soucailles ! C'est juste, comme je te l'ai déjà dit, que chacun vit sa vie sans se soucier des autres, sauf si quelqu'un a besoin de quelque chose. Ce n'est pas de l'individualisme extrémiste, car nous Utopiens nous sommes à la disposition des autres, ni du communisme moulant où tout le monde se doit d'être pareil et enfermé dans un dogme. Notre mode de vie est le Collectivisme : concept (plutôt que vérité absolue) issu de Pierre-Joseph Proudhon, le père français de l'Anarchisme moderne, ennemi juré de Karl Marx, père allemand du communisme (l'autre, l'autoritaire :-(

• E : Ok, d'accord ! Mais tu parles d'Utopiens. C'est quoi ça encore ?? Je débarque tu sais.

• M : Les Utopiens sont les habitants de ce monde ! Ils vivent en Paix, d'Amour, d'Harmonie avec les autres et le monde qui les entoure, mais aussi bien sûr d'Activité (plutôt que travail, symbole de tourment et de souffrance, comme son nom latin l'indique : tripalium, instrument de torture formé de trois pieux). Leur devise est Liberté, Egalité, Fraternité, et Révolution Autogérée Permanente ! Ce ne sont pas des mots, c'est un art de vivre et un mode de penser. Nous sommes très à cheval sur le Respect de nos valeurs Collectives.

• E : Utopiens, habitants de ce monde, tu ne dis jamais « à l'époque » mais « en ce temps-là, en ce monde-là », tu précises toujours « là-bas » en parlant du passé : Puta Madre, je suis où exactement ??? Vous êtes des aliens, vous avez arraché Paris pour la mettre sous cloche et les humains sont vos animaux de compagnie, c'est ça ???

• M : Mais non, t'inquiètes pas, je suis tout autant humain que toi ! Même si j'ai un nez aquilin (crochu), des pieds grecs et les yeux égyptiens (espiègles et mystérieux). Je te rassure, tu te trouves toujours dans le même monde et la même dimension que ce que tu connaissais.

• E : Mais alors pourquoi cette occultation du passé ? Même si il n'a rien de glorieux par certains aspects, c'est tout de même lui qui constitue la base de votre société.

• M : QUE NENNI !!! Malheureuse, nous, Utopiens, nous ne nous sommes certes pas créés tout seuls, mais nous avons fait une telle autocritique par rapport au passé, que notre type de civilisation, notre culture, nos mœurs, n'ont plus rien à voir avec celles des temps archaïques. C'est pour ça que je dis à juste titre : c'est un autre monde. Comme je l'ai vu dans un cours précédent, face aux dérives et abus du capitalisme et de la représentation politique, il se disait « à l'époque » (spécial dédicace, exceptionnelle, pour toi) : un Autre Monde est Possible ! Ils auraient dû rajouter « Just Do It !» (alors faîtes le), et même « Do it yourself » (faîtes le vous-mêmes), car personne ne l'aurait fait à leur place (et encore moins comme le Peuple le souhaitait). Finalement, à force d'encaisser, il faut bien que ça sorte : les Citoyens ont fait le Grand Soir, Pacifiquement, en l'An 01 d'Utopia.

• E : Et euh…c'est quelle date ça pour moi ?

• M : En l'An 01 ! Sinon, je n'en sais rien, nous n'accordons aucune valeur à la chronologie grégorienne, avec cette idée absurde de créer des années négatives (par rapport au « 0 » - qui n'existait pas à l'époque - de l'ère chrétienne censé être la naissance du Christ, alors que Jésus serait né en - 6 avant « son ère »). Aujourd'hui nous sommes en l'An 51, mais c'est pareil, ça ne t'aidera pas des masses.

• E : Et pourquoi avoir pris le nom d'Utopia ?

• M : C'est le nom de l'œuvre écrite en 1516 par le chancelier d'Angleterre, Thomas More (1478-1535) surnommé « le Socrate chrétien » : « La nouvelle forme de communauté politique et la nouvelle île d'Utopie » (dans le sens, qui ne se situe en aucun lieu, et qui peut donc être partout à la fois). Il y décrit sa vision pour réaliser sur terre une société Egalitaire, juste et heureuse, fiction et politique formant une conjonction inédite. La ville d'Utopie est également le royaume de Gargantua et Pantagruel, les héros de François Rabelais (1494-1553). De plus, l'Anarchie Egalitaire pour créer un monde plus heureux était toujours considérée comme une utopie, mais elle cessa d'en être une lorsqu'elle fut réalisée (comme toute utopie présente car limitée par la technologie ou des facteurs humains, jusqu'à ce qu'on dépasse tout ceci).

• E : D'accord. Tout doucement les choses se précisent un peu plus pour moi et je commence enfin à avoir de bonnes pistes de réflexion sur ma présence ici. Mais, euh, tu vas vraiment me prendre pour une pauvre fille inculte, mais, hum, c'est quoi exactement le Grand Soir ?? Ce nom me dit quelque chose mais je ne saurai l'expliquer.

• M : Très bonne question, …merci de l'avoir posée ! En fait, le Grand Soir s'inscrit dans la méthodologie d'Emancipation des classes laborieuses. Il fait partie du triptyque Révolution Sociale – Grève Générale – Grand Soir. Issue de la Révolution française et des bouleversements politiques du XIXè siècle, l'idée de Révolution obéit le plus souvent à la logique du « coup d'état » lorsque, à l'occasion conjoncturelle et providentielle d'une crise (économique, militaire, morale, etc.), d'une mobilisation de l'opinion publique et de mouvements de foules en colère, une avant-garde politico-idéologique entreprend de s'emparer du pouvoir d'état, le plus souvent à travers un changement de « Constitution » ou de « régime » (royauté, république, oligarchie, empire, dictature, etc.). Un moment supplantée par l'idée de « Révolution Sociale » (notablement différente car là il s'agit de changer la société pour faire évoluer l'humain, alors que la Révolution se « contente » de modifier les enjeux de pouvoirs sans prendre le mal à la racine : la mentalité des individus et la psychologie des masses), la vieille illusion d'une Révolution politique a retrouvé une certaine actualité au cours des crises du XXè siècle, principalement dans le cadre du marxisme, lorsque la question du pouvoir et de l'état redevenant quelque temps un problème-clé, la soi-disant dictature du prolétariat est venue, à côté du fascisme et du nazisme, mais aussi des luttes de libération nationale, s'ajouter au long cortège des travestissements que les états n'ont jamais cessé d'inventer pour perpétuer leur domination. Dans sa nouveauté et son originalité, la Grève Générale est la cristallisation et l'aboutissement de deux autres façons, radicalement différentes, de concevoir l'Emancipation : la Révolution Sociale et le Grand Soir.

• E : Ah ouais, en fait c'est une évolution des moyens d'action face aux pouvoirs qui s'accrochent contre vents et marées à la logique de changement issue du Peuple.

• M : Exactement : en devenant sociale, au cours du XIXè siècle (avec la « question » du même nom), la Révolution cesse d'être pensée au niveau surplombant et miraculeux de l'état, du pouvoir politique et des grands appareils de pouvoir. Elle agit au contraire à l'intérieur des rapports sociaux, sur le terrain des classes et des différences, de la propriété et de la justice, des rapports d'autorité et des modalités d'association, là où se joue l'ordre ou l'équilibre général de la société, d'une multitude de façons et à travers une transformation d'ensemble (parce que multiforme) qui rend caduques les grandes instances dominatrices que sont dieu, l'état et le capital. Synonyme d'une Révolte polymorphe contre l'ordre existant, une Révolte qui refuse d'être instrumentalisée par quoi que ce soit, qui devient l'unique sujet de l'Histoire Emancipatrice, la Révolution Sociale cesse également de s'identifier aux seuls mouvements de foule, aux seules « journées Insurrectionnelles ».

• E : La Révolution Sociale remet intégralement en cause en fait les fondements et structures de nos sociétés dites « modernes » mais dont les bases et principes sont archaïques ? Et donc, l'autre outil pour briser les chaînes de la servitude volontaire ??

• M : Le Grand Soir : Mûrie au cœur des choses, aguerrie par des luttes incessantes, forte d'un réagencement d'ensemble des forces Emancipatrices, c'est toute armée de sa puissance que la Révolution Sociale peut enfin déboucher sur un embrasement général, le Grand Soir, où tout se trouve transformé puisque tout a contribué, sans hiérarchie, sans distinction tactique et stratégique, à ce mouvement de transformation. Vieille idée plongeant dans l'histoire et l'origine des grandes sociétés étatisées, de la Chine à l'Europe et au monde Arabe, le Grand Soir et sa dimension apocalyptique, sous sa forme populaire, mais aussi mystique et religieuse, exprime, sur le terrain du temps, le caractère radical et général des transformations dont la réalité est capable.

• E : Euh, je suis un peu larguée là, tu peux développer sur le Grand Soir ?

• M : Contrairement à la Révolution et à ce que l'on pourrait croire, la radicalité temporelle du Grand Soir n'est pas liée à l'avenir, à des changements à venir n'existant actuellement que comme promesse « Utopique » dont la conquête du pouvoir serait la garantie, qui confierait au pouvoir le soin de lui donner une réalité à venir, un jour, plus tard... (le « communisme », la disparition de l'état, etc.). La radicalité temporelle du Grand Soir est toujours liée à une antériorité et à une puissance accumulée : une antériorité ou un passé qui se confond avec le présent puisqu'il qualifie l'état actuel des choses, une puissance Emancipatrice capable de rendre effectif le point de non-retour du changement social, la transmutation dont le Grand Soir est la manifestation finale. Alors que la Révolution est pensée sous la forme d'un point de départ, le point de départ d'une transformation à venir, le Grand Soir est pensé comme un aboutissement, l'aboutissement d'une transformation déjà réalisée.

• E : D'accord ! En fait, la Révolution Sociale est une rupture où le Peuple redéfinit tous les rapports et fonctionnements sociaux (politique, économique, judiciaire et religieux pour ce qu'il en reste). Le Grand Soir est alors l'aboutissement de ces alternatives suffisamment expérimentées pour supplanter le système des dominations.

• M : Tu as été révolutionologue dans une vie antérieure ? Et en fait, la Grève Générale donne corps au Grand Soir et à la Révolution Sociale. Dans le contexte ouvrier et syndical de la fin du XIXè siècle, la Grève Générale est pensée comme l'aboutissement d'une multitude de Luttes et de transgressions locales et partielles, se nourrissant de leur propre mouvement, de leur propre contagion. À travers la multiplication, d'une part d'institutions ouvrières et de syndicats épousant la totalité des aspects de la vie, d'autre part de Grèves et de conflits partiels et autonomes, sans cesse répétés, les mouvements ouvriers Libertaires travaillent à une subversion générale de la société, à la dénaturation de l'ordre existant au profit d'un agencement d'ensemble radicalement nouveau, agissant dès maintenant dans tous les aspects de la vie, et dont la Grève Générale et Insurrectionnelle, la « Lutte Finale » de l'hymne de l'Internationale (rédigée à la fin de la Commune, après la Semaine Sanglante), se contentent de révéler la puissance.

• E : Donc, si j'ai bien compris, l'Humanité pourra briser ses chaînes serviles lorsqu'à force de se battre quotidiennement pour faire évoluer les rapports sociaux vers plus d'Egalité (Révolution Sociale), après avoir testée en parallèle des systèmes Alternatifs qui auront fait leurs preuves d'efficacité, les humains stopperont toute activité pour se consacrer à leur Emancipation par la Lutte contre ses ennemis et à la mise en œuvre d'une nouvelle société déjà testée et éprouvée. Grève Générale, on arrête tout et on fait le Grand Soir qui change tout !!!

• M : T'es vraiment trop forte ! Dans le projet d'une Grève Générale pensée comme un « maximum » de puissance et d'action, comme le degré « maximal » de l'« action directe », « Lutte quotidienne » et « œuvre préparatoire de l'avenir » ne font plus qu'un. Grâce à « l'incomparable plasticité » de « l'action directe », à son caractère polymorphe et à sa généralité, « les organisations que vivifie sa pratique » peuvent enfin « vivre l'heure qui passe avec toute la combativité possible, ne sacrifiant ni le présent à l'avenir, ni l'avenir au présent, jusqu'au déclenchement général ! jusqu'au jour où la classe ouvrière, après avoir préparé en son sein la rupture finale, après s'être aguerrie par de continuelles et de plus en plus fréquentes escarmouches contre son ennemi de classe, sera assez puissante pour donner l'assaut décisif [...] l'action directe portée à son maximum : la Grève Générale (qui aboutira au Grand Soir) » (Emile Pouget, 1860-1931).

• E : Mais il y a un truc quand même qui m'échappe : dans mon rêve, j'ai l'impression que tout le monde souhaite le Grand Soir, mais plus personne n'y croit vraiment. Comment ça se fait, les humains se seraient-ils résignés ?

• M : Oui et non ! En fait, 20 ans avant le Grand Soir, les partis dits Emancipateurs (mythe de la Grande Gauche Révolutionnaire, mais plutôt réformatrice au niveau des partis institutionnels) ont trahi l'idée même de Grand Soir en s'alignant sur les modèles capitalistiques, considérés comme étant « naturels », du moins présents sans que l'on puisse véritablement les remettre en cause. Le capitalisme est une doctrine bête et méchante, source de servitude volontaire par son alliance avec le sabre et le goupillon (force-état et esprit-religions), il est ce qu'il est, mais il est en place : l'Humanité doit composer avec la bête immonde ! (soupir au-delà du réel).

• E : Mais comment l'Humanité s'en est-elle sortie vue comme elle avait pu perdre autant confiance en sa Libération ?

• M : C'est plutôt complexe, car il y eu d'abord un fantastique réveil des consciences, puis elles somnolèrent un peu (mais seulement d'un oeil) ! Laissons Al, notre ami silicien, nous répondre, il le fera sûrement mieux que moi.

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20 janvier 2005 4 20 /01 /janvier /2005 21:32

01 - L'Eveil

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CLING ! La dormeuse doit se réveiller !

Mes yeux essayent de s'ouvrir mais la lumière est aveuglante. J'émerge tout doucement, je sors de ma léthargie. J'ai mal à la tête, je suis encore dans les vaps. Je me relève. Mais qu'est-ce que je fais dans cette boîte ?!

Je mets le pied à terre. Je souffre le martyr, mes jambes sont lourdes. Elles ne peuvent me supporter, je tombe comme une masse. Il semblerait que je sois dans un local technique. Il y a pas mal de matériel autour de la boîte : des tubes qui en sortent et rentrent, un générateur, une console centrale ; mais c'est quoi ce délire !?!

On a vite fait le tour de la pièce ! Faut que j'aille voir dehors ce qu'il se passe, peut-être que ça m'aidera à comprendre ce qui m'arrive. J'ouvre prudemment la porte du cagibi, on ne sait jamais dans quoi je m'aventure. Bah ma foi, rien de spécial à signaler à première vue.
Je m'avance doucement vers la rue. Des gens se promènent, les gamins jouent, il fait beau, les oiseaux chantent : que du bonheur !
Mais où suis-je ? Dans quel état j'erre ? Où cours-je ?

Ça ressemble pas mal au Paradis ici !
Ah non ! C'est l'enfer plutôt !!! Tout est écrit en français et anglais : fucking shit, nous sommes tous devenus américains. Ils ont même poussé la communication encore plus loin avec du marketing sonore. Il y a de la musique partout, en fond. Tant pis, allons voir ailleurs comment ça se passe !

Un bus arrive à fond les gamelles, sans pour autant faire le moindre bruit. « Mais il est malade ce conducteur ! », je lui fais signe de s'arrêter, à cette allure là il va me passer sous le nez ou il risque fort de faire un accident.
Hein ! A comprend pas là. Sans même faire le moindre freinage d'urgence, la navette s'est stoppée comme une fleur.
Direction Père-Lachaise, …Père-Lachaise. Je ne sais pas pourquoi mais ce nom me dit quelque chose. Bon, je ne sais pas où je suis, mais il faut que je suive mon instinct.

« Un billet pour le Père-Lachaise, s'il vous plaît. » Le chauffeur me regarde bizarrement puis me rétorque en pensant que je ne dois pas être du coin : « C'est gratuit pour le bus et les autres moyens de transports aussi ». Ah bon ? Pour une nouvelle, c'est une bonne nouvelle !
Je m'assois et je boucle ma ceinture. Forcément avec les arrêts brutaux que fait cette navette, vaut mieux s'attacher.
Qu'est-ce qu'il y a ? Je ressemble à rien ? Les gens ne me calculent même pas. Non, c'est bizarre, j'ai mes plus belles fringues en plus. Je m'en fous de toute façon, chacun pense ce qu'il veut.
Ah, voilà déjà le Père-Lachaise. C'est quoi ce délire ? Le seul truc que je sois capable de me rappeler c'est d'un cimetière. Ouah, je vais pas bien là, il y a un souci.

• Euh. Bonjour. Excusez moi Monsieur. Qu'est-ce qu'il y a de spécial dans ce cimetière ?

• Bonjour. Déjà, merci de me tutoyer, le vous n'est là que pour le groupe ou pour un individu soit que l'on Respecte soit avec qui on veut mettre de la distance. Nous avons récupéré l'idée de l'anglais et d'autres langues qui fonctionnent ainsi. De plus, on ne dit pas monsieur, mais sieur, car je ne suis pas Ton sieur. Pour répondre à ta question, c'est là que sont enterrés de nombreux personnages historiques et qu'il y a bien sûr le fameux Mur des Fédérés.

• Pardon ? Je ne me rappelle plus très bien, de quoi s'agit-il de nouveau ?

• C'est ici que le 28 mai 1871 (fin de la Semaine Sanglante), après plus de deux mois de combats acharnés avec l'armée, que s'est finie dans le sang la Commune de Paris et qu'a commencé une répression féroce pour faire passer définitivement l'envie de faire la Révolution. C'est un haut lieu de mémoire pour nous, c'est le glorieux début de notre épopée vers la concrétisation de notre bonheur.

• Comment ça ? Les gens n'étaient pas heureux avant ?

• Je ne veux plus trop savoir, là-bas ça ne nous intéresse pas. C'est les temps décadents pour nous, avec tout son cortège d'obscurantismes.

• Mais dis-moi, tu ne trouves pas que là en ce moment les hommes ont l'air coupé des autres, un peu comme dans un état second ?

• Tu parles des gonzes ?

• Oui, enfin les "gonzesses" aussi.

• Alors, autre précision, on ne dit plus les Hommes (si déjà avec un grand H pour marquer le coup) mais les humains, car les femmes ne sont pas des hommes, même si les hommes sont en partie des femmes comme les autres (génétiquement et même hormonalement parlant, ceci marchant pour les deux sexes). Biologiquement nous avons tous deux un gland (ou clitoris), un prépuce (ou capuchon), un frein et des corps caverneux/spongieux, car ce n'est qu'à la huitième semaine de grossesse que le chromosome paternel Y décide de s'exprimer (tout le monde a un X, féminin, mais seuls les hommes ont un Y) et de développer soit une verge soit une vulve et tout ce qui va avec (testicules et ovaires, même combat pour créer de la vie). Nous sommes tous hermaphrodite (ou vénusomartien) puisque les femmes produisent de la testostérone (hormone mâle) et que les hommes fabriquent de l'oestrogène (hormone femelle) ! Cela étant dit, pour répondre à ta question, chacun s'emploie à son propre bonheur tout en vivant en Harmonie avec les autres et en étant disponible pour eux.

• Oui mais, je ne sais pas, j'ai l'impression que l'on m'ignore ; même si dans mon rêve il me semble que ce n'était pas toujours fait par philanthropie que les gens se parlaient. C'est comme si maintenant je n'intéressais plus personne.

• Ne dis pas ça voyons, c'est juste que l'époque où les mecs se la jouaient et harcelaient les charmantes jeunes filles comme toi est bien révolue. Aujourd'hui les femmes ont retrouvé complètement leur dignité et les hommes se sont remis en question. Vous êtes concrètement au même niveau que nous, vous avez les mêmes droits que nous, et nous avons les mêmes devoirs que vous. Les hommes et les femmes sont des humains à part entière après tout.

• Et bien, si on m'avait dit qu'un jour je verrai cela de mes yeux. Merci beaucoup en tout cas pour toutes ces précieuses informations.

• Je t'en prie. Je m'appelle Moa, et toi ?

• Moa ? En voilà un prénom original. Si on te demande qui tu es, tu peux dire : « Je suis Moa », c'est sympathique. Mais, euh, pourquoi ce choix ?

• J'ai choisi ce pseudo à mon arrivée ici. C'est la contraction de Moïse-Œdipe-Akhenaton, un concept Révolutionnaire très engagé repris sous des noms différents dans trois civilisations très avancées (hébraïque, grecque et égyptienne). Akhenaton était un pharaon égyptien qui instaura de nouveaux rapports humains en court-circuitant la théocratie et en prônant le monothéisme aux environs de 1300 ans avant l'autre ère. Il disparut mystérieusement des écrits, son œuvre d'Emancipation religieuse, politique et artistique fut rayée des mémoires (interdiction de prononcer son nom, de toute façon son Peuple ne l'avait pas suivi dans sa Révolution) et on ne retrouva jamais sa tombe (car il dut probablement s'exiler). Environ à la même époque, Moïse (Juif avec un nom égyptien), élevé par la fille d'un pharaon, tua un soldat égyptien qui frappait un ouvrier hébreu. Rejeté par les siens qui l'accusaient de vouloir devenir leur chef en les exhortant à ne plus se faire mal traiter, recherché par la police de l'époque (tueur de flic : c'est pas bon pour sa peau !), il dut également s'exiler. Après son retour en Egypte puis son come-back vers Israël, sans entraîner à sa suite une foule immense (puisqu'on n'a retrouvé aucune trace de 40 ans d'errance dans le désert), il fut assassiné par ses disciples (peu croyants et pratiquants, refusant son autorité et sa discipline de fer) sur la montagne en face de la terre tant promise (et à trop de monde à la fois). On enterra son corps sans sépulture et il fut interdit de prononcer son nom par Respect pour lui (car entre temps il était devenu un roi, le dieu lui-même quasiment).
En fait, ces deux fondateurs incompris inventèrent la responsabilité personnelle face à un seul dieu (plutôt que pleins que l'on achète avec des offrandes), lui-même émanation de la Conscience Collective, donc en somme une certaine forme de Liberté Individuelle dans des Rapports Sociaux Communs (plutôt qu'une délégation des choix et fautes sur différents dieux corruptibles). Des despotes éclairés si l'on peut dire, c'est pour ça qu'ils ont mal fini ! Quant à Œdipe (qui régicida son père sans savoir que c'était lui – l'erreur est humaine et pas forcément évitable ; qui délivra Thèbes du sphinx – par sa compréhension de l'évolution et de l'inéluctable finitude de l'humain), il se creva les yeux pour ne pas voir sa laideur d'âme après avoir couché avec sa mère (toujours sans le savoir : fatalité, quand tu nous tiens !) et s'exila (encore un) avec sa fille Antigone. Il passe pour avoir instruis Thésée (roi d'Athènes, ville fondée par un roi égyptien, Cécrops) sur les enseignements de la tragédie de sa vie (alors qu'il avait tout pour aller loin ce bon petit gars).
Il est à noter que Moïse était assimilé à Musée, poète des origines grecques, disciple grand et roux d'Orphée, qu'Œdipe aurait également fréquenté. Moïse est reconnu comme un grand législateur ayant inspiré toute la philosophie grecque.

• Ouah, que d'idées exprimées dans un si simple pseudo.

• Oui, je trouvais que ça résumait bien le chaos de la vie, les rapports sociaux et humains toujours complexes, parfois délicats, et aussi le processus d'Emancipation rejeté pour être finalement volontairement accepté et surtout apprécié. Le Yin et le Yang de la vie humaine en somme : tout est question d'équilibre, et donc les deux forces opposées sont complémentaires. Bref ! Et sinon toi, ton prénom c'est ?

• Je m'appelle … euh … j'ai un gouffre de mémoire. Misère, je ne sais même plus comment je m'appelle. Je suis dans de beaux draps.

• C'est pas si embêtant que ça : les Indiens d'Amérique (comme dans nombre de civilisations) adoptent un surnom à leur maturité pour marquer leur personnalité. Tu n'auras qu'à faire pareil, comme moi. Et si ton amnésie persiste, tu pourras t'inventer une nouvelle Toi comme tu voudrais avoir été.

• Euh, ouais c'est sûr que ça peut être sympa de tout recommencer mais je crois que j'aimais bien mon ancienne personnalité, du moins il faudrait que je m'en rappelle pour choisir mon Moi ou en recréer un de toute pièce ; à voir !

• On va quand même te trouver un pseudo, au moins en attendant que tu te souviennes de ton prénom. Tu as une idée ?

• Comme ça, de but en blanc, je vois pas trop !

• (Tilt dans la tête de Moa) Qu'est ce que tu penses d'Esperanta ? Ça te dit quelque chose ?

• E : Ça me dit (héhé) !!!… je sais pas pourquoi mais ce pseudo me plaît bien, pour l'instant en tout cas.

• M : En plus, ça porte la notion d'espère en toi, et c'est en rapport avec l'Espéranto qui fut inventé en 1887 pour que tous les humains puissent communiquer entre eux grâce à une langue unique, la plus facilement compréhensible par le plus grand nombre. Depuis, l'Esperanto (anglais) est devenue la langue internationale où tous les Peuples peuvent se comprendre !

• E : Parfait ! Bon, et bien sur ce, j'ai été ravie de faire ta connaissance mais il n'est point de bonne compagnie qui ne se quitte. Je vais faire un tour dans les environs : j'ai l'impression que sous des aspects habituels, comme dans mon rêve, la réalité des choses est complètement différente.

• M : Si tu veux, j'habite dans le coin. Je peux t'emmener faire un tour en voiture et t'expliquer ce que tu voudras.

• E : Euh, oui, je ne sais pas trop. (Ma raison me dit de ne pas le suivre, on ne sait jamais. Il me dit que les hommes sont devenus plus fréquentables, ça reste à voir. Pour autant, mon instinct me pousse à avoir confiance en lui. Qu'est-ce que je fais ? De toute façon, il y a des trucs bizarres, si il peut m'expliquer, ce sera toujours ça de gagné). Ok, allons-y alors ! Mais juste pour info, c'est quoi cette musique diffusée dans la rue et presque partout ?

• M : Ça c'est The Freestylers !

• E : Ok, mais comment ça se fait ? Y a une animation commerciale d'une radio aujourd'hui ?

• M : Non, on passe de la musique, en fond sonore, diffusée pour adoucir les mœurs et égayer l'ambiance !

• E : Cool Raoul ! Bon, allé, on est tipar !!

• M : Kitt ! {acronyme de Knight Industries Two Thousand: Industries du Chevalier 2000}

Là, une voiture débarque de nulle part. Je monte, à moitié rassurée. Je n'avais pas remarquée dans le bus, mais les vitesses qu'atteignent ces véhicules sont impressionnantes.
« Ici c'est l'emplacement de la fameuse prison de la Bastille, qui fut détruite le 14 juillet 1789 », dit Moa en se retournant vers moi et en me montrant la colonne de Juillet. « Au sommet, tu peux voir le Génie de la Liberté. Il représente la Liberté qui s'envole en brisant ses fers et semant la Lumière. La main gauche soutient les chaînes brisées du despotisme, alors que sa main droite brandit le flambeau de la Civilisation ». Ce monument fut érigé en commémoration des Trois glorieuses du mois de juillet 1830, où la bourgeoisie parisienne dama le pion aux républicains désorganisés et faibles, notamment à cause du souvenir de la Terreur qui était encore trop présent dans l'opinion publique.

Toute émerveillée par le symbolisme de cette colonne et la voix émue de Moa, je me rendais à peine compte que cet inconscient en voulant m'expliquer les choses, ne regardait plus du tout la route. Mais bizarrement, la voiture tournait en rond depuis quelques minutes.
Puis nous reprenons notre trajet normal.
« Assemblée à 30 secondes, veuillez reprendre les commandes » nous dit la voiture. Moa se repositionne face à la route et sélectionne une place, où la voiture se gare d'elle même.

• Esperanta : Ouah, elle est efficace en tout cas ta voiture. On a visité tout Paris en pas longtemps. Tu as conçu toi-même le système d'autopilote ?

• Moa : Non, c'est un modèle de série qui a deux ans. Tout le monde a ce système.

• E : Ah bon ? J'avais entendu parler d'une expérience comme ça aux Etats-Unis mais je ne savais pas que c'était déjà standardisé en Europe.

• M : Bien sûr que si. C'est même les européens qui l'ont généralisé en premier.

• E : Ah d'accord. Comment fonctionne-t-elle alors ?

• M : Elle suit les bandes blanches au sol. Du coup, on peut faire ce qu'on veut durant le voyage puisque la voiture gère aussi la circulation avec les autres véhicules, les panneaux et les interactions avec les piétons. La fluidité des transports en commun avec la souplesse du véhicule personnel.

• E : Elle roule à quoi car elle fait pas de bruit ?

• M : A l'hydrogène évidemment, en complément de cellules photovoltaïques incrustées dans la carrosserie. Avec quelle énergie sinon ? Le pétrole, ça fait longtemps qu'on fait sans !

• E : … ??? !!!

• M : Et donc là tu as l'Assemblée Fédérale.

• E : La quoi ?

• M : L'Assemblée Fédérale, là où sont gérés les rapports entres Régions et où l'on définit la vision de l'Europe que souhaitent les Citoyens.

• E : Attend Moa, je t'arrête. J'ai un flash-back. Dans mon rêve, notre assemblée était nationale, et pas Fédérale !

• M : Euh, tu as fais un rêve très bizarre. Tu es sûr que tu vas bien ?

• E : Bien sûr que oui, … enfin, je crois. Je ne suis pas folle quand même, la France était une nation, et pas une Fédération ! Non ?

• M : Oui, enfin ça date ça quand même, ne remonte pas non plus à la préhistoire.

• E : Je suis perdue ! Mon rêve paraissait tellement vrai.

• M : Beh écoutes, je ne comprends pas trop ce qui t'arrives. C'est comme ça depuis que l'état n'est plus.

• E : De ? Quoi ? Pardon ? Je n'ai pas bien compris. Tu dis que l'Etat a été renversé ?

• M : Eh oui, le Grand Soir est finalement arrivé. Tout vient à point pour qui sait attendre.

• E : Et c'était quoi au juste cet Etat ?

• M : Euh, j'avoue que je ne me rappelle plus trop de mes cours d'archéo-politique. Tout ce que je sais c'est que c'était une structure équivalente pour les Peuples à l'ogre pour les enfants : si les classes sociales (enfin surtout les Contestataires) n'étaient pas sages, elles étaient mangées par l'état (disons « neutralisées » avec plus ou moins de violence).

• E : Mais comment vous êtes vous débarrassés de cette bête immonde ?

• M : En fait c'est relativement simple. Selon les sources historiques que nous avons, il semble que l'ancienne société se soit égarée comme Babylone en son temps. Cela a généré des frustrations chez le Peuple d'être privé de son pouvoir de décision et d'action, la planète était fortement dégradée et la pérennité même des civilisations de l'autre monde était compromise. Il fallait une prise de conscience immédiate et forte pour changer radicalement les modes de vies pour survivre. Et ils ont réussi puisque la planète est sauvée et que nous vivons tous en Harmonie, sans pour autant renier notre bonheur personnel.

• E : Tu ne te moquais pas de moi alors.

• M : Bien sûr que non, pourquoi le ferai-je ? Qu'est ce qui te fait dire ça ?

• E : Je sais pas. C'est vraiment bizarre. Dans mon rêve, les choses sont quasi identiques à ici, mais il y a des gens qui vivent dans la rue, les hommes sont intrusifs envers les femmes, les voitures font un bruit pas possible et le ciel est rempli de nuages de fumées nauséabondes,… . Il y a des embouteillages monstres et les gens s'énervent. Alors que là, tout paraît serein, on se déplace sans bruit et en toute sécurité, les personnes – comme toi et je t'en remercie – sont serviables et sans aucune arrière-pensée, bref, ça me fait penser au meilleur des mondes !

• M : Et bien dis-moi, ton rêve est bien glauque. Mais tout n'est pas rose non plus ici. Nous avons pas mal de problèmes à régler, mais cela se fait par la discussion, tous ensemble et à niveau Egal. Ça prend du temps pour trouver un accord commun, mais vu que les décisions sont Collectives, elles sont d'autant mieux acceptées puis mises en œuvre rapidement et efficacement.

• E : C'est vrai que votre système à l'air de bien fonctionner, et sans oublier personne.

• M : Oui, c'est certain. Sauf que ce n'est pas un système comme on pourrait l'entendre, sous forme de doctrine dogmatique, mais plutôt une certaine conception de la vie en société et de la Liberté des individus. Tiens justement, maintenant que j'y pense. Hasard du calendrier, j'ai ma piqûre annuelle de rappel de vinaigre aujourd'hui. On pourrait y aller ensemble, tu apprendrais pleins de choses et moi ça me remettra à niveau.

• E : Euh, oui, je veux bien te suivre, mais c'est quoi ta « piqûre annuelle de rappel de vinaigre » ?

• M : Tous les ans, afin de mieux apprécier et Respecter le miel de la vie quotidienne de nos jours, les Citoyens assistent à des cours pédagogiques sur le vinaigre des décadences d'avant Libération du Grand Soir.

• E : Décadences ? Carrément ?

• M : Malheureusement le mot n'est pas trop fort : les proto-Affranchis (les gens de l'autre monde qui avaient déjà acquis certains Droits mais n'en étaient qu'au début de leur Emancipation totale) ont failli faire sombrer l'Humanité vers des fonds abyssaux.

• E : Ah bon ? Dans mon rêve je voyais bien qu'il y avait des problèmes mais qui n'étaient pas insolubles quand même.

• M : Certes, mais dans ton illusion les gens déléguaient toute leur confiance à une « élite » pour trouver des solutions. Et ces « responsables » n'avaient pas le courage de faire les changements radicaux, qui s'imposaient pourtant. Forcément, l'état, représentant plutôt les puissants et sa propre entité, pouvait difficilement rogner sur leurs (ses) intérêts et privilèges. Mais lorsque l'Humanité fut au bord du gouffre, il fallut bien trouver des alternatives si elle voulait continuer de vivre sur Terre (et non migrer vers Mars, planète de seconde main).

• E : D'accord. Du coup, je crois bien que la compréhension de mon rêve pourra me permettre de mieux appréhender ce monde merveilleux. Je suis bien curieuse d'assister à ta « piqûre annuelle de rappel de vinaigre », elle me donnera peut-être des pistes pour enfin pouvoir interpréter mon rêve et savoir ce que je fais ici.

• M : Allez, on est parti alors ! Prêts à redécouvrir notre monde.

Moa appelle sa voiture à la façon K2000. Elle est immédiatement là, à notre disposition. Nous partons pour l'Hôtel de Commune où se déroule la séance de rappel.

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20 janvier 2005 4 20 /01 /janvier /2005 21:20

00 - Introduction

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Nous, Collectif de jeunes Citoyens subversifs, composé de toutes les conditions sociales et ethnoculturelles, nains assis sur les épaules des géants du passé, analysant le développement de nos sociétés depuis leurs origines et décryptant les modes de fonctionnement actuels avec leurs sinistres, souhaitons décrire ici nos vues d’une Révolution qui s’avère inévitable et nécessaire quoi qu’on puisse en penser !

Nous vivons une époque fort minable ! Personne ne peut nier aujourd'hui qu'il y ait urgence à changer radicalement dans tous les domaines de l'Humanité :

• nos sociétés occidentales sont en déclin et se cherchent face à l'émergence de pays dont
  notre toute-puissance n'avait rien à craindre jusqu'ici,
• notre planète est en danger de mort et déjà très amochée,
• l'Europe est exclusivement faite actuellement pour l'économie et le développement d'un
  capitalisme sauvage, les attentes des européens en matière de contre modèle américain
  (Justice, Solidarité, Coopération, Développement Durable, etc....) ne sont pas satisfaites,
• la France connaît une crise du politique et de la représentativité sans précédent, nos
   institutions ne sont plus adaptées au monde et à la société actuelle.


Depuis des siècles, voire des millénaires, des humains se sont levés pour critiquer les systèmes en place, pour proposer des alternatives pour le bien-être des Peuples et construire une civilisation pérenne. La plupart d’entre eux sont morts debout au nom de Liberté, car ils ne voulaient pas vivre à genoux.

L’Histoire n’est pas linéaire, elle est comme la mode, indémodable et se répète sans cesse ! Cet ouvrage a pour but la vulgarisation de nos modestes connaissances sur les origines de nos civilisations, leurs cycles d’expansion et de déclin, les problèmes structurels de nos sociétés à travers les âges et leurs résolutions. Analysant ces informations, nous pourrons alors proposer des pistes de réflexion pour notre modique contribution à l’élaboration d’une société où les individus soient pleinement épanouis.
Pour une large part, nos ancêtres ont déjà connu des situations similaires (les ordinateurs et Internet en moins), et les questions clés sont régulièrement revenues au long des siècles sur le tapis de la Révolte Citoyenne.

Nous estimons, pour notre part, qu’il faut que tout ce mic-mac cesse. Notre mode de vie voit le monde par le petit bout de la lorgnette et notre civilisation scie la branche sur laquelle elle est assise.
Nos parents se sont Libérés des corsets de la morale sexuelle judéo-chrétienne en Mai 68 ; arrêtez de nous prendre pour des cons, on va faire la Révolution ! pour Libérer l’humain de l’emprise capitaliste de notre actuelle civilisation de la compétition et de la peur d’autrui !
Nous voulons tout bonnement mettre de l’ordre dans cette société qui incite intrinsèquement au désordre. Nous en voulons pour preuve qu’une civilisation stable n’engendre pas de Révolution à chaque génération (1789, 1830, 1848, 1871, 1936, 1968, 200 ?), mais devrait évoluer par la Réforme permanente. La France reste bloquée sur les privilèges concédés par la Révolution bourgeoise de 1789, et après plus de deux cents ans de débats et de crises, n’a toujours pas résolu la fameuse Question sociale !


Nous sommes de simples Citoyens, éduqués à un niveau moyen, mais curieux et capables de comprendre comment nos civilisations se sont développées et comment elles peuvent trouver des solutions pour assurer leur pérennité et leur bien-être.
Nous sommes parfaitement intégrés à la société, semblables à tout un chacun. Nous souhaitons juste le bonheur de vivre dans une France, une Europe, un Monde qui soient réellement Démocratiques (le pouvoir du Peuple, par le Peuple, pour le Peuple), assurer aux générations futures une bonne qualité globale de vie, permettre une Harmonie entre tous les êtres vivants sur notre si belle planète.


Cette œuvre Collective n’a nullement la prétention d’être la vision absolue de l’Histoire de l’Humanité, même si elle est précise dans ses sources et basées sur des réflexions de grands penseurs, ni d’être une doctrine à l’emporte-pièce. Nous-mêmes avons étés trop déçus par ces programmes si alléchants, mais qui nous ont toujours parus bien loin de nos aspirations profondes ou de la nécessité des choses.
Aujourd’hui, en politique comme dans d’autres domaines qui touchent à notre vie de tous les jours, nous n’avons plus de leader charismatique, nombre de théories se sont fourvoyées, mais la situation est on ne peut plus urgente.

Nous ne souhaitons pas que vous soyez forcément d’accord avec nos analyses et nos propositions ! Tout ce que nous voulons, c’est vous faire réfléchir différemment, que vous en discutiez avec qui vous voulez, mais que des débats passionnés et passionnants voient le jour dans le but de préparer au mieux une Révolution qui ne saurait tarder.


ANOTHER WORLD IS POSSIBLE ???
For sure,
JUST DO IT !!!
but DO IT YOURSELF !!!

 
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