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17 juillet 2009 5 17 /07 /juillet /2009 19:23

Emergence de la néolithisation en Europe de l'Ouest
Télécharger le fichier : 09-Les aubes des dogmes et leurs Contestations.pdf


Inventée vers -10 000 en Anatolie et dans le Croissant fertile, l’agriculture arrive aux portes de l’Europe, en Grèce et dans les Balkans 3 000 ans plus tard, et mettra encore 2 000 ans pour conquérir tout le continent.
A partir du -VIè millénaire, des commerçants/navigateurs exportent les techniques d’agriculture, en longeant les fleuves et la mer. Il existe alors deux voies principales de diffusion : l’une le long des côtes méditerranéennes, l’autre suivant le cours du Danube.

Les aires d’extension de l’agriculture néolithique ont été colonisées par des sociétés agraires pionnières préalablement constituées. Cela étant, la colonisation par des agriculteurs néolithiques de régions parcourues par des chasseurs-collecteurs mésolithiques moins nombreux a aussi comporté des échanges entre ces deux types de populations : dans certains cas, les chasseurs-collecteurs ont été assimilés biologiquement et culturellement, dans d’autres cas, à la longue, ils se sont convertis à l’agriculture.
Ainsi, à des phases d’expansion démographique, ont succédé des pauses, le temps que les idées venues d’ailleurs s’enracinent parmi les autochtones. Dans chaque région, ces sociétés se sont, par la suite, diversifiées, créant de multiples cultures ayant chacune sa propre originalité. Jusqu’à ce qu’elles s’exportent à nouveau vers d’autres frontières en suivant le même schéma, au rythme d’un kilomètre par an. Au final, l’expansion démographique aura joué pour un tiers dans la diffusion de l’agriculture, les idées auront parcouru le reste du chemin.


Dans le Midi de la France, les chasseurs mésolithiques de la culture du Castelnovien (présents sur les côtes aussi bien méditerranéennes que surtout Atlantique, ils seront les premiers en contact avec les néolithiques) adoptent de leur propre initiative le mouton, quelques sites dans l’Aude et le Var annoncent des tentatives de culture de légumineuses au -VIIè millénaire (les premières récoltes de céréales n’auront lieu que … 2 000 ans plus tard). Ils ont leurs équivalents en Espagne sur la façade méditerranéenne, au Portugal, mais également à Téviec en Bretagne. Sur le littoral atlantique de la France, plusieurs sites côtiers témoignent d’une présence précoce de groupes méso-néolithiques, vers -5 600. Locmariaquer, à l’entrée du golfe du Morbihan, a montré l’existence de déforestations et de culture de céréales au -VIè millénaire : le climat très favorable a joué un rôle prépondérant dans l’établissement des premiers villages d’agriculteurs (qui peuvent avoir été dans un premier temps des chasseurs-collecteurs tentant l’aventure néolithique, avant l’arrivée des néolithiques eux-mêmes, avec leur expérience et leur matériel adéquat).

L’économie néolithique est plus poussée à la même époque en Sardaigne, en Corse, en Ligurie et en Provence. Tandis que, vers -5 000, la néolithisation est complète en Italie du Sud avec l’apparition de la céramique peinte ou gravée, un autre ensemble acquis à l’économie de production se développe de la Ligurie au Portugal (sur les côtes, l’occupation par ces populations se fait à partir du -VIè millénaire) et au Maroc. C’est la culture de la céramique à décor cardiale (avec impressions du décor par un coquillage : le cardium) : à l’élevage du mouton s’ajoute celui du petit bœuf, et les premières céréales apparaissent.
La phase ancienne de la culture à céramique cardiale, antérieure à -5 000, correspond à l’occupation de la Corse et de la Provence. Les sites de la phase moyenne occupent une bande côtière large d’environ 350 km. A partir de -4 500, la diffusion se poursuit et gagne le Massif central et la côte atlantique, où les faciès culturels sont marqués par l’écologie de chaque région et par des évolutions internes ramifiées.

La néolithisation de l’Europe centrale se manifeste vers -4 750, dans la vallée du moyen-Danube et dans le sud de la Moravie.
Dans la seconde moitié du -Vè millénaire, donc assez rapidement, un vaste ensemble culturel se répand vers l’ouest, jusqu’au bassin parisien : c’est la culture de la céramique à décor linéaire, avec une mise en place assez rapide (quelques siècles) du nouveau mode de vie agricole, privilégiant le choix de terres légères et fertiles.
Les villages sont essentiellement implantés sur les placages de lœss de Slovaquie, d’Allemagne, d’Alsace, de Belgique et des Pays-Bas. Dans d’autres régions, comme les vallées de la Seine, de l’Yonne, de la Marne et de l’Aisne, ce sont plutôt les sols graveleux qui sont recherchés. Ces choix sont liés à des pratiques agricoles peu élaborées (brûlis et absence d’araire), entraînant des périodes de régénération naturelle de la fertilité, chaque nouvelle génération devant ainsi aller coloniser de nouvelles terres. Les groupes néolithiques possèdent un mode de vie conquérant : à la recherche de nouvelles terres à pâtures pour les bêtes, et de champs pour la culture des céréales et des légumes, ils se heurtent à la forêt qu’ils élaguent, à des régions ingrates et à leurs habitants. L’unité sociale doit être plus soudée, avec des villages ayant au maximum quelques dizaines de grandes maisons trapézoïdales ou rectangulaires abritant plusieurs familles, ce qui contraste avec les habitats mésolithiques, plus légers et nomades.
Des groupes « mésolithiques » pratiquent la transhumance des moutons. Ces incursions périphériques à la culture de la céramique linéaire constituent des entités permanentes et acculturées. Il existait ainsi des contacts entre les premiers néolithiques et des populations locales prénéolithiques : en particulier, le passage entre le Mésolithique et le Néolithique est le résultat de ce type d’acculturation dans le Nord de l’Europe. La coexistence des chasseurs-pasteurs mésolithiques et des cultivateurs néolithiques peut entraîner l’échange de biens, comme des céramiques contre du gibier.

Pour autant, par la volonté de certains individus à Résister à toute forme d’intégration à ce nouveau système de survie, au fond par goût de la Liberté, certaines tribus pratiquèrent fréquemment la guerre, pour défendre leurs territoires et valeurs, mais également parce qu’elles aimaient la violence. Ainsi, il existait des sociétés de chasseurs guerrières, d’autres ne se battant qu’occasionnellement, d’autres tout à fait Pacifiques : le conflit armé est ainsi affaire de culture et dépend de l’attitude de l’Autre.
La croissance démographique, la quête du prestige et du pouvoir, la nécessité de s’affirmer dans l’affrontement armé, existaient de tout temps, en plus d’autres motifs, psychologiques ou symboliques, tels que les vexations, les insultes, la transgression de frontières, la rupture d’alliances, le rapt de femmes ou d’enfants. Les temps paléolithiques (dès Neandertal, et à coup sûr à partir de -25 000) révèlent des pratiques violentes, cruelles, mais d’ampleur limitée. Les premiers gros affrontements entre groupes sont observables dans de tardives sociétés de chasseurs-collecteurs, en cours de sédentarisation, entre -10 000 et -6 000 dans les cultures Mésolithiques d’Europe, où l’on procédait déjà à l’élimination collective de groupes humains.
Au Néolithique, les affrontements armés sont présents, avec une tactique de combat organisée : avec la naissance de l’agriculture, le surplus et la capitalisation contribuent à la création de richesses, source de compétition entre les humains.
Les meilleures terres, les gisements de matières rares constituaient des enjeux conflictuels.
On a trouvé des traces d’agressions mortelles sur les bords des grands fleuves (Danube, Dniepr en Ukraine), ou près des côtes poissonneuses d’Europe de l’Ouest (Bretagne, Suède, Danemark). Ces actes meurtriers sont la conséquence de l’établissement de territoires que des populations se sont appropriées et des problèmes frontaliers, des enjeux économiques ou stratégiques que cela entraîne. En effet, les squelettes provenaient de nécropoles, c’est-à-dire d’espaces consacrés aux défunts. Or, la claire distinction entre l’habitat des vivants et un lieu attribué aux morts s’observe lorsque les communautés se sédentarisent, font corps avec un territoire délimité.

A contrario du Proche-Orient, où les groupes ont eu le temps, progressivement, de développer et de comprendre ensemble l’intérêt des nouveaux concepts du Néolithique (même si il y eu des conflits, mais plus limités), la violence est très attestée parmi les populations du néolithique européen.
Vers -6 000, les innovations néolithiques de l’économie de production (à peine arrivées) se reconnaissent dans des villages plus ou moins fortifiés d’Italie du Sud.
Vers -5 000, à Talheim (Allemagne), une fosse commune de la céramique linéaire contenait les dépouilles de 34 adultes et enfants, qui avaient été massacrés (crânes défoncés à coup de hache), attaqués de dos, sans doute en tentant de se protéger ou de fuir. Il peut s’agir de l’élimination de la population d’un hameau par des chasseurs locaux, de heurts entre communautés d’agropasteurs en concurrence pour certains espaces, voire de familles réprouvées et condamnées à mort.
A la même époque, à Asparn-Schletz (Autriche), plusieurs dizaines d’individus furent massacrés et leur corps enfouis dans les fossés qui entouraient la localité.
Afin que la population s’éteigne d’elle-même, à Herxheim (Allemagne), de nombreux enfants furent des victimes désignées : la suppression d’individus, voire leur consommation, existait à différents endroits d’Europe continentale.


Au -VIIè millénaire, il y a donc sédentarisation des mésolithiques, et celle-ci va s’affermir au fil des siècles. Au cours de la première moitié du -Vè millénaire, l’implantation néolithique va aller en s’amplifiant, en partie avec la progression des sociétés du Néolithique ancien continental, de type post-rubané (évolution de la culture de la céramique à décor linéaire). En effet, la déforestation s’aggrave brusquement, ce qui dénote une augmentation de la population, un besoin plus grand de surfaces cultivables et enfin un besoin en matériaux pour la construction des maisons, des bateaux, des voies de circulation et aussi pour la réalisation de tous les engins de traînage et de levage des pierres qui vont constituer les grands monuments.


Lors du Paléolithique, le continent était régulièrement recouvert de glaces. Les humains devaient alors suivre les grands animaux durant leurs grandes migrations tout en prenant de l’avance sur les grands prédateurs, leurs concurrents. A la Roche de Solutré, les chevaux sont rabattus pour tomber de la falaise, ce qui demande un gros travail de Coopération et une bonne connaissance de l’animal et de l’environnement. Ceci est transmis d’une génération à l’autre. La civilisation est ainsi née chez les chasseurs paléolithiques de gros gibiers.
Quand l’atmosphère se réchauffe, la glace fond, la mer s’élève. Les grands troupeaux remontent vers le nord. Pendant 5 000 ans, les humains ne savaient pas comment survivre à ces changements (même si durant des milliers d’années on vivait également de la pêche en bord de mer). La chasse est un bon stimulant mental et physique, comporte « peu de risques » et demande un minimum d’efforts, qui sont bien récompensés.
Avec l’extinction des grands herbivores, la chasse est plus difficile et moins productive : la capture d’un lièvre demande plus d’efforts que pour un énorme mammouth. C’est pour cela que les chasseurs sont contraints de se tourner avec l’élevage. Au Paléolithique, les chasseurs ont peint leur rencontre avec les animaux qu’ils chassaient, au Néolithique cette forme d’art a complètement disparue.

Les mésolithiques, anciennement maîtres chez eux, se sentent dépossédés de leur culture/traditions et encore plus de leurs territoires : soit ils Résistent aux envahisseurs, soit ils se fondent dans ces sociétés nouvelles avec leurs nombreux avantages de confort, stabilité alimentaire et force du nombre (mais avec beaucoup d’inconvénients : travail laborieux, organisation sociale plus stricte avec émergence d’une hiérarchie, etc.).
L’époque est tumultueuse, avec la révolution agricole et ses conséquences. Il faut en effet apprendre à maîtriser son environnement pour survivre, ce qui entraîne des bouleversements sociaux : ce sera la naissance des rois, des guerres, des frontières.

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9 juillet 2009 4 09 /07 /juillet /2009 17:55

Détour pour l'exploration de ses consciences
Télécharger le fichier : 05-Ressouvenances et Grand Soir.pdf


• Moa : Namaste Uttanka. Hab ke se hay ?

• Uttanka : Atcha Atcha, ça va nickel mon pote.

• M : Je te présente une amie venue de nul part, Esperanta.

• U : Bonjour, enchanté charmante dame. Ton magnifique prénom embaume mon cœur de réjouissance et de sérénité.

• Esperanta : Bonjour, merci bien, tu es très flatteur.

• U : Ne t'en déplaise, la vertu des Orientaux, et encore plus des Indiens, est justement de ne s'émerveiller que d'une beauté splendide, pas d'enjoliver par bienséance (sinon dans ce cas, ils s'en tiennent à la simple courtoisie).

• E : Ils ne font pas de place à la flagornerie et tant mieux, c'est plus franc comme rapport. Ton prénom, … il me dit quelque chose. Que signifie-t-il ?

• U : Il est issu d'une fable du Mahâbhârata, un poème indien.

• E : Ah ouais, fais pêter !! euh pardon, je veux dire, je suis toute ouïe, peux tu me raconter cette histoire ?

• U : Avec grand plaisir, c'est demandé si gentiment ;-) : un matanga (le plus humble parmi les humbles, la plus basse caste, qualifié de non-humain) invita Uttanka, un sâdhu (saint homme vivant la méditation en ascète, avec le strict nécessaire – comme un ermite), à boire son urine pour étancher sa soif. Uttanka refusa avec indignation avant d'apprendre par la suite que le dieu Krishna s'était déguisé pour lui offrir de l'urine de soma. Uttanka avait ainsi gaspillé sa chance de rejoindre les Immortels.

• M : Explique lui aussi tant que tu y es, ce qu'est le soma, nom aussi de ton smart-shop.

• U : Les Aryens, peuple nomade du Caucase et d'Asie centrale (donc rien à voir avec les grands blonds aux yeux bleus des nazis), de langue indo-européenne, ont envahis le nord-ouest du subcontinent indien vers – 1600 de l'autre ère. Ils inspirèrent le Rig-Veda, corpus de textes de 1028 hymnes, que les brahmanes indiens (plus haute caste : les prêtres) se transmettaient de bouche à oreille de génération en génération. 120 hymnes sont entièrement consacrés à une divinité-plante dont ils chantent les vertus merveilleuses : le soma. Un poème d'un chamane s'adresse au dieu Indra :
« Comme le cerf, viens boire ici !
Boire le soma, autant que tu le désires.
Pissant généreusement jour après jour, ô puissant,
Tu atteins le zénith de ta force. »

• E : Sans vouloir t'offenser Uttanka, c'est quoi ce délire de boire la pisse de quelqu'un ?

• U : En fait, le soma est l' Amanita Muscaria (ou amanite tue-mouches). Elle était connue de toute l'Eurasie préhistorique. Elle a une particularité unique dans le monde « végétal » (les champignons ne sont ni des végétaux ni des animaux, mais des eucaryotes, organismes possédant des cellules munies d'un noyau, comme les rouilles, les levures, les moisissures ou encore certains parasites de l'humain ; dans notre cas il s'agit du fruit d'un mycélium souterrain) : elle contient une substance psychédélique dont le principe actif passe rapidement dans les urines. Dans le nord-est de la Sibérie et en Amérique Latine, les aborigènes avaient coutume de boire l'urine de ceux qui avaient pris de l'amanite tue-mouches. En Sibérie, les peuplades auraient découvert cette technique en regardant les cerfs, très friands de ce champignon, boire de l'urine : n'importe quel éleveur de rennes confirmera qu'ils sont souvent défoncés à l'amanite tue-mouches.
Pour les humains, l'effet est différent, plus profond, comme nous le dit une des plus fameuses strophes du Rig-Veda :
« Nous (les prêtres, bien sûr, ndlr) avons bu le soma,
Nous sommes devenus Immortels,
Nous sommes parvenus à la lumière,
Nous avons trouvé les dieux.
Qui peut désormais nous nuire
Et quel danger nous atteindre
Ô soma Immortel ? »

• E : Ah ouais, ça à l'air d'être puissant comme truc. Ils ont l'air bien perché !!

• U : Tellement puissant que les prêtres abusèrent de ce savoir pour manipuler le Peuple. Zarathoustra (sage afghan du 7ème siècle de l'autre ère), dans le Zed Avesta, fulmine contre ceux qui utilisent de l'urine dans les sacrifices : « Quand en finirez-vous avec l'urine dont se servent les prêtres pour enivrer le Peuple et le tromper ? » (la religion était déjà l'opium du Peuple). De même, de hauts fonctionnaires chinois se plaignirent des activités de mangeurs frénétiques de champignons rouges et de buveurs d'urine de la secte des manichéens (surgeon de la religion zoroastrienne - dieu unique et culte du feu), qui eurent beaucoup d'influence en Chine pendant plusieurs siècles.

• E : Très instructif, mais perso, la pisse je vais éviter.

• M : C'est bien compréhensible, mais tu ne sais pas ce que tu perds. Que nous conseille le chef ? : Miss Tinguette est victime d'une amnésie. C'est la première fois (hummm, la meilleure) qu'elle prend des champis, elle le sent bien et elle voudrait justement redécouvrir sa mémoire.

• U : Je dirai qu'il faudrait des hawaïens (Copelandia Cyanescens) plutôt que des mexicains (Psilocybe Cubensis) : l'effet est plus fort, mais il est surtout plus régulier, les autres fonctionnent plutôt par vagues d'euphorie.

• E : Je suis désolé, mais avec ces histoires de pisse et tout le reste, je suis plus tout à fait sûre.

• M : C'est bien que tu nous le dises maintenant, avant que tu ais pris et qu'il soit éventuellement trop tard (même si en matière de drogue, il est rarement trop tard pour bien faire) ! Bon, alors je te propose un truc : on va faire le tour du magasin, je t'explique comment fonctionnent les drogues et si tu es rassurée alors on passera à l'étape suivante, sinon, on trouvera une autre solution (même si la drogue n'est jamais une solution en soi) !

• E : Ça me va ! C'est sûrement plus prudent comme ça ! Ça me branche bien de faire un tour dans ton shop, voir tout ce que tu as de bon en biotoxines. Surtout que j'ai deux experts, qui plus est très pédagogues, hors pair.

• M : Vamos a los toxos. Si dame veux bien se donner la peine d'entrer.

• E : Quel gentleman ! Mais n'en fait pas trop non plus, ça fait un peu trop suceur, c'est flag !

• M : Glurps !, … j'en prends bonne note. Sacrée toi va !!!

Esperanta, Moa et Uttanka entrent dans le smart-shop. Uttanka part de suite conseiller un prospect, très branché par les poppys (« fleurs de pavot » en anglais).
Esperanta et Moa déambulent au gré des substances psychoactives millénairement connues et reconnues pour les plaisirs procurés (et provoqués), sans toutefois occulter les dangers inhérents à toute modification de conscience.

• Esperanta : Il y a beaucoup de monde qui vient dans ce genre de magasin ?

• Moa : Plus qu'on ne croit, et surtout pas ceux auxquels on aurait pensé à prime abord.

• E : Genre ? Développe !

• M : On a un très bon exemple avec le sieur là-bas. Il doit avoir la soixantaine, même si il ne la fait pas. Il doit être perturbé par son début d'andropause : comme les femmes, les hommes ont une chute de fertilité vers la soixantaine (en terme de vie animale c'est Mathusalem), ils produisent un sperme moins riche et ils bandent mou. Dans l'autre monde, en l'autre temps, il se serait bourré de viagra (la pilule de la sarce, parallèle à la pilule de l'Amour, l'extasie) assaisonné d'anti-dépresseur et anxiolytique pour calmer l'anxiété sexuelle. Tout ça a des effets secondaires, que l'on contrecarre avec d'autres médocs pour les atténuer à leur tour, c'est l'escalade dans les drogues légales (alors qu'avec les substances illicites l'escalade est nettement moindre voire nulle, selon les produits). Ici, Uttanka lui proposera plutôt du khat soudanais (feuille excitante équivalente au bois bandé antillais, mais en plus efficace) pour la fertilité et apparemment sieur est aussi un chasseur de dragon confirmé.

• E : Chasseur de dragon ? Quesako ???

• M : Un fumeur d'opium.

• E : Houla, je vois le genre !

• M : C'est-à-dire ? A ton tour d'expliquer !

• E : Beh, euh, voilà quoi, … un pauv' gars un peu paumé qui se shoote la tête pour fuir cette dure réalité qu'est la vie, bien éloignée d'un long fleuve tranquille.

• M : C'est bien une conception occidentale « moderne » des pratiques narcotiques. Pfff ! Viens, je ne crois pas que tu seras vraiment intéressée par toutes ces plantes.

• E : Je t'en prie, tu me permets d'en juger par moi-même ! Explique moi et je me ferai ma propre idée des drogues.

• M : Seulement si tu essayes d'admettre qu'il y a d'autres façons de consommer des drogues qu'en se défonçant les neurones !

• E : Oui si tu veux : la nature n'est pas une poubelle, ni ton corps, ni ton esprit ! {maxime d'un Teknival vers 2004 de l'autre ère}.

• M : Exactement. Car tous ceux qui picolent quelques verres comme ça, ne le font pas tous pour se mettre minable et aller poser un pâté. Certains ne boivent que pour le goût de l'alcool ou pour avoir de « petits effets », mais au moins maîtrisés (idem pour les autres drogues). Il faut bien faire le distinguo entre la personne gaie qui délire et fait rire tout le monde, et la grosse poche qui gueule comme un con et est lourd avec tous. Ce n'est pas la consommation qui est dangereuse en soit, mais l'addiction. Au Moyen Age ce terme désignait la dépendance physique (travaux manuels) d'un créancier envers son débiteur, jusqu'au règlement de la dette. Aujourd'hui cela concerne toute pratique irraisonnée, suscitée par un besoin irrépressible et souvent non nécessaire : drogue, sexe, jeu, vitesse, et le pire : pouvoir.

• E : A ça c'est sûr, comme pour tout, il ne faut pas abuser des bonnes choses.

• M : J'aime à te l'entendre dire : il « suffit » de laisser, voire d'enfermer si besoin est, la drogue à sa place, un récréatif et surtout pas un solutionneur de problèmes métaphysiques. L'autre monde avait justement fait cette erreur, des médecins prescrivant à toc de médoc anti-dépresseurs, famille des euphorisants, et en rajoutaient une couche pour contrecarrer les effets secondaires (c'est ça la véritable escalade toxicomaniaque). Les fêtards (et pas que les technoïdes, bien au contraire) prenaient des extasies, les parents des médicaments : seule l'appellation change, pas la catégorie des molécules actives. La France, avec ces chimiques et ses vins, est décidemment le pays des drogues et du plaisir, mais interdits ou blâmés pour certains (surtout les jeunes), inavoués pour tous.

• E : On est bien d'accord. Et pour ton histoire d'opium et de chasseur de dragon ?

• M : Déjà, il faut savoir que le pavot à opium est connu depuis des milliers d'années. Les Sumériens le connaissaient près de quatre mille ans avant l'autre ère et une de leurs tablettes le qualifie de plante de la joie. L'image de la capsule du pavot, un entheogène (substance qui engendre {« -gen »} dieu ou l'Esprit {« -theo »} a l'intérieur de soi {« -en »}), fut un attribut des dieux, bien avant que l'opium soit extrait de son latex laiteux. L'opium a été un objet de commerce pendant des siècles pour ses effets sédatifs (qui entraîne un apaisement, une relaxation, une réduction de l'anxiété). Il était largement utilisé aussi dans l'ancienne Egypte, notamment par les pharaons, non seulement à des fins thérapeutiques mais également pour ses propriétés psychotropes. Dans la Grèce antique, il figurait sur des monnaies et la déesse Déméter était représentée avec des plants de pavot dans ses mains. Le Népenthès, boisson procurant l'oubli de tous les chagrins décrite par Homère dans L'Odyssée, contenait vraisemblablement de l'opium (opion signifie « jus de pavot »).

• E : Ah ouais quand même, c'est une drogue qui fait partie prenante de notre Histoire !

• M : Oui, et elle a continué à l'être. C'est à Rome que sa première description scientifique en fut faite par Dioscoride au premier siècle de l'autre ère. Un peu plus tard, Pline l'Ancien signalait ses propriétés analgésiques (qui élimine la douleur) et antidiarrhéiques et c'était le principal constituant de la thériaque (contrepoison à base également de castor et de vipère) inventée par Galien. Il était d'ailleurs largement consommé dans la Rome impériale, pas seulement pour ses propriétés thérapeutiques, puisqu'en l'an 312 il y existait près de 800 magasins vendant de l'opium et que son prix, modique, était fixé par décret de l'empereur. La récolte y était faite par scarification des capsules comme c'est encore le cas aujourd'hui. L'opium a probablement été introduit aux Indes par les armées d'Alexandre le Grand vers le moins troisième siècle mais sa culture ne s'y est développée que vers le neuvième siècle après les conquêtes musulmanes. A la fin du treizième siècle, Marco Polo observa des champs de pavot dans le Badakhshan, région du nord de l'Afghanistan où se trouvent encore aujourd'hui de nombreuses plantations. Les Arabes utilisaient également l'opium, tant pour ses propriétés thérapeutiques que pour le plaisir et ils contribuèrent à le faire connaître dans tout l'ancien monde. Sous le règne des Grands Moghols, empereurs musulmans des Indes du seizième au dix-huitième siècle, la culture du pavot et le commerce de l'opium devinrent monopole d'état. L'opiophagie se développa alors puis l'habitude de le fumer, importée de Java ou de Formose (Taïwan).

• E : Et quand et comment c'est venu en Europe ?

• M : L'anglais Thomas Sydenham étudia son action au dix septième siècle et mit au point une nouvelle formulation du laudanum (préparation à base d'alcaloïdes du pavot somnifère appelée également vin/teinture d'opium). Cette drogue opiacée, la première à répondre à une formulation précise, avait été inventée par Paracelse (père de la médecine expérimentale et de l'homéopathie) un siècle plus tôt. Sans l'opium, la médecine serait manchote et bancale, écrivit Sydenham qui en consommait lui-même de grandes quantités. D'importants personnages politiques comme Pierre le Grand, Frédéric II, Catherine de Russie, Richelieu, Louis XIV et bien d'autres en consommaient tous les jours de même qu'un peu plus tard de nombreux artistes et intellectuels comme Goethe, Mary Shelley (mère de Frankenstein), Goya (pas Chantal, le peintre), etc. Si l'opium a été pendant des siècles l'un des médicaments les plus importants de la pharmacopée en raison de ses multiples propriétés physiologiques, l'abus d'opium à grande échelle en Europe est apparu au dix-huitième siècle en Angleterre, d'abord sous forme du Laudanum de Sydenham utilisé comme apéritif puis sous forme de pilules d'opium brut vendues dans les pharmacies. Au dix-neuvième siècle, des milliers d'ouvriers en consommaient en Grande-Bretagne tandis que l'habitude de fumer le chandou (opium raffiné) se développait en France.

• E : Quoi ? Mais comment l'opium est arrivé jusqu'à nos pays ?

• M : Par le biais des colonies et des importateurs de produits rares et bienfaisants. D'abord limité à la haute société, l'opium ne tarda pas à se répandre jusque dans les classes populaires. Après la chute de Napoléon (empereur français de 1801 à 1814, chute à Waterloo en Belgique), la France fut saisie d'une brusque frénésie d'anglomanie, et l'opium traversa la Manche avec d'autres modes. Cela plu tellement et l'état sentit qu'il y avait des sous à se faire, qu'en 1898 Paul Doumer (futur président) décida d'établir un monopole d'état sur l'opium cultivé dans le Sud de l'Indochine, colonie française à cette époque. Il s'agissait alors d'une industrie officielle : l'administration achetait, préparait et vendait les graines de pavot. Cela rapportait un tiers du budget de la colonie. C'est pareil ça, peu de gens savent qu'en 1916 il y avait environ 1 200 fumeries d'opium clandestines à Paris et que jusque vers 1920 de l'autre temps, il y avait de nombreuses fumeries d'opium à Toulon et sur d'autres bases de la marine. Il y a d'ailleurs un très beau chant militaire sur les plaisirs et douleurs de l'opium. Les états occidentaux ont toujours rejeté officiellement les drogues mais n'en laissaient pas moins faire (jusqu'à ce que les conduites addictives deviennent gênantes pour les autres ; pas pour le tox, lui l'état s'en fout, il ne sera jamais un Citoyen docile).

• E : Hein ? Les Français étaient des drogués durs avant la 1ère guerre mondiale ?

• M : Au XIXè siècle, l'opium (pas plus que n'importe quelle autre drogue « douce » ou dure », nuance inexistante à l'époque) ne faisait l'objet d'aucune interdiction. L'opium commença à être utilisé comme drogue au début du XIXè siècle en Angleterre. Au dix-huitième siècle, les Anglais avaient développé dans leur colonie des Indes la culture du pavot (traditionnellement utilisé pour consacrer les mariages) et, sous la domination anglaise de la Compagnie des Indes Orientales, le principal producteur était le Bengale. Si les Portugais commencèrent à l'introduire en Chine en petite quantité au début du dix-huitième siècle (12 tonnes en 1729), la Compagnie des Indes Orientales prit rapidement le relais et initièrent les Chinois (uniquement les vieux, qui pouvaient rester perchés ; la société s'en foutait car elle ne pouvait plus rien tirer d'eux) à la consommation de l'opium malgré les édits impériaux interdisant son importation. En 1798, le gouvernement anglais de William Pitt avait envoyé à Pékin la mission Mac Cartney (rien à voir avec le chanteur;-). La mission tenta d'obtenir des facilités commerciales mais l'empereur chinois préféra, par prudence, fermer son pays aux commerçants et aux missionnaires européens. Les Anglais prirent fort mal cette mesure. C'est qu'eux-mêmes continuaient d'acheter en Chine le thé dont ils étaient friands et bientôt, la balance commerciale pencha résolument en leur défaveur. Tandis qu'en Europe se terminaient les guerres napoléoniennes, en Extrême-Orient, les affaires suivaient leur cours. La Compagnie britannique des Indes Orientales (« East India Company ») joua son va-tout en accroissant ses ventes illégales d'opium en Chine en intoxiquant la jeunesse et le reste de la population ; de 100 tonnes vers 1800 à 2600 tonnes en 1838. En 1839, le gouverneur de Canton, excédé, fit saisir 20 000 caisses de drogue (de quoi faire pâlir d'envie les gangs colombiens d'aujourd'hui) et les détruisit en place publique : ce fut le prétexte qu'attendait Londres pour imposer l'ouverture du marché chinois à ses commerçants. Le « siècle de la honte » commençait pour les Chinois.

• E : Il y a un truc qui m'échappe là : les Britanniques ont fait une guerre pour obliger un pays à accepter sous la contrainte de se faire livrer une drogue (bien costaud en plus) ?

• M : Exactement : Au nom du sacro-saint libre-échange, le premier sinistre de la jeune reine Victoria, lord Melbourne, et son sinistre des affaires étrangères, Palmerston, convainquirent le parlement de Westminster d'envoyer un corps expéditionnaire pour demander raison au gouverneur de Canton. Un peu comme si les Occidentaux avaient fait une guerre contre des pays musulmans pour les forcer à leur acheter de l'alcool (pour faire du business et écouler les stocks) : belle mentalité !!!

• E : Et comment se fini cette guerre ?

• M : Un croiseur britannique bombarda Canton et occupa l'archipel voisin des Chousan. Puis une escadre remonta le Yang Tsé Kiang (le Fleuve bleu) et vint menacer Nankin, obligeant le gouvernement de l'empereur à capituler. Cette première application de ce que l'on appellera plus tard la « diplomatie de la canonnière » (droit du plus fort) déboucha sur le scandaleux traité par lequel les vainqueurs gagnèrent le droit de commercer librement dans cinq ports chinois dont Canton et Shangai. Ils obtinrent en prime la cession de l'îlot de Hongkong (port embaumé en chinois), qui commande l'accès à Canton et à la Chine du sud. À ce rocher sans eau s'ajouteront le territoire de Knowloon, sur le continent, par une convention de 1860, et les Nouveaux Territoires par un bail emphytéotique de 99 ans en 1898 (le non-renouvellement de ce bail en 1997 conduisit les Britanniques à restituer l'ensemble des territoires à la Chine).
Comble de l'humiliation, l'empereur du accorder l'extraterritorialité aux ressortissants britanniques et payer une indemnité de 21 millions de dollars d'argent. Jaloux des Anglais, les Français et les Américains s'empressèrent d'exiger de Pékin des avantages équivalents pour leurs commerçants et leurs missionnaires.

• E : Et beh, c'est pas glorieux pour les Occidentaux d'avoir coulé un empire (ça en soi c'est pas si grave, au contraire) mais pire encore une civilisation.

• M : Surtout qu'avec le traité de Nankin, l'« Empire du Milieu » (surnom de la Chine) entra dans une période dramatique tissée de guerres civiles et d'humiliations face aux « diables roux » venus d'Occident. Le Peuple fomenta des soulèvements contre le gouvernement mandchou, coupable de collusion avec l'étranger. Le soulèvement le plus notable fut celui des Tai p'ing. Il fit environ 20 millions de morts dans un empire d'environ 300 millions d'âmes. Humiliations diplomatiques et guerres civiles ne prirent fin qu'un siècle plus tard, le 1er octobre 1949, avec la victoire des communistes.

• E : J'hallucine comme juste pour une question de gros sous, nos sociétés dites modernes (par opposition aux « barbares » de l'Orient ; alors que ça marche plutôt dans le sens inverse) se sont permis de mettre sans dessus dessous une civilisation aussi puissante et plurimillénaire, mais encore plus une population aussi nombreuse. Nous avons, par nos lourdes fautes, provoqués un avènement douloureux de la Chine moderne en déstabilisant complètement l'ancienne en très peu de temps ?

• M : Malheureusement oui. La bourgeoisie et le pouvoir, autant que l'attrait de l'argent, ne connaissent pas de limites et n'ont jamais fait de sentiments : l'argent n'a pas d'odeur, et la morale se tait. La défaite chinoise se traduisit par l'importation de 3 000 tonnes d'opium en 1850. Une deuxième guerre de l'opium déclenchée en 1856 eut des conséquences encore plus graves pour la Chine. Ainsi, 6 000 tonnes furent importées en 1879, plus de 10 000 en 1886. Dans le même temps, le nombre d'opiomanes chinois dépassait 120 millions, soit le cinquième de la population. Toutefois, la culture du pavot se développa parallèlement en Chine faisant de ce pays le premier producteur mondial d'opium au début du vingtième siècle. Résultat de tout ce micmac (chez les Mac Tarmac), à la même époque, c'est à Shanghai que fut prise la première décision internationale de bannir l'usage de l'opium. Elle devait conduire à la législation internationale actuelle représentée par les différentes conventions internationales sur les stupéfiants, les précurseurs et les médicaments psychotropes. Ceci n'empêcha pas la France de continuer à produire de l'opium raffiné, dans ses bouilleries de Saigon jusqu'en 1954. Pour les relais en Europe, on recrutait dans les ports d'arrivée : c'est ainsi que se constitua le milieu marseillais. Par la suite, à la Libération, on paya ces mafieux pour briser les grèves communistes, pour coller des affiches et être gardes du corps pour les élus gaullistes et socialistes. Du coup, les politiques reconnaissants de la sauvegarde de leur pouvoir, fermèrent les yeux sur le trafic. Dans les années 60, la French Connexion vendait 80% de l'héroïne (substance issue de la morphine, elle-même issue du pavot à opium, on pensait à sa découverte en 1898 qu'elle permettrait de soigner l'addiction à la morphine, très répandue à l'époque – d'où son nom d'héroïne ; ironie du sort, car la morphine elle-même avait été préconisée comme substitut à l'opium) présente sur le marché américain (pure à 98%), en Amérique Latine et en Asie. Les pressions US parvinrent à freiner un temps l'expansion des parrains corses continentaux et marseillais dans le trafic de drogue, mais la répression ne dura guère.

• E : Bah ça alors, si on m'avait dit qu'à cette époque les Européens se toxaient à l'opium, je l'aurai pas cru.

• M : Aujourd'hui l'opium est légal (l'héroïne non car incontrôlable et personne ne peut se prétendre être assez fort contre sa dépendance induite), mais nous y faisons super attention. Tu sais, notre organisme fabrique ses propres drogues, notamment un système antidouleur, essentiel à notre survie. L'opium et ses dérivés ne font qu'utiliser ce système naturel pour procurer un état de bien-être. Les caractéristiques communes des stupéfiants capturant, c'est qu'ils suscitent des sensations agréables, mais dans le suivi, ces sensations seront supplantées en engendrant des symptômes de plus en plus désagréables et un état d'âme languissant. L'héroïne et les autres opiacés (composés chimiques présents normalement dans le cerveau tels que l'endorphine et l'encéphaline), en bloquant au niveau du système nerveux la sensation de douleur, déclenchent une sensation de jouissance incomparable. Cependant (puisque toute drogue à ses inconvénients), attaqué par la drogue, le cerveau s'adapte. Il se désensibilise au plaisir et l'addiction s'installe (d'où le manque en période de sevrage). Mais il est à noter, et la dépendance est moins risquée (quoique), que normalement, ces agents organiques sont suffisamment sécrétés lors des activités agréables, si nous faisons du sport ou l'amour (euphorie naturelle).

• E : Ça me fait penser à la C.

• M : C'est vrai que l'usage de cocaïne provoque aussi une euphorie immédiate, un sentiment de puissance intellectuelle et physique et une indifférence à la douleur et à la fatigue. Mais ces effets vont laisser place ensuite à un état dépressif et à une anxiété.

• E : Par contre j'en ai pas vu dans le magasin.

• M : C'est normal, Uttanka ne vend pas de chimiques, c'est bien pour ça que je viens ici, c'est le paradis du toxobio ! A titre personnel (mais ça n'engage que moi), je trouve que la cocaïne c'est de la merde (surtout le sale goût amer d'aspirine qui te coule sans arrêt dans la gorge). C'est vrai quoi, une pâte est obtenue en mélangeant des feuilles de coca avec un produit alcalin (le plus souvent du bicarbonate de sodium), un solvant organique (du kérosène par exemple) et de l'eau. Le mélange est agité et l'alcaloïde est extrait dans le solvant organique. L'utilisation d'un acide permet ensuite de séparer l'alcaloïde du kérosène qui est jeté. Une addition supplémentaire de bicarbonate permet d'obtenir une substance solide : c'est la pâte de coca. Cette pâte est mise à sécher. Chimiquement, cette pâte de coca est de la cocaïne base mais elle contient des résidus toxiques des produits chimiques qui ont servi à sa préparation. La cocaïne en elle-même est obtenue en dissolvant la pâte de coca dans de l'acide chlorhydrique et de l'eau. On ajoute un sel de potassium à ce mélange afin d'éliminer les impuretés. Enfin, on ajoute de l'ammoniaque ce qui provoque la précipitation du chlorhydrate de cocaïne qui peut être récupéré et séché puis conditionné en sachet de poudre blanche. Franchement, avec tous ces produits chimiques qu'on utilise aussi comme détergents pour l'entretien, ça ne donne pas envie de s'en mettre plein le pif.

• E : C'est vrai que toi c'est la nature avant tout.

• M : Ben ouais, mais il n'y a pas que ça contre la cocaïne. Excitant puissant, elle provoque une dépendance psychique importante. Il est difficile d'arrêter une consommation aiguë de cocaïne, tant la nécessité d'en reprendre est importante. Pour moi, c'est vraiment la drogue à ne pas prendre car elle te donne tellement une impression de puissance que tu peux te prendre pour une superstar et faire chier tout le monde avec des soi-disant idées fulgurantes et clairvoyantes. Et plus dur sera la chute car avec une moyenne de 20 minutes de défonce, il faut souvent se repoudrer le nez (ce qui détruit les narines au passage) sinon on redevient tristement normal. L'apaisement, même avec la consommation d'une autre substance, est très difficile car on veut absolument redevenir le leader qu'on croyait être alors que ce personnage n'est que temporairement et chimiquement créé par un cerveau trompé à l'insu de son « plein gré » (car avec la C on ne sait plus où est – et comment gérer – sa personnalité, la « molle » de tous les jours).

• E : Ça, pour avoir connue quelques nightclubers, je te confirme qu'ils se prenaient souvent pour plus grandioses, plus forts, plus beaux qu'ils n'étaient.

• M : Et surtout ils sont à fond ! Les enfants hyperactifs souffrent de trouble de l'attention et de la concentration : leur cerveau limbique (reptilien) est sur-actif et ils bougent dans tous les sens. Les gens qui prennent de la C sont souvent des personnes souffrant de l'attention et la drogue permet de se concentrer et de se calmer en même temps. La cocaïne empêche l'aspirateur à dopamine de les récupérer une fois qu'elles ont transmis leur message au neurotransmetteur suivant et qu'elles devraient être récupérées pour servir ailleurs. Les neurotransmetteurs sont donc alors surexcités. Par contre, dans le même registre mais en nettement plus soft, j'aime bien les feuilles de coca. Les légendes Incas rapportent que le dieu Soleil créa la coca pour étancher la soif, éteindre la faim et faire oublier la fatigue aux humains. Les Indiens aymaras, dont la civilisation s'est épanouie dans la région du lac Titicaca avant l'arrivée des Incas, lui ont donné le nom de khoka, qui signifie « l'arbre par excellence ». Pour l'Europe, il faut attendre 1863, quand un certain Angelo Mariani, chimiste corse, dépose les brevets de plusieurs produits de sa composition. Des pastilles à la coca, du thé à la coca et un vin aux extraits de coca, dont la réclame vante les propriétés tonifiantes et qui remporte un vif succès commercial. Le vin Mariani et son créateur deviennent bientôt célèbres dans toute l'Europe. Mais cette invention est vite éclipsée sur les marchés par une autre boisson. En 1886, un pharmacien américain d'Atlanta, John Smith Pemberton, s'inspire du vin Mariani pour concocter une potion stimulante à base de coca et de noix de cola (histoire de remplacer l'alcool, interdit en Arizona, par du sucre, qui rend autant accroc). En 1892, Asa Candler, un autre chimiste, rachète les droits et fonde la Coca-Cola Company. Une dizaine d'années plus tard, les scientifiques découvrent les dangers de la cocaïne, l'un des alcaloïdes de la feuille de coca. L'alcaloïde est alors retiré des feuilles de coca entrant dans la composition du Coca-Cola (décocaïnisée). Coca arrête la cocaïne en 1903, et la cocaïne est interdite en 1914.

• E : Si on m'avait dit que le coca contenait de la coke, je l'aurai pas cru.

• M : Et oui ma chère, il y a plein de choses que peu de gens savent. Mais l'Histoire est là pour se rappeler à nos bons souvenirs (les mauvais on y pense et puis on oublie – c'est la vie c'est la vie, après en avoir tiré les enseignements). Ainsi, même Sigmund (Freud), était un cocaïnomane patenté. C'est pour ça qu'il a eu tellement de clairvoyance quant à la nature humaine et sont attirance instinctive vers le sexe [même si du fait de sa toxicomanie il voyait le « mal » partout (notamment bien sûr le fameux complexe d'Œdipe où un bambin désire sexuellement son parent de sexe opposé : il peut y avoir de l'attirance pour l'autre, mais plutôt de la curiosité envers cet être différent dont il « faut » – sauf les homos, histoire de se simplifier la tâche – apprendre le mode de pensée et d'action)]. Pour dire, même Sherlock Holmes (donc l'auteur de ce personnage détective, Conan Doyle) était à fond de C et c'est entre autre grâce à ça qu'il était aussi perspicace, les sens toujours à l'affût et la réflexion en alerte (même si à force de trop en prendre, ça peut vite tourner dans le vide égocentrique).

• E : Et beh, avec tout ça, je me coucherai moins conne ce soir. Merci pour toutes ces lanternes en tout cas. Et ça c'est quoi, ces magnifiques fleurs, qu'ont-elles de toxantes (puisque c'est le cas j'imagine, sinon elles n'auraient pas leur place ici) ?

• M : Ah ça, on rentre dans le secteur des clefs de la perception, des hallucinogènes, des psychédéliques (qui ouvrent les portes de l'esprit) ! Ça ma belle c'est du Datura, autrement appelée « trompette des anges/du jugement/de la mort », « pomme poison », « herbe du diable », « grand carapate bâtard ».

• E: Mais qu'est ce que c'est encore que ce truc ?

• M : Attention, ça c'est du costaud ! Le datura est une substance hallucinogène naturelle issue d'une plante que l'on trouve sur tous les continents, sous des climats tempérés ou tropicaux. C'est une jolie plante, que l'on peut reconnaître en été et en automne à ses longues fleurs mauves ou blanches facilement identifiables. Elle produit un nombre important de graines qui contiennent le plus de principe actif (l'atropine, l'hyoscyamine et la scopolamine) mais tout le reste de la plante est toxique. Il y a donc de nombreux moyens de la prendre : on peut fumer les feuilles (c'est la méthode la moins risquée), faire un thé avec des graines et des feuilles ou manger les graines. Le datura a été largement utilisée et depuis fort longtemps dans les pratiques chamaniques, la sorcellerie (on pense que la sorcière sur son balai est une représentation du trip causé par le datura) et la quête de vision en Europe, en Asie, et parmi les tribus Amérindiennes. Une légende raconte que quand le Buddha prêchait, des gouttes de pluie tombaient du ciel sur des plants de datura. Le datura était également associé au culte de Shiva, le dieu indien lié aux aspects créateurs et destructeurs de l'univers. Il était consommé de plusieurs façons, en onguent enduit sur le corps pour les sorcières, fumée ou en décoction chez les Amérindiens. On suppose aussi que la lycanthropie, croyance selon laquelle un humain peut se transformer en loup (le loup-garou) viendrait de l'impression induite par le datura de se transformer en animal. Ses effets sont si puissants qu'à haute dose, la personne peut avoir l'impression que ses hallucinations sont réelles et ne plus savoir si elle est éveillée, endormie, dans le réel ou pas. Il y a tout d'abord les hallucinations auditives avec l'impression que des personnes ou des objets te parlent; ceux-là peuvent être présents, ou pas. Il y a ensuite les hallucinations visuelles très variées. Elles dépendent de beaucoup de facteurs mais on note en général des confusions au niveau des couleurs (le bleu paraît vert etc...), des visions d'animaux, de personnes ou d'objets absents, l'impression que des objets inanimés le deviennent (les murs parlent, les objets se déplacent sur leurs petites jambes etc...). Il existe aussi des hallucinations au niveau des sensations avec l'impression de voler, de ne pas ressentir la douleur, de voir son corps de l'extérieur, de devenir un animal etc... Enfin, les effets du datura se traduisent par un état important de confusion qui peut rendre la personne incapable de faire quoi que ce soit (certains rapportent avoir parlé à celui qui est dans le miroir et s'être énervé quand il s'est aperçu qu'il répétait les mêmes gestes).

• E : Beurk, ça donne pas envie ton truc.

• M : C'est sûr, ça calme bien, mais pour autant le datura était employé comme aphrodisiaque aux Indes, et des remèdes de datura existaient pour l'asthme mais furent interdits après que les gens commencèrent à les employer récréationnellement. Pour autant, le datura appartient aux solanacées, famille de plantes qui a une grande importance économique. En sont issus bon nombre de légumes et de fruits : pomme de terre, tomates, aubergines, piments et poivrons. Sont également issues de cette famille des cultures industrielles comme le tabac ou ornementales comme le pétunia. Beaucoup de plantes de cette familles sont riches en alcaloïdes et certaines sont très toxiques : belladone, morelle, mandragore, tabac et Salvia Divinorum (sauge divine) ; ces plantes étaient utilisées par les sorcières pour soigner au Moyen Age. La Salvia Divinorum contient un des hallucinogènes les plus efficaces connus : la salvinorine A. Cette plante, désignée sous le nom des « feuilles de prophétie », était très utilisée par les chamanes Amérindiens pour leur produire des visions. Tout est toujours une question de Respect de soi et de la drogue : son usage traditionnel était précédé d'une longue période de purification et de jeûne (ils n'étaient pas fous ces chamanes, ils voulaient continuer à prédire en restant « crédibles »). En effet, il y a un risque important d'overdose au datura car la marge entre une dose qui fait un effet et celle qui risque de provoquer un accident mortel est très faible. La méthode de consommation la moins risquée est de la fumer, viennent ensuite les infusions et recettes de cuisine diverses. Ces deux dernières sont beaucoup plus dangereuses et représentent un grand risque de dépression respiratoire puis d'arrêt cardiaque (overdose).

• E : Ça fait froid dans le dos ! Et le machin collé à la tige là-bas, c'est quoi ?

• M : C'est de l'ergot de seigle.

• E : Et ?

• M : C'est un champignon du groupe des ascomycètes, parasite du seigle (et d'autres céréales), contenant des alcaloïdes polycycliques, dont est tiré l'acide lysergique (duquel le LSD est un dérivé). Il fut autrefois responsable d'une maladie, l'ergotisme, appelée au Moyen Âge « Mal des ardents », liée à la présence d'ergot dans le seigle utilisé pour fabriquer le pain. Cette maladie, qui dura jusqu'au XVIIè siècle, se présentait sous forme d'hallucinations passagères, similaires à ce que provoque le LSD, et à une vasoconstriction artériolaire, suivie de la perte de sensibilité des extrémités des différents membres, comme les bouts des doigts. À cette époque, il était communément admis que ces personnes étaient des victimes de sorcellerie ou de démons. Saint Antoine était d'ailleurs le saint patron des ergotiques.

• E : Et tu prends ça toi ?

• M : Quelques fois oui, mais à dose très modérée. Pour info, l'ergot était parfois utilisé par les sages-femmes pour arrêter les hémorragies et faciliter certains accouchements. Le dernier incident majeur lié à l'ergot de seigle en France date d'août 1951, dans le village de Pont-Saint-Esprit (Gard), où la majorité des habitants auraient été atteints d'hallucinations, suite à l'absorption de pain contenant de la farine de seigle contaminée. Plusieurs personnes sont mortes d'accidents liés à leur hallucination. Pour ta gouverne, en médecine, les dérivés de l'ergot de seigle sont des molécules utilisées en particulier dans le traitement des crises de migraine. En 1938, Albert Hofmann est un jeune chercheur, féru de plantes médicinales et de champignons. Au sein des laboratoires suisses Sandoz (devenus Novartis) à Bâle, il travaille alors sur les alcaloïdes de l'ergot de seigle, dans le but de mettre au point un stimulant circulatoire et respiratoire. Mais les expériences tournent court. Cinq ans plus tard, le chimiste, saisi d'une « intuition particulière », reprend ses recherches. Le 16 avril 1943, alors qu'il manipule le puissant acide, la substance pénètre dans son sang. Albert Hofmann vit sans le savoir son premier « trip » (voyage). Pris d'une étrange sensation de vertige et d'ivresse, il est contraint de renter chez lui, cramponné à sa bicyclette, alors que la réalité se déforme. Puis il est assailli par de fantastiques images et couleurs. Trois jours après, c'est en toute conscience que le chercheur avale 250 microgrammes de LSD, une dose de cheval, passant cette fois-ci par des états tantôt « merveilleux », tantôt « terribles ».

• E : Mouais, d'un côté ça paraît sympa, mais de l'autre ça craint un max !

• M : Disons que ça peut craindre, si on ne se Respecte pas assez !!! Le LSD (Lyserg Säure Diäthylamid, diéthylamide de l'acide lysergique) est né, Hofman avait obtenu par transformation chimique de l'ergot de seigle la première synthèse du LSD, son enfant terrible, l'un des plus puissants hallucinogènes, et des moins nocifs. Jusqu'en 1966, date de son interdiction aux Etats-Unis, la substance passionne la communauté scientifique et médicale, puis s'empare de la génération hippie. Dans les années 1950, on la prescrit à certains psychotiques et alcooliques ou à des mourants. Donc tu vois bien que c'était utile ! Sandoz la commercialise pour le corps médical, sous le nom de Delysid. Cependant, les malades n'aimaient pas ces médicaments. Moins regardant, les hippies allaient directement acheter chez eux ! Mais le LSD attire aussi l'attention des militaires américains en 1953. Le Bureau des services stratégiques, l'ancêtre de la CIA, en achète un million de doses. Un plan d' « attaque lysergique » contre Cuba sera même envisagé. L'idée était de développer une arme opérationnelle pouvant produire des effets tels des troubles de la mémoire, un discrédit dû à des conduites aberrantes, des altérations du comportement sexuel, la délation, la suggestibilité et la dépendance. On avait testé le LSD mais ça rendait les soldats pacifiques et ce n'était pas ce qu'on leur demandait. Mais ce programme secret – le « MK-ULTRA » – fut finalement abandonné, les chercheurs qui y travaillaient ayant pris la fâcheuse habitude de consommer eux-mêmes du LSD... Dans les années 1960, alors que sa formule tombe dans le domaine public, le LSD sort des hôpitaux psychiatriques et des laboratoires. Les fabricants artisanaux fleurissent et la vague « psychédélique » déferle. Pendant ce temps, Albert Hofmann, toujours fidèle à Sandoz, poursuit ses recherches. A la tête du département pour les médecines naturelles, loin de l'euphorie hippie, il étudie les propriétés thérapeutiques des champignons magiques mexicains. Il continua de défendre le LSD, qui « ne crée pas d'accoutumance, n'altère pas la conscience et, pris dans des doses normales, n'est absolument pas toxique ». C'est la « plus efficace et précieuse aide pharmaceutique pour étudier la conscience humaine ». Une piste que nombres de scientifiques ont réexploré depuis. Pour info, le prix Nobel de médecine, celui qui découvrit le moyen d'amplifier l'ADN, indiqua que ce fut grâce à la prise de LSD qu'il eut cette vision pour comprendre comment démultiplier des fragments de ce code. Hofman fut aussi salué par le président de la Confédération helvétique comme un « grand explorateur de la conscience humaine ».

• E : Et comment ça marche au fait ?

• M : Le LSD pirate le système de communication du cerveau (qui passe le plus clair de son temps à discuter avec lui-même pour vérifier que tout va bien et réguler l'ensemble si besoin) ce qui provoque une altération des frontières de l'ego (comme le dit Descartes : cogito, ergo(t) sum : je pense, donc [ou comme] je suis). En plus, le glutamate libéré permet une accélération de la vitesse de communication et de la circulation d'informations, la personne se trouve ainsi turbo-boostée.

• E : Ah ouais ?

• M : Et oui, qui l'eut crû ! La sérotonine ainsi libérée provoque une hypersensibilité des sens tels que la vue (vision stéréoscopique multicolore), l'ouïe (on écoute – démarche active – des choses auxquelles normalement on ne prête jamais attention car on les entend – démarche passive – à peine), le touché (on peut palper les molécules du vide autant que vraiment rentrer en contact avec l'autre). On ressent un apaisement du corps et de l'esprit, on a un sentiment d'appartenance à son environnement et au cosmos : ce que l'on peut appeler une union mystique. Timothy Leary (1920-1996), auteur américain, psychologue, militant pour les drogues, est le plus célèbre partisan des avantages thérapeutiques et spirituels du LSD. Pendant les années 60, il a inventé et a popularisé le slogan « Turn on, Tune in, Drop out » (Branchez-vous, Soyez en Phase, Lâchez prise) [Timothy lui était carrément « wired » – attaché avec du fil barbelé ; cette maxime faisait référence a son expérimentation avec la fameuse molécule de la chanson des Beatles – eux aussi étaient « branchés »].

• E : Mais c'est qui ce gars ?

• M : Tu verras plus tard, là je ne te parle que des drogues et de leur consommation classique. Pour revenir au LSD, le côté négatif (car il y a toujours un revers à chaque médaille) est que l'on peut se sentir tellement dissous dans un grand tout, que l'on peut se morceler et devenir anxieux jusqu'à la folie. Avec l'éclat de l'ego, il peut y avoir une certaine perte d'autonomie et un décalage complet par rapport à la réalité. Il y a d'ailleurs une photo où l'on voit un chat perché au LSD, être blotti au fond d'une cage, effrayé qu'il est par une souris (tout comme peut l'être un éléphant, comme quoi la taille ne fait pas tout, voire même rien !). Ainsi, en 1966, l'acide (ou buvard, autres noms du LSD) était jugée plus dangereuse que la guerre du Vietnam (à juste titre vu les abus des hippies, cf. la chanson des Beatles Lucy in the Sky with Diamonds, allusion directe au LSD et au trip d'Alice au pays des merveilles, quand pour passer de l'autre côté du miroir elle mange des gâteaux et boit pour grandir, rétrécir, avoir le cou qui s'allonge).

• E : Tu m'étonnes, surtout qu'ils y allaient franco, eux aussi à coups de doses de cheval !

• M : Eh oui (triste soupir), trop de jeunes se sont abandonnés aux états modifiés de conscience, pour fuir la réalité morose ! (sanglot dans la voix)

• E : Tiens en parlant de tout ça, ça me fait penser que je n'ai pas vu de pilules !

• M : Normal puisque Uttanka, comme moi d'ailleurs, ne touche pas aux chimiques !!! Même si le safrole (huile de sassafras qui contient du safrole, un précurseur de l'extasie, classé sur la liste des produits stupéfiants, utilisé en aromathérapie pour ses propriétés relaxantes) et le baobab (autre précurseur des tata) sont bien naturels eux.

• E : D'accord, mais tu peux quand même me dire d'où est sortie cette drogue, vu que tu parles que de ça ici ?

• M : Même si je ne suis pas un fan de cette drogue, je vais t'en parler avec grand plaisir. Une substance, appelée MDMA (Méthylène Dioxy-Métamphétamine), dérivée de la molécule d'amphétamine, a été synthétisée pour la première fois en 1912 par des chimistes allemands de la firme Merck. Elle a été brevetée en 1914, même si on ne lui trouvait aucune utilité. Par contre, elle a été fournie comme produit stimulant et coupe-faim aux soldats de ce pays pendant la deuxième guerre mondiale. Il faut dire qu'à cette époque, les anglais, américains, allemands et japonais étaient tous à fond d'amphétamines (benzédrine) qui seront connus plus tard sous le nom de speed. Concernant les taz, c'était vraiment une contre-indication : l'ecstasy (mais perso je préfère dire extas{i}e car c'est bien de cela dont il s'agit) développe le sentiment d'empathie (capacité d'une personne qui peut ressentir les sentiments et les émotions d'une autre personne), d'euphorie et de bien-être avec les autres. La « pilule de l'Amour » (même si elle n'a jamais permis d'améliorer les capacités sexuelles, mais « seulement » les sensibilités) agit sur trois hormones du cerveau : la dopamine, la noradrénaline et la sérotonine. Ces hormones agissent normalement sur le centre du plaisir, sur le cycle de l'éveil et du sommeil, sur l'humeur, sur les émotions et sur les fonctions sexuelles. Toutes ces fonctions sont stimulées en même temps par le MDMA. Imagine l'état béat dans lequel se trouve la personne qui a consommé de l'extasie, tu vois bien que ce n'est pas très compatible avec la guerre, cette boucherie innommable !

• E : C'est clair que sur le front, ça devait être un sacré bordel avec des militaires tazés qui rêvaient plutôt de faire l'Amour que la guerre.

• M : Hihi, ils avaient même déjà inventé le slogan des hippies, des années avant eux ! C'est sûr que pour une pilule qui stimule l'humeur et la communication, s'appeler drogue pro-sociale en pleine guerre ça fait bizarre et décalé. Il n'empêche que par la suite, la CIA tenta de s'en servir comme d'un sérum de vérité (après l'opium et le LSD, ils auront tout essayé pour faire parler les rouges), sans succès. Par contre, son efficacité fut réelle dans la guerre du Vietnam, car l'extasie cible et détruit (comme le fameux search&destroy cher aux GI's au Vietnam) la peur. Par la suite, Alexander Shulgin (figure dans la communauté psychédélique, inculquant un sens de pensée scientifique raisonnable au monde de l'individu-expérimentation et de l'ingestion psychoactive) s'y intéresse dans les années 70, pour ses effets sur l'humeur. En effet, l'extasie augmente la présence de sérotonine dans les synapses (fosse où l'information passe d'un neurone à l'autre) en bloquant sa recapture. Dans une moindre mesure, elle augmente également celle de la dopamine. C'est un psychotrope possédant une composante stimulante, et dont un des effets est d'accélérer les battements cardiaques comme lors d'une forte excitation. Elle inhibe la crainte de l'autre et la peur de soi, et favorise ainsi le contact. Cette propriété l'indique pour le traitement du stress post-traumatique (comme après la guerre du Vietnam ou un viol) et elle fut donc utilisée en psychiatrie aux Etats-Unis, où elle a été rapidement retirée du marché en raison de ses effets secondaires indésirables et de la dépendance qu'elle engendrait. Mais le produit avait déjà gagné les campus universitaires et les clubs branchés.

• E : Y a des effets secondaires ? Parce que moi je croyais que c'était inoffensif, la preuve on appelle ça aussi des bonbons.

• M : Oui, beh justement, c'est loin d'en être ! En raison de son usage facile et de sa présentation « attractive », l'extasie bénéficie auprès de certains de la fausse réputation d'être inoffensive. Elle provoque tout d'abord une légère anxiété, une augmentation de la tension artérielle, une accélération du rythme cardiaque et la contraction des muscles de la mâchoire ; la peau devient moite, la bouche sèche. Suit une légère euphorie, une sensation de bien-être et de plaisir. Elle s'accompagne d'une relaxation, d'une exacerbation des sens et d'une impression de comprendre et d'accepter les autres. La dopamine (qui gère aussi le mouvement par la coordination motrice) active le noyau accumbens qui gère nos élans vitaux (sustentation – le boire et le manger ; sexe, motivation…) et le trompe pour qu'il décrète le bonheur. Mais prendre de l'extasie, qu'elle soit pure ou contienne d'autres produits, comporte de nombreux risques car les substances amphétaminiques et dérivées neutralisent certains mécanismes de défense naturelle et d'alerte de l'organisme. Elles entraînent une perte de la notion du temps, une suppression de la sensation de fatigue, de soif et de faim et de l'hyperthermie (élévation de la température du corps, les thermomètres étant débranchés). Ainsi, dans certains cas, la déshydratation et l'épuisement des danseurs ont entraîné leur mort ou des malaises soudains et intenses, proches de l'état comateux. Ceux qui ont fait usage d'extasie dans ces conditions éprouvent souvent des difficultés à « faire surface » avant plusieurs jours. Après avoir usé et abusé du robinet ouvert à dopamine, les lendemains sont moins enchanteurs. Les hormones du plaisir n'étant plus libérées en grande quantité par l'extasie, le corps subit un effet de sevrage de 24 à 72 heures (temps de restockage de dopamine/sérotonine : le blues du milieu de semaine) qui plonge la personne dans un état dépressif. En dépression suite à du stress, le thalamus et l'hypothalamus (qui gèrent l'anxiété, la peur, la faim) libère de l'ACTH qui est une des rares hormones à pouvoir se balader dans tout le corps et avertie la glande surrénale de produire du cortisol pour réguler l'état de stress. Ce système se régule au fur et à mesure, mais si le cortisol reste, la dépression s'installe. Le stress crée la perte des élans vitaux : le cerveau crée une partie du contrôle de la volonté et si il est trop stressé, on a plus envie de rien, plus goût à la vie ni au bonheur. De même, les consommateurs habituels peuvent être victimes de troubles du rythme cardiaque et d'hypertension. Mais les atteintes les plus graves et que l'on ne perçoit pas immédiatement, sont les possibles lésions des neurones cérébraux qui peuvent être irréversibles, ainsi que les crises d'anxiété, d'angoisse et les dépressions qui, pour les sujets prédisposés, peuvent être profondes et très longues à soigner. D'autant plus qu'après un certain nombre de prises, la lune de miel est finie (le verrou à dopamine est définitivement cassé et il ne peut plus y avoir de libération massive de cette substance, même en gobant à fond, ce qui détruit plus que cela ne défonce). On peut juste limiter les risques en prenant une pastille de vitamine C (ou du jus d'orange) avant et après la soirée, elle agira comme un enduit anti-oxydant (c'est un anti-radicaux libres qui protégera, un peu, les neurones lors des attaques).

• E : Mais pourquoi cette drogue rencontrait-elle un tel succès alors ? Il y a un truc caché là-dessous.

• M : C'est comme pour l'alcool ou la kétamine (anesthésique autant pour enfant et vieux que pour cheval, qui permet de se dissocier de son corps et de partir dans des rêveries absolues), mais je t'expliquerai plus tard, ça aidera à la montée des champis (si tu te sens prête et que moi aussi je te sens bien) et de tes souvenirs.

• E : D'accord, on verra ça. Mais avec tout ça, tu m'as pas encore parlé des champis, alors que c'est quand même ça qu'on est venu chercher.

• M : Mais j'y viens, puisque ça fait partie de la même famille des hallucinogènes (même si l'extasie n'est pas à proprement parler hallucinante, c'est plutôt un stimulant qui accélère l'activité du cerveau). Les champignons magiques étaient déjà consommés par les cultures d'Amérique Centrale vers -1000 et elles leurs consacraient des temples et des grottes. En Europe, les Mystères d'Eleusis (Grèce vers -1000 également) étaient un rite initiatique et de purification lié aux divinités de la Terre. Toute personne parlant le grec (donc même les étrangers) et n'étant pas un meurtrier impuni, pouvait se rendre (une seule fois, il ne faut pas abuser des bonnes choses) à Eleusis auprès de la grande prêtresse pour y boire une potion, vraisemblablement tirée des champignons (appelés « nourriture des dieux »). La personne y restait toute la nuit (pour des raisons de sécurité pour le voyageur intersidéral) et suite à la Vision (provoquée par la psilocybine, substance psychoactive), devenait un initié des grandes choses de la vie. Les portes de la perception venaient de s'ouvrir pour elle. En effet, psychédélique signifie « qui dévoile l'esprit ». Les champis auraient amenés les dieux (enthéogène), dans leurs bagages suite au voyage intersidéral offert à celui qui a pris. C'est sûrement la drogue la plus anciennement consommée car nos lointains ancêtres cueilleurs devaient tester chaque « plante » pour connaître son goût et son intérêt (gustatif voire médical, et ses dangers éventuels). Comme nombre de ramasseurs de champignons de nos jours, les humains de la préhistoire ont cueilli des spécimens qui tantôt les rendaient malades voire provoquaient la mort, tantôt les envoyaient dans d'autres perceptions de la réalité de leur esprit, corps et environnement. Par rapport aux drogues de pharmacie, c'est une drogue illégale.

• E : Ça a quelque chose à voir avec le peyotl ? Je me souviens de ce nom par rapport au groupe Lofofora !

• M : Oui, Lophophora williamsii est son nom scientifique. Le peyotl (petit cactus sans épine) est utilisé depuis des siècles dans des cérémonies religieuses, divinatoires ou thérapeutiques par les chamans des tribus d'Indiens du Mexique. Au début du XIXe siècle, cette pratique s'est étendue à des tribus des États-Unis (Apaches, Comanches, Kiowas, Navajos, etc.). Ces pratiques sont toujours en vigueur dans une cinquantaine de tribus différentes (Huichols, Coras, Tarahumaras) qui lui prête souvent une valeur enthéogène (communication avec les dieux). Il contient de nombreux alcaloïdes de type phényléthylamine, dont le plus notable est la mescaline. La complexité de sa composition permet d'expliquer les différences entre les effets du peyotl et ceux de la mescaline seule. Il est consommé soit chiqué (sniffé) soit ingéré. Il provoque de fortes nausées voir des vomissements lors de son ingestion (comme les opiacés la première fois). Les hallucinations surviennent généralement trois heures après l'ingestion et commencent par des flashs de couleur dans le champ de vision, puis se divisent en deux phases : une période de plénitude et d'hypersensibilité, suivi d'une période de calme et de grand relâchement musculaire.

• E : Et le canna alors, parce qu'il peut aussi rentrer dans cette catégorie !

• M : Le chanvre est certainement la plante psychotrope cultivée depuis le plus longtemps. En effet, déjà vers -10 000 (c'est-à-dire juste après que les glaces aient commencé à se retirer) les Chinois l'utilisaient. Cette plante a la particularité d'être utile en tout : rien ne se jette ! Ils mangeaient les graines pour se nourrir ou en faisaient de l'huile (peu grasse) ou de la farine, fabriquaient avec les tiges du papier, des filets de pêche, des cordes et des textiles. Le chanvre fut déclaré comme la première plante de guerre car on fabriquait auparavant les arcs en bambou, puis en chanvre car plus costaud. Ainsi, des terres impériales étaient cultivées exclusivement pour cette plante à usage militaire. Vers -2800, on découvrit que la plante pouvait également soigner, notamment pour redonner l'appétit et calmer certaines crises. Au IIIè siècle de l'autre ère, l'empereur romain Gallien poussa même à la consommation pour développer le bonheur et l'hilarité. Evidemment, en 484, le pape Innocent IV déclara le cannabis sacrilège car il s'agissait d'une drogue païenne (heureusement qu'il restait les sorcières pour ne pas se plier à ces règles et nous transmettre une part de ce savoir très ancien : ce qu'on appelle l'ésotérisme – Histoire officieuse – par opposition à l'exotérisme – Histoire officielle et dogmatique).

• E : Pff, c'est vrai que les chrétiens préféraient picoler le sang de Jésus (et pas que durant la messe) !

• M : Oui, pour autant la bible de Gutenberg fut imprimée sur du papier chanvre et Rabelais faisait prendre du cannabis (Pantagruélion, reine des plantes) à Pantagruel. Mais plus tard, le cannabis était nettement moins en vogue que les opiacés. Pour l'Occident en général et la France en particulier, le hachich était une découverte toute récente à cette époque (datant de l'expédition en Egypte conduite par Napoléon Bonaparte en 1798 : la consommation par les soldats fut interdite suite à une tentative d'assassinat du nabot Napo par un Egyptien). Les quelques amateurs, qui appartenaient aux couches sociales privilégiées (coût exorbitant de cette drogue, une dose de dawamesk représentant trois journées de travail d'un ouvrier), y recherchaient des sensations fortes (préparations agressives capables de produire des hallucinations), comparables à celles produites par l'opium, substance connue depuis des millénaires en raison de ses applications thérapeutiques (analgésique et sédatif, utilisé par les Babyloniens) et alors largement plus en vogue dans ces mêmes milieux.

• E : Dawamesk ? C'est quoi encore cette instrument de « toxure » ?

• M : Comme aujourd'hui, on peut fumer le haschisch mélangé à une pipe (la cigarette n'existant pas encore, le joint était inconnu) mais les vrais amateurs tendaient à considérer que les effets en étaient un peu trop faibles. Une méthode beaucoup plus efficace consistait à absorber la drogue sous forme liquide : si le thé au cannabis reste relativement modéré, le mélange de vin ou de bière au même produit est nettement plus virulent. On consommait également le hachich (selon l'orthographe de l'époque) sous forme solide, notamment en dragées parfumées au chocolat afin d'en améliorer le goût, unanimement jugé peu appétissant. Cependant, la façon la plus en vogue au XIXè siècle était de manger du cannabis sous forme de « dawamesk », terme arabe désignant une préparation venant du Moyen-Orient. On fait longuement bouillir, dans du beurre allongé d'eau, des fleurs fraîches de cannabis (réservons le terme de chanvre indien pour l'usage industrielle, ou en tout cas non-récréatif, de la plante) jusqu'à obtenir une bouillie bien épaisse que l'on passe dans un linge très fin pour en éliminer tous les débris végétaux, puis que l'on chauffe jusqu'à évaporation complète du liquide restant. Le résultat est une pâte verdâtre, sentant plutôt mauvais et au goût encore pire. On s'en servait donc pour confectionner une sorte de confiture largement parfumée à la vanille, à la pistache ou à la cannelle, mais également, exotisme oblige, à la rose ou au jasmin. Afin de corser le tout, les plus acharnés y ajoutaient un peu d'opium. Le dawamesk se prenait par doses servies dans une petite cuillère, allant de 15 à 30 grammes selon la puissance des effets recherchés. Au lieu de l'avaler directement, accompagnée ou non de biscuits, d'aucuns préféraient diluer leur confiture (la « pâture » selon le terme usité par le Club des Hachichins) dans une tasse de café brûlant afin d'en accroître encore la force. Toutefois, les avis divergeaient sur l'efficacité d'un tel mélange : ce n'étaient que des considérations empiriques car son principe actif, le THC (TétraHydroCannabinol), n'était pas encore connu car seulement isolé à la fin du XIXè siècle.

• E : Ah ouais, ils n'y allaient pas avec le dos de la cuillère.

• M : C'est le cas de le dire, ils prenaient même plutôt des cuillères à soupe, voire des louches.

• E : Et le Club des Hachichins c'est la jet-set des toxoplasmes ? Ça sort d'où ?

• M : Ce nom, choisi par les participants aux expériences psychédéliques, vient de l'arabe « hachchâhi » signifiant buveur de haschisch mais se réfère surtout à la célèbre secte ismaélienne qui terrorisa le Proche-Orient au Moyen-Âge pendant près de trois siècles, au point de nous avoir donné notre mot assassin. Dirigés par un chef mystérieux, retranché dans une forteresse imprenable des monts de l'Iran du Nord et surnommé le Vieux de la Montagne, les membres de la secte lui devaient une obéissance absolue, plus fondée sur un fanatisme religieux exacerbé (avec promesse de 70 vierges qui les attendaient au Paradis) que sur la consommation de haschisch à laquelle ils doivent leur nom. Les Assassins sévirent de 1090 à 1256 de l'autre ère, avec comme spécialité le meurtre politique, toujours pratiqué de manière spectaculaire, tel au poignard et en public. Leurs lointains descendants parisiens étaient nettement plus pacifiques mais ils se sentaient comme appartenant eux aussi à une élite, sorte de secte de la sensibilité et de l'intelligence d'apprécier les vertus hallucinogène de leur drogue favorite. Ainsi, loin de tout prosélytisme (prospection commerciale), ils ne recrutaient que par cooptation (entres potes), sans toutefois éprouver le besoin de se cacher le moins du monde.

• E : Tu me fais halluciner. Tout ça, c'est pas des trucs que tu apprends à l'école, même si je ne me souviens plus de ce que j'ai pu y apprendre, mais moi j'ai l'excuse d'être amnésique. Et ça marchait comment ce club, juste pour info, histoire de savoir ?

• M : Depuis 1837, un médecin aliéniste (qui soigne les aliénés, les « fous ») exerçant à l'hôpital Bicêtre (établissement des environs de Paris, accueillant les malades mentaux de la capitale), Joseph Moreau de Tours, étudiait les effets du haschisch. Ce dernier constituait pour le médecin, « grâce à l'action que cette substance exerce sur les facultés morales, un moyen puissant, unique, d'exploration en matière de pathologie mentale ; par elle, on devrait pouvoir remonter à la source cachée de ces désordres si nombreux, si étranges qu'on désigne sous le nom de folie ». Pour conduire ses recherches, non seulement Moreau de Tours absorbe lui-même du dawamesk (et pas uniquement par dévouement pour la science) pour en ressentir les effets, mais il demande à certains de ses amis de faire de même au cours de séances de dégustation organisées chez lui. Parmi ces cobayes se trouve Théophile Gautier (poète, chef de file des romantiques) qui est un observateur précieux, capable de décrire précisément son expérience de la drogue. Ces séances au domicile du docteur amateur de haschisch (sous sa version la plus forte) préfigurent les réunions n'ayant plus aucune prétention scientifique de l'hôtel Pimodan : c'est la naissance du Club des Hachichins. Eugène Delacroix, Gérard de Nerval, Balzac et Baudelaire (uniquement observateurs, du moins dans ce club-ci, il en prenait déjà suffisamment pour son compte ailleurs) fréquentaient ce lieu, tout comme le Tout Paris des arts et des lettres.

• E : Ce Théophile Gautier devait être bien perché avec toutes ces expériences « médicales ».

• M : Même pas ! Mais tu sais, le cerveau a un système cannabinoïde endogène (interne), qui est plus important que d'autres neurotransmetteurs ! Ce système est crée à partir de la graisse périphérique des neurones et joue sur le cervelet (mouvements), le tronc cérébral (coordination), les réflexes, la mémoire, l'anxiété. Le cannabis active le système cannabinoïde interne ce qui provoque un développement des sens. Le cannabis est bon contre l'anxiété et la dépression (à petite dose en tout cas, qui l'eut cru) car il bloque les anadanïdes (stimulants positivistes), qui agissent donc plus longtemps. Pour en revenir à lui, au bout d'environ un an, Théophile Gautier cessa soudain de se rendre aux soirées du Club, renonçant définitivement au dawamesk. S'en expliquant à la fin de sa vie, il précisera que cette décision ne fut pas provoquée par la peur des conséquences pour sa santé de l'usage de ce qu'il qualifie toujours de « drogue enivrante » mais pour une raison plus intellectuelle : « Le vrai littérateur n'a besoin que de ses rêves naturels et il n'aime pas que sa pensée subisse l'influence d'un agent quelconque ». Cela n'empêchera pas l'écrivain de continuer à prendre des drogues : haschisch sous des formes aux effets moins hallucinogènes, mais surtout de l'opium. Il connut d'ailleurs l'opium bien avant le hachich : huit ans avant d'écrire le Club des Hachichins et cinq ans avant Le Hachich, était paru La Pipe d'Opium.

• E : Mouais, c'est sûr, tout ce que tu me dis depuis tout à l'heure, c'est une toute autre façon de concevoir les drogues. Mais si ça a été interdit, c'est bien pour une raison de santé publique.

• M : Mais tu sais, les pires drogues étaient légales même si elles étaient notoirement mortelles, suffit de voir le tabac et l'alcool ! C'est en ça que l'état est par nature illogique puisqu'il favorise son propre intérêt (taxes) à l'intérêt général (santé). Pourtant, les scientifiques considèrent que l'éthanol est une drogue sale car elle modifie la structure même du cerveau et peut sérieusement détruire des aires fonctionnelles entières, d'autant plus que cette drogue reste ancrée dans notre culture et à ce titre promut. Après la cigarette qui n'est qu'un support pour fournir de la nicotine (dont les effets sont amplifiés par adjonction d'ammoniaque et autres saloperies chimiques) qui rend accroc (suffit de voir la queue des nicotoxs le dimanche devant les rares bureaux de tabac ouverts, qui enfilent vite un jogging et brise le farniente dominical juste pour s'acheter leur dose), la plus mortelle des drogues est l'alcool ! Directement (cirrhose du foie, troubles divers) ou indirectement (accidents, violence), la drogue liquide tue des dizaines de milliers de personne rien qu'en France (le pays des dealers embouteilleurs). Et depuis des millénaires, les plaisirs et la joie de l'ivresse se confondent avec les douleurs et agressivité de l'ivrognerie !

• E : C'est bien pour ça que comme tout bon musulman je ne picole pas. Mais, je me suis toujours demandée comment l'alcool avait été découvert ?

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9 juillet 2009 4 09 /07 /juillet /2009 17:53

Détour pour l'exploration de ses consciences
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• E : C'est bien pour ça que comme tout bon musulman je ne picole pas. Mais, je me suis toujours demandée comment l'alcool avait été découvert ?
• M : Par hasard ! La fermentation est un phénomène naturel : rencontre d'un jus de fruit avec des ferments ou de céréales et d'eau ou encore de miel et d'eau. Ainsi, l'usage des boissons alcooliques est contemporain de la sédentarisation de l'humain : c'est-à-dire au Néolithique avec l'apparition de l'agriculture et l'invention de la poterie. Autrement dit, la découverte de ce produit est vraisemblablement due à un mauvais stockage de produits alimentaires laissés sous la pluie par exemple ! ! ! La « magie » de cette boisson a été rapidement contrôlée et son usage réservé aux pratiques religieuses, divinatoires, médicamenteuses et nutritionnelles. Les contemporains de cette découverte vont rapidement organiser la production, la consommation et ses bonnes règles, la diffusion, la limitation et ... la sacralisation du produit (tout le monde n'y a pas droit, ça évitera les troubles ivresques ; d'ailleurs quand des Peuples qui ne connaissaient pas cette drogue en goûtaient, ils devenaient fous et voulaient tuer tout le monde car ils croyaient qu'on les avait empoisonné). Pour les Grecs, il y a deux divinités qui tiennent le premier rang chez les humains. L'une est la déesse Déméter (ou la Terre) qui nourrit les mortels d'aliments solides. L'autre s'est placée de pair avec elle, c'est Dionysos. En quelque sorte on avait déjà à l'époque le pain (Déméter), le vin (Dionysos) et il ne manquait plus que le boursin pour que tout aille bien (hihi). La littérature de cette époque insistait déjà sur la notion du « trop boire » mal vue, d'un Socrate jamais ivre, buvant avec modération, éveillant son esprit sans excès de langage, d'un Platon interdisant le vin avant 18 ans, l'autorisant modérément jusqu'à 30 ans et levant toute limite après la quarantaine (il faut dire que la durée de vie moyenne n'était pas la nôtre ...). L'ancien testament évoque fréquemment l'usage du vin. Le premier vigneron reste Noé qui planta la vigne dès la fin du déluge (il avait 600 ans) et en action de grâce, l'arrosa du sang d'un agneau, d'un lion, d'un singe et enfin d'un porc (on reconnaît là les effets du vin selon que l'on en boit peu, beaucoup ou trop). Il connut l'ivresse et l'humiliation de s'être mis nu devant ses fils, la dérision d'un des leurs et l'action des deux autres qui le couvrirent d'un manteau en marchant à reculons. L'ivresse seule est source d'humiliation et non le facteur humain. Loth est également un symbole de la différence entre l'ivresse et la dignité humaine. Lorsque Sodome fut détruite, aucune possibilité de descendance humaine ne pouvait exister, les survivants étant Loth et ses filles. Celles-ci l'enivrèrent et obtinrent de lui une descendance. Loth, grâce à l'ivresse n'eut conscience « ni de son coucher ni de son lever », donc fut épargné de la culpabilité de l'inceste. Ainsi la race/espèce humaine pu se perpétuer dans la morale divine. Le nouveau testament apporta une autre image du vin. Entre le premier miracle de Jésus Christ aux Noces de Cana transformant l'eau en vin et son dernier repas où le vin devient le sang du Christ, la religion chrétienne a permis le passage du vin païen au vin chrétien. L'expansion de l'empire romain et la propagation de la chrétienté étendront la culture de la vigne. Cette culture, en France, dirigée par les romains, faite par les gaulois (esclaves), eut au fil des siècles pour mainteneurs les abbés, évêques et princes du Moyen-Âge. C'était un moyen de contrôle des masses, en apaisant les tensions par des litrons.

• E : En France on faisait juste semblant de ne pas voir les pochetrons !

• M : Même si ça avait commencé à changer peu avant le Grand Soir car la France était l'un des pires pays en terme de sécurité routière. Mais le plus dramatique, c'est que beaucoup de gens étaient persuadés que l'alcool n'était pas une drogue mais un liquide qui fait tourner la tête sans conséquences à part le terrible mal de crâne du lendemain. Or tout ceci est faux : non seulement parce qu'une substance qui enivre est forcément une drogue (suffit de se voir quand on a bu), mais surtout parce que l'alcool modifie (même sans consommation excessive ; et d'ailleurs comment définir celle-ci ?) en profondeur le fonctionnement du cerveau et de sa structure. L'alcool est une des rares drogues à passer directement dans le sang, ensuite ses molécules sont si petites qu'elles pénètrent dans la boîte crânienne. Résultat : le cerveau surnage dans l'éthanol, mais petit à petit les connexions nerveuses sont noyées et ne transmettent plus l'information. Simplement au bout de quelques verres, notre cerveau d'humain culturel est complètement déconnecté et notre système animal reptilien prend le dessus, lui qui est souvent réduit au « silence » (du moins consciemment). Bref, l'alcool est le meilleur moyen pour court-circuiter 2 millions d'années (voire plus) d'évolution et revenir à l'époque des bêtes sauvages, que nous sommes toujours au fond de nos cerveaux et de notre génome.

• E : C'est clair que j'ai vu des musulmans qui ne buvaient pas, devenir des poches encore pires que les culs blancs ! Vu les ravages de l'alcool dans les sociétés occidentales, je suis bien contente qu'on ne fasse que fumer du zetla en Orient !

• M : Certes. Bien sûr les drogues sont dangereuses, mais pas en elles-mêmes. Comme disait Paracelse, grand médecin et chimiste suisse du XVIè siècle : tout est poison, rien n'est poison, tout est question de dosage (tout comme il faut soigner le mal par le mal, vieux truc grec). C'est l'accoutumance et surtout l'addiction qui sont nuisibles, pas les sensations provoquées (tout comme une Ferrari n'est pas dangereuse si on sait la conduire, sinon, c'est le mur assuré). A Utopia, nous avons enfin compris que les drogues faisaient parties de l'Humanité, autant que le sexe, la violence, la religion. Nous avons accepté cet état de fait, même si c'est encadré (Uttanka est responsable de l'information sur ses produits ; même si on ne peut empêcher les gens de faire n'importe quoi avec leurs neurones, il faut au moins qu'ils le fassent en toute connaissance de cause), car sinon à ce moment-là il faudrait aussi interdire les crapauds (quand on les lèche, une substance de leur peau peut provoquer des hallucinations), le mimosa (même principe actif que le crapaud, le DMT), le datura qui pousse dans tous les parcs municipaux (splendide plante-drogue très puissante qui peut vous faire sortir de votre corps au point d'en être mortelle), le seigle ou même la noix de muscade (sniffée par les cocaïnomanes en manque en prison). De même qu'on ne peut lutter contre les éléments de la Nature, il ne sert à rien de vouloir bannir les drogues ou autres conduites à risques (c'est comme si on pénalisait le suicide – ce qu'avait fait l'église car seul dieu peut enlever la vie ; alors que l'église ne s'en est jamais privé lors des inquisitions et autres purges anti-« hérétiques »). On peut expliquer que ce n'est pas bon pour l'organisme et la personne en ceci et cela, mais on ne pourra jamais l'en empêcher. Même la mère d'un drogué te dira que ce n'est pas l'interdiction du produit qui empêche de s'en procurer (ce sera juste plus cher, plus difficile à trouver, souvent de moins bonne qualité et vendu par des systèmes mafieux). En plus, auparavant les gens s'éclataient la tête le week-end pour supporter la semaine à venir et oublier la semaine passée, mais maintenant que les gens sont heureux dans leur vie moins stressante et contraignante, ils ont véritablement remplacé le besoin de modifier leur conscience par l'envie de se faire plaisir, sans pour autant abuser des bonnes choses. Nos dirigeants ont souvent mélangés les deux aspects des drogues (pleasure and pain : plaisirs et douleurs de changer dans la tête). Mais à ce moment-là, et ce fut considéré ainsi (notamment par les judéo-chrétiens, qui ont un sérieux problème de rapport au corps et aux plaisirs de la chair), la drogue la plus dangereuse est le sexe (l'amour étant une drogue « douce », le sexe est alors une drogue « dure » vu la force de ses effets) : on est sur son petit nuage, tout heureux quand on est amoureux ; lors du passage à l'acte, le désir puis le plaisir durent un certain temps, enfin la jouissance est très forte, mais courte. Ce flash, si bon, si bref (pour les hommes en tout cas), se rapproche des mécanismes des drogues dures telle l'héroïne (encore plus, toujours plus ; plus haut, plus vite, plus fort – devise olympique). Ainsi, l'orgasme sexuel (certains aspects sont proches de l'orgasme sensitif et émotionnel sous champi, très pratiqué depuis la plus haute Antiquité) fut interdit : le sexe ne devait servir qu'à se reproduire, pas à avoir du plaisir (idem pour l'onanisme, du nom du personnage Onan de la bible, puni à mort par Yahvé pour avoir enfreint la loi du lévirat : il refusa de faire un enfant à Tamar – femme de son frère mort - et préféra « laisser sa semence se perdre dans la terre » : masturbation).

• E : Oui, à peu près d'accord. Mais t'es hors sujet là, moi je te parle des vraies drogues.

• M : C'est le cas. C'est trop facile d'esquiver : il faut bien savoir ce que l'on met derrière ce concept de drogue : action ou substance provoquant des sensations inhabituelles ou recherchées, pouvant engendrer de manière temporaire ou persistante des changements dans la personnalité ou le métabolisme du sujet, et dont l'absence engendre le manque. Répondent à cette définition : alcool, cannabis, extasie, psychédéliques, tabac, sexe, musique, sport, risque, jeu, violence.

• E : Autant pour moi. Je suis bien d'accord avec toi maintenant que tu as précisé ta pensée. Nous sommes donc tous des drogués ?

• M : Biologiquement oui : le plus gros dealer au monde c'est notre cerveau. Il fonctionne essentiellement à la chimie (sérotonine contre les douleurs, dopamine pour le plaisir, adrénaline pour l'excitation, endorphine comme antidépresseur, …). Après, tout dépend les drogues qui sont socialement acceptées et les autres. Les musulmans ont interdit l'alcool en voyant ces grosses poches d'occidentaux (les croisés) être agressifs et vulgaires, du coup ils ont préféré laisser les gens fumer de l'herbe et être, un peu, space. Mais au-delà de ça, dans toutes les sociétés les abus ont souvent été condamnées. En Occident, la première mesure contre la drogue fut l'interdiction en 1915 de la Fée Verte, l'absinthe dont raffolaient les poètes avec laquelle ils se mettaient minables. Pour autant, ils connaissaient les dangers puisque c'était la plante d'Artémis, déesse grecque responsable des morts violentes. Dans l'Antiquité gréco-romaine, on l'utilisa en infusion comme antidote de la ciguë (poison qui tua Socrate) ou pour ses vertus d'avortement. Au XVIIe siècle, l'absinthe servait même d'insecticide. Elle était toutefois indiquée en cas d'insuffisance de suc gastrique, pour activer la circulation sanguine dans les régions du bassin, l'excrétion biliaire, et agissait comme désinfectant. Cependant, une substance de cette liqueur (la thuyone) rendait fou et aveugle à haute dose.

• E : C'état le début de la prohibition en fait. Même si aux Etats-Unis ça avait une autre ampleur.

• M : C'est clair. Là-bas, des ligues puritaines voulaient absolument purifier la nation et cela passait par des esprits sains avec un foie sain (pour eux, le progrès n'était possible que si les dépravations des masses était enraillées) ! Mais après 23 ans de lutte acharnée (1910-1933), il fallait bien se rendre à l'évidence que la prohibition créait plus de problèmes qu'elle n'en résolvait. Tout ce que cela a fait, c'est que des barons de la drogue liquide se sont fait des fortunes (Al Capone) pendant que d'autres mourraient (ou finissaient aveugle) car l'alcool clandestin était distillé n'importe comment et bien frelaté. Même si la qualité était bien meilleure, il y eu le même problème avec le cannabis.

• E : Ah oui d'ailleurs, comment son interdiction s'est mise en place ?

• M : Déjà, je voudrais te dire que le chanvre (même plante que le cannabis, mais sans THC qui défonce) a toujours été un produit stratégique par rapport à ses qualités textiles (cordes pour la marine, tissu pour l'habillement). En 1803, alors que les Anglais avaient mis en place un blocus contre les Français, Napoléon signa avec le tsar Alexandre Ier le traité de Tilsit qui comportait notamment une clause contre l'exportation de chanvre vers la Grande-Bretagne [pour information, la reine Victoria prenait de la confiture de cannabis (agrémentée de morphine) pour apaiser ses règles douloureuses] et les Etats-Unis. Mais vu que le tsar jouait sur les deux tableaux en organisant la contrebande, Napoléon envahit la Russie en 1812. Les Indiens ayant introduits le chanvre au Mexique, il eut une place importante dans la Révolte de Pancho Villa (célébrée dans le chant la Cuca Racha) et du Mexique il s'implanta dans le sud des USA où les Noirs le fumaient car la récolte du coton était pénible.

• E : Mais c'est quand même pas « juste » ça qui l'a fait interdire ? Si ???

• M : Disons qu'il n'avait déjà pas bonne presse : je pense qu'il a surtout été dénigré car c'était la drogue des étrangers (les blancs tournant aux alcools forts). Mais depuis que les Mexicains venaient bosser aux Etats-Unis, les Américains avaient peur de ces étrangers qui faisaient tout le sale boulot pour eux mais qui fumaient leur petit pet le soir pour se détendre du travail harassant de la journée. En plus, vu que le jazz et le blues (« musiques dégénérées des nègres » comme on disait en ce temps-là, le Ku Klux Klan – fondé en 1865 pour faire perdurer les liens qui s'étaient créés durant la guerre de sécession entre les soldats confédérés/sudistes/esclavagistes, interdit 6 ans plus tard pour sa violence extrême – étant toujours dans les mémoires, le Klan se reforma en 1915) vantaient le cannabis, une propagande anti-marijuana se mit en place arguant que cette plante rendait fou et dépravé. Bizarrement, plutôt que de l'interdire, une loi fédérale de 1935 imposa sa taxation par les douanes pour éviter les trafics, sauf que les timbres taxés des Finances n'étaient jamais délivrés donc une nouvelle classe criminelle émergea du jour au lendemain. En fait, il n'y avait rien de louche : la vraie raison pour laquelle le chanvre avait été interdit, c'est qu'il concurrençait le coton et même les tissus synthétiques par ses fibres de très bonnes qualités et qui ne coûtaient pas chères (pas besoin d'engrais et tous ses déchets étaient utilisables et recyclables).

• E : Mais les pro-canna n'ont rien pu faire vu que la prohibition de l'alcool avait déjà montré que ça ne marchait pas ?

• M : Il y avait bien le maire de New York, Fiorelo La Guardia qui n'était pas convaincu de la prohibition, et un conseil scientifique qui après six années de recherche détruisit tous les arguments de la campagne anti-cannabis, mais il y eut des pressions sur la presse pour acheter son silence et les tests furent arrêtés. En fait, ironie du sort, c'est grâce aux besoins de l'armée (cordages, parachutes, uniformes) que le chanvre est un peu revenu en grâce. Même au XXè siècle on continuait à avoir besoin de lui : c'est entre autre pour lui que le Japon voulut attaquer la Chine (Mandchourie : pays du chanvre), bien qu'il devait éliminer les Philippines (gros producteur) sous protectorat US, que l'Allemagne envahit la Pologne pour son chanvre puis voulut se ravitailler en Russie (pacte germano-soviétique de 1942 : Staline garde son chanvre en échange de laisser le champ libre à Hitler à l'Est). Pour les Anglais le chanvre faisait parti de l'effort de guerre demandé aux Indiens, tout autant que pour les Américains après la coupure de leur accès au chanvre après Peral Harbor en décembre 1941. Ces derniers le légalisèrent à nouveau et créèrent alors une industrie du chanvre (Hemp for victory !). Pour autant, dès la guerre finie, ils ré-interdiront le chanvre (décidemment une concurrence trop déloyale pour leur coton) mais continueront d'en importer pour leurs industries. Il est à noter que la France est le plus gros producteur mondial de chanvre industriel et que cette production n'a jamais cessé (même si elle s'est essoufflée dans le début des années 70 avec le nylon, mais est repartie pour des isolants thermiques et phoniques, des biocarburants et des farines animales).

• E : Mais avec tous ces aspects positifs, comment se fait-il qu'il était toujours interdit au IIIè millénaire alors que ça semblait être une plante d'avenir ?

• M : Bonne question, merci de l'avoir posée ! Ici à Utopia le chanvre et le cannabis sont effectivement des plantes (même si c'est la même mais il faut faire le distinguo entre la plante « mâle utile » et la « femelle récréative/médicinale ») que l'on utilise beaucoup car ça pousse tout seul (comme une mauvaise herbe dont sa famille – orties, houblon : ordre des rosales ou urticales – fait partie) et que rien ne se perd vu que tout se transforme chez elles. Comme dans beaucoup de domaine, il y a eu méprise et amalgame fâcheux. C'est dans les années 50 (avec les beatniks déçus du rêve américain) que la consommation d'héroïne explose et qu'apparaît la fallacieuse théorie de l'escalade (quiconque commence par un joint fini par un shoot, sur le même principe que tous les gagnants du loto ont un jour tenté leur chance : ce qui est vrai pour la seconde partie est loin de s'appliquer dans le premier cas). En plus, en ces temps de maccartisme (nom du député qui lança la chasse aux sorcières communistes et qui les voyaient partout, à savoir qui était le plus schizo) l'héroïne était censée subventionner le communisme (car les produits venaient surtout de Chine, voire de … Marseille avec la French Touch – il est aussi à noter que cannebière désigne une plantation de chanvre). En 1956, Anslinger, le patron des douanes fit du lobbying pour que le cannabis entre dans la même catégorie que l'héroïne et soit sévèrement puni, allant même en 1960 jusqu'à l'ONU pour faire adopter une loi internationale anti-drogue en ce sens. Même si de nouvelles études furent lancées, la guéguerre s'orienta entre le cannabis inoffensif face à l'alcool nocif (vision évidemment simpliste des choses). La France résista un temps (et resta le plus gros producteur européen de chanvre industriel mais derrière la Chine au niveau mondial, 75% contre 15% – mais le suivant, le Chili, est loin derrière avec 4%) mais avec la montée de l'héroïne chez elle, le pays adopta en 1971 le même type de loi et en interdisant « toute présentation sous un jour favorable » des substances stupéfiantes, ce qui eu pour effet malheureux de clore le débat et de nuire à l'information du public autant que des usagers. Quitte à en nier même les effets thérapeutiques qui peuvent vraiment soulager nombre de malades (sidéens et cancéreux pour redonner l'appétit, épileptiques pour espacer et calmer les crises, migraineux pour amoindrir les maux de têtes, …).

• E : Vive la France !

• M : Mouais : surtout qu'au final il y a moins de drogués en Hollande où le cannabis est légal (mais beaucoup trouve que c'est une drogue du pauvre et préfère les alcools forts) alors qu'en France nous sommes les champions de la toxicomanie toutes catégories confondues (canna, exta, héro, antidépresseurs, neuroleptiques, j'en passe et des pires).

• E : Pff, comme d'hab, chez nous on préfère mettre un couvercle sur les problèmes, quitte à ce que ça explose par l'accumulation.

• M : Oui, mais tu sais tout ceci s'explique ! C'est que les drogues, comme le suicide, sont des indicateurs de la santé d'une société. Chez les Anciens les drogues étaient administrées sous surveillance par un chaman qui les maîtrisaient et leur consommation était entourée de règles strictes et d'interdits, pour que le preneur se découvre tout en se Respectant. Dans les sociétés dites modernes, les gens se droguaient à tort et à travers, non plus pour explorer leurs consciences, mais juste pour se mettre à l'envers et oublier l'espace d'un trip les dures contingences du réel. Ils ne prenaient plus les drogues pour des explorations intérieures, mais comme médicament pour fuir. Sachant que toutes les drogues activent d'une manière ou d'une autre le système de récompense/plaisir lié à la dopamine (la nicotine accroche par les récepteurs nicotiniques, les opiacés par les morphiniques, le cannabis par les cannabiques, l'alcool par tous), c'est le début de la vraie toxicomanie, quand le besoin de s'évader d'une prison sans chaîne remplace l'envie de découvrir ses sois et son environnement.

• E : Clair et net ! C'était bien le cas avec la cocaïne (pour se rassurer sur sa force personnelle), l'extasie (pour être en phase avec les autres) ; encore une fois l'alcool pour avoir les deux (même si trop vous les flingue les deux en même temps). Et comment vous gérez ça aujourd'hui alors, si tout est en Libre accès ?

• M : Déjà en ne cachant plus la réalité de l'usage et des abus de drogues, en faisant à foison d'information, partout et tout le temps. Ensuite, on explique bien aux gens que nul n'a besoin d'absorber des psychotropes pour faire la fête, délirer, entrer en transe sur la musique, planer, faire des expériences mystiques, aimer les autres, communiquer ou avoir envie de partager, appartenir à un groupe, ou pour garder le sourire ! On vise à informer le plus objectivement possible des effets des drogues. L'objectif est de prévenir l'usage (c'est toujours mieux de ne rien prendre), mais également de responsabiliser les usagers dans le but de prévenir les accidents (limiter les risques). En aucun cas on incite à la consommation ! Le corps et le cerveau ne sont pas des poubelles, qui veut aller loin ménage sa monture et la drogue ne permet jamais que les problèmes partent en fumée !!!

• E : On retombe sur ta notion que la drogue n'est pas un médicament, parce que justement la toxicomanie c'est la rencontre entre une personne avec un problème et une drogue.

• M : Tout juste ma belle, tu as bien retenu la leçon ! En tout cas, rassure toi, on fait tout ce qu'il faut pour éviter que les gens se toxent, même si on n'interdit pas le fait de se droguer !

• E : Vas-y, explique moi la différence !

• M : Un toxicomane consacrera beaucoup de temps à rechercher de la drogue, il ne pensera qu'à ça. Son seul degré de motivation sera de faire tout et n'importe quoi pour se droguer, et il continuera de se droguer, même si il sait, il ressent, le mal et les dégâts physiques autant que psychologiques et sociaux engendrés par les substances nocives à haute dose. L'habitude de consommer de la drogue commence par dégrader la santé, à épuiser les finances et à menacer les relations sociales. On sait depuis longtemps que l'euphorie déclenchée par les stupéfiants est due aux substances chimiques qui stimulent l'activité du système cérébral de la récompense. Ce circuit de neurones déclenche le sentiment de plaisir, par exemple après une prise de nourriture ou un rapport sexuel, des activités nécessaires à la survie et à la transmission des gènes. La stimulation de ce système produit une sensation de bien-être qui nous encourage à répéter l'activité cause du plaisir. Toutefois, la consommation chronique de drogues déclenche des changements de la structure et de la fonction des neurones de ce système, changements susceptibles de perdurer des semaines, des mois ou même des années après la dernière prise. Quand les stupéfiants sont consommés régulièrement, ces adaptations atténuent leur capacité à provoquer le plaisir, et renforcent le besoin qui piège le drogué dans une escalade destructrice de consommation, dont les conséquences sur la vie privée et sur le plan social sont dramatiques. Une meilleure compréhension de ces modifications neuronales permet aujourd'hui aux toxicomanes de reprendre le contrôle de leur cerveau et de leur vie et d'améliorer la lutte contre la dépendance. Pour autant, si ils s'arrêtent trop brusquement, ce sera le manque : pour continuer à fonctionner correctement (drogues inhibitrices des neurones), le cerveau est surexcité et doit se réguler pour retrouver son équilibre, il joue alors au yo-yo avec le corps et l'esprit du patient. Nous, Utopiens, nous ne souhaitons pas que les gens qui se droguent en arrivent à de telles extrémités. Donc on fait tout, et Uttanka le premier, pour empêcher que les gens aient du mal à décrocher, en n'encourageant pas de commencer avec les drogues et en détectant au plus vite ceux qui ont un problème d'addiction avec elles.

• E : C'est bien mignon tout ça, mais vous faîtes quoi concrètement ?

• M : Déjà, la première fois qu'on souhaite voyager, on encourage à aller voir un psy pour qu'il donne son sentiment sur l' « opportunité » psychique de s'envoyer dans l'espace ! Il ne juge pas, il donne juste son avis sur la stabilité mentale du patient qui souhaite ouvrir ses chakras et ainsi jouer avec ses sens ainsi que son état de conscience ! Ensuite, on fait faire un test de récepteurs à dopamine D2 : ce sont eux qui développent des réponses voire addictions aux drogues. Les toxicos ont peu de récepteurs D2, un taux élevé est donc un facteur de protection (ce qui n'empêche en rien de faire attention). Pour autant, le taux de récepteurs peut augmenter par une psychothérapie ou par un contrôle, une diminution du stress, de la méditation.

• E : Et comment ça se fait qu'on soit pas plus égaux devant la drogue ?

• M : D'une parce qu'il n'y a pas deux humains faits pareil, mais aussi parce que le stress de l'enfance ou la pauvreté des relations humaines diminuent les récepteurs D2. Les gènes et l'environnement sont interactifs entre eux et créent l'individu personnel que nous sommes. La psychologie et la physiologie sont les mêmes aspects des mêmes problématiques. Du coup, les vendeurs de drogues, légalement installés et dont la marchandise est validée bonne pour la défonce, adaptent leur discours préventif (vu qu'ils n'ont rien à y gagner puisqu'il n'y a plus d'argent) au profil psychosocial de la personne qui cherche à se droguer ! Alors que de notre temps et monde, les choses étaient bien différentes : l'état taxait davantage les drogues légales qu'il n'en assurait la prévention, et il laissait plus ou moins faire les autres drogues (qui ne faisaient presque pas de morts, contrairement aux légales) en se disant que cette économie parallèle engendrait des revenus à des personnes peu intégrables dans le monde du travail traditionnel (alors que c'est juste une question de volonté et d'incitation politique, et aussi de rapport financier où l'illégal rapportera toujours plus que le légal à cause de la prime de risque) et cela assurait un tant soit peu la paix social dans certains quartiers ou milieu.

• E : Oui, je sais que les Français sont les leaders mondiaux de la consommation de drogues (alcool, haschisch et extasies, médicaments anti-dépresseurs, j'en passe et des pires).

• M : Bien, tu vois que ta mémoire revient sur certains aspects, c'est juste qu'elle est très sélective et qu'on se souvient que de ce qu'on veut bien se souvenir héhé !

• E : Pfff, si tu crois que ça me fait rire ! Pov'tâche !!!

• M : C'était histoire de détendre l'atmosphère ! Sinon, plus sérieusement, c'est évident que si les Français prenaient autant de tout et n'importe quoi (autant qu'ils se suicidaient, autre révélateur de l'état d'une société), c'est bien parce que la société avait de sérieux problèmes et que l'avenir ne semblait pas pouvoir les résoudre aussi facilement que la drogue vous permet de vous en abstraire (soit on cherche à s'extraire de la réalité, donc on sort d'elle en inventant une autre alternative de vie, soit on reste dans le concret mais on le perçoit autrement, de manière abstraite) !

• E : C'est clair et net que si les gens cherchaient désespérément à modifier leur état de conscience, c'est bien parce que la réalité était triste et déprimante et qu'il y avait no futur !

• M : Bien sûr ! Les humains étaient dopés par le culte de la performance et en second lieu du bien-être. Chacun, même au niveau le plus modeste (café/thé), était drogué. On pouvait même déjà dire que le IIIè millénaire serait chimique ou ne serait pas, puisque les gens (tout le monde en règle général) utilisaient les drogues selon l'humeur et les effets recherchés. Ils avaient de fait une consommation abusive d'alcool, d'autres drogues, mais aussi d'anti-dépresseurs, prenant des pilules pour dormir, faire l'amour, se réveiller, etc... Dans le même registre, on peut clairement dire que les jeunes se toxaient plutôt qu'ils ne se droguaient, notamment avec l'extasie et la cocaïne. Pourquoi ? Parce qu'ils concevaient la drogue comme les beatniks déçus du rêve américain capitaliste, tout en étant « résignés ». Le pire, c'est qu'ils ne bénéficiaient même pas des retours d'expérience des parents – ou du moins de la génération précédente, qui avait bien abusé/testé ses limites – qui au moins se droguaient pour se découvrir et planer en période plus espérante et Révolutionnaire.

• E : Dis moi justement alors pourquoi ces drogues marchaient autant chez les jeunes ?

• M : Les usagers d'extasie recherchent la sensation d'énergie, de performance et la suppression de leurs inhibitions (les blocages, les défenses et les interdictions tombent). À l'effet de plaisir et d'excitation s'ajoute une sensation de Liberté dans les relations avec les autres. Les jeunes de 18-30 ans (les plus enclins à gober) sont au début de leur vie d'adulte. Ils ne sont plus des adolescents et encore moins des enfants, mais ils ne sont pas encore des adultes accomplis non plus. Ils entreprennent des études sérieuses ou commencent à faire leurs preuves sur le marché du travail. Ils ont peu d'expérience de la vie. Ils vivent beaucoup de stress en affrontant leurs responsabilités. Ils sont dans un monde de Liberté sexuelle, où pourtant la monogamie est encore la norme. Ils ne reçoivent plus l'affection de leurs parents comme auparavant, mais n'ont pas encore fondé leur propre famille... C'est ici que les raves parties (et à chaque époque son type de soirée selon le style musical), et l'extasie (et à chaque temps sa drogue selon les effets recherchés), leur procurent une nuit de plaisir, de réconfort. Ils se retrouvent à plusieurs milliers dans une ambiance « sensuelle », où tous les sens sont sollicités : la musique techno qui les fait vibrer, les jeux de lumières impressionnants, les odeurs corporelles (phéromones) qui les stimulent, les boissons énergisantes et, bien sûr, l'extasie, qui leur donne envie de se toucher, de se caresser (et souvent juste en tout bien tout honneur). Tout y est pour créer une atmosphère sensuelle, réconfortante et stimulante et pour favoriser les effets de l'extasie. Cette pilule provoque un désir de se rapprocher des autres, de leur parler, de les toucher. Dans une rave party, les jeunes ont l'impression d'être physiquement et psychologiquement près des autres. L'extasie a un effet excitant, mais provoque aussi un sentiment de bien-être intense, un sentiment d'euphorie, de la spontanéité, un plaisir sensoriel et une inhibition qui favorise les rapprochements autant avec les amis qu'avec les inconnus. L'extasie n'est donc pas une drogue sexuelle et elle n'est pas non plus un aphrodisiaque. Elle est plutôt nommée « pilule de l'Amour » pour le côté empathique (comprendre l'autre) et sympathique que les jeunes ressentent les uns pour les autres lorsqu'ils la consomment. Cette drogue ne stimule pas le désir sexuel, mais le désir sensuel. Enfin, c'est peut-être la pression, le stress et l'individualisme que vivent les jeunes de 18 à 30 ans qui ont permis à la « E » de devenir si populaire depuis peu. Malgré ses nombreux dangers sur le corps, l'extasie est consommée pour l'amour qu'elle fait naître l'espace de quelques heures. On peut voir dans ce phénomène nouveau un désir et un besoin d'Amour Fraternel chez les jeunes adultes. Ce besoin semble aussi grand que leurs désirs sexuels. L'extasie n'étant pas un aphrodisiaque, elle provoque plutôt des expériences de groupe où tout le monde est bien dans sa peau, souriant, heureux, empathique et sensuel. À la base des dysfonctions sexuelles des jeunes adultes, on retrouve souvent l'anxiété, l'angoisse de performance et le stress. Cela semble démontrer que les jeunes adultes ont besoin de relâcher la pression, de créer une ambiance où tous semblent heureux de vivre et surtout où ils peuvent aller chercher de l'affection. C'est comme s'ils recréaient un événement qui copie la rencontre sexuelle (relâchement de la tension et rapprochement intime avec une autre personne) mais vécue à grande échelle, en foule. Ils sont en train de crier fort que leurs besoins d'affection, d'Amour et de sensualité sont aussi grands que leurs besoins sexuels. Malheureusement, l'extasie, la drogue qui sert cette ultime recherche d'Amour, est dangereuse et peut causer des dommages irréparables, voire mortels. Prise à doses régulières, elle est neurotoxique (elle attaque les neurones) et on lui impute également des décès par arrêt cardiaque.

• E : Avec la C c'était pareil, sauf que c'était pour retrouver de la force intérieure et se rassurer sur le fait qu'on peut faire autant et aussi bien que les autres ! Beh du coup, je crois bien que je suis mûre pour m'envoler avec toi ! Finalement, tout ce que j'ai appris sur les drogues m'a rassuré concernant les champis !

• M : Je vais quand même voir si tu Respectes les règles d'or du bon droguage !!! Voici les 10 commandements du drogué à Respecter :

1) Etre bien dans sa tête et son corps, ne pas se droguer pour fuir des problèmes ou pour faire comme les autres (ça doit être une envie qui vient de soi, ni un besoin, ni une tentation venant d'autrui ou de la pression du groupe),
2) Se droguer en toute connaissance de cause des effets et risques induits,
3) Etre un maximum à jeun, surtout d'autres produits stupéfiants,
4) Prendre de petites quantités, quitte à revenir à la charge, mais après avoir attendu suffisamment longtemps que les effets montent (pour éviter qu'on croit que rien ne se passe, on en remet une couche et on a alors double dose),
5) Toujours avoir une bouteille d'eau à proximité pour boire régulièrement même (et d'autant plus) si on n'a pas soif, et du sucre pour couper les effets si ça tourne mal,
6) Eviter de prendre d'autres drogues en complément pour adoucir la descente ou ajouter d'autres effets (les combinaisons peuvent être dangereuses),
7) Se droguer dans une ambiance sécurisée, avec des gens que l'on connaît et apprécie, en repérant les sorties de secours, les toilettes, les points d'eau ou les postes/personnes de secours,
8) Ecouter son corps et son esprit pour détecter tout problème, sans se dire que forcément ça va passer tout seul,
9) Toujours se droguer en compagnie de personnes qui vous connaissent et sauront réagir correctement et vous comprendre, leur indiquer également tout déplacement pour que les autres sachent ou vous êtes en cas de problème,
10) Ne jamais hésiter à dire aux autres qu'on ne se sent pas bien, c'est toujours mieux que de tomber comme une masse dans les vapes et de paniquer ses amis.

• E : Beh écoute, par rapport à tout ça, je pense qu'avec toi je remplis tous ces critères !

• M : Bon, si t'es sûre de ton coup, je suis sûr de t'épauler pour que tout marche nickel chrome !

• E : Et comment ça se consomme ?

• Uttanka : Simple : il suffit de bien mâcher ces quelques champignons, et d'avaler avec de l'eau, ils sont tout petits. Ça fait combien de temps que tu as mangé ?

• E : Euh, je n'en ai pas souvenance, du moins si dans mon rêve mais ça nourrit pas sa femme. Et sinon je suis réveillée depuis quelque chose comme 8 heures ce matin. Et si tu veux tout savoir sur ma condition psychophysique avant cette expédition toxique, j'ai bien dormie, pendant longtemps il me semble, même si je ne sais pas pourquoi je dis ça, car je n'en aie pas souvenir. Pour savoir, en quoi c'est important tout ça ?

• U : Parce que en tant que smart-shop, je me dois de protéger mes « clients ». Comme pour le sport, tout effort (ici le champi va booster tout ton corps et encore plus ton cerveau et tes sens) nécessite une préparation physique en préalable. Pour beaucoup de drogues (sauf l'alcool car ça monterait trop vite alors), il vaut mieux être à jeun de 3 heures, ça évite les crises d'estomac trop violentes, les retours gastriques qui brûlent la trachée et des réactions malheureuses avec certains aliments ou substances de digestion. Tiens, prend 5 grammes frais, pour une première fois ça suffit : pour les drogues il vaut mieux revenir à la charge plusieurs fois (si ton corps le permet et que tu le souhaites, vraiment – volonté du « toi à jeun » pas du « toi toxée») que de trop prendre d'un seul coup.

• E : Ça marche pour moi ! A la tienne Moa !

• M : A la tienne Esperanta, puisse-tu être heureuse qui, comme Ulysse, a fait un bon voyage. Uttanka, tu nous accompagnes dans le cyberespace ?

• U : Non merci je Participe là, j'ai des heures en retard, j'étais partie aux Indes.

• E : Où ça aux Indes ?

• U : Vers Jaisalmer, la porte dorée du désert de Thar, non loin du Pakistan. Tu connais ?

• E : Le nom me dit vaguement quelque chose mais non. Désolé, mais je suis curieuse de connaître.

• U : Héhé, la curiosité est loin d'être un vilain défaut dans ce cas, comme dans beaucoup d'autres, si on y met les formes. Je t'en parlerai avec joie, je te laisse le choix dans la date.

• M : Dis donc. Reste poli déjà que t'es pas joli !

• E : Moi ?? Calmos, qu'est ce qui t'arrive Moa, y a un blem ?

• M : Non y a pas de blem. On se comprend avec Uttanka, il a fait une contrepèterie (inversion de syllabes ou sons entre deux mots) très caustique mais pas très fine placée dans ce contexte.

• U : Je te laisse réfléchir là-dessus ! Solution dans le prochain numéro. A un de ces 4, faut que j'aille taffer.

• E : Mouais, tu t'en sors avec une pirouette mais tu retombes plutôt bien sur tes pattes.

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21 janvier 2005 5 21 /01 /janvier /2005 21:32

18 - Outroduction : Voilà, c'est fini ! (enfin non, tout évolue toujours)
Télécharger le fichier : 18-Outroduction.pdf


Tout ce que nous venons d'écrire et que vous venez de lire dans ces pages est bien loin d'être une belle Utopie, irréaliste !

Depuis des siècles, et même des millénaires, des hommes, des femmes, de toutes origine et culture, se sont Soulevés pour Défendre leurs Droits, alors qu'on ne leur imposait que des devoirs ! Nos idées ne sont qu'une réactualisation de leurs Luttes et de leurs Idéaux, partagés depuis la nuit des temps par un grand nombre d'humains et de Peuples !

A présent, le monde arrive à une nouvelle phase de mutation : la Terre est en mauvais état (et les navettes pour Mars sont loin d'être prêtes), de nouveaux pays émergent et font trembler nos fondements économiques et idéologiques (car jusqu'ici les Occidentaux étaient les plus forts et imposaient leur loi comme bon leur semblait), la Révolution numérique nous amène à grand pas vers un monde en réseau plutôt qu'un fonctionnement pyramidal qui a montré toutes ses limites !

Notre livre est loin d'un guide pratique pour une Civilisation plus Juste, mais il ouvre des pistes de réflexion. Nous sommes loin de dire que la conversion de notre société à ce genre de nouveau modèle sera forcément aisé (ce serait même plutôt le contraire, étant donné qu'il faudra aller à contre-courant de nos stéréotypes et de nos habitudes de faire et de penser).
Par contre, il est indéniable (il suffit de lire les journaux et de s'informer là où l'on peut) que nous vivons une époque de grandes mutations, économiques, politiques, sociales et humaines ! La France est un pays qui a essayé quasiment tous les systèmes politiques depuis la Révolution bourgeoise de 1789 et les problèmes sont pratiquement toujours les mêmes (l'ensemble de la société a évolué, mais les écarts sont toujours les mêmes, voire ont tendance à s'accentuer ces dernières années).

Nous, Jeunes Citoyens de la génération blasée et enfants de la crise, n'avons plus confiance (depuis notre naissance) en nos « élites » et ceux (quels qu'ils soient) qui sont censés nous représenter, mais qui ne représentent au final que leurs propres intérêts et leur pouvoir pris des mains des « bénéficiaires ».
Nous ne pouvons avoir confiance qu'en nous-même (ne dit-on pas d'ailleurs qu'on est jamais mieux servi que par soi-même). Ainsi, plutôt qu'une VIè république qui retombera tôt ou tard dans les mêmes travers de porcs (car le système, si il n'est pas Egalitaire, broie même les humains de bonne volonté), nous souhaitons que le prochain système de vie en société soit Anarchiste et AutoGéré par les Citoyens, ou il ne sera pas ! Nous voulons la vraie Démocratie, à l'Athénienne : le pouvoir du Peuple, par le Peuple et pour le Peuple !!!

Cela demandera beaucoup d'efforts de la part de tout le monde, mais au moins nous pourrons dire que nous sommes vraiment Libres, Egaux et Frères/Sœurs !!!
Nous avons tenté de vous montrer dans ce modeste ouvrage quelles ont été les tentatives radicales du changement de l'Histoire, qu'elles aient réussi ou pas.
Aujourd'hui, nous estimons que les humains Citoyens ont les capacités de se prendre en main, et que de toute façon ils n'ont plus trop le choix vu les désastres annoncés si on continue de laisser faire nos dirigeants.

Si vous croyez encore candidement que le changement peut venir des urnes, ou que vous préférez rester dans la facilité d'accepter sans broncher des décisions irresponsables et inhumaines (car l'économie prime sur le politique), qu'à cela ne tienne.
Une Révolution ne peut se faire tout seul (sinon c'est un coup d'état), mais alors ne vous plaignez plus d'être des Citoyens soumis à la servitude volontaire, et subissez encore pour des siècles et des siècles les Grèves, Révoltes, Emeutes et autres Révolutions de Contestation et de mécontentement. Amen !

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21 janvier 2005 5 21 /01 /janvier /2005 21:31

17 - Esperanta, l' « épouvantable » épouvantail
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• E : Quelque part, je commence à mieux cerner la raison de ma présence ici. On oublie tout et on recommence quelque chose de tout nouveau, où les Individus se comprennent, se pardonnent et s'acceptent tels qu'ils sont, où les Peuples s'écoutent, se Respectent et interagissent en Harmonie. Pour ces surhumains Emancipés de droit et en fait, je serai un peu comme une « éminence » qui aurait à faire passer un message par rapport au passé : je pourrai être leur prof de vinaigre pour témoigner, d'une certaine manière, du passé et comprendre vos évolutions.

• M : Effectivement, il y a de l'idée ! Maintenant que tu es là, tes nombreuses qualités mais surtout tes « défauts » de conception, peuvent être utiles aux Utopiens pour comprendre tout le chemin qui a été parcouru depuis le Grand Soir vers une Individualité heureuse de ce qu'elle est (et a) et vers une Humanité fière des Autres et de leurs Différences enrichissantes.

• E : Euh, ouais d'accord, mais j'ai pas envie de tenir le rôle du repoussoir à corbeau des anciennes mauvaises manies !

• M : T'inquiète, jamais un Utopien ne te stigmatiserait pour ça (ou quoi que ce soit d'autre d'ailleurs). Comme tout professeur de l'Emancipation (même si toi c'est plus par le contre-exemple), on doit considérer et Respecter le contenu des enseignements. L'instructeur n'est jamais que celui qui véhicule les informations. Donc tout comme on ne regardera pas de travers un médecin légiste (qui enseigne sur le corps-enveloppe et n'est pas un passionné de la mort, voire un nécrophile), on sera loin de t'en vouloir par rapport à tes travers de protos (-Emancipée). Au contraire, non pas que les Citoyens auront pitié de toi, mais plutôt ils comprendront le formatage de ton époque et t'accompagneront dans ta reprogrammation (en tout cas sur les parties que tu souhaites modifier).

• E : Bon, comme ça, ça me va déjà mieux ! Mais toi et moi, qu'est ce qu'on va devenir ?

• M : Ce que tu voudras bien qu'on devienne !!! Je n'aime pas trop faire de plans sur la comète car on ne sait jamais comment les choses évoluent et ça peut vite devenir des sources de frustrations, mais avec toi ce n'est pas pareil !

• E : Ravie de te l'entendre dire !! Dis m'en plus alors : comment envisages tu les choses à présent que j'ai bien émergé de mon passé trouble, que je me sens à l'aise et utile à Utopia, bref que Nadia soit Heureuse au pays des Merveilles ???

• M : Et bien, ça fait quelques jours que j'y pense et…

• E : Oui ??? ET ????

• M : Et j'ai bien envie qu'on fasse un bout de chemin ensemble !

• E : Comme demande en mariage je m'attendais à mieux !!!

• M : Euh, humm ... « normal » … à Utopia le mariage n'existe pas ! Aujourd'hui on s'engage sur la Confiance et le Respect démontrés au jour le jour, pas sur un engagement longue durée avec reconduction tacite une fois par an à la St Valentin avec un dîner, si exceptionnel (et trop souvent ponctuel) soit-il !

• E : Vu sous cet angle là ça me va ! C'est clair que l'Amour ça se prouve tous les jours et qu'avant, dès la bague au doigt passée, l'un considérait vite que l'autre lui appartenait de fait.

• M : Encore une fois t'as tout compris, belle preuve s'il en est de ta familiarisation avec Utopia et ces nouvelles donnes en matière de mentalités. Si je souhaite être avec toi, au jour le jour, c'est bien parce que j'en ai envie, pas par contrainte parce que j'ai signé un papier il y a moult !

• E : T'as raison mon biquet, ce sera à nous d'entretenir chaque jour le phare de notre Amour pour qu'il brille au loin, en brûlant passionnément des bûches aux senteurs exotiques et en évitant les embûches du train-train quotidien !

• M : Embrassons nous Darling, je n'y tiens plus, et allons de ce pas inaugurer toutes les pièces de notre nid douillet !!!

• E : !!! Oh toi, grand fou !!! Etreintons nous et voguons vers notre avenir radieux !!!

Ainsi s'achève cette belle histoire, où nos héros s'acharneront à vivre en Harmonie dans ce nouveau monde, ne pouvant oublier d'où ils viennent, mais en cultivant jour après jour et en récoltant les fruits de l'Emancipation ! Souhaitons leur de vivre heureux durant de très nombreuses lunes et d'avoir une belle descendance (morale surtout, et biologique si ils le veulent bien).

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21 janvier 2005 5 21 /01 /janvier /2005 21:30

Amnistie Individuelle
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• Esperanta : Et c'est quoi le prolongement après que tous les Peuples se soient convertis au système Utopien ?

• Moa : Et bien justement, ils se sont déconvertis de leurs concepts religieux dogmatiques pour être plus en phase avec les autres, et par voie de conséquence, avec eux-mêmes en tant qu'animal humain faisant autant partie de l'humanité que d'une biosphère fragile englobant des millions d'autres êtres animés (dont nous étions les membres les moins nombreux).

• E : Ah cool, je suis curieuse de savoir comment ça s'est passé. Parce que c'est clair que ça ne sert à rien de vouloir changer la société et plus encore la civilisation sans changer l'humain en profondeur.

• M : Claro que si ! En fait c'est relativement simple : on a tout bonnement pris le mal à la racine. On a commencé par rééduquer les gamins, en les faisant débattre avec des plus grands, des adultes et des vieux, des Noirs, des Jaunes et des Rouges, des anciens riches et pauvres, des intellos, des artistes, des musclés : bref avec l'ensemble de la société qui a elle seule était déjà un microcosme Universaliste. Ainsi, par effets de contagion, ils ont rééduqué ou du moins motivé la réflexion en profondeur chez les adultes.

• E : C'est bien connu, la vérité sort de la bouche des enfants !

• M : Oui, enfin pas tant que ça non plus. Ils sont humains et animaux comme les grands, donc tout autant capables que les adultes de mentir, de jouer avec leurs relations avec les autres, d'imposer leur point de vue et de piquer de grosses colères (souvent pour « pas grand-chose », comme chez les « poilus » - pas les guerriers, mais les « matures »).

• E : C'est sûr qu'il y en a, c'est des vraies pestes à foutre des claques à longueur de journée !

• M : Ça ne sert à rien !!! Tout comme la peine de mort et la prison n'ont jamais empêché les crimes, la punition physique n'a jamais corrigé ou redressé des gamins.

• E : Ben ouais, mais faut quand même faire quelque chose !

• M : Bien sûr. Mais pour que quoi que tu fasses soit un tant soit peu efficace, il faut d'abord faire prendre conscience à l'autre que son attitude ou son point de vue n'est pas tenable en société, et que s'il veut s'intégrer et bénéficier des bienfaits du contact avec les autres (la Liberté ce n'est pas d'être seul, isolé), il doit Respecter certaines règles de bases, non pas contraignantes mais structurantes pour que tout le monde puisse s'entendre un minimum social.

• E : Oui bon d'accord ! Et alors, comment vous avez rééduqué ces gamins, source et fondement de cette nouvelle civilisation du Bonheur ?

• M : Déjà en leur demandant leur avis ! Même si depuis Mai 68, les parents se préoccupaient un peu plus des aspirations de leurs enfants, il n'en restait pas moins qu'ils les prenaient encore trop souvent pour des buses, des petits scarabées qui ne connaissaient rien à la vie.

• E : Ce en quoi ils n'avaient pas forcément toujours tort non plus !

• M : Oui, mais pour autant, les gamins sont capables et foisonnent de réflexions (surprenantes pour nous, pas pour eux) dignes des plus grands philosophes !

• E : C'est vrai que plusieurs fois mes sœurs ou mes petits cousins m'ont surprise par la pertinence de leurs questions et de leur curiosité très bien et précisément placée ! Et surtout ils ne lâchent pas le morceau avant d'avoir tout bien compris et demandé dans les moindres détails !!!

• M : Et oui ! Ils ne cesseront jamais de nous émerveiller ! Et donc on leur a donné des cours de philosophie adaptés (toute la philo ne parle pas que de trucs perchés, incompréhensibles – ne serait-ce que par les mots qui sont utilisés – et inaccessibles pour le commun des mortels), on les a fait se débattre entre eux (plutôt que de se battre pendant la récré), et finalement adopter des résolutions à présenter et à motiver devant les grands.

• E : Du genre les résolutions ?

• M : J'allais y venir ! Ils demandaient notamment qu'ils ne voulaient plus voir les grands se chamailler, se fâcher et se séparer.

• E : Euh ouais, c'est sûr c'est bien mignon, mais pas très réaliste.

• M : Justement ! Rien qu'avec cet exemple, ils ont appris puis compris que la vie avec les autres, c'était de devoir faire des compromis. Ce n'est pas parce que eux voulaient que papa et maman restent ensemble pour toute la vie, que ça aille « bien » (en tentant difficilement de préserver les apparences) ou dans le cas où papa picolait et frappait maman et qu'elle lui gueulait tout le temps dessus (« d'où tu sors dans cet état là ? t'es encore bourré ? bobonne au fourneau et môssieur au bistro ?! »), que pour autant les adultes devaient continuer de souffrir en silence pour soi-disant le bien et bon développement de leurs enfants !

• E : Alors qu'il n'y a rien de pire qu'une famille qui implose (donc de l'intérieur) en restant sous un même toit (l'effet de souffle est alors amplifié).

• M : Tout à fait ! Ce qui peut amener à la dépression voire au meurtre du conjoint (voire en infanticide plus un homicide dans le cas d'un zigouillage complet de la famille : si je n'ai pu vivre heureux avec eux, ils ne vivront pas heureux sans moi). Pour en revenir aux gamins, on a tiré d'eux le meilleur de l'être humain, sans pour autant occulter toutes les bassesses dont les enfants peuvent faire preuve quand ils ne sont pas assez civilisés.

• E : C'est sûr qu'ils sont un bon repère vu qu'ils sont en période de formation, entre l'animal que nous sommes naturellement tous et l'être civilisé pur produit de son époque et de la société dans laquelle on évolue.

• M : Bien sûr. D'autant plus que les gamins, étant plus ou moins protégés de la jungle « civilisatrice », ne demandaient qu'à pouvoir vivre dans un monde où les grands se comportent comme des enfants, notamment avec l'insouciance de la générosité sans calcul d'intérêts, la joie et l'épanouissement sans la peur de l'Autre, la coopération complémentaire plutôt que la compétition où tous les coup sont permis.

• E : C'est sûr que sinon, il n'y a aucun attrait à grandir, pour quoi faire ?

• M : Tout juste ! D'ailleurs quand on est petit on veut devenir grand pour gérer sa vie comme on l'entend, et quand on commence à bosser on veut redevenir gamin pour retrouver les veillées pré-pubères qui chantaient et où tout (et surtout les rapports humains) paraissait nettement plus simple ! Mais une fois que les enfants nous ont éveillé à l'insouciance et la candeur/grandeur de leurs sentiments, encore faut-il que les adultes considèrent avec importance ces préceptes !

• E : C'est vrai qu'on se dit souvent que les enfants ont raison, mais qu'ils ne vivent pas tout à fait dans le même monde que les grands et que nos histoires les dépassent !

• M : Ce qui est vrai, car conceptuellement ils avaient du mal à comprendre que toutes les bonnes valeurs que leurs parents et autres avaient pu leur transmettre, ces mêmes personnes ne les mettaient pas en application dans leur vie à eux. Tout cela parce que les adultes étaient victimes du culte du progrès et de la culture du « que le plus fort gagne plus, que les autres marchent ou crèvent » ! Il fallait donc Emanciper chaque Individu, puis le replacer dans la chaîne animale et la biosphère dont nous faisons tous parti.

• E : Emanciper les personnes ? C'est sûr que là, ça nécessitait un travail de longue haleine !

• M : C'était effectivement un des plus gros chantiers. Rends toi compte qu'il fallait reconstruire les humains de toute la planète sur des bases plus saines que ce que les civilisations proposaient depuis plus de 10 000 ans !

• E : Fatch ! J'imagine que tu veux parler de retrouver les bonnes vieilles valeurs de Solidarité, d'entraide, de Liberté non-surveillée, et tutti quanti ?

• M : Oui. Alors que depuis la chute du Mur et du communisme on nous matraquait le cerveau en nous disant que c'était la fin de l'Histoire, que le capitalisme avait gagné et point final, Utopia a ouvert la brèche d'un autre monde qui était possible,autant que nécessaire et surtout faisable. Pour sauver l'humanité de l'anéantissement et du désordre mondial, il fallait tout bonnement revenir aux valeurs pour lesquelles nos ancêtres bêtes sauvages avaient dû Lutter contre leur nature profonde en instaurant des sociétés Libertaires, Egalitaires et Fraternelles. En somme, il fallait refermer la parenthèse génocidaire des civilisations basées sur la force et la supériorité par rapport à l'Autre, pour recommencer l'Histoire là où l'agriculture avait enterré dans son sillon les sociétés primordiales profondément justes et donc pérennes.

• E : Mais fallait faire alors un reset de toute la culture humaine ?

• M : Quasiment oui !

• E : Et vous vouliez remplacer des millénaires de dogmatisme « l'Autre c'est de la merde » par quoi ? Comment vous avez défini ce qui était historiquement bon pour la civilisation nouvelle que vous construisiez petit à petit ?

• M : Même si ça m'arrache un peu la gueule de le dire en tant qu'athée croyant et pratiquant (je croie qu'il n'y a pas de dieu et je pratique en conséquence), on a tout simplement ouvert les bouquins religieux, qu'on a expurgé de toute idée de haine, de vengeance, de mépris des infidèles, pour n'en garder que la substantifique moelle, à savoir les bonnes paroles de générosité et de bien vivre avec les Autres, quels qu'ils soient.

• E : Vous avez enfin réussi à rallier tous les croyants en la même « entité » Yahvé-dieu-Allah qui se foutaient sur la gueule depuis des millénaires pour imposer chacun sa vision d'un dieu qui leur était commun ?

• M : Oui, enfin tu sais, il n'y a pas que le monothéisme dans la vie. On n'a vraiment pas été sectaire : on a pris tous les enseignements pacifiques et généreux du bouddhisme, du confucianisme, de l'hindouisme, du zoroastrisme, des animismes africains/asiatiques/amazoniens, j'en passe et des meilleurs. Pour que ces religions ou philosophies de vie aient pu perdurer si longtemps, il fallait bien qu'elles apportent un minimum d'espoir dans le but d'une humanité Libérée ayant assez souffert pour enfin mériter le Bonheur et la Paix éternels ! Même si certaines théologies ont été manipulées pour servir des intérêts particuliers de classe, il n'en reste pas moins qu'à la base elles représentaient une vision de Bien-Etre et d'Harmonie avec tout le monde qui nous entoure.

• E : Ça c'est clair ! C'est bien pour ça que dans toutes les religions tu retrouves toujours cette idée de Générosité à Autrui, d'Assistance envers le faible, et d'Amour de la Paix !

• M : Exactement, sauf qu'Utopia a fait que tout ceci ne reste pas lettre morte et bonne parole en l'air !!! Pourquoi autant d'occidentaux étaient attirés par le bouddhisme ou autres philosophies de vie orientales ? C'est bien parce que notre culture de la compétition nous surmenait et nous stressait sans nous apporter le moindre réconfort quant à l'avenir et des espoirs de bonheur (si ce n'est la retraite, qui comme son nom l'indique signifie se retirer du monde superactif pour se reposer et vraiment profiter de la vie en minimisant ses tracas quotidiens). Il fallait donc revoir nos rapports à nous-mêmes, envers notre corps et surtout notre esprit.

• E : Et vous avez fait ça comment justement ?

• M : Pour le corps, ce n'était pas si difficile que ça, même si le judéo-christiano-islamisme nous avait enfermé dans un déni de notre enveloppe matérielle pour favoriser le développement spirituel, alors que l'un ne va bien évidemment pas sans l'autre.

• E : En tous cas en Orient c'est sûr que tout va de pair, et que c'est cet antagonisme qui crée l'équilibre !

• M : Justement ! On a beaucoup détourné nos regards vers la manière de s'appréhender en tant qu'entité physico-psychologique qu'avaient les Orientaux, notamment les bouddhistes ou autres philosophies de vie millénaires qui ont réussi à concilier les deux aspects de tout individu. On a donc mis en place des séances de méditation, d'une pour retrouver de la sérénité après tous ces bouleversements sociologiques et surtout pour se retrouver seul face à soi-même avec des méthodes pour mieux saisir la portée de son existence et de sa présence dans ce monde.

• E : Effectivement, c'est déjà un bon début.

• M : Certes, mais au-delà de ça, on a fait un énorme travail pour que les gens comprennent bien que les humains sont des animaux comme les autres, qui ont évolué d'une certaine manière pour être le mieux adapté à leur environnement (comme n'importe quel organisme vivant), et qu'ils n'ont pas été posé là par magie pour dominer les autres animaux ! L'évolution n'a pas de but en tant que tel, elle s'adapte juste aux changements qui peuvent être de toutes sortes (environnemental, isolation génétique, arrivée d'une nouvelle espèce, catastrophe, …etc.). Ensuite, nous avons dépollué l'inconscient Collectif pour y introduire la notion que nous sommes tous des êtres faits d'électricité et de chimie, même si notre personnalité ne résulte pas que de cela (en plus de notre programmation génétique) : notre fonctionnement physico-chimique et notre personnalité sont deux choses distinctes mais qui interagissent entres elles !

• E : Ce qui du coup peut permettre aux gens de mieux accepter ce qu'ils sont, car ils ne peuvent pas tout maîtriser au niveau de leur comportement et de leurs réactions dans certaines situations.

• M : Oui, sans pour autant que cela ne serve d'excuse : c'est pas moi, c'est mon programme génétique ou ma production naturelle de telle molécule qui a fait que je réagisse ainsi. Non, ça ne marche pas comme ça, mais les Utopiens ne se défaussent pas sur leur composante animale, ils prennent conscience de ce qu'ils sont, tout en essayant de travailler dessus non pas pour maîtriser (chose délicate et difficile), mais au moins pour canaliser voire contrôler au maximum. C'est là où les expériences de gens comme Timothy Leary ont été utiles, pour que chacun se connaisse mieux en titillant ses états modifiés de consciences.

• E : Ah oui, tu n'avais pas voulu m'en parler plus avant, maintenant j'attends que tu m'explique dans le détail !

• M : Avec plaisir ! Ce gars là n'était pas n'importe quel drogué : il a atteint un doctorat en psychologie à l'université de Californie, Berkeley, en 1950, puis il a continué pour devenir un professeur auxiliaire, un directeur de recherche de la fondation Kaiser (1955-1958), et un conférencier en psychologie à l'université de Harvard (1959-1963). Leary plus tard a décrit ces années avec dédain, écrivant ce qu'il avait été : « un employé institutionnel anonyme qui a conduit pour travailler chaque matin dans une longue ligne de voitures de banlieusard, s'est reconduit à la maison chaque nuit et a bu des martinis.... comme plusieurs millions de personnes, classe moyenne, libéral, robots intellectuels ». Durant des vacances au Mexique, il essayait les champignons hallucinogènes composés de psilocybine, une expérience qui changera énormément le cours de sa vie. Dès son retour à Harvard en 1960, Leary s'associe, notamment avec le Dr. Richard Alpert (plus tard connu sous le nom de RAM Dass), et commença à conduire des recherches sur les effets de la psilocybine et puis sur le LSD avec des étudiants. Le docteur Leary disait que le LSD, utilisé au bon dosage (de préférence avec les conseils d'un professionnel), pourrait changer le comportement des manières sans précédent. Ses expériences n'ont produit aucun meurtre, suicide, psychose, et en principe aucun de ces « bad trips ». Les buts de la recherche de Leary, étaient de trouver de meilleurs moyens pour traiter l'alcoolisme et réhabiliter les criminels. Plusieurs des participants sur les recherches de Leary disaient avoir vécu des expériences mystiques et spirituelles profondes, qui, affirmaient-ils, ont changé leurs vies d'une façon très positive.

• E : Tu m'étonnes ! Pour d'autres, c'était le fait d'avoir frôlé la mort qui leur faisait voir les choses différemment et se concentrer sur les aspects clairement importants de leur nouvelle vie. Et ensuite ?

• M : Leary et Alpert ont été écartés de Harvard en 1963 : leurs collègues étaient incommodés par la nature de leur recherche, et des parents puissants ont commencé à porter plainte à l'administration de l'université au sujet de la distribution des hallucinogènes à leurs enfants. Ils ont été déplacés dans un grand manoir à New York appelé Millbrook, d'où ils ont continué leurs expériences. Leary plus tard a écrit : « Nous nous sommes vus comme des anthropologues du XXIè siècle habitant un module de temps placé quelque part dans les âges sombres des années 60. Dans cette colonie de l'espace nous essayions de créer un nouveau paganisme et un nouvel attachement à la vie comme art ». Les incursions répétées du FBI ont amené la fin de l'ère Millbrook. Leary a été condamné pour détention de drogue, s'est enfui, et par la suite a été emprisonné pendant plusieurs années. Quand il est arrivé en prison, il a passé les tests psychologiques standards que la prison assignait aux détenus pour l'attribution des tâches de travail. Comme c'est lui qui avait écrit ce test, il pouvait donner les réponses qui lui permirent de travailler dans la bibliothèque de la prison.

• E : C'est vraiment un malin celui-là ! Mais qu'est ce qu'il a trouvé de si fort pour avoir été un grand gourou des Hippies ?

• M : Il a « tout simplement » supposé que l'esprit humain est composé de huit circuits de conscience. Il pensait que la plupart des personnes n'accédaient qu'à quatre de ces circuits durant leurs vies. Les quatre autres, disait Leary, étaient des ramifications Révolutionnaires des quatre premiers, et étaient présentés pour permettre la vie dans l'espace, et aussi pour l'expansion de la conscience qui serait nécessaire pour accomplir davantage de progrès scientifique et social. Leary a suggéré que certains pouvaient accéder aux quatre autres circuits par la méditation et autres efforts spirituels. Pour exemple, Leary citait comme évidence aux quatre circuits « plus élevés », le sentiment de flotter et d'inhibition des mouvements éprouvé par l'utilisateur de marijuana. Dans le modèle de huit circuits de la conscience, une fonction théorique primaire du cinquième circuit (le premier des huit développés pendant la vie dans l'espace extra-atmosphérique) est de permettre à des humains de s'habituer à la vie dans un environnement zéro ou de pesanteur faible. Durant sa vie, Leary fut le sujet d'une chanson de Moody Blues « Legend of a Mind », qui a rendu célèbre l'expression « Timothy Leary is dead. No, no, he's outside looking in » (« Timothy Leary est mort. Non, non, il est à l'extérieur et regarde à l'intérieur »).

• E : Effectivement, c'est plutôt puissant comme pensée ! Mais ça reste à consommer avec modération !!!

• M : Cette forme de pensée non, mais les drogues oui bien sûr. Un mois avant sa mort d'un cancer inopérable de la prostate, Leary a écrit un livre appelé le « Design for Dying » (« Conception de la mort »). Ce livre était une tentative de montrer aux gens une nouvelle manière de regarder la mort et de mourir. En 1964, il a co-écrit un livre avec Ralph Metzner appelé « A psychedelic manual », en apparence basé sur le livre tibétain des morts. Dans celui-ci il écrit : « Une expérience psychédélique est un voyage vers de nouveaux royaumes de conscience. La portée et la teneur de l'expérience sont sans limites, mais ses caractéristiques sont la transcendance des concepts verbaux, des dimensions d'espace-temps, et du moi ou de l'identité. De telles expériences de conscience agrandie peuvent se produire par une multitude de moyens : la privation sensorielle, exercices de yoga, par les extasies disciplinées de méditation, religieux ou esthétiques, ou spontanément ». Plus récemment, ces expériences sont devenues disponibles à n'importe qui par l'ingestion des drogues psychédéliques telles que le LSD, la psilocybine, la mescaline, le DMT, etc. Bien sûr, la drogue ne produit pas l'expérience transcendante. Elle agit simplement en tant que clef chimique : elle ouvre l'esprit, libère le système nerveux de ses modèles et structures ordinaires.

• E : Ça je m'en suis bien rendue compte avec les champis, c'est sûr que c'est efficace. Normal, puisque tu me disais que psychédélique veut dire : qui dévoile l'esprit !

• M : C'est vrai aussi qu'il n'y a pas que le LSD dans la vie (heureusement car c'est costaud quand même). Celui-ci permet, par altération des frontières de l'ego, un apaisement du corps et de l'esprit, développant un sentiment d'appartenance à son environnement, au cosmos : c'est l'Union Mystique ! Pour autant tu sais, Leary n'était pas le seul dans cette mouvance. Il faut parler aussi d'Aldous Huxley, à qui l'on doit les Portes de la Perception (Paradis et Enfer). Au début des années 1950, un nouveau tournant important intervient dans son existence : la découverte des substances psychédéliques (mescaline, LSD, psilocybine) et de l'immense intérêt qu'elles présentent (utilisées dans un contexte bien spécifique) pour la connaissance de l'esprit. Pour lui, la mescaline permet de voir les choses telles qu'elles sont, au-delà et contre les idées préconçues et arrêtées (« Si les portes de la perception étaient nettoyées, toute chose apparaîtrait à l'humain telle qu'elle est : Infinie »). Son livre Le Meilleur des Mondes était prévu pour être réaliste 600 cents ans plus tard, mais avec la génération chimique, ce monde fut en place seulement 27 ans après la sortie du livre, dans les années sombres des nationalismes européens. Les hallucinogènes permettent en effet d'ouvrir les portes de la perception une à une (pour éviter une surcharge d'informations trop nouvelles, limite choquantes si on n'y est pas préparé) pour connaître l'inconscient, c'est-à-dire l'animal qui vit et sommeille en chacun et amène des conduites inattendues. Il faut se connaître pour vivre en Harmonie avec soi-même (connais toi toi-même et deviens ce que tu es, ainsi parlait Zarathoustra) !

• E : Donc vous organisez des séances de droguage Collectif ???

• M : Non, quand même pas, et on ne force personne (même si il est vrai qu'on estime que tout le monde « devrait » avoir fait un voyage intersidéral dans ses consciences au moins une fois dans sa vie). En fait, ceux qui veulent, vont voir un spécialiste en la matière, agréé (comme Uttanka), et passent un interrogatoire pour vérifier qu'il n'y a pas de contre-indication à un tel voyage dans ses sois. Puis, dans un milieu sécurisé et relaxant, la personne s'envole vers la connaissance globale de son être autant animal, qu'humain et personnel (tous les animaux fonctionnent sur les mêmes principes, les humains se ressemblent physiquement et il y a de grands traits psychologiques communs, mais chaque personne est une et indivisible) ! Ensuite, on développe cela avec des ateliers d'expression corporelle comme la danse ou le théâtre. On voulait vraiment favoriser la prise de conscience que notre corps n'est pas qu'un support embêtant qu'il faut nourrir et purger, mais qu'il peut nous apporter un réel épanouissement personnel par son accomplissement artistique voire physique. On a également appris aux gens à bien se nourrir pour être équilibré dans son corps et donc plus disponible dans sa tête. Surtout, on a aidé les personnes à réaliser que leur corps était spécifique à elles, et qu'il n'y avait pas de norme à respecter en matière de physique.

• E : Surtout que les femmes, et mêmes les hommes sur la fin de notre époque, étaient vraiment trop considérés comme des objets publicitaires ou sexuels !

• M : Ah ça c'est sûr. Donc on a d'abord expliqué aux gens comment vivre avec leur corps. Beaucoup croyaient trop en la médecine. Bien sûr, tant qu'elle peut être bénéfique, on l'utilise. Mais après, il faut aussi que chaque être humain réalise qu'il est né avec un patrimoine génétique de sa mère et de son père et qu'il doit donc faire avec ce qu'il lui a été donné, même si c'est évident que ce n'est pas toujours facile à gérer. La médecine ne peut pas réparer toutes les imperfections, donc autant faire avec plutôt que de vivre dans la frustration continuelle. Pour les gros qui voulaient vraiment maigrir, on leur expliquait comment se faire plaisir tout en surveillant sa ligne (tout simplement en mangeant de tout en petite quantité), et nous avons appris aux autres à accepter leur métabolisme car il est tel qu'il est et aucun dogme ne doit imposer la taille de guêpe. L'important c'est qu'on se sente bien dans son corps, et surtout que les autres Respectent les Différences qui ne sont que le fruit du hasard de la génétique et de la naissance.

• E : Bonne initiative ! Surtout que les hommes préfèrent souvent les rondes (même si point trop n'en faut quand même).

• M : Sauf que le « trop » est à définir selon des critères médicaux de surpoids qui entraîne des troubles organiques, mais en aucune manière par de quelconques normes esthétiques. Sinon, déjà de notre temps, il y aurait déjà eu plein de célibataires à vie ! Nous, Utopiens, tout ce qu'on voulait, c'est des esprits sains (dans leur façon non-simpliste et critique de concevoir les choses) dans des corps sains (dans l'acceptation de soi, de ses qualités et défauts de conception).

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21 janvier 2005 5 21 /01 /janvier /2005 21:29

16 - Amnésie Internationale & Amnistie Individuelle
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• Esperanta : Bon d’accord, c’est super cool que tout le monde soit dans ce nouveau système. Mais on ne peut pas se réconcilier comme ça, pas après tous les écarts de conduite meurtriers et liberticides qui ont jalonné notre Histoire mondiale et encore plus continentale !

• Moa : Pour sûr, il y a eu du taf pour que toutes les vieilles rancoeurs du passé fassent place à de nouveaux regards et pratiques entre Peuples désormais véritablement Frères ! Mais tout le monde avait tellement pâti des conséquences des malheurs historiques que l’on ne voulait plus se miner avec le passé ! Tout ce que tout un chacun voulait, de tous les côtés des ex frontières, c’était de vivre tranquille peinard et de se consacrer pleinement à la construction de cet avenir radieux qui se devait de chanter : les déceptions et désillusions n’étaient plus de mise, place à la franche humainerie !!!

• E : Pour ça, encore faut-il avoir envie et faire ce qu’il faut pour se connaître et ne pas juger bêtement, sans savoir de quoi il retourne, vraiment, pas selon des préjugés !

• M : C’est pour ça que l’on a regardé plus loin que le bout de la lorgnette et que les Utopiens, pour vivre en Harmonie avec l’ensemble du monde qui les entoure, ont envoyé des délégations à travers le monde pour comprendre en profondeur qui étaient les Peuples alentour, leur culture et leurs spécificités humaines. Ensuite, au niveau de la Confédération des Peuples, ils ont défini les grandes règles universelles de vie Collective en bonne intelligence, en classifiant ce qui est profondément humain et ce qui est purement culturel. Les Utopiens ont privilégié un mouvement identitaire des idées, plutôt qu’un élan communautaire des individus. Cela a permis une reconnaissance ethnoculturelle, sans pour autant enfermer des populations entières dans des cases prédéfinies et sclérosées.

• E : Surtout que de notre temps on avait déjà suffisamment d’idées préconçues héritées du passé colonial des grandes puissances occidentales.

• M : Alors qu’on peut être Noir et ne pas aimer le manioc ! En fait, c’est surtout ça qu’on a voulu faire sauter en éclats : tous ces stéréotypes à deux balles faits pour justifier une œuvre « civilisatrice » menée aux pas cadencés, dont les dégâts ont été à la hauteur de nos prétentions arrivistes et hégémoniques.

• E : Pour sûr, les Occidentaux ont souvent crée des problèmes là où il n’y en avait pas, mais à leur décharge, ils ont permis de souder entres eux des Peuples divisés dans une Lutte commune contre l’envahisseur blanc. Même si les rancoeurs et querelles intestines reprenaient de plus belle dès que les blancs étaient partis ou dès qu’ils la mettaient en veilleuse en se faisant un peu oublier (tout en n’étant jamais très loin, histoire d’avoir toujours un œil sur « leurs chasses gardées »).

• M : Justement ! C’est tout ça qu’Utopia a voulu et a balayé : du passé, faisons définitivement table rase !!! L’Amnésie Internationale a été décrété pour repartir sur des bases saines. Ce qui a été fait, quelles qu’aient été les atrocités commises, faisait désormais partie d’un temps clairement révolu, et personne ne voulait plus entendre parler de ce passé aux eaux troubles et nauséabondes.

• E : Ah, enfin les humains ont su Raison retrouver ! Même si les cicatrices du passé ne se referment pas comme ça du jour au lendemain, il faut clairement les cautériser et arrêter de remuer le couteau dans la plaie (plus ou moins béante d’ailleurs).

• M : C’est ce que nous avons fait en considérant les autres Peuples non plus comme des entités émergentes, mais comme des réalités à Respecter, avec leur forces et faiblesses, atouts et failles, autant voire moindres que les nôtres. Au lieu d’être occidentalo-centrés, nous avons enlevé nos œillères et sommes aller voir de l’autre côté de la Méditerranée, en face du canal de Panama, au-delà du Tigre et de l’Euphrate, par-dessus l’Himalaya. Et nous y avons découvert des merveilles de savoir-vivre, des cultures plurimillénaires très enrichissantes, des techniques d’adaptation hors pair, des connaissances ancestrales à des années-lumière de nos conceptions tout-scientifique simplistes. Bref, nous avons redécouvert l’humain dans toute sa splendeur et sa complexité, chargées des leçons de l’Histoire.

• E : C’est sûr que c’est pas à moi que tu apprendras qu’il y a d’autres styles de vie que le tout Occidental. La modernité technologie, c’est bien ; en abuser, ça craint ! Même si ça m’a valu des formes de schizophrénies heureusement peu aigues, j’ai toujours (comme beaucoup de déracinés à cheval entre deux cultures, celle des parents et celle de ses futurs enfants) navigué entre deux eaux, de part et d’autre de la Méditerranée. Mais avec l’habitude, on prend le meilleur de chaque côté et on délaisse les concepts trop ethno-centrés !

• M : C’est exactement ce qu’il s’est produit au niveau mondial. Chacun a regardé comment l’Autre faisait, en a tiré des enseignements, a débattu avec ses frères de la même sphère d’influence ethnoculturelle. Ensuite, les différents ensembles humains répartis sur la planète ont pris des résolutions pour atteindre des buts communs, tout en préservant certains particularismes identitaires mais pas sectaires ni communautaires.

• E : C’est sûr que la communauté ça peut être sympa à une certaine échelle, mais après il faut pas non plus que ça devienne des réserves à ciel ouvert, où celui qui n’est pas de la communauté se sente trop comme un étranger.

• M : Tout juste ! C’est pour ça qu’on a renversé la vapeur en disant que nous sommes d’abord tous des êtres humains et « accessoirement » des Individus se rattachant volontairement (et non plus par le droit du sol ou du sang) à une culture ou un mode de vie.

• E : Cool ! De fait tout le monde est chez soi partout !?!

• M : Et oui ma belle ! Fini les nationalismes à tout cr(a)in(t), vive l’Humanisme planétaire où la Terre est une grande maison toujours ouverte où il y a toujours de la place pour tous, invités / « hôtes de marque » !!! D’autant plus que les Occidentaux avaient une énorme dette morale envers nombres de pays, notamment les anciennes colonies. Pour assurer le Bonheur Universel, on a alors accompagné ces pays dans leur développement, sans rien imposer mais juste en aidant là où l’on nous demandait spécifiquement de l’aide ou des conseils. Il ne fallait pas qu’on force non plus ces pays à évoluer dans une direction qui n’était pas la leur. Etre civilisé ce n’est pas forcément regarder la télévision affalé comme une merde sur son canapé en mangeant des chips ! Mais si on nous demandait l’accès à Internet pour s’ouvrir sur le monde, on allait épauler et fournir des fibres optiques aux pays demandeurs. A titre d’info, avant de travailler à la réconciliation avec les autres, tous les autres, Utopia a déjà pansé les blessures identitaires de la France, vieille terre d’asile quand il s’agissait de blancs (et encore, pas avec tous), mais qui avait toujours du mal à composer avec ses « nouvelles » couleurs (présentes en petites masses depuis quelques décennies quand même).

• E : Ah, ça ça me touche directement ! Parce que c’est l’évidence même que la France faisait mine de découvrir la dimension profondément raciste et néocoloniale de la relégation urbaine. Surtout qu’il y avait un rapport étroit avec le caractère abstrait du modèle français d'intégration qui, d'une part, était aveugle aux discriminations réelles et, d'autre part, laissait se développer des rhétoriques de refus de la Différence.

• M : Pour ça c’est sûr que la France tenait un double langage !

• E : Et surtout elle continuait à parler d'immigrés pour des gens dont les parents mêmes étaient nés en France. On voyait bien que l'imaginaire républicain recouvrait en réalité un imaginaire blanc et chrétien. Et tout le reste était différent. Il existait un racisme institutionnel, un racisme non intentionnel mais qui avait des effets profonds de discrimination. Il était légitime politiquement de considérer les discriminations sur une base ethnique, ce qui était impossible en France puisque la loi républicaine interdisait de prendre en compte – ne serait-ce que d'un point de vue statistique – les discriminations ethniques (encore une fois il n’y a qu’une race, humaine – comme il n’y qu’une race canine mais avec de nombreuses sous-espèces). En France, on avait donc un racisme institutionnel qu'il était interdit de traiter institutionnellement.
• M : C’est clair et net ! La république ne reconnaissait que des individus Egaux en droit quelles que soient leurs différences par ailleurs. L'effet positif, c'est que chacun est reconnu comme un Individu, l'effet négatif, c'est que lorsque cette Egalité en droits était bafouée par des inégalités de fait, le modèle français était incapable de voir et de traiter ces inégalités de fait, au nom de l'Egalité en droits. En plus, le modèle français d'intégration se pensait universel. En réalité, comme tu l’as très bien dit, il recouvrait une « normalité » qui, dans l'imaginaire national, était celle des Français blancs de culture chrétienne.

• E : Et quand en plus tu étais une femme qui venait de banlieue comme moi, c’était le pompon ! La dimension raciste (là on peut le dire, car c’était limite hérité de Pétain) et quasi néo-coloniale de la gestion des banlieues était évidente. Le système politique français s'était trouvé totalement incapable de prendre en compte cette dimension de la société française. Tout comme il s'était montré totalement incapable de prendre en compte la question de la participation des femmes à la politique, puisque la loi sur la parité était systématiquement contournée pour une raison qui a des effets directs sur la question du racisme : le personnel politique français refusait de se renouveler, refusait malgré la loi de laisser place aux femmes, comme il refusait de laisser place à des Français qui n’étaient pas blancs.

• M : Entièrement d’accord avec toi. D’ailleurs il faut dire que la télévision était loin d’être en couleur, sauf un peu sur les chaînes privées où l’on avait mis quelques visages non-pâles pour mieux représenter la France réelle, qui comptait pas moins de 20% de personne non-blanches. Mais rien sur le service public, à part une ou deux personnes qui servaient d’alibi (tant mieux pour elles, c’était déjà ça, mais bon, on allait pas très loin avec ce type de raisonnement). Du coup, Utopia a mis en ligne moult questionnaires professionnels, et ceux qui étaient les meilleurs étaient embauchés, et on regardait après coup, de manière anecdotique, la provenance des personnes, juste pour vérifier que c’était bien les plus capables qui étaient passés et non pas les plus blancs comme des culs !

• E : Beh oui, dans la vie il n’y a que le mérite qui doit payer, rien d’autre !

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21 janvier 2005 5 21 /01 /janvier /2005 21:28

 

15 - Boule de neige Révolutionnaire
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• Esperanta : Et chéri, dis moi tout !

• Moa : Oui fée de mes rêves, demandes et je répondrai !!!

• E : Est-ce que aujourd'hui tout le monde est Utopien et Utopia englobe tout le vaste monde ?

• M : Oui et non.

• E : Euh … mais encore ?

• M : Le truc c'est que presque tout le monde est Utopien de cœur, mais tout le monde est Terrien avant tout, Utopia étant une infime partie de la grandiose Confédération des Peuples Unis représentant une grande partie des Fédérations des Socio-Cultures (plutôt que nation, terme relatif à des limites frontalières abscondes basées sur les anciens états, là ce sont des zones rapportées aux influences culturelles et pratiques sociales) éparpillées sur la Terre.

• E : Mais justement, moi ce qui m'intéresse de savoir, Moa, c'est comment le projet Utopia de civilisation a fait tâche d'huile dans l'autre monde, perverti par l'argent et l'état et ne se risquant plus trop à imaginer (vu les nombreux cauchemars que la planète avait connue au XXè siècle), donc d'autant moins réaliser, un autre monde : surtout pas celui-ci, ce rêve éveillé !!!

• M : C'est sûr ! Mais c'est le pourquoi de notre présence ici, sur l'ancienne place de la Concorde, rebaptisée place de la Fraternité Humaine au lendemain d'une journée fameuse d'ouverture vers le monde. Après l'année de transition, vu que le nouveau mode de fonctionnement du pays s'organisait selon une Fédération Démocratique et Sociale des Communes Autonomes de France, les Utopiens célébrèrent spontanément le Printemps des Peuples, notamment à l'intention de leurs voisins Européens. Il fut décidé d'un Commun Accord que la Fédé se devait d'envoyer des Emissaires à ses « frontières » (celles-ci n'existant même déjà plus au niveau européen) comme dans chaque Révolution de la France, mais cette fois dans un objectif purement Pacifique, donc juste avec des drapeaux Utopiens (une colombe portant dans son bec un rameau d'olivier - symbole de Paix - et dans ses pattes une chaîne brisée – signe de Liberté sans état - avec un boulet estampillé € - ni contrainte de l'argent, sur fond vert – couleur de l'Espoir et de la Nature à Respecter) et les Déclarations (et explications, car il se disait tout et surtout n'importe quoi) de Fraternité des Utopiens à la nation Humaine.
• E : Donc vous avez envoyés des gens vers … euh … la Belgique, le Luxembourg, l'Allemagne, la Suisse, l'Italie et l'Espagne, je crois que c'est tout … oui c'est ça, mais pour dire quoi exactement ?

• M : On ne s'est pas contenté des frontières, on a envoyé des émissaires partout où la France d'avant avait des ambassades ! La Déclaration adoptée fut celle-ci : Nos Sœurs, nos Frères ! Depuis notre Grand Soir, vous avez pu voir la France beaucoup changer. Nous sommes ici pour vous dire que pour autant que nos rapports seront différents à présent, nous souhaitons amplifier nos relations de Respect Mutuel mais aussi de Coopération Solidaire avec vous, Citoyens de ce beau pays, dans l'objectif d'un Développement Collectif en Harmonie avec notre Environnement Commun. A notre ancienne république de soumission à la junte étatique, de pays riche mais avec un gouffre entre les pauvres qui survivent tant bien que mal face à l'opulence des dominants, nation individualiste et se détournant des problèmes fondamentaux par le sauve qui peut général ; nous y avons substitué une Fédération Démocratique et Sociale de Communes Autonomes basée sur la Démocratie Directe exercé par les Citoyens, avec pour principe la Liberté, l'Egalité et la Fraternité. Nous ne doutons pas que ces valeurs d'Emancipation soient également les vôtres.

Nous réaffirmons notre engagement au grand projet d'une Europe vraiment Démocratique et œuvrant clairement pour le Développement Social, à défaut de se focaliser sur l'économique. Le néolibéralisme apporte certes la richesse, mais tant que celle-ci restera mal (voire peu) redistribuée, on ne pourra parler de Justice Sociale et d'Egalité des chances en Europe. Nous avons donc opté pour mettre notre argent en réserve à la Banque de France afin de rembourser nos dettes, le remplaçant par la Participation des Adhérents à des activités utiles à raison de 20 heures par semaine en Echange du Libre accès aux produits et services des autres Participants. Nous avons ainsi mit fin à l'exploitation de l'humain par l'humain en rationalisant la Participation de l'humain Libre pour les autres humains. Un nouveau système de production a été mit en place, fondé sur des Coopératives, sur la reprise des outils de production par les producteurs, sur l'abolition de la propriété de quelques uns sur les intérêts de tous, remplacée par la décision Collective des projets à mettre en œuvre pour le Développement Commun, et non plus particuliers. Nous continuerons bien évidemment à échanger et commercer avec vous, tout autant que vous êtes les bienvenus chez nous ; rassurez-vous, nous ferons notre possible pour que votre économie ne soit pas trop affectée par nos nouvelles orientations.

Bien que nous aillons brisé nos chaînes nous attachant à l'état, rassurez-vous sur nos intentions de Cohésion Européenne. Tous les Citoyens de nos Communes Autonomes, associés au sein de notre Fédération Démocratique et Sociale, expriment leur plus grand attachement à l'Esprit Européen. Comme chaque Peuple Libre et Indépendant, nous entendons être Respecté dans notre Souveraineté et nos choix de société, ou plus exactement dans le cas présent, nos exigences d'une autre civilisation, plus que possible mais surtout nécessaire. Nous ne ferons pas de prosélytisme ni ne tenterons d'effectuer de subversion auprès de votre Peuple, nous le Respectons trop pour nous ingérer dans sa Volonté, seul notre bonne conduite et la réussite de notre projet plaideront pour notre système, fruit de Débats Citoyens et Expression Populaire, non de quelques pontes des stratégies et technocraties à l'emporte-pièce. Par contre, nous nous empresserons de vous aider et de vous faire part de notre expérience si vous le désirez. Bien évidemment, nous sommes tout autant preneur de vos bonnes idées et bonnes volontés pour nous accompagner dans ce vaste projet de rénovation sociétale.

Nous réaffirmons haut et fort notre souhait de poursuivre et de développer notre Collaboration avec vous nos Sœurs et Frères, dans un esprit de Co-Développement bénéfique à tous, en Respectant les Différences de chacun, pour construire une Europe Solidaire œuvrant pour l'Emancipation de tous les Humains, dans le cadre de la Justice Sociale et la Protection de notre Environnement.

!!! Les Rêves ne sont pas fait que pour être Rêvés, mais avant tout pour être Réalisés ! Soyez Réalistes, exigez l'impossible ! Prenez vos Désirs pour la Réalité !!!

• E : C'est beau ! Ca devait être utile, pour que les gens arrêtent de croire que la France repartait pour la énième fois en Révolution, qui plus est cette fois si radicale (enfin). Surtout que les Français sont connus pour être très chauvins et avoir tendance à vouloir imposer leurs idées ou à bouder ceux qui sont pas d'accord.

• M : C'est clair et net héhé. Mais cette fois ils ont été humbles, modestes d'une Révolution auréolée d'un changement radical sans sang et relativement dans le calme. Du coup, le premier pays à nous suivre fut l'Allemagne. D'une parce que de nombreux Emissaires ont été envoyés à Strasbourg (en Alsace, encore en France même si c'est la limite Est, pour ceux qui hésitent) pour expliquer à toute l'Europe, par le biais du parlement Européen peu représentatif des aspirations des Citoyens qu'ils sont censés Emanciper, les changements Subversifs qui ont eu lieu en l'espace d'à peine un an. Même si, comme on pouvait s'y attendre, les Mandatés y ont été plutôt mal reçus (du moins observés très bizarrement), nous avions le mérite d'expliquer diplomatiquement mais fermement ce que nous n'acceptions plus et ce que nous allions mettre en place à présent. Egalement, de nombreux Délégués traversèrent le Rhin sur le pont de l'Amitié Franco-Allemande, pour dialoguer avec nos Cousins Germains et expliquer notre démarche et notre vision des choses. De deux, parce l'Allemagne, réunion des deux Frères des ex Ouest et Est, séparation heureusement disparue à la suite de la chute du mur de Berlin en décembre 1989 (construit sans réaction de l'Occident en quelques jours de 1961 par les Soviétiques communistes pour protéger leur morceau du gâteau Berlinois découpé à la fin de la deuxième guerre mondiale) était déjà une république Fédérale composée de différents Landers (équivalent à nos Régions).

• E : Et Gerhard Schröeder, le chancelier de l'époque, je me rappelle qu'il était plutôt dans la merde et que la colère grondait aussi chez eux.

• M : C'est le moins qu'on puisse dire. Sa coalition de centre-gauche / Verts étaient fortement décriée : l'Allemagne était économiquement en panne, le chômage augmentait, la réunification à coûtée très chère et quinze ans après le pays n'a toujours pas retrouvé sa certaine homogénéité d'avant. A un point tel que l'ex Allemagne de l'Est reprenait ses Grèves du lundi comme au (« bon vieux temps », au dire de certains, puisque avant le travail était assuré, tout autant que la gratuité de nombreux services, même si le prix en était les Libertés) temps de la république « démocratique » d'Allemagne, avant poste européen aux mains des autoritaires soviétiques. Après les Teutons, ce fut le tour d'un pays également aux mains, sales, de puissants politico-économiques marchant pourtant avec la tête haute, menés par Silvio Berlusconi, ancien président du conseil Italien. Ce pays aussi avait une longue tradition de républiques indépendantes telles celles de Florence ou Venise pour ne citer qu'elle (désolé pour les autres). Il n'y eu « que » l'empire romain et l'état moderne (depuis que l'Italie est Indépendante de l'Autriche grâce entre autre à la France, fille aînée de l'église de Rome et sœur traditionnelle des Transalpins) pour imposer un pouvoir central. Le Sud du pays trouva dans sa Révolution le développement qu'il ne pouvait (ou qu'on ne voulait) pas lui permettre car maintenu sous perfusion, assisté plutôt qu'aidé dans sa construction. Le Nord y trouva une satisfaction énorme en se débarrassant du mania des médias (plus de la moitié des télévisions et presses du pays) qui concentrait trop de pouvoirs, qui plus est pour une politique de copinage désastreuse tant à l'intérieur (dettes en hausse et stagnation économique) qu'à l'extérieur. Berlusconi passait pour un clown jet-seteur avec ses mots très souvent mal placés voire honteux pour son grade. Normal alors qu'il soit devenu grand pote avec le président américain George Walker Bush à un point tel qu'il envoya de ses troupes en Irak en 2002. Ce que le Peuple ne lui avait pas pardonné, au-delà de sa mégalomanie, de ses frasques de mafioso, de son mépris et interventionnisme auprès de la Justice (lois crées sur-mesure ou contournées par dérogations spéciales).

• E : Ah, c'était tellement beau de voir le couple Germano-Français (histoire que chacun soit cité en premier à égalité de fois, 1 partout hihi, j'apprends vite à être Utopienne) contre la guerre en Irak, défendant les valeurs de la vieille Europe (qui allait bien vite montrer au jeune con américain que c'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures soupes, bastard) ; et en face le Peuple d'Italie en masse dans les rues pour huer le relent guerrier du magouilleur en chef, responsable de la guerre urbaine de Gênes lors du sommet du G8 en 2000, puis pourfendeur des manifestations Pacifiques de Florence de 2002.

• M : Pace, Pace qu'ils disaient ! avec des drapeaux arc-en-ciel tâchés d'un obus barré, signes de fin de boucherie dans un monde multicolore. Tout comme en Espagne, elle aussi très rapidement « contaminée » par le Grand Soir.

• E : Et oui dis moi, come esta a Espana ? parce qu'ils étaient déjà bien Autonomes, même avant.

• M : Radicalement Indépendants même ! Ne parlant même pas tous la même langue : le Catalan au Nord et le Castillan au Sud pour ne citer qu'eux. Le Basque était quasi interdit d'enseignement, même si la Résistance à cette oppression était très bien organisée et assurait tant bien que mal la transmission de leur langue (non indo-européenne, un héritage de nos ancêtres d'avant les invasions) et Culture. Il faut dire que le gouvernement socialiste de José Luis Sapatero, issu de l'attentat d'Al Qaida de mars 2003 contre un train à Madrid, avait déjà bien préparé le terrain avec des mesures très Emancipatrices.

• E : Putain, sale race de fondamentalistes, c'est des Shetan (diables en arabe).

• M : Ah, les fous de dieu ; mais qu'est ce qu'il branlait lui au fait à ce moment-la ??? (sachant que notre dieu judéo-chrétien Yahvé est le même, alias Allah). Toujours est-il que le problème était que, si il n'y avait pas eu cet attentat pour faire basculer les élections (objectif des terroristes intégristes), ce serait José Marie Aznar du parti populaire, droite dure, qui aurait remporté le vote (selon les sondages d'avant crime). Du coup, les Espagnols ont attendu la fin du mandat du socialiste, poussés en cela par les Basques (voulant vivre enfin en Paix grâce à leur Autonomie reconnue des deux côtés de sa frontière pyrénéenne) pour basculer comme nous vers l'Anarchie. Il faut dire que c'est surtout eux qui nous ont aidés, de par leur expérience pratique lors de la guerre d'Espagne de 1936, lorsque l'Europe (et Blum – socialiste – et la France en premiers, qui avaient promis des avions déjà payés pour les Brigades Internationales, puis finalement non) se refusa toute intervention et aide à cette république Libertaire, Démocratiquement élue et luttant contre le péril brun raciste d'un général ultra-catho. Après le Grand Soir, les immigrés Espagnols pleurèrent de joie de revivre cette jouissance de la Liberté, comme à leur jeunesse, tant dans leur pays d'adoption (nombreux réfugiés politiques du dictateur nationaliste Franco) que dans leur pays natal qui se cherchait toujours depuis la mort du Caudillo.

• E: Viva Espana ! La Revolucion or la Muerte !

• M : Si señorita ! Quant aux autres pays, les changements intervinrent petit à petit car les gens voyaient bien que ça marchait et que les Citoyens étaient nettement plus heureux. Le Benelux (Belgique, Hollande, Luxembourg), trouvèrent dans notre système, « seulement » celui de la Démocratie Participative, un bon moyen pour atténuer les crises nationalistes et communautaires qui les secouaient depuis quelques années (sauf au Lux car il n'y avait pas d'étrangers chez eux, ils travaillaient pour eux, mais pas plus, QG de banques oblige).

• E : Et les Anglais dans tout ça héhé ???

• M : Comme d'hab, ils nous ont regardés de haut, en disant : sacrey Francey ! Mais sinon ils s'en foutaient un peu, ça n'allait sûrement pas changer leur vie. Le seul truc, comme en Allemagne et pour les mêmes raisons qu'en Italie, mais de taille, fut que Tony Blair fut renversé car il montrait trop de témérité (bravoure suicidaire) à aider son pote Bush en Irak. Il eut alors également une Participation plus présente des Citoyens dans le gouvernement, mais toujours sous le symbole royal. Par contre, quelques années plus tard, les anciens Services Publics, déjà bien amochées par Margaret Thatcher, la dame de fer de droite des années 80, puis privatisés par le « socialiste » Tony Blair alors que le Labour Parti (celui officiellement des Travailleurs) était attendu depuis de nombreuses années pour faire du social, étaient tellement pourris que les Citoyens y remirent de l'ordre. Les Anglais sont de grands Libertaires, par nature Indépendants (sauf de leur reine) : ils n'ont pas de carte d'identité par Respect pour leur Liberté, chacun fait ce qu'il veut, comme il veut, dans le cadre de règles de base.

• E : C'est clair qu'ils sont un drôle de paradoxe : ils ont une morale stricte avec un balais dans le cul, mais ils te sortent des critiques tranchantes à se pisser dessus. Et ils se lâchent grave en plus, litres de pintes de Guinness aidant.

• M : Sacrés Anglais ! L'Anarchie leur correspond bien : avec leur singularisme érigé en dogme, insularité aidant, ils étaient déjà complètement Indépendants (voire plutôt égoïstes), prenant ce qu'ils voulaient de l'Europe, rejetant du continent ce qui ne les arrangeait pas. Pour eux c'était les Droits sans les Devoirs, le beurre, l'argent du beurre avec en prime le sourire de la crémière : profiteurs des bienfaits de l'Union, de la Communauté, sans grand retour de Solidarité.

• E : Le genre de mentalité que vous n'appréciez guère ici. Quelles étaient vos relations alors ?

• M : Les mêmes qu'avant, sauf que là on ne faisait plus semblant d'être Alliés, nous ne nous laissions plus autant influencer (voire manipuler) par les intérêts des traîtres anglais au socialisme (ce fut Tony Blair qui lança l'idée d'une troisième voie pour la Gauche : quelques grammes de Social – saupoudrage - pour ne pas nuire au développement de ce monde de bruts économiques). Les Anglais étaient fiers de leur Indépendance (normal), mais qu'ils se la gardent alors si ils ne voulaient que jouer perso dans ce trouble jeu capitalistique. Les accord unilatéraux, donnant-perdants, très peu pour Utopia : nous avions des Partenaires plus sérieux et plus impliqués dans notre Projet pour ne pas nous laisser pervertir ou nous voir entraver dans notre démarche.

• E : Bien dit ! Faut pas se laisser emmerder dans la vie par ceux qui ne participent et qui ne conseillent que pour leurs propres avantages !!!

• M :C'était exactement le même problème avec les ex pays de l'Est qui étaient rentrés dans l'union Européenne en mai 2003. Nous les avions acceptés car nous avions une dette morale envers eux car nous n'avions pas trop insistés pour les protéger et les aider lorsque l'ogre communiste y imposa sa férule. Historiquement, la Pologne (Sœur politique de la France, recrée dans ses anciennes frontières par Napoléon Bonaparte ; recadrée malencontreusement par l'Allemagne et l'Autriche pendant les guerres mondiales, puis gérée par l'oppresseur soviétique), la Tchéquie et la Slovaquie ainsi que la Hongrie avaient de vieux comptes à régler, relatifs à leur abandon aux griffes du « frère » tueur russe suite à la chute de l'empire austro-hongrois. Pour les pays Baltes, le problème était autre : ils étaient globalement bien avancés en terme de développement (notamment technologique), mais de par leur emplacement privilégié sur la Mer Baltique (au carrefour avec l'Europe continentale, la Scandinavie et la Russie), ils étaient très russifiés (dans leur population, plus dans leurs politiques). Beaucoup de ces pays considéraient avant tout l'Europe comme un marché libre et une zone politique « émancipée », mais préféraient assurer leurs arrières en s'alliant stratégiquement avec le « rêve américain » (virage extrême après le cauchemar des soviets). Eux aussi jouaient perso en profitant de nos aides et de nos délocalisations, mais se rangeant souvent à l'avis de leur nouvel oncle, Sam, en matière de choix politiques et économiques (consultant pour la forme l'Europe, sachant être appuyés par les States). Il faut dire à leur décharge qu'on les considéraient toujours comme des ex de l'Est et non comme des Européens à part entière : nous voulions bien exploiter leur marché naissant (le notre étant saturé) et leur main d'œuvre de qualité à très bas prix (délocalisation car droits moindres et devoirs plus élevés tout en étant payé moins : continuation économique des tyrannies communistes autoritaires), mais pas les voir débarquer chez nous (immigration) ou nous vendre leurs produits, articles de qualité mais à pas cher (cassage du marché intérieur et des oligopoles économiques en place).

• E : Et ça a donné quoi en fin de compte ?

• M : Ben déjà, encore avec la guerre en Irak, l'Europe vit clairement une ligne de partage idéologique en son sein. Nombres d'ex pays de l'Est soutinrent ouvertement l'intervention en Irak, se rangeant du côté des Anglais et de la Pologne y envoyant des troupes (plus un boulet qu'autre chose pour les GI surentraînés ; que voulez vous faire de quelques soldats qui n'ont jamais fait la guerre ?). Il y avait ceux qui voulaient une Union forte et Indépendante (de contre-modèle en somme), et d'autres qui luttaient pour un partenariat accru avec les Etats-Unis (considérant que le monde de demain c'était le néolibéralisme à l'anglo-saxo-américaine, apologie du capitalisme sauvage outre-Atlantique rehaussé d'une pointe de Social, mais point trop n'en faut selon les critères du Fond Monétaire International noyauté par la pensée des néocon [servateurs] américains).

• E : Ouais, mais si je ne m'abuse, c'était loin d'être le top la situation économique en Pologne ? Je me souviens d'avoir vue une Polonaise au Forum Social Européen d'octobre 2004 à Londres, elle me disait que son pays faisait les mêmes erreurs que nous malgré le décalage des années. Ils voulaient tant être « riches comme nous », mais ils ne voyaient pas les conséquences désastreuses de leur nouvel politique économique.

• M : C'est bien malheureux, d'autant qu'ils avaient le « modèle » à ne pas suivre de l'ex Allemagne de l'Est qui réunifiée depuis quinze ans à coup de milliards, avait vu ses avantages baissés et remplacés par des prestations moins bonnes et plus chères. C'est ce qu'on appelle le « progrès économique » : payer cher ce qui était gratuit, qui plus est pour une offre moins efficace. Sans parler du chômage galopant qu'ils connaissaient.

• E : Donc eux aussi ont tout niqué ?

• M : Euh, oui. La Pologne en première, d'une parce que son Peuple était aussi contre l'envoi de troupes en Irak. Mais surtout, comme le vécurent aussi les nouveaux entrants, parce que la jeunesse peu qualifiée commençait à voir que le rêve n'était pas pour tous, et les ouvriers se rendaient bien compte que la production à l'occidentale ça tue à la tâche (pressés comme des citrons, afin de ressortir le maximum de jus d'un fruit peu coûteux). Le plus dur fut que ces pays se laissent convaincre, après leur histoire catastrophique avec le communisme autoritaire soviétique, que notre système pouvait ressembler dans ses objectifs avec ceux (uniquement affichés mais peu concrétisés) du frère ennemi, mais les pouvoirs étant aux mains du Peuple tout entier, les dérives étaient plus contrôlables.

• E : C'est bien normal, ils devaient avoir peur (et ça se comprend) de perdre à nouveau leurs Libertés !

• M : Bien sûr. Mais ils virent rapidement que notre système était véritablement Démocratique (gouvernement du Peuple, par et pour le Peuple) et ne remplaçait pas simplement une domination (étatiquo-capitaliste) par une nouvelle oligarchie (groupe dirigeant sans partage, officiellement pour le « bien commun », mais surtout pour ses propres intérêts – qui n'avaient rien de prolétariens). On leur expliqua que nous c'était l'Anarchie Collectiviste, basée sur l'absence de supériorité et avec des structures orientées par tous les Citoyens et gérées par des Mandatés pour effectuer une mission avec des objectifs précis. Le point crucial fut également celui de la propriété, qui était chez nous Collective, c'est-à-dire que les terrains appartenaient à tous, mais c'est la Collectivité Citoyenne qui déterminait les projets retenus pour l'exploitation, activités ensuite menées en Collaboration avec les habitants (et non plus selon les ordres du parti). Notre système était ouvert et Libre, nuance de taille par rapport à l'autarcie cloisonnante de l'autre, le communisme autoritaire.

• E : Et l'Ukraine, parce que je sais que c'était tendu comme un string à un moment.

• M : Comparaison remarquable ! Oui, lorsque en novembre 2004, le parti au pouvoir eut truqué les élections (on le soupçonne également d'avoir empoisonné le candidat adverse), le Peuple en masse descendit dans la rue faire la Révolution Orange en faveur du candidat de l'opposition, pro-Européen. Même les flics sympathisèrent, preuve que le pouvoir venait (du moins déjà dans la rue) de changer de mains, malgré le vote trafiqué et l'appui soutenu du président russe Vladimir Poutine (ex du KGB, barbouze ayant tourné sa veste pour servir sa politique, issue de l'URSS).

• E : Ils ont fait quoi les Européens ? Parce que De Gaulle voulait déjà faire l'Europe de l'Atlantique à l'Oural, c'était l'occasion !

• M : C'est bien plus compliqué que ça ! L'Ukraine (Kiev, ancienne capitale de l'empire soviétique), située au Nord de la Mer Noire, a toujours été un enjeu géostratégique car elle est au carrefour de l'Europe, de l'Asie via la Turquie, du Caucase via la Crimée (d'où déjà la guerre de Crimée de Napoléon III). Les Américains jouaient là-dessus : ils cherchaient à diminuer les influences tant des Russes que des Européens. A l'Est, il s'agissait de couper le cordon ombilical d'avec l' « empire du mal » (version US) en faisant rentrer le pays dans l'OTAN (association militaire menée par les States). A l'Ouest, l'idée américaine était de déstabiliser l'Europe (déjà effectué en noyautant les institutions par les nouveaux entrants, plus proaméricains qu'européens – du moins comme les « anciens » l'entendent) en la questionnant : vous voulez faire rentrer la Turquie, laïque à majorité musulmane (négociations depuis 40 ans), alors que vous souhaitez « simplement » avoir un partenariat avec l'Ukraine et autres pays orientaux de l'Europe (appuyés par les nouveaux entrants, leurs Frères) ?

• E : Surtout qu'après la Chute du Mur, nous n'avions pas trop aidé ces pays, qui avaient pourtant bien besoin de nous.

• M : C'est clair : ces pays voulaient être Indépendants en 1991, qu'à cela ne tienne ! Mais ils étaient si dépendants du grand frère, les structures de production / distribution / consommation n'étaient efficaces qu'avec une Collaboration Fraternelle qui n'existait plus (donc elles furent détruites mais remplacées par rien de fonctionnel), que ces pays vivaient encore à ses crochets (notamment énergétique car la Russie est un réservoir énorme de combustibles de toutes sortes). Mais lorsque les dettes extérieures (gaz, pétrole) devenaient trop importantes, le faux frère fermait les robinets d'alimentation : cette pression rappelait qui était le vrai maître à bord, l'Europe n'ayant apportée aucune aide ni même regardée ce qu'il s'y passait (alors que cette période de transition était cruciale pour la Démocratie et le maintien d'une vie à peu près normale pour les Populations).

• E : Comme d'hab, sous prétexte de non interventionnisme, nous avons regardés sans trop rien faire (comme en ex Yougoslavie, même si le contexte n'était pas le même, mais résultait bien du même état d'esprit – règlement de comptes post-traumatique).

• M : Sauf que là, concernant l'irrégularité du scrutin ukrainien, nous avons bien dit que les résultats ne pouvaient être acceptables, alors que la Russie trouvait très bien que le « Peuple » ait « choisi » la voie de la « stabilité » en votant pour le candidat officiel. Puis un nouveau suffrage fut organisé sous haute surveillance, encore une fois remporté (comme dans les cœurs la première fois) par le candidat pro-Européen de l'opposition. Après cette épisode, et l'exemple des nouveaux entrants qui se sont ralliés à notre système de l'Anarchie Collective (preuve que l'occident avait bien tiré les leçons du passé, en reprenant les concepts Humanistes du communisme autoritaire, mais en y enlevant la dictature de l'oligarchie – qui n'avait rien de prolétarienne, bien au contraire – en donnant tous les pouvoirs au Peuple – ce que les cocos refusaient, étant trop accros à la puissance), les anciens alliés de l'ex grande Russie se rangèrent à notre modèle de Fédération.

• E : Et pour ceux qui réclamaient leur réelle Indépendance ? Genre Tchétchénie et autres ?

• M : Tu fais bien de parler de la Tchétchénie, car en Europe on préférait regarder ailleurs (ne voulant pas se fâcher avec un client / partenaire de taille, la Russie tentant désespérément de contenir le morcellement normal de son ex empire auparavant maintenu par la force), alors qu'un génocide envers les musulmans se déroulait à grande échelle. « Heureusement », les jeunes cons américains étant dans leur délire d'éradication des intégristes (mais en tirant dans le tas des musulmans civils, pour la plupart n'aspirant qu'à la Paix et l'Harmonie), l'Europe se devait de se positionner autrement, avec l'expérience et la sagesse de la vieillesse. D'une elle reconnaissait enfin son « nouveau » visage multiethnique autant que multiculturel, mais surtout elle tendait la main vers ces « minorités » (en terme de sous représentation, pas de représentants), agissantes par dépit (et contre leur propre foi, dieu seul pouvant ôter la vie qu'il donne, existence quelle que soit la couleur), le terrorisme étant la dernière forme de Lutte quand les voies « légales » (ou plutôt de médiation) ont échouées (souvent par manque de volonté d'entente des deux parties, personne ne voulant lâcher de lest, c'est les civils encore une fois qui morflent). Le premier acte fut d'enfin accepter la Turquie à rejoindre le grand parti des Démocrates.

• E : ENFIN, comme tu dis : depuis 40 ans qu'on la faisait attendre !

• M : Oui, c'était vraiment honteux de la part d'une Union qui se voulait Fraternelle. Surtout que, même si les Turcs ne sont pas Indo-Européens (et encore moins Arabes, ils sont Turcs Altaïques, parlant la même famille de langue que les Peuples Caucasiens – d'Asie Centrale – ou les Sibériens), les Cultures dont ils héritèrent (celles anciennement des Hittites, des Etrusques, des Byzantins, des Troyens, …) influencèrent énormément notre propre développement (faut-il rappeler que la Renaissance en Europe est le résultat de l'émigration des derniers penseurs réfugiés au sein de Constantinople, saccagée deux siècles plus tôt, en 1204, par les croisés – frères chrétiens, même si l'orthodoxie reste le message le moins trafiqué ; les Byzantins préféreront finalement les ennemis Turcs aux sauvages croisés).

• E : Surtout que la Sublime Porte, la Turquie avec son détroit des Dardanelles, a toujours été un pont entre l'Orient et l'Occident !

• M : Bien sûr : parce que l'empire romain s'étendait surtout en Orient, l'empereur Constantin équilibra son administration territoriale en déplaçant à Constantinople (ex Byzance au temps des Grecs) sa capitale de Rome en 324. L'église chrétienne préférant convertir la nouvelle puissance des païens Carolingiens (utilisation du baptême de Clovis à des fins politico-religieuses), que d'aider sont (désormais demi) Frère d'Orient. La querelle n'était plus religieuse (par rapport au schisme de 1054), mais c'était deux civilisations qui s'opposaient : Byzance, tournée vers un passé glorieux qu'elle ne pouvait plus assumer, contre Rome qui reniait un passé tout aussi glorieux pour trouver dans les croisades puis dans la conquête des Amériques (la voie commerciale vers l'Asie étant occupée par les Turcs) une expansion assurant son avenir. Les Byzantins se trouvaient donc coincés entre deux impérialismes : celui des Latins et celui des Turcs, tous deux appuyant leur idéologie sur l'extension de leur commerce via l'expansion territoriale. Après avoir récupérée une partie de son âme orientale (pillage et transvasement de reliques durant le Moyen-Age), l'Occident oublia la Méditerranée pour se focaliser sur les nouvelles terres de l'Atlantique. Les Ottomans essayèrent quant à eux de pousser leurs conquêtes vers l'Europe (jusqu'à Vienne en Autriche en 1578 ; d'où les croissants viennois et le café, laissés sur place par les troupes de Sulaiman II le Magnifique), mais leurs territoires recouvrèrent finalement presque les limites de l'empire romain d'Orient (ni plus, ni moins). La partition entre Orient et Occident se cristallisa, la frontière passant par Istanbul, qui se demandera pendant de longs siècles si elle appartient à l'Orient, ou bien à l'Occident.

• E : La preuve, les Européens disaient que la première guerre mondiale serait le seul moyen de se débarrasser de l' « homme malade de l'Europe », l'empire Ottoman. Et la première mesure de Mustapha Kemal Pasha (Atatürk, le père de tous les Turcs) fut la laïcité du nouvel état, tout pareil que les Français, les seuls en Europe.

• M : Ça c'était donc en 1921, après la victoire des militaires contre un empire délabré qui ne voulait pas tomber. Par la suite, les Turcs gardèrent toujours à l'esprit le Grand Rêve de l'Europe, dont ils se sentaient faire partie. Ils modernisèrent alors leurs institutions, au rythme (parfois jugé lent mais disons plutôt en douceur) de leur Culture propre et de leurs problèmes spécifiques (notamment le séparatisme Kurde, Peuple descendant des Mésopotamiens et réparti sur plusieurs pays). Mais alors que les Droits de l'Humain se voyaient renforcés (du moins sur le papier, les mentalités mettant toujours beaucoup plus de temps à pratiquer ce qui a été voté, comme partout ailleurs), les Européens repoussaient toujours les avances qu'ils avaient encouragées. Jusqu'au point où, les Turcs étant excédés de cette attente inter-minable, imaginant (à tort ou à raison, allez savoir) que l'Europe n'était finalement qu'un leurre pour faire évoluer le pays vers un système de Partenaires, mais pas pour devenir Frères (aspiration profonde des Turcs), la population se réveilla avec la « gueule de bois » des espoirs déchus, s'empressant alors de voter à l'opposé extrême de leurs attentes. La Turquie fut alors en partie noyauté par le courant des intégrismes, ayant déjà ravagés d'autres pays musulmans émancipés tels l'Egypte, l'Algérie voire le Maroc.

• E : Comme avant avec les Russes ! L'Europe a applaudie (et même encouragée en sous main ; ne pas oublier l'élection du pape Polonais Jean-Paul II en 1978, 11 ans avant la fin des haricots) la Chute du Mur et d'autres anachronismes historiques, sans pour autant aider (ne serait-ce qu'un peu) les pays nouvellement Emancipés à s'en sortir avec de nouvelles relations politiques et économiques.

• M : Eh oui, triste monde tragique !!! Du coup, quand on veut se Libérer en suivant l'exemple de frères ennemis réconciliés après des siècles de combat (Triple Alliance contre Triple Entente : Angleterre, France, Russie ; Allemagne, Italie, Espagne, Autriche & Hongrie) mais que ceux-ci se contentent de dire « tu es Emancipé, tant mieux pour toi ! », on est forcément blasé et donc tenté par un retour en arrière (parce que l'on sait ce que l'on quitte, mais jamais vers quoi l'on va ; alors quand on a un exemple qui ne nous aide pas, plutôt que de galérer tout seul, on se retourne vers son ancien ennemi pour créer de nouveaux rapports, imaginés être « plus sains »). Mais nous avons compris nos erreurs, et si nous voulions vraiment changer la donne au niveau des pays musulmans (ce qu'il fallait faire de toute façon, vu l'anti-occidentalisme rampant, mais compréhensif) il nous fallait envoyer un message fort, porteur d'Espoir : les Utopiens venaient de construire une nouvelle Europe, et nous voulions que nos Sœurs et Frères Turcs soient des nôtres, puisqu'ils partageaient le même Projet de Civilisation que nous !

• E : D'autant que si l'Europe avait peur de la montée des intégrismes (et non des musulmans en général), elle se devait primo de prendre véritablement conscience que l'Europe des culs blancs c'était fini (a-t-elle jamais d'ailleurs existée, puisque tous les Peuples lui sont passés dessus au gré de l'Histoire, les « blancs » étant d'ailleurs Indo-Européens), et par ailleurs bien comprendre que même si l'on a pas le même sang, nous sommes nés ou avons grandis dans cette Culture Occidentale (qu'on le veuille ou non, mais c'est un autre débat).

• M : Très juste ce que tu dis là : l'Europe se croyait encore « blanche et chrétienne » (certains députés voulaient d'ailleurs en faire mention dans la Constitution Européenne) et ne reconnaissait qu'à moitié le Droit du Sol sur celui du sang (même celui né et éduqué en Europe était étiqueté selon son « origine sanguine », alors que tous les Noirs ne mangent pas de manioc). Nous avions peur de la Turquie musulmane (avant tout pays laïc), alors que les musulmans étaient déjà partout en nos murs. Eux s'étaient intégrés, en se donnant du mal car on ne leur fit pas de cadeaux, alors que nous ne les avions pas encore intégrés. C'était à nous de faire le dernier effort en les considérant d'abord comme des Citoyens du Sol, puis en comprenant et en s'intéressant à leurs Différences, qui nous apprennent autant sur eux que sur nous-mêmes (car toutes les Cultures, comme tous les Peuples, se métissent et s'influencent depuis la nuit des Temps).

• E : Et mes Tchétchènes alors ?

• M : J'y viens ! Evidemment, la Turquie ne pouvait rentrer dans l'Union Européenne qu'après avoir réglé le problème Kurde. Mais ceux-ci étant à cheval sur plusieurs pays, c'était relativement compliqué. Sauf que, le pétrole commençant à se raréfier, les monarchies pétrolières commencèrent sérieusement à vaciller. Le pouvoir est dépendant de la richesse, surtout pour ces pays comme la Syrie, la Jordanie et autres, qui ne pouvaient contenir leurs populations qu'à coup de pétrodollars, la seule richesse du pays.

• E : Je vois pas le rapport avec la choucroute Kurde !

• M : Attends, j'arrive !!! Donc, vu la raréfaction du pétrole et l'exaspération des Peuples menés à la cravache par ces monarchies, il y eu de nombreuses et radicales Révolutions. Et les Kurdes en profitèrent (normal), pour créer leur propre Fédération ! C'était en fait la seule solution pour qu'une tentative d'Harmonie s'installe durablement dans ces contrées si riches, du moins Culturellement et en terme de ressources (berceau de la civilisation). Pour éviter les querelles intestines, il fut mis en place une Alliance Orientale, regroupant les Fédérations Kurdes, Turques, Jordaniennes, Syriennes ; bref tous les pays embarqués dans la même « galère » mais pensant et étant Différents.

• E : Je crois comprendre pourquoi tu détailles ça avant d'attaquer le reste. Pour les Tchétchènes c'est pareil : ils faisaient parti d'un grand tout (et un peu n'importe quoi, par rapport à des Peuples si Différents – Altaïques, Ouraliens, Indo-Européens – mais obligés de vivre ensemble, par la force des choses) regroupé au sein de la Fédération de Russie.
• M : Sauf que Moscou n'entendait pas lâcher les morceaux ! Le pouvoir voulait garder une impression de puissance (de façade) par rapport à sa gloire passée.

• E : On en a bien vu les résultats.

• M : De toute façon, il est impossible de contenir un Peuple qui veut sa Liberté. Comme pour un fleuve, on peut le bloquer un peu, mais tôt ou tard il passera soit de face, soit de côté, car il y a toujours une issue quelque part.

• E : D'autant plus que là, la Russie ne respectait nullement les Différences de chacun !

• M : Le pouvoir n'aime pas les Différences, car elles créent des envies de Progrès que certains n'avaient pas. Alors que l'URSS tentait de fondre tout le monde dans un seul moule (celui du communisme autoritaire où tous sont pareils, sans saveurs ni intérêts, des androïdes à la solde du pouvoir et d'un cauchemar « commun »), après la Chute du mur, la Communauté des Etats « Indépendants » (CEI) ne respectait toujours pas les spécificité de chacun des Peuples l'a composant. Quasi simultanément, après les années du règne dictatorial du barbouze Poutine, tous les Peuples de l'ex Grande Russie se réapproprièrent véritablement leur Autonomie. Ils se regroupèrent au sein de l'Alliance des Peuples d'Asie Centrale, afin de ne pas rencontrer les mêmes problèmes de rupture des interdépendances comme en 1991 (création de la CEI) : ils étaient Autonomes, mais voulaient (et devaient) continuer à entretenir des relations étroites, mais basées cette fois-ci sur le Respect absolu des Différences de l'Autre. Un peu comme avec le problème Israélo-Palestinien.

• E : Oh ? Enfin ils ont fait la Paix ? Pour de bon ? Ils ont arrêtés leurs conneries ???

• M : Heureusement quand même, depuis le temps que ça durait cette histoire là. Aujourd'hui ça parait si aberrant que deux Peuples, Frères car Sémites tout deux, se soient ainsi foutu sur la gueule, alors que la solution était relativement simple : la Terre n'appartient à personne, elle appartient à tout le monde ! Encore une fois, c'est bien la notion d'état qui a crée des problèmes là où il n'y en avait presque pas.

• E : Heureuse de te l'entendre dire ! C'est vrai que les choses se passaient plutôt bien tant qu'il n'y avait que des Kibboutz (Communauté Juive de production, comme celles des Hippies sur le Larzac avec leurs chèvres), les uns échangeant et vivant en Harmonie avec les locaux, les Palestiniens.

• M : Bien sûr ! Ce n'est que en 1948, quand l'état d'Israël fut proclamé et qu'il vira les populations à l'intérieur de ses frontières (limites complètement arbitraires d'ailleurs, ou pire, basées sur la bible et donc les territoires occupés il y avait plus de 2000 ans) pour les parquer comme des bêtes (un peu comme les Juifs durant la Shoah, même si je ne crois pas dans ce cas à la vengeance ou à la reproduction des douleurs) dans des territoires réduits à peau de chagrin et surveillés par des miradors (par contre là il ne manquait que les bergers allemands et voilà).

• E : Et comment ils ont réglé ça alors ?

• M : En voyant comme les choses évoluaient de tous les côtés dans la région du Proche-Orient, tout d'abord les deux populations ont destitué leurs chefs d'états, incapables de parvenir à une Paix durable. Ensuite, ils mirent en application le Pacte de Genève de 2003, rédigé par d'anciens diplomates, ministres ou membres d'associations, des deux pays : c'était un très bon compromis, concocté à l'écart des pressions, mais rejeté ou regardé avec condescendance (car ne provenant pas d'eux) par les institutionnels de part et d'autre du mur de la honte fratricide.

• E : Et puis ?

• M : Et puis ensuite, une fois que les choses étaient bien lancées, que les esprits s'apaisaient, la Fédération des Peuples Sémites fut mise en place. Enfin, après plus d'un siècle de tracasseries mutuelles, tous les Sémites (et bien sûr les autres aussi) purent profiter de cette Terre sacrée. Alors qu'auparavant il fallait se justifier de sa religion pour s'installer dans le pays (discrimination religieuse matinée d'ethnisme, une honte pour des Juifs ayant connu la ségrégation raciale), à présent seul le Respect de l'Autre comptait : la Terre sacrée de Jérusalem appartenait à nouveau aux trois confessions, issues du même dieu (Yahvé alias Allah). Chacun pouvait s'installer où il le voulait en cette Terre Promise, elle était suffisamment grande et généreuse (par contre fallait bosser dur pour en tirer quelque chose) pour accueillir tous les Frères réconciliés !

• E : Et dis moi tant que tu y es, les guerres civiles éternelles entre ethnies Africaines c'est bel et bien fini ?

• M : Eh si bonne Dame ! Il s'est passé presque la même chose, puisque nombre de pays connaissaient de très fortes tensions ethniques, sur une grande partie du continent. Mais, encore une fois, c'était très souvent des rancœurs exacerbées par les élites, comme toujours dans le but de diviser pour mieux régner. La crise, disons plutôt la guerre anticoloniale contre l'occupant Français, en Côte d'Ivoire a enflammé les foules. La majeure partie de l'économie était tenue par des entreprises françaises, qui continuaient à pratiquer une forme moderne d'esclavage, le salariat à la coloniale (peu de Droits, beaucoup de devoirs, le tout la bouche fermée et le fameux sourire Noir). Ces sociétés délocalisaient leurs services dans leur ancien empire, qu'elles n'avaient jamais complètement abandonné (toujours garder un œil, un « peu » d'influence, c'est la FrancAfrique), puisqu'il y avait là-bas de la main d'œuvre parfaitement formée (par les Blancs puis les locaux) à pas chère et docile (même si les temps avaient bien changé, heureusement d'ailleurs, mais quand même).

• E : C'est vrai que l'Indépendance n'était que de façade pour … surtout les pays Noirs ! Beurk, voilà comment on les a remercié de s'être battu comme de la chaire à canon durant les guerres (presque toutes) et de ne pas s'être violemment Révolté comme les Arabes. Nous on a fait notre guerre d'Indépendance, du coup les Français nous ont lâché la grappe (on a du galérer mais ils surveillaient de loin comme intervenaient de près). Eux pour avoir été plus coopératifs, l'état a autorisé dans sa « grande bonté » les Peuples a disposer d'eux-mêmes, mais ensuite a laissé faire (si ce n'est encouragé) des coups d'état dès que la France était insatisfaite et voulait que les choses changent (dans son sens, bien évidemment).

• M : L'état c'est vraiment qu'une merde ! Les élites que nous avions installées étaient toujours assujetties à leur ancien colon, entretenues par la corruption. Mais celle-ci devenait trop flagrante dans des pays aux riches matières premières (le Zaïre est un des pays les plus pourvu en ressources naturelles, mais un des plus démuni aussi, enfin sauf ses dirigeants), où le développement avançait mais trop doucement, une partie des aides étant elles aussi détournées, cette fois par les mafieux locaux qui usaient de la force pour s'approprier les stocks des dons et les revendre au marché parallèle (je n'ose pas dire noir), à leur prix. S'ajouta à cela le Sida et les multinationales ne voulant rien lâcher, le peu d'argent partait dans les médicaments.

• E : Excuses moi cinq secondes, je vais vomir !

• M : Je t'en prie, c'est tout naturel. Si je n'étais pas blindé par rapport à l'autre monde, je t'accompagnerai aussi. Mais le « bon côté » de l'Histoire, c'est que du coup dans la lignée de la déferlante, eux aussi accomplirent leur Révolution. Autant anti-capitaliste contre les brevets qui « empêchaient » (quand on veut on peut, les pharma n'avaient qu'à faire un geste) de fabriquer des génériques bon marché (ou alors qu'ils distribuent, à des prix abordables pour tous, leurs médicaments) ; qu'anti-étatique envers les élites qui les paupérisaient et les montaient les uns contre les autres pour éviter qu'ils ne se posent des questions et jugent d'en finir.

• E : Et ensuite, on va où ?

• M : Ensuite, la Révolution Humaniste s'étendit à l'Asie par le Pakistan et les Indes qui sont redevenus des frères avec le Cachemire qui appartient à tout le monde, et les Indes étaient déjà une Fédération, mais très corrompue aussi.

• E : Racontes, les Indes ça me passionne !

• M : En fait, l'Anarchie a permit de mettre fin aux malentendus soulevés avec la séparation de 1947 et les migrations et massacres d'hindous et de musulmans qui s'en suivirent. A présent, alors que ces populations avaient vécues ensemble depuis des siècles, souvent pour le meilleur, elles décidaient de repartir ensemble, en Coopérant, pour ainsi devenir un élément important du monde nouveau. Tous les Peuples, pourtant très Différents, qui Partageaient ces terres, avaient pour autant des cultures communes. En discutant, calmement, au-delà des agitations nationalistes qui n'existent plus, ils ont réussi à renouer le dialogue interrompu dans son prolongement séculaire, par la guerre et les conséquences de l'abandon britannique après avoir bien mis le bordel dans le sous-continent.

• E : Mais dans les parages, pas très loin, il y a la Chine aussi. Comment s'est comporté l'empire du milieu, l'atelier du monde, avec son système ultra-totalitariste de politique communiste (commune à une haute classe de gradés) et d'économie capitaliste (ceux qui peuvent investir ont tous les pouvoirs si ils savent bien graisser les pattes des bonnes personnes) ???

• M : La Chine a basculé du communisme à l'Anarchisme car le Peuple en avait marre de la dictature, de la corruption et de l'administration tatillonne. Il faut bien comprendre que le développement de la Chine se faisait, comme dans tous les pays à toutes les époques, au détriment du petit Peuple, le même que le communisme était censé aider (et qu'il a en premier lieu oublié). Les Chinois avaient tous les inconvénients du développement (stress, exploitation, pollution, inflation des propriétés privées donc relativement moins de richesses, …), sans en avoir véritablement les avantages (ouverture d'esprit, connaissance du monde, Partage, …). Eux qui avaient su, à force de travail et de rigueur, en quelques décennies rattraper leur retard, ne voulaient pas rester à la traîne de l'Emancipation humaine mondiale.

• E : Et de l'autre côté de l'échiquier, qu'elle était la position des States ?

• M : Avant d'en venir à la tour d'ivoire du capitalisme, il faut quand même que je te racontes auparavant comment les Amériques, Latines et du Sud, franchirent le pas vers le nouveau monde !

• E : Si senior, c'est toujours intéressant de savoir comment l'arrière pays ricains a évolué. Surtout qu'il était déjà un peu engagé vers cette voie !

• M : Moui, enfin, les dirigeants étaient plutôt des néococos qui répondaient en cela aux néocons du Nord. Parce que leurs Peuples étaient manipulés depuis longtemps par la CIA et autres puissances de l'axe US, ils poussèrent sur le devant de la scène les ringards des coulisses de l'Histoire, avec leurs discours plein de fiels anti-impérialiste (ça se comprend dix fois au regard des abus de domination politico-économiques des States), mais avec des solutions qui ont montré leurs désastres à Cuba.

• E : Justement, comment c'est passée la transition après la mort du vieux leader maximo ?

• M : Le pays était en ruine (merci l'embargo ricain, encore une fois c'est le Peuple qui trinque pour avoir fait la Révolution, 50 ans plus tôt), et les espoirs de changement étaient on ne peut plus présents. Les Utopiens ayant toujours eu un « faible » pour la perle des Caraïbes et sa figure emblématique du Che, ils aidèrent rapidement les Cubains à se prendre en main (pas sans arrière-pensée de faire chavirer tout le continent vers l'axe du Bien-être civilisationnel). Le mouvement s'appuya notamment sur le Brésil, déçu après l'immense espoir d'avoir élu Lulla, et sur l'Argentine qui avait eu l'occasion de se reprendre populairement en main après la crise et la fuite des capitaux. Ces fleurons firent rapidement tâchent d'oil auprès des pays riches en pétroles mais cadenassés par la junte militaire ou les beaux parleurs à la Chavez.

• E : C'est sûr qu'on assistait depuis peu à un nouvel élan de la part de ces pays, mais s'appuyant sur l' « exemple » cubain, qui était loin d'avoir montré ses qualités !

• M : Il faut dire que ces parties du continent apprenaient depuis peu la culture et les vertus de la Démocratie. Mais ils étaient très curieux et capables d'expérimenter de nouvelles formes de pouvoir pour enfin sortir de la dépossession de leurs ressources, morales, physiques autant que naturelles.

• E : Du coup, les Ricains étaient pris en tenaille, tous les pays du monde et même de leur continent étant passés aux mains du Peuple (et non de l'ennemi communiste comme auparavant dans l'Histoire). Ils devaient enfin se poser les vraies questions sur le monde qui les entourait et surtout sur eux-mêmes et leurs prétentions dirigistes !

• M : En fait, la transition avait déjà commencé à prendre forme après quelques mois pour encaisser le choc du 11 septembre 2001 ! Les Américains eurent d'abord la haine contre ceux qui avaient pu les attaquer comme ça (haine patriotique face à leur « supériorité »), puis ils essayèrent de comprendre comment on en était arrivé là. Quand Bush avoua qu'on lui avait menti, à l'insu de son plein gré, concernant les preuves qui motivèrent la guerre en Irak, ils commencèrent à ouvrir les yeux.

• E : Et qu'est-ce qu'ils y ont vu ces gros bœufs ?

• M : Le sang, la sueur et les larmes de leurs compatriotes, envoyés aux quatre coins du monde se faire tuer, tout ça pour du pétrole à pas cher et une très relative sécurité mondiale ! Du coup, pragmatiques que sont les anglo-saxons en général, ils décidèrent à prime abord de se replier sur eux-mêmes. Mais la Révolution faisant le tour de la planète, le pays regarda son passé fait d'Emancipations et de réactions. Alors que tout le monde « enviait » la puissance de leur pays, les Ricains eux savaient bien que leur système ultra-capitaliste ne fonctionnait pas aussi bien qu'ils voulaient le prétendre auprès des nations « à convertir, civiliser ».

• E : C'est clair que le pays vivait à crédit, notamment auprès des Chinois, et que les riches étaient très riches, mais les pauvres horriblement pauvres et personne ne s'occupait réellement d'eux, ce que la catastrophe du cyclone Katrina révéla.

• M : Surtout, le monde entier, avec la pagaille de la guerre en Irak, se moquait d'eux et narguait leur toute puissance impérialiste. Depuis que le monde avait décroché du système ambiant, pays après pays, que les States faisaient tout pour bloquer l'inexorable, beaucoup de ses habitants voulaient regagner leur fierté nationale, en faisant tomber leur système tout autant corrompu qu'ailleurs (voire même plus vu les enjeux économiques en milliards de dollars). Ils le firent dans un grand élan de joie et de méfiance mêlée, mais ils n'avaient pas le choix si ils voulaient régler leurs problèmes internes une bonne fois pour toute (en France c'était la Révolte à chaque génération contre le pouvoir, aux Etats-Unis c'était le cas contre la suprématie blanche/WASP/conservatrice/capitaliste). Les Américains, derniers de la liste planétaire à tendre vers Utopia, se devaient à présent de rattraper leur retard, en se souvenant de leur glorieux passé de moteur des Emancipations humaines après la seconde guerre mondiale et surtout les années 60, d'où le mouvement hippie est parti de San Francisco, tout comme le mouvement gai et bien d'autres. Avec le pays de Wall Street, la boucle était bouclée !!!

• E : Enfin la Révolution avait fait le tour du monde, et imposée par personne ! Donc elle était d'autant plus légitime !

• M : Tout à fait. Pour autant, une chose importante à noter, c'est que de nombreux pays, tout continent confondu et tous confrontés à la dure concurrence, créèrent entre eux des alliances voire même des Communautés économiques, un peu à la façon des premiers pas de l'Europe. On vit ainsi des blocs commerciaux se mettre en place aux Amériques, en Asie et un peu en Afrique.

• E : Mouais d'accord, mais comme tu dis, ce n'était jamais que des alliances éco-stratégiques !

• M : Bien sûr, mais ça reste un bon début, sachant que ce qui commence à rapprocher économiquement les pays finit par connecter les Peuples et à créer des ententes cordiales ! De là au dumping social positif il n'y a qu'un pas (de grande enjambée d'accord, mais quand même).

• E : Ahhh ! Donc finalement ce nouveau monde n'est « que » l'ultime étape après s'être rapproché pour des raisons bassement économiques ?

• M : Oui, en quelques sortes. Quand on échange ensemble, on voit comment l'autre fonctionne dans divers champs et tôt ou tard on veut les mêmes avantages que lui et remédier aux inconvénients du fonctionnement de son système ! C'est de la jalousie bien placée en somme !!!

       
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21 janvier 2005 5 21 /01 /janvier /2005 21:27

14 - Le paradis terrestre, pas né des derniers Déluges
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• Moa : Mais tu sais, tout ce que j'ai pu te dire jusqu'ici sur notre nouveau monde merveilleux (mais imparfait car la perfection, surtout avec les humains, n'existe pas) n'est que l'aboutissement final de longues Luttes mais aussi d'expériences originales.

• Esperanta : Ca me paraît assez clair qu'Utopia n'est pas sortie de nulle part ! Mais encore ? Y a-t-il eu des essais concluant qui s'en approchaient fortement ?

• M : Oui bien sûr, mais ils furent plus ou moins de longues durées, selon les troubles que cela pouvait provoquer auprès d'ordres établis que ce genre d'exemple dérangeait, surtout car cela leur faisait de l'ombre et montrait que l'on n'avait pas un besoin vital des structures habituelles de domination et de pouvoir ! Tu veux que je t'explique un peu plus ce qu'il en fut ?

• E : Ah oui, ça je veux bien, car tu m'as expliqué la naissance des dogmes, mais pas trop la vie avant, ni comment certains ont vécu autrement !

• M : En plus, tu verras, ça pourrait prêter à « sourire » (jaune) si il n'y avait pas eu autant de morts, de vies brisées et de civilisations rétrogradantes pour l'Humanité.

• E : Hein ? Des civilisations comme la Mésopotamie (le berceau de la civilisation), l'Indus, l'Egypte ? Nous leur devons tout !

• M : Oui, mais elles furent rétrogradantes dans le sens où quand tu vois ce que des Esclaves, des exploités du système (où une ration de survie et deux mètres carrés suffisait comme subsistance), arrivèrent à faire, imagines un peu si nous avions été Utopiens sans interruption (tout est, ou aurait du moins du être, dans l'évolution) à quel degré de Bien-Vivre et de Bonheur nous serions aujourd'hui. Et je ne te parle même pas de la pire catastrophe que l'Humanité ait connu, l'alliance néfaste de la religion institutionnalisée (pouvoir spirituel) et de l'autorité décisionnelle (pouvoir temporel). Ces deux là ont toujours tout fait pour maintenir les Humains dans l'ignorance, pour ainsi créer le besoin de gouvernance dans la compréhension de soi (la religion c'est l'opium du Peuple, disait Marx) et dans la vie avec les autres (soi-disant nous étions trop bêtes pour savoir nous organiser). Si il n'y avait pas eu d'Esclave, si tout le monde avait été également pourvu (non pas par les hasards de la vie, ça on n'y peut rien) en terme de facilité d'autonomie (une terre, une maison, des activités), si l'Humanité avait Collaboré et Mutualisé (plutôt que de jouer aux petits soldats et piller les autres)…

• E : On mettrait Paris en bouteille !

• M : Aussi, c'est sûr qu'avec des si on pourrait refaire le monde, mais ce que je veux dire c'est que chacun (Libre, Egal et Frère) aurait alors d'autant Participé au Progrès (le vrai, l'utile et bénéfique, pas gadget) et à l'Emancipation Artistique, Intellectuel, Technologique de l'Humanité !

• E : Vu sous cet angle je suis bien d'accord avec toi.

• M : Rien qu'entre l'Antiquité et la Renaissance, nous avons « perdu » milles ans (en terme de confort pour tous), exception faite des Arabes et Orientaux en général qui ont préservés et développés les connaissances des Grands Anciens. Malheureusement pour l'Occident, l'église de Rome a privé les populations de l'érudition, et du confort, préparation sine qua non pour accepter une vie de repentir (« bien fait pour nous » depuis qu'Eve a croqué le fruit de la connaissance du Bien et du Ma[â]l[e] et que les Humains furent chassés du Paradis pour atterrir dans la dure réalité) et approuver de dépendre d'autorités, tant religieuses pour le salut de notre âme (seuls les prêtres sachant comment rester, ou redevenir, pur dans se monde de brute - qu'ils entretiennent), que dirigeantes pour supporter de vivoter avant (peut-être, seulement si l'on était resté bien sage, et encore) le Grand Pardon (de quoi ? d'avoir survécu comme on le pouvait dans ce monde sans foi ni loi ???).

• E : D'accord, j'ai compris, ne t'emballes pas trop Moa non plus. Et dis moi alors comment c'était !

• M : La Terre et l'Humanité, c'était mieux avant !

• E : Je reconnais bien là la grand-mère à moustache, ok c'était nickel avant (dans tous les sens du terme, les pollutions de toutes sortes étant limitées), mais encore ?

• M : Pour commencer, de Homo Habilis à Homo Sapiens Sapiens, deux millions d'années d'évolution biologique et culturelle se sont écoulées. La calotte glacière avançait et reculait depuis 2,5 millions d'années : les instincts de survie et d'adaptation sont donc passés dans nos gènes car nous sommes les enfants de la glace. De nombreuses Révolutions Humaines primitives furent dues aux changements climatiques et donc environnementaux. Notre naissance en tant qu'Humain est d'ailleurs du au froid qui sévissait jusqu'à l'Afrique : les forêts devinrent alors des savanes car la glace éponge l'eau marine donc il y eu moins de pluie. Nos aïeux singes n'eurent plus d'arbre pour être protégés (car nous n'avons pas de grosses dents et nous sommes faibles par rapport aux autres animaux) : il nous fallait donc être plus réactif en nous adaptant (car nous étions à découvert et visible par tous) et en développant une véritable intelligence Collective de la peur des prédateurs mais du courage de la force du groupe.

• E : C'est sûr que face aux lions, guépards et autres carnassiers nous ne faisions pas le poids.

• M : Ni auprès de nos proies ! Il ne faut pas oublier que l'Humain était charognard avant d'avoir le courage et la force de chasser (utilisation de pierres). Lorsqu'il se nourrissait de viande, cela amenait beaucoup de protéines donc le cerveau commença à se développer. Celui-ci est proportionnellement 7 fois plus gros que d'autres mammifères, mais presque autant que le chimpanzé et les babouins (eux s'en servent surtout dans l'organisation de leur société et leurs rapports individuels).

• E : Oui, enfin, on n'a plus rien à voir avec eux non plus !

• M : Que si ! Nous ne sommes pas des cousins éloignés des singes, nous sommes les derniers d'une grande famille, celle des singes sans queue. Bref, pour en revenir à nos modes de vie d'avant sédentarisation, quand il faisait chaud et qu'il y avait donc beaucoup de fruits et de gibiers, les hommes chassaient et les femmes cueillaient : il n'y avait pas de stock, car l'on n'en avait pas besoin pour des communautés réduites d'une trentaine d'individus, et cela fonctionna pendant 100 000 ans (certains le pratiquent encore aujourd'hui, les veinards). Le sauvage est un type qui ne saccage pas. Il prend dans la nature ce dont il a besoin. Lorsque le sauvage estime que ses besoins sont satisfaits, il s'arrête d'avoir une activité de production. Par conséquent, il ne va pas couper inutilement des branches d'arbres, ni flécher pour rien un gibier : c'est ce qu'on appelle être maître de ses besoins et Respectueux de la nature.

• E : C'était l'Age d'Or cette époque : tu manges quand tu as faim, mais tu cueilles ou chasses juste ce qu'il te faut, après c'est la sieste pour digérer.

• M : Et oui, la société primitive contrôlait absolument son milieu ! Mais elle ne le contrôlait pas pour construire le capitalisme, c'est-à-dire pour accumuler, pour produire au-delà des besoins, elle produisait jusqu'aux besoins et elle n'allait pas au-delà : c'était des sociétés sans surplus.

• E : D'accord, chacun se débrouillait pour se nourrir et ça marchait plutôt bien. Mais quels étaient les rapports entre les individus ? Il y avait des obligations genre sur l'exemple, la nécessité de donner et de recevoir ?

• M : La base était l'échange et la réciprocité ! Il y avait une obligation d'échanger, des biens ou des services, comme celle d'échanger les femmes pour respecter les règles matrimoniales (et d'abord la prohibition de l'inceste). Mais l'échange des biens qui se passait tous les jours, c'est celui de la nourriture principalement (d'ailleurs on ne voit pas très bien ce qui pourrait circuler d'autre). Quelles sont les personnes englobées dans ce réseau de circulation des biens ? Ce sont principalement les parents et la parenté, ce qui implique non seulement les consanguins mais aussi les alliés, les beaux-frères... En effet, c'est le réseau qui définit ce qu'on pourrait appeler les assurances sociales. Sur qui un individu d'une société primitive peut-il d'abord compter ? C'est sur sa parenté. La manière de montrer qu'on escompte, éventuellement, en cas de besoin, l'aide des parents et des alliés, c'est de leur offrir de la nourriture, c'est un circuit permanent de petits cadeaux. Ce n'est pas compliqué; il suffit d'envoyer porter une petite quantité d'aliment (quasiment symbolique, ça ne constitue pas un repas) à telles personnes. Ce sont presque toujours des parents ou des alliés, parce qu'on sait qu'eux-mêmes feront la même chose, on pourra compter sur ces gens là, en cas de besoin, de catastrophe... ce sont les assurances, la sécurité sociale. C'est une sécurité sociale qui n'est pas d'état, elle est de parenté. Mais il ne viendrait jamais à l'idée d'un sauvage d'offrir quoi que ce soit à quelqu'un dont il n'a rien à attendre. Ca ne lui viendrait pas même à l'esprit ! C'est pour cela que le champ des échanges est rabattu, pas exclusivement mais principalement, sur les réseaux d'alliance et de parenté.

• E : Mais comment chaque unité de production se socialisait avec les autres ?

• M : Les sociétés primitives étaient des sociétés indivisées (et pour cela, chacune se voulait totalité une) : société sans classes – pas de riches exploiteurs des pauvres –, sociétés sans division en dominants et dominés. Il n'y avait pas d'organe séparé du pouvoir.

• E : C'est-à-dire ? Il n'y avait pas de chef ?

• M : C'est même plus profond que ça ! Les sociétés primitives n'ont pas d'état parce qu'elles le refusent, parce qu'elles ne veulent pas de division du corps social en dominants et dominés. La politique des « Sauvages » (va savoir qui l'était le plus entre eux et les proto-Emancipés), c'est bien en effet de faire sans cesse obstacle à l'apparition d'un organe séparé du pouvoir, d'empêcher la rencontre d'avance fatale entre institution de la chefferie et exercice du pouvoir. Dans la société primitive, il n'y a pas d'organe séparé du pouvoir parce que le pouvoir n'est pas séparé de la société, parce que c'est elle qui le détient, comme totalité une, en vue de maintenir son être indivisé, en vue de conjurer l'apparition en son sein de l'inégalité entre maîtres et sujets, entre le chef et la tribu. Détenir le pouvoir, c'est l'exercer ; l'exercer, c'est dominer ceux sur qui il s'exerce : voilà très précisément ce dont ne voulaient pas les sociétés primordiales, voilà pourquoi les chefs y sont sans pouvoir, pourquoi le pouvoir ne se détache pas du corps un de la société. Refus de l'inégalité, refus du pouvoir séparé : même et constant souci des sociétés primitives. Elles savaient fort bien qu'à renoncer à cette Lutte, qu'à cesser d'endiguer ces forces souterraines qui se nomment désir de pouvoir et désir de soumission et sans la Libération desquelles ne saurait se comprendre l'irruption de la domination et de la servitude, elles savaient qu'elles y perdraient leur Liberté.

• E : Je comprends pas ton truc ! Comment pouvaient-ils avoir un chef sans pour autant qu'il abuse du pouvoir qui lui était donné ?

• M : Il n'y a pas de chef, c'est plutôt un leader d'opinion, quelqu'un que l'on écoute et que l'on Respecte. La chefferie n'est, dans la société primitive, que le lieu supposé, apparent du pouvoir. En réalité, c'est le corps social lui-même qui le détient et l'exerce comme unité indivisée. Ce pouvoir non séparé de la société s'exerce en un seul sens. Il anime un seul projet : maintenir dans l'indivision l'être de la société, empêcher que l'inégalité naturelle entre les Humains installe la division dans la société. Il s'ensuit que ce pouvoir s'exerce sur tout ce qui est susceptible d'aliéner la société, d'y introduire l'inégalité. Il s'exerce, entre autres, sur l'institution d'où pourrait surgir la captation du pouvoir, la chefferie. Le leader est, dans la tribu, sous surveillance : la société veille à ne pas laisser le goût du prestige se transformer en désir de pouvoir. Si le désir de pouvoir du leader devient trop évident, la procédure mise en jeu est simple : on l'abandonne, voire même on le tue. Le spectre de la division hantait peut-être la société primitive, mais elle possédait les moyens de l'exorciser.

• E : Mais à quoi est-ce qu'il pouvait bien servir alors ce meneur, si il n'avait pas de pouvoir ?

• M : La particularité des sociétés primitives c'est que la chefferie s'institue à l'extérieur de l'exercice du pouvoir politique. En réalité, que le leader primordial ne détienne pas le pouvoir de commander ne signifie pas pour autant qu'il ne sert à rien. Il est au contraire investi par la société d'un certain nombre de tâches et l'on pourrait à ce titre voir en lui une sorte de fonctionnaire (non rémunéré) de la société. Que fait un leader sans pouvoir ? Il est, pour l'essentiel, commis à prendre en charge et à assumer la volonté de la société d'apparaître comme une totalité une, c'est-à-dire l'effort concerté, délibéré de la Communauté en vue d'affirmer sa spécificité, son Autonomie, son Indépendance par rapport aux autres communautés.

• E : C'est même pas un meneur à ce moment-là !

• M : Non, en effet ! La société primitive code, c'est-à-dire contrôle, tient bien en main tous les flux, tous les organes. Elle tient bien en main ce qu'on pourrait appeler le flux du pouvoir; elle le tient en elle, elle ne le laisse pas sortir ; car si elle le laisse sortir, là, il y a conjonction entre leader et pouvoir ; et là, on est dans la figure minimale de l'état c'est-à-dire la première division de la société (entre celui qui commande et ceux qui obéissent). Cela elle ne le laisse pas faire ; la société primitive contrôle cet organe qui s'appelle la chefferie.

• E : C'est plutôt un bon petit gars que tout le monde aime bien alors !

• M : Il va de soi que si la communauté le reconnaît comme leader (plutôt comme porte-parole) lorsqu'elle affirme son unité par rapport aux autres unités, elle le crédite d'un minimum de confiance garantie par les qualités qu'il déploie précisément au service de sa société. C'est ce que l'on nomme le prestige, très généralement confondu, à tort bien entendu, avec le pouvoir. Evidemment, au sein de sa propre société, l'opinion du leader, étayée par le prestige dont il jouit, était entendue avec plus de considération que celle des autres individus. Mais l'attention particulière dont on honore (pas toujours d'ailleurs) la parole du leader ne va jamais jusqu'à la laisser se transformer en parole de commandement, en discours de pouvoir : le point de vue du leader ne sera écouté qu'autant qu'il exprime le point de vue de la société comme totalité une. Il en résulte que non seulement le meneur ne formule pas d'ordres, dont il sait d'avance que personne n'y obéirait, mais qu'il ne peut même pas (c'est-à-dire qu'il n'en détient pas le pouvoir) arbitrer lorsque se présente par exemple un conflit entre deux Individus ou deux familles. Il tentera non pas de régler le litige au nom d'une loi absente dont il serait l'organe, mais de l'apaiser en faisant appel, au sens propre, aux bons sentiments des parties opposées, en se référant sans cesse à la tradition de bonne entente léguée, depuis toujours, par les ancêtres. De la bouche du leader jaillissent non pas les mots qui sanctionneraient la relation de commandement-obéïssance, mais le discours de la société elle-même sur elle-même, discours au travers duquel elle se proclame elle-même communauté indivisée avec la volonté de persévérer en cet être indivisé.

• E : Mouais, en fait c'était un beau parleur, voila tout !

• M : Tout juste ! Je dirais même qu'il était entre le crieur public et le vendeur à la sauvette !

• E : Hein ? Un blablateur ?

• M : On ne peut pas être reconnu comme leader si l'on n'est pas un bon orateur. La Communauté, qui reconnaît untel comme son leader, le piège dans le langage. Elle piège le leader dans le langage, dans les discours et les mots qu'il prononce. Il ne s'agit pas simplement du plaisir d'entendre un beau discours. Mais à un niveau plus profond et naturellement peu conscient, cela relève de la philosophie politique qui est impliquée dans le fonctionnement même de la société primitive. Le leader, le chef, c'est-à-dire celui qui pourrait être le détenteur du pouvoir, le commandant, celui qui donne des ordres, il ne peut pas le devenir, parce qu'il est piégé dans le langage, piégé au sens où son obligation, c'est de parler. Tant que le leader est dans le discours et dans ce qu'on pourrait appeler un « discours édifiant », qui est un discours qui pousse à la réflexion et non directement à l'action, il n'a pas le pouvoir !

• E : Je suis un peu perdue, c'est difficile d'imaginer comment ça pouvait fonctionner.

• M : Une société qui n'aurait pas de leader, de type qui parle, serait incomplète, au sens où il faut que la figure du pouvoir possible (c'est-à-dire ce que la société veut empêcher), le lieu du pouvoir, ne soit pas perdu. Il faut que ce lieu soit défini. Il faut quelqu'un dont on puisse dire : « Voilà, le leader c'est lui, et c'est précisément lui qu'on empêchera d'être le chef ». Si on ne peut pas s'adresser à lui pour lui demander des choses, s'il n'y a pas cette figure-là qui occupe ce lieu du pouvoir possible, on ne peut pas empêcher que ce pouvoir devienne réel. Pour empêcher que ce pouvoir devienne réel, il faut piéger ce lieu, il faut y mettre quelqu'un, et ce quelqu'un c'est le leader. Quand il est leader, on lui dit : « A partir de maintenant, tu es celui qui va être le porte-parole, celui qui va faire des discours, celui qui va remplir correctement son obligation de générosité, tu vas travailler un peu plus que les autres, tu vas être celui qui est au service de la Communauté ». S'il n'y avait pas ce lieu-là, le lieu de l'apparente négation de la société primitive en tant que société sans pouvoir, elle serait incomplète.

• E : En fait, quand le lieu du pouvoir est occupé, quand l'espace de la chefferie est rempli, il n'y a pas d'erreur possible, la société ne se trompera pas sur ce dont elle doit se méfier, puisque c'est là devant elle ?

• M : Exactement ! Le danger visible, perceptible, est facile à conjurer, puisqu'on l'a sous les yeux. Quand la place est vide (et elle ne l'est jamais très longtemps), n'importe quoi est possible. Si la société primitive fonctionne comme machine anti-pouvoir, elle fonctionnera d'autant mieux que le lieu du pouvoir possible est occupé. Donc, au-delà des fonctions quotidiennes que remplit le leader, qui sont ses fonctions presque professionnelles (faire des discours, servir de porte-parole dans les relations avec les autres groupes, organiser des fêtes, lancer des invitations), il y a une fonction structurale, au sens où cela fait partie de la structure même de la machine sociale, qui est qu'il faut que ce lieu-là existe et soit occupé, pour que la société comme machine contre l'état ait constamment sous les yeux le lieu à partir duquel sa destruction est possible : c'est le lieu de la chefferie, du pouvoir, qu'elle a à rendre inexistant (et elle y réussit parfaitement). Preuve ultime s'il en est, dès que les Primordiaux sentent que le groupe devient trop grand et donc plus difficile à gérer, il se scinde pour alléger la structure de la chefferie et limiter les tensions dues au nombre, autant que cela permet de développer de nouveaux territoires et créer de nouvelles opportunités.

• E : Et dans notre triste monde tragique et réel, un peu plus d'actualité, tu as aussi des exemples ?

• M : Je peux déjà te citer le cas de l'Indus, une civilisation très avancée, technologiquement et humainement !

• E : Vas-y oui, ce qui concerne les Indes m'intéresse toujours !

• M : La qualité des techniques artisanales, révélatrices du raffinement de la civilisation de l'Indus, va permettre de développer, dès le VIIe millénaire, un réseau d'échanges de plus en plus important, favorisant l'enrichissement et l'épanouissement des grands centres urbains de Harappa et Mohenjo Daro. Au IIIe millénaire, le commerce est très actif dans la vallée de l'Indus et s'effectue sur de longues distances. Pour parvenir à échanger leurs produits à une échelle internationale, les commerçants de la vallée de l'Indus développent la navigation fluviale sur l'Indus et maritime sur la mer d'Oman. Les transactions se font sur le cuivre, l'étain, l'argent, les pierres semi-précieuses (les lapis-lazuli et les turquoises) et bien d'autres matériaux. Dans les cités, de nombreuses boutiques et entrepôts, dans lesquels on a retrouvé des poids en calcaire poli ou en stéatite, attestent de l'importance de cette activité. Et en Mésopotamie, il n'est pas rare de trouver des objets originaires de l'Indus. La diffusion sur un vaste territoire de l'artisanat de l'Indus, notamment en Afghanistan et en Iran, a mis en évidence l'habileté de ses artisans. Leur art s'exprime dans la fabrication d'une céramique peinte d'une grande finesse ; le travail du métal, surtout le cuivre, pour concevoir des armes (uniquement de défense); mais aussi des miroirs, des rasoirs, des pots à fard et divers récipients. Mais le plus spectaculaire reste, sans aucun doute, les prouesses des tailleurs de pierre et des orfèvres qui fabriquent des parures en or, sur lesquelles sont montées des lapis-lazuli, des turquoises, des cornalines et de l'ivoire.

• E : Jusqu'ici, il n'y a rien d'extraordinaire, ça à l'air d'être une civilisation comme les autres.

• M : Presque, sauf que c'était une culture extrêmement raffinée, avec des objets d'une grande finesse : ici, un peigne en ivoire ; là, un miroir ; plus loin, un diadème de bronze ; plus loin encore, des bracelets en faïence. Les hommes et les femmes qui vivaient là accordaient apparemment une importance majeure à la beauté et aux soins du corps. Surtout, les citadins de l'Indus avaient découverts bien avant nous la civilisation des loisirs. Les artisans des villes produisaient en grande quantité des figurines en pierre, des jeux et des jouets (spirale où l'on doit guider une boule vers le centre, comme un labyrinthe). Le cuivre et le bronze étaient également utilisés, ainsi que les pierres précieuses ou des coquillages. Cette tradition locale a été source d'inspiration partout dans le monde.

• E : Effectivement, comme quoi on peut faire du business (en tout cas des échanges) sans perdre sa vie à la gagner, mais en s'amusant.

• M : Mais attention ! Là-bas ce sont les femmes qui tiennent les cordons de la bourse (comme finalement partout) mais surtout qui gèrent le commerce. La civilisation de l'Indus (et plus loin des oasis, entre le Pakistan et l'Afghanistan) est basée sur le matriarcat, le pouvoir est aux femmes. Contrairement à quasiment toutes les autres civilisations de l'époque, dont les leaders fascinés par les biens de prestige sont devenus des chefs avides de trésors, il n'y a pas de monarchie, le pouvoir est entre les mains des marchands. On y pratique plutôt un véritable culte à la beauté, avec des soins et du maquillage et des objets précieux en ivoire et or. On y porte des amulettes figurant un aigle (animal céleste représentant la spiritualité et les dieux) ainsi qu'un serpent (animal terrestre représentant le matérialisme, la vie et la fertilité), que l'on retrouve aussi en Elam et en Mésopotamie. C'est une civilisation d'agriculture et de commerce, pas de conquête. La preuve en est qu'on ne trouva aucune arme (d'attaque) sur place, mais que des jouets abandonnés par des enfants. Ce peuple avait la réputation d'être sociable et peu agressif.

• E : Vraiment très intéressant tout ça !

• M : Bien sûr, je ne peux pas ne pas évoquer la Démocratie athénienne, la seule qui mérite vraiment ce titre ! A Athènes, la religion jouait un rôle prépondérant dans la vie quotidienne. Au coeur de l'Athènes Démocratique, il n'y avait pas de prêtres. Les Athéniens s'adressaient directement à leurs dieux. Le Parthénon qui surplombe toute la ville en est la preuve. Des artisans venus de toute la Grèce ont travaillé à sa construction, mais également des milliers d'esclaves. Sur les chantiers, ils étaient tous Egaux et recevaient le même salaire. Mais dans la Démocratie athénienne, c'était loin d'être le cas : à Athènes, seul un homme né Libre pouvait prétendre à des Droits civiques. Esclaves et étrangers étaient exclus de toute participation politique (les métèques, c'est-à-dire les étrangers venus des autres cités [du grec meto, qui a changé, et oikos, maison], doivent avoir un Citoyen athénien comme répondant d'eux et se trouvent alors sous la protection de l'état). De même que les femmes.

• E : Sacrés misogynes ces Grecs ! Et les mâles alors ?

• M : À la base de la Démocratie athénienne, figurent les Citoyens. C'est l'ensemble des hommes Libres de plus de 18 ans qui sont nés de père et mère athéniens et ont fait un service militaire de deux ans (l'éphébie). Ils ont seuls le droit de Participer au culte public, de siéger aux assemblées et d'y prendre la parole, de voter, d'être magistrat, de contracter un mariage légal, de posséder des immeubles. En contrepartie, ils doivent avoir fait leur service militaire, payer l'impôt et remplir bénévolement certaines charges publiques.

• E : Mais d'où ça sort ce système ? puisque le peu que je me souvienne de mes cours d'Histoire, c'est bien que la monarchie (voire l'aristocratie, le pouvoir aux mains des seuls nobles, lignées de grands guerriers ayant été récompensés en terres que d'autres travaillent pour eux) était seule maîtresse en ses pays !

• M : Au - VIe siècle les cités du monde grec furent confrontées à une grave crise politique, résultant de deux phénomènes concomitants. D'une part l'esclavage pour dette (touchant principalement les paysans non propriétaires terriens), fit croître entre les Citoyens l'inégalité politique, la liant à l'inégalité sociale : le commerce se développant, la concurrence fit des ravages. La Grande-grèce fait concurrence aux paysans grecs, car elle peut produire des céréales peu cher (terrain mieux adapté pour l'agriculture, plaines plates..). Les paysans grecs travaillent mais ils ne peuvent gagner assez pour vivre. Ainsi ils s'endettent, finissent par être expropriés et deviennent des esclaves. Dans les villes, cette main d'oeuvre servile fait concurrence aux artisans ce qui déclenche également une vague de chômage.

• E : Comme tu aimes si bien à me le montrer, le monde moderne n'a rien inventé en terme de tensions sociales !

• M : Malheureusement non, mais encore une fois, ce qui est navrant c'est qu'on a pas (jusqu'à Utopia du moins) tiré les enseignements des leçons du passé puisque bien évidemment, les mêmes causes ont les mêmes effets. D'autre part le développement de la monnaie et des échanges commerciaux fit émerger les artisans et armateurs qui formèrent une nouvelle classe sociale aisée, revendiquant la fin du monopole des nobles sur la sphère politique (tout comme au Moyen-Age avec le début des Communes contre les fiefs féodaux). Ces graves crises sociales sont suivies par des révolutions. Les oligarques répriment ces révolutions par des exécutions et des exils.

• E : Pff, comme d'hab la seule solution aux problèmes structurels entre riches/puissants et dominés (qui pouvaient aussi être riches) fut d'extirper la force de la vapeur sans toucher au feu qui couvait sous la cocote minute et qui donc se rechargerait vite !

• M : Presque ! Pour répondre à cette double crise, de nombreuses cités modifièrent radicalement leur organisation politique. À Athènes un ensemble de réformes furent prises, ce qui amorça un processus débouchant au - Ve siècle sur l'apparition d'un régime politique inédit : la Démocratie.

• E : Pour une fois, les vraies réponses (celles courageuses en discutant et en remettant à plat les bases mêmes de la défiance/déchéance civilisationnelle) ne naquirent pas d'insurrections populaires mais de l'engagement de politiciens pour assurer l'unité de la cité ?

• M : Et oui comme quoi ! Mais faut pas se leurrer, ce n'était pas un geste gratuit, de bonté, envers le Peuple : il s'agissait plus cyniquement pour les nobles de diluer le pouvoir avec le concours du Peuple pour contrer le besoin de reconnaissance et de pouvoir des bourgeois. Artisans et commerçants de toutes les Cités unissez-vous ? Qu'à cela ne tienne : votre pouvoir sera partagé avec l'ensemble du Peuple, où vous êtes sous-représentés, et nous manipulerons les pauvres pour vous discréditer (ce sera notre « moralité » contre vos richesses exploitantes des Citoyens) !

• E : En tout cas c'était finement joué de leur part. Même si l'on peut regretter que ce soit pour des questions de luttes intestines entre factions, on ne peut qu'applaudir au résultat. Mais comment ça fonctionnait au jour le jour ?

• M : L'Assemblée populaire détient l'essentiel des pouvoirs, prend toutes les décisions et nomme les magistrats chargés des fonctions exécutives. Ces dernières sont collégiales, normalement de durée limitée, et soumise à la reddition des comptes. Les débats de l'Assemblée sont préparés par un Conseil (la Boulè) et ses décisions sont exécutées par les magistrats. Ceux-ci subissent le contrôle constant de la Boulè et de l'Ecclésia. Cette dernière, Assemblée Citoyenne, vote les lois et n'importe quel Citoyen peut prendre la parole (isegoria) et proposer une motion. C'est le propre de la Démocratie Directe. Une fois votée, la loi est exposée au public sur l'Agora.

• E : Et comment elle est appliquée, contrôlée ? Et surtout par qui ?

• M : La dokimasia est l'examen préliminaire que subissent les futurs magistrats pour limiter les effets malheureux du tirage au sort. Cet examen permet de vérifier que le candidat est bien Citoyen, qu'il a bien l'âge minimum requis, qu'il n'a jamais occupé le poste et qu'il en est digne. Les magistrats doivent exercer leur pouvoir de manière collégiale et jamais de manière individuelle. Les magistrats et les ambassadeurs sont contrôlés à la fin de leur mandat. Les Citoyens se réunissent sur l'Agora une fois par an afin d'évaluer le travail des magistrats et punir ceux qui abuseraient de leur pouvoir : c'est la reddition de comptes. Cela permet aux Athéniens de contrôler efficacement les magistrats et d'éviter par la même occasion les dérives tyranniques. Ils votent au moyen d'ostracas (tessons de poterie... ou coquilles d'huîtres). Tout vote positif en entraîne un second deux mois plus tard afin de laisser le temps au Citoyen de s'amender. Un deuxième vote positif (au moins 6.000 voix sont nécessaires) entraîne l'exil pendant dix ans (d'où notre mot ostracisme, synonyme de mise à l'écart).

• E : Je comprendrai jamais qu'on ait perdu ce système et qu'il ait fallu attendre Utopia, plus de 2000 ans plus tard, pour revenir à ce bon sens !

• M : L'humain et le système étaient ainsi, c'est bien pour ça que les Révolutions s'enchaînaient à des rythmes fréquents ! Plus près de nous, il y a aussi l'exemple de Novgorod la Grande !

• E : C'est quoi et où ça ?

• M : Au nord-ouest de la Russie, Novgorod incarne, entre le XIe et le XVe siècle, le prestige et la prospérité d'une cité située au carrefour de l'Orient et de l'Occident. Unique en son genre, elle fonctionne comme une république indépendante. L'emplacement de Novgorod à un croisement fluvial, qui lui donnait accès aux mers Baltique, Noire et Caspienne, lui permit à partir du XIe siècle de développer une économie florissante. Echappant au pouvoir féodal de Kiev, elle développa un système de république indépendante.

• E : J'adore toutes ces cités rebelles au pouvoir central !

• M : Les maîtres féodaux refusent la mainmise du pouvoir centrale de Kiev (Ukraine). Une contre-société se développe où les boyards (les meneurs) sont élus et décident devant une Assemblée Générale de tous les Citoyens. Pour être élus à l'assemblée populaire des Citoyens, les riches propriétaires terriens doivent être installés en ville. Afin de continuer à traiter leurs affaires à la campagne, l'écriture devient le moyen de communication essentiel. Paysans, artisans, marchands... hommes, femmes et enfants s'échangent des lettres. Tout le monde sait lire et écrire car il y a de nombreuses écoles, alors qu'en Europe occidentale, seules les moines et les rares lettrés sont instruits.

• E : Bien sûr, vu que le savoir est une force, c'était trop dangereux de le laisser à n'importe qui (la preuve ensuite avec Gutenberg).

• M : La ville est riche grâce à son commerce avec Byzance : elle va en Mer Baltique pour les transactions avec l'Europe du Nord, en Mer Caspienne pour les échanges avec les Arabes, le long du fleuve Dniepr pour le commerce avec l'Europe Centrale, et en Mer Noire pour distribuer auprès de Byzance. Elle est déjà l'équivalent de la future ligue hanséatique (la Hanse, qui signifie s'associer en vieil allemand, ou Ligue hanséatique prit naissance en 1241 par le traité formé entre Hambourg et Lubeck dans le but de protéger leur commerce contre les pirates de la Baltique et de défendre leurs franchises contre les princes voisins) car elle tient toute l'Europe du Nord. Au XIIIè siècle, Kiev tombe aux mains des Moghols mais Novgorod garde sa Liberté car d'elle dépendait le commerce. Du coup, enfin en paix avec Kiev, les habitants de Novgorod ont du temps pour s'occuper d'eux.

• E : Décidément, le commerce pouvait encore créer à l'époque des sociétés différentes, Libres car riches !

• M : Tu as tout compris. Jusqu'au XVè siècle, la ville se développe en construisant des maisons en bois, structurées par des rues avec des trottoirs en bois contre la boue mais permettant le passage des charettes. La ville prend alors rapidement plusieurs dizaines de milliers d'habitants supplémentaires. Le mariage y est Libre : tu veux de moi ? je veux de toi ! Marions-nous devant témoins !!! Mais là, c'est le drame. En 1478, Ivan III, le Terrible, roi de Moscou, veut faire tomber la république Indépendante de Novgorod. Cette dernière est riche et Indépendante, elle est opposée et pire elle est un frein à l'unification du royaume russe de Moscou. Il bloque alors le commerce donc la ligue hanséatique s'effondre car les navires ne circulent plus. La cloche de l'appel des Citoyens pour l'Assemblée Générale est prise en symbole et amenée à Moscou pour célébrer la victoire d'Ivan III.

• E : Pfff, les rois ont toujours eu le chic pour casser ce qui marchait bien !

• M : Bien sûr, tu penses bien que ça lui faisait de l'ombre, ce n'était pas vivable pour le système royal, à terme. C'est d'ailleurs l'occasion pour que je te parle d'autres sociétés alternatives, celles des pirates !

• E : Ah ouais, les pirates des Caraïbes. J'adore Johnny Depp, mais j'espère que dans ce cas-là il n'y aura pas de morts-vivants !

• M : Non, t'inquiètes, là c'est les vrais de vrais. On ne connaît pas grand-chose de leur vie quotidienne. Mais on en connaît suffisamment sur leurs îles repaires (où ils jouissaient d'une existence Libre et peu austère), pour comprendre que des zones d'autonomie temporaires existaient dès le XVème siècle.

• E : Nos fameuses TAZ d'avant !

• M : Exactement, celles des ravers. Ces enclaves pirates cherchaient essentiellement à échapper à toutes formes de contrôle et d'autorité étatiques, et pour y parvenir à long terme, les individus qui s'y installèrent créèrent de nouvelles formes expérimentales de société. Des endroits (régions entières, citadelles, îles, ports...) se trouvèrent ainsi dénués de toutes contraintes hiérarchiques, et beaucoup adoptèrent même des fonctionnements relativement Démocratiques, voire quasi Libertaire, en tout cas pour l'époque. Grâce à une relative clandestinité, les pirates réussirent à établir au fil des siècles un réseau d'échanges totalement mouvant et (plus ou moins) Solidaire, dont les multiples enclaves servaient aussi bien de lieux de repos et de plaisirs que de lieux de troc/commerce, ou même de port de réparation pour les bateaux. Ainsi, entre le XVème et le XIXème siècle, la piraterie connue une période d'apogée. Principalement, parce que la navigation s'était considérablement développée, tout comme les cartes et les instruments de navigation, l'armement, les conquêtes coloniales.

• E : Ouahou, dis m'en plus, j'ai toujours adoré ce genre de récits !

• M : Leurs équipages se soustrayant à l'autorité royale par leurs actes, ceux-ci savaient pertinemment que s'ils étaient vaincus par des équipages corsaires ou royaux, ils risquaient la pendaison, les galères, les culs de basses fosses ou autres délices du genre, et avaient donc tous intérêts à s'organiser de manière efficace. Pour la plupart des pirates, l'organisation se différenciait justement de celles des corsaires (ces mercenaires mandatés, grâce à une « lettre de course », par les états et royaumes pour piller les autres nations sur les mers plutôt que de déclarer une guerre sur terre). En effet, il semble qu'au sein de l'organisation pirate (qui était évidemment spécifique à chaque équipage ou « bastion pirate »), régnait un minimum d'Egalité. Certains « capitaines » d'ailleurs, comme Misson, fondateur de Libertalia, proposait aux équipages des bateaux abordés de le rejoindre dans la piraterie ou d'être déposés sur une île avec des vivres, dans l'attente du passage - hypothétique - d'un navire (il va sans dire que beaucoup de marins les rejoignaient). L'absence de châtiments corporels à bord de nombreux bateaux est également un fait notable pour l'époque. Mais l'aspect non négligeable pour ces aventuriers restait le partage du butin. Les capitaines pirates touchaient généralement jusqu'à deux parts, les hommes d'équipages, une part, et tout non-combattant (cuisinier, musicien…) une demie part ou trois quarts de parts. A titre indicatif, un capitaine corsaire pouvait percevoir 40 fois la part d'un homme d'équipage. Les principales enclaves étaient soit tenues par des pirates musulmans et des renegados (ainsi nommait-on les chrétiens européens convertis à l'islam, de gré [aventuriers, marins, anciens corsaires...] ou de force [esclave Affranchis, enfants ou adultes rançonnés, marins captifs] (Tunis, Alger, Tripoli), soit par des marins de toutes nationalités et religions (la Tortue, Hispaniola, Libertalia). Mais un seul état pirate fut recensé, la république du Bou Regreg dont l'apogée s'acheva au XVIIème siècle. Ce port marocain s'appelait aussi Salé (ou Rabat-Salé). Il était morcelé en trois zones de tensions et de commerces distinctes, et ne constituait pas à proprement dit une enclave pirate, mais bel et bien un « état pirate ». Ce qui implique que la flotte appartenait au divan (gouvernement qui prélevait environ 10% du butin), mais n'empêchait nullement l'équipage de percevoir 45% du butin à se partager. Les impôts prélevés à Salé restaient dans la ville, alors que ceux prélevés à Alger par exemple, étaient destinés aux caisses de l'Empire Ottoman. Autre point intéressant, le divan et le gouverneur-amiral étaient élus, et pouvaient être révoqués chaque année dès qu'ils cessaient de défendre les intérêts du Peuple. Quelque chose d'inimaginable en Europe à la même époque.

• E : C'est dingue jusqu'où ils sont allé. Utopia est vraiment la somme de toutes ces expériences passées ! Et les femmes dans tout ça, mais j'imagine qu'il devait pas y en avoir sur les bateaux.

• M : Hormis Mary Read ou Anne Bonny, il y eut semble-t-il assez peu de femmes pirates. D'une part dans les enclaves musulmanes cela était absolument impossible, d'autre part en Europe catholique cela ne l'était guère plus. A cette période les femmes constituaient surtout une « marchandise » très enrichissante en tant qu'esclave, de prostituée.

• E : Pfff, d'autant plus qu'ils devaient être grave en rute, ces marins après de longs mois en mer.

• M : Pour autant, il y a des contre-exemples, comme toujours ! Il y avait beaucoup d'enclaves autonomes et particulièrement Libertalia, rendue célèbre par Daniel Defoe, l'auteur de Robinson Crusoé. Bien sûr Libertalia, comme d'autres enclaves pirates, est entourée de mystère et de doute. L'enclave Libertalia aurait pourtant vraisemblablement existé, quelque part vers l'île de Madagascar, durant quelques années avant que ses habitantEs ne finissent exterminés par les indigènes. Et son fonctionnement, axé autour de la personnalité du capitaine français Misson et de celle de son acolyte, le prêtre défroqué, Carracoli, reposait sur l'Egalité entre individu, le Partage du butin, la mise en Commun des biens et l'abolition de la propriété comme le précise cet extrait : « Le lendemain, tout le monde se rassembla et les trois capitaines proposèrent d'instituer une espèce de gouvernement, comme l'exigeait leur sécurité. Où il n'existe pas de lois coercitives, les plus faibles sont toujours les victimes et tout tend nécessairement à la confusion. Les hommes sont les jouets de passions qui leur cachent la justice et les rendent toujours partiaux en faveur de leurs intérêts : il leur fallait soumettre les conflits possibles à des personnes calmes et indépendantes capables d'examiner avec sang-froid et de juger selon la raison et l'équité ; ils avaient en vue un régime Démocratique : quand le Peuple édicte et juge à la fois ses propres lois, on a affaire au régime le plus convenable. En conséquence, ils demandaient aux hommes de se répartir par dix et d'élire, par groupe, un représentant à l'assemblée constituante chargée de voter des lois saines dans l'intérêt public ; le trésor et le bétail qu'ils détenaient devaient être équitablement répartis et les terres annexées dorénavant seraient tenues pour propriété inaliénable, sinon aux clauses et conditions d'une vente ».

• E : Ah ouais, c'est du pur Utopien avant l'heure !

• M : Autre façon de faire, celle des kibboutz juifs, parfaite démonstration qu'on peut vivre Libre sans se couper du monde et bénéficier de ses bienfaits. Les kibboutzim (en hébreu, « assemblée » ou « ensemble ») sont des communautés de volontaires, localisées dans tout Israël, dans lesquelles vivent des gens venus de tous les pays, souvent issus de la diaspora juive. Il y a un siècle environ, un petit groupe de jeunes immigrants juifs originaires d'Europe de l'Est, mus par les idéaux sioniste et socialiste, fondaient sur les rives du lac de Tibériade la première kvoutza (groupe en hébreu, groupement auquel fut ultérieurement donné le nom de kibboutz, communauté basée sur l'adhésion à un même mode de vie rural). Ils appelèrent ce kibboutz Degania, qui est depuis considéré comme la mère des kibboutzim. Leur kvoutza, ils la voulaient cohérente et Egalitaire, fondée sur la propriété Collective des moyens de production et de consommation. Un cadre de vie où tous les membres prenaient les décisions de concert et à la majorité, et se Partageaient équitablement Droits et Devoirs.

• E : C'est vrai qu'ils ont fait fort sur ce coup là. Mais ils ne sont pas partis en couille comme tant d'autres ?

• M : Non. En dépit de ses revers économiques et du déclin de ses grands idéaux, l'institution du kibboutz demeure, de nos jours encore, le plus grand mouvement communautaire au monde. A l'heure actuelle, près de 120 000 personnes vivent dans les 269 kibboutzim d'Israël disséminés depuis le plateau du Golan au nord jusqu'à la mer Rouge au sud. Leurs effectifs varient entre moins de 100 membres à plus de 1000 pour certains, la majorité recensant une population de quelques centaines de membres.

• E : Mais ça fonctionne comment, concrètement ?

• M : Physiquement parlant, la plupart des kibboutzim sont conçus sur le même modèle : au centre se déploient les édifices communs tels que réfectoire, auditorium, bureaux et bibliothèque, entourés par des jardins et les maisons de leurs membres ; légèrement décentrés sont les bâtiments et les équipements sportifs ; les champs, vergers et bâtiments industriels enfin se trouvent à la périphérie. Le kibboutz est, par définition : une communauté délibérément formée par ses membres, à vocation essentiellement agricole, où il n'existe pas de propriété privée et qui est censée pourvoir à tous les besoins de ses membres et de leurs familles. Ensuite, c'est une unité de peuplement dont les membres sont organisés en Collectivité sur la base de la propriété commune des biens, préconisant le travail individuel, l'Egalité entre tous et la Coopération de tous les membres dans tous les domaines de la production, de la consommation et de l'éducation. Sa principale force vient de l'engagement individuel de tous les membres. Les facteurs de la dimension et du profil économique jouent également dans la comparaison. L'esprit d'entreprise Collectif compte pour beaucoup, contribue à la création et à la maturation de Communautés qui réussissent sur le marché Libre.

• E : Tout ça c'est des bons débuts, mais il y a l'exemple qui tue : la Suisse ! Eux ça fait un bout de temps que ça dure et y a pas plus stable et prospère comme pays !!!

• M : Certes, j'allais y venir, t'inquiètes. On ne peut pas parler des systèmes pré-Utopiens sans louer le fonctionnement suisse qui nous a beaucoup appris et aidé au début ! La Suisse s'est formée au cours du temps grâce à la formation de réseau d'alliances, de pactes qui, au départ, avaient davantage un but de défense commune et de sécurité intérieure. Ces accords englobèrent de plus en plus de cantons suisses et de plus en plus de domaines au cours du temps. Selon le principe de « un pour tous, tous pour un » (qui est encore aujourd'hui la devise nationale suisse), les cantons commencèrent à traiter ensemble les accords avec de grande nations européennes. Cependant, les différents cantons présents étaient totalement souverains et il n'existait pas d'organe supra-étatique. Avec le temps, les Communes se sont regroupées en cantons qui se sont eux-mêmes réunis en une Confédération. L'adoption par la Suisse du système Fédéraliste changea profondément le fonctionnement des cantons. Leur souveraineté repose sur le principe que tout ce qui n'est pas du ressort de la Confédération est du ressort des cantons. Les cantons sont Autonomes constitutionnellement (chacun ayant sa propre constitution), aussi bien du point de vue législatif, judiciaire et fiscal qu'administratif. Toutefois, il leur est interdit d'adopter une forme de constitution qui ne correspondrait pas aux règles de la Démocratie, à savoir qu'elle doit être accepté par le Peuple et qu'il existe une possibilité de la modifier si le corps électoral du canton le demande. Enfin, au dernier niveau (mais premier, de base, de la pyramide helvète inversée), toutes les Communes suisses ne jouissent pas des mêmes compétences ou de la même Autonomie du fait du système Fédéral suisse. Les cantons possédant, en effet, une totale souveraineté dans ce domaine, ils sont Libres de désigner les tâches et le niveau de Liberté qu'ils souhaitent soit dans leur constitution cantonale ou alors directement dans les lois cantonale.

• E : Ca m'a toujours fait rêver autant qu'halluciner de voir ce genre de système si exemplaire ne pas être appliqué ailleurs, notamment dans nos républiques dites modernes, mais si éloignées de vraies Démocraties comme peut l'être l'helvète. Mais c'est pas trop le désordre en étant organisé comme ça (désolé c'est une question idiote, sachant que la Suisse est le paradis de l'ordre, mais juste) ?

• M : Non, mais tu as bien raison de poser ce genre de question. Le Conseil fédéral fonctionne selon le principe de collégialité, ce qui signifie que les décisions sont prises le plus possible par consensus. Si tel n'est pas le cas, un vote a lieu parmi les 7 conseillers Fédéraux. Selon ce principe, ceux qui s'opposent à une mesure qui est adoptée par le collège doivent tout de même défendre le projet au nom de celui-ci. Le Conseil Fédéral doit également représenter équitablement les diverses régions et communautés linguistiques. La Suisse est davantage une démocratie de concordance, voire de consociationalisme : contrairement à un système qui prend uniquement ces décisions sur le principe de la majorité, la Suisse favorise d'avantage le système du consensus et la recherche de solution à l'amiable entre les différents grands partis politiques.

• E : Exactement ce qu'on arrivait jamais à faire en France, chaque parti venant avec ses solutions toutes faîtes, souvent plus idéologiques (positionnement de principe) que clairement pratiques et surtout pragmatiques.

• M : C'est justement une autre force du système suisse : il n'y a pas de pro de la politique. On peut définir le système de milice (mais pas connotée comme en France) comme « la prise en charge bénévole, extraprofessionnelle et honorifique d'une charge ou d'une fonction publique, peu ou pas dédommagée ». Il convient donc de noter que les députés Fédéraux n'exercent pas leur mandat comme une activité professionnelle. A ce titre, ils ne perçoivent pas un salaire mais une indemnité pour leur présence et ils ont à leur disposition, sans frais, l'accès aux transports publics. En terme d'avantage, les arguments cités en faveur du système de milice sont l'absence de forme de caste politique, le lien direct avec la population et des politiciens aux horizons professionnels divers. On peut aussi noter le faible coût d'un tel système qui représente environ 0,2% des dépenses de la Confédération mais qui est des plus efficaces car ce sont « de vrais gens » qui savent de quoi ils parlent qui co-gèrent, avec les Citoyens, le pays.

• E : C'est énorme ça quand même ! Et après, comment se répartissent et se jouent les rôles à chaque niveau ?

• M : La politique suisse se subdivise en une politique Fédérale, une politique cantonale (régionale) et une politique Communale. Successivement au cours du temps, les cantons transférèrent la gestion de la monnaie, des timbres, de l'armée ou encore la législation pénale et civile au pouvoir Fédéral. Cette sédation d'une partie des tâches cantonales (parce qu'ils le voulaient bien, non par obligation de centralisation imposée par qui que ce soit) avait pour objectif une uniformisation des normes au sein du pays mais aussi une réponse au développement économique au niveau national. Pour autant, un certain (et même grand) nombre de domaines sont gérés uniquement au niveau cantonal comme l'éducation (sauf les universités Fédérales), la gestion des hôpitaux (sauf les hôpitaux Communaux et privés), la construction et l'entretien de la majorité des routes (sauf les autoroutes et routes nationales) et la police (contrairement à l'armée), d'autres charges sociales ou encore le contrôle de la fiscalité. Il en découle que chaque canton possède son propre parlement et leur gouvernement, mais aussi son propre système judiciaire dont les tribunaux statuent, en règle générale, dans tous les domaines.

• E : Mais y a pas de risque d'émiettement de la prise de décision avec ce genre de système, car aucune structure ne peut fonctionner correctement si elle seule, isolée comme une île au milieu d'un océan plus ou moins Pacifique ?

• M : Certes, surtout que l'Union fait la Force ! Au fils du temps l'apparition de tâches de plus en plus complexes (qui exigent de nouveaux moyens financiers) a poussé plusieurs communes, dès les années 1990, à se restructurer ou fusionner par mesure d'économie. Certains cantons ou régions sont regroupés dans des espaces (Espace Mitteland, Espace BEJUNE, etc.) qui leur permettent de défendre des intérêts communs, et notamment économique; mais ces espaces ne sont pas des entités politiques en tant que telles. Si au départ les Communes n'avaient pour rôle uniquement la gestion des biens communaux et un devoir d'assistance publique, la société moderne exigea de leur part d'avantage de préoccupations qui ont forcément un coût (gestion de la population, approvisionnement de l'eau, loisir et gestion des déchets entre autre). Les principales solutions choisies ont été le partage des tâches entre les Communes voisines ou éventuellement faire appel à des entreprises privées. Environs 85% d'entres elles font d'ailleurs partie d'un groupement régional à l'heure actuelle.

• E : Je trouve que c'est vraiment top tous ces fonctionnements clairement Anarchistes. Mais le meilleur reste à venir avec la véritable Participation Citoyenne à la gestion des Cités (la version originale du mot politique).

• M : Bien sûr j'ai gardé le meilleur pour la fin, histoire de ne pas rester sur sa faim, héhé ! La Démocratie Participative permet au Peuple de choisir ses élus aux différents conseils (Commune, Cantons et Confédération) et donne également la possibilité de donner son avis sur les textes législatifs ou constitutionnels décidés par ces conseils ou d'en proposer selon une réglementation précise. Une particularité de la Démocratie suisse est que le Peuple (tout Citoyen suisse majeur et capable de discernement) garde en permanence un contrôle sur ses élus en intervenant directement dans la prise de décision, car la Suisse est une Démocratie que l'on peut qualifier de Directe ou semi-directe, dans le sens où elle a des éléments d'une Démocratie représentative (élection des membres des parlements ainsi que des exécutifs cantonaux) et d'une Démocratie Directe. En effet, en Suisse, le corps électoral dispose de 2 instruments qui lui permettent d'agir sur un acte décidé par l'État : il s'agit du référendum, qui peut être facultatif ou obligatoire, et de l'initiative populaire qui est le droit d'une fraction du corps électoral de déclencher une procédure permettant l'adoption, la révision, ou l'abrogation d'une disposition constitutionnelle ou légale.

• E : Malheureusement, on nous disait que ce qui est possible et effectif en Suisse depuis bien longtemps, était impossible ailleurs, avec de fausses excuses de taille du pays et de culture politique. Mais la culture ça s'apprend et ça s'approprie par la pratique ! Et pour la taille du pays, faut arrêter de déconner : c'est sûrement plus facile d'organiser des référendums ou des initiatives populaires dans un « petit » pays (par la taille), mais avec l'informatique et Internet il n'y a rien de plus simple !!!

• M : Bien sûr. Et même si on voyait mal les Français se déplacer trop souvent pour s'exprimer (mais surtout parce que les questions exceptionnellement posées appelaient des réponses assez évidentes et « massives », l'abstention étant dans ce cas la réponse à la non-consultation Citoyenne sur des sujets importants, où l'on ne demande jamais l'avis du Peuple !), il suffisait tout simplement de faire une opération tout les x, mais en posant toute une série de question pour faire le point. Sinon, c'est aussi con que de convoquer une assemblée je ne sais combien de fois, tout simplement parce que rien n'est structuré et qu'on oublie tel ou tel point qui nécessite la présence du plus grand nombre.

• E : Y a pas à dire en tout cas, la Suisse c'est clairement l'autre pays de la Démocratie ! D'autant plus que leurs idées reposent sur deux piliers qui au premier abord semblent contradictoires : un système politique libéral, favorisant les Libertés aussi bien Individuelles qu'économiques, et un système de solidarité pour une intégration de tous les Citoyens, issus de tous les courants politiques et sociaux, au sein de la Communauté. Ces deux principes constituent toujours à l'heure actuelle une base importante de la Suisse et un facteur de stabilité et de cohésion intérieure.

• M : Tout ce que la France a toujours prôné dans les textes, sans jamais avoir osé le mettre en pratique. Exactement le contraire de ce qu'Utopia a eu le courage de faire, suivie en cela par de nombreux pays !!!

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21 janvier 2005 5 21 /01 /janvier /2005 21:26

Développement durable
Télécharger le fichier : 13-Utopia, je crois que ça va être possible


• M : Nous avons ainsi mené de gros projets, plus rapidement et efficacement qu’avec toute une bureaucratie tatillonne (mais seulement quand il ne faut pas). On a même mis le gros du transport de marchandise sur des wagons qui allaient au plus profond des vallées montagneuses, pour délester les tronçons routiers (même les voitures sont capables de rouler à présent sur ces rails pour ne pas s’embêter sur les routes dangereuses ou des trajets trop longs).

• E : Ahhh, enfin le ferroutage !!!

• M : Beh oui, encore une fois, ni l’état ni les services publics ne faisaient leur boulot ! On a tapé un grand coup dans la fourmilière et maintenant tout roule comme sur des rails ! Alors que les Suisses pratiquaient le ferroutage depuis des décennies, la France se tâtait encore, même après le drame de l’incendie du tunnel du Mont Blanc et l’asphyxie de la vallée de la Maurienne qui suivit la fermeture du tunnel pour travaux. Tous ces camions polluants et dangereux sur les routes, ça ne pouvait plus durer ! D’autant plus que ce n’était pas une vie non plus pour les routiers. A présent, ils mettent leur remorque sur le train, puis un autre camionneur récupère la marchandise en bout de course, chacun rentrant dans sa petite famille le soir, sans être énervé de s’être tapé des centaines de kilomètres dans la journée ou des milliers dans le mois.

• E : Ce qui est bon pour tout le monde : le conducteur, sa famille et les gens qu’il pouvait croiser sur sa route (le stress et la fatigue au volant sont de grands facteurs d’accident).

• M : Mais, au-delà de ça, c’est sûr que nous avons complètement changé notre façon de vivre, de toute manière il le fallait si on voulait continuer à vivre un tant soit peu correctement sur notre si belle planète bleue.

• E : J’imagine que ça n’a pas été si évident de bouleverser ces mauvaises habitudes ?

• M : C’est clair qu’il a fallu faire preuve de beaucoup de pédagogie, et sur le long terme. Malheureusement, il est bien plus facile de se laisser aller et de ne pas prêter attention à son environnement, et même sans faire exprès. Mais aussi, et surtout, il faut montrer l’exemple en mettant les moyens qu’il faut.

• E : Je me rappelle, aux Indes, il y avait de grands panneaux appelant au Civisme pour « garder » la ville propre. Mais le problème c’est qu’il y avait une poubelle tout les kilomètres, forcément, les gens vont pas se faire chier, donc ils balançaient tout directement dans la rue. Même que dans les trains, tout le monde jetait son gobelet vide de tchaé par la fenêtre ; il fallait vraiment le vouloir pour garder son verre avec soi pour partir à la recherche d’une poubelle.

• M : Ici c’était un peu pareil, sûrement en moins grave quand même. Mais du coup on a mis des poubelles et des cendriers un peu partout, en plus ça nous a permis d’employer plus de gens à des choses utiles plutôt qu’à nettoyer les inadvertances salopantes des autres.

• E : Bonne initiative !

• M : Et forcément en parallèle on a dû expliquer aux gens que ce n’était pas pour les embêter qu’on les incitait fortement à ne rien jeter par terre, mais plutôt d’une pour que ça reste propre et de deux pour employer les balayeurs à d’autres choses, plus utiles pour tout le monde. Expliquer comme ça et avec les moyens qui suivaient, les rues sont devenues très vite plus longtemps propres. Idem pour les objets encombrants et polluants : la Collectivité a mis en place des tournées de camions-bennes pour éviter que les gens ne s’en débarrassent n’importe où. Pareil pour les coopératives et autres groupements ; enfin tout ce qui n’était pas fait car trop cher, maintenant qu’il n’y avait plus d’argent mais que des heures de Participation, tout ceci était d’autant plus facile et effectué par tous. Ça n’avait jamais fait plaisir à quiconque de polluer, mais c’est gratuit (pour soi, pas pour l’environnement) et peu contraignant (sauf qu’à présent il y avait des ramassages à la demande, donc il n’y avait plus d’excuse, même si avant non plus).

• E : Même si ce n’est jamais que répondre au mal, et pas y remédier !

• M : Ça c’est clair, c’est pour ça que le plus gros effort que nous avons du faire fut d’économiser, tout et partout. Le « bon vieux temps » du tout à profusion où l’on gaspillait parce qu’on pouvait se le permettre, heureusement pour notre planète, était bel et bien passé (sinon nous aurions continué comme des cons, l’Humain ne s’adaptant malheureusement que lorsqu’il est au pied du mur et qu’il n’a plus le choix). Les Utopiens réagirent fortement devant notre Environnement, et donc notre civilisation, qui se détériorait, ne laissant plus de place (car nous n’avions plus le temps) aux belles promesses, qui ne restaient que paroles et paroles. Il fallait frapper fort et vite, réveiller les mentalités et clairement faire comprendre aux gens que le Respect et l’utilisation avec parcimonie des ressources naturelles étaient une obligation vitale (où alors il fallait de suite préparer des navettes pour Mars).

• E : De toute façon il n’y avait plus trente-six solutions, vu que le pétrole devenait plus rare (car moins facile d’accès puis plus difficile à raffiner) donc plus cher !

• M : Malheureusement, comme d’habitude, nos politiques ne prirent pas suffisamment en considération les alertes répétées des experts de tout crin. Disons plutôt qu’ils entendaient très bien les critiques et conseils, mais ne les écoutaient qu’à moitié. Il faut dire que toute notre civilisation moderne était quasi exclusivement basée sur le pétrole. Même si après la grave crise pétrolière des années 1970 (parce que les prix étaient jugés trop bas, les producteurs de pétrole – OPEP – fermèrent les robinets jusqu’à ce que les riches occidentaux acceptent de revoir les tarifs à la hausse, justifiée car avant les prix étaient anormalement trop serrés – chez les producteurs, comme d’habitude jamais chez les distributeurs) les occidentaux investirent beaucoup dans des énergies complémentaires, telles le nucléaire ou de nouvelles usines à charbon ou gaz, plus performantes. Alors que depuis plus d’un siècle les économies occidentales étaient financées et soutenues par un pétrole à bon marché, avec le développement de la Russie, de la Chine et des Indes, la consommation s’envola à une époque où le prix du baril (vu les capacités d’extraction) devenait déjà élevé. Il fallait donc impérativement changer de politique énergétique ; même les compagnies pétrolières le comprirent relativement tôt, elles qui étaient plus riches que les états Africains qu’elles exploitaient. Ces entreprises développèrent donc des énergies alternatives à leur propre revenu principal, car le pétrole devenait trop cher, même pour les actionnaires (voulant des bénéfices conséquents, donc limitèrent les investissements ainsi que la recherche & développement, nécessairement colossaux et à retour sur le très long terme).

• E : Mais ça suffisait les énergies renouvelables pour alimenter tout le monde ?

• M : Le premier truc ça déjà été de changer toutes les ampoules et appareils consommant trop, ce qui nous a permis de diminuer de 25% nos dépenses énergétiques. Puis de bien expliquer aux gens que plus ils faisaient gaffe aux fuites ou consommations inutiles, moins ils Participeraient (car moins de pétrole à acheter à l’extérieur égale moins de valeurs à produire – donc d’heures Participées – pour échanger contre du carburant fossile) et plus ils auraient d’échanges possibles (car nous revendrions plus de notre énergie nucléaire, pour obtenir plus de produits ou services payés par cela, donc encore une fois moins Participer en extériorisant certaines activités, autofinancées par nos économies revendues).

• E : C’est sûr que si vous jouez sur la corde sensible de la Participation, réduite par économie et cofinancée par les surplus, les gens se presseront pour consommer moins (mais mieux) afin de Participer moins (n’oublions jamais que l’Humain est une feignasse par nature mais que c’est son environnement et ses contraintes vitales qui le forcent à se dépasser).

• M : Et ça a marché pleins gaz, si je puis dire ! Ensuite, on a installé des panneaux photovoltaïques sur toute la surface de tous les toits (sans exception, cela donnant une superficie de captage solaire énorme), le tout mit en réseau, afin que ceux qui ne consomment pas alimentent les autres. Nous avons également installé dans chaque village des réservoirs de collecte des eaux de pluies (acheminées par toutes les gouttières et systèmes de récupération possibles, pour éviter de trop puiser dans les nappes phréatiques), certaines réserves étant réchauffées par la chaleur du soleil (l’eau sous pression est portée à moyenne température par des rayons solaires concentrés), d’autres par l’envoi d’eau dans des strates souterraines chaudes (géothermie). Nous avons tout simplement appris à ne pas arracher à la nature, mais plutôt à prendre ce qu’elle nous donnait (car comme une plante, ce qu’on arrache ne repousse pas, à contrario de ce que l’on prélève sans trop de dommage).

• E : Belles mentalités !!! Il a malheureusement fallu qu’on en arrive à des extrêmes pour que l’Humain prenne conscience de ses fautes et de ses dégradations volontairement stupides envers sa Terre-Mère nourricière.

• M : Eh ouais, ainsi en est allée l’Humanité, mais heureusement, il n’y a que les imbéciles (ou les téméraires, « courageux » au déraisonnable) qui ne changent pas d’avis. Alors que nos gouvernants laissaient faire pour ne pas déstabiliser les marchés économiques (alors que la planète agonisait) dépendant du pétrole (automobile, transports, industries, …), les Utopiens relevèrent le pari (à réussite obligatoire pour la survie de l’Humanité) d’inverser les us et coutumes au profit d’une Civilisation Durable, Propre et Respectueuse (tant des besoins fondamentaux de tous et tout, que des implications environnementales).

• E : Hydrogène et éoliennes devinrent ainsi les deux mamelles d’Utopia ?

• M : Haha ! Oui on peut dire ça comme ça ! L’électricité était vraiment le moteur de notre société, depuis son avènement en 1878 par l’entrepreneur Américain Thomas Edison (mais découverte dès 1800 par l’Italien Volta). De nombreux « moulins à vent » (éoliennes aussi fréquentes mais moins bruyantes et plus efficaces que ses ancêtres) furent installés dans les couloirs venteux. On construisit également des fermes d’éoliennes off-shore en mer, moins dérangeantes pour le paysage et à rendement plus élevé car le vent faiblit rarement au large des terres. Sous les promontoires rocheux sur lesquels furent installés les aérogénérateurs, on établit des turbines, actionnées par les courants créés par cet obstacle artificiel. Nous fîmes de même à l’embouchure des fleuves et aux points à forts courants, des hélices actionnant un générateur, comme c’était déjà le cas depuis plus de trente ans à l’usine marée motrice de la Rance (mais cette expérience n’avait pas été plus développée que ça, ailleurs). On développa également le concept de four solaire mit en place dans les Pyrénées-Orientales à Odeillon. De grandes colonnes furent érigées, recouvertes de cellules photovoltaïques miroirs, des panneaux identiques captant les rayons solaires et les concentrant pour réchauffer de l’eau circulant dans des tuyaux. La vapeur ainsi produite par de hautes températures actionne alors une turbine (comme dans le nucléaire où des chocs d’atomes produisent de la chaleur réchauffant de l’eau passant dans un tuyau, la vapeur ainsi obtenue devenant motrice – procédé connu des Grecs pour ouvrir de lourdes portes de temples et redécouvert par Denis Papin en 1679) qui produit de l’électricité. L’avantage de cette méthode est que l’eau reste assez chaude pour faire de la vapeur même la nuit (toute proportion gardée) et que les panneaux photovoltaïques miroirs convertissent l’énergie solaire en électricité en même temps qu’ils réchauffent l’eau pour en faire de la vapeur.

• E : Dans le Sud ils doivent être contents les gens puisqu’ils cumulent souvent soleil et vents, mais dans le Nord ils doivent faire la gueule.

• M : Figure toi qu’on a même inventé des machines pour convertir la chute de la pluie en force motrice. Il suffisait de mettre une hélice couplée à une turbine à la fin de chaque gouttière et autres récupérateurs de pluie. Quand celle-ci tombe, elle est canalisée puis accélérée par des tuyaux collecteurs étroits, ce qui lui donne une grande force pour actionner l’hélice, ce qui engendre donc beaucoup d’énergie. Mais, mis à part ça, on a surtout revu de fond en comble le système de redistribution de l’électricité. Alors qu’avant le réseau partait des quelques centrales disséminées sur le territoire, à présent chaque source de production est interconnectée avec un maillage extrafin des lieux de consommation. Chaque éolienne, toutes les sortes de turbines à courant (vapeur, mouvement, …), bref tout ce qui produit de l’électricité fut raccordé à l’ensemble des consommateurs. Ainsi, tout le monde, partout et tout le temps, produit un peu d’énergie, le réseau se chargeant d’équilibrer les demandes et les capacités offertes.

• E : C’est la Mutualité dans toute sa splendeur ton truc ! Dès qu’il y en a qui peuvent produire de l’énergie pour les autres ils le font, et sinon ils viennent taxer chez ceux qui en ont en trop, en superflu !

• M : Exactement, comme il aurait dû en être de la monnaie depuis longtemps : la juste répartition des richesses, produites Collectivement, doit être redistribuées entre ceux qui sont repus et ceux qui crèvent la gueule ouverte ; mais il a fallu attendre Utopia pour que l’on revienne à ce mode de vie, disparu depuis seulement 5000 ans (avec l’avènement de l’agriculture puis de la propriété privée et donc des chefs autoritaires). Mais oublions les moutons de la servitude volontaire (Etienne de la Boétie, 1547) pour revenir aux nôtres : au fur et à mesure que les idées Utopiennes prenaient pieds dans les autres pays, des Partenariats énergétiques furent conclus. Il s’agissait de mettre en relation toutes les sources de production (geysers en Islande, fermes éoliennes en Mer du Nord, courants marins de la Manche, tour à vapeur en Espagne, …) avec tous les lieux de consommation. Nous avons même développé à grande échelle des usines de biométhanisation proche des agglomérations (pour limiter les pertes), ce qui permit de produire de la chaleur (pour moins consommer de charbon, gaz et pétrole) à partir de la dégradation de certains déchets organiques (le méthane, gaz hautement inflammable, est le résultat du pourrissement – d’où les feux follets, flamme bleue, au-dessus des tombes). Ici, rien ne se perd, tout se transforme ! (normalement rien ne se créé non plus selon Lavoisier)

• E : Et avec tout ça vous avez enfin pu arrêter ces usines bio-hasardeuses à pollution millénaire que sont les centrales nucléaires ?

• M : Celles à fission, les anciennes, oui ! Le grand truc c’est qu’au fur et à mesure des choix de civilisation des Utopiens, de nombreuses usines polluantes et très consommatrices d’énergies (tant Humaines que motrices) furent fermées (pour employer les gens à des choses plus utiles et moins nocives pour tous et l’Environnement en premier), et d’autres sites surproduisant au-delà du nécessaire furent ramenés à des niveaux de production en rapport aux besoins réels. Ainsi, grâce à nos efforts d’économie d’énergie et de rationalisation de nos besoins à produire, nous avons diminué de 50% notre consommation ; alors qu’en même temps, grâce à la Mutualisation des ressources et à l’exploitation intensive des énergies renouvelables (quelles et où qu’elles soient) nous augmentions notre production d’énergie de 50%. Résultat : en à peine 10 ans nous n’avons plus eu besoin des centrales nucléaires à fission, donc nous les avons démantelées petit à petit (ça prend du temps à faire avec cette saloperie, pire et plus difficile qu’avec l’amiante, c’est pour dire).

• E : Alléluia, il était temps !

• M : Bah oui, surtout que les benêts de l’autre monde décidèrent de lancer une nouvelle génération de centrale nucléaire, à réacteur à eau pressurisée, qui limite les déchets mais qui sont du coup de plus en plus ultimes, donc parfaitement intraitables. Encore une fois, les intérêts particuliers de la nation passaient avant le Bien-Vivre Général, puisqu’une centrale coûte plus cher à construire et entretenir que des parcs éoliens de même puissance, donc cela enrichit le monopole Areva (leader mondial du nucléaire civil grâce à l’argent des contribuables).

• E : Mais justement, le problème était bien qu’il n’y avait pas assez d’éoliennes !

• M : C’est le moins qu’on puisse dire !! Alors que dans les pays Nordiques les aérogénérateurs représentaient déjà 20% de la production (le reste étant produit grâce au charbon, au gaz, … ou au nucléaire français), comme d’habitude la France se traînait comme une vieille fille effarouchée par cette technologie « obscure », en fait de simples moulins à vent modernes, en ronchonnant – sacrés Français – là où cela ne gênait que quelques uns, au détriment de tous. Cela ne changerait pas leur vie (alors qu’ils toucheraient une partie des bénéfices engendrés) mais permettrait de s’éclairer proprement sans laisser aux générations futures de sérieux problèmes de gestion des déchets hautement réactifs durant des millénaires (alors même que les éoliennes sont démontables facilement). Cette opposition au Progrès (le vrai, réellement nécessaire, et pas gadget) évitait aussi de se poser la vraie question de choix de civilisation : soit on accepte tout et surtout n’importe quoi (en termes Environnementaux tout autant qu’Humains) pour supporter tant bien que mal un développement effréné laissant pas mal de monde sur le carreau ; soit on diminue nos exigences en se recentrant sur l’essentiel et en rationalisant nos consommations et productions. C’est toujours la même histoire : remplacer le besoin par l’envie (comme le disais déjà le chanteur Daniel Balavoine en 1984), il fallait pour le bien de notre Terre et donc de l’Humanité canaliser ces envies folles de tout (produire de tout, plus, toujours plus) et se contenter de ses besoins (non pas primaires, mais raisonnables, en fonction des contraintes sur soi, les autres et l’Environnement).

• E : Un peu comme pour les bagnoles : elles marchaient très bien à l’électricité, rechargée la nuit ou vite fait, avaient une autonomie suffisante et étaient vite rentabiliser vu le prix du kilowatt comparé au pétrole. Mais non ! La vente des diesels explosa car le carburant était moins taxé (soi-disant par rapport aux camionneurs, alors qu’il suffisait de faire des pompes réservées aux professionnels) alors que les voitures électriques ne servaient presque qu’aux Municipalités. Encore une fois l’état montrait bien son peu de volonté politique à développer dans le bon sens notre société.

• M : Heureusement, dès que l’état fut remplacé par les Citoyens en vote, toutes les alternatives furent réellement promues, comme le faisaient de nombreuses associations, comme toujours palliant les rémanentes carences de l’état (délaissées à plus tard ou aux autres). Vu que trop peu de gens influents bougeaient concrètement, l’industrie automobile ne se précipita pas non plus pour développer notamment la voiture à hydrogène. Et les rares qui s’activaient pour sauver l’Humanité de l’asphyxie le faisaient en bricolant dans leur garage ou en bataillant ferme avec leur banquier pour avoir les fonds suffisants (malheureusement on ne prête qu’aux riches, pas ou peu aux ingénieux – qui eux en ont plus besoin) pour partir à la conquête de ce marché pour une fois salvateur mais verrouillé par l’oligopole des fabricants (à petite bite d’innovation environnementale) de grosses ouatures polluantes.

• E : Ouais, c’est comme le gars, un ancien ingénieur en Formule 1, qui avait développé une voiture fonctionnant à l’air comprimé. C’était de la balle son truc, mais il a galéré et on n’a plus entendu parler de lui, sûrement ruiné et blasé / broyé par le système (notamment politique qui promet beaucoup – comme pour les aides à l’innovation – mais ne fait rien ou si peu de choses comparé aux besoins urgentissimes). Mais heureusement, ta voiture m’a montré qu’elle fonctionnait très bien à l’hydrogène !

• M : Et au soleil !!! Parce que toute la coque est en fibres légères (moins de poids égale moins de consommation) parsemées de cellules photovoltaïques : ainsi quand elle prend le soleil (ou même les nuages, ça marche pareil) elle se recharge et consomme moins d’hydrogène (qui lui est produit en centrale par électrolyse de l’eau – fort courant électrique séparant l’hydrogène de l’oxygène – ce qui nécessite pas mal d’énergie).

• E : Ça c’était aussi un gros problème, de notre temps (et oui, c’est des vieux qui parlent) : l’hydrogène c’est bien beau, mais il ne se produit pas tout seul, ça suce un max pour en obtenir quelques litres de l’eau!

• M : Oui, mais non seulement en combinant les deux énergies (solaire et hydrogène) on en consommait moins, mais surtout la science est venue à notre secours. A peine avions nous drastiquement baissé nos besoins en carburants (préservant le pétrole, extra cher, pour les transports non convertibles tels que l’aviation ou la navigation – voyant mal comment produire assez d’hydrogène pour supporter tous les types de transport), que la fusion nucléaire nous ouvrit des perspectives lumineuses et infinies !

• E : Hein ? C-à-d. ?

• M : C’est-à-dire que cette technologie permet de produire de l’électricité à l’infini, sans déchet (car on fusionne des molécules pour créer un atome de, substance neutre) et à pas trop cher. En même temps, nous avons perfectionné la machine de Nicolas Tesla qui permet d’obtenir, en faisant passer un faible courant électrique (par exemple via une turbine sur une rivière) dans un champs magnétique intense, un éclair de centaines de milliers de Volts. Du coup, nous avons pu séparer autant d’hydrogène que nécessaire, même pour les transports lourds. En effet, ceux-ci étaient dorénavant équipés de moteurs électriques (électrothermiques, ioniques, plasmiques).

• E : Mais au-delà de la réalité, les gens dans tout ça ?

• M : Beaucoup ont quittés les villes saturées (et désormais moins pourvue en occupation, car nombres étaient futiles ou dupliquées inutilement) pour prendre l’air, loin du stress de l’autre monde, parmi les moult néoruraux et autres rurbains (ruraux, urbains d’origine) ayant quittés le Titanic (le néolibéralisme, officiellement « incoulable ») dès les premières voies d’eau. Cela permit à la France de mieux respirer, sa population étant mieux réparties, les campagnes se revitalisant, les espaces naturels revivant grâce aux troupeaux pour tondre les prairies et au retour des Humains pour entretenir les forêts (bois en complément pour le chauffage). Nous avons beaucoup écouté les anciens pour savoir comment ils géraient l’Environnement, auparavant que n’apparaissent les grosses industries des villes, gourmandes en main d’œuvre. Du coup, nous avons vite rétabli un équilibre correct, tant pour les Humains que pour les biosystèmes dont nous faisons partie.

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