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T'es qui là ???

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21 janvier 2005 5 21 /01 /janvier /2005 21:17

13 - Utopia, je crois que ça va être possible
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• Esperanta : Maintenant que j'ai vu comment le Grand Soir avait débouché en l'espace d'un an sur une civilisation complètement différente, j'aimerai bien que tu me montres concrètement comment fonctionne Utopia aujourd'hui, avec 50 ans d'expériences qui feront toujours la différence.


• Moa : Avec grand plaisir ! Si ça te branche, je peux te présenter ça de manière didactique en prenant l'exemple d'une vie qui se crée et qui évolue dans ce nouveau monde.


• E : Ouais carrément !


• M : Bon. Alors il était une fois deux personnes qui, à la recherche de charmante compagnie, s'étaient équipées en accessoire de leur carte personnelle d'un dispositif de détection de complémentarité.

• E : Vas-y !, c'est quoi encore ce truc ?

• M : En fait, chacun a donc sa carte personnelle avec son site perso (où on renseigne ses expériences professionnelles, ses capacités et ses envies par rapport à la Participation) et a ensuite la possibilité d'y ajouter tout ce dont il a envie, en précisant qui peut accéder à ces données annexes. En plus de ça, tu peux y greffer un accessoire qui permet de communiquer, selon des critères de partage d'informations clairement définis par le possesseur, ton profil à une autre personne répondant à tes desideratas.

• E : C'est une bonne solution pour court-circuiter l'individualisme pesant qui faisait que les gens se voyaient mais ne se rencontraient pas.

• M : Oui, enfin ça le problème s'est réglé assez rapidement puisque les gens ont compris qu'il ne fallait pas avoir peur des autres. Même si cela n'a pas été si facile pour les proto-Emancipés car depuis leur plus tendre enfance on leur avait bourré le crâne en disant qu'il ne fallait pas parler aux étrangers et aux gens qu'il ne connaissait pas. Aujourd'hui on applique plutôt la règle de la confiance par défaut, sans pour autant oublier toute prudence non plus !

• E : C'est vrai qu'à notre époque beaucoup de personnes étaient comme des zombies où il fallait batailler ferme pour attirer leur attention ou leur arracher un sourire ou de l'aide.

• M : Et oui, c'était le mauvais vieux temps. Pour reprendre le cours de mon histoire, les dispositifs de ces deux personnes signalent discrètement à chacune d'entre elles que l'autre peut potentiellement l'intéresser. L'une d'elle fait alors la démarche de rentrer en contact avec l'autre. Ils boivent un verre, rigolent, discutent sérieusement en échangeant leurs points de vue, se content Fleurette [prénom d'une jeune fille rencontré par Henri IV lors d'un tournoi de tir à l'arc : à court de cible d'orange, le duc de Guise se saisit d'une rose qui brillait au sein d'une des jeunes filles qui assistait au spectacle, et la met en lieu et place de l'orange manquante. Le duc tire le premier, rate la fleur, mais la flèche d'Henri, qui lui succède, atteint son but. Henriot se saisit alors galamment de la fleur par la flèche qui lui sert de tige, et court la rendre à la jolie villageoise, sans la détacher : c'est le coup de foudre ! {dérivé par la suite en anglais sous le mot de flirt}). Bref, ils craquent l'un pour l'autre.

• E : Ah c'est beau l'Amour !

• M : Oui, enfin ne t'emballes non plus, là c'est juste qu'ils se sont mutuellement tapés dans l'œil, ça ne veut pas dire de suite qu'ils vont passer dix ans ensemble. A Utopia, même en Amour (voire encore plus), on prend les choses comme elles viennent pour éviter de se faire du mal en faisant des plans sur la comète.

• E : C'est bien joli tout ça, mais c'est plus facile à dire qu'à faire !

• M : Mais je n'ai pas dit que c'était évident. J'ai juste dit que chacun fait ce qu'il peut pour rester le plus lucide sur les relations avec les autres et attend de voir venir avant de se prononcer. On prend du bon temps et le reste viendra après ou ne viendra pas.

• E : OK. Donc la suite maestro !

• M : Ben je ne vais pas te faire un dessin ! Tu imagines bien ce que peuvent faire deux personnes consentantes qui s'apprécient : elles font du sexe (voire l'amour s'il y a quelque chose de spécial qui passe entre ces deux êtres). Par la suite, soit elles reprennent chacune leur pérégrination, soit elles font un bout de chemin de vie ensemble. Dans ce cas, si elles souhaitent construire un projet à deux et créer de la vie (pas pour elles, pour renforcer leur « union », mais pour donner les meilleures chances à un petit d'humain), ces personnes fusionnent leurs êtres génétiquement parlant. Si il s'agit de personnes du même sexe, elles peuvent faire appel à une banque du sperme pour des lesbiennes ou à une mère porteuse pour les homoandrosexuels (homosexuel étant pour deux êtres du même sexe, homoandrosexuel signifiant « personne du même sexe qui a des relations sexuelles avec des hommes » car les femmes sont « naturellement » androsexuelles).

• E : Quoi ??? A la limite pour des femmes je peux éventuellement comprendre qu'une se fasse inséminer (même si ça doit pas être évident pour la maigre qui regarde les rondeurs et sautes d'humeurs de sa copine l'engrossée) puisqu'elles ont naturellement l'instinct maternel. Mais deux hommes ?! Beurk, ça me dégoûte !

• M : Chacun son opinion, mais chacun fait ce qu'il veut également !!!

• E : Ouais mais là c'est abusé : déjà s'est honteux qu'une femme loue son ventre et en plus les hommes ne sont pas capables d'élever correctement un gamin !

• M : Ce qu'il ne faut pas entendre ! Tu t'es vu quand t'es réac ?!?! Déjà, vu qu'il n'y a plus d'argent, les femmes qui prêtent leur corps le font par Solidarité pour des homoandrosexuels qu'elles savent sérieux et compétents pour éduquer convenablement un enfant, pour aucune autre raison ! Ensuite, il ne faut pas oublier les expériences de l'Histoire. A l'époque, beaucoup de femmes mourraient de fausse couche ou suite à l'accouchement. A part quelques hommes qui pouvaient se payer des domestiques (donc si ils avaient de l'argent, souvent la femme était très bien suivie et rare étaient les accidents de ce type), les autres devaient assumer leur paternité en travaillant dur pour nourrir leur famille puis s'occuper d'elle le soir venu.

• E : Mouais peut-être au temps du Moyen-Age, mais c'était difficilement envisageable à une époque plus proche.

• M : Bien sûr que non ! Même si trop peu d'hommes avaient la garde de leur enfant (alors que la mère n'est pas automatiquement une bonne éducatrice/protectrice, loin s'en faut, et ce chez tous les autres animaux aussi), il n'était pas rare d'en voir devenir complètement papa-coq/poule devant les beautés d'une petite vie si fragile qui a besoin et compte sur le père (biologique ou non, là n'est pas le problème, seul importe celui qui éduque). Et pour finir là-dessus, malheureusement trop de couples ou d'individus hétéros étant naturellement procréateurs, se montrèrent de mauvais parents en passant leurs nerfs sur leurs enfants ou en les torturant psychologiquement !

• E : D'accord, autant pour moi ! T'es chiant à la longue, t'as toujours raison et moi tort !

• M : Ce n'est pas du tout ça, c'est juste que tu es victime de ton époque et que cette remise à niveau Emancipatrice des complexes judéo-c(h)rétino-musulmans (chez les grecs et autres cultures la pédophilie – aimer les enfants et pas forcément pédosexualité – était une étape obligatoire pour intégrer socialement un homme en devenir) n'est pas instantanée. Et d'abord il faut qu'elle soit voulue, donc c'est en argumentant que je te convaincrais, ou pas. Je ne fais pas de prosélytisme/propagande pour Utopia, mon seul but étant de t'expliquer comment nous percevons les choses, après chacun en fait ce qu'il veut.

• E : Ceci étant dit, alors ça me va ! Je t'en prie, continue ta narration.

• M : Une fois la graine semée, la femme et son/sa compagn(on) participe à des réunions sur le déroulement de la grossesse et partage avec d'autres personnes dans la même situation ses questions, craintes et joies. Jusqu'à l'accouchement, les rencontres se multiplient pour préparer la mère et son/sa partenaire à leur futur rôle de parent (biologique ou non). A partir de la venue au monde, l'enfant et ses tuteurs se rendent régulièrement auprès d'établissements d'accompagnement à la parenté où l'on explique les choses à faire et à ne pas faire, les aspects du développement sur lesquels il faut être attentif ainsi que les différents types de structures pouvant être utiles aux parents et à l'enfant. Durant les deux premières années, les parents peuvent bénéficier de réductions horaires de Participation, d'un congé parental complet pour l'un ou alternativement pour les deux.

• E : Ça c'est une bonne idée, parce que c'est vrai qu'un enfant à besoin souvent de ses parents dans les premières années de vie pour se rassurer dans ce monde nouveau et terrifiant pour un pitchoune.

• M : Et c'est important que les deux parents puissent s'occuper pleinement et sereinement de l'enfant, ce qui n'est pas toujours le cas quand on Participe alors qu'on a salement dormi la veille parce que le gamin fait ses dents ou mange toute les trois heures et ne connaît pas la nuit de sommeil réparatrice.

• E : En plus, vu qu'il n'y a plus d'argent, chaque gamin peut profiter de toutes les opportunités qu'offre Utopia, sans retenue, et avoir tous les jouets qu'il veut.

• M : Bien sûr que oui, ce qui est très bon aussi pour son développement car il peut être (et on fait tout pour) stimulé sensoriellement de pleins de façons différentes. D'ailleurs, mais c'est au Libre choix de chacun, on peut assez vite inscrire son enfant dans une crèche (sans plus aucun problème de places, le bien-être des petits étant la priorité d'Utopia pour assurer sa pérennité et son évolution) où il partagera avec d'autres pitchounes ses émotions et apprendra à vivre en société, avec les possibilités et contraintes que cela suppose.

• E : Ça ne peut que faire du bien à tout le monde, vu qu'à deux ans, les enfants rentrent dans l'âge de la confrontation et du test des limites avec les parents. Si ils sont avec d'autres petits et des gens extérieurs, ils comprendront d'autant plus vite que parents et autres humains sont relativement identiques sur pas mal de points et que les règles de vie en Collectivité ne sont pas là pour embêter mais faire en sorte que tout le monde y trouve son compte et s'épanouisse pleinement, en restant en phase avec les autres.

• M : Tout à fait. En somme, on canalise les énergies pour que chacun puisse s'exprimer et vivre sa vie sereinement, tout en n'oubliant jamais qu'on n'est pas seul sur Terre (ni dans l'univers) et donc qu'on ne peut pas faire tout et n'importe quoi selon son bon vouloir.

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21 janvier 2005 5 21 /01 /janvier /2005 21:05

Planète en ruine, nombreux travaux à effectuer
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• M : Après les réformes politico-économico-sociales, le Respect de Dame Nature fut le principal enjeu d’après Grand Soir. Les gens s’asphyxiant littéralement dans les villes, autant que la pollution industrielle et agricole gangrenaient l’environnement extra-urbain et rural.

• E : Surtout que les états avaient un comportement contradictoire : d'un côté, ils proclamaient que l'efficacité énergétique était une bonne solution à la fois pour l'environnement et pour l'économie ; de l'autre, aucun d'entre eux ne voulait ouvrir la voie et s'engager sérieusement.

• M : Et nous devions réagir vite, avant que la Terre ne soit définitivement trop amochée, alors qu’elle était déjà dans un sale, très sale, état. Surtout, la circulation thermohaline risquait d’être fortement perturbée, ce qui aurait de graves conséquences.

• E : C’est quoi ça, cette circulation machin ?

• M : La circulation thermohaline comment ça marche ? Et bien c’est très simple : tous les océans sont parcourus par un gigantesque courant général. Ce « tapis roulant » démarre près du Labrador, où plongent les eaux froides. Elles sont ensuite entraînées vers l'Antarctique et gagnent l'océan Indien et le Pacifique sud, où elles se réchauffent. Elles refont alors le chemin inverse en surface jusqu'à la mer du Labrador. L'ensemble du processus s'effectue en mille ans. Le Gulf Stream se divise en deux flux de retour. Le premier — qui circule dans le sens des aiguilles d'une montre — est constitué d'un courant de surface chaud, qui descend vers les côtes de l'Afrique de l'Ouest pour revenir ensuite vers l'Amérique centrale. Le second monte vers l'Atlantique nord, s'y refroidit et, ayant ainsi acquis une densité supérieure, plonge pour se transformer en courant profond. Ces eaux profondes retournent quant à elles à leur point de départ en descendant le long des côtes nord-américaines. Le problème était que la première boucle de retour a gagné en intensité alors que la seconde a considérablement perdu.

• E : C’est sûr que c’est très sensibles et fragiles ces courants naturels !

• M : Surtout qu’on observait depuis longtemps d'importants changements de salinité dans l'Atlantique nord et la difficulté qu'avaient les eaux profondes à se former. Cette réduction de la salinité dans l'Atlantique nord était généralement attribuée à l'augmentation des précipitations, à la réduction globale de la banquise et à la fonte des bords de la calotte de glace du Groenland — autant de facteurs liés au réchauffement. Moins salée, l'eau est moins dense : elle tend donc à demeurer en surface et à être moins remplacée par les eaux tièdes provenant du golfe du Mexique. Les implications de ces observations étaient considérables. Les relevés paléoclimatiques montraient que les températures de l'hémisphère Nord pouvaient s'effondrer de plus de 10 ºC en quelques décennies et que ces changements abrupts étaient intimement liés à des interruptions de la circulation océanique.

• E : Ah, mais ce ralentissement pouvait-il contrecarrer, en Europe occidentale, le réchauffement de l'atmosphère ?

• M : C’aurait été la vision « optimiste » de la situation. Une autre approche serait de penser que cela ne changera pas grand-chose à court et moyen terme, mais qu'un refroidissement important de l'hémisphère Nord pourrait survenir au siècle prochain. C’est l’effet de « surprise climatique ». Et puisque la température terrestre moyenne augmente inexorablement, un tel scénario impliquerait un très fort réchauffement de l'hémisphère Sud. Alors que les solutions pour éviter le changement climatique existaient. Il restait « juste » à trouver les responsables politiques qui voulaient, de par le monde, les mettre en œuvre.

• E : D’autant plus que la variété des mesures et des procédés alternatifs était très large. Aucun ne pouvait à lui seul résoudre le problème mais leur conjugaison pouvait le permettre, à condition qu'existe une volonté politique. Elle n'était pas ou peu présente. La preuve, dans la quasi totalité des pays développés, les émissions de gaz à effet de serre augmentaient inexorablement au lieu de décroître.

• M : C’est bien pour ça que parmi nos premières mesures, nous avons favorisé l’industrialisation des biocarburants, chose que l’état ne pouvait faire, à cause de ses pieds et poings liés avec les anciens camarades d’HEC ou de Polytechnique qui bossaient chez Total-Fina-Elf et qui donnaient plein de valises sous la table. Comme d’habitude, on a pris le contre-pied des anciennes façons d’agir et de gouverner, on a mis au placard les gens avec les mains tâchées de pétrole, et on a encouragé la production en masse de végétaux à forte teneur oléagineuse. Les avantages furent multiples : les agriculteurs faisaient à nouveau partis d’un vaste projet de société (et même de civilisation à ce niveau là), ils remplacèrent le maïs grand consommateur d’eau en été par des plantes moins gourmandes et plus productives, on économisa de l’argent en achetant beaucoup moins de pétrole à l’étranger (ce qui tombait bien vu qu’on avait moins de devises), et surtout on allait respirer mieux. On fit de même avec les surplus de vin que l’on n’arrivait plus à écouler, en le transformant en éthanol (les Brésiliens roulaient déjà pour beaucoup au « rhum », dans la voiture j’entends). En parallèle à ça, on a manié l’arme fiscale avec dextérité. Elle a permit d'encourager les procédés favorables et de pénaliser les produits trop consommateurs d'énergie comme les gros 4*4 qui ne servent à rien en ville, sinon à se garer comme une merde et à polluer à fond en consommant 15 l/100km.

• E : C’est sûr que c’est dans l’intérêt de tout le monde, sauf bien évidemment des multinationales du pétrole et de tout le système de France-Afrique basé sur les ressources pétrolières (et naturelles au sens large) de notre ancien continent colonie.

• M : Oui, mais dans le même registre, on a fait pareil avec le gaz (notamment algérien) et même l’uranium. On a lancé de vastes programmes pour que le bois redevienne la source d'énergie qu’il a toujours été. Ça a permis de développer à nouveau toute une filière bois qui était aux abois depuis longtemps et d’assainir nos forêts en coupant les vieux arbres malades et en en plantant de nouveaux pour assurer la pérennité des importantes surfaces boisées françaises. Poussières étaient ces arbres, cendres ils retournèrent. Les ressources de la biomasse étaient énormes, et peu coûteuses. La capacité des arbres à absorber le carbone en fait une arme précieuse pour limiter la quantité de CO2 dans l'atmosphère. La conservation de la nature était aussi un enjeu essentiel du changement climatique. Non seulement, on a évité la déforestation (ce qui est un moyen de limiter les émissions de gaz à effet de serre), mais en plus on a lancé de grosses opérations de reboisements.

• E : D’accord, c’est déjà très bien d’avoir fait tout ça, mais est-ce que ça a suffit à vous désintoxiquer du pétrole, qui était partout ?

• M : Pour réussir à ne plus être pétrolo-dépendant, il a bien sûr était nécessaire de rechercher l'efficacité énergétique partout où l’on pouvait. L'idée de base est qu'on peut fabriquer un même produit ou offrir un même service en consommant moins d'énergie. L'objectif peut être posé au niveau global en cherchant à diminuer l' « intensité énergétique » d'un pays, c'est-à-dire la consommation d'énergie requise par unité de produit intérieur brut (PIB). Cela passe par l'amélioration des processus de production, l'évolution des véhicules ou encore l'adoption de règles sur les logements imposant un niveau élevé d'isolation. En Allemagne par exemple, des bâtiments « à énergie positive », c'est-à-dire produisant davantage d'énergie qu'ils n'en consomment, étaient déjà construits.

• E : C’est logique : si on veut consommer moins de ressources énergétiques, il faut les économiser et améliorer leur rendement.

• M : C’est bien pour ça qu’on a beaucoup travaillé sur les maisons, grandes consommatrices d’énergie et qui en perdaient beaucoup trop aussi. A présent, on peut construire son « home sweet home » en bois, en chanvre (très bon isolant phonique et thermique, pas cher et produit sans pesticides), et le concevoir plus en phase avec l'environnement extérieur. On a aussi des maisons en bottes de paille agricole, qui ne sont pas des lubies nouvelles puisque beaucoup d’anciennes demeures paysannes étaient construites ainsi (du moins en torchis, ce qui est pareil), en utilisant les restes de paille dont le bétail ne voulait pas, et en le mélangeant à de la boue que l’on trouve partout (climatisation naturelle avec régulation de température). Les premières ont été construites aux Etats-Unis en 1875, lorsque les botteleuses mécaniques sont apparues. En France, la plus ancienne a été construite à Montargis en 1921. Elle est toujours en parfait état, et décline les avantages de ce matériau naturel, piégé dans des structures de bois, sous un crépi de chaux et de sable : isolant deux fois mieux que les briques alvéolaires, pour un coût sept à huit fois plus faible, il stocke du CO2 tout en redynamisant une filière agricole bio. Seul inconvénient, en ville, l'épaisseur des murs, contrainte par la dimension des bottes de paille.

• E : Ouais, mais ça devait être limité non ? C’est surtout des amateurs de bio, des « auto constructeurs », ou de bobos à la recherche de maisons d'architecte qui devaient habiter ce genre de logement.

• M : L'habitat écologique était à la mode, comme le prouvait l'ouverture de salons qui lui était consacré. Non, les demandes venaient aussi d'acteurs publics soucieux d'économies d'énergie et de protection de l'environnement. On a fait construire deux résidences locatives en paille au tarif HLM. Mais, évidemment comme d’habitude, la France était en retard par rapport à ses voisins, Allemagne et Suisse notamment, où l'habitat est deux à quatre fois moins énergivore. Pour autant, on assistait depuis la fin des années 1990 à la rencontre entre deux mondes, celui des autoconstructeurs, adeptes des techniques traditionnelles, et celui des bioclimaticiens, qui ne se soucient pas forcément d'utiliser des matériaux écologiques. Monomur en terre cuite, solaire thermique, récupération des eaux de pluie, peintures sans solvant, etc., permettent ces performances pour un surcoût modeste. C'est de la qualité environnementale raisonnée, qui ne vise pas à satisfaire les militants : le chanvre est trois fois plus cher que la laine de roche. Mais, comme partout, plus il y aura de demande, moins ce sera cher ! D’autant plus que le chanvre a été déclaré matériau d’avenir pour le IIIè millénaire car il permet de construire ces maisons écologistes, autant qu’il permet la construction de carrosserie de voiture et alimente ces automobiles en tant que biocarburant !

• E : C’est trop de la balle le flower power, et pas que pour les neurones héhé !

• M : Mais y a pas que ça dans la vie. Aujourd’hui, on favorise l'habitat autonome, capable de tirer profit du soleil, du vent et de la pluie, de traiter ses propres déchets. Surtout, le Peuple ayant pris le pouvoir, les grands « donneurs d’ordre », tels que l'Office public d'aménagement et de construction (OPAC), ont signé une charte du développement durable. On a fixé à l'OPAC des objectifs concrets : développer les énergies alternatives (10 000 m2 de panneaux solaires thermiques, deux éoliennes, pile à combustible), réduire de 5 % les émissions de CO2 et la consommation d'eau, diminuer de 30 % la consommation énergétique des constructions neuves. De toutes façons, même dans l’autre monde, il était prévu qu’à compter du 1er septembre 2006, toutes les habitations neuves devaient être dotées d'un conduit à fumées permettant le raccordement d'un foyer à bois ou à biomasse. Le bâtiment (habitat + tertiaire) produisait 19 % des gaz à effet de serre émis par le pays. La maison écolo avait donc de beaux jours devant elle.

• E : De toute façon, quoi que l’on fasse, il fallait faire quelque chose pour sauver la planète, tout en préservant un maximum de confort pour les humains !

• M : Exactement, ensuite on a également modifié les modes de production de l'électricité. Les énergies nouvelles, éoliennes, solaires et géothermiques (on utilise la chaleur naturelle du sous-sol pour réchauffer de l’eau qui repart ensuite dans les tuyaux puis retourne au sein de notre Mère la Terre pour se recharger en chaleur), étaient beaucoup plus avancées et approchaient progressivement du stade de la rentabilité, d'autant plus avec la hausse du prix du pétrole. Grâce à tout ça, on a gardé nos télés et notre confort moderne, tout en préservant notre si belle planète bleue pour la léguer dans un état pas trop pitoyable à nos enfants qui l’auront eux aussi en héritage pour nos petits-enfants !!!

• E : Ouah, que de bonne idées !

• M : Oui, c’est sûr, mais dans ce domaine comme dans tous les autres, nous avons aussi mené une vraie réflexion Collective constructive. Si tôt cette primo Constitution votée et mise en œuvre, nous avons envoyé des émissaires ambassadeurs aux quatre coins du monde, non seulement pour rassurer que nous n’allions pas propager nos idéaux par la force comme le fit Napo en son temps (seules nos capacités et nos résultats parleraient pour notre « modèle »), mais aussi et surtout pour s’informer de ce qui se fait ailleurs (la France n’ayant pas le monopole ni de l’innovation – ça c’est sûr – ni de l’évolution concertée – encore moins).

• E : Bien que tout ne soit jamais directement transposable en l’état !

• M : Bien évidemment puisque nous sommes tous Différents. Mais tous les exemples et contre-exemples sont bons à prendre, à charge ensuite au Peuple de choisir ce qu’il souhaite garder, adapter, améliorer, en fonction des résultats obtenus à droite et à gauche.

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21 janvier 2005 5 21 /01 /janvier /2005 21:04

Société de l'information et la communication
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• M : Un énorme travail fut ensuite entrepris pour donner un grand coup dans la termitière des chiens de garde, les médias à la solde des pouvoirs tant politique que économique (TF1 cumulant les deux, car ils sont en plus des bétonneurs, donc très proche des politiques en matière de dessous par très propres de table).

• E : Tu fais bien d’en parler ! En tant que fille de pub, je trouvais justement que la télé était complaisante envers les dominants et avait la dent (autant que la désinformation) dure envers les petits qui défendent leurs Droits comme ils le peuvent, avec leurs peu de moyens pour se faire entendre si ce n’est par le tube cathodique (mais qui déforme beaucoup la réalité pour la faire entrer de force dans des moules plus attractifs voire racoleurs ou menteurs si besoin est).

• M : Tu m’étonnes. Le cas le plus flagrant est bien évidemment TF1, la chaîne que Chirac a offert en 1986 pour quelques milliards de francs symboliques à son grand pote bétonneur Francis Bouygues (Hachette était aussi en course, normal pour un spécialiste des publications, mais le groupe Bouygues ne négligea aucun détail pour faire valoir le bien fondé et la solidité de sa candidature, préparée comme s'il s'agissait d'un appel d'offres pour obtenir un chantier de construction et en faisant alterner relations personnelles de sympathie avec les membres de la CNCL et menaces de recours auprès du Conseil d'État). Le choix de la chaîne à privatiser, demeura longtemps incertain, et ce fut Édouard Balladur qui trancha en faveur de TF1, alors que le ministre de la Culture s'était prononcé pour FR3 (mais une télé nationale pour faire sa propagande c’est quand mieux). Après un long et tumultueux marathon parlementaire contre le texte, la création de la CNCL (Commission Nationale de la Communication et des Libertés, ancêtre de la CNIL) fut votée, mais sa naissance était assombrie par les nombreuses remises en cause du texte. Mais l'indépendance de l'autorité de tutelle était bridée par la loi, son pouvoir était en réalité ambigu et limité dans les faits. La loi de 1986 apparue vite comme une tentative de libéralisation maladroite et trop rapide.

• E : C’est sûr que du coup, la « moindre » des choses de la part de TF1 était de faire élire son candidat en 1995 et 2002, en jouant à fond sur l’insécurité, comme savent si bien le faire les journaux poujadistes du 13h de Pernaut qui fleurent mauvais le purin des paysans et les arrière-boutiques défraîchies des petits commerçants, ou les reportages terrifiants de Droit de savoir.

• M : Clair et net, d’ailleurs pleins de gens, qui habitaient la campagne où il ne se passait jamais rien chez eux, avaient d’un coup peur que les loubards viennent leur voler leur pauvre C15 ou leur vieille télé pourrie (c’est le mieux qu’il y avait à prendre chez ces tordus qui croyaient encore tout ce que l’on disait à la télévision). L’époque où la police parlait au journal de 20h n’était pas très loin (allusion à un poster de Mai 68).

• E : Vous avez fait quoi alors pour démuseler les chiens de garde ?

• M : On a fait comme dans les autres domaines : on a viré les dirigeants et on les a remplacé par des jeunes stagiaires durant un mois pour inculquer une nouvelle dimension à la télévision qui restait bloquée sur des concepts d’avant Internet ou pire sur des programmes divertissants/abrutissants exclusivement définis pour détendre le téléspectateur, lui faire oublier la dure réalité de travailleur acharné et le faire saliver d’envie sur des biens de con-sommations qu’il ne pourra pas acheter ou dont il n’a pas besoin. Les petits jeunes, enfin multiethniques pour une vraie télé en couleur (et pas juste en blanc et blanc), avaient pleins de bonnes idées à proposer, et cette fois c’était bien à l’utilisateur final (le téléspectateur) de juger, et non plus à des « spécialistes » qui ont tellement le nez dans leur merde qu’ils considèrent que tout ce qui ne vient pas d’eux ne marchera jamais (alors qu’il y a foison de contre-exemples).

• E : Les enfants de la télévision c’est clairement nous. La petite lucarne nous a bercée, nous a éduqué, émerveillé, fait peur, cultivé, et c’est grâce à ses abus de langage marketing/communication qu’elle a formé notre sens très critique.

• M : L’avantage en plus en prenant des petits jeunes, c’est qu’ils n’étaient pas encore complètement formatés par le système télévisuel psychorigide. Du coup, la créativité foisonnait et des résultats surprenants (en « bon » et « moins bon ») virent le jour.

• E : Du genre ?

• M : Par exemple, il y eut nettement plus d’émissions avec une vraie interactivité avec les téléspectateurs/internautes. Les animateurs de débats ou ceux qui interrogeaient des spécialistes n’étaient plus alors que des supports pour poser des questions plus que judicieuses aux invités, interventions qui auraient été jugé politiquement incorrect avant le Grand Soir par
les « professionnels qui étaient censés savoir ce qui nous intéresserait ».

• E : Enfin il n’y avait plus de place pour la langue de bois. Petite, j’aimais bien les débats politique, mais en grandissant j’ai vite compris que les invités ne répondaient jamais aux questions qu’on leur posait (alors qu’elles étaient loin d’être « dérangeantes », les journalistes tenant à garder de bonnes relations avec les puissants pour faciliter leur avancement). Souvent, une question précise était posée, les politiciens voulaient préciser le contexte de la question (chose pas si mal en soi), mais ils en profitaient vite pour s’éloigner du sujet ou de la « polémique » pour glorifier leur action, pas évidente à mener car ils avaient hérité d’une gestion catastrophique de la part de leurs prédécesseurs. Ils venaient de noyer le poisson, mais le journaliste ne relançait pas sur la véritable interrogation, il se contentait de rebondir sur les nouvelles affirmations de l’invité, en profitant pour présenter l’action de ce dernier sous un jour favorable.

• M : Que veux-tu, Georges Marchais a fait des petits. Les journalistes venaient avec leurs questions, lui venait avec ses réponses, mais au moins il précisait d’entrée de jeu ses conditions (comme pour tout communiste qui se respecte, il ne peut y avoir de Liberté de poser de vraies questions : silence, on tourne la page !). Pour ces gens-là, l’information est la partie ingrate de leur fonction, ils préfèrent le met de choix qu’est la propagande. Mais nous avons utilisé ces armes de communication massive pour mettre le feu chez les pyromanes, en faisant exploser le paf (paysage audiovisuel français) à la TNT.

• E : Vas-y, racontes moi concrètement ce que vous avez fait ! Avec toutes les chaînes de merde qu’on avait (encore plus avec la Télévision Numérique Terrestre), il y avait moyen de faire des trucs bien, et pour tous les goûts.

• M : Exactement, en fait on a utilisé les chaînes existantes en adaptant les angles de vues et la typologie des émissions à la segmentation de toutes ces chaînes. Evidemment, France3 nous permettait de relayer les informations des régions, avec la mise en place d’émissions interrégionales plutôt que nationales. Toutes les bonnes expériences (et les moins réussies, tout autant, voire plus, formatrices) testées dans différentes régions avaient leur boîte de résonance/raisonnance au niveau national. La chaîne devenait à nouveau une vraie chaîne de proximité, autant qu’elle remontait les informations intéressantes pour en faire bénéficier d’autres régions. Arte eut pour rôle de développer des théories Emancipatrices en Coopération avec nos sœurs et frères Allemands, alors que France5 nous montrait des documentaires sur leurs applications pratiques. France Ô nous racontait la vie dans les îles et les solutions alternatives mises en place par rapport à leurs spécificités territoriales. Quant à France2 (comme dans tout l’édifice France Télévision), on y a fait le grand ménage du printemps rouge (enfin Noir, de l’Anarchie, pour être plus exact) ! Les gens en avaient marre et ne comprenaient pas pourquoi ils payaient une redevance télévisuelle pour avoir autant de publicité et de sponsoring d’émission que les chaînes privées. Surtout que la qualité des programmes n’allait pas forcément de soi. Donc on a bien évidemment viré tous ces animateurs-producteurs qui se goinfraient financièrement aux frais du « redevanciable », et qui en plus faisaient (eux aussi, comme tant d’autres, trop d’autres) des émissions racoleuses et insultantes pour la masse populaire (dans son expression la plus noble). On a programmé à la place de vraies émissions d’investigation (à la Complément d’enquête ou Envoyé Spécial, mais ancienne mouture, celle avec des enquêtes de fond, pas de remise en forme physico-psychologique). Puis on a développé des programmes plus décalés, propres à la réflexion autant qu’à la satire juste pour rire (même si dans toute caricature, il y a un fond de vérité et donc d’interrogation possible pour moins prêter le flan à la critique).

• E : Et TF1 et M6 ? Vous leur avez laissé la prérogative de lobotomiser les gens ?

• M : Bien sûr que non. Même si c’était des chaînes privées (uniquement par la volonté des politiques), on ne pouvait courir aucun risque, car on savait que la contre-révolution passerait forcément par elles. N’oublions jamais la phrase de Le Lay (il porte bien son nom le boss de TF1) qui disait qu’il ne faisait pas de télévision pour informer et encore moins éduquer les gens, mais plutôt pour vendre à Coca-Cola du temps de cerveau humain disponible. Pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit perméable. Les émissions pourries de TF1 avaient pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Selon lui, rien n’est plus difficile que d’obtenir cette disponibilité (quand on nous matraque de grosses dobes, c’est certain, la zappette s’active vite). C’est là que se trouve le changement permanent. Il faut chercher en permanence les programmes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les tendances, dans un contexte où l’information s’accélère, se multiplie et se banalise. Encore un expert qui n’a rien compris à l’humain, puisque tout le monde vous dira que plus il y a de pubs à la con pour des produits qu’on ne peut ou ne veut pas acheter, plus les pauses pipi sont longues.

• E : Et comment vous avez raccourci ces pauses toilette ? Parce que ça devait pas être évident de faire changer complètement TF1 de culture d’entreprise !

• M : C’est clair qu’il y a eu des réticences, pour ne pas dire plus. Mais la télévision c’est nous, les téléspectateurs, même chez TF1 où ce sont les annonceurs qui font la pluie et le beau temps (pas Evelyne Dheliat). Donc, nous leur avons assigné la mission de divertir les Citoyens, mais cette fois de manière éducative et progressiste, mais surtout Respectueuse des intelligences Citoyennes. On disait toujours que TF1 faisait de la merde et que les gens regardaient, mais les gens prenaient ce qu’on leur donnait et quand on était fatigué d’une grosse journée, le bigdil détendait bien. Maintenant que les journées sont moins harassantes, les cerveaux sont plus disponibles et filtrent d’autant mieux la merde télévisuelle. Et surtout, on a fait très fort, en utilisant le projet de Chaîne Internationale d’Information à la Française, comprenant TF1 et France Télévision, pour diffuser dans le monde entier le concept de Révolution Permanente post Grand Soir. Les autres pays nous ont jugé toujours aussi décalé, mais leur Peuple ne nous regardait pas de la même manière. Enfin la France était redevenue ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : le pays des Droits de l’Humain !!!

• E : Effectivement, bien joué, chapeau bas ! Mais côté déconne, j’espère que Canal+ est restée la chaîne décalée qu’elle a toujours été ! Parce que nous étions tous les enfants de Les Nuls, des Guignols, de Groland, de +Clair (Daphné tu y étais si belle), de Carl Zéro (quoi qu’on puisse penser de l’émission et surtout de l’animateur, ses journalistes faisaient un vrai boulot), des Simpsons et de SouthPark. C’est en parti eux qui ont crée notre génération de blasés alterconsommateurs critiques et méfiants face aux courants dominants.

• M : Bien sûr, pourquoi voudrais tu que ça ait changé ? Au contraire, on a encouragé ce terreau propre à la croissance des idées différentes et pas forcément mauvaises (comme non automatiquement bonnes d’ailleurs). Dans le même registre, concernant la TNT, on a redonné un coup de Révolte à Nouvelle Radio Jeune, qui était né de la reconnaissance des radios Libres par Mitterrand (au moins une chose de bien que ce socialiste de droite aura fait dans sa vie), puis s’était embourgeoisée (comme beaucoup) dans le conformisme publicitaire.

• E : En parlant des radios, quels sorts vous leur avez réservé ? Parce qu’elles se cherchaient et tellement, qu’elles repassaient toujours les mêmes chansons, des mêmes artistes (ou de branleurs sortis de nulle part, qu’ils y retournent vite d’ailleurs), et les thèmes des émissions étaient toujours axés sur le sexe ou des sujets tellement bouillant que les interlocuteurs ne pouvaient en parler sérieusement, coupés par des animateurs à la Franz-Olivier Giesbert qui massacrent les interventions intelligentes des invités par des relances à la con.

• M : D’entrée de jeu on s’est concentré sur elles, car elles sont diffusées un peu partout, dans les voitures des gens, à leur boulot comme dans les lieux publics, pour détendre autant qu’informer les Citoyens. Ainsi, on a enfin ouvert la voie des ondes à de vrais artistes, à qui les programmeurs (encore des gens qui savent ce qui est bon pour nos oreilles) reprochaient avant de ne pas être assez dans la tendance (ou sinon complètement noyés dans le moule), et c’est bien ce que l’on recherchait après le Grand Soir. Nous étions à la recherche de nouveaux talents (plutôt que de stars) qui nous feraient découvrir des sons jamais entendus (et pour cause), en vue de nous ouvrir à de nouvelles perceptions sensitives et perspectives créatrices. Ensuite, on a multiplié les émissions de débats avec des spécialistes, et les auditeurs qui peuvent intervenir en direct. Dans le prolongement des ateliers de discussion et autres tables rondes.

• E : C’est bizarre, tu m’as pas encore parlé de la place d’Internet dans tout ça ?

• M : Normal, il y a tellement de choses à dire. Pour faire simple par rapport à Internet, on a complètement ouvert les tuyaux ! Ceux qui voulaient télécharger des œuvres créatrices pour se cultiver ou se détendre payèrent une très modique redevance, comme pour la télévision et la radio publique. Cette somme allait ensuite, enfin, directement aux créateurs et plus à ces charlatans modernes que sont les distributeurs des majors musicales qui nous abreuvaient de dobes sonores et s’engraissaient aux dépens de leurs artistes.

• E : C’est déjà une très bonne chose, mais Internet ne sert pas que à pomper du son !

• M : Bien sûr, mais c’est pour dire que nous avons donné toute son envergure à ce média qui permet véritablement l’information et le divertissement on demand. Ça aussi ce fut un grand projet d’après Grand Soir : développer les sources et canaux d’expression Citoyenne par le biais du réseau pour que tout un chacun puisse être un média à part entière ou au moins un vecteur de ces nouveaux supports d’information. Quiconque possédait une caméra et un micro pouvait alors diffuser ses émissions on line, ajoutant de nouvelles sources créatives et réflexives.

• E : Moi qui bossait dans le milieu de la communication multimédia, je peux te le confirmer : il ne sert à rien d’avoir de bonnes idées si personne ne peut s’en informer et qu’elles restent dans un cercle restreint où l’on prêche souvent des convaincus.

• M : C’est bien pour ça qu’on a fait fonctionner le réseau à fond pour brasser les idées et les confronter auprès d’un public le plus large possible. Au-delà de ça, chose qui était déjà entamée mais qui devait se développer encore davantage, nous avons vraiment virtualisé l’administration en mettant en place des guichets ouverts 24h sur 24, 7 jours sur 7, ainsi qu’en mettant en ligne une profusion de sites informatifs, de portails vers des plateformes d’échanges d’information ou de besoins/offres.

• E : Bref, vous avez connecté les Peuples !

• M : Je ne l’aurai pas mieux résumé ! Internet était un support aussi important que le train et le téléphone à leur époque, qui eux aussi ont modifié en profondeur les rapports humains autant que sociaux, puisque les gens et les informations circulaient dès lors soit par la voie ferrée soit par les fils de cuivre, en court-circuitant les organes d’information traditionnels. Les connaissances étaient physiquement ou oralement proches des gens, ils n’étaient donc plus obligés de prendre pour argent comptant la presse à la solde des puissants !

• E : Avec Internet on combine un peu les deux aspects (sans bien sûr avoir la présence physique) puisqu’on peut se parler en direct (tchat), tout en échangeant instantanément des informations et des fichiers, sans attendre que le facteur sonne trois fois. Vous pouviez dès lors communiquer et partager/travailler avec la planète entière, sans bouger de son fauteuil devant l’ordinateur. Ce qui permet aussi au final d’économiser autant en frais de déplacement (et donc en temps) qu’en particules polluantes !

• M : Là aussi nous avons fait les efforts tant attendus que l’état traînassait à faire, pour nous l’aménagement du territoire, ce n’était pas de bons mots jetés en l’air. De toute façon, vu comme le pays se concentrait autour des grandes villes et délaissait les campagnes, au risque de voir s’asphyxier jusqu’à la mort les deux, nous nous devions de concrètement donner les mêmes infrastructures (en fonction des besoins évidemment) à l’ensemble des populations.

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21 janvier 2005 5 21 /01 /janvier /2005 21:03

De l'Instruction, autant que de l'Education
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• M : Et ce qu’il faut surtout noter, c’est que sans véritable Education Personnelle et Citoyenne, tout ceci n’aurait pas été aussi pérenne. Bien sûr, juste après le Grand Soir, tout le monde n’est pas devenu comme par magie un Citoyen Responsable. Au départ, il a fallu montrer que nous n’étions pas des « sauvages » qui allions brûler l’ancienne société pour mieux reconstruire sur ses cendres fumantes. Il y aurait bien évidemment des changements radicaux, mais sans esprit de vengeance de classe : Utopia devait se construire sur les enseignements des expériences du passé, en Révolutionnant de fond en comble les infra et superstructures, mais en préservant les forces vives de la nation.

• E : C’est vrai que depuis plus de dix millénaires (depuis l’avènement de l’agriculture) que les Peuples étaient soumis aux dogmes de l’état et de l’argent, il fallait élaborer de nouveaux schémas de pensée, non plus basés sur la supériorité hiérarchique ou financière, mais sur le Respect des Différences de l’Autre dans l’Egalité des Droits et Devoirs.

• M : Certes, mais finalement cela s’est fait sans trop de difficultés car les Citoyens n’aspiraient qu’à ça : la Reconnaissance et le Respect dans la Liberté, l’Egalité et la Fraternité. Ce que l’état leur promettait depuis la soi-disant « grande » Révolution de 1789 et qu’il n’arrivait (ou ne voulait) pas à concrétiser (depuis plus de 200 ans, et ce malgré les évolutions économico-sociales), l’Anarchie l’a fait en deux trois coups de cuillère à pot.

• E : Mais concrètement, comment et qu’est ce que vous avez fait ?

• M : La première chose fut d’analyser le contenu des débats des Ateliers de Discussion du lendemain du Grand Soir, puis d’en faire une synthèse. Celle-ci servit à la population pour lancer de nouveaux débats de réflexion, mais surtout aussi à comprendre les attentes et les mentalités des autres Citoyens. Ceci permit à toute la France de mieux cerner les différentes tendances qui l’a compose, et de se positionner par rapport à celles-ci (sans pour autant vouloir rentrer dans des cases prédéfinies, mais plutôt pour voir ce qui se dit ailleurs et ce que l’on en pense ici).

• E : Et après ?

• M : Ensuite, on a organisé des actions de sensibilisation pour faire évoluer les mentalités et transmettre toutes les valeurs humanistes de la primo Constitution. Les universités organisèrent des journées réflexives sur comment s’Emanciper moralement : par de la philosophie individualiste pas trop perchée, de la sociologie pour comprendre les phénomènes de civilisation et des collectivités, de l’éthique et du droit appliqués pour préparer la Justice Populaire en respectant les valeurs des autres (ni meilleures, ni pires : Différentes). Et ensuite, les gens jouèrent comme des gamins, s’exprimant artistiquement (après avoir refait le monde ça fait du bien) et se (re) découvrant des talents d’expression corporelle ou culturelle.

• E : Cool !

• M : Mais tu sais, de toute façon, à part quelques rafraîchissements mémoriels concernant l’Education Civique (la nouvelle, basée sur la Démocratie Participative), les gens savaient exactement quoi faire et comment. C’est en cela que le communisme était une traîtrise absolue, car Marx estimait que les gens étaient cons (ce qui pouvait être éventuellement vrai en terme de politique, en tant que gestion de la Cité, mais pas en tant qu’idées sur l’avenir) et qu’il fallait donc leur imposer par la dictature du « Prolétariat » (plutôt des chefs, petits bourgeois pour beaucoup) l’avènement d’une société nouvelle. Certes, il faut toujours se méfier des réactions en chaîne de la masse (car ce que ferait 1000 fois 1 individu peut être très différent de ce que ferait 1 fois 1000 individus, phénomène de groupe oblige), mais il ne faut pas non plus y voir un ennemi (sinon c’est reconnaître que sans autorité point de salut, alors que dans de nombreux domaines cela fonctionne à merveille – et même que cela ne marcherait plus si il y avait un quelconque chef : du désordre naît l’ordre, alors que de l’ordre naît le désordre). Globalement, les Citoyens étaient responsables (tout comme ils l’étaient avant le Grand Soir, il n’y avait pas de raison que cela change), et dans les cas contraires, la médiation fit rapidement rentrer les choses dans l’ « ordre » (disons plutôt la sérénité).

• E : Mais j’imagine que ça n’a pas été facile de faire évoluer les vieux de la veille !

• M : C’est vrai que ça n’a pas toujours été ni évident ni une partie de plaisir. Mais beaucoup voyaient que les gens étaient plus heureux ainsi et de fait la vie quotidienne paraissait plus enthousiasmante même si on allait aussi loin qu’avant dans la gestion des tâches, mais le cœur léger. Pour ceux qui étaient trop dépassés et qu’on n’arriverait pas à updater, on a viré ces dirigeants et on les a remplacés par des jeunes stagiaires durant un mois pour inculquer une nouvelle dimension. Ils connaissaient aussi bien la théorie (voire même mieux car l’expérience vous fait oublier les bases pour vous concentrer sur la pratique intuitive), mais n’étaient ni sclérosés par le système précédemment en place, ni induits en erreur par des conceptions passéistes largement remises en question depuis.

• E : Vous avez utilisé la fine fleur de l’enseignement pour faire bouger les choses ! La jeunesse est clairement le moteur de l’évolution et de l’innovation, d’autant plus dans ce cadre post-Révolutionnaire !

• M : Oui, parce que souvent, en sortant de l’école, on voit que tout ce qu’on nous a appris à ne pas faire est largement répandu dans l’entreprise ou autre. Alors que ces petits jeunes avaient de très bonnes bases et avaient déjà fait assez de stages sous/non payés pour savoir comment fonctionne ce petit monde et encore plus comment l’améliorer pour qu’il tourne mieux.

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21 janvier 2005 5 21 /01 /janvier /2005 21:02

De la Sérénité Citoyenne
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• M : La première des choses pour pouvoir s'exprimer Librement et renverser cette civilisation en perdition, fut d'annuler la capacité répressive des forces d'oppression (police, gendarmerie, armée permanente). Ces structures furent dissoutes, d'autant plus facilement que pour beaucoup elles avaient montré leur faiblesse (notamment l'armée, qui n'a jamais été capable de protéger correctement le territoire : défaite en un mois en 1870, troupes ennemies non loin de Paris en 1916, débâcle en un mois en 1940, sans parler des guerres coloniales – tant mieux pour ces pays).

• E : Mais comment apparut le nouveau service de régulation des activités humaines ?

• M : Déjà, il faut savoir que la police était anciennement la représentation du pouvoir. En 1665, après l'assassinat d'un juge en plein Paris, les différentes milices de l'ordre sont regroupées. Colbert pousse le roi Louis XIV (garant de la nourriture et du bien vivre) à créer une lieutenance de police. Dès lors, l'armée et la police tiennent les banlieues Révolutionnaires donc Paris ville. Auparavant la police avait un rôle politique au sens large (gestion de la Cité) : ravitaillement des villes, gestion des espaces, contrôle de qui rentre et sort, renseignement sur les Citoyens. A partir du XVIIIè siècle (auparavant c'était le rôle des seigneurs via la police communale), c'est la police qui effectue les poids et mesure pour éviter la disette et la cherté des denrées. Mais en 1775 Turgot libéralise les poids : les marchands fixent librement les prix. Alors la guerre des farines éclate car la police s'occupe des émeutes plutôt qu'il y ait des prix corrects pour le pain (elle préférait déjà les « joies de la baston » à l'Harmonie Sociale). Dans un autre registre, la police s'occupait aussi des lettres de cachet, qui sur certaines activités (ou juste déjà pour délit de faciès) emmenaient directement à la Bastille. Même l'armée si met : elle a des fiches sur ses soldats. On crée donc des fichiers d'identité car tous les hommes (sauf les riches qui pouvaient se planquer en payant pour qu'un autre prenne leur place) sont passés par le service militaire.

• E : Tu parles d'exemples !

• M : Attend !!! En 1705, Nicolas Delamare écrit un traité de police pour une bonne gestion de la Cité. On trouve des traces de son traité dans l'Europe entière et on s'en est aussi inspiré. Ensuite, Utopia n'a pas inventée grand-chose, on a juste repris et amélioré l'idée de la Garde Nationale. Il existait déjà dans le sud une Garde Nationale. C'était une police d'ordre élue par les Citoyens (un peu comme les sheriffs), pour assurer la Liberté, et où le magistrat était la police judicaire. De même avec la Révolution de 1789. A cette époque, la police était là pour assurer la Liberté et être au service du Peuple, pas du pouvoir. En 1790, le nouvel état, bourgeois, veut surveiller Paris, et la Garde (composée de tous les Citoyens, mais envahie par des bourges, dès lors surreprésentés), à la solde des bourgeois réformateurs (épeurés par cette Révolution faite avec les pauvres mais où ces derniers voulaient aller plus loin, trop loin pour les riches privilégiés) avait malheureusement fait ses preuves quand il s'était agi de mâter les aspirations populaires pour une Révolution plus juste et plus aboutie. A présent, il s'agit simplement de Citoyens (et de nombreux « gentils » anciens flics) triés sur le volet pour leurs qualités d'écoute, de négociation / médiation, formés aux techniques de maîtrise de la force. Le Peuple ayant été exaspéré par ces costauds (souvent fachos) qui se comportaient en toute impunité comme des cow-boys, il fut décidé (comme dans d'autres nombreux domaines) que les Citoyens avaient le droit de choisir par qui ils seraient « gardés » (disons plutôt protégés et servis).

• E : Je suis la première à me réjouir de ce nouveau mode de gestion des populations, mais il y a des risques de copinage comme ça. Les Gardiens de la Paix sont pas très impartiaux dans ce cas.

• M : Il y avait effectivement ce risque, donc on a décidé que les équipes devaient se composer exclusivement de personnes habitants différents endroits de la ville voire d'autres localités. Mais de toute façon, la police est là pour concilier, avec les moyens dont elle dispose, présence rassurante et serviable, prévention pertinente et répression efficace.

• E : Et après, pour les gens qui se sont fait chopés, comment ça se passe ?

• M : Comme tout le reste, la Justice est Citoyenne.

• E : Mais là c'est encore pire, il peut y avoir des sentiments de vendetta ou de rancoeurs qui peuvent influencer le verdict, ce n'est donc plus une Justice Equitable.

• M : Parce que tu crois qu'avant la Justice était plus honnête et juste ? Sans parler des délais d'attente énormes, elle avait de sérieux ratés : elle n'auditionnait que ceux qu'elle voulait bien entendre, le procureur de la république ouvrait des instructions selon son bon vouloir et les avocats cherchaient la petite faille procédurale ou des lois sorties de derrière les fagots, pour faire libérer des criminels dangereux. De plus elle était sévère envers les petits et plus que laxiste envers les dominants. Les Utopiens décidèrent donc d'abolir les tribunaux permanents pour les remplacer par des structures ponctuelles, où la décision judiciaire se prend exclusivement par le Peuple. Les petites affaires seraient jugées auprès d'un petit jury populaire, assisté par des défenseurs du Droit. Les litiges plus conséquents étant plaidés auprès d'un tribunal exceptionnel composé d'une Assemblée Populaire (composée de divers origines communales / régionales pour éviter toute vengeance légale), les avocats de chaque partie furent remplacés par des défenseurs du Droit, communs aux deux parties et observateurs du Respect de la procédure (mais n'intervenant pas sur le fond), et de trois experts judiciaires (nommés par le Peuple en fonction de leurs compétences, psycho, sociales, médicales) pour canaliser l'affaire et synthétiser une vision claire des faits afin de permettre aux Citoyens un jugement serein et éclairé. Ainsi, les débats tournaient autour des faits, le prévenu s'exprimant (continuellement et pas juste à la fin avec le dernier mot du « condamné ») sur le fond, plutôt que son avocat défende la forme autour des subtilités du Droit. Bien sûr les possibilités d'appel et de cassation furent maintenues, mais auprès d'autres Communes afin d'assurer l'impartialité des jugements.

• E : Comme ça, ça me va ! C'est vrai que la France s'était de nombreuses fois faite mettre à l'amende par la Cour Européenne des Droits de l'Humain car sa Justice était non seulement super lente mais en plus moyennement juste, un comble pour le (soi-disant) pays des Droits de l'Humain (époque lointaine très courte, 5 ans max après la proclamation officielle, et bien révolue depuis 1789).

• M : Vamos pour le reste, comme ça tu auras une vue d'ensemble.

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21 janvier 2005 5 21 /01 /janvier /2005 21:02

Du travail ... et donc de l'argent
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• E : Bien sûr, depuis le début du XXè siècle, on a cherché à faire baisser le nombre d’heures travaillées. Mais qu’est ce qui a fait qu’Utopia aille aussi loin ?

• M : C’est l’accumulation d’un ras-le-bol général envers la pression de la rentabilité et de la productivité, et les frustrations engendrées par la loi sur les 35 heures. Si les patrons avaient voulus décrédibilisés la réduction du temps de travail, ils n’auraient pas mieux fait qu’avec l’usine à gaz socialiste.

• E : Je me rappelle effectivement que les ouvriers et les cadres étaient pressés comme des olives pour huiler la machine à dividende actionnarial sans avoir de contrepartie si ce n’est la préservation de leur emploi.

• M : Et en plus, c’était à eux de payer la « bancalité » de la loi des 35 heures. Les patrons étaient mécontents de cette loi (et il faut dire à leur décharge que c’était vraiment mal organisé et qui plus est rigide comme une merde dure), donc ils décidèrent de jouer avec la règle : le temps est réduit hebdomadairement, qu’à cela ne tienne, nous allons annualiser les horaires pour les flexibiliser et en plus on vous fuck en gelant les salaires.

• E : Du coup il y avait des périodes de grand coup de bourre à raison de 12 heures par jour, et des périodes de chômage.

• M : Oui, sauf que lorsque les petites gens ont vu, à force, comment elles étaient jetées comme des mouchoirs après s’être données corps et âme pour « sauver » l’entreprise, soi-disant en péril grave du fait de la concurrence et des conditions esclavagistes des autres pays, la grogne fut sévère et elle ne s’achèterait pas à coup de quelques bonbons sucrés (ils prenaient déjà des bonbons anxiolytiques et anti-dépresseurs pour supporter le rythme et le stress du boulot).

• E : C’est toujours le même chantage : soit vous acceptez des modes de travail pénibles et peu valorisés, soit … il y a plein de monde, ici ou ailleurs, qui attend pour travailler à votre place.

• M : Exactement, depuis 1936 et la semaine de 40 heures et 2 semaines de congés payés, les patrons nous ont toujours fait croire que tout progrès social engendrait de facto des catastrophes économiques (alors que ce sont les patrons anglais qui instaurèrent au début du XXè siècle la réduction du temps de travail, car les machines humaines étaient plus efficaces après un bref repos, plus que bien mérité). Alors qu’il n’en est jamais rien, ni la France ni la Terre ne se sont arrêtées de tourner ! Du coup, la première mesure d’Utopia fut que tout le monde travaille 30 heures, pas une de plus, et de fait il fallait que plus de gens travaillent pour assurer la continuité de production et de service.

• E : Vous avez concrètement réalisé l’objectif final de la loi sur les 35 heures : tout le monde bosse moins, mais du coup plus de monde bosse !?

• M : Exactement. Le seul problème, mais de taille, qui avait bloqué l’application concrète de la loi, c’était que du travail, ce n’est pas ce qu’il manquait, c’est « juste » qu’il n’y avait pas l’argent pour payer ces prestations (ou plutôt qu’on ne voulait pas réduire les marges bénéficiaires ou réorganiser pour plus d’efficacité). Utopia ayant rognée sur les budgets de l’état (et surtout l’armée, deuxième budget, juste après celui de l’Education Nationale, quoique sous la droite il passait régulièrement devant, qui se gavait aux frais de la princesse populaire), l’argent pu être mieux redistribué. On relança également l’économie, déjà en baissant les taxes sur le travail (mais en augmentant en contrepartie celles sur le travail mort, le capital), mais surtout en augmentant massivement le SMIC (Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance : donc comme son nom l’indique, pour que le pouvoir d’achat croît, il fallait bien le rehausser), le faisant passer à 1 500 € nets par mois.

• E : C’est un truc que j’ai jamais compris ça : c’est dans l’intérêt du capitalisme qu’il y ait plus de gens qui puissent consommer. Donc autant monter un peu les salaires, comme ça il y aura plus d’acheteurs et donc au final plus de richesses produites.

• M : Exactement, mais c’est le même type de problème qui s’est posé sur les retraites, où on voulait remettre les vieux au travail (comme si ils n’avaient pas déjà assez trimé sur 40 ans). En 2003, concernant l’histoire des retraites qui coûtaient trop chères, donc il fallait bosser plus et plus longtemps pour avoir un plus gros capital retraite, c’était un énorme mensonge par omission. Ce que les journalistes n’ont pas dit (« normal », ils font leur métier de chiens de garde en [dés] ou sous-informant) c’est que la richesse dégagée (profit pour les actionnaires, après impôts et coûts fixes) s’est envolée depuis les Trente Glorieuses (1946-1973) par rapport aux salaires (donc aux cotisations retraites). Toute la valeur ajoutée produit en plus par le biais de la robotisation et de l’amélioration des rendements humains (sous-traitance, organisations, management, ressources humaines et autres apports des sciences « sociales ») servit à l’augmentation de la masse du capital (investissements futurs pour plus, toujours plus de retours financiers, de rentes) et à l’accroissement du magot des dividendes pour les actionnaires (idem pour les petits patrons), et non à l’augmentation des salaires.

• E : C’est vrai que l’on disait toujours que les Français étaient des feignasses, qu’il n’y avait qu’eux pour penser à travailler moins alors que la concurrence internationale était féroce ; mais on omettait souvent aussi de dire que la France avait une des productivités les plus élevées d’Europe.

• M : Très juste, ce fut d’ailleurs un élément déclenchant dans le processus intellectuel. Peu avant le Grand Soir, quelques pays (tels l’Allemagne) qui avaient également baissé leur temps de travail, plièrent sous la pression des multinationales : soit les usines repassaient à 40 heures par semaine sans augmentation de salaire, soit elles seraient déménagée vers des pays où on laisse exploiter les pauvres par les riches pour le bien de la sacro-sainte croissance (et ces pays candidats n’attendaient que ça à l’Est, ils en avaient grand besoin d’ailleurs). Nos politiques fustigeaient (poussés en cela par le Medef, la secte des grands patrons) notre attitude anti-croissance, en nous assénant l’exemple américain où l’on travaille 50 heures par semaine. Certes les USA sont un pays riche, mais, comme souvent, cela se répartit par une classe aisée très aisée mais peu nombreuse, une classe moyenne médiane en tous aspects, une surreprésentée basse classe qui vivote et la multitude des personnes qui survivent, dans ce soi-disant « rêve américain ».

• E : C’est clair et net que les States étaient d’énormes producteurs de richesse, mais pas si nombreux étaient ceux qui en savouraient les fruits.

• M : C’était exactement notre contre-modèle, l’ « exemple » à ne surtout pas suivre, l’épouvantail à Progrès et encore plus à Emancipation. Nous, ce que nous voulions, c’était sortir du cercle vicieux qui veut que la (sur) consommation engendre la croissance et donc l’emploi. Sauf que le passé nous avait montré depuis 1929 que ce n’était pas aussi simpliste. Car lorsque tout le monde est équipé de tel produit, que les marchés extérieurs ne peuvent (ou ne veulent) écouler notre stock, cette surproduction (ou suroffre) ne correspondant à aucune demande (on ne crée jamais de besoins, à la limite on les révèle) doit être écoulée à tout prix. C’est bien ce que l’on vit dans les dernières années de l’autre système, le dogmatique : certains marchés étant saturés ou monopolisés par des puissants, nombres de petites entreprises durent limiter la production, souvent en faisant de la haute qualité (facteur de forte valeur ajoutée et donc de marge élevées) ou alors en diminuant drastiquement leur masse salariale, celle-ci étant surtaxée, en automatisant ou « rationalisant ».

• E : De toute façon des pays comme la Chine (manufacture du monde), les Indes (sous-traitance de services), le Brésil (grenier à grains), bref les zones à forte croissance de développement (Amériques du Sud et Asie), montaient en puissance sur les marchés internationaux.

• M : Tout à fait, les vieux pays européens se désindustrialisaient massivement (exception notable faite des productions à forte valeur ajoutée où nous avions encore un savoir-faire spécifique et qualitatif), et même les services se délocalisaient vers nos anciennes colonies (qui maîtrisent nos langues aussi bien que nous et qui se sont éduqués suivant nos systèmes et nous ont rattrapés). En somme, nous étions déjà à la veille du Grand Soir dans une situation de rupture économique. Les nouvelles technologies aidant, toute la structure de production et de distribution s’en vit profondément modifiée. Les clients pouvaient ainsi passer commande directement auprès des producteurs. Cela eu pour effet de montrer l’accumulation d’intermédiaires inutiles (comme en politique) entre celui qui produit (même des lois) et l’utilisateur final.

• E : Cool : vous avez alors enfin court-circuités ces nuisibles de distributeurs qui ne font qu’augmenter au maximum leurs marges de vente au détriment du prix d’achat des producteurs ?

• M : Ouaip Dame ! Déjà aux premiers jours d’Utopia, il fut décidé que tout se traiterait directement avec ceux qui produisent (entreprises, coopératives, indépendants), les distributeurs étant considérés comme des métiers non-prioritaires. Ainsi, les producteurs virent enfin leur niveau de vie augmenter, tirant véritablement profits de leurs terres ou de leurs coopératives. Auparavant, ils déversaient des légumes par tonne devant les représentations de l’état, alors que pleins de gens crevaient de faim, pensant naïvement que ce (très cher) état (censé protéger les Citoyens et encore plus les faibles face aux forts) allait les aider à se battre contre les méchantes centrales d’achat qui négociaient comme des hyènes pour avoir des produits moins chers qu’ils ne coûtent à produire, afin de pouvoir faire une marge énorme auprès des clients (qui continuaient de penser que les légumes étaient vraiment trop chers, mais qu’au-delà des supermarchés il n’y avait point de salut – du moins il ne restait presque plus que ce type de « boutique »).

• E : Et vous avez fait quoi des distributeurs ?

• M : On a gardé ceux qui avaient une réelle utilité de conseil, ceux qui faisaient une simple interface de distribution sur tout le pays entre le producteur et le consommateur (les grossistes étant fusionnés avec les vendeurs au détail) en les engageant à Respecter des prix minimaux d’achat pour les producteurs et maximaux de vente pour les clients.

• E : Ça c’est bien, au moins les producteurs couvrent leurs frais et vivent un peu mieux, et les clients ne payent pas la différence puisque c’est la juste réparation du vol organisé depuis une éternité par tous ces distributeurs en col blanc qui pressaient les prix en amont pour mieux les dilater en aval auprès des clients.

• M : Oui, c’était la fin du double bénéfice. Ensuite, les personnes rendues inactives par la fermeture ou la réorganisation des distributeurs, furent employées auprès des producteurs pratiquant la vente directe (en explosion depuis la chute des distributeurs et des contrats d’exclusivité) pour les accompagner dans la logistique d’acheminement des produits, organisèrent et participèrent à des Cahiers de Doléances auprès des consommateurs pour connaître les besoins réels et non marketing / mercatiques afin de redéfinir les structures de production et de nouveaux systèmes de distribution et de logistique. Les autres mirent leurs compétences au service de coopératives, de secteurs prioritaires ou se consacrèrent à des projets de développement.

• E : Du coup, il y avait moins de distributeurs (en tout cas plus de nuisibles intermédiaires ni de centrales d’achat toutes puissantes) et plus de personnes disponibles pour se rendre vraiment utiles ?

• M : Et oui, nombres de distributeurs et de centrales furent remplacés par des marchés genre Rungis (en plus petit bien sûr) pour les Régions et Communautés de Communes, les Communes se servant directement auprès de ces points de ravitaillement. Ensuite, les besoins impératifs manquant de ressources et de mains d’œuvre furent pourvus, selon les envies et capacités de chaque personne rendue inactive.

• E : Et les anciens chômeurs, ceux d’avant Grand Soir, dans tout ça ?

• M : Bien naturellement, ils furent les premiers (et prioritaires d’ailleurs) à retrouver une activité. En effet, ils se mobilisèrent en masse le lendemain du Grand Soir car, l’oisiveté étant mère de tous les vices, ces Citoyens (auparavant de seconde zone) s’ « empressèrent » de Participer à ce grand projet où ils pourraient exprimer leurs talents, sans avoir de chef à la con qui les jugent sans arrêt sur leur motivation, celle-ci étant bien réelle car portée par un exceptionnel sentiment d’appartenance à un Grand Renouveau. Nombre de chômeurs se laissaient vivre en bénéficiant des allocations, préférant se serrer la ceinture en consommant moins (mais mieux) plutôt que de retourner dans la dure réalité du monde économique, sans foi ni loi si ce ne sont celles des propriétaires de capitaux. Avec le Grand Soir ils retrouvaient leur dignité (le travail ne leur étant plus refusé) et ainsi donc leur ardeur pour montrer qu’ils avaient deux bras et un cerveau comme tout le monde. Ils entendaient bien prouver qu’ils savaient s’en servir pour le bien de cette nouvelle civilisation. Auparavant, ils étaient recalés car trop vieux, pas assez instruits, peu expérimentés ; aujourd’hui ils se devaient (et le désiraient profondément) de Participer, à raison de leurs capacités et compétences, sans pour autant négliger leurs envies.

• E : Et vous les avez « occupés » comment ?

• M : En fait, ça faisait une éternité qu’il y avait pas mal de prestations qui n’étaient pas effectuées, car elles coûtaient trop chères, n’étaient pas prioritaires (dans le sens jugées importantes par les grands pontes), ou il n’y avait pas assez d’effectif pour s’en occuper correctement par rapport à l’ampleur de la tâche. Il en allait ainsi de l’assistance sociale (moins d’acteurs sociaux que de flics au centimètre carré), de la santé (manque de personnel soignant par monopolisation administrative), de l’éducation (classe surchargée et trop peu d’activités Emancipatrices), de l’environnement (dépollution et entretien des espaces verts et naturels), de l’aménagement du territoire (routes, connexions internet, transports, …), ou encore de la culture (institutionnalisée et chère). Donc on utilisa la main d’œuvre des chômeurs et des inactifs pour développer tous ces pôles pourtant importants mais laissés en friche faute d’argent, mais surtout de réelle volonté politico-économique.

• E : Vous avez fait du social en somme !

• M : Exactement, mais du social utile. Alors que l’état jetait négligemment chaque mois quelques sous aux chômeurs (façon d’acheter la Paix sociale à défaut de fournir un vrai travail – sachant qu’il dépensait des sommes folles pour co-financer le travail, mais que les entreprises utilisaient ces aides sans créer de postes), après le Grand Soir on remit en route la vieille idée des Ateliers Nationaux et Communaux, initiés en 1848. Le but était non seulement de subvenir aux besoins des chômeurs et autres inactifs du fait de leurs métiers non-prioritaires, mais aussi (et surtout) de faire en sorte qu’ils se sentent et qu’ils se rendent utiles. Ainsi, nombres d’entres eux furent délégués à des projets de Développement, d’Aménagement, d’Emancipation Sociale, bref : de mieux vivre pour l’ensemble de la population. Ils épaulèrent également des porteurs de projet qui n’avaient pas suffisamment de ressources humaines pour les mener à bien.

• E : Nickel ! C’est bien vrai que trop souvent on considérait que les gens au chômage soit ne faisait pas d’efforts pour trouver un travail, soit était incapables de se rendre utiles. C’est sûr qu’au début du chômage c’est cool, tu es Libre, tu t’organises comme tu veux et tout et tout. Mais d’une il faut bien gérer son portefeuille car les allocations ne sont pas si importantes que ça, mais surtout, il est difficile de s’occuper sans (relativement vite) tourner en rond, et encore plus insupportable de rester inactif. Et il faut encore moins sous-estimer l’aspiration de tout humain à s’épanouir dans des activités utiles à soi-même comme aux autres : c’est ce qu’on appelle le besoin de reconnaissance sociale (qui ne passe pas forcément par l’argent, mais sûrement par une activité).

• M : C’est magnifiquement dit ! En complément de ça, je te dirais également qu’on a fait un énorme travail pour que l’ensemble du territoire bénéficie des bienfaits de la Révolution. Quelques jours après le grand Soir, il fut décidé Collectivement qu’une des premières grandes missions de cette nouvelle ère était de développer les régions qui le souhaitaient, par un meilleur système de transport, des communications aisées et rapides (haut débit et fibres optiques là où c’était possible, autres solutions ailleurs). Mais enfin et surtout, last but loin d’être least [le moindre], on a développé le concept d’urbanité villageoise (ou de villagisation urbaine) !

• E : C’est marrant tes trucs ! Et ça consiste en quoi stp ?

• M : En fait, l'accent est fortement mis sur le développement social local (déjà expérimenté au Québec, en Catalogne et en Belgique), qui permet de renforcer les Solidarités de proximité et le lien social. On a mis en place la culture du travail social Collectif qui s'appuie sur les ressources locales (voisinage, équipements de proximité) et s’inscrit clairement dans les pratiques locales. On a crée des structures en fonction des besoins locaux, qu’on a mis en relation avec les attentes extérieures. Du coup, les uns avaient du travail un peu partout sur le territoire, et les autres étaient servis à domicile, à proximité ou non, matérialisé ou non.

• E : D’accord, n’importe quel trou perdu se créait son propre marché en fait, en proposant ses services ?

• M : Oui, tout ça grâce aux places de marché virtuelles qui permettent de mettre en relation aisément l’offre et la demande, et aux nouveaux moyens (et à grande échelle) de communication et transport ! Ce qu’on voulait à tout prix (surtout après la canicule dramatique de 2003), c’était rompre l’isolement social, qui avait de nombreux effets secondaires sur les personnes et était bien souvent à l'origine de la dégradation du comportement des familles. L’idée était aussi (sachant les drames que cela provoquait, et ce à grande échelle), de rompre ce repli sur soi des familles fragiles, pour lutter contre la maltraitance et les violences de toutes sortes (y compris contre soi-même). L’autre aspect fut d’agir contre un autre facteur le plus fréquemment cité dans les débats, celui des carences éducatives des parents, qui renvoie souvent à une immaturité des parents, à une absence de repères, à un repli sur soi encore une fois.

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21 janvier 2005 5 21 /01 /janvier /2005 21:00

Des pouvoirs
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• M : C'est sûr que ce n'était pas tous les jours évident. Surtout que les Utopiens se méfiaient terriblement des anciens cadres politiques et leur avaient donc interdit toute députation ou rôle dans les nouvelles structures du pouvoir populaire (et qui entendait bien le rester !). La période transitoire fut la mise en application de la Démocratie Participative théorisée et testée depuis moult années dans des organismes de tailles variables (notamment les associations et les coopératives), avec pour base le Peuple et comme agents des personnalités reconnues de la société civile (enseignants, cadres, membres d'associations). Pour construire les nouveaux modes de gestion de façon à en assurer le partage social, il fallait mettre en œuvre de nouvelles formes d'exercice de la Démocratie. Nous devions définir un projet politique alternatif qui valorise les ressources et les différences locales, qui cherche à promouvoir l'Autonomie consciente et responsable. En fait, les structures de consultation, de décision, de gestion, qui assistent la Commune (ou l'Union des Communes) constituent une forme intermédiaire entre la Démocratie déléguée et la Démocratie Directe (assemblée, référendum, etc.), même si le Peuple n'est pas loin d'avoir les pleins pouvoirs.

• E : D'accord, donc en fait la nouvelle Commune a redéfinit la composition des nouvelles instances en veillant à l'équilibre entre les acteurs politiques, économiques et sociaux.

• M : Exactement : les nouveaux processus de décision, inspirés, dans la composition des acteurs qui les endossent, des complexités des statuts municipaux médiévaux, sont réinterprétés de façon à donner la parole aux diverses composantes de la société contemporaine dans la définition des lignes d'orientation et le contrôle des mandats autant que celui des résultats impératifs. Les instances de décision de la nouvelle Citoyenneté comprennent ainsi des représentants des principales associations économiques et sectorielles (artisans, agriculteurs, commerçants, industriels, etc.) ; des représentants des principales associations sociales, culturelles, écologistes ; des représentants de comités et de forums, thématiques, territoriaux, multi-professionnels ; des représentants des circonscriptions ou assemblées de quartier, de zone plus ou moins étendue et diversifiée. La nouvelle Commune visait à obtenir que, dans le financement des projets locaux, les collectivités d'ordre supérieur puissent promouvoir des modalités Participatives contribuant à leur définition. Ainsi, l'implication d'une plus grande pluralité de sujets dans les processus décisionnels permet une véritable connaissance du contexte local, par l'appréhension des problèmes qui échappaient à la bureaucratie, autant qu'un Partage accru des initiatives et du retour d'expériences, tout ceci gage de Coopération Solidaire.

• E : Et comment ça marche alors ?

• M : Chaque ville ayant son Assemblée Communale, composée des émissaires des quartiers, les débats se faisaient sur proposition des circonscriptions. Pour chaque domaine de la vie sociale (Alimentation, Activité, Sûreté Générale, Services Publics, Enseignement, Finances, Relations Extérieures), une Commission fut dotée de 7 membres pour définir différentes propositions et les observations s'y rattachant. Ces pistes de réflexion étaient alors discuter par l'Assemblée Communale qui négociait des décisions consensuelles. Parallèlement, une Commission Exécutive pouvait être nommée et composée de 9 membres afin de mener des études précises ou de veiller à faire appliquer les mesures votées. Le Peuple Participait à cette forme de Démocratie en définissant des orientations politiques, en mandatant des représentants pour exprimer ses Volontés Populaires auprès de l'Assemblée Communale (certains points étant impératifs) et en surveillant la conformité des décisions d'avec la teneur des débats dans les ateliers de discussions. Pour faire court, les spécialistes et experts proposaient des solutions aux problèmes exposés par des Citoyens, le Peuple disposait !

• E : Mais il n'y a pas eu de tentatives contre-révolutionnaires par rapport à ce nouveau système institutionnel où il n'y avait plus de place pour les élites ?

• M : Si, mais pas tant que ça, et surtout très peu puissantes et efficaces. D'une, les Utopiens avaient prévus le coup en bloquant les accès des casernes et autres sanctuaires de la force obscure, et de deux les anciens du système étaient très surveillés. De plus, et pardessus tout, il s'agissait d'une Révolution Citoyenne et Pacifique, basée sur l'application concrète de la Liberté, de l'Egalité et de la Fraternité, donc peu nombreux (même et surtout nos sœurs et frères européens) étaient ceux à exprimer un profond désaccord avec le Peuple dans toute sa splendeur. On peut même dire que vu que cette Constitution était valide pour un certain laps de temps, ses détracteurs considéraient que lors des nouvelles élections et de la redéfinition sereine des éléments fondamentaux, le Peuple aurait fini sa « récréation » (mot reprit de De Gaulle après les évènements de Mai 68) et reviendrait aux « choses sérieuses ».

• E : Racontes moi comment les gens ont vécus cette faille politico-temporelle.

• M : Comme je te le disais avant, il n'y a pas grand-chose qui changea, si ce n'est que les gens avaient du temps pour se cultiver, se faire leur propre opinion des choses, aider les autres, exprimer des talents cachés. Bref, toutes les activités qu'une vie perdue à la gagner nous empêchait de faire, par succion de l'énergie de volonté au profit de la force d'asservissement, étaient désormais faisables et même promptement encouragées. De plus, les populations étant très désireuses de s'auto-organisées et s'autogérées, de nombreuses structures virent le jour, sous la forme d'associations impulsées par le besoin et l'envie de se regrouper, l'Union faisant la Force pour faire avancer le schmilblick et créer de nouvelles aspirations.

• E : Du genre les expériences ?

• M : Plusieurs Citoyens se sont associés avec chacun un capital ridicule (mais multiple il était conséquent) afin de développer le concept cher à Proudhon de Banque du Peuple. Les entrepreneurs, producteurs de biens et services utiles, se voyaient prêter de l'argent à taux zéro et étaient directement mis en relation avec des consommateurs : la vente des produits diminuait d'autant le solde du crédit ainsi qu'elle encourageait d'autres personnes à lancer de nouveaux projets (car à taux d'intérêt zéro le crédit est peu risqué pour celui qui le contracte et la mise en relation avec les clients favorise un retour sur investissement rapide, ces deux conditions suscitant des vocations professionnelles). De plus, depuis plusieurs années sous forme limitée, le concept des Systèmes d'Echanges Locaux (SEL ou autrement dit le troc) connu une véritable envolée. Le principe en est simple : une personne ayant besoin d'une prestation (matérielle ou non) se propose d'offrir un autre service en échange. Si deux personnes n'arrivent pas à trouver un terrain d'entente sur des Participations donnant-donnant (l'une n'a pas besoin de ce que l'autre peut lui proposer) alors l'un des services reste à charge. Les dettes et créances de prestations sont centralisées : un débiteur peut intervenir chez une personne tierce, un créancier demander un service à toute personne débitrice d'un échange ; les comptes sont soldés par un système de « chèque-heures » d'activité.

• E : J'avais déjà entendu parler de ça avant : en fait c'était les prémices de votre système actuel de Participation avec le concept de la notion d'argent remplacée par celle d'heures d'activité.

• M : Tout pareil : tu vois bien qu'on n'a rien inventé, mais qu'on a beaucoup analysé la décadence des systèmes étatisés et sociétaux de l'autre monde, synthétisé les expériences Alternatives mises en place par contre-modèle, élaboré de nouveaux concepts et/ou amélioré les anciens en fonction des antécédents et de nos projets d'avenir.

• E : Et concernant les entreprises ? Parce que j'imagine qu'elles étaient pas forcément très contentes des modifications institutionnelles ?

• M : C'est le moins qu'on puisse dire. Déjà, les patrons (des secteurs non-prioritaires) ont moyennement appréciés la proclamation de la Grève Générale pendant un mois (le temps de vraiment se poser pour réfléchir), mais l'état (dissout et remplacé par la Volonté Populaire via les Assemblées Communales et Nationale) les exempta d'un mois d'impôts sur les salaires et gela tous les paiements de factures sur ce mois-là (à l'exception des factures d'import-export, pour avoir bonne presse à l'étranger et faire rentrer des devises).

• E : Normal si on voulait éviter la fronde des patrons, petits en premier comme grands.

• M : Exactement, nous étions contre le capitalisme, pas contre les patrons en tant que tel (sauf ceux émanant de conseils d'administration car plus souvent en charge de structures importantes et donc plus tentés par le despotisme économique et managérial). Du moins pas les vrais entrepreneurs qui se cassent le cul tous les jours pour faire tourner la boîte ! Dans les secteurs prioritaires tels que l'alimentation ou les télécommunications, les employés furent très investis dans leur gestion Participative aux affaires courantes. Depuis le temps où les ouvriers et les cadres se plaignaient de se saigner aux quatre veines pour la performance de leur entreprise sans trop voir de retour sur efforts, à présent ils avaient la possibilité, voire la mission, de cogérer les orientations et les décisions internes. Là où les syndicats étaient devenus incapables, par protection de leurs propres intérêts plutôt que de ceux qu'ils étaient censés représenter, les réunions entre ouvriers-producteurs, cadres-opérationnels et stratèges-(ex)décideurs montrèrent toute leur efficacité. Nous n'étions plus dans un schéma d'opposition entre les possédants du capital qui décident et les employés, n'ayant que leur force ou leur capacité de réflexion, qui subissent et produisent sans pouvoir rien dire. Ces rapports d'exploitation de l'humain par l'humain, identiques aux contraintes martiales chères aux gradés de l'ex-armée permanente, furent remplacés par une gestion concertée, multi-partie et englobant tous les secteurs concernés en amont comme en aval.

• E : Les entreprises étaient alors du coup presque gérées comme des associations ?

• M : Oui, à peu de choses près. Justement, le tissu associatif était très dense en France (en parti pour combler les lacunes de l'état et les exigences contraignantes/sur-rationnelles du secteur privé) et donc la population voulait être associée au politique et à l'économique, puisque c'était elle, la Plèbe, qui étant la plus précaire et dépendante, payait souvent les pots cassés et les conséquences des actes manqués ou insensés des « puissants » impuissants (ou traîtres au Peuple et à l'Intérêt Général). En fait, dans de nombreux domaines, les Citoyens se sont réveillés et ont repris à leur compte les tutelles et autres organes pluricéphales de Participation.

• E : Donc, en somme, au lendemain du Grand Soir, les Citoyens ont pris position et voix au sein des structures étatiques et économiques. Plutôt que de subir des décisions qui influent directement sur leur vie, à présent ils Participaient avec un réel contrepoids à l'organisation et la gestion de leurs Communes, Nation et entreprises.

• M : Exactement, c'était la fin de la délégation absolue, au profit d'une Participation intensive aux débats et décisions finales.

• E : Et par la suite, à la fin de cette année d'essai, des évolutions par rapport au lendemain du Grand Soir furent adoptées ?

• M : Oui, tout plein ! Puisque l'idée de base d'Utopia était dès le départ le principe de la Révolution Permanente !

• E : Ah bon, tant que ça ? Pourtant la première mouture constitutionnelle semblait être plutôt pas mal. Mais pour le reste, genre l'abolition de l'argent ou de la propriété, comment en est on arrivé là ? Parce que perso j'osais à peine en rêver et Utopia l'a fait !

• M : C'est vrai que c'est des décisions fortes, mais ça faisait des siècles que les plus grands penseurs internationaux (preuve que ce n'est pas une question de culture, mais de système) argumentaient sur ces thèmes, clés de voûte de la servitude volontaire et des privilèges des puissants.

• E : Expliques moi ça s'il te plait, ça m'intéresse !

• M : Avec grand plaisir, d'autant que c'est des notions fondamentales !

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21 janvier 2005 5 21 /01 /janvier /2005 20:59

Aspirations Citoyennes Constitutionnelles
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• M : Voici les Aspirations Citoyennes Constitutionnelles prenant effet à partir du Lendemain du Grand Soir. Ces Résolutions émanant de la Conscience Collective, sont réputées évidentes pour tous et présentes à l’esprit de tous :


Résolution 1, des pouvoirs :

• E : Ce que j’aurai aimé avoir été là à ce moment. Ce texte est une bonne première étape, pas trop extrême mais quand même, juste ce qu’il faut pour qu’il n’y ait pas de guerre civile ni de prises de pouvoir inopinées.

• M : En fait, pour éviter que ce soit une Révolution dictatoriale parisienne, et parce que la technologie permet l’échange instantané d’idées et décisions, les Communards de la capitale ont fait comme leurs prédécesseurs en donnant le coup de (dis)grâce au pouvoir, mais c’est toute la France qui s’est exprimée sur son devenir et a réagit en temps réel.

• E : Mais justement, comment ça s’est passé les jours d’après, c’était pas trop la pagaille j’espère.

• M : Et bien non, pas trop en fait : les soignants, pompiers, équipes de Sérénité Citoyenne semi-professionnelles, producteurs d’alimentation, éboueurs, énergétistes, enseignants et personnels des transports et des réseaux d’information / communication continuèrent à aller normalement au boulot, si ce n’est qu’ils étaient épaulées dans certaines tâches par des volontaires rendu inactifs par leur métier non-prioritaire. Pareil pour les agriculteurs et autres producteurs essentiels, ils travaillaient moins car des ex-employés venaient prendre le soleil en les aidant dans les champs ou allaient bricoler en usine.

• E : Oh ?

• M : Oui, en fait les gens se sont vachement intéressés à ce que faisaient leurs voisins ou à des métiers qu’ils n’avaient pas pu voir en fonction si ce n’est à la real-tv. En plus, ils étaient vivement incités à Participer quelques heures par jour à différentes activités dans pleins de secteurs différents (opération porte ouverte), comme des enfants découvrant les productions de la civilisation à laquelle ils font partie, afin de pouvoir définir les activités socialement indispensables. La population s’instruisit beaucoup, prenant véritablement conscience des possibilités et capacités inexploitées mais aussi et surtout des gâchis de la surproduction : cette civilisation perdait son temps à produire du superflu alors que son essence même, sa créativité / ingéniosité, était laissée en friche par la plupart des individus.

• E : J’adore, ça dépasse même mes rêves les plus fous.

• M : Et oui, il ne faut jamais sous-estimé l’euphorie et la curiosité humaine et populaire ; même si il faut tout autant s’en méfier !

• E : Je ne te le fais pas dire ! Mais j’imagine alors que ça devait être la fête : les gens allant donner un coup de main et se renseigner comment telle activité fonctionne, puis se regroupant pour refaire le monde ?

• M : Disons que pendant cette transition, hormis les métiers primordiaux, les gens se levaient comme d’habitude, allaient voir avec les enfants comment on fabrique telle produit tout en y Participant sous forme didactique (la rentabilité / productivité n’étant plus un critère supradominant), se rassemblaient ou échangeaient par télécommunication pour débattre des grandes problématiques et définir les axes de développement ainsi que les moyens alloués pour construire une nouvelle civilisation, plus sereine et Solidaire / équilibrée. Et le soir, ainsi que disséminés partout toute la journée, ils assistaient à des concerts : c’était la fête des arts partout, en permanence, ce qui faisait aussi partie de l’Emancipation culturelle.

• E : Glop Glop, ça devait être trop de la balle !!! Mais, concrètement, comment vous avez assuré la gestion de la vie de la Cité au jour le jour ?

Les Individus ne consentant plus à déléguer leurs pouvoirs sans contrôle, toutes les formes d’autorité, ainsi que les hiérarchies de toute nature, perdent leur emprise de domination / aliénation avec leur raison d’être, tout naturellement. Désormais, le pouvoir réside exclusivement dans le Peuple, exprimé dans le cadre d’une Démocratie Participative. La gestion de la Commune et ainsi de la Nation se fera par la nomination de personnes compétentes, mandatées pour la réalisation pratique d’orientations précises et impératives ; ces délégués sont révocables à tout instant par les Citoyens ;

Résolution 2, de la sérénité citoyenne : Les forces oppressives de l’ordre sont dissoutes. Cependant, en attendant la définition d’une nouvelle forme Libertaire de gestion des populations et pour éviter les agissements néfastes à la Paix Sociale, les Citoyens mandateront 3 des leurs pour encadrer des trios professionnels (choisis parmi les éléments modérés des anciennes structures de police, jamais de gendarmerie car liée à l’armée, elle-même dissoute dans ses prérogatives permanentes) de Protection et Service dans leur quartier ;

Résolution 3, du travail : Après la Démobilisation Générale et l’arrêt total, ne seront ranimés que les services et les productions dont le manque se révélerait intolérable (énergies, alimentation, soin, transports, information / communication, éducation). Les structures des systèmes non prioritaires seront maintenues à l’état de marche jusqu’à décision sur leur sort. Parallèlement à l’ingestion des connaissances utiles à toute décision éclairée, la réflexion créatrice s’efforcera de définir des objectifs cohérents susceptibles de justifier la remise en route de certaines activités et abandon des industries néfastes et non reconvertibles (armement, nucléaire à moyen terme). Toutes les personnes sans activité seront, selon leurs envies et capacités, attribuées aux travaux manquant de moyens humains. Tout comme dans le cadre politique, les employés Participeront à la prise de décision concernant la structure pour laquelle ils travaillent. L’ensemble de la population se devant de Participer aux tâches utiles, le temps journalier de travail ne devra pas excéder 6 heures par personne, afin de pouvoir s’informer, débattre, s’éduquer, s’épanouir culturellement. Les Participants recevront une indemnité journalière (avec un minimum confortable) en fonction de leur engagement ;

Résolution 4, de l’éducation : Le temps d’arrêt sera mis à profit par tous pour acquérir la somme des connaissances indispensable pour pouvoir décider en toute conscience de la suite et du cours à donner, en toute logique, aux actions Collectives futures ;

Résolution 5, de la suite de la procédure : Après l’adoption de cette Constitution basique, aucune force ne pourra modifier cette Charte car la souveraineté réside à présent intégralement dans le Peuple et nul ne peut réprimer son pouvoir. Après une période de transition via des expérimentations et des réflexions / débats, les Citoyens seront appelés localement à définir des projets pour leur Commune, Région (dans le sens de terroir), « Nation » (dans le sens d’espace francophone culturellement et ethniquement varié) et surtout pour leur vision nouvelle des liens avec l’Europe actuelle (même si la France est clairement européenne, elle ne l’entend pas l’être à n’importe quelle condition). Ils auront pour cela les synthèses des Cahiers de Doléances, les conclusions des débats d’ateliers et de la députation régionale, étayées des différents points de vue culturo-régionaux exprimés à la Constituante, le tout servi par la prise de recul et le retour des expériences menées (en France comme à l’étranger, le pays étant loin d’avoir un quelconque monopole des bonnes idées).
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21 janvier 2005 5 21 /01 /janvier /2005 20:58

 

11 - Les Trompettes du Jugement Dernier
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• Esperanta : Mais qu'est ce qui m'arrive ? Tu pars en sucette ma fille ! Je ne me reconnais pas dans mes propos d'avant : Utopia m'a fait virer mal, à droite !!!

• Moa : Oui c'est bizarre, tu as eue des pures réflexions de droitière, mais ce n'est pas grave en soi.

• E : Pas grave ?!?! J'ai toujours été une pure Gaucho, attirée au fur et à mesure par les « extrêmes » (je préfère dire les radicalités) parce que les partis institutionnels étaient mous du genou et trop dirigés par certains gourous. Je me sentais profondément Anarchiste, Libertaire, « Communiste » anti-autoritaire à la limite, mais jamais j'aurai crue pouvoir tomber aussi bas qu'en doutant de mes Concitoyens à s'organiser Harmonieusement par eux-mêmes ou qu'en tenant des propos de droite dure.

• M : T'inquiètes pas, l'Anarchie (seule absence de « chef », de supériorité, sur la base de nouvelles organisations – sans structures c'est l'anomie) englobe nombre de concepts qui peuvent aussi plaire à des gens de droite (Respect de la Liberté Individuelle, pas trop d'état ou d'oligarchie omniprésente – abolition de la surpuissance d'une classe qui gère sans partage le pouvoir). Je pense que tu croyais tellement à une Grande Révolution telle celle-ci, que tu y avais placé tous tes espoirs, mais maintenant que la Lutte est finie, tu as besoin de montrer les dangers inhérents aux pouvoirs (même, voire plus encore, lorsque ceux-ci sont aux mains du Peuple, de tous les Citoyens) pour te voir rassurer sur la non répétition des traîtrises passées (communisme autoritaire, fascisme, nazisme, Gaullisme, Mitterrandisme et socialisme réformiste) qui partaient aussi d'un « bon sentiment » mais dont les résultats furent humanicide et liberticide.

• E : Très juste. Je te rejoins complètement là-dessus : je crois bien qu'effectivement, au fond de moi, je souhaitais tellement le Grand Soir tout en ayant peur des dérives, que j'ai préféré fuir devant le risque en me cryogénisant le lendemain de l'avènement du rêve de toute ma (jeune) vie, cette Lutte Finale ouvrant la voie à la Révolution Permanente. Je n'aurai pas supporté de voir l'Avenir de l'Humanité (obligatoire vu la dégénérescence ambiante de notre civilisation, et plus globalement de notre monde) partir une énième fois en couilles par l'accaparation de certains du pouvoir ou de l' « irresponsabilité » des Citoyens.

• M : Je comprends bien, surtout que dans l'autre monde, tu avais toutes les raisons de craindre de telles dérives. Mais heureusement, les Utopiens avaient bien tirés les leçons du passé. D'autant plus qu'ils savaient que l'Histoire les regardait et qu'après la traîtrise du communisme autoritaire, il n'y aurait pas de troisième chance pour des projets de civilisation basés sur la Liberté, l'Egalité et la Fraternité dans leur sens radical : c'était l'Anarchie ou la mort !

• E : Je suis pas bien là, je me sens toute chose ! Comme si j'était une combattante acharnée pour la Révolution, et une fois celle-ci achevée, maintenant je me sens complètement inutile, ne sachant que Lutter et peu créer ou ne serait-ce que vivre.

• M : C'est « normal », c'est le syndrome post-combat. Che Guevara eut la même réaction après la victoire de la guérilla de Castro en 1959. Il devint ministre, mais n'était jamais dans son ministère, toujours au contraire à côté de la population, pour montrer l'exemple dans les dures tâches qui attendaient la Révolution. Mais même au contact de son Peuple frère (il était Argentin mais se battait pour les Cubains), il ressentait le besoin de se battre à outrance jusqu'à la Libération Finale de tous les Peuples. Il partit ainsi pour Révolutionner le Congo colonisé par les Belges, puis pour la Bolivie (piège des Russes et de Castro pour qu'il s'y casse les dents et se calme ; finalement il y fut arrêté puis exécuté en 1967 sur ordres de la CIA pour ne plus jamais à avoir entendre parler de lui et de la Révolution). Sauf qu'encore une fois, le cadavre était à terre, mais l'Idée restait debout (mot de Victor Hugo après l'épuration idéologique de la Semaine Sanglante expiatoire de la Commune de 1871).

• E : Je ressens un peu la même chose effectivement. Je suis une femme musulmane qui a grandie en banlieue parisienne dans les années 80. Ma jeunesse était faite d'intolérance envers les beurs et encore plus auprès des beurettes (même et surtout de la part des mâles de ma communauté, vieux ou jeunes réac). Je me suis toujours battue, d'une pour exister en tant qu'individu (et pas juste fille ou sœur de machin) puis pour vivre (et plus survivre) comme n'importe quelle Française. Je croyais encore innocemment que l'ascenseur social était moins en panne que celui de ma cage à lapin. Je me suis arrachée le cul pour réussir dans un lycée classique (alors que nous avions des problèmes spécifiques, nous « sauvageons ») et j'ai plutôt bien réussie. Mais après mon école de commerce, j'ai bien vu que, malgré les beaux discours des politiques sur l'intégration, il existait un plafond de verre empêchant les générations issues de l'immigration de se faire une vraie place dans cette société à laquelle nous appartenions pleinement, étant pour la plupart nés en France ou culturellement construits par le soi-disant « Pays des Droits de l'Humain ». Mon (seul et vrai) combat dans cette chienne de vie, c'était bien l'avènement d'un monde meilleur. Tout le monde disait qu'un autre monde était possible, et moi j'entendais bien Participer activement à sa création, non pas attendre qu'il vienne comme par enchantement.

• M : C'est tout à ton honneur ! De toute façon il se devait d'y avoir une Révolution, quelle qu'elle soit, car notre civilisation allait droit dans le mur, qui plus est en se marrant naïvement. Soit c'était celle du néolibéralisme soit la nôtre : la Révolution Permanente Humaniste, Démocratique et Sociale.

• E : Aujourd'hui je suis bien heureuse que notre projet civilisateur ait « gagné » et que l'Humanité toute entière vive mieux et en Harmonie avec les Autres et la Nature.

• M : Et oui, et je comprends d'autant mieux qu'ici à présent c'est une nouvelle vie qui commence pour toi. Ici à Utopia, tu n'as pas besoin de te battre, on t'écoute, on débat avec toi. C'est véritablement la Confédération des Egaux (allusion à la Conspiration des Egaux, inspirée par Gracchus Babeuf, premier communiste – au sens large et pas marxiste du terme, qui voulut organiser un coup d'état pour imposer l'Egalité que les parlementaires de 1789 – essentiellement bourgeois ou assimilés – se contentaient de graver sur les frontispices des bâtiments).

• E : Mais je crois bien que mon gros problème par rapport à ça, c'est que je n'y étais pas préparée. Je me concentrais surtout sur la Lutte, hasta la Victoria siempre (jusqu'à la Victoire Finale, mot du Che).

• M : Ah beh si, même toi, tu n'étais pas mise en condition pour Utopia, je vois mal qui le serait ! Tu m'as bien dit que tu allais en teuf techno, paradis de la zone Libre, que tu avais fais quelques évènements de la Contre Culture (Forums Sociaux et alterG8 – réunion des 8 pays les plus riches de planète) dont certains à l'étranger. Tu étais déjà Utopienne avant que nous prenions ce nom !

• E : Oui mais … je sais pas, c'est chelou, ici j'ai trop l'impression … d'être parmi les miens, … mais pas à ma place. Comme si je n'arrivais pas à m'adapter car mon hardware est encore pollué par les préjugés et erreurs de mon époque. C'est déconcertant, mais d'une force : ça me trou le cul !

• M : T'en fais pas pour ça : avec le temps tout va, avec le temps tout s'en va !

• E : Mouais, je suis à moitié convaincue !

• M : Toujours est-il que je t'ais un peu éclairé, il faut donc que tu t'assumes par toi-même à présent. Je ne veux être le gourou de personne : je t'ai donné les enseignements de base, mais maintenant c'est à toi de gérer, même si ce ne sera pas toujours facile, mais tu es bien armée pour affronter tout ça.

• E : Tu m'abandonnes ???

• M : Pas du tout, si tu veux toujours de moi ! C'est juste que j'arrête le traitement de longévité à la Télomèrase.

• E : Quoi, c'est quoi encore ce truc ? Tu ne m'as pas tout dit alors ?

• M : Parce que ce n'était pas si important en soi. La Télomèrase empêche les cellules de diminuer en taille après division, comme le fait le cancer, empêchant ainsi le suicide des cellules. Elles vivent donc éternellement, et le corps plus longtemps et surtout mieux. Je suivais ce traitement pour rester en possession de mes moyens jusqu'à ce que je te trouve et que j'accomplisse ma mission, faire en sorte que ta renaissance ne soit pas trop difficile. Je ne veux pas vivre indéfiniment, ça ne m'intéresse pas, malgré que tu sois là ! Te voilà Indépendante en ce monde, même si je reste à tes côtés !

• E : Excuses moi, Moa, mais je crois bien que je dois faire le vide avec moi-même, ou plutôt avec ce qu'il en reste. Je vais me promener, aller me ressourcer ailleurs !

• M : Tu n'as pas à t'excuser, je comprends. Je suis aussi passé par là, je ne sais que trop bien ô combien ce n'est pas évident de voyager ainsi dans le temps et d'arriver dans un nouveau et complètement différent monde.

• E : Merci pour tout Moa, on se voit chez toi d'ici une heure … enfin … inch Allah (si dieu le veut) !

• M : Ça marche pour moi, à tout à l'heure. Ne te prends pas trop la tête … et n'oublies pas que je suis ton ami, toujours là pour t'aider.

• E : Je tâcherai de m'en souvenir, à plus !


Moa : Je me demande ce qu'elle fait et où elle peut bien être ? Ça craint, je le sens mal cette histoire ! Ça fait déjà une heure qu'elle devrait être là. Je présume le pire. Il n'y a pas moyen, il faut que je la retrouve !!! Mais où a-t-elle bien pu aller ? Je crois avoir ma petite idée à ce sujet, généralement les personnes qui fuguent se rendent dans des lieux qu'elles connaissent, où elles se sentent à l'abri !

Moa se rend sur le lieu présumé.
Personne au Mur, peut-être a-t-elle entendue parler de la tombe de Victor Noir (journaliste assassiné par le frère de Napoléon III en 1870) ? Son meurtre avait soulevé l'indignation et la haine des Français contre l'empereur et sa famille. Et sa fougue de la jeunesse fut représentée sur son lit de mort par une bosse prééminente dans son caleçon : les femmes aimaient à s'y frotter, espérant s'attirer ainsi les bonnes faveurs, fertilisantes, de ce Martyr de la Révolution.
Personne ici non plus ! Peut-être, voire sûrement, là-bas !


• Moa : Je savais que je te trouverai là !
• Esperanta : Coooool ! (dit-elle dans un soupir, dans les vapes)


Moa la regarde avec un visage illuminé, tout autant ravi d'arriver juste à temps que déçu de ne pas avoir réussi à empêcher cela. Esperanta est étendue sur le gisant de l'Enfermé. La contemplant avec les larmes aux yeux, Moa l'embrasse à pleine bouche, tout son Amour se ressent alors dans ce baiser d'une intensité brûlante maculée de l'Emotion de ces frêles chérubins. Telle la Belle au bois dormant, Esperanta ouvre doucement les yeux.


• M : T'as pris quoi ma Belle ? T'as les yeux tout défoncés !

• E : Faut pas me gronder monsieur, je sais que je suis une vilaine fille. J'ai bien écouté le grand gourou et j'ai mis dans ma poche à marsupiaux des jolies fleurs blanches en forme de trompette. C'était super bon en infu (en tisane).

• M : Je ne te gronde pas ma chérie, je souhaiterai juste que tu reviennes parmi nous.

• E : Et si moi je veux pas hihi : la mort c'est pas une punition mon grand, c'est une délivrance.

• M : Peut-être, et même sûrement : la vie ne vaut rien ; mais n'oublie pas que rien ne vaut la vie (puisqu'on a qu'une seule chance) !

• E : Ouah, c'est chanmé ce que tu dis là. Mais tant pis : être malheureuse ou ne pas être du tout, telle est la question ; et j'ai choisi ma réponse !

• M : Si c'est comme ça ! Toi tu pars parce qu'ici tu te sens inutile puisqu'il n'y a plus de Lutte, et bien moi je te suis aussi alors !

• E : Et pourquoi ???

• M : Et pourquoi pas ? Tu crois que pour moi c'est marrant d'essayer d'oublier d'où je viens ??? Je suis comme toi, de l'autre monde, sauf que moi je ne le regrette pas, bien au contraire j'essaie de faire avec, même si je n'échangerai jamais mon baril d'Utopia contre un autre. Ne pouvant totalement renier ma nature de proto-Emancipé, je dois composer avec elle et ses douloureux souvenirs tout en la canalisant pour toujours agir dans le réel intérêt du Peuple et en toute modestie (celle de se comporter presque comme tout individu lambda). Alors que les Utopiens de naissance ont d'origine le sentiment d'Egalité absolue, même et surtout envers les Différences de l'autre (c'est ce qu'on appelle le Respect), je dois me battre contre ma psyché formatée par le culte de fin de millénaire du surhumain. Nietzsche nous aura bien ouvert les portes de la perception sur ce que nous devions cesser d'être, des bêtes à bon dieu, mais sans réel mode d'emploi, les résultats de ce que nous pensions devoir être furent monstrueux (fascisme, stalinisme, nazisme, impérialisme, néolibéralisme, individualisme avec des oeillères).

• E : En tous cas, tu as l'air de bien te soigner, tu gères tes « antécédents ». Mais faut pas non plus en faire tout un fromage : je te rassures, t'es un bon p'tit gars Moa ! Même si tu viens comme moi de l'autre planète, il n'empêche que tu es définitivement de ce monde Utopia. J'imagine que tu n'as plus rien à voir avec le Moa d'avant.

• M : Clair et net ! enfin j'espère. Des fois je doute de mes capacités réelles à m'intégrer dans ce monde.

• E : Eh, qu'est ce qui t'arrive ? Qu'on soit proto-Emancipé, juif, arabe, ou black, ou homo, bref Différent, on nous a toujours regardé de travers, comme si on venait d'une autre planète. Mais à force de dialogues et d'échanges culturelles, nous avons toujours réussi à nous assimiler, même si c'était pas forcément si simple. Alors si en plus maintenant les gens se moquent des Différences pour ne voir que les individus, je vois pas en quoi tu douterais de toi : tu es très ouvert, toujours à écouter et parler avec les gens quels qu'ils soient, à en tirer des leçons, à analyser leurs expériences. C'est pas de la flagornerie, mais t'es un mec bien Moa.

• M : Mouais, merci (soupir et sourire mêlés).


Moa bois lui aussi du reste de l'infusion aromatisée au datura. La scène est surréaliste : c'est Roméo et Juliette (en triolisme), se tenant la main de par et d'autre du gisant de Blanqui.


• Esperanta : Mais si tu es aussi bien ici (quoi que tu en dises), pourquoi me suis tu vers l'Ailleurs ?

• Moa : Parce qu'ici je suis souvent en lutte contre mes propres instincts, hérités de l'autre monde ! Même si je peux les canaliser, le virus des idées périmées sera malheureusement toujours en moi ! Ta présence, toi ma belle qui arrive de notre passé, me donne une nouvelle consistance : pour les Utopiens je suis avant tout un rescapé des Enfers, alors que toi je sais que tu comprends très bien ce que je vis. Nous sommes une symbiose : tu me permets de mieux assumer mes antécédents et de réellement apprécier ce que je suis ici par rapport à avant, alors que j'espérais pouvoir te faire partager toute la quintessence de ce Nouveau Monde si beau et pur ! Maintenant, si tu t'en vas, je préfère les vers de terre que vivre ici seul, avec ton souvenir impérissable.

• E : Minute papillon : moi je suis responsable de mon suicide, mais je veux pas que tu me copies, t'as pas le droit !

• M : Et pourquoi ?

• E : Parce que !

• M : Ce n'est pas une réponse !

• E : Si, c'est la mienne !!!

• M : …

• E : (putain, j'arriverai jamais à me foutre en l'air tranquille) Bon, t'as gagné, je veux pas me prendre la tête et assumer un suicide en duo.

• M : T'inquiètes, je suis responsable de mes actes !

• E : Donnons-nous une nouvelle chance, on verra bien ce que ça nous apportera. Il n'est jamais trop tard pour bien faire !


Moa lui administre l'antidote et en prend aussi ; Esperanta commence à décomater un peu.


• Moa : Je suis ton ami (et j'espère même plus) Esperanta, tu peux me dire ce qu'il s'est passé ?

• Esperanta : J'ai bien écouté mon prof et donc j'ai voulu partir bien, en rêvant, le sourire aux lèvres !

• M : Mais pourquoi avoir pris une infusion de datura ?

• E : Parce que la fleur est jolie et que j'en avais entendue parler : on m'avait dit que c'était surpuissant, que tu sortais de ton corps pour te voir de l'extérieur, que tu revivais (avec une impression de réalité effarante) des scènes du passé avec des êtres chers disparus. J'avais besoin de me ressourcer, de demander conseil à mes proches qui ne sont plus là depuis des décennies !

• M : Et pourquoi cette tombe en particulier ?

• E : Parce que, sortie de mon moi-même, je pouvais me voir, et plus facilement me comprendre avec cet éternel exemple qu'est Blanqui, le professionnel de la Révolution ! Etant perdue, j'avais besoin de comparer nos destinées (l'une gisant à côté de l'autre) !

• M : Je vois bien l'analogie entre vous deux : Auguste Blanqui, le père de « Ni dieu, ni maître ! », passant 36 ans en prison pour n'avoir jamais cessé de défendre (et surtout Lutter pour) la Cause (qui s'est malheureusement souvent dérobée à lui). Je me suis fréquemment demandé comment il aurait vécu si il avait vu l'avènement de son rêve (notamment lorsqu'il fut emprisonné à la veille de la proclamation de la Commune, le 18 mars 1871, mit à l'isolation complète et ne prenant connaissance du drame qui s'est déroulé qu'en 1876 à sa Libération).

• E : Lo no say! Mais sûrement qu'il aurait été dans le même état que moi. C'est bien pour ça que je suis venu lui demander conseil.

• M : Certes, mais je doute qu'il te répondes, il est mort en 1881, soit il y a 175 ans !

• E : Peut-être, mais en tout cas, je ressens son énergie, ses good vibes qui m'inspirent. C'était ça ou directement rejoindre Jim Morrison (tombe à proximité, toujours dans le Père-Lachaise) et prendre ma carte de membre du Club des 27 (artistes morts à l'âge de 27 ans, notamment Ottis Reding, Jimmy Hendrix, Kurt Cobain).

• M : Mais au-delà des commentaires d'outre-tombe, ce que tu as vu ces derniers temps, cela ne te suffit pas à te faire une idée précise sur tes capacités (et avant tout envies) à bien, ou plutôt dans le cas présent mal, vivre à Utopia ?

• E : Beh, c'est super flou ! Bien sûr qu'Utopia c'est de la balle, mais est-ce que je serais capable d'y trouver ma place et de m'y sentir à l'aise, je ne sais vraiment pas.

• M : Raison de plus pour essayer : quand on ne sait pas mais qu'on a envie de (se) découvrir, il faut tenter, tout en gardant à l'esprit que c'est toi qui décide du début comme de la fin du « jeu ».

• E : Bien envoyé ! Mais ce n'est pas évident de trier parmi ses sentiments, et encore moins de canaliser ses peurs !

• M : Je n'ai pas dit le contraire. Mais ça vaut au moins la peine d'essayer. Qui ne tente rien, n'a rien. Je te laisse réfléchir là-dessus !

• E : Après tout, pourquoi pas ? C'est vrai que même si ce monde est complètement différent, il vaut la peine d'être vécu. Surtout avec un tel guide. Notre histoire au fond, c'est que tu es mon Ariane, me tendant un fil conducteur pour sortir de mon labyrinthe de l'esprit où je lutte contre mon propre Minotaure, mon éducation de fin de civilisation.

• M : Je sais trop bien ce que tu traverses en ce moment, je suis aussi passé par là à mon arrivée ici. C'est pour ça que j'ai essayé, tant bien que mal, d'être très pédagogue avec toi, pour te montrer que ce n'est pas si difficile que ça de vivre au Paradis terrestre, même si l'on sort d'un grand voyage à travers le Temps et Soi-Même (toute la durée de la cryo est un rêve ininterrompu).

• E : Pour sûr, j'en ai des séquelles !

• M : T'inquiètes, ça s'estompera avec le temps, et je parle en connaissance de cause !

• E : Tu crois vraiment, et dis le moi en toute sincérité, que je peux me plaire ici ?

• M : Ah ça ma Dulcinée, il n'y a que toi pour le savoir, mais ais confiance ! Même si l'apprentissage et l'élaboration d'un nouveau monde sont difficiles, ça vaut la peine d'être vécu, car c'est Notre monde, comme Nous le voulons !

• E : Ouais c'est clair !!!

• M : En parlant de ça, le mieux serait peut-être que je te montre ce qu'est l'Utopia de tous les jours, à toi après de te faire ta propre idée des choses.

• E : Ça me va, c'est vrai que jusqu'ici j'ai surtout vu la partie émergée de l'iceberg, je suis curieuses de voir ce qui ne saute pas aux yeux (comme dans de nombreux domaines, c'est souvent ce qu'il y a de plus intéressant, du moins révélateur) : la vie quotidienne des Utopiens et leurs moeurs. Mais racontes moi d'abord les évolutions d'après le Grand Soir, pour que je comprenne comment on est arrivé à l'An 01, ça m'aidera à évoluer en comprenant les motivations et avancées des projets pendant que je dormais dans le froid absolu !

       
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21 janvier 2005 5 21 /01 /janvier /2005 20:58

 

12 - Les Lendemains du Grand Soir
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• Moa : Comme tu le sais, dès le matin du Grand Soir il fut décrété la Démobilisation générale, où tout le monde arrête tout, sauf les services et les productions dont le manque se révélerait intolérable (énergies, alimentation, soins, éducation, transports, information / télécommunication). Le lendemain du Grand Soir, tous les Citoyens furent appelés à s’exprimer sur le projet de civilisation qu’ils souhaitaient mettre en place après la décadence de l’ancien système dogmatique.

• Esperanta : C’est la pure prolongation des évènements de Mai 68 ton truc !

• M : Et ouaip dame ! Déjà en 68, la technologie s’était développée, l’économie se portait à merveille (il n’y avait quasi pas de chômage), mais la société elle-même (surtout les individus) n’avait pas progressée. Avec le carcan de lois issues du parachutage de De Gaulle et sa république dirigiste/colonialiste de 1958 (la Vè avec un régime de président/roi), depuis les années 60 et les Beatles il existait une véritable quête de Liberté et de Progrès Social, à tous les niveaux. Les années hippies (ou faussement appelées beatniks, « ceux qui lâchent tout », mouvement des années 50 contre une société US qui décadait idéologiquement avec son impérialisme guerrier anti-communiste et la déception du rêve américain ; jeunes fuyant cette dure réalité via la picole et l’errance, opposés des babas cool car blasés de la vie, ils les dénigraient en les appelant hippies, signifiant « dans le vent, tendance ») exigeaient de plus une Egalité et Fraternité réelles et plus de façade, mêlées à une efficace et impartiale Justice Sociale. La Liberté des mœurs et du reste fut acceptée (heureusement quand même, on fait ce qu’on veut de notre corps) et entérinée (sexualité, possibilité pour les femmes d’avoir un compte bancaire à leur nom et de travailler sans l’aval du mari – comme quoi la France était encore bien rétrograde à l’époque), ainsi que des progrès économiques concédés (augmentation des salaires de 30% – signe qu’il y avait du pognon mal redistribué, réduction du travail horaire et plus de vacances), mais pour l’Egalité et la Justice Sociale, ça il n’en était absolument pas question ! Dès lors, la France déclina et implosa littéralement, prisonnière enchaînée de ses propres institutions et du poids accumulé de l’Histoire (code pénal des dictateurs Napoléon, lois d’une IIIè république bancale, aspirations nationalistes de Vichy et d’après guerre ainsi que de « décolonisation » officielle – et encore, pas dans les DOM TOM ni départements qui le souhaitaient, ni même concrètement en Afrique avec le copinage de chasse gardée France-Afrique) ainsi qu’avec son cortège d’influences, de pressions et de dirigismes omniprésents. Toutes ses couches superposées et remaniées tant bien que mal, tout en faisant en sorte que tout l’édifice ne s’écroule (ce qui n’est pas évident d’où une machinerie coincée), devaient être Révolutionnées de fond en comble.

• E : Vous deviez du passé faire table rase !

• M : Exactement, mais en gardant le meilleur et en l’améliorant encore. Quant au reste, les anachronismes inadaptés au IIIè millénaire, nous les prîmes comme exemples … à éviter absolument.

• E : Et comment vous avez organisé ça ? C’est un travail énorme, j’imagine que ça se fait pas comme ça.

• M : La France était malade, l’intox en était la tumeur, mais aucun médecin ne lui avait clairement demandé quels étaient ses maux, mais au contraire ils croyaient savoir, bilans à l’appui, quels seraient les traitements magiques. Depuis 68, notre beau pays dépérissait, tant au niveau politique, qu’économique et surtout social. La nation d’après 68 avait mal à la tête et le cul en feu : toute retournée de l’Anarchie Individualiste qui posait de vraies questions en apportant des réponses tantôt extrêmes dans l’idéalisme, elle ne savait trop que faire de ses jeunes et Citoyens ne se reconnaissant plus dans cette société décadente. Les chers politiques qui, grands opportunistes technocratiques et communicants qu’ils sont, surfaient sur le mécontentement sans comprendre les fondements de cette déferlante Emancipatrice, cherchèrent moyennement des solutions durant 40 ans afin de ménager les privilèges des dominants qu’ils représentaient, proposant des sparadraps devant une plaie béante.
Le Peuple se décida finalement (le temps qu’une nouvelle génération reprenne le flambeau avec le recul des leçons du passé) à faire entendre clairement sa voix au jour du Grand Soir. Nous avons alors tout simplement décider de reprendre le bon vieux principe du Cahier de Doléances en vigueur lors de la convocation des Etats Généraux avant la Révolution de 1789. Quand le Peuple n’est pas satisfait, il ne sert à rien (et c’est dominant) de proposer des solutions toutes faites : les Citoyens savaient ce qu’ils ne voulaient plus, mais il était plus difficile de définir ce qu’ils souhaitaient pour l’avenir.

• E : C’est une bonne idée ça d’avoir remis au goût du jour les Etats Généraux. Ça devait être un peu comme les ateliers de réflexion des Forums Sociaux, où tous les sujets sont abordés, par thème, avec des spécialistes qui livrent leurs analyses et synthèses, puis les auditeurs qui peuvent poser des questions pour préciser certaines informations et ouvrir de nouvelles portes d’interrogation.

• M : Oui voilà, un peu dans ce genre là. Puis les Cahiers permirent aux Citoyens d’exprimer Librement leurs constats, analyses et proposaient des solutions à discuter. Avec internet et les traitements logiciels, toutes les remarques furent rapidement synthétisées par domaine (organisation de la vie de la Cité – politique dans le sens noble du terme –, travail, santé, justice, développement durable, éducation, culture, …) et débattues en ateliers de 30 personnes.

• E : Cool, oui, c’est vraiment comme aux Forums Sociaux ! Sauf que là c’est vraiment Démocratique car ce sont les Participants eux-mêmes qui définissent les thématiques et sujets abordés.

• M : Et oui, ensuite l’atelier devint à la fin des débats une Assemblée Locale où l’on détermina les points d’accord et les questions en suspend avec les différentes propositions qui en découlaient. Chaque audience nomma 3 émissaires qui allèrent exposer et débattre avec les autres mandatés des ateliers de la Commune (ou de l’arrondissement pour les grandes villes). Dès lors, chaque ville connaissait ses tendances générales profondes et leurs variantes.

• E : Et ?

• M : Et tous les émissaires s’assemblèrent en députation (selon les limites géosociales, équivalentes aux Communautés de Communes) pour définir un consensus avec toutes les Communes du secteur et noter les points litigieux. Ensuite, les émissaires déterminèrent 5 personnes jugées les plus à même de défendre les points de vues de la députation au niveau national.

• E : Mais c’est le retour du copinage ton machin !

• M : Non, c’est juste que les émissaires donnèrent leur avis sur les plus capables ; les uns ne connaissant pas forcément les autres. De plus, afin d’éviter une contre-révolution et tourner la page, aucune personne ayant effectuée un mandat politique dans l’ancien système ne pouvait se présenter à une quelconque députation. Après, bien sûr ce furent les Citoyens qui nommèrent 3 députés (parmi les 5 proposés) pour exprimer leur volonté synthétisée (et non pas un programme marketing pré-rédigé/prédigéré) auprès de l’Assemblée Constituante à Paris. Dans les bureaux de vote, les électeurs (toute personne résidente permanente sur le sol français, quelle que soit la date d’arrivée) retrouvèrent les grandes thématiques sociales abordées lors des ateliers, sous forme de questionnaire à choix multiples (de propositions synthétisées des débats à la députation) avec possibilité de commentaires (pas comme auparavant avec le bulletin de vote qui devenait alors nul).

• E : C’est clair, moi ça me saoulait toujours de pas pouvoir m’exprimer sur mes idées mais que sur celles des candidats politiques.

• M : Alors qu’il vaut mieux donner le pouvoir à celui qui ne le veut pas !

• E : Tu as bien raison ; tous ces rapaces, ces vautours à l’affût de la moindre faiblesse de leur ennemi politique, plus à l’écoute de leurs bas instincts électoraux que des maux (et mots aussi) des Citoyens, ça me dégoûte !

• M : Mais là, je te rassure, tu penses bien que si le Peuple avait fait le Grand Soir, (cette fois) ce n’était pas pour donner le pouvoir à de nouveaux morfales et autres retourneurs de veste. Les députés partaient à la Constituante avec un mandat impératif (alors que dans les précédentes Constitutions ce n’était jamais le cas), s’agissant de défendre les choix sociétaux de leurs mandataires (et non plus administrés à qui l’on « impose » ses idées, formatées pour être populaires – voire populistes-électoralistes) et d’exprimer les points conflictuels et leurs solutions proposés par les Citoyens.

• E : J’imagine que ça a dû être un sacré bordel, connaissant les Français et leurs propensions à s’enflammer sur la politique (surtout après un ch’ti canon au bar PMU du coin).

• M : C’était animé, pour sûr. Mais pour autant ça c’est bien passé, c’était relativement bon enfant car tous les gens pouvaient s’exprimer, voire se défouler, durant les ateliers débats de 30 personnes, puis les synthèses aidant, les discours devenaient plus fins, plus conceptuels même. De plus, comme très souvent, il y avait plus de points d’accord que de divergence.

• E : Et donc il y a eu une nouvelle Constitution ?

• M : Oui, en fait les députés ont débattus avec un œil rivé sur un écran où il y avait un tchat par internet avec les Citoyens de leur circonscription sur les évolutions du débat. Ensuite, un vote a été fait sur chaque domaine social et chaque proposition Citoyenne à ces sujets. Enfin, le projet de Constitution fut soumit au Peuple qui le valida conforme à ses attentes (il fallait au moins 75% de satisfaits). Les Constitués déterminèrent en même temps les points qui demandaient à être revu pour amélioration assez rapidement.

• E : En fait c’était une étape intermédiaire ?

• M : Exactement, c’était la première expression des aspirations des Utopiens, pour qu’un nouveau système se mette en place et assure la relève, avant de définir plus sereinement et avec le recul des expériences un système flexible dans les évolutions mais solide dans son organisation.

• E : Vas y, fait péter. C’est quoi le système tampon que j’ai loupé ?
       
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