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21 janvier 2005 5 21 /01 /janvier /2005 20:05

La France [se] d(')élite
Télécharger le fichier : 08-Les matins du Grand Soir.pdf


• Esperanta : Juste après ton départ pour cause de quatrième guerre mondiale, il y eut un autre cataclysme, français celui-là !

• Moa : J’imagine que tu veux parler du 21 avril 2002 avec le choc de Le Pen au second tour ?

• E : Tout à fait Thierry ! Faut dire que les médias, TF1 bien sûr en tête, avaient joué à fond sur l’insécurité en nous faisant le coup de la peur. On voyait même des gens habiter des campagnes où rien ne se passe chez eux, avoir peur que la « racaille » débarque chez eux juste parce qu’ils avaient vu des images chocs au journal et encore plus dans les reportages de Droit de savoir.

• M : Et faut dire aussi que Jospin lui-même avait avoué qu’il n’avait pas pris toute la mesure de l’inquiétude des Français face aux incivilités quotidiennes, même si c’est son gouvernement qui avait mis en place la police de proximité, supprimée par la suite par Sarkozy en tant que sinistre de l’intérieur.

• E : D’autant plus qu’il n’y avait pas plus de délinquance qu’avant, c’est juste qu’on en parlait plus, donc elle se voyait davantage, ou du moins on en discutait plus au bistrot du coin et de « banales » fait divers étaient montées en épingle pour stigmatiser une frange de la population que la France n’écoutait pas depuis plus de quarante ans et se demandait pourquoi ils étaient comme ça (la réponse la plus « simple », mais bien évidemment fallacieuse, était de dire que ces gens là n’étaient pas comme eux, les Français de « souche », et que ça devait être génétique – réponse déjà apporté aux criminels avant l’immigration massive).

• M : « Rassure » moi, ce n’est quand même pas « que » ça qui a fait qu’on en arrive là ?

• E : Non bien sûr, mais ce fut la goutte d’eau qui fit virer à droite toute. Et puis il faut pas oublier non plus que les Français, depuis longtemps déjà (quasiment depuis 1789), n’avaient plus confiance en leurs « représentants » (faut le dire vite, vu qu’ils ne représentaient qu’eux-mêmes). L’exemple type en était Chirac, qui avait attendu trois candidatures avant de devenir enfin, en 1995, président de la république, tout ça pour continuer à couvrir ses magouilles (affaire des HLM de Paris et des valises pas que en carton de Méry, promoteur et financier occulte du RPR) et profiter de ses fonctions en se gavant aux frais de la princesse roturière Cendrillon/Marianne. Son bilan n’avait rien de réjouissant, même si il n’avait eu le pouvoir législatif que 2 ans : se faire élire sur un slogan publicitaire (réduire la fracture sociale) et mettre le pince sans rire Juppé pour flinguer les acquis et Droits sociaux, telle était sa « stratégie » (Chirac n’en a jamais eu, il a toujours fait au gré des courants dominants et de ses pulsions). En plus, il faisait semblant de ne pas savoir quand et si il allait rentrer en campagne, alors que les gens savaient très bien que c’était pour faire monter la sauce, et en avaient déjà marre de ces enfantillages. N’oublions pas aussi de taper sur Jospin, qui avait un bon bilan mais n’incarnait pas grand-chose d’un point de vue charisme aux yeux des Citoyens, autant qu’il n’avait pas un programme clairement différencié de celui de la droite.

• M : Oui, je me rappelle, il avait même honte de dire qu’il avait été jeune (qui l’eut cru) et trotskyste, alors que tout le monde a le droit de faire des « erreurs » de jeunesse (au moins ça voulait dire qu’il avait été Révolutionnaire à un moment de sa vie, ce qui aurait pu lui permettre de passer au second tour, vu que les Français n’attendaient que ça, ou du moins de vraies réformes en profondeur).

• E : C’est même pire que ça : alors que de grande multinationales faisaient à fond de bénéfs, qu’elles fermaient des usines (rentables mais pas « assez », notion floue qui reste à définir, même si ce ne sera jamais assez aux yeux des actionnaires boursiers), Jospin allait voir les grévistes juste pour leur dire que l’état ne pouvait pas tout et qu’en l’occurrence dans ces cas là il ne pouvait rien (alors que sa majorité réfléchissait à une loi contre les licenciements boursiers alors que l’entreprise va bien). Son seul argument de campagne était de dire que Chirac était un président vieux, usé et fatigué. Le coup de (dis)grâce fut apporté quand il confia au journal de 20h qu’il n’avait pas de programme socialiste en tant que tel, histoire de ne pas effrayer la classe moyenne (qui pour une large part, fait et défait les votes) qui était loin d’avoir peur d’un socialiste aussi mou du genou.

• M : Oui, enfin, à sa décharge, ça faisait partie de la recherche de la troisième voie initiée par Blair et Schröder pour « moderniser » l’idée même de socialisme. Alors que bien entendu, moderniser cette philosophie du Progrès ne veut sûrement pas dire admettre que le capitalisme a gagné et faire avec en amoindrissant ses maux et ses impacts trop violents.

• E : Entièrement d’accord ! En plus, le truc c’est que tous les deux pensaient déjà que la bataille était presque gagnée, alors que les Français ont horreur des jeux qui sont déjà faits et aiment bien mettre leur grain de sable pour gripper ces « belles » machines marketing/rhétoriques. Toujours est-il, qu’après une campagne à couteaux tirés entre le président et son premier ministre, Lionel Jospin fut éliminé dès le premier tour de l'élection présidentielle et se retira définitivement du monde politique (c’est ce qu’il avait de mieux à faire, pour éviter de plomber encore davantage les autres « socialistes »). Chirac n’avait pas de quoi pavoiser car c’est le score le plus nul d’un président sortant qui se re-présente. Par contre, signe de la déliquescence de la Vè république et de l’impatience des Citoyens, l’abstention et les extrêmes ont fait carton plein, car quand les rassembleurs modérés ne regroupent plus que leurs propres sympathisants et que la grosse partie du Peuple ne se sent pas écoutée ou mal-entendue, la crise de régime (voire la Révolution) n’est pas loin.

• M : Le côté « positif » de ce drame national, ça a quand même été cette forte mobilisation dans tout le pays, dès l’annonce du scrutin du premier tour. Ce sont surtout les jeunes, pour qui le slogan de la victoire à la coupe du monde de football de 1998 (Blacks-Blancs-Beurs, on est les meilleurs !!!) avaient tout son sens puisqu’ils avaient grandi avec ces autres ethnies, qui ont foulé le pavé pour clamer haut et fort que « première, deuxième, troisième génération, nous sommes tous des enfants d’immigrés » (on peut même remonter plus loin, vu que la France est un carrefour géostratégique, tout le monde lui ait passé dessus depuis des temps très reculés).

• E : Même si, comme plein d’autres, ça m’a fait chier de voter pour ce grand benêt de Chirac (quand la Démocratie est en danger, il faut aller au-delà de ses convictions personnelles, même concernant Chirac), je l’ai fait en étant fière d’être française (même si ce sentiment de grande cohésion nationale n’aura duré que peu de temps au final, retombant comme un soufflé sortant du four). Résultat, au second tour, face à Jean-Marie Le Pen, Chirac fut réélu avec un score de dictateur. Il a fait un joli discours plein de belles intentions mais vide de propositions comme il sait si bien le faire, en disant qu’il nous avait compris (comme De Gaulle aux Algériens). Du coup, il nomme à Matignon un illustre inconnu, Jean-Pierre Raffarin (ancien directeur marketing des cafés Jacques Vabre, el Gringo), histoire de changer de méthode en prenant quelqu’un qui n’avait pas fait l’ENA et qui ne venait pas d’une caste privilégiée (même si il se moquait ouvertement de la France d’en bas). Sarkozy, qui avait décidé depuis peu (en écrivant en 2001 avec un livre-programme, « Libre ») qu’il était temps de renouer avec le clan chiraquien, s'attendait à devenir premier ministre car il croyait encore et toujours que tout et tous devaient lui être acquis. Il sera un très médiatique ministre de l'intérieur, histoire de serrer les boulons à ceux qui croyaient que la proximité effrayante du FN allait détendre les relations entre Français de différentes provenances et l’état, même si c’était au final pour surfer sur cet électorat qui nauséabonde la vieille France vichyste.

• M : C’est sûr que la fracture n’était pas que sociale, elle était aussi éminemment ethnique parce qu’une certaine France passéiste ne voulait pas voir qu’elle avait pris des couleurs qui ne partiraient pas juste avec l’hiver et ses frimas. La preuve, certains énergumènes échappés de l’Histoire obscure de la France de Pétain/Laval, en voulaient à la vie de Chirac pour ne pas avoir permis que la peste brune prenne le pouvoir (si tel avait été le cas, la guerre civile aurait éclaté entre les quelques purs et durs frontistes et la grosse majorité française qui ne soutenait pas le personnage Le Pen, même si elle pouvait s’intéresser à ses idées). Pendant les traditionnelles cérémonies du 14-Juillet, Chirac échappe au tir d'un militant d'extrême droite, alors qu’il défilait dans une jeep militaire sur les Champs Elysées.

• E : Avec cet épisode et la montée de la grogne chez le Peuple de Gauche qui avait fait élire Chirac à contrecœur, plus que les électeurs de droite qui étaient restés en grande partie fidèles à Le Pen, le gouvernement a senti le vent tourner. En novembre 2002, l’UMP (Union pour la Majorité Présidentielle, changement de nom car le RPR avait trop été sali dans la presse avec toutes ses histoires de corruption et de blanchiment d’argent) est rebaptisé Union pour un Mouvement Populaire. Encore une fois, il faut le dire vite, car ce fut Alain Juppé qui fut réélu à la tête du parti lors du congrès fondateur. Ce « grand parti » de la droite avait été créé pour les élections présidentielle et législative afin de rassembler les forces politiques de droite, RPR, libéraux et centristes hors UDF.

• M : C’est clair que Union pour un Mouvement Populaire ça avait du mal à passer, d’autant plus que Raffarin se prenait pour une star car il venait du monde de l’entreprise et n’était donc pas un col blanc énarque comme les autres, lui il était censé savoir comment manager des humains (en tout cas des salariés, pas forcément des Citoyens). Même si ses petites phrases à deux balles sur la France d’en bas étaient clairement perçues comme méprisantes, surtout venant d’un bouseux de Chasseneuil-du-Poitou qui devait beaucoup au réseau politique et à l’entreprise de papa. Finalement, il est venu comme tous les autres arrivistes, la fleur au fusil mais le poignard entre les dents.

• E : Oui, il se rêvait en Thatcher, la dame de fer dans un gant de plomb ! Il pensait pouvoir, comme elle, imposer brutalement les terribles régressions sociales qui ont détruit au Royaume-Uni l'école, l'hôpital public, les transports en commun, les statuts et protections des salariés !

• M : Clair et net ! Il s'obstinait, tentant de passer en force. Il voulait d'un seul mouvement réduire massivement le montant des pensions, émietter les statuts, et en particulier celui des fonctionnaires de l'état (à bien des égards, le seul en France à conserver une solidité relative), accélérer le transfert au privé des missions de service public : c'était, en fin de compte, la seule raison d'être des mesures de décentralisation qu'il voulait à toute force imposer.

• E : Beh oui malheureusement ! Au final, c’était une tragique régression sociale, un véritable changement de civilisation, rien de moins : briser les solidarités, la mutualisation d'une partie du salaire qui permet de couvrir les situations de maladie, de chômage ou de retraite. Un projet se dessinait : une société où chacun se débrouille selon ses moyens, et malheur aux vaincus et aux plus faibles, à l’américaine quoi ! Brutal, son gouvernement ne reculait pas devant les provocations les plus extrémistes, prétendant ignorer la rue (« c’est pas la rue qui gouverne », ah bon, et c’est qui qui t’a fait avoir ce poste en élisant la mort dans l’âme ton patron ? , donc tu dois nous rendre des comptes, ne serait-ce que pour une question de Paix Sociale) et insultant les grévistes.

• M : Ah beh ça, c’est clairement les méthodes du capitalisme triomphant qui n’avait plus rien ni personne à craindre !

• E : Il n’allait pas se gêner : Raffarin estimait qu'il n'y avait plus dans ce pays d'alternance possible, au moins à court et à moyen terme, que l'opposition n'était plus en état de postuler aux « affaires », point sur lequel il avait raison car la gauche était amorphe depuis le 21 avril 2002. Il s'appuyait ouvertement sur le fait que les lois de décentralisation avaient été préparées par un rapport signé Pierre Mauroy, mais aussi sur les engagements du sommet de Barcelone, prévoyant, entre autres choses, que la durée du travail devait être prolongée en moyenne de cinq ans dans toute l'Europe, engagements souscrits par Chirac... et par Jospin. Il pensait pouvoir compter sur l'appui de la CFDT (et là encore, les faits lui donnèrent raison) et sur celui de la CGT qui, à EDF, avait élaboré et défendu un projet de réforme des retraites, et qui avait admis qu'une réforme globale s'imposait.

• M : Certes, sauf qu’il aurait voulu ne pas prendre en compte le fait que le projet avait été nettement repoussé par les salariés d'EDF-GDF. Il évitait aussi de se souvenir que le récent congrès de la CGT avait violemment contesté la ligne confédérale. Mais surtout, il devait faire face à un refus de plus en plus ferme de millions de grévistes et de manifestants, à une poussée de plus en plus résolue vers la Grève Générale, où les militants de la CGT tenaient toute leur place, où les opposants à François Chérèque dans la CFDT ne renonçaient pas à combattre. En somme, Raffarin ne voulait se souvenir du 21 avril 2002 que sous l'angle qui semblait l'arranger : le PS s'était effondré, le PCF avait pratiquement disparu même si il s’était senti pousser des ailes au premier tour (alors que c’est l’extrême-gauche toute entière qui avait gagné des points, mais le PC en ayant le moins profité, leçons de l’Histoire obligent).

• E : Bien sûr qu’il se trompait, le 21 avril 2002 avait signalé tout autre chose : 11 millions d'abstentionnistes, 3 millions de voix pour les candidats d'extrême gauche, des millions interdits de vote (immigrés et jeunes, pourtant les plus gravement frappés) car de toute façon ils n’y croyaient plus et ne s’étaient donc pas inscrits sur les listes. Un immense cri de souffrance sociale qui montait des millions de victimes de la politique imposée par les fonds de pension et l'avidité sans limite des (vrais) nantis. Un rejet de l'alternance des gouvernements de gauche et de droite, qui mettaient en œuvre la même politique. Jospin, Chevènement, Hue, Voynet mis en retraite. Et Chirac à 19 %.

• M : Vous étiez revenus au soir du 21 avril. Le « coup d'état médiatique », l'incroyable opération « union nationale » du 5 mai 2002, au nom de la supposée menace Le Pen (alors que c’était évident qu’il ne pouvait pas passer : logiquement, il aurait fallu revoter, avec l’ensemble des Citoyens habilités, inscrits ou non sur les listes électorales), tout ça n'avait figé les choses que pendant quelques mois ! Pas d'issue dans les urnes ? Ni par le dialogue social ? Donc c'est dans les entreprises, dans les écoles, dans les assemblées de quartiers que la chose allait se régler.

• E : De toute façon, c'était se tromper que de penser que la Grève qui se développait, les manifestations qui s'amplifiaient, étaient simplement porteuses de revendications ; qu'il suffirait de céder des miettes pour disloquer ce front en constitution ; que l'on pouvait séparer les enseignants des Atoss (personnels administratifs, techniques, ouvriers, de santé et de service) en promettant aux premiers qu'ils restent fonctionnaires d'état, ou que l'on pouvait calmer les cheminots en leur promettant de ne pas toucher aux régimes spéciaux de retraite. Ce qui se développait, ce qui tendait passionnément vers la Grève Générale, c'était un refus global du monde qui nous était promis par Raffarin, Fillon, Ferry et con-sorts. On voulait pas une alternance, mais des solutions alternatives !!!

• M : C’est clair et net que les acteurs qui s'invitaient ainsi dans le jeu, étaient les victimes, les souffrants du système. Et ils étaient des millions. On avait longtemps pu les maintenir en marge : des consultations électorales périodiques sans mandat précis (juste le bon vouloir puisque rien n’engageait un élu à respecter ses promesses électorales, qui restaient donc à l’état de paroles et paroles, encore des mots, toujours des maux !) ; une alternance gauche-droite « paisible ». Désormais ça ne marchait plus.

• E : On n’était pas des bœufs t’inquiètes, on avait bien compris. Chacun avait pu constater que cette apparente alternance masquait une parfaite continuité des politiques. Les plans de licenciements s’étaient succédés, et Jospin nous avait dit : « L'état ne peut pas tout faire ». Les privatisations s’étaient accélérées, et Jospin avait battu en la matière les records de Balladur et de Juppé. Le drainage des richesses avait continué en faveur des plus riches. L'avidité, la cupidité avaient continué leurs ravages. Le chômage et la précarité continuaient à détruire les vies.

• M : Signe de déclin des politiques autant que d’implosion de la France, ce qui donnait un espoir à Raffarin, l'absence d'alternance politique possible, se renversa progressivement en détermination à combattre. Il n'y avait pas de recours dans les urnes, ni en mobilisant en masse dans les rues, et les syndicats subissaient également de front la crise de la représentativité ? Qu’à cela ne tienne, il fallait que les Citoyens ne comptent que sur eux-mêmes !

• E : Pour ça, tu peux faire confiance aux Français ! Je me rappelle, pour avoir débattu avec eux, que la qualité des discussions parmi les Grévistes et les Citoyens marquait un changement saisissant : on réfléchissait aux retraites, et on en venait enfin sérieusement à parler partage des richesses ; on parlait décentralisation, et on en venait à se rendre compte que l'école, la santé, la vieillesse ne sont pas des marchandises ; on se souvenait d'Allègre et de Mélenchon (deux gros mammouths à dégraisser du PS), et on en arrivait à se dire qu'on ne forme pas des « agents économiques » mais des femmes et des hommes... !!!

• M : Et si l'on ne peut compter sur les prétendants habituels aux charges gouvernementales, qui nous ont tous abondamment trahis, on en viendra à se poser la question que se sont posée toutes les grandes périodes d'affrontement social : quel gouvernement pourra traduire la volonté du Peuple, la volonté de la Grève Générale ? Cahiers de doléances, Etats généraux, Commune : l'Histoire a toujours su trouver la traduction politique à cette question cruciale. Pour l'heure commençaient à se discuter, tandis que la Grève se renforçait, se durcissait, ne faiblissait pas, les questions qui sont au cœur de la politique : comment vivre ensemble ? Comment assurer à tous une vie digne ? Syndicats et partis savaient qu’ils seraient jugés à leur aptitude à aider ce mouvement, à l'aider en particulier à donner forme à ces exigences.

• E : Oui, c’était beau, c'était le retour du politique, dans son acception la plus noble. Mais le divorce d’avec les élites était consommé. Surtout que le Fonds monétaire international (FMI) saluait les réformes économiques engagées par le gouvernement français (retraites, assurance-maladie) qui levaient petit à petit les obstacles à une augmentation de la croissance à long terme, même si les experts estimaient qu'une fiscalité lourde et un taux d'emploi faible, auxquels venaient s'ajouter un déficit important et un choc démographique imminent, assombrissaient les perspectives de croissance. La France avait des points positifs, mais aussi de sérieux défis à relever (merci, mais ça fallait pas être un spécialiste pour le remarquer). A leurs yeux, la reprise, qui avait d'abord été due à un rebond des exportations avant d'être ensuite tirée par la demande intérieure privée, était suffisamment bien installée pour ne pas nécessiter de mesures de soutien. Pour autant, les experts mettaient en garde : « le respect de l'engagement d'assainissement budgétaire à moyen terme est une priorité ». Ils prévenaient néanmoins que les réformes des retraites et de l'assurance-maladie ne suffiraient pas à atteindre à elles seules les engagements de réduction des déficits.

• M : Oui, mais je me rappelle aussi que le FMI le disait sans ambages : il ne croyait pas vraiment aux objectifs de réduction des déficits publics affichés par la France : les bonnes surprises sur les recettes, liées à la croissance plus forte que prévu, ne devaient pas compenser les dépassements de dépenses. Certes, le FMI soulignait que pour 2005, l'engagement de réduire le déficit des administrations publiques en deçà de 3 % du PIB (conformément au pacte de stabilité européen pour l’euro, voulu et mis en place par la France elle-même) était cohérent mais il craignait cependant que la baisse programmée du déficit des administrations de Sécurité sociale ne se matérialise pas (ils connaissaient bien la sphère politique française !). Dans ce contexte, les experts du fonds incitaient le gouvernement à ne remplacer qu'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Pour eux, bien que cela ne constituait pas une source d'économies immédiates, la vague actuelle de départs en retraite de la fonction publique devait être véritablement mise à profit pour favoriser la consolidation budgétaire à long terme. Ils se livraient également à une critique de la loi sur les 35 heures et du SMIC : des « mécanismes influant négativement sur les performances du marché du travail » (mais tellement utiles pour les Citoyens-travailleurs en galère). Le FMI pressait même la France de repenser en profondeur le SMIC.

• E : Ouais je sais, pfff !!! Pour ces gens là avec de beaux bureaux et une bonne paye, le niveau élevé du SMIC et son augmentation continue conduisaient finalement à exclure de l'emploi un nombre toujours plus important d'actifs potentiels, en expliquant qu'il convenait d'éviter des hausses supplémentaires en termes réels du SMIC (alors que c’est complètement con, car moins on est pauvre, et plus on peut se permettre de consommer, ce qui alimente la machine économique donc les augmentations potentielles des autres salaires – en tout cas sûrement les bénéfices des entreprises, après le reste ne suit pas forcément sous forme de redistribution, pour les patrons et les actionnaires si, pour les salariés rien n’est moins sûr). Même le plan de cohésion sociale élaboré par Jean-Louis Borloo (le gaucho qui s’est égaré à droite, donnant un alibi social au gouvernement, mais qui ne lui lâchait pas un euro pour ses projets si ambitieux et pourtant tellement nécessaire) présentait, pour le FMI, l'inconvénient de retomber dans le piège qui consiste à utiliser des ressources budgétaires pour encourager l'emploi non marchand (mais qui redonne envie aux Citoyens de s’en sortir et permet de financer des activités utiles et nécessaires que l’état avait délaissé durant si longtemps : tissu associatif, aide aux personnes âgées, incitation à la création d’activité par les chômeurs eux-mêmes).

• M : Même si c’était une organisation internationale, on sentait bien la main mise anglo-saxonne (américaine avant tout). C’était à leur tour de nous donner des leçons après qu’on les ait mouchés devant l’ONU.

• E : C’est clair que pour une fois, Chirac a bien agi en défendant des valeurs nobles de paix universelle. En mars 2003, il défendait le multilatéralisme en s'opposant à George W. Bush sur le dossier irakien et la notion de guerre préventive. Le bouseux texan aux mains noires de pétrole voulait finir le travail de son président de père (qui avait tout ce qu’il fallait pour le faire à l’issu de la victoire lors de la guerre du Golfe de 1991) en renversant Saddam Hussein, le fidèle allié pétroleur depuis toujours. Il se servait d’une excuse à deux balles en disant qu’après le 11 septembre 2001, l’Irak avait également en projet d’attaquer les States [alors qu’ils devaient déjà galérer pour se fournir des médocs et de la nourriture à cause de l’embargo imposé par les US (opération pétrole bon marché contre nourriture à chère, où tout le monde, sauf les Irakiens bien sûr, s’en est mis plein les poches !)]. Les Ricains sortaient des photos floues et invérifiables en beuglant qu’il s’agissait de complexes militaro-industriels servant à fabriquer en masse des armes chimiques et bactériologiques.

• M : Alors que c’était bien sûr complètement faux. Colin Powell alla même jusqu’à sortir de son chapeau un flacon de poudre blanche censé être de l’anthrax, devant le conseil de l’ONU. Quelle manipulation des esprits !!! Heureusement Chirac (par la voix de son disciple poète bellâtre De Villepin) affirma que la guerre était toujours la pire des solutions et brandi la menace d'un veto français à l'ONU contre une intervention militaire unilatérale des Etats-Unis. Même si cet épisode ternit pour longtemps les relations franco-américaines, Chirac et la France en général remontaient dans l’estime des Peuples (après avoir été bien bas, suite à la reprise, pour le cinquantenaire d’Hiroshima et Nagasaki, des essais nucléaires).

• E : Alors qu’ailleurs, le gouvernement espagnol et italien choisissaient de lécher les bottes des GIs contre l’avis unanime de leur Peuple, idem pour Blair (soit disant de gauche, mais ce n’est qu’une rumeur invérifiée et invérifiable). A cause de ne pas avoir écouté les aspirations de leurs Citoyens (comme d’hab), les Espagnols et les Anglais payèrent un lourd tribut aux œillères et boules quies de leurs dirigeants (on ne peut décemment pas parler de représentants dans ce contexte) lors d’attentats ignobles et meurtriers (alors que le Peuple s’était levé en masse contre cette barbarie, mais les terroristes sont des trouillards, c’est plus facile de plastiquer un métro qu’un bâtiment officiel – ils auraient dû prendre des cours chez les intégristes basques pour savoir comment faire des attentats médiatiques sans « tuer personne »). A contrario, Chirac n’avait pas trop le choix après son élection foireuse, il se devait de montrer l’exemple et ne pouvait politiquement pas risquer de donner un argument solide à tous ses détracteurs qui voulaient le faire tomber lui autant que le gouvernement !

• M : Certes, sauf que cet état de grâce (notamment mondial auprès de nos amis musulmans) fut de courte durée. En juillet 2003, la loi sur la laïcité et l’interdiction des signes religieux fut votée pour régler un problème qui n’en était presque pas un (mais qui fut véritablement révélé et exploité par cette loi, donc contre-productive). Alors qu’il n’y avait que quelques cas litigieux (des jeunes filles qui ne voulaient pas comprendre, soit parce qu’elles avaient peur des mâles de leur entourage, soit parce que le voile était un moyen d’être tranquille ou d’affirmer sa francité tout en étant fière de ses racines culturelles – alors que le Coran n’oblige pas les femmes à se voiler, c’est uniquement les coutumes du bled qui l’impose ; même si on voyait des Afghanes dans les années 60 en minijupe en pleine ville – mais c’était une toute autre époque).

• E : Je t’avouerai, même si j’étais plutôt Emancipée de ce côté-là, que la loi prohibant les signes d'appartenance religieuse et politique dans les établissements scolaires m’avait choquée. Je comprends bien que ce sont des convictions personnelles qui doivent rester dans la sphère privée, mais c’est surtout la stigmatisation d’une part de la population (toujours autant regardée de travers) que cette loi a fait naître qui m’a bouleversé. Comme tu le disais, beaucoup de femmes ne choisissent pas forcément leur façon de s’habiller (idem pour les blanches où môssieur est hyper jaloux et tilt dès que l’habillement est trop provoc’, définition à donner car tout est relatif aux personnes, au milieu, à l’époque), et je trouve ça plus que fort de café de priver d’enseignement et donc de reconnaissance et d’intégration sociale ces filles (plutôt bonnes à l’école) qui subissent la dictature morale de leurs hommes autant que celle de le société dans laquelle elles ont grandies mais qui ne les a pas complètement intégrées.

• M : Je te l’accorde. Dans le même registre de réactions mal adaptées, autant le gouvernement avait agi précipitamment concernant cette loi d’exclusion sociale et religieuse (privilégiant comme d’hab la loi au dialogue social, au moins on est sûr que ce qu’on veut passe plutôt que de discuter et d’arriver à un compromis mieux compris et donc mieux accepté), autant il resta atone devant l’ampleur de la catastrophe sanitaire et sociale de la vague de chaleur de l’été 2003 (en 15 jours, plusieurs milliers de victimes, pire qu’en Grèce qui connaît ça de manière régulière). Même si les personnes confrontées aux problèmes tiraient toutes les sonnettes d’alarme étatique, personne ne réagie à temps (les uns étant en vacances et tenant à en profiter un maximum après cette année gouvernementale éprouvante, les autres se contentant de lire des rapports). Après cela, ce connard de Chirac vient nous faire la morale comme quoi c’était de notre faute car on s’occupait pas assez de nos vieux (chose qui est vraie et on ne peut pas tout reporter sur l’état quand on ne peut ou ne veut plus s’occuper de quelqu’un ou de quelque chose), mais se prenant à son propre piège car il sous-entendait qu’il ne fallait pas faire confiance aux institutions garantes de ce genre de service, mais ne compter que sur nos propres moyens pour prendre en charge nos anciens qui nous ont donné la vie et ont fait leur possible pour que nous réussissions.

• E : Du coup les électeurs l’on bien entendu à ce sujet et ont voté en mars 2004 pour la défaite électorale de la droite.

• M : Hum, à une exception près, l'Alsace : décidemment, ce n’est pas la première fois que j’ai honte de mon chez moi !

• E : Oui, mais tu sais, on ne choisit ni sa famille ni son lieu de naissance. Mais c’est vrai que sinon, la gauche remporta les élections dans toutes les régions, outre-mer compris. Le Parti socialiste et ses alliés recueillaient la moitié des suffrages exprimés, loin devant les listes UMP-UDF. Malgré ce raz de marée rose, Chirac faisait encore et toujours la sourde oreille (normal à son âge, son sonotone – même si il avait honte de dire qu’il en était équipé, alors qu’ainsi va la vie – devait être mal réglé) et reconduisit Jean-Pierre Raffarin à former un nouveau gouvernement, dans lequel Nicolas Sarkozy serait ministre de l'économie (où il obtiendra moins de succès qu'au ministère de l'intérieur, son bilan étant jugé plutôt négatif au sein de la majorité comme dans la population) et Jean-Louis Borloo, ministre de la cohésion sociale (dans une société que le pouvoir rendait incohérente). Le bossu de Notre-Dame du Poitou en profita pour virer les ministres issus de la société civile !

• M : Je t’arrête de suite, je trouve ce terme insultant !!! Ça veut dire que les autres ministres étaient des warriors de la politique ; mais celle-ci n’est pas une guerre, même si c’est un combat idéologique, non pas pour imposer ses idées, mais plutôt pour faire « entendre raison » ou faire réfléchir les Citoyens sur des arguments solides et non pas sur des déclarations chocs et souvent choquantes car hors de propos. Par contre, c’est clair que Chirac avait voulu, au soir de son élection bidon, prendre pour une fois en considération les aspirations Citoyennes en nommant des PNG (Professionnels Non Gouvernementaux) pour prendre en charge des dossiers annexes. Mais il restait tellement sur ses positions (notamment budgétairement parlant en ne débloquant pas d’argent, que la France n’avait pas de toute façon, ou pas pour ces choses là, même si elles étaient importantes aux yeux du Peuple mais pas des puissants) que les nouveaux entrants se sont vite faits broyer par la système. Si Chirac avait voulu flinguer définitivement toute velléité des non-énarques en donnant leur « chance » à ces spécialistes non issus du microcosme politique, il n’aurait pas fait autrement ! Suite à cela, les professionnels du dirigisme étatique croyaient avoir « gagné » en « prouvant » que les « amateurs » de l’extérieur ne sauraient jamais conduire un pays, chose évidente quand on sait qu’on ne les laissait pas travailler à leur guise, histoire de protéger les nantis et de ne pas remettre en cause leurs privilèges.

• E : Oui mais justement, tout cela le Peuple l’avait bien vu, toutes ces magouilles politiciennes de bas étage alors que le pays partait sérieusement en couille ! Du coup, le 21 mars, c'est au sein des classes moyennes salariées que l'on trouvait à la fois les catégories ayant le plus voté FN (représentants de commerce, agents de maîtrise du BTP) et celles ayant le moins voté FN (enseignants, professionnels de la santé). Le vote des différentes fractions de la classe moyenne était déjà tout aussi hétérogène le 21 avril 2002 et reflétait déjà les mêmes profondes différences dans le rapport au travail et à l'avenir existant au sein des classes moyennes salariées. La France faisait le grand écart, ce qui a toujours été dangereux pour elle !

• M : Justement, une des raisons en est que les classes moyennes non salariées connaissaient depuis vingt ans une recomposition interne importante qui, à bien des égards, les rapprochait du salariat, avec le déclin de l'artisanat traditionnel et la montée des petites entreprises prestataires de services (nourrices, taxis, nettoyage, restauration à domicile). Ces nouvelles classes moyennes non salariées étaient plutôt moins diplômées que le non-salariat traditionnel, et leur situation professionnelle était souvent plus fragile encore. A l'image des ouvriers et employés de type artisanal travaillant avec eux (qu'ils avaient eux-mêmes souvent été), leur orientation idéologique restait très libérale et très méfiante à l'égard du rôle de l'état. Le 21 mars, c'est parmi les non-salariés que la droite au pouvoir avait le moins reculé et que l'extrême droite avait le mieux résisté. Cependant, les nouveaux non-salariés d'aujourd'hui n'avaient plus grand-chose à voir avec les artisans et commerçants - essentiellement ruraux - qui suivirent Robert Poujade dans les années 1950. Ils n'en constituaient pas moins aujourd'hui encore l'un des endroits de l'espace social où subsiste une forte compatibilité idéologique entre la droite et l'extrême droite. Considérées dans leur ensemble, les classes moyennes plus que toutes les autres grandes zones de l'espace social étaient traversées par les clivages entre salariat et non-salariat, petites et grandes entreprises, public et privé. Elles se distinguaient également par le métissage de leurs origines sociales et l'incertitude sur la destinée sociale de leurs enfants. Elles étaient davantage des zones de transit de l'espace social qu'un ensemble cohérent du point de vue de ses origines et de ses destinées. Souvent envisagées (et convoitées) sous le mode apaisé de noyau stable de la société, les classes moyennes étaient en réalité le lieu où s'exprimaient les aspirations les plus intenses à l'ascension sociale et les craintes les plus considérables de déclin et déclassement. L'addition des craintes devant l'avenir était alors supérieure à celle des espoirs : c'était sans doute ce qui expliquait que le rejet de l'exécutif n'avait guère été plus faible ici que parmi le salariat modeste.

• E : Oui, mais ça c’est concernant justement les salariés modestes, les cadres n’ont bien évidemment pas régis de la même manière. Les cadres avaient exprimé un rejet moins net de l'exécutif en place que les autres salariés, et notamment que les professions intermédiaires. Les cadres formaient par ailleurs le groupe social ayant accordé le moins de suffrages au FN. Cette catégorie sociale comptait le plus grand nombre de diplômés du supérieur, et le vote FN est traditionnellement assez limité parmi les franges les plus cultivées de la population. Le fait que le vote de droite ait beaucoup mieux résisté parmi les cadres qu'au sein du reste du salariat n'était pas vraiment une nouveauté : c'était déjà le cas lors de la dernière présidentielle. En revanche, leur relative désaffection vis-à-vis de la gauche de gouvernement était plus surprenante. A la dernière présidentielle, les cadres avaient accordé nettement plus de suffrages à la droite que le reste du salariat, mais également davantage de suffrages aux diverses composantes de la gauche au pouvoir que lors de ces législatives. Pris globalement, les cadres semblaient avoir été les moins convaincus par la stratégie d'opposition frontale du PS (vu qu’il n’avait rien de spécial à proposer, il ne pouvait que s’opposer bêtement, ce qui est plutôt contre-productif, car quand on n’a rien d’intelligent à dire, on se tait) et les moins rebutés par les réformes de l'exécutif en place.

• M : Oui, mais pour autant, cette relative infidélité à la gauche reflétait non pas la volatilité d'un électorat informé et difficile, mais l'existence de clivages profonds et persistants au sein de nos élites. D'une élection à l'autre, les changements de positionnement de la gauche et de la droite en faisaient miroiter les contours. De fait, la prise de distance vis-à-vis de la gauche oppositionnelle et la fidélité à un exécutif libéral étaient loin d'être des tendances partagées au sein de l'ensemble des catégories supérieures du salariat. Elles étaient plus particulièrement marquées parmi les cadres d'entreprises du privé, notamment ceux appartenant aux secteurs du BTP, de la distribution ou de l'agroalimentaire (alors que c’est eux qui étaient le plus confrontés à la sauvagerie capitalistique), ainsi qu'à un moindre degré ceux des services ou de l'industrie lourde. A l'opposé, les cadres du public avaient suivi la gauche dans sa stratégie d'opposition et avaient été parmi les plus hostiles à l'exécutif (normal vu qu’ils étaient dans la ligne de mire et qu’ils s’en prenaient plein la gueule depuis la chute du mur et l’avènement de la productivité/rentabilité triomphantes).

• E : Par contre, je sais que depuis plusieurs décennies, la catégorie des cadres était en pleine expansion et en pleine mutation. Le statut de cadre s'était banalisé et beaucoup de ceux qui travaillaient dans le privé n'échappaient plus aux risques du chômage, notamment dans les secteurs les moins concentrés comme le BTP, le commerce ou l'agroalimentaire. Pour ces catégories de cadres, s'opposer à une logique libérale revenait de plus en plus à s'opposer à ce qui faisait le quotidien de leur activité professionnelle (d’où une schizophrénie palpable).

• M : Surtout qu’ils avaient de moins en moins confiance en leur entreprise qui leur demandait des efforts surhumains, tout ça pour les virer dès que d’autres ont les dents plus longues qu’eux. Mais au-delà de la situation socioprofessionnelle, l'âge et le sexe demeuraient des facteurs déterminants de l'orientation idéologique de chacun. Le vote d'extrême droite était ainsi depuis plusieurs années maintenant un vote jeune et masculin, et le 21 mars 2004 ne dérogeait pas à cette réalité. L'abstention était également alors plus particulièrement répandue parmi les jeunes et les hommes. Les jeunes hommes employés (agents de sécurité) ou ouvriers dans le bâtiment ou les services (nettoyeurs) étaient dans leur très grande majorité eux-mêmes enfants d'ouvriers, mais vivaient leur situation comme un déclassement. Avec des taux de chômage de l'ordre de 25 % et des carrières scotchées au SMIC, ils affrontaient un déficit de perspective de promotion sociale que n'avaient pas connu les générations de leurs parents. Eux qui avaient grandi durant les années fastes des Trente Glorieuses, n’avaient pas autant de diplômes que leurs enfants, mais avaient eu plus de perspectives de réussites professionnelles et sociales que leur progéniture issue de la génération crise pétrolière. Enfin, n'ayant pas connu la gauche d'avant 1981, ces jeunes étaient particulièrement enclins à rejeter dos à dos la droite et la gauche.

• E : C’est vrai que la gauche comme la droite faisaient leurs moins bons scores auprès des jeunes, mais aussi la droite de gouvernement avait été pour sa part plus particulièrement désertée par les 40-60 ans, notamment les femmes. Le PS et ses alliés semblaient avoir en partie capté cet électorat puisque c'était dans cette tranche d'âge et pour les femmes qu'ils réalisaient leur meilleur score (même si le PS était tout aussi machiste et androcentré que les autres).

• M : Mais là où il y avait plusieurs France, c’était qu’à morphologie démographique et sociale donnée, le vote gardait également une dimension intrinsèquement régionale. De ce point de vue, le scrutin législatif confirmait surtout l'opposition entre un Sud-Ouest de gauche et un Nord-Est de droite : c'est en Aquitaine et en Midi-Pyrénées que la gauche avait fait ses meilleurs scores et en Champagne-Ardenne, Lorraine et Alsace que la droite avait le mieux résisté. S'agissant des bonnes performances de la gauche, la seule région à se porter - toutes choses égales par ailleurs - au niveau du Sud-Ouest et même à le dépasser était la région symbolique du Poitou-Charentes d’où était originaire et sénateur le premier ministre Raffarin. On pouvait lire ce résultat comme un signe supplémentaire de la dimension de rejet de l'exécutif de ce scrutin, mais aussi comme le signe d'une campagne particulièrement réussie de la liste d'union de gauche dans cette région (menée par Ségolène Royale, la copine de François Hollande – le nom explique pourquoi il est aussi mou et elle autant courtisane).

• E : En bref, c’est sûr et certain que la composition sociale d'une commune ou d'un territoire représentait encore un facteur explicatif majeur de la structure du vote qui s'y exprime. Simplement, il était alors nécessaire d'aller au-delà des catégorisations traditionnelles pour prendre la mesure du facteur social. Les métamorphoses du capitalisme et de la condition salariale obligeaient plus que jamais à distinguer, au sein des grandes catégories sociales, les fractions les plus exposées aux incertitudes du marché. Le marché comme facteur structurant les conditions sociales mais également comme horizon (ou repoussoir) idéologique était dans l’autre monde au cœur de nos divisions politiques.

• M : Claro que si, mais il y a toujours eu d'importants clivages idéologiques entre les salariés du public et ceux du privé et, au sein du secteur privé, entre les salariés des grandes entreprises de type industriel ou bureaucratique, d'une part, et ceux qui exercent leur activité dans des univers de type plus informel et artisanal, de l'autre. Ces derniers sont beaucoup moins enclins à concevoir l'action de l'état comme source de justice et, inversement, davantage portés à accueillir les sanctions du marché comme nécessaires et justes. Mais la désindustrialisation et le rétrécissement du périmètre de l'état, en cours depuis plusieurs années, tendaient à polariser encore davantage les différentes catégories, à durcir les oppositions. La désindustrialisation renforçait et exposait les secteurs les moins concentrés du privé, tandis que l'érosion de l'état était vécue comme une agression idéologique et sociale par les salariés du public. Tout le monde souffrait, chacun se sentait menacé, et personne n'était satisfait ni de l'état ni de son action vis-à-vis du marché. Cette double menace et la polarisation qui l'accompagne expliquaient la force des rejets et des divisions en présence. Le rejet était porté à la fois par les jeunes ouvriers et employés du privé et par les professions intermédiaires du secteur public. Le défi politique était de recoudre ces divisions et Arnaud de Montebourg était un des rares à proposer une véritable alternative en posant sincèrement la question de la définition d’une VIè république !

• E : Et y en a un qui a bien su profiter de toute cette pagaille. Sarkozy n'avait qu'une ambition (parmi tant d’autres), qu'il ne cherchait pas à dissimuler : l'élection présidentielle de 2007. Il y pensait, et pas seulement en se rasant. Il se lança alors à la conquête de l'UMP. Après le retrait d'Alain Juppé, condamné à un an d'inéligibilité dans l'affaire des emplois fictifs du RPR (en tant que fusible pour la justice, il s’est sacrifié pour son père spirituel Chirac, alors que ce dernier était nettement plus responsable et moins futé que lui), Nicolas Sarkozy fut élu lors d'un grand show à l'américaine et prit la tête du parti. Pressé par le président de la république de choisir entre le gouvernement et l'UMP, il quitta Bercy. Jacques Chirac perdait pour la première fois depuis 1976, date de la création du RPR, le contrôle du parti le plus puissant de la droite française, au profit de celui qui l’avait trahi en 1995 en roucoulant avec la couille molle et goitre pendant de Balladur. Dans sa route vers l'Elysée, son plus fidèle allié restait sûrement sa femme, Cécilia. Toujours à ses côtés depuis leur rencontre, elle était devenue chef de cabinet à l'UMP, après avoir été membre des différents cabinets ministériels. Mais ce couple qui gagne n'échappait pas toujours à la rumeur sur ses déboires conjugaux, et fit les frais de sa médiatisation.

• M : Il avait senti le vent tourner lui aussi ! Surtout que la France aime bien être « sauvée » (alors que très souvent ils ont plus foutu la merde qu’autre chose) du désordre (nécessaire si il débloque des situations crispées) par des gars comme lui, qui ont le discours et l’action durs, à la Robespierre, Napo I et III, Général Boulanger, Thiers, Pétain/Laval, Poujade, De Gaulle, Mitterrand !

• E : Oui, sauf que là, Sarko et ses potes politiques (même Hollande qui posera plus tard avec lui, sapé pareil, côte à côte dans Paris Match) allait avoir une grosse surprise. Début mars 2004, le président annonçait dans un simple communiqué (c’est un peu cheap quand même pour une décision si cruciale qui allait nous engager pour un bout de temps dans un choix civilisationnel) que le référendum sur la Constitution européenne aurait lieu le dimanche 29 mai. Il s'implique directement dans la campagne, intervenant à plusieurs reprises à la télévision. Tous les partis dits de gouvernement lui emboîtent le pas. Les socialistes font de même et ne comprennent pas qu’ils soient rejetés par le Peuple de Gauche alors qu’ils tiennent des stands dans des rassemblements type anti-G8 tout en appelant au suicide sociétal en votant pour une Constitution qui comprenait quelques avancées sociales (relativement négligeables vu le reste) mais dont l’arbre cachait la forêt du sanglier sauvage ultra-libéral qui détruit tout sur son passage.

• M : Quelques uns avaient cependant bien compris ce qui se tramait dans la tête et les aspirations Citoyennes des Français ! Même si c’était plus par calcul électoral, on vit des socio-traîtres tels que Fabius (celui du sang contaminé et des libéralisations mitterrandiennes) prendre le contre-pied, pour se positionner en vue des présidentielles de 2007, des choix de leur propres militants (qui avaient validé majoritairement le traité en décembre, puis en le lisant mieux c’étaient revus et corrigés). Ils créèrent un schisme politique au sein de leur parti, déjà méchamment émietté ! A contrario, les médias ont fait campagne pour le oui en toute désobjectivité, en dénigrant totalement les opposants malgré leurs arguments sérieux, retournés d’un geste de la main « propre » et avec la tête haute (comment dire les choses autrement qu’avec les mots de Le Pen, puisque les médias et les partis modérés agissaient de même que le borgne en n’envisageant même pas une seconde que d’autres solutions et aspirations Citoyennes étaient possibles ; c’était clairement la dictature de la minorité « intellectuelle »). Ainsi, face à la montée du non, Chirac répétait ne pas vouloir associer le sort du gouvernement au scrutin, alors que c’était justement pour ça (entres autres choses parmi l’autisme du gouvernement), en tant que mise en pratique des orientations de la Constitution ultra-libérale, que le non à ce choix d’une Europe basée sur le capitalisme sauvage, parce que dérégulé, progressait à tombeau ouvert.

• E : Et comme d’hab, ronchons qu’ils sont, les Français ont voté en leur âme et Conscience Citoyenne et ont rejeté la Constitution européenne le 29 mai 2005, malgré ou plutôt contre l’avis de ses « élites » qui n’arrivaient toujours pas à comprendre la France et son profond malaise révélé mais sous-jacent bien avant le 21 avril 2002 (enfin, ils ne sont pas cons non plus, ils avaient très bien analysé tout ça, mais ça les remettait tellement en cause qu’il fallait calmer les Français et leur faire descendre la pression Contestataire).

• M : C’est bien ce qu’a essayé de faire Chirac, alors que le résultat du scrutin était un revers pour le président tant sur le plan intérieur que sur le plan européen (puisqu’il avait lancé l’idée même d’une Constitution pour l’Europe afin d’être un contrepoids efficace aux Etats-Unis – terme qui ne pouvait s’appliquer à l’Europe à cause de ses divisions nombreuses). Après le rejet massif des Français du traité constitutionnel, le chef de l'état annonçait qu'il entendait répondre au vote par une impulsion nouvelle et forte à l'action gouvernementale. Il hésita : devait-il nommer Nicolas Sarkozy, favori dans les sondages, à la tête du gouvernement ? Afin d'afficher une reprise en main de la situation, Chirac choisit finalement, le 31 mai, un duo improbable pour incarner son futur gouvernement : Dominique de Villepin, fidèle parmi les fidèles (celui qui a pensé la dissolution de l’assemblée en 1997) qui n’a jamais été élu par les Français et qui passe pour un fou poétique, comme premier ministre ; et Nicolas Sarkozy, comme vice premier ministre (titre crée sur-mesure spécialement pour l’occasion) et ministre de l'intérieur. Le premier était appelé parce qu'il avait l'autorité, la compétence et l'expérience nécessaires (alors qu’il avait passé plus de temps à l’étranger qu’en France), expliqua le chef de l'état, le second revenait dans un esprit de rassemblement (là aussi, fallait le dire très vite).

• E : Le monde bougeait, l’Europe se divisait, la France tardait ! Villepin c’était donné cent jours pour redonner confiance aux Français (et oublier Raffarin et Chirac les boulets). Tout au long de l'été 2005, le gouvernement gouverne : le premier ministre décide notamment de légiférer par ordonnances en axant le tout sur la bataille pour l’emploi. La perte des JO ajoutait au désespoir et on se retournait plus vers la politique. Villepin récupérait une France désespérée et pouvait donc violer le parlement, contrairement à la loi Fillon qui mentionnait qu’on ne touche pas au code du travail sans dialogue social. Villepin fait le bonapartiste de base (qu’il vénère) car il y a urgence : la droite ne voulait pas être balayée en 2007, et les Français voulaient que les choses changent vite. Il en profite pour privatiser (voire brader les bijoux de familles, selon un bon mot de Bayrou) une partie des autoroutes en plein été, et instaure le Contrat Nouvelles Embauches (CDD de deux ans pour faciliter la flexibilité du travail pour les employeurs).

• M : Justement ! Les salariés de l'usine Nestlé de Marseille, en plein conflit social contre des licenciements boursiers, passeront leur été à interpeller Dominique de Villepin pour qu'il interfère en leur faveur, tandis que pour ses 100 ans, le PS est englué dans ses querelles internes, et que Bayrou devient l’opposition, de droite (au centre), au gouvernement. Le pays, lui, était agité des soubresauts de l'après-référendum avec les Non de gauche qui tentaient de capitaliser leur victoire. Il y eut de grandes protestations à la rentrée 2005 contre les coups portés au modèle social français. Villepin écoute sans bavardage, il va droit au but : c’est lui le chef du gouvernement. Avec un discours modeste, il met en place une politique rigoureuse. Villepin est un éditorialiste qui analyse de son bureau tel un Français cultivé : sa maxime est je travaille, je propose, j’engage (chef modeste, travailleur et moins poète). C’est un franco-français qui fait des mélanges socialo-libéraux à la Napoléon et De Gaulle.

• E : Oui, mais en face de lui, Sarkozy est un reporter : il va sur place et commente tel un fils d’immigré hongrois. C’est un libéral anglo-saxon. On peut même dire que Villepin est bonapartiste et Sarkozy est sarkozyste ! On est donc passé d’une crise de confiance par rapport à Raffarin à une crise de régime avec la guerre Sarkozy Villepin. Villepin était sur sa voie pour 2007, à savoir une promotion au sein de l’état, alors que Sarkozy visait le même poste mais via le parti.

• M : En parlant de ça, Chirac a bien flingué l’université d’été de l’UMP ! Sarkozy l’avait préparé à fond pour sa promotion présidentielle, mais, comme par hasard, Chirac est admis, le 2 septembre, à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce à Paris, après un accident vasculaire correspondant à un hématome de petite taille, expliquant le caractère isolé et limité du trouble de la vision. Lui qui avait déjà besoin d’un sonotone, même si il le cachait, là c’était les yeux qui commençaient à lâcher. C’était un épisode marquant dans la carrière politique du président, qui faisait de son image de bon vivant dynamique un atout majeur dans sa stratégie de communication. Du coup, Dominique de Villepin endosse exceptionnellement à cette occasion le costume de président de la république (celui que Sarko a toujours rêvé de porter) à deux reprises : lors du conseil des ministres du 7 septembre et au conseil des Nations unies les 14 et 15. Le bellâtre retournait devant la salle où il avait fait de si beaux discours, mais il avait pris du grade entre-temps et il entendait bien le montrer au monde entier (et aussi à Sarkozy, bien sûr).

• E : C’est vrai que durant l’été et depuis qu’il était au gouvernement, Villepin avait fait beaucoup d’effort pour se rendre efficace alors qu’il était surtout connu jusqu’à présent pour être un beau parleur ! Alors que l’efficacité (ou au moins le brassage de vent), c’était plutôt la spécialité de Sarko (même si il aboie beaucoup, pour pas grand-chose) ! Mais le petit teigneux dérapa sévère en postillonnant des termes peu appropriés, propres à enflammer (par la stigmatisation et la diabolisation) le cœur du plus paisible banlieusard. Alors que ça faisait déjà un petit bout de temps qu’il matraquait les esprits avec le terme de racailles et autres gentillesses, il provoqua les jeunes en se rendant dans une cité à 23h, escorté par une kyrielle de flics et de journalistes. Bien devant les caméras, il prit à partie les habitants pour les rassurer sur le fait qu’il allait mettre fin, non plus aux zones de non droit, mais carrément à la « faune sauvageonne » qui habite ces cités, ensembles déshumanisant : les fameuses racailles qui sont la base de tous les problèmes (même si ce n’est pas sans elle que le travail reviendra dans les banlieues comme par enchantement). C’était plus qu’abuser de ça part ! Il s’est pris pour qui ce connard, alors que c’était lui qui avait arrêté les patrouilles et la police de proximité pour mettre davantage de CRS, qui avait suspendu les actions d’ouverture de la police pour ne faire que de la répression (et plus organiser des matchs de foot pour faire baisser les tensions, ou au moins essayer de les canaliser). Et là, il débarque en shérif avec ses cow-boys avec un attroupement de journalistes qui nous filment comme des bêtes dans un zoo ! C’est sûr que c’était pas comme ça qu’il allait régler les problèmes !!!

• M : Surtout que les problèmes d’intégration, pour ces Français, étaient une montagne infranchissable.

• E : Bin ouais, y avait ce putain de plafond de verre qui nous faisait miroiter la possibilité de grimper dans l’échelle sociale mais qui nous bloquait à un certain niveau (relativement bas en plus), et en face l’ascenseur social était toujours québlo. On était cerné, et même ceux qui s’étaient donné à fond avaient du mal à trouver un boulot correct, en adéquation avec leur niveau. Vive la France que disaient nos parents, à présent le mot d’ordre c’était plutôt nique la France !

• M : Tu vois, perso j’aurai plutôt pensé que ça péterait sévère dans les années 90. Les banlieues voulaient elles aussi faire tomber les murs de la dés-intégration. Quand tu voyais des films comme La Haine ou que tu écoutais Nique Ta Mère (au-delà du nom, c’était du pur son et des bonnes paroles), tu pouvais plus légitiment penser que ça allait péter. Oui, mais pas plus que ça. Il y avait bien des voitures brûlées, des bêtises dans le genre, mais pas une telle guérilla comme on l’a connu !

• E : J’aurai pas pensé non plus que ça irait aussi loin, pour « si peu » en tout cas. Je me rappelle pas qu’il y ait eu autant de barouf à la mort de Malik Oussekine (assassiné – tabassé à mort comme sait si bien le faire la police, de Vichy à nos jours en passant par l’Algérie – en 1986). Là c’était « juste » des jeunes, qui n’avaient rien fait de mal, qui se sont fait poursuivre par la police (qui voulait les contrôler pour la énième fois de la journée) et qui ont dû se cacher dans un transformateur EDF, provoquant la mort de deux enfants sur trois par électrocution.

• M : C’est clair que c’est grave, mais pas de quoi enflammer ainsi toutes les banlieues. Faut dire aussi que la police avait lancé quelques jours plus tard une grenade de CRS dans une mosquée et que Sarkozy voulait nettoyer les cités au Karcher ! Ça ça a déchaîné les passions.

• E : Tu m’étonnes, un super flic qui dit ça, en tant que ministre de l’intérieur c’était une honte de s’exprimer ainsi ! Dans son registre fasciste, il ne faisait pas moins bien en parole que les rappeurs. Du coup, y a pas de surprise à avoir que toutes les banlieues, avec leur lot de frustrations engendrées depuis deux générations, malgré les premiers rapports sur les crises de banlieues en 1982 (si ce n’est la création de SOS Racisme, mais bon, c’est bien gentil, ça nourrit pas son humain), se soient défoulées pendant deux semaines en brûlant tout et n’importe quoi ! C’était un énorme cri de désespoir pour être clairement considéré comme tout un chacun, tant au niveau de l’état que des entreprises et des autres Citoyens.

• M : Lassés des beaux discours de cohésion nationale mis à mal par les bavures verbales, tous ces Français avaient péter un câble, la plupart n’étant pas connu des services de police (contrairement à ce qu’avait pu en dire Sarko, toujours dans l’idée de faire peur et d’être appelé en « sauveur »). Même des structures qui leur étaient utiles, à eux ou leurs frères et sœurs, y passèrent. Mais la raison ne pouvait plus rien contre la haine de ne pas être écouté et d’être mis à la marge, sans jamais être considéré comme un vrai Français (sauf durant les finales de foot, et encore, seulement si ils gagnaient). Les étrangers, les vrais, nous regardaient hallucinés ! C’est qu’ils avaient peur que le phénomène, lié aux états et sociétés judéo-chrétienne européenne blanche pure sucre, se développe et déborde (ce qui fut un peu le cas en Belgique et en Allemagne). Il faut dire qu’ils ne faisaient pas beaucoup mieux que nous en matière d’intégration, mais eux au moins ne donnaient pas de leçon au monde entier sur le fameux modèle qui est mieux que tous les autres, même si ça fait plus de quarante ans qu’il ne fonctionne plus.

• E : C’est vrai que les Russes croyaient que c’était la Tchétchénie à Paris (histoire de justifier l’injustifiable en déclarant, faussement, que tous les musulmans ou les pas blancs-chrétiens foutent le bordel, à Grozny comme à Paris), et les Ricains se régalaient de pouvoir nous moucher après nos grands discours sur l’acceptation de l’autre !

• M : Oui, enfin chez eux, ça avait bien donné lors des émeutes de Los Angeles en 1992, suite à l’acquittement des flics qui avaient tabassé Rodney King : encore un qui n’avait rien fait, et encore une fois la police blanche se défoule (flics de tous les pays, matraquez vous mutuellement !). Et justement à ce moment-là, on disait que ça n’arriverait jamais chez nous (ou alors que le FN sera déjà arrivé au pouvoir avant que ça ne pète sévère, beurk).

• E : Enfin bon, alors que la crise dans les banlieues mobilisait l'attention de l'opinion publique, Chirac restait silencieux, laissant Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy monter en première ligne (surtout le deuxième pour qu’il répare ses écarts et abus de langage et qu’il en prenne plein la gueule). Sa première prise de parole officielle datait du 14 novembre (il disait qu’il interviendrait si il le jugeait nécessaire, après la fin des émeutes, le moment était plus opportun pour lui, pfff putain de communicante que sa fille) et était jugée plus qu’insuffisante au regard des événements. En plus, parmi ses mesures phares, il annonçait la création d'un service civil volontaire afin d'aider à l'intégration des jeunes en difficulté. Comme si les jeunes avaient besoin de faire l’armée pour être insérés (alors que la grande muette est tout sauf une machine d’intégration).

• M : C’est sûr qu’il était encore à côté de la plaque, le vieux usé et fatigué (d’ailleurs il portait des lunettes, de toute façon il n’avait plus rien à perdre, il était déjà catalogué comme grabataire politique). Il avait décidemment du mal à comprendre les jeunes, blancs et autres qui font la France. Au moins, un consensus s'était établit autour du rappel clair aux jeunes qu'ils étaient tous les filles et les fils de la France.

• E : Son agonie était bel et bien entamée. Quand il a fêté ses 73 ans, ça c’est senti que Chirac apparaissait affaibli aux yeux de nombreux Français qui le créditaient de peu d'influence sur les décisions tant sur le plan intérieur qu'extérieur. Alors que d’autres estimaient que Chirac préparait sa succession en fin tacticien. Mais c'était l'hiver qui s'installait à l'Elysée. L'hiver d'un règne. Car Chirac ne parvenait pas à regagner la confiance des Français (et pour cause) depuis l'échec du référendum du 29 mai sur l'Europe qu'il avait lui-même initié. Désormais, son affaiblissement physique paraissait souligner sa fragilisation politique. Il portait des lunettes, comme quinze ans auparavant. Toute la majorité, chiraquienne ou pas, a senti souffler un vent de panique. Personne ne s'était préparé à l'effacement brutal du chef de l'état (sauf Sarko en se rasant). Même « l'ennemi de l'intérieur », Nicolas Sarkozy, semblait décider de ne plus mener bataille contre ce président soudain malade. La discrimination positive, la rupture, c’étaient des combats politiques. Mais on ne tire pas sur une ambulance.

• M : T’inquiètes pas pour lui, Sarko mettra bien deux mois à reprendre ses attaques. Mais le temps paraissait cependant continuer sans Chirac. Et la majorité se déchirait comme si elle jouait déjà la succession. Aux uns et autres, Chirac avait pourtant donné l'ordre formel de se réconcilier, ou du moins de ne pas mettre sur la place publique les différends, qui exaspéraient l'opinion. Du débat politique, certes, puisqu'il est inévitable, mais pas de querelles d'hommes. Même Villepin et Sarkozy mettaient parfois une sourdine à leur rivalité.

• E : Ah, Villepin ! Depuis qu'il occupait Matignon, sa popularité ne cessait de grandir. Et Chirac, qui avait pourtant hésité si longtemps à le nommer, n'en finissait pas de chercher à l'aider. On ne comptait plus les dîners que M. Debré organisait à l'hôtel de Lassay, à la demande de l'Elysée, pour que les députés acceptent enfin ce premier ministre parachuté par le chef. Toute la chiraquie s'y était mise, d'ailleurs. Et même les ministres chiraquiens qui ne l'aimaient guère répètaient le mot d'ordre présidentiel : « Il faut aider Dominique » (à niquer l’autre arriviste, le petit nerveux).

• M : Chacun s'était bien aperçu que le pouvoir avait passé la Seine. De l'Elysée à Matignon. Chirac était mort en direct à la télévision, quand il était apparu si décalé vis-à-vis des jeunes, le 14 avril (lors du débat spécial référendum organisé sur TF1 entre le chef de l'état et 80 jeunes). A présent, la guerre des clans était, officieusement du moins, belle et bien ouverte entre la vieille garde et les jeunes pousses toi de là que je m’y mette ! Surtout à partir du moment où Villepin a voulu faire cavalier seul en imposant à tous le CPE.

• E : Oui, je me rappelle de ça aussi, d’autant plus que depuis 20 ans les politiques se cassaient régulièrement le nez sur le dossier épineux de l’emploi des jeunes … et ils proposaient toujours la même chose ! A croire que les jeunes étaient un poids mort pour l’économie, alors qu’ils en sont la force si on les emplois à bon usage.

• M : C’est évident, mais on préférait offrir au patronat des jeunes à pas cher, plutôt que de se poser la vraie question de leur formation, et de son adéquation avec les besoins de la société.

• E : Heureusement, encore une fois, les jeunes ne se sont pas laissés marcher sur les pieds et se sont battus contre la précarité imposée ! Villepin, qui surfait sur un a priori positif après Raffarin, voulait montrer qu’il était un président crédible même si il n’avait jamais eu d’autre mandat du Peuple : il fit passer en force une série de textes (incluant le retour en arrière en matière d’âge minimum de scolarisation), tout en ignorant superbement (comme ses successeurs) l’avis de ceux qui défilaient contre (lui n’entendait que ceux qui ne défilaient pas).

• M : Surtout que tout ceci faisait partie des nombreux cafouillages (comme sur la redevance de téléchargement Internet) révélés par les guéguerres claniques, où toutes les armes étaient affûtées pour préparer la grande bataille de 2007 (et où l’opposition, quel que soit le parti, était la majorité).

• E : Et dire que ça allait durer, normalement, encore un an et demi jusqu’aux élections de 2007 ! Pfffffffff ……………………

• M : Pendant ce temps-là, au PS, la pensée ni-ni était remplacée par la pensée neu-neu, les « camarades » (plutôt frères ennemis) se prenaient très au sérieux alors que le socialiste de base était lourdissime et amorphe dans ces volontés d’évolutions du parti. Là aussi la guerre des clans était déclarée, mais depuis plus longtemps, depuis l’annonce du référendum sur la Constitution européenne. Vu que la direction du PS n’avait ni de programme et encore moins d’idée, chacun essayait de tirer la couverture à soi !

• E : Ouais, on a même vu Fabius se positionner à gauche, décidément les élections font tourner les têtes autant que les vestes ! Au moins, en se disputant, les cadres du PS faisaient qu’on parlait du parti, sinon il n’y avait pas grand-chose à en dire, si ce n’est qu’il n’avait toujours ni compris ni rebondi sur sa claque du 21 avril 2002. On continuait à se crêper le chignon pour savoir qui l’emporterait lors de la nomination du candidat du parti (pour la première fois décidé directement par les militants). La mieux placée (en termes de sondages extérieurs) était Ségolène Royal, la compagne du boss. Enfin une femme était en bonne position pour emporter le morceau.

• M : Enfin, comme tu dis ! Depuis le temps que la gente féminine se débattait pour briser le carcan mâle imposé à elles pour que messieurs puissent vivre et gérer leurs affaires à leur convenance.

• E : Ce n’était plus l’heure de la revanche qui avait sonné, mais plutôt celle de la reconnaissance pleine et entière. Autant les salaires à travail égal que les fonctions proposés n’étaient à la hauteur de leurs capacités (ni meilleures ni moins bonnes que celles des hommes, juste plus ou moins différentes). Heureusement, une tendance profonde faisait confiance au sexe « faible » : des grandes patronnes étaient capitaines d’entreprises et organisaient des milliers d’humains, des politiciennes géraient des pays de millions de Citoyens (dont une présidente au Chili, pays plus que macho). Ségolène surfait sur cette vague déferlante. Mais pour une femme de gauche, elle jouait sur le même registre droitier et de rupture que Sarkozy, axant également tout plus sur la communication que sur un programme clair et détaillé (et surtout chiffré). Si bien que même Jospin se sentait incontournable et tenta de revenir en grâce après son exil volontaire sur l’île de Ré. En somme, les partis n’avaient rien concrétisé pour que les faits et les opinions s’arrangent depuis la date tragique du séisme fasciste. Au contraire, chacun guidé par sa lecture des évènements, la France s’enfonçait toujours un peu plus dans le purin, mais les distensions et la soif de vaincre faisaient toujours que les coqs politiques chantaient à une nouvelle aube après les élections de 2007.

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21 janvier 2005 5 21 /01 /janvier /2005 20:03

La quatrième guerre mondiale, états pyramidaux Vs groupuscules en réseau
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• M : Je me suis pris le spectre de la quatrième guerre mondiale (la troisième ayant été la guerre froide, opposant mondialement deux blocs de pensée) en pleine gueule en revenant de ma pose déjeuner à 13h, … un certain mardi 11 septembre 2001.

• E : Tu m'étonnes, ça a fait un choc énorme sur toute la planète. On savait de suite qu'il y aurait un avant et un après 11 septembre.

• M : Clair et net : tous les téléspectateurs internationaux, littéralement tétanisés, regardaient les tours jumelles du World Trade Center de New York s'écrouler, les images repassant en boucle sous des angles toujours plus impressionnants. Le monde entier était saisi de stupeur et d'effroi !

• E : Putain d'intégristes, nardem na mouk !!!

• M : Ouais, enfin tu sais, pour ces gens là, la religion n'est qu'une excuse pour justifier l'injustifiable : c'est plutôt des ennemis de la foi puisque aucune théologie n'appelle au meurtre d'autrui (à part peut-être la chrétienne par rapport aux juifs, elle les accusait toujours de déicide – d'avoir tué le fils de dieu – jusqu'à ce que Jean XXIII fasse – comme tous ses prédécesseurs – encore une fois le ménage dans la chrétienté et ses textes tellement traficotés au gré des stratégies et enjeux de pouvoirs).

• E : Peut-être, mais il n'empêche que ces rlas (merdes) nous ont bien cassé dans nos efforts d'intégration, déjà difficile. Le métissage commençait enfin à être relativement bien accepté, que ces connards (trouillards qui se cachent derrière un dieu pour assouvir sans culpabilité leur haine viscérale contre la Liberté et le partage / mélange des Différences) ont jeté la suspicion sur tous les croyants musulmans (alors que tous les cathos n'ont pas participés à la St-Barthélemy de 1572 contre les protestants – leurs frères chrétiens).

• M : C'est clair. Mais de toute façon, dis toi bien aussi qu'on ne devient pas terroriste comme ça, « pour le fun », même si 70 vierges qui attendent au paradis ça peut susciter des vocations. Le terrorisme, le fondamentalisme, tout comme la Révolution, les mouvements des extrêmes (gauche ou droite), ne peuvent avoir une réelle emprise qu'en temps de décadence (ou d'essoufflement) du système. C'est bien parce que des gens se sentent exclu ou parce qu'ils ne pourront jamais être en phase avec tel type de société étatisée (malgré leurs efforts), qu'ils décident de combattre parfois violemment ce système injuste qui ne leur convient pas (où qu'ils jugent nuisible pour leurs semblables). Ben Laden ne s'est pas fait tout seul et n'est pas sorti de nulle part.

• E : Oui, je me rappelle d'un truc où il aurait été formé par des militaires américains pour combattre en Afghanistan contre les soviétiques. Mais comment cet élève brillant (et très fortuné), a pu si rapidement et violemment se retourner contre son professeur ?

• M : Il est tout simplement un pur produit d'Arabie Saoudite, pays utilisé et manipulé pour son pétrole depuis les années 1920, et profondément déçu, écoeuré, par les Américains en particulier et les Occidentaux en général.

• E : Si tu en sais plus, ça m'intéresse de savoir.

• M : Avant la première guerre mondiale, la péninsule arabique était composée de multiples royaumes. Les Anglais, voulant se débarrasser de l' « état malade de l'Europe », l'empire Ottoman (Turquie actuelle plus Syrie, Jordanie, Palestine), envoyèrent Sir Lawrence (d'Arabie) pour fédérer les tribus de la péninsule arabique. En échange, l'Angleterre (et les alliés en général), promirent au chérif Hussein (qui gouvernait La Mecque) tous les territoires arabes sous occupation turque,... y compris Syrie et Palestine (même si son cas restait en suspend par rapport au retour au pays des anciens habitants, d'il y a 2 000 ans, les juifs).

• E : C'est bien normal qu'ils aient eu envie de revenir sur leur terre natale (qui plus est, « promise » – même si la Terre n'appartient à personne, qu'elle appartient à tout le monde). Après les siècles de mise à l'écart (la rue Ghetto de Venise leur était obligatoire, on les parquait là-bas, loin des autres) et de brimades qu'ils avaient subi sans trop broncher (ils n'avaient pas le choix d'ailleurs, sinon c'était la porte – celle des remparts de la ville donc plus de protection ; même si ils étaient déjà interdit d'y dormir, devant sortir de l'enceinte de la Cité la nuit tombée et le tocsin sonné). J'ajouterai à leur décharge que depuis le XIXè siècle et Darwin, ils s'en prenaient spécialement plein la gueule : race inférieure, impure, à éradiquer lors de pogroms en Russie, à humilier comme avec l'affaire Dreyfus (militaire juif alsacien – donc ex-Français et Allemand à cette époque – accusé à tort d'avoir trahi son pays – lequel, faudrait savoir – et condamné au bagne alors que le coupable était un haut gradé, « Français de souche »). Partout en cette Europe en crise étatique et économique, les juifs faisaient de bons boucs émissaires : complot judéo-maçonnique (délire inventé en 1789 pour expliquer la croisade anti-Révolutionnaire des pouvoirs monarchiques et économiques européens), spéculation et investissement boursier pour financer le lobby, la pieuvre, la juiverie internationale. En fait ils n'ont jamais été aimé, tout simplement car c'étaient les seuls qui avaient le droit de pratiquer les prêts d'usure (comme les banques) alors que c'était interdit pour les chrétiens et musulmans (la Torah l'interdit aussi, mais en Occident il fallait bien que quelqu'un le fasse).

• M : Tu m'épates là : on dirait que t'es juive plutôt que musulmane.

• E : Tu sais, mes parents étaient d'origine algérienne, donc je connais un peu. En plus le judaïsme est à l'origine de l'Islam. Comme du christianisme d'ailleurs. Et comment tout ce bordel a commencé ?

• M : Dans les vingt ans qui précédèrent la première guerre mondiale, quelques colonies agricoles (Kibboutz) furent fondées en Palestine avec le concours financier des Rothschild. Ce banquier présidait aux destinées du « sionisme », un mouvement politique et religieux créé au XIXe siècle à l'initiative de différents rabbins (son appellation vient de Sion, une colline de Jérusalem), prônant le retour des juifs en Palestine, alors possession du sultan d'Istanbul. Le sionisme reçut une impulsion décisive avec l'engagement du journaliste autrichien Théodore Herzl, choqué par la vague d'antisémitisme qui balaya la France, « pays des Droits de l'humain », au moment de l'affaire Dreyfus (1895-98). Ces colonies étaient basées sur la communauté des biens et sur tous les aspects de la vie gérés en commun. La population juive passa de 50 000 à 85 000 personnes, soit 12% de la population totale de la province.

• E : C'était du pur communisme ton truc, comme toutes les Ecritures l'ont toujours souhaité. En plus, tous les sémites vivaient alors en Harmonie, loin des différences religieuses puisqu'au fond ils priaient tous le même dieu, appelé soit Yahweh soit Allah.

• M : Exactement, c'était l'âge d'or de la Palestine, où ces deux communautés vivaient ensemble en bonne intelligence, sans trop de souci de territoire. Sauf qu'en 1916, les Français et les Anglais conclurent les accords secrets Sykes-Picot, du nom de leurs signataires, en vue de se partager les futures dépouilles de l'empire turc, allié des puissances centrales (Allemagne, Autriche-Hongrie), notamment l'Irak, la Syrie et la Palestine (déjà promises sans scrupule à la péninsule arabe).

• E : Comme d'hab, on ne peut faire confiance aux promesses des puissances impérialistes occidentales.

• M : A mesure que l'Europe s'enfonçait dans la guerre, chaque camp tenta de rallier un maximum de soutiens (les juifs ne cachaient pas leur sympathie pour les puissances centrales, l'Allemagne et l'Autriche, plus tolérantes que la Russie et même la France). Le summum de l'hypocrisie fut ainsi atteint avec la déclaration Balfour destinée à rallier les communautés juives : en pleine guerre mondiale (le 2 novembre 1917), le ministre britannique des affaires étrangères, le comte de Balfour, publia une lettre ouverte (en étroite concertation avec le baron de Rothschild). Il indiqua que son gouvernement était disposé à créer en Palestine un « foyer national juif ». C'était une promesse vague, n'incluant nullement un état. Six semaines plus tard, le 9 décembre 1917, le général britannique Robert Allenby entra à Jérusalem sans coup férir. Son armée, venue d'Égypte, comptait trois bataillons juifs. C'en était donc fini de cinq siècles de domination musulmane sur la Ville Sainte, arabe puis turque. Avec la fin de la guerre, les Alliés eurent comme prévu le plus grand mal à réaliser leurs promesses.

• E : Justement, après la chute de l'empire Ottoman, qu'est ce qui s'est passé ?

• M : Fayçal, fils du défunt chérif de La Mecque et compagnon d'armes de T.E. Lawrence, ne vit pas d'inconvénient à une cohabitation avec les colons juifs. Il signa dans ce sens un accord avec le représentant des sionistes, Chaïm Weizmann, le 3 janvier 1919 à Paris. Mais il exigeait en parallèle que soit reconnue sa souveraineté sur le monde arabe, comme promis par les britanniques. Ce ne sera pas le cas. La France le chassa de Syrie et il du se contenter du trône d'Irak, sous la tutelle britannique.

• E : Mais un truc que j'ai jamais compris, c'est pourquoi c'est parti en live comme ça entre les deux frères sémites ?

• M : Tout « simplement » (même si rien n'est simple dans la poudrière du Proche-Orient) parce que les Arabes commencèrent de s'en prendre aux implantations juives, jugées responsables (ou du moins alliées) des traîtrises des puissances occidentales. Du coup, l'escalade de la violence était quasi inévitable.

• E : Encore une fois, les puissants ont bien foutus la merde à l'autre bout du monde entre deux frères qui ne s'entendaient pas si mal que ça, puis ils s'en battent les couilles du bordel qu'ils laissent derrière eux.

• M : Et oui. Ensuite, pour mieux régner dans cette région cruciale pour l'approvisionnement en pétrole, les occidentaux décidèrent de n'avoir qu'un interlocuteur, puissant sur son territoire. Alors que le roi était d'abord nommé par les autres chefs de tribus (principe de la féodalité), en 1927, avec la découverte de pétrole dans « son » sous-sol, il imposa son pouvoir aux autres et instaura la monarchie (hérédité de la charge de roi). Les bédouins wahhabites (courant de l'Islam, nomades du désert qui se battirent aux côtés des chefs) se révoltèrent car ils s'estimaient lésés par ce pouvoir, jugé trop pro-occidentaux. Le pouvoir religieux vint à la rescousse de la monarchie (comme d'hab), en prononçant une fatwa (loi religieuse d'exclusion, comme une excommunication) contre les bédouins. En 1932, l'Arabie Saoudite (du nom de Saoud, le roi de cette époque) était officiellement née et devenait un partenaire privilégié pour les puissances occidentales.

• E : De toute façon, dès qu'il y a du pétrole, il n'y a plus de Justice, seul l'or noir compte, même si il a une sale odeur.

• M : Tu ne crois pas si bien dire. Mais ça marche aussi pour les emplacements géostratégiques. Construit par des Anglais et Français et inauguré en 1879, le canal de Suez ne profitait pas beaucoup à l'Egypte (trafic maritime intense entre Mer Rouge / Golfe Arabique et Méditerranée), seule ressource de taille après son indépendance d'avec l'empire Ottoman depuis la première guerre mondiale. Du coup quand Nasser, arrivé au pouvoir par un coup d'état mené avec une centaine d'officiers égyptiens (large éventail qui va des communistes aux Frères musulmans - unis par la haine du colonialisme, de la corruption, de la féodalité), et bien à Gauche (soutenu par l'URSS), voulut réparer cette injustice économique (et il avait bien besoin de sous pour son culte à venir) en organisant une pression financière par blocus en 1956, les occidentaux intervinrent en masse, US Forces en tête. Pour eux l'intérêt était double : ils jugeaient le pétrole comme stratégique à leur développement et donc ne pouvaient laisser faire un pays bloquer son approvisionnement, et les Saoudiens demandaient à être protégés de l'extérieur (Egypte, autres pays arabes pouvant nuire à ses exportations) autant que de l'intérieur (bases américaines en cas d'attaque ou rébellion – officiellement « mâtable » pour protéger les puits de pétrole et les intérêts US) en retour de pétrole à pas cher.

• E : C'était royal comme emplacement pour les States : du pétrole à foison et bon marché (et encore mieux, garantie) en échange d'une protection relativement facile, et en plus avec un super perchoir pour observer tout ce qui se fait dans la région, pétrolifère par excellence.

• M : Oui, on vit rapidement les ricains s'installer dans le désert, à part, pour travailler tranquille, à leur sauce. Sauf que, au-delà de cet échange de pétrole contre sécurité, il y avait des engagements précis des Etats-Unis pour régler le problème israélo-palestinien.

• E : Qu'ils n'ont pas respecté bien sûr.

• M : Bien évidemment que non, les USA, comme les autres occidentaux, n'ont que très rarement respecté les traités et leurs obligations. La situation s'était d'autant plus envenimée depuis que l'idée d'un état-refuge en terre sainte s'imposa dans l'opinion occidentale pour les rescapés de l'holocauste, comme si elle se déchargeait ainsi de sa propre culpabilité sur la Palestine. Du coup le retour massif au pays était bien compréhensif, mais la terre était également habitée depuis fort longtemps par d'autres ethnies telles les Philistins (venu de Crête avec les Peuples de la Mer pour combattre l'Egypte) et les Arabes venu très tôt commercer avec leur voisin Juif (bien avant Jésus). Alors qu'auparavant la cohabitation avec leurs frères sémites se passait plutôt bien, après l'effroyable extermination de la Shoah, les Juifs voulurent de suite récupérer « leur terre » et y vivre comme au temps de la Torah (après avoir subi l'apocalypse, ils pensaient avoir droit à leur paradis), donc uniquement entre Juifs. Pour dire les choses autrement, ils en avaient tellement vu des vertes et des pas mûres, que là ils n'en étaient plus à discuter : ils voulaient leur terre promise, là-bas et maintenant, appuyés en cela par les Occidentaux ! Alors que les Juifs ne représentaient que 32 % de la population et possédaient 6,58% des terres, ils obtinrent 54% des terres, qui incluaient, outre la côte méditerranéenne, le désert du Néguev (donc 40 % de désert dans les 54 % de terre octroyés – donc 14 % cultivable – aux 32 % de juifs). Suite à la création d'Israël, une coalition arabe (libanaise, syrienne, irakienne, égyptienne et jordanienne) attaqua le nouvel état. En gagnant cette guerre, Israël conquit 26 % supplémentaires (par rapport au Plan de Partage, soit 81 % au total – donc 40 % cultivable) des territoires du mandat britannique.

• E : C'est dingue quand même, les Américains (eux au moins avaient de la distance par rapport à ce genre de cas) auraient pu se douter que tout ça allait encore plus foutre la merde qu'avant (et c'était déjà pas très glorieux). Ils avaient bien vu comment l'Europe s'était déchirée au début du siècle pour des questions territoriales et encore plus comment certaines humiliations (celles des vaincus, réduits à moins que rien par les vainqueurs, histoire de leur enlever l'envie de recommencer, on connaît le résultat) ont débouché sur un deuxième conflit mondial encore plus violent et extrême de par la radicalisation et la technologie.

• M : C'est sûr et certain, mais sauf que là, ils ont en plus ouvertement pris partie (plus provocateur il n'y a pas) en appuyant en 1948 la création de l'état d'Israël qui commençait à évacuer les populations locales non juives qui étaient désormais à l'intérieur des frontières d'Israël et devaient donc être déplacés vers des réserves extérieures « aménagées » (bande de Gaza, à la frontière avec l'Egypte, Cisjordanie au Nord-Est vers la Syrie). Alors que les US étaient jusqu'ici perçus comme des forces de Liberté par rapport à Suez (dans le camp des pétroleurs), à présent l'ensemble des pays arabes les voyaient comme des menteurs ne suivant que leurs intérêts propres.

• E : Tu m'étonnes que ce soit compris comme une haute trahison des Américains. Pour les Arabes (orientaux) en général et les musulmans en particulier, une promesse est une promesse, c'est se déshonorer et humilier l'autre que de ne pas s'y plier.

• M : C'est clair que du coup le Peuple saoudien était bien remonté contre le roi, car il était l'ami des ricains qui ne faisaient rien pour les Arabes (sauf piller leur pétrole contre quelques dollars, mais rien à voir avec le prix du marché) mais tout pour les Juifs. Bref, comme d'habitude, ils ménageaient la chèvre et le choux (en lâchant du leste de temps en temps, selon l'orientation des vents dominants) mais toujours en préservant avant tout leurs intérêts : les Juifs pour leur vote américain et leur argent, les Arabes pour leur pétrole et leur emplacement géostratégique aux carrefours de toutes les voies de communication navales ou terrestres.

• E : Et après les Américains comprennent pas pourquoi ils sont pas aimés dans le monde.

• M : Surtout qu'en 1953, Ariel Sharon, général de Tsahal (force de défense d'Israël) provoqua une véritable boucherie, à laquelle encore une fois les Américains n'eurent rien à redire. Pour autant, la France et l'Angleterre étaient aussi parties prenantes et actives de tout ce sac de nœud et des tensions extrêmes qui en découlaient. Suite au renoncement des États-Unis (sous les pressions française et britannique) à supporter financièrement la construction du Barrage d'Assouan, le président égyptien, Gamal Abdel Nasser avait nationalisé le Canal de Suez en 1956. Les anciennes puissances coloniales de France et du Royaume-Uni avaient alors soutenu ensemble une attaque israélienne dans le Sinaï jusqu'au Canal de Suez. Mais la condamnation fut unanime dans le monde. Les États-Unis, l'URSS et l'ONU s'accordèrent sur le retrait israélien et l'URSS menaça même Paris et Londres d'une frappe nucléaire. Le succès de Nasser avait donc été d'obtenir cette pression diplomatique des États-Unis et de l'URSS pour pousser Israël à se retirer de la totalité du Sinaï. En échange, Israël obtint le maintien de Casques Bleus de l'ONU dans le Sinaï pour veiller à garder cette frontière démilitarisée. L'Egypte avait également accepté de mettre un terme à la guérilla menée sur le sol israélien. Ainsi, la frontière israélo-égyptienne put connaître une période de calme sans précédent depuis 1948.

• E : Ouais enfin, faut quand même dire que Yasser Arafat (né en Egypte d'une famille palestinienne) fonda en 1960 le Fatah (Reconquête en arabe) pour effectuer des opérations de guérilla et libérer la Palestine. En 1964, Nasser et d'autres leaders arabes créèrent l'OLP (Organisation de Libération de la Palestine), largement financée par l'Arabie Saoudite, afin de mener des actions terroristes et exécuter les personnes gênantes.

• M : Certes, mais je n'ai pas dit que toutes les velléités s'étaient apaisées pour autant.

• E : Mais avec tout ces pays qui s'occupaient de la région à ce moment-là, il a pas été possible de trouver des solutions long terme ?

• M : Malheureusement non ! Plusieurs années après le conflit, Israël construisit un réseau de transport de l'eau au niveau national. En réponse, la Syrie initia un plan de détournement des eaux de certaines rivières (Dan/Baniyas) afin qu'elles contournent le territoire israélien et passent plutôt par la Jordanie avant de rejoindre le fleuve du Jourdain.

• E : Et si je me souviens bien de mes cours d'Histoire, faut dire que l'Egypte de Nasser (toujours en quête d'une position centrale dans le monde arabe) n'arrêtait pas de mettre de l'huile sur le feu. L'Egypte surenchérit donc par des déclarations de Nasser selon lesquelles il prévoyait de remilitariser le Sinaï. Du coup, le 17 mai 1967, Nasser exigea le retrait des forces d'interposition de l'ONU du Sinaï et le Secrétaire-Général de l'ONU, U Thant, suivit cette requête. L'ONU demanda à déplacer ses troupes sur le territoire israélien mais Israël refusa ce redéploiement qui aurait constitué une brèche dans l'accord de cessez-le-feu précédent. Nasser concentra des troupes et des chars d'assaut sur la frontière avec Israël. Le 23 mai, l'Egypte bloqua l'accès au détroit de Tiran aux navires israéliens (route du sud essentielle à l'approvisionnement des israéliens en pétrole et blocus du port d'Eilat), ce qui était sans précédent depuis les accords internationaux sur les droits de passage dans le détroit, signés en 1957 par 17 puissances maritimes. Israël considéra cela comme un casus belli (acte de guerre). La tension dans la région glissait d'un relatif statu quo vers une guerre régionale. Nasser continua à augmenter le niveau de mobilisation en Egypte, en Syrie et en Jordanie pour mettre Israël sous pression.

• M : Et pour une fois, Israël tenta d'empêcher le blocage du détroit d'abord par des voies diplomatiques. Notamment, elle se tourna vers les États-Unis et le Royaume-Uni qui avaient garanti en 1957 qu'ils seraient capables d'ouvrir le détroit de Tiran si besoin. Toutes les demandes israéliennes pour éviter le conflit furent sans réponse, menaçant l'avenir du pays. Les israéliens dénoncèrent le blocus comme étant une action correspondant aux critères internationaux d'acte de guerre. Ce fut la première fois que le « téléphone rouge » reliant la Maison Blanche au Kremlin fut utilisé pendant la guerre froide.

• E : Les leaders israéliens décidèrent qu'en l'absence de réaction américaine et de l'ONU, Israël se devait d'agir car le pays était encerclé par des états arabes décidés à le détruire. La guerre des 6 jours était inéluctable et les Israéliens attaquèrent par surprise (attaque préventive, comme quoi les US n'ont rien inventé avec leur guerre préventive contre l'Irak) en détruisant l'aviation égyptienne au sol. Pas de pitié pour les croissants fertiles ! À l'issue des combats, Israël remporta le contrôle de la bande de Gaza, de la péninsule du Sinaï, de la Cisjordanie (appelée « Judée-Samarie » par Israël) et du plateau du Golan.

• M : Ce qui mit encore plus la pression dans la région, c'est que les ricains n'avaient rien fait pour empêcher la guerre (alors que les Russes avaient fournis des avions derniers cris aux Egyptiens) mais en plus ne se privèrent pas de faire du business en approvisionnant Tsahal en armes de tout calibres. Donc forcément les Saoudiens se sentaient humiliés par leurs potes US (et protecteurs normalement) qui avaient ravitaillé l'ennemi en pleine guerre.

• E : Pfff, c'est vraiment des crevards ces States, d'autant plus qu'à côté ils ne faisaient rien depuis 30 ans pour solutionner le conflit.

• M : Oui, donc pour réveiller les esprits, l'OPEP (Organisation des Pays Producteurs de Pétrole, surtout arabisants) organisa en 1973 un blocus du pétrole pour se faire entendre. Là, matière stratégique oblige, les Etats-Unis furent à deux doigts d'intervenir militairement pour rétablir leur approvisionnement. Ça eut aussi comme effet que les Saoudiens ne voulant plus être dépendants des Occidentaux, formèrent leurs propres cadres (car 30% de sa population était étrangère et travaillait, alors que les locaux les regardaient et encaissaient).

• E : Tout ça eut au moins l'avantage de faire prendre conscience aux Occidentaux qu'ils étaient hyperdépendants au pétrole (alors que ce n'est jamais bon d'être esclave d'un produit, quel qu'il soit). Même si ça ne changea pas la donne puisque les ricains firent pression (comme ils savent si bien le faire) et que le pétrole recoula à flot (faisant oublier, seulement pour quelques décennies, que tôt ou tard l'or noir se négocierait encore plus qu'à prix d'or).

• M : Evidemment, toutes ces tractations au plus haut niveau aboutirent en 1979 à la révolte des Saoudiens qui en avaient marre de l'alliance avec le grand Satan américain et la décadence anti-islam du royaume. Les Révoltés s'enfermèrent dans le sanctuaire de la Kaaba (cube noir contenant la Pierre Noire, météorite offerte par l'Ange Gabriel à Ibrahim – Abraham). Contre un lieu saint, le pouvoir royal demanda aux religieux une fatwa qui vint autoriser une intervention armée contre la Mecque. C'était le point de non retour (le point break !).

• E : Il n'y avait vraiment plus aucun respect pour rien, même plus pour le lieu de pèlerinage le plus sacré d'Arabie et de Tous les musulmans. En plus, si je ne m'abuse, c'est des Français du GIGN qui formèrent les policiers locaux pour agir (voire y participèrent eux-mêmes).

• M : Tout juste ma belle ! On doit avoir des petits secrets professionnels, car nos flicaillons (après 8 ans de pratique durant la guerre d'Algérie – 1954-1962) initièrent les Américains pour finir le boulot que les Français avaient commencé au Vietnam (humiliés dans la cuvette de Diên Biên Phu en 1954) mais aussi les Chiliens en 1973 après le coup d'état de Pinochet (appuyé par les USA via la CIA) contre le président (socialiste, c'est ça qui passait pas : même pas communiste) démocratiquement élu Salvador Allende.

• E : Et puis j'imagine que la Révolution islamique en Iran mit son grain de sable dans ce processus de montée de la violence.

• M : Carrément : depuis qu'en 1979 (à la suite d'importants soulèvements populaires face à la dictature du shah, soutenu dans ses dérives par les Occidentaux) la Révolution iranienne éclata et se finalisa par l'établissement d'une république islamique (sous l'autorité de l'ayatollah – guide religieux – Khomeyni), les Américains voyaient une place centrale dans son échiquier se retourner contre elle, le grand Satan. Donc ils aidèrent Saddam Hussein (président dictateur de l'Irak, pays voisin) à renverser ce nouveau régime à partir de 1980 (jusqu'en 1988, le tout pour rien si ce n'est des milliers de morts, surtout civils comme d'habitude). Oussama Ben Laden fit alors ses premières armes dans ce conflit contre Saddam le laïc, alors que son pays (Arabie Saoudite) aidait l'Irak à rétablir une monarchie en Iran.

• E : Oui, mais ça n'allait pas durer longtemps car, plutôt que de se battre contre un autre Arabe (même si Saddam était anti-religieux), Oussama s'engagea dans la guerre contre les Russes qui avaient envahit l'Afghanistan en 1979. L'ancien allié d'avant contre les Américains et les Israéliens, devenait un ogre à arrêter pour les pays musulmans (comme Napoléon en son temps). Des coalitions anti-coco s'organisèrent et des cadres saoudiens partirent aider les Afghans dans leur djihad (guerre sainte) contre l'infidèle, pendant 10 ans. Evidemment, face aux Russes, les Américains participèrent beaucoup à la formation et à l'armement des combattants de la foi, Oussama Ben Laden compris (et même en premier lieu vu sa motivation à se battre). Il créa son organisation avec l'aide financière de l'Arabie Saoudite, des États-Unis via la CIA, et du Pakistan : son nom de code pour la CIA, était « Tim Osman ».

• M : Ensuite, c'est véritablement avec la guerre du Golfe en 1991 qu'Oussama tourne mal ! Il s'installe à nouveau dans son pays, en Arabie Saoudite, pour aider un frère musulman (même si Saddam s'est toujours présenté comme étant laïc) agressé par les Occidentaux. Après la défaite de Saddam et les atrocités commises sur les civils (qu'on ne vienne pas nous parler de frappes chirurgicales en matière de bombardement, c'est des conneries de soldat), Oussama planifie et met à exécution un attentat contre le Grand Satan, l'Amérique, chez elle : c'est déjà l'attaque, en 1993, du World Trade Center avec voiture bourrée d'explosifs (mais garée au mauvais endroit stratégique pour que la tour s'écroule et entraîne l'autre dans sa chute, comme des dominos).

• E : C'est sûr que les Ricains ont eu de la chance sur ce coup là que la charge soit placée au mauvais endroit.

• M : Du coup ils étaient sur leur garde, mais Oussama, malin qu'il est, les frappa à nouveau, à l'extérieur (en terrain « neutre »), en attaquant en 1996 les Américains en Arabie saoudite (déclarant ainsi ouvertement la guerre à son pays d'origine, le berceau de l'Islam, corrompu par son alliance contre-nature avec le Grand Satan, alors qu'il prêche la rigueur de la foi pour les fidèles). Puis, il y a les attentats de 1998 contre les ambassades US en Afrique, l'attaque contre le destroyer US Cole au Yémen en octobre 2000.

• E : Malgré tout ça, trop fiers et sûrs d'eux-mêmes, les Américains n'écoutèrent pas les avis des renseignements étrangers et se prirent un détournement d'avion en pleine tour d'ivoire du temple capitalistique. De son côté, ayant définitivement coupé les ponts avec son pays d'origine, Oussama, en avril 2004, lança une déclaration de guerre au royaume d'Arabie Saoudite contre les intégristes, tous ceux qui se disent et imposent d'être de meilleurs musulmans mais qui ne sont pas assez purs à ses yeux (surtout qu'ils entretiennent le plus grand copinage avec les USA pour les calmer et continuer le business de l'or noir).

• M : Surtout que parallèlement à tout ça, les US, pour « réparer » les milliers de morts de ces attentats, attaquèrent l'Afghanistan et ses camps d'entraînement pour terroristes mondialisés qui voulaient en découdre avec la théocratie américaine (où dieu est partout et Bush est son fervent disciple et serviteur), puis se sont orientés préventivement (je t'attaque avant que tu ne sois en force de le faire, avant même que tu en ais eu l'idée, alors même que le pays en était incapable) sur l'Irak, ouvrant une nouvelle brèche guerrière propre à l'entraînement et au défoulement des terroristes.

• E : Exactement le monde qu'on ne voulait plus ! Surtout que cela touchait à présent les Européens, mis dans le même sac des occidentaux décadents et croisés (antimusulmans primaires) que les américains (même si la France était déjà cataloguée par rapport à la guerre civile en Algérie et son soutien à la junte armée). La haine des humains entre eux était alimentée par les offensives et les contre-attaques de toute part, dont les civils innocents payaient toujours le prix le plus lourd, en termes de dégâts matériels autant que de vies humaines et de peur de l'Autre !!!

• M : Bien d'accord avec toi, d'autant plus que les états pyramidaux avaient assez peu de visibilité face à tous ces groupuscules en réseau. Contrairement à des guerres classiques qui opposent deux blocs délimités, le nouveau visage de la violence changeait de masque comme un lézard recréé sa queue quand elle est arrachée. La solution ne pouvait donc être dans l'escalade militaire, plutôt dans le dialogue et la compréhension pour éviter le recrutement, à la base, de terroristes.

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21 janvier 2005 5 21 /01 /janvier /2005 20:02

Les enfants de la glace
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• M : Voilà, c'est juste ici. C'est très sympa comme déco en plus avec pleins d'estampes hindoues et ces fabuleuses pièces d'art oriental.

• E : Euh ouais c'est sûr c'est mimi tout plein, mais euh, … y a pas un truc qui te choques toi ?

• M : Non, quoi ? Qu'est-ce qui te chiffonne à ce point ?

• E : Bien sûr je ne suis pas antisémite (même si je suis berbère aux yeux bleus, musulmane mais pas arabe, donc pas sémite), et au-delà de ça je ne fais de distinguo ethnique avec personne : tous pareils, mais tous différents quand même. Mais, ça ne te dérange pas de venir dans un restaurant qui arbore de façon flagrante une croix gammée ?

• M : Pas le moindre du monde ! Tu sais il faut bien faire le distinguo entre le symbole et les malheurs de l'Histoire.

• E : Mais justement, c'est un signe de haine envers l'autre : le juif (étoile jaune), le tsigane (triangle brun), l'homo (triangle rose), bref les pas pareil, les différents.

• M : Ça c'est l'interprétation de la croix gammée nazie, pas du svastika.

• E : Ah bon, c'est pas pareil ?

• M : Que nenni !!! Hitler était à fond d'ésotérisme, donc de symboles, et était persuadé que le grand peuple germanique descendait des Aryens, qui auraient propagé les langues indo-européennes en Europe. Sauf que cette ethnie était bien loin des grands blonds aux yeux bleus puisqu'ils vivaient aux Indes et qu'ils venaient de Sibérie orientale. Les Germains (dont les Francs faisaient partie) descendent plus sûrement des Goths, peuples venus du Nord de l'Europe et de Scandinavie (Danemark, Norvège).
Pour les Indiens, ce symbole est vieux comme le monde : il représente le principe de cycle dont font parties la vie des animaux (donc aussi humaine) et des plantes, la Révolution permanente et pour les hindous le concept de réincarnation (où il faut être bon dans cette vie pour effacer les fautes des vies antérieures et ainsi avoir une vie postérieure meilleure). C'est un symbole dont la plus ancienne trace remonte vers – 5 000 dans la civilisation de Vinca (dans les Balkans, culture ayant le plus anciennement une écriture) et qui se retrouve partout par la suite : des Troyens aux Amérindiens, en passant par les premiers chrétiens (dans les catacombes de Rome), les Gaulois, les Chinois et même certains temples juifs (c'est pour dire son Universalité).

• E : Tu m'espantes là ! Grâce à toi je me coucherai moins conne ce soir, j'aurai appris quelque chose d'important.

• M : Si tu veux tout savoir, Hitler aurait mieux fait de prendre pour insigne la sauvastika, la croix gammée mais avec les branches qui tournent dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Ça c'est le vrai symbole du mal, du côté obscur de la force, pour les Indiens (comme tout ce qui tourne dans ce sens anti-horaire). D'ailleurs pour en revenir au cycle bénéfique, au cercle vertueux du svastika, les Basques (non indo-européens) ont la même mais en plus arrondie au niveau des branches : c'est la Lau Buru. Et même que le château de Chambord devait avoir cette forme au niveau de l'agencement initial des pièces (plutôt que celle d'une croix grecque – svastika sans branche – tel qu'actuellement).

• E : Ah ouais, sérieux ? Ça me trou le cul !!!

• M : Sur ces explications, tu veux bien qu'on y rentre ? J'ai la dalle du chameau !

• E : Maintenant que tu m'as expliqué tout ça, oui, je veux bien.

• M : Namaste !

• Le garçon : Namaste. It's a pleasure for me to welcome you in my modest restaurant.

• E : Namaste. We really enjoy your decoration.

• Le garçon : Merci Dame, Vous êtes bien aimable. C'est pour manger ? Pour 2 ?

• Moa : Non, c'est pour faire un cricket, on attend toute notre équipe et nos adversaires ! Sorry, I am joking; even if it was not funny: sorry about it ! C'était plus fort que moi, fallait que je la sorte cette connerie.

• Le garçon (balançant la tête de gauche à droite – notre non occidental mais avec un mouvement du cou comme si monté sur ressort – avec un grand sourire si typique des Indiens) : Atcha, aucun problème sieur, j'adore l'humour des Utopiens Français !

• Moa : En tous cas, tu parles un très bon français, avec cet accent si chanteur des Indes.

• Le garçon : Tu sais sieur, nous apprenons vite ta langue : c'est de l'indo-européen tout comme l'est l'hindi et le sanskrit et très proche de l'espéranto que nous maîtrisons.

• Esperanta : Tu parles l'espéranto, mais quelle est cette langue ?

• Le garçon : Excuse moi (en indien). Faut pas mal le prendre, mais tu sors d'où ?

• Esperanta : Euh, je ne sais pas encore tout à fait exactement ! Ma tête est un morceau de gruyère où je dois boucher les trous de mes mémoires. Parce que ?

• Le garçon : Juste parce que l'espéranto tu as l'air de le parler couramment.

• Esperanta : Moi ? A comprend pas !

• Le garçon : L'espéranto moderne est l'anglais puisqu'il permet d'être compris partout dans le monde, avec (presque) tous les humains.

• M : Fut-ce un temps c'était le français mais la perfide Albion gagna la guerre des mers et le parlé franc (seulement dans cette ordre des mots, sinon il y a contresens avec la langue de bois) devint le langage de la diplomatie et de la jet-set.

• E : C'est royal deluxe en tout cas que l'Humanité se comprenne à nouveau grâce à une seule langue, simple donc universelle. A part ça, on peut goûter vos spécialités ?

• Le garçon : J'allais vous le proposer. If you would like to follow me to a nice quiet place.

• Moa : For sure, here we go !

• Esperanta : Shukria ! L'endroit est magnifique ici, merci beaucoup !!

• Le garçon : (secouage de tête avec sourire jusqu'aux oreilles, il s'en va après avoir laissé la carte)

• Moa : Ça veut dire quoi shukria ? Où t'as trouvée ça ?

• Esperanta : Euh, je sais pas trop, le mot est sorti tout seul : il me semble, que ça veut dire merci, comme shukran en arabe. Va comprendre Charles ! En tout cas, la priorité c'est qu'on se casse le ventre !!

• M : Bien d'accord avec toi : gavage !!! Tu prends quoi ?

• E : Je me tâte : le nom Paav Badjhi éveille en moi des sensations gustatives et émotionnelles. Je vais suivre mon instinct et prendre ça avec un Lassi (le nom sonne bien).

• M : T'as bien raison de le faire comme tu le sens ! Si je peux me permettre, puis-je choisir le parfum de ton Lassi ? Ais confiance, je sais ce qui est bon pour toi !!

• E : Hum, oui, si tu veux, mais fais gaffe, j't'ais à l'oeil. Et c'est quoi au juste, parce que j'imagine bien que ça n'a rien à voir avec un collet beige-marron métallisé ?

• M : Haha, non pour sûr ! On va demander au garçon en même temps que commander.

• E : Ouaip. Baba s'il te plait !

• Le garçon : Atcha ! (et encore et toujours secouage de tête avec sourire jusqu'aux oreilles)

• Esperanta : C'est quoi de nouveau le Lassi ?

• Le garçon : En fait c'est une boisson à base de petit lait et de faisselle (fromage blanc non « essoré »), le tout parfumé au jasmin, au safran, à la coriandre. Les nomades prenaient du lait avec eux, dans une outre en peau de bête. A cheval, le lait était battu et mélangé aux bactéries du cuir : il en ressortait un lait caillé semi liquide.

• Esperanta : Atcha, atcha (avec imitation plutôt réussie du sempiternel secouage de tête avec sourire jusqu'aux oreilles).

• Moa : Voila donc pour l'explication.

• Esperanta : Yes, c'est ça que je veux … que je souhaiterais pardon.

• Moa : Cool, tu apprends vite :-) Nous souhaiterions donc deux Bhang Lassi (sweets), un Paav Badjhi et pour ma part je désirerais un Uttapahm Kashmiri avec un Naan et un Kabouli Parantha.

• Le garçon : Atcha, atcha (secouage comme d'hab).

• Esperanta : Je vois que tu masterises la cuisine indienne.

• Moa : Ouais j'adore ça, ça réveille les papilles. Mais j'avoue que tu m'as sidéré : tu as appelée le garçon Baba et il est venu ( ???)

• E : Beh oui, ça veut dire homme sage en hindi, c'est pour ça que les barbus hippies qui y sont allés se faisaient appelés Baba, et ils étaient bien bien cool (peace, zen : défoncés quoi !).

• M : En parlant de ça, voilà nos Bhang Lassi et la graille. Hum, ça sent super bon. Shukria !

• Le garçon : Demandez si vous voulez plus de quoi que ce soit.

• Moa : Atcha, atcha.

• Esperanta : Cool, sympa ce que t'as pris avec une sauce crème et fruits.

• [Le garçon : De rien !] (en filigrane, mais quand même)

• Moa : Ouais super. Dis donc ! Ça t'arracherait la gueule de dire merci au garçon, ce n'est pas ton larbin, ton serviteur ou groume. Utopia est très à cheval sur la politesse, d'autant plus quand d'autres sont à ton « service ». Sans verser non plus dans la bienséance de cours.

• Esperanta : Ola, pardon !!! Shukria ! Désolée Sieurs, ça ne se reproduira plus, promis ! Je l'ignorais, vous savez bien que je ne viens pas d'ici [un ton narquoise] !!!

• Le garçon : Atcha, atcha (agrémenté d'un exceptionnel secouage de tête avec sourire jusqu'aux oreilles, rehaussé du salut respectueux indien – oriental en général – avec les mains jointes – Fraternité – et bascule du corps en avant – révérence). Ta maladresse est toute excusée par ta beauté et ta candeur dans ce nouveau monde, que tu dois découvrir en même temps que te redécouvrir.

• Moa : Voila, il a tout dit ! Pas mieux. Sont forts ces Orientaux !!!

• Esperanta : Hihi, bon si les choses sont au clair, on peut manger maintenant car ça sent trop bon et je suis proche de l'hypo (glycémie).

• Moa [en lui-même] : Tu m'étonnes [petit sourire en coin] ! {à quoi pense-t-il ? seule allusion à la faim et aux drogues, ou bien ???}

• Esperanta : Shukria beaucoup, tout est parfait !

• Moa : Shukria oui. Allé hop on attaque, moi aussi je n'en peux plus avec ces effluves si enivrantes, extasiantes (c'est stupéfiant, elles sont partout décidemment, dès qu'on parle d'effets intenses).

• E : Expliques moi un truc avant que je goûte le Lassi. Maintenant je connais sa fabrication, mais le Bhang, c'est quoi ?

• M : C'est des feuilles de cannabis (très chargée en THC) mélangées avec des épices et mises sous forme de boule de pâte.

• E : Putain, mais t'es vraiment un pire tox toi !!!

• M : Nooon, c'est juste que je sais ce qui est bon pour toi, ça te fera du bien.

• E : En quoi [un brin irritée] ??? Tu me saoules avec toutes tes drogues, même si j'aime bien ça, je suis loin de vouloir tomber dans la toxicomanie comme toi.

• M : C'est pas gentil pour moi ce que tu dis là. Pour ta gouverne, sache que si je consomme aujourd'hui, c'est uniquement pour toi !!! (enfin presque, faut pas déconner non plus, ça me fait plaisir quand même). Primo, normalement je prends que une fois par trimestre (sauf le canna, mais sous forme de chilum si), et en dose modérée (toujours, faut pas abuser des bonnes choses). Certes je joue avec le feu, mais je suis bien conscient des risques et je fais tout pour m'amuser avec ma machinerie sans pour autant me mettre en danger ou avilir ma vie. Second primo : je ne touche jamais aux chimiques car on ne peut pas savoir exactement ce qu'il y a dedans, alors que la Nature fait bien les choses (ou du moins on connaît les limites et précautions d'usage). Ultime primo : les drogues ne font jamais que réveiller des substances naturellement présentes dans notre cerveau ! Tout comme à jeun nos émotions sont provoquées par des hormones (drogues chimiques) genre adrénaline (excitation), dopamine (bonheur), sérotonine (calmant), endorphine (anti-dépresseur), les substances psychoactives trompent le cerveau et lui ordonnent de sécréter telle molécule pour arriver à tels effets, réponses aux signaux chimiques résultant des interactions avec la drogue prise.

• E : Ok, tu fais ce que tu veux avec tes neurones. Mais comment ça c'est pour moi ? Je t'ais rien demandée moi !!! [carrément véner, ça commence à partir en couilles]

• M : Il ne sert à rien de s'énerver. [dit-il en toute tranquillité avec une voix fluette]

• E : Mais dis moi alors, j'en peux plus Moa de ne pas savoir à quoi tout ça rime. [dit-elle en déroute complète avec une voix sanglotante]

• M : Allé mange, ça va refroidir et les plats indiens se mangent chauds.

• E : (une larme tombe dans l'assiette d'Esperanta ; la faim l'emporte finalement – après un bref moment mais si long – sur la tristesse et le désarroi). Putain ça arrache, c'est fucking hot and spicy ! Ils se sont bien lâchés sur la dose.

• M : Bois un coup, ça te calmera la gorge et tout le reste. Après tous ces bouleversements dus à ton arrivée sur Utopia, tu as bien besoin d'être légère et l'esprit dégagé : tu verras la vie autrement !

• E : Ça me retourne complet ces Paav Badhji. C'est trop bon ce pain genre brioche, passé au beurre et grillé, avec cette sauce à la tomate, carotte et toutes ces épices style coriandre, paprika, piments et autres napalms à microbes. C'est vraiment bizarre : dans mon rêve j'avais plutôt une saloperie de sensation de froid absolu, et ma gorge était plus mielleuse que brûlée par les condiments.

• M : Je vois clairement le genre : les glaces du zéro absolu (-273°C) et le sucré de l'insuline ???

• E : Ouais carrément !!! (avec des yeux écarquillés). Bon là t'es obligé de balancer tout ce que t'as sinon je vais me fâcher et je vais te foutre sur la gueule !!! T'en as trop dit, mais pas assez !

• M : Du calme, c'est juste que je voulais être sûr et certain ; et que la solution tu l'as trouve toute seule, comme une grande. C'est important pour toi ! … et c'est dans ce but que je t'ai incité à te droguer pour que tu vois plus loin que le bout de ton nez et que tu comprennes ton rêve et tes flashs. Il fallait éviter que le retour à la réalité soit trop violent pour toi.

• E : Ouais ouais, d'accord ! Envois le reste de ce que tu sais ! [limite ton de l'inquisition]

• M : Eh, je ne suis pas ton ennemi, alors tu me parles sur un autre ton !

• E : Oui pardon. Et donc tu voulais dire ?

• M : Tu connais Futurama ?

• E : Oui, c'est le dessin animé des créateurs des Simpson, mais je vois pas le rapport avec la choucroute !!!

• M : Ah bon tu ne vois pas. C'est flag' pourtant !

• E : Laisse-moi réfléchir. Oui d'accord, Fry vit dans le futur, mais lui c'est avec des extraterrestres et qui plus est en l'an 3000. On n'en est pas là si ? Rassure-moi !

• M : Maaiis non ! Et tu te rappelles comment il est arrivé là ?

• E : Euhhh … non.

• M : Sûrement un blocage post-traumatique !

• E : Tu me fais peur là !!! De quel traumatisme tu parles là ???

• M : Tu te rappelles que Fry était livreur de pizza et qu'il avait ce soir de nouvel an 1999 une livraison à faire dans des bureaux ?

• E : Ça oui ! Même que tout idiot qu'il est, il n'avait pas remarqué que le client était « Ilsey Faitavoir » (en VO ça donne mieux).

• M : Exactement. Bin tu vois que tes mémoires n'ont pas toutes complètement grillées. Bon, et après, qu'est-ce qui lui arrive ?

• E : Beh, je crois qu'il est blasé parce qu'il s'est fait baiser sur ce coup là. Alors que tout le monde célèbre l'an 2000 (alors que le changement de millénaire se fit en 2001) dans la rue avec cotillons et tout le tintouin, lui est dans un pauvre bureau, comme un crevard avec sa pizza froide et son coca.

• M : (no comment, attendant que le reste sorte)

• E : … et c'est tout, toujours le même black-out sur la suite des évènements !

• M : Bon, c'est déjà pas mal. Tu peux éventuellement me donner le nom de la boîte où il livre ça ?

• E : Non.

• M : Ok, beh d'accord !

• E : Dans le genre détail à deux balles, je sais pas si ça peut aider, mais il me semble que Fry se balance sur une chaise. (ton blasé)

• M : Bref, pour en venir aux faits, Fry se balançant sur sa chaise, bascule en arrière et tombe dans une boîte. Le couvercle se referme.

• E : Elle est comment ta boîte ?

• M : (Sourire) Elle est blanche avec un compteur digital sur le dessus.

• E : Comme la mienne !!! Avec pleins de tuyaux ???

• M : Oui, qui sortent de tout partout.

• E : Tout pareil dans mon cas. C'est quoi cette boîte, puisque le mystère semble y résider ?

• M : Boîte, froid absolu, insuline, compteur digital, Futurama.

• E : Dis moi pas que c'est pas vrai !!! (interloquée, sur le cul)

• M : Si si, c'est vrai.

• E : Putain ouais, je me rappelle maintenant le nom de la société où il était parti livré la pizz' : c'est Cryogenics ! J'aurai été cryogénisé alors ?? Mais combien de temps ???

• M : Tu veux vraiment le savoir ?

• E : Oui, s'il te plaît !

• M : 50 ans.

• E : A ouais, quand même. Tu m'étonnes que les choses n'aient plus grand-chose à voir avec ce que je connaissais. Je pourrai être la grand-mère des jeunes Utopiens !

• M : C'est sûr, ça ne te rajeunit pas cette histoire là.

• E : Ça veut dire alors que pas mal de personnes que je connaissais, des proches, ne sont plus de ce monde ?

• M : Malheureusement oui. Je suis désolé.

• E : C'est pas grave, ainsi va la vie. Je n'avais qu'à pas hiberner. Mais il y a tout de même un point qui me turlupine : j'ai vécu le Grand Soir, ok, mais après ? Cela n'explique toujours pas concrètement comment j'ai pu me retrouver dans cette boîte puis être congelée durant 50 ans !

• M : Peut-être que tu as été cryogénisée le lendemain du Grand Soir. Je ne sais pas si tu te rappelles, mais quand je t'ai vu hier matin, la veille nous avions fêté le Cinquantenaire du Grand Soir.

• E : Certes, maintenant que tu en parles, ça me revient … sauf qu'entre la monstre teuf populaire du Grand Soir et mon arrivée ici, je ne me souviens pas très bien, si ce n'est de mon rêve.

• M : En fait, sûrement que ton amnésie est due à la surcharge du réseau électrique : quand il n'y a plus eu de pétrole du tout, aux environs de 2050, le système énergétique fut saturé pendant un très bref instant (à cause de l'interconnexion des réseaux mondiaux lors de la bascule vers le 100% énergies durables).

• E : D'accord : ceci explique cela. Mais que diable faisais-je dans cette galère, dans cette boîte ?

• M : Tu me demandes ça à moi, qu'est ce que j'en sais. Peut-être que tu croyais que c'était un frigo et qu'en y entrant tu arriverais au paradis des glaces, avec des arbres à sorbet et autres lacs de coulis.

• E : Ah ah ah ! (pauv' type se dit-elle)

• M : Désolé, je ne vois pas d'autre explication. A moins que tu ais eue peur des excès de la Révolution et que tu ais préféré fuir avant de voir s'écrouler ce merveilleux rêve de l'Emancipation ; ça peut se comprendre avec les antécédents historiques du communisme, autoritaire (berk).

• E : C'est pas le genre de la maison, sieur, de fuir devant l'adversité, au contraire, je prends le taureau par les cornes. Mais il y a peut-être un truc à creuser là, j'en parlerai à ma psy.

• M : Beh je ne peux pas plus t'aider que ça.

• E : En fait, c'est comme si j'avais l'impression de faillir à une mission, mais laquelle ? Comme si mon amnésie, qui s'estompe par pans entiers grâce à toi et ta médecine bien parallèle, m'empêchait de pleinement réaliser ce pour quoi je suis là.

• M : Comme une éminence qui aurait à faire passer un message ?

• E : Euh, je sais pas, j'ai pas cette prétention la. Mais, y a du vrai dans ta façon de voir : peut-être témoigner, d'une certaine manière, du passé et comprendre vos évolutions. Sur votre nouveau mode de vie, j'ai pris une sacrée claque, mais pour que je fasse ma déposition il faudra encore attendre un peu, pas trop longtemps j'espère. Vivement que je redevienne pleinement moi-même, ou ce qu'il en reste après tout ce temps dans cette boîte.

• M : En creusant un peu, tu trouveras le pourquoi, de la même façon que tu as répondue au comment.

• E : Y a un truc que je pige pas chez toi : tu as l'air dans savoir beaucoup sur ce qui m'arrive, tu trouves toujours les bons mots pour exprimer ce que je ressens – comme si tu me connaissais – et comme par un merveilleux hasard tu es l'une des premières personnes que j'ai croisé. Faut que tu t'expliques là !!!

• M : Pour ce matin j'y suis vraiment pour rien : j'allais à ma piqûre annuelle de rappel de vinaigre et tu m'as accosté pour savoir ce qu'était le Père-Lachaise. Les grands esprits se rencontrent c'est tout !

• E : Et pour le reste ?

• M : Hum, … disons que … je/savais/que/tu/te/réveillerais/mais/pas/quand.

• E : En plus fort et plus doucement ça donne quoi ?

• M : J'espérais que tu te réveillerais mais je ne savais ni quand, ni qui tu étais, tout le monde l'ignorait.

• E : Momento ! … Tu veux dire que j'étais attendu par l'Humanité entière mais que personne ne savait qui j'étais et quand je me réveillerais. C'est bien ça ???

• M : Euh, oui, on va dire ça. En fait il existe une légende urbaine selon laquelle une femme se serait fait cryogénisée le lendemain du Grand Soir, vers 8h du matin, après avoir forcément bien fêtée cet évènement exceptionnel. Mais ceux qui t'avaient mise en bière, étaient si retournés qu'ils ne se rappelaient de plus grand-chose le lendemain (et ce n'est pas faute d'avoir tenté de leur tirer à eux aussi les vers mémoriels du nez, avec la même méthode, mais contre l'alcool à haute dose, la mémoire ne peut pas lutter).

• E : Putain de poches ! Font chier avec leurs conneries !!!

• M : Euh, si je peux me permettre : ils ne t'ont pas forcée à y entrer.

• E : Hein ?? T'es malade ou quoi ? Tu crois quand même pas que j'ai fais ça de plein gré !

• M : Beh si ma grande !

• E : Bah non mon petit ! Si j'ai ce black-out post-traumatique c'est bien que le traumatisme c'est pas fait tout seul.

• M : Certes. C'est surtout parce que toi aussi t'étais bien déquerre ce soir là !

• E : T'hallucines complet ! Je te rappelle que je suis une femme musulmane bien sous tous rapports, donc je bois pas d'alcool !

• M : Tu sais bien qu'il y a plein de moyens pour se mettre à l'envers sans lever le coude, tu nous as bien montrée tes compétences en la matière : tu ne t'es pas toxée de la dernière pluie toi !!

• E : Oui, euh … bon … j'étais jeune, un peu fofolle, voilà quoi ! Chacun éprouve du plaisir à sa manière, … et les vaches seront bien gardées !!

• M : En tout cas je ne sais pas ce que tu avais pris mais ça devait être costaud. Tu nous as laissé une petite lettre pour expliquer ton geste, tu avais plutôt l'air contente : tu disais adieu monde cruel avec un sourire un peu déconcertant. Mais c'était tellement téléporté et en écriture hiéroglyphique qu'on n'a pas tout compris.

• E : Beh eh, c'est pas tout les soirs le Grand Soir, ça se fête dignement ! Et c'était quand alors cette Révolution Der des Ders ???

• M : En mai 2007 ! 136 ans après la Commune de Paris et 39 ans après Mai 68. Comme presque chaque génération de Français, vous aviez vous aussi fait Votre Révolution, sauf que c'était celle de Tous les Citoyens, quels qu'ils (elles) soient.

• E : Donc là on est en 2057 si je calcule bien !

• M : Tout juste, mais pour les Utopiens on est en l'an 50 d'Utopia.

• E : C'est impressionnant comme tu racontes toute cette histoire mieux que je ne pourrai sûrement jamais le faire.

• M : Euh, je me suis un peu renseigné.

• E : Mais encore…

• M : En fait, j'ai reçu la mission d'accompagner ton éveil pour éviter que tu perdes pied dans cette toute autre réalité. J'étais le seul à connaître l'autre monde (les gens ayant volontairement effacés cela de leur mémoire, comme des erreurs de jeunesse), celui de l'autre temps, le proto-Emancipé : celui d'avant le Grand Soir de 2007.

• E : Vous aviez peur que je pète un câble ici et que je sache plus comment je m'appelle ?

• M : Bin disons que c'est quand même un autre monde ici et maintenant. Plus d'un perdrait les pédales dans un voyage comme le tien ; à travers les cieux, l'espace et le temps (un vaisseau s'en vient, Ulysse revient …hihi). Enfin voilà, je n'étais rien de plus qu'un tuteur éventuel, au cas où.

• E : C'est pas clair ton truc ! Tu m'énerves !! Tu vas me dire tout ce que tu sais la puta madre !!! Qui es-tu et comment ça se fait que tu connaissais l'autre monde ???

• M : Bon ok, bas les masques. Tu as le droit de savoir. J'ai été cryogénisé moi aussi !

• E : C'est pas vrai ? Beh, bienvenue au club ! Tu pouvais pas le dire plus tôt ?

• M : Pour tout te dire…

• E : Oui balance tout, y en a marre !

• M : Je me suis fait cryogénisé pour 25 ans (le temps de voir une autre génération à l'œuvre et réparer les dégâts d'avant, comme après la Seconde Guerre Mondiale), avec – par contrat – lors de mon coma sous insuline, une euthanasie par surdose de morphine (entraînant la mort par asphyxie tout en rêvant intensément) si le monde était toujours aussi pourri à mon réveil. J'ai eu le bonheur de revoir le jour 20 ans après le Grand Soir, et cette nouvelle civilisation – Utopia – me plut immédiatement.

• E : Mais comment et pourquoi t'en es arrivé à tomber aussi bas ? La cryo j'entends.

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21 janvier 2005 5 21 /01 /janvier /2005 20:01

08 - Les matins du Grand Soir
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Esperanta ouvre doucement, péniblement, un œil. Moa la regarde, attendri, contemplant la beauté de son visage encore endormi.

• Moa : Bonjour, bien dormie ?

• Esperanta : Salut (mélangé à un grand bâillement). Ouais, je me suis bien reposée et fais pleins de rêves bien sympas. Ce grand lit est bien plus confortable que ma boîte capitonnée. Et toi ? J'étais pas trop agitée cette nuit ?

• M : Non, t'as dormie comme un bébé, tout mignon tout plein !

• E : Merci, c'est en parti grâce à toi.

• M : Ah bon ? En quoi ?

• E : Beh, déjà que tu m'ais accueillie chez toi.

• M : Rien de plus normal.

Esperanta fait un grand sourire, caresse le torse de Moa en poussant un mini soupir de satisfaction d'elle, puis remonte sa main pour cajoler le doux visage de cet Apollon, avant de goûter comme petit-déjeuner à ses lèvres sucrées.
Moa étreint la belle, laisse courir sa paume sur le tronc voluptueux de cette perle de l'Orient.
Leurs sens s'emballent, la phase de décomatage au démarrage est très vite supplantée par la dynamique du câlin du matin, le meilleur car tout le corps (et l'esprit) passe d'un état de latence à celui de surexcitation en une fraction de secondes.
Laissons les se faire du bien, et allons prendre un café, ils nous rejoindront plus tard (pas trop quand même, la journée risque d'être longue).

• Esperanta : C'est quoi le programme de la journée ?

• Moa : A toi de voir, mais il faudrait que j'aille Participer un peu, je suis déjà redevable de quatre heures.

• E : Sympa, on sarce et le lendemain tu t'échappes. Je suis déçue, déçue Moa, profondément déçue !!!

• M : Mais non ma pitchounette, c'est juste que si on veut pouvoir passer du temps ensemble le reste de la semaine, il faudrait que je fasse à fond d'heures aujourd'hui. Tu pourrais te balader en ville par exemple, re-découvrir ce que tu croyais connaître. Déjà, le reste on verra après, tu serais partante pour aller prendre le petit déj' dans un restaurant ?

• E : Ouais carrément. Par contre, avant d'y aller, faut absolument que je te raconte mon rêve. Il me semble que j'ai réussi à me remémorer le matin du Grand Soir, et si c'est bien ça, ça m'aidera beaucoup pour finaliser la remontée de mes souvenirs enfouis.

• M : Bien sûr. Par contre, hier je t’avais déjà dit comment nous en étions arrivé à concevoir le Grand Soir comme indispensable.

• E : Ah bon ? Beh faut dire qu’avec toutes les infos que j’ai prises dans la gueule à peine arrivée ici (plus tes substances paranormales), j’avoue avoir un peu zappé. J’essayerai de m’en souvenir plus tard, mais là il faut que je t’expose une autre possibilité d’explication du Grand Soir, qui aurait bien pu se produire ainsi.

• M : Vas-y je t'écoute, ça m'intéresse de connaître ton film cérébral de la nuit.

• E : En fait, je crois que tout est parti d'une méprise sur le projet européen que tout le monde appelait de ses vœux. Sauf que, comme d'hab, ce que le Peuple voulait n'avait rien à voir avec ce que ses dirigeants lui proposaient.

• M : Effectivement, comme d'habitude dans l'autre monde !

• E : Ouais : alors que la France était au plus mal depuis la fin des Trente Glorieuses avec le choc pétrolier de 1973, que l'Europe pinaillait sur des points de détail (arrêt des fromages au lait cru, donc du goût, plaques d'immatriculation standardisées, interdiction de baisser la TVA à 5,5% pour les restaurateurs et la culture alors que les fast-food y étaient, …), la Communauté Européenne nous soumettait une Constitution qui était loin de répondre aux attentes populaires (dans le sens « noble » du terme).

• M : Tu m'étonnes, c'était Valery Giscard d'Estaing (un des plus impopulaires des présidents, qui est parti avec son célèbre « au revoir » dégoûté des Français) qui l'avait concocté avec des représentants de tous bords et de tous les pays, mais tous déjà pas mal passés à l'ennemi (tous ces sociaux-traîtres !!!). Mais ce qu'il faut quand même dire, c'est que le premier projet allait nettement plus loin en matière de Droits et de Protection sociale ! Ce sont les gouvernements nationaux qui ont amendé de tous les côtés le texte, le rendant plus ou moins volontairement illisible. D'ailleurs, c'est eux qui voulaient que la mention de la culture chrétienne apparaisse en ces temps de lutte religionnaire (autant que légionnaire) !

• E : Ah ! Donc j'ai pas tant rêvé que ça ! Il y avait bien une histoire de Constitution derrière !

• M : Tout à fait ! Faut dire que face aux grands pays tels que les Etats-Unis, la Chine, les Indes et le Brésil, il fallait un contrepoids de taille pour ne pas se faire manger tout crû !

• E : Oui, exact. Même si c'est un peu flou, je me rappelle que la concurrence, les délocalisations et tout le toutime faisaient rage. Il nous fallait une Constitution, ça c'était évident, pour donner un cadre commun de développement à tous les Frères européens. Depuis 1989 et la chute de l'autre (le communisme autoritaire), nos chers (très et trop chers) « représentants » (ou plutôt lobbyistes du capital) n'avaient eu de cesse de saboter les nations et les systèmes étatiques pour nous montrer que la seule solution en cette ère de mondialisation et de compétition internationale acharnée, était de renforcer l'Europe (jusqu'ici nous étions d'accord). Mais cette « intelligentsia » nous exhortait surtout à sacrifier nos Droits Sociaux et Citoyens (pour se battre à armes égales, mais si inégalitaires pour nous les humains) aux profits de la guerre économique engagée contre l'impérialisme américain, sans oublier les grandes puissances en devenir (Chine, Indes, Brésil, Russie).

• M : Et oui, on voulait essayer de gagner la guerre des prix et de la compétitivité, mais comme toujours, pour cela il faut d'abord être le plus fort, sinon c'est une lutte sans fin et surtout que l'on était assuré de perdre face à des Peuples encore plus exploités que nous (USA : 42 heures par semaine, 2 semaines de vacances ; Chine : 60 heures par semaine payées une misère ; les Indes et la Russie je n'en parle même pas). Même si pour information la France était le pays à travailler le moins (35 heures par semaine, 5 semaines de vacances), nous avions une des meilleures productivité en Europe et restions un des principaux pays d'investissement étrangers sur notre bon vieux continent (tout comme les pays Scandinaves). Comme quoi….

• E : Bien sûr, on était pas dupes : on voulait nous faire prendre des vessies pour des lanternes mais fallait pas pousser mémé dans les orties quand même. L'Europe que nous appelions de nos vœux les plus sincères, n'était qu'un monstre technocratique au service du capital. Alors que l'Europe libérale avait été construite depuis plus de cinquante ans sans le concours Citoyen, enfin on demandait aux Peuples leur opinion (du moins c'était une pure formalité de validation d'un texte). Le véritable problème, au-delà du contenu du texte, c'est que tout c'était fait dans le dos des Peuples, nous étions juste épisodiquement informés des nouvelles réglementations (voilà c'est fait, maintenant à vous de suivre ce qu'on a décidé pour votre « bien ») ; parce que l'Europe avait une dette morale envers l'ancien bloc des pays de l'Est (qu’elle n’a pas accompagné après la chute du mur) elle se devait de les intégrer mais sans nous expliquer qui, quand, quoi, où et comment !

• M : Je suis bien d'accord avec toi qu'un minimum de communication aurait permis de décrisper les gens et ils auraient sûrement mieux acceptés les changements et évolutions !

• E : Nous ne savions pas où et comment allait l'union européenne mais on nous obligeait à signer un texte fondamental qui gravait dans le marbre des politiques économiques (seul l'URSS l'avait fait dans sa constitution) et de nombreux autres aspects qui n'ont rien à faire dans ce genre de texte. Alors qu'une constitution réglemente les rapports sociaux et politiques (et donc doit être simple et suffisamment ouverte), cette constitution néolibérale (faite dans le dos des Peuples, sans leur participation, alors que ce texte est le fondement des relations Citoyennes en Europe) nous mettait devant le fait accompli en nous « proposant un choix » : soit nous voulions une Communauté Européenne basée sur un capitalisme dérégulé donc d'autant plus nocif, le tout saupoudré d'un minimum syndical en matière de survie (plutôt que de protection et de droits sociaux), soit nous ne voulions pas d'Europe du tout. Mais là, la coupe était pleine ! Bien sûr que nous voulions être Européens (la question ne se posait même pas – disons plus, plutôt), mais pas de cette Europe américanisée où que le meilleur gagne et que les autres marchent, ou crèvent.

• M : C'était la dure loi, en ce monde-là, en ce temps-là :-(

• E : Ben oui, … mais non !!! Nous fûmes appelés à nous exprimer sur la Constitution Européenne par oui ou non, alors qu'elle n'était ni toute blanche ni toute noire, mais plus ou moins grise (tout n'y était pas si mauvais, mais une grosse partie quand même). Du coup, les gens ne savaient pas comment voter, étant donné l'importance du scrutin.

• M : Et alors, qu'est-ce qu'ils ont fait dans ton rêve ?

• E : Et bien, le dimanche du vote, les électeurs ne sachant que faire devant un choix si crucial pour leur avenir, firent la Grève de la validation Citoyenne. Nos élus, de tous bords (même si il n'existait déjà plus de différence majeure entre les tendances), étaient si sûrs que les Français valideraient la Constitution (même à contre cœur), ne serait-ce que par leur volonté d'une Europe forte face aux ricains. Même les socialos disaient qu'il fallait voter oui, et qu'ensuite on verrait pour modifier ou faire évoluer le texte (alors que l'unanimité serait impossible à obtenir, ne serait-ce qu'à cause des Anglais ou des Polonais qui n'avaient pas la même vision de l'Europe que nous).

• M : Ils prenaient vraiment les gens pour des buses, comme le marketing avec ces astérisques toutes petites ou les contrats révisables dont les clauses sont si restrictives que le consommateur est captif, enchaîné à long terme !

• E : Sauf que le rapport de confiance entre représentés et représentants, déjà moribond depuis longtemps, n'étaient plus que l'ombre de lui-même. Les Citoyens ne voulaient plus être des bœufs beaufs (mot de De Gaulle : les Français sont des veaux) et signer bêtement un acte de suicide social aussi majeure. Déjà qu'on s'était méchamment fait enfler avec le Traité de Maastricht en 1992 : soit nous étions pour, soit nous étions contre et donc anti-européens.

• M : Mais rien n'est binaire dans ce monde, même si tout à son opposé !

• E : Tout à fait Thierry ! C'était trop réducteur. Je revois encore Chichi dans un pseudo débat Citoyen avec des jeunes (qui pour beaucoup ne connaissaient rien de la vie, encore moins de la Constitution), leur dire qu'il ne les comprenait pas et qu'il ne voulait pas que la France devienne le mouton noir de l'Europe. Pourtant, après de très nombreux débats sur le fond du texte (autant au bar PMU du coin que dans les familles, au boulot ou dans la salle des fêtes du village), les Français décidèrent, en toute connaissance de cause, de ne pas être des moutons de Panurge (t'en jette un à l'eau, les autres suivent, et tous se noient à la fin).

• M : Et alors, et alors … ?

• E : Du coup les Citoyens (sans notion stupide de droite ou gauche) ne sachant que faire en écoutant les grands pontes (ceux qui sont censés savoir pour nous), ont décidé de ne rien faire en attendant que les choses soient claires, et de débattre entre eux pour que le schmilblick avance.

• M : Sacrés Français ! je les reconnais bien là, ils ne font rien comme les autres, mais au moins ça prête à réfléchir (pas toujours non plus, n'exagérerons rien). Donc le dimanche du référendum, ils ont refusé de s'exprimer en faisant la Grève de la validation, estimant que le texte n'était pas clair et n'avait pas été élaboré avec les Citoyens (plutôt contre eux, vu que c'était Valery Giscard d'Estaing qui avait dirigé les travaux, sans en avoir été mandaté par les Peuples, comme le veut normalement tout projet d'Assemblée Constituante), et après ?

• E : On n'allait pas se laisser enfiler à sec avec du sable !!! A partir du lundi, pendant une semaine nous avons fait manifs sur manifs pour demander des négociations sur le texte. Les choses ne bougeaient pas, l'état faisait appel « au bon sens Citoyen » pour que le pays se remette au travail (dans un système ultra compétitif il ne faut pas sortir trop longtemps du cadre, la productivité baissant). Chichi fit un discours pour nous sermonner, en disant que ce texte était le même pour tous les Européens, et qu'il était dangereux pour la France de se mettre ainsi au ban des autres nations. Sauf que, sur le même sujet que la Constitution, les Allemands étaient en opposition frontale avec Schröeder (le texte fut adopté par le parlement – il n'y a pas de référendum possible en Allemagne, vieille peur du passé par rapport à la manipulation du Peuple par un leader charismatique), les Italiens et les Hollandais se tâtaient, quant aux Espagnols (les peu nombreux à voter par référendum) ils votèrent d'abord oui parce qu'on leur avait bourré le mou avec ça, mais lorsque la France dit non, ils débattirent aussi et ne furent plus aussi sûr de leur choix. Plus notre grand benêt nous disait de rentrer dans le droit chemin, plus nos Concitoyens Européens nous supportaient dans notre démarche pour une autre Europe, véritablement sociale, plus nous étions déterminés et nombreux : un vrai raz de marée humain et Fraternel.

• M : C'est mignon tout plein comme rêve, mais ça ne s’est pas tout à fait passé comme ça, même si ça aurait aussi pu péter à ce moment-là et qu’il y a pas mal de similitudes.

• E : Et comment ça c'est passé alors, sieur je sais tout !

• M : Ah ça ma chère, pour ton bien, c'est à toi de le découvrir. Puisque tu y étais, il faut que ce soit tes souvenirs qui te le disent. Mais si tu le veux bien, on en discutera au resto, je commence à avoir la dalle sévère.

• E : Tout pareil ! Je me fais belle et on est parti.

• M : Mais tu es très bien comme ça ! Tu sais, ici, on ne juge vraiment plus sur l'apparence : donc ton maquillage et tes belles fringues ne te seront pas très utiles.

• E : Ouais t'as raison, nique le costume du visage et du corps, je vais y aller nature. Marre du paraître, vive l'être !!!

• M : Tu vois que tu t'y fais vite à la mentalité Utopienne !

• E : Tu m'étonnes, c'est plutôt Libérateur !!!

• M : Bon, tu veux manger quoi alors ?

• E : Indien ça me brancherait bien ! Uttanka m'a donné envie.

• M : En voila une idée qu'elle est bonne.

• E : Mais si je me souviens bien, ils font pas de petit déjeuner sucré si ?

• M : Pour eux non, mais si les lentilles au réveil ça ne te va pas, ils ont aussi plein de gâteries sucrés comme une galette de riz à la noix de coco ou encore des pâtisseries arabisantes bien mielleuses.

• E : Ça me va nickel alors.

• M : J'en connais un très bien : le Svastika. En plus, il n'est qu'à une minute en aspi.

• E : Alors allons se faire entuber joyeusement, pour la bonne cause.

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21 janvier 2005 5 21 /01 /janvier /2005 20:00

07 - Bonne nuit les petits
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Esperanta et Moa arrivent à la place de la Fédération (ex nation), où furent enterrés dans un mausolée les Révolutionnaires morts durant les Trois Glorieuses des 27, 28, 29 juillet 1830.

• Esperanta : Forcément, tu ne pouvais pas habiter n'importe où à Paris !

• Moa : Bin non, je fais ce que je peux pour ne rien faire comme les autres.

• E : Belle philosophie. Et donc, cher guide touristique, où sommes-nous ?

• M : Ceci est la place de la Fédération, anciennement appelée nation.

• E : Toujours autant à fond de symbolique, c'est beau à voir.

• M : En plus, tous les matins, quand je me lève pour aller Participer (pas trop tôt quand même), ces monuments à la gloire des Anciens, morts pour cette chère Liberté enfin acquise plus de 150 ans après, m'obligent à être des plus honnête envers les autres et surtout moi-même.

• E : Euh, on reste dans la rue ou bien ?

• M : Non, bien sûr que non. Autant pour moi. Viens j'habite là, à l'étage.

• E : Evidemment il n'y a plus de code pour ouvrir la porte, on rentre comme dans un moulin.

• M : Evidemment, nous n'avons plus peur des gens ! Non seulement ça ne sert plus à rien, mais en plus on n'est plus emmerdé par ça.

• E : Porte non fermée à clés bien sûr aussi.

• M : Non, faut quand même pas abuser. Ton chez toi reste un lieu privé, même si tu n'en es pas propriétaire mais usufruitier (celui qui en a l'usage jusqu'à déménagement volontaire).

• E : Ok, comme ça c'est glop !

• M : Glop ?

• E : Ouais, glop glop comme le cri de joie de Pifou, le frère de Pif le chien.

• M : T'es exceptionnelle toi décidemment, tu es hors catégorie.

• E : D'accord, je vois le genre, je ferai gaffe si tu m'invites à un repas entre amis.

• M : N'importe nawak (tribu indienne d'Amérique). Voilou, je te présente mon modeste chez moi.

• E : Ouah, sympa. Louise Michel, Che Guevara, un beau gosse Révolutionnaire : je vois que tu es bien entouré.

• M : Eh oui, ni dieu ni maître, sauf eux (le début de la phrase est de Blanqui, le beau gosse qui passa 36 ans de sa vie derrière les barreaux, toujours au service de la Cause). L'enseignante Communarde / Partageuse au service des enfants du Peuple pour en faire des adultes Conscients et Critiques, le guérillero médecin international (Humaniste et jusqu'au boutiste de la Révolution aux mains du Peuple, d'où son abandon de Castro qui partait déjà en sucette pour exporter les Révolution – comme était censé le faire Napo au départ avant de partir lui aussi dans son délire) et le Révolutionnaire professionnel qui se sacrifie pour ses idéaux.

• E : Cool la déco un brin psychédélique, les spirales de toutes les couleurs. Excellent, le tag mural.

• M : Oui, c'est un pote graffeur qui l'a fait.

• E : C'est vraiment chanmé ce mélange des mythologies du monde. C'est ça non ?

• M : Oui, tout à fait. Ça représente l'origine du monde et les évolutions de l'Humanité selon les civilisations, avec toute la symbolique qui va autour.

• E : J'adore le mélange de sérieux et de déconne dans la customisation de ton appart. C'est tout toi ça ! Voyons ta bibliothèque, ça aussi c'est très représentatif de la personnalité. Pierre-Joseph Proudhon avec « Qu'est ce que la propriété » (c'est le vol du bien commun au profit des intérêts particuliers), Thomas More et l'exceptionnel « Voyage en Utopia », Paul Lafargue {gendre de Marx} avec son subversif « Droit à la paresse, réfutation du droit au travail de 1848 », Pierre Kropotkine et Bakounine (les princes russes de l'Anarchie), Emile-Pignot le Pacifiste avec « Le lendemain du Grand Soir », Colloque universitaire de Perpignan sur « La Commune de Paris de 1871 : Utopie ou modernité ? », James Guillaume et son « la Première Internationale », Maurice Agulhon (« Les Quarante-huitards », le printemps des Peuples), Daniel Guerin et sa « Lutte de Classes » (1793-1797). Le tout agrémenté de bouquins plus légers comme Gébé et son fabuleux « An 01 », « Utilisation rituelle du cannabis », la bible des toxs avec Jean-Pierre Galland et les deux tomes de « Fumée clandestine », le Kama-Sutra illustré (version poche, plus portable). Je vois que tu as de quoi agrémenter les longues soirées d'hiver.

• M : Et oui, il n'y a que dans les livres où on peut vraiment comprendre comment les systèmes sont (dans leurs aspects les plus complexes) et donc réfléchir puis élaborer des contre systèmes efficaces. Et après, je me détends les neurones en apprenant l'art de faire l'Amour, en fait à être en pleine communion avec l'autre, en son corps et esprit (et pour ça, la fumette amplifiant les sens, c'est du pur Bonheur).

• E : Ouais, enfin, j'espère que t'as quand même pas besoin du Kama Sutra pour savoir faire du sexe.

• M : Non bien sûr, je me suis fait mes propres expériences à côté. Mais ça aide à se « perfectionner » dans le sens où je suis plus à l'écoute des sensations / expressions de l'autre, dans le silence absolu des mots mais dans la profusion de dialogues des yeux et des sens. Le Kama-Sutra n'est pas un bouquin de cul, c'est un exposé sur l'art d'aimer et de s'étreindre, nuance.

• E : Certes, tout comme peut l'être le soufisme, courant de l'islam basé sur la communion avec Allah par le biais des plaisirs terrestres qu'il a lui-même créé (transe musicale, érotisme).

• M : Exactement. Tu souhaites un truc à boire ?

• E : Ouais, mais sans alcool : la fête sera plus folle. Je touche pas à ça moi.

• M : J'ai pas mal de jus de fruits exotiques (histoire de se refaire la santé après un long voyage), ….je sais ce qui te ferait plaisir ! Laisse-moi faire.

• E : Ok, mais plus de drogue, j'en ai ras les neurones.

• M : T'inquiètes, c'était prévu comme ça. Faut pas abuser des bonnes choses, surtout que là tu as bien l'air sur pied. Tiens.

• E : Merci. Hum, c'est super bon. Ça me rappelle quelque chose. C'est quoi au juste ?

• M : C'est du jus de canne à sucre avec des glaçons, comme ce que tu peux trouver en Inde (ou plutôt aux Indes vu la diversité).

• E : Hum, c'est bon comme là-bas dit ! T'y es allé ?

• M : Non, mais je connais pas mal d'indiens, ils sont trop cools (sauf les brahmans, les prêtres, qui ont du mal à se séparer de leur domination castique plurimillénaire).

• E : Ah, les castes : une belle saloperie. C'est « fort » en tout cas comme système d'oppression : notre système de classes (dirigeants stratégiques, cadres opérationnels, ouvriers producteurs) rendu immuable par le poids de la religion. Si l'on est Dhalit (caste des non-humains), c'est que l'on a pêché dans une vie antérieure, donc faut fermer sa gueule dans cette vie de merde pour que la prochaine soit meilleure : ainsi personne ne peut remettre en cause le système, sauf les athées ou autres non craintifs de dieux hypothétiques (il n'y a que les Indisciplinés qui peuvent faire tomber la discipline). C'est bizarre, j'ai des flashs comme si j'étais allée là-bas.

• M : Heureusement, même ce système là est tombé sous les coups de la Révolution, enfin après tant de supplices injustes (et injustifiables) pour les pauvres.

• E : Attends, attends, …, j'ai un flash-back comme si je connaissais les Indes dans une vie antérieure !

• M : Tu crois à la réincarnation ?

• E : Non, pas du tout, c'est bien ça le problème, … donc ça voudrait dire que j'y suis réellement allée. D'où l'histoire avec Uttanka et Jaisalmer la forteresse dorée du désert. Je savais bien que tout ça me disait quelque chose, ne m'était pas totalement inconnu. Ouais, ça fait bien parti de mon rêve maintenant que j'y pense (et puis j'oublie, c'est la vie c'est la vie).

• M : C'est marrant (façon de dire) : toi t'as fais un rêve anté-prémonitoire dans le sens où il te permet de revivre profondément le passé plutôt que de voir furtivement l'avenir.

• E : Bin oui, pfff (énorme soupir), tel est mon cruel dilemme !

• M : T'inquiètes, on va arranger ça, à deux on est toujours plus fort !!!

• E : Quels sont tes sentiments, ceux qui inspirent ces propos ?

• M : Euh (tout rouge) … purs bien sûr !!! Je ne suis là que pour t'aider, et seul moi le peux.

• E : Vas-y explique !

• M : Hum (maintenant tout pâle)… dans le sens où nous sommes proches et que j'ai un côté chamane qui est bon pour toi et ce que t'as ;-)))

• E : Et qu'est ce que j'ai ? T'es relou à la fin, accouche !!!

• M : OK, j'envoi la purée ! C'est juste que je sais … que je peux imaginer et comprendre ce que tu as vécu et d'où tu viens. Du coup je peux te proposer des cocktails pour te requinquer !!!

• E : C'est clair que tes préparations étaient très … excitantes et propres à solutionner certains de mes problèmes. Ou plutôt à m'épauler dans la quête et la compréhension des bribes d'évènements qui parsèment mes mémoires (long terme, émotionnelle, physionomiste).

• M : Et donc tu étais aux Indes pour tourisme ?

• E : Non, je crois que j'y étais pour bosser pour la Cause. J'ai en résidu mémoriel un immense parc expo avec gavé de gens : une communion de cœur de toute l'Humanité, la réunion de 250 000 délégués venu du monde entier (dont un effort particulier de l'Afrique) avec leurs différences enrichissantes, leurs cultures envoûtantes, des performances artistiques exaltantes.

• M : Peut-être le Forum Social Mondial à Mumbai ?

• E : Sûrement ! Je me vois bien en altertouriste là-bas !

• M : Je vais me préparer une petite absinthe. Un peu de musique classique ?

• E : Euh ouais, du son en tout cas !

• M : Et c'est tipar pour Aphex Twin.

• E : Ça pulse ton truc, c'est bon ça ! Et t'appelles ça du classique toi ?

• M : Ben pour les gens d'aujourd'hui oui ; ça a 50 ans quand même, ce n'est pas tout neuf.

• E : Et les Utopiens écoutent quoi comme son maintenant ?

• M : Tu as deux grandes familles : les musiques électroniques et les acoustiques. L'électro englobe tous les sons à base de sampler, boîte à rythmes, table de mixage (tout ce qui est produit par l'électronique tout simplement), le spectre est large, tous les genres y sont retravaillés ; les musiques acoustiques quant à elles ont évolué avec l'invention de nouveaux instruments (qui jouent avec les vibrations du cristal, l'écoulement de l'eau, la force du vent, …), de nouveaux styles sont apparus ainsi que des résurgences de mélodies traditionnelles (troubadours, folkloriques, arabisantes, orientales) agrémentées de textes contemporains (ou mise en musique d'écrits du passé).

• E : Cool, faudra que tu m'inities, j'adore les nouveaux sons. Qu'est ce que tu fais avec cette cuillère et ce sucre ?

• M : C'est pour mon absinthe, la fée verte à consommer avec grande modération si on ne veut pas finir fou ou aveugle (car celle-là c'est pas le genre où l'on a neutralisé la thyone, qui attaque le système nerveux des consommateurs abusifs). Tu en mets un peu sur le sucre que tu enflammes, tu fais prendre feu le peu d'absinthe au fond du verre, tu mélanges les deux et tu coupes avec de l'eau bien fraîche, voila c'est prêt. Je ne suis pas un grand fan d'anis (même famille), mais vu que c'est bien sucré, c'est super bon.

• E : Ha, j'avais pas vu, tu fais pousser aussi. Ça ne m'étonne pas de toi.

• M : Et oui, on n'est jamais mieux servi que par soi-même, comme d'hab. Je n'ai jamais eu la main verte pour les légumes car j'aime moyennement ça, mais quand il faut faire des efforts pour du cannabis, une plante qui le vaut bien, je suis d'autant plus motivé. Et c'est si beau de voir une graine grandir au fur et à mesure (la vie dans toute sa splendeur), puis de goûter les têtes et voir comme la Nature défonce bien :-)

• E : En parlant de ça ...

• M : Je vois que tu ne perds pas le nord toi ! C'est dans la boîte en bois là-bas.

• E : Ouah, c'est la boîte de Pandore ton truc : le parfait atelier de toxage ! Beuh, shit, feuilles, cartons, briquet, souris pour tasser (filtre de cigarette).

• M : Beh eh, bon vivant rime avec prévoyant. J'ai horreur d'être en panne de quoi que ce soit.

• E : Je comprends bien. Par contre t'as pas de clopes ?

• M : Non, à Utopia il n'y a plus que des feuilles de tabac. Les cigarettes étaient trop trafiquées par les fabricants avec de l'ammoniaque pour te rendre accroc à la nicotine. Ici, on fume nature !

• E : Ok ! Beuh ou shit ?

• M : Beuh, indica de préférence.

• E : Ouais, ça m'ira très bien : être zen avant d'aller au dodo c'est le top.

• M : Comme ça tu pourras bien évacuer ta dure première journée Utopienne.

• E : Un peu physique c'est sûr, mais très instructive.

• M : Globalement ça va, l'atterrissage n'a pas été trop rude ?

• E : Non, franchement ça le fait. C'est complètement inattendu mais je suis plus que ravie.

• M : Alors c'est cool.

• E : Par contre, demain, je risque fort de te saouler car la nuit aidant, j'aurai plein de questions à te poser.

• M : No sushis, je suis à ta dispo.

• E : Tiens.

• M : Ça va oui ? Qui roule bamboule (allume le pet), c'est la règle.

• E : Beh merci.

• M : Beh de rien.

• [(blanc) }… croa …} croa …}… croa } ……]

• M : Et euh … sinon, comment ça t'es venue l'idée de partir aux Indes ?

• E : Aussi loin que je me souvienne, il me semble que c'est après avoir vu une copine de mon voisin, qui revenait d'un trecking dans les montagnes indiennes du Cachemire.

• M : Magnifique région, … avec tout ce qu'il faut en plus :-) Et le FSM ? Tu te rappelles comment tu es arrivée là-bas ?

• E : Beh … c'est sûr que j'ai pas atterrie comme ça au hasard. Euhhh … il me semble que c'est après avoir passée trois jours en plein cagnard avec Astérix.

• M : Pardon ?

• E : Je sais pas plus, je te dis comme ça vient.

• M : Ah, je vois. Ce ne serait pas le Larzac en août 2003 ? Et Astérix : José Bové ???

• E : Bingo, mais oui, mais c'est bien sûr ! T'es trop fort je t'assure. J'y vois à nouveau clair. Tout me revient maintenant. En fait, je gravitais depuis longtemps autour de courants alternatifs, voire underground (« sous-terrains »), ne me sentant pas spécialement à l'aise avec les carcans des partis où la direction sait et la base suit. J'étais montée avec un pote au contre-G8 d'Annemasse (rassemblement contre le sommet des 8 pays les plus industrialisés pour définir la suite des événements, sans mandat de l'ONU et encore moins des Peuples), plus pour être en réflexionnite détendue avec les gens que pour me prendre des gaz lacrymaux dans la gueule. Nous avions la chance de nous être installés à l'embouchure du chemin pour aller dans le village intergalactique (celui des « institutions », partis et associations) alors que nous étions dans le Village AutoGéré Anti-Guerre (celui où il y avait de l'ambiance et où l'Anarchie montrait toute sa capacité d'organisation : du désordre naît l'ordre – et l'inverse est tout aussi vrai héhé). Je fus toute retournée par cette expérience, avec 20 000 militants de toute l'Europe (et même d'ailleurs : pause Contestation durant leur voyage !), je voyais tout le contre-pouvoir que pouvait représenter les Altermondialistes en général et les Contestataires de nos civilisations inégalitaires et suicidaires en particulier.

• M : Tu as effectivement l'air toute retournée.

• E : Beh oui, il y eu vraiment un avant et un après G8. Dès lors, de par ma prise de conscience, j'étais déjà perdue pour le système. J'avais voué sa perte, ou du moins (puisqu'on ne peut décider seule de faire une Révolution, sinon c'est un coup d'état) je ne me casserai plus le cul pour cette bête immonde. Je suis une femme Libre, je ne supporte pas la mise en moule : y avait basta de cette prison sans chaînes ! Déjà pour mon anniversaire de quart de siècle, j'avais décidée que c'était bien beau de critiquer l'Occident mais que ça restait limité : donc il fallait voir là-bas, en Orient comment ça se passe, histoire d'avoir deux points de vue pour se faire une opinion nuancée.

• M : Sage démarche.

• E : Tiens le pet, il met une bonne claque. J'ai déjà les yeux bien lourds !

• M : Merci, héhé, tu crois quoi ? J'ai du bon tabac dans ma tabatière !!!

• E : C'est le moins qu'on puisse dire.

• M : C'est de la beuh de l'an dernier, très bonne récolte. Et donc, comment t'as organisé ton truc ?

• E : C'est relativement simple, du moins logique. Ne pouvant plus supporter de travailler dans un boulot où je guettais l'heure du gong de fin de labeur, je résolus que je ne pouvais pas être Révolutionnaire le week-end (même si c'est très sympa, mais bon, ça va pas très loin) et me faire chier au taf la semaine. Je décidais donc de demander très gentiment à mon boss si il ne pouvait pas me virer afin que mon voyage soit subventionné par l'état (chômage), pour que j'effectue ma formation anti-étatique (l'arroseur arrosé, utilisation du système pour le détruire).

• M : Et ?

• E : Et il a été très très gentil !!! En fait je tombais bien, car lui aussi voulais me parler de mon efficacité au travail. Tu m'étonnes, depuis des mois où je voyais l'impossibilité organisationnelle (donc des chefs) de faire correctement la tâche pour laquelle j'étais payée (au lance-pierre), j'occupais mon large temps libre au boulot pour lire les classiques de la Contestation constructive. Proudhon, Thomas More, des dossiers sur la société actuelle, tout y est passé. Donc virée avec 2 ans de chomdu et 2 semaines de vacances offertes. On obtient beaucoup de choses en demandant gentiment !

• M : C'est ce que je vois, il a été super cool avec toi, Respect.

• E : Oui, il a apprécié que je fasse le premier pas, parce qu'il n'allait pas tarder à venir me voir. Et donc là c'était parti pour le FSM, Mumbai j'arrive.

• M : Et tu as fait quoi là-bas ?

• E : En fait, le fond du truc c'est que j'en avais marre de bosser pour un patron qui me jettera 1000 malheureux euros à la fin du mois en guise de tout ce que je me suis fait chiée pour que Môsieur ait une belle ouature. Donc autant mettre le peu de connaissance que j'ai eu la chance (et la sueur) d'acquérir au service de gens qui côtoient la misère tous les jours et qui ne s'en plaignent pas (d'abord ils pensent à manger).

• M : C'est tout à ton honneur.

• E : N'en fais pas trop : c'est juste que je voulais joindre l'utile d'être volontaire à l'élaboration du FSM à l'agréable d'être au chaud en plein hiver avec une culture complètement différente et donc super enrichissante. Et j'ai pas été déçue du casse-croûte, j'en ai appris des trucs. Et ça m'a coûté trois mois de bonne dépression bien intensive.

• M : Oh ?

• E : Bin ouais, c'était la première fois que je partais comme ça dans un pays lointain sans pap & mum. Même si c'est pas facile tous les jours de vivre comme musulmane en France, aux Indes c'est d'autant plus difficile. Alors que le Coran stipule clairement que tous les êtres humains sont Egaux devant Allah, le livre fut adapté (comme dans chaque pays) aux mœurs et cultures locales : beaucoup de femmes portaient des burka noires (des fantômettes, le drap obscure de la honte sur la tête, avec seul un petit grillage pour « voir » le monde extérieur) et ils avaient même adopté le système des castes (plusieurs niveaux d'humanité). Pourquoi pas picoler et manger du porc aussi, bande de mécréants.

• M : Il me semble qu'aux Indes (comme dans beaucoup de pays du monde) la société était encore frustrée sexuellement. Les mariages étaient arrangés ou fortement soumis à approbation parentale, la virginité était obligatoire puis l'acte sexuel – que dis-je, uniquement reproducteur – se devait avec son mari, et avec lui seul durant toute la vie (pas de divorce possible, si ce n'est par la mort). C'est bien parce que les hommes ne savaient pas maîtriser leurs pulsions, qu'ils avaient besoin de cacher leurs femmes et sœurs. La gente féminine adoptait aussi le voile pour plus se faire emmerder par les chauds de la bite.

• E : C'est clair. Dans beaucoup de pays musulmans, les femmes vivaient tranquillement pendant longtemps, elles faisaient presque comme elles voulaient. Puis des gros machos, obsédés ou prudes (même cheminement mental), demandèrent de cacher ces seins qu'ils ne sauraient voir. Ils n'avaient qu'à pas regarder à ce moment-là (surtout qu'il fallait bien mater pour voir quelque chose transparaître) !

• M : Pour sûr, on ne voit que ce que l'on regarde, et ce que l'on veut bien voir.

• E : Ça c'est bien vrai mon p'tit gars ! C'est plus facile de cacher les beautés vénusiennes que de faire en sorte que les mecs arrêtent de penser avec leur bite !!!

• M : Exactement. C'était la négation des charmes pour mieux supporter les vicissitudes et vices masculins sexuels. N'oublions pas non plus, qu'en Europe pendant longtemps les femmes avaient aussi de longs vêtements, se baignaient presque habillées (ou la cabine descendait jusque dans l'eau pour qu'on ne voit rien du maillot de bain) mais encore plus souvent étaient aplaties des seins par un corset (une torture pour le dos et la poitrine mais la paix sexuelle était à ce prix là). Les dames devaient même jusque dans les années 60 avoir l'autorisation de leur mari pour ouvrir un compte en banque, sans oublier que de nombreuses femmes portaient un foulard pour cacher leurs cheveux et la nuque. C'est « marrant », en fait les mœurs masculines ont toujours interdites aux femmes de laisser transparaître la nuque, les oreilles et les cheveux : du coup les visages ne montraient plus rien de la féminité (comme les femmes tondues, même principe d'humiliation).

• E : Eh ouais, heureusement les Européennes ont lancé le mouvement en 68 avec la libération des mœurs, puis les musulmanes ont, bon an mal an, de hautes Luttes, conquis certaines Libertés fondamentales qui ouvrirent des brèches (alors qu'à certaines époques elles étaient au même niveau que les autres, mais l'homme est rétrograde par cycle, tout comme rien n'est linéaire dans l'Histoire).

• M : Et tu ne m'as pas dit. Tu bossais dans quoi pour que ça te saoule tant ?

• E : Euh, hum, j'étais commerciale pour vendre du contenu rédactionnel sur les sports mécaniques auprès de services multimédias.

• M : Ah ouais, bien. Je te voyais bien dans ce genre de taf mais pas sur ce secteur là.

• E : Oui, beh faut bien bosser pour pouvoir bouffer. Du moins fallait ... jusqu'à ce que je décide que j'avais suffisamment travaillée (depuis 4 ans mais depuis 10 avec les boulots d'été et les stages) pour bien mériter une année sabbatique (en fait deux, tellement c'était bon) tous frais payés. Mais c'était pas pour rien faire, au contraire : c'était pour faire des choses qui me tenaient à cœur, qui pouvaient aider les gens, le tout dans une bonne ambiance si possible. Il fallait que je voie si ça me plairait de bosser dans une association, sur le terrain.

• M : Et ton expérience indienne alors ?

• E : Beh, en fait, c'était vraiment l'arrache complet. Les Indiens étaient trop fiers d'eux, du moins la majorité, venant des divers partis communistes locaux : genre vieux de la vieille, procéduriers et ordonnateurs. Tout ce que je hais, des vrais cocos quoi ! En plus, c'est toujours les mêmes gens qui interviennent, des universitaires ou syndicalistes (des têtes) et qui traitent des mêmes sujets alors que ceux que ça concerne restent dans la salle (mêmes si ils posent de bonnes questions et participent beaucoup aux ateliers de réflexion et autres formes de développement d'idées). Et surtout, j'ai moyennement digéré les énormes buffets des ONG internationales qui luttent contre la misère toute la journée et se gave en rentrant le soir dans leur hôtel quatre étoiles (même si la chambre y coûte le prix d'une nuit en Formule 1, mais c'est une question de principe). Mais sinon c'était la pure éclate avec les autres volontaires, venant des quatre coins du monde (surtout des coins de l'Europe). Et j'ai rencontré un tas de gens extraordinaires qui pensent globalement et qui agissent véritablement localement.

• M : Et niveau taf, ou occupation plutôt, après ton retour ?

• E : Hum, j'ai donc déprimé trois mois à mon retour, parce que les Indes ça bouleverse les convictions et la vision de la réalité autant que l'on voit vraiment ce qui est réellement important. Puis j'ai réfléchie à pleins de projets alternatifs qui pourraient marcher et me plaire en même temps.

• M : Genre ?

• E : Genre une coopérative socioculturelle où toutes les tranches d'âge et les goûts pourraient trouver une ambiance culturelle à leur convenance. Je pensais le truc avec trois dance-floors (électro, ethnique, divers) mis aux ambiances de la soirée, un restaurant bio / équitable original et à pas cher, avec une salle où l'on pourrait acheter les produits consommés à table (pour la plupart provenant de champs de paysans voisins) et un hall d'exposition artistique. Le tout bien évidemment fonctionnant sur les principes d'Eco-Développement (panneaux solaires, économie d'eau associé à récupération des pluies, isolation en chanvre – bonne tenue acoustique et thermique, mini-éoliennes, etc. …).

• M : Excellent comme projet !

• E : Le meilleur étant pour la fin : cela se voyait comme une Coopérative, donc Collectiviste et Anarchiste pour la gestion des activités : pas de chef, tout se décide par tous en Assemblée Générale, pas de salaire mais des retours sur bénéfices égaux pour tous.

• M : Tout ce que j'aime. Et ça a donné quoi ?

• E : Beh, pas grand monde pour me suivre. Peut-être que c'était trop en avance sur mon temps et sur l'individualisme régnant en ce début de millénaire.

• M : En tout cas, tu peux être sûr qu'aujourd'hui ton projet serait accueilli avec grande joie. D'ailleurs il existe quelques endroits un peu dans le genre, mais pas aussi complet que ça.

• E : (Bâillement) Ouais, beh tu me montreras ça. Par contre, c'est hallucinant : pendant les 5 heures du voyage (que je n'ai absolument pas vue passées), je n'avais vraiment pas faim, mais là elle se réveille d'autant plus. Surtout qu'en plus à part ce matin, je ne sais pas du tout depuis quand je suis à jeun.

• M : Tu m'étonnes, avec les champis on n'a plus de notion du temps (c'est ça qui est bon) et la faim aussi est au ralentie. Mais il ne faut pas confondre les signaux du corps tel que la sensation de satiété (avoir la dalle) et le niveau réel de réserve de tes organes. Dans ton cas, c'est sûr qu'il est grand temps de manger. Il y a du jambon dans le frigo et du pain au pavot (mais celui-là, il ne fait rien de mal).

• E : Quoi ? Du halouf ? T'es malade ou quoi ? Hum, excuses moi de te demander ça, mais Moa tu m'as bien dit que c'était le diminutif de Moïse-Œdipe-Akhenaton non ?

• M : Oui, et ?

• E : Beh Moïse … t'es juif donc.

• M : Citoyen du Monde, Utopien et accessoirement juif (dans le sens où c'est une caractéristique privée) ! Mais sinon c'est vrai : de toute façon j'aurai du mal à le cacher avec mon nez, que dis-je, mon cap, ma péninsule.

• E : Comment peux-tu manger du porc en tant que juif ?

• M : Ben parce que c'est bon ! Forcément tu n'es pas au courant : ici, on s'en fiche pas mal des interdits religieux de ce genre. Mais si ça te dépasse, j'ai aussi de la choucroute. Vu ton voyage intersidéral et la faim des champis qui va avec, je pense que ça pourra te plaire et bien te caler.

• E : Mouais, je vais plutôt partir sur ça alors.

• M : Je ne te propose pas de bière avec, même si c'est le couple classique.

• E : Merci, mais effectivement, non merci.

• M : Je propose, tu disposes.

• E : (Enooorme bâillement) J'en peux plus. Je commence vraiment à piquer du nez. Je vais pas tarder à aller me coucher.

• M : Tu as bien raison, une bonne nuit de sommeil te fera le plus grand bien. Demain sera un autre jour. Tu apprécieras d'autant plus Utopia. Ne bouge pas, je vais te préparer ton lit.

• E : Et toi, tu dors où ?

• M : Juste là, sur le divan.

• E : Tu rigoles où quoi, t'es chez toi, je vais quand même pas t'ôter le lit du dos !

• M : Tu es mon invitée donc ne fais pas de chichi, c'est comme ça. C'est tout de même la moindre des hospitalités.

• E : Bon, beh, … merci alors.

• M : De nada, you're welcome.

• E : Gracias.

• M : Prego ! :-)

• E : Euh, par contre …

• M : Ah oui, j'imagine que tu n'as pas amenée ton pyjama durant ton voyage. Tiens, voilà un long t-shirt et un caleçon propre. Ça t'ira ?

• E : Nickel chrome, merci.

• M : Tu as la salle de bain qui est juste là-bas.

• E : Merci, je vais aller me changer.

• M : Prend ton temps.

Moa se retrouve seul, ça gamberge sec : cette petite muslim lui plaît bien, elle a un pur style, elle est cultivée et en plus elle est belle (charmante et petit cul gros seins, comme notre ami les aiment :-). Mais fidèle à ses principes, il n'encouragera rien et ne fera rien de spécial : un plan est une liste de choses qui n'arriveront pas ! Notre ami n'est pas un chasseur (enfin ça dépend des jours), mais plutôt un romantique en tourment face au sexe fabuleux.

Esperanta de son côté ne sait pas trop quoi faire non plus. Elle se parle dans le miroir, demandant si elle a bien fait d'accepter cette offre à dormir à domicile, mais comment aurait-elle pu faire autrement, ne connaissant personne à Utopia. En plus, il est bien, c'est un bon petit youpin, mais ce n'est pas pour autant qu'il doit s'imaginer des choses, notre amie n'est pas le genre de fille … quoique, ici c'est un autre monde, soyons folle. Ne sachant pas comment gérer la chose, elle décide de laisser venir, elle improvisera en fonction du feeling.

• Esperanta : Je suis toute foutue. Je vais dormir comme une masse.

• Moa (à l'autre bout de la pièce, sur son divan inconfortable) : C'est sûr. Bon, beh, comme on dit chez nous : Schlaffen Sie gut und traumen Sie süss !!!

• E : Hum, merci, mais ça veut dire quoi ?

• M : C'est de l'alsaco. Ça veut dire : bonne nuit et fais de beaux rêves.

• E : Ok d'accord. Beh, tout pareil pour toi alors.

• M : Merci. Allé, j'éteins la lumière. Reposes toi bien.

• E : Merci de même Moa, t'as assuré aujourd'hui.

• M : Je t'en prie, je n'ai fait que ce qui était bon pour toi.

• E : C'est vrai, et je t'en suis d'autant plus reconnaissante. De notre temps, peu de gens auraient réagi ainsi en se montrant si serviable, prêt à dépanner.

• M : Ni pense plus, c'est du passé maintenant. Tout cela est bien loin à présent.

• E : Mouais, pour toi peut-être. Pour moi c'est comme si c'était hier.

• M : Je comprends ce que tu ressens. Ce n'est pas évident à gérer cette faille temporelle. Mais bon, c'est tellement mieux ici.

• E : Tu as bien raison. Sur ce …

• M : Ouaip. Tchuss.

Après 5 minutes de silence, Esperanta se tournant dans tous les sens dans son grand lit, ayant du mal à trouver le sommeil :

• Esperanta : Hum, Moa ? Tu dors ?

• Moa : Même pas d'un œil. Pourquoi ?

• E : Euh, (putain je vais passer pour une conne, bon tant pis, qui ne tente rien n'a rien), … je me sens pas bien toute seule dans ce grand lit froid. J'ai peur de faire des cauchemars cette nuit.

• M : T'inquiète, je suis là, tout près. Tu veux que je te mette une veilleuse pour ne pas que tu flippes trop dans le noir.

• E : Eh !!! Je suis plus une gamine !

• M : C'est pas ce que je voulais dire, c'était une boutade.

• E : Oui, bin hein … tu sais où… Non, sérieux, tu veux pas dormir à côté de moi, je me sentirais plus rassurer.

• M : Pourquoi pas, si il n'y a que ça pour te faire plaisir.

• E : Beh t'emballe pas non plus, c'est en tout bien tout honneur.

• M : Je l'entendais bien de cette oreille.

• E : (grrr il m'énerve avec son petit sourire narquois) Bon alors ça va (sourire tout aussi faussé).

• M : Hum, tu peux juste me faire un peu plus de place s'il te plaît, je sais bien que je ne suis pas épais, taillé dans une biscotte, mais quand même.

• E : Sieur est exigeant en plus.

• M : Et ouais, fallait pas m'inviter, héhé !

• E : Gros naze !!!

• M : Bon allé, il y en a qui veulent dormir ici.

• E : Tu manques pas d'air toi !

S'en suit une bataille de polochon, des chatouilles sans dessus dessous. Après une lutte hardie, se retrouvant face à face, plongeant leurs regards dans les yeux de l'autre :

• Esperanta : Qu'est ce qui nous arrive ? … je voudrai pas que tu crois …

• Moa : Je ne crois rien, je laisse faire les choses comme elles viennent.

• E : Tu sais, ce n'est pas si facile pour une fille comme moi … musulmane.

• M : Pourquoi ? Tu as l'air Libre pourtant, tu fais ce que tu veux.

• E : Oui bien sûr, mais c'est pas ça …

• M : Tu ne vas pas me dire que c'est parce que tu as peur de coucher avec l'ennemi, l'occupant ? D'une tu n'es pas palestinienne et je ne suis même pas israélien. Et de deux, ici personne ne te tondra la tête car ce temps là est bien révolu : aujourd'hui tout le monde vit en paix.

• E : Je sais, pardon c'est vraiment stupide comme réaction.

• M : No soucailles, je sais comme nous étions formatés en l'autre monde, donc je comprends ta manière de voir. Mais c'est du passé tout ça, nos peuples frères sémitiques se sont enfin réconciliés. Je te propose un simple baiser, tu en disposes !

Esperanta, emportée par la fougue qui l'entraîne, rassurée par toutes ces belles paroles et le personnage de Moa en général, se jette sur ses lèvres et lui ventouse la bouche.
De langoureux baisers transcendent ces êtres épris l'un de l'autre par une passion fulgurante et intense.
Moa promène ses mains, de façon très décente mais tout de même des plus sensuelles, le long du cou d'Esperanta, remontant en massant la nuque et en caressant les cheveux.
Moa entreprend en toute finesse un massage du buste : prenant le visage d'Esperanta dans ses mains, il continue ses manœuvres tout en pérégrinant vers la splendide poitrine de la gente damoiselle. Cajolant délicatement ses seins à travers le t-shirt, il prend pour cible le téton droit qu'il malaxe avec attention entre ses doigts agiles.
Toute envoûtée par ses émotions et puisque les jeux de l'Amour sont ouverts, Esperanta a la première le geste « déplacé » (mais bien placé au final) donnant le ton à la suite des évènements. Parcourant le torse légèrement musclé de Moa, elle descend jusqu'à l'entrejambe afin de tâter l'effet qu'elle lui fait. Force est de constater que Moa a les corps spongieux méchamment dilatés : il arbore un joli gourdin sous son caleçon.
Esperanta, sentant la chaleur du « vice » qu'elle a dans la peau (mais au moins elle se l'avoue), ne peut plus supporter ce t-shirt qui l'étouffe de chaud (tout autant qu'il indispose Moa dans sa gestuelle).
Miss Topless s'allonge sur le côté, notre bel étalon embrasse passionnément ces lèvres pulpeuses au goût si suave.
La sensualité de la peau de la belle et tendre, amène la langue de la luxure vers la zone érogène du lobe de l'oreille. Les lents mouvements du troisième sexe (le premier étant le cerveau, l'autre le chibre), tout aussi humide que sa verge hypertrophiée, sur ce petit lobe aux multiples cellules sensitives, affolent Esperanta de plaisirs et de gémissements torrides. En faisant un passage par le cou sucré, Moa ayant échauffé de ses doigts agiles les tétons chocolatés de Vénus, ses caresses labiales arrivent à point nommé pour apaiser ces deux magnifiques Monts Chéris éructant des intenses chaleurs de la Mère. Pendant que la bouche anti-incendie s'occupe du feu qui couve sur le sein gauche, la main apaise par des caresses sensuelles le sourire de la base du mamelon droit.
Esperanta est totalement submergée par ces sensations bilatérales : s'envolant de jouissance, elle saisit l'ancre du meneur de barque directement dans son caleçon pour s'arrimer au sol.
Une main masculine étant sous-utilisée, cette dernière contre attaque en lançant une offensive pacifique, un tir ami, vers le triangle des Bermudes de la forêt humide. En phase d'approche, le pouce frôle délicatement la grande lèvre supérieure, la première de la zone pubienne. Progressant vers son objectif, la petite lèvre supérieure est mise à l'index, doigt qui la cajole doucement pour montrer son attitude bienveillante envers elle.
Toute émoustillée par cette infinie béatitude multipolaire, Esperanta répond en tournevissant le phallus dur comme du béton et chaud comme la braise.
Moa, en transe chimique hormonale des neurones, déploie son pouce et décapuchonne le clitoris, à l'intersection des deux lèvres supérieures, et son majeur vers l'antre du plaisir. En faisant patiemment de petits cercles, le sphincter vaginal (le petit muscle dont il faut se faire l'ami pour pouvoir entrer en l'autre) se détend et autorise à plus si affinité. Les « bulbes du vestibule » (structure symétrique autour du vagin) se gorgent également, pour d'autant plus de plaisirs clitoridiens.
Esperanta n'en peut plus, elle arrache le caleçon afin de pouvoir saisir toute l'ampleur du phénomène, jusqu'aux boules.
Après avoir alterné bouche et main pour s'occuper de chaque sein, Moa, enclenche la seconde. Suite à une série de nœuds gordiens (l'infini grec « ∞ ») comme pour dire à tout à l'heure aux Monts divins, le onzième doigt descend le long de la médiane pour atteindre la cicatrice ad vitam eternam de notre venue au monde, stimulant ce berceau très sensible pendant que les mains caressent les hanches de la fécondité. Tout en finesse, la langue du mâ(a)l(e) approche du triangle pubien et, n'écoutant que son instinct, suit le lapin rose en dégageant le tissu protecteur du temple du plaisir et de la vie (les deux intimement liés). Esperanta ayant laissée lever l'ancre, s'accroche aux draps pour rester sur terre avant de vraiment s'abandonner au 7è ciel.
Le cunnilingus (cunni, con, sexe de la femme, forme latine signifiant lapin ; lingus, langue) réchauffe le bouton gelé, clitoris, de l'amazone pendant que les mains envoûtent en les massant les deux parois labiales. Caressant un peu le périnée, peau très fine et ultrasensible entre la vulve (ou base du pénis chez l'homme) et l'anus, Moa ressent clairement l'effet qu'il produit en cet être délicieux. Le bouton du clitoris (à l'instar de son équivalent le gland, tout deux corps spongieux ultrasensibles) étant très stimulé, diminue de taille pendant que le reste du clitoris (interne) se gonfle de sang puis le bouton devient plus proéminent qu'avant (important à noter car c'est l'inverse de chez les hommes où quand ça se ramollit c'est fini, alors que là les choses sérieuses commencent). Cette dernière, pour le remercier de ses bienfaits, le gratifie de son nectar, la cyprine lubrifiant les va-et-vient sexuels.
Esperanta, encore tremblante de son expérience linguistique, remonte la tête de Moa entre ses mains. Après un langoureux baiser aux seins pour leur dire re-bonjour, ces lèvres charnues embrassent à pleine bouche passionnelle les lèvres pulpeuses de l'enthousiasmante aimée.

• Esperanta : T'as ce qu'il faut ? (murmure-t-elle à l'oreille)

• Moa : Plus besoin, aujourd'hui il y a un vaccin et j'ai pris ma pilule. La joie du sexe insouciant est revenue.

• Esperanta : Bon alors c'est glop glop glop.

Moa profite de cette interruption pour mettre un autre son, plus en phase avec le langoureux de l'Amour en tant qu'acte physique de partage de sensations. Ce sera de la musique brésilienne, bien salsa, mais paisible quand même.
Visiblement emportée par les sons exotiques (Brasil c'est chaaaleur, c'est plaisiiir – footcheball on s'en fout), caressant le membre pour le stimuler et vérifier sa rigidité - même si il n'y avait pas de doute à avoir à ce sujet (même si une panne est si vite arrivée et que la partenaire n'est pas en faute), la luxuriante Esperanta introduit la verge, telle en saillie, dans son vagin chaud et humide telle une tarte aux pommes.
Moa, allongé sur elle, l'embrasse et caresse tant sa chevelure et son front que ses hanches et ses cuisses, pendant qu'Esperanta palpe les formes toniques des fesses masculines en action de déhanché du bassin et coup de rein.
Afin d'augmenter le taux de pénétration vaginal, notre serviteur des sensations fortes saisit un coussin qu'il place sous les fesses de la belle pour rehausser son bassin. Se lassant très vite du sempiternel et ultraclassique Missionnaire, Moa se redresse sur les bras et place les jambes d'Esperanta autour de sa taille pour quelle puisse contracter ses cuisses et en même temps ses muscles vaginaux (ceux qui font qu'une femme peut avoir plusieurs orgasmes). Puis s'agenouillant sur les tibias, il ramène les jambes de sa bien-aimée sur ses épaules, de part et d'autre de la tête, puis les deux d'un côté. Passant les jambes sur l'autre épaule, il se baisse pour embrasser cette bouche suave si mordue de plaisir, tout en faisant ainsi reposer le bas tronc surélevé d'Esperanta avec ses fesses à elle sur ses cuisses à lui (et ses jambes à elle qui lui touchent presque sa tête).
Il lui prend les bras et la hisse à sa bouche en manque de brassage de langue tout autant que son être en manque d'admiration de ce splendide visage et de ces yeux qui en disent si long.
Opérant un flip-flap en serrant bien le corps voluptueux d'Esperanta, Moa se retrouve sur le dos, sa position préférée. Son pénis étant sorti de la matrice (pas forcément par accident), notre petit malin cherche à tester les « vices » de la belle. En voulant remettre la verge dans le droit chemin, il se « trompe » et effleure très délicatement le nunus de la dame. Celle-ci se trémousse et caresse seins contre tétons son partenaire avec un petit sentiment de gêne et de plaisir mêlés, et reprend les choses en main en cajolant les bourses et réintroduisant le phallus au chaud du vagin.
Empoignant les fesses d'Esperanta, il les amène puis les repousse vigoureusement pour amplifier la force et profondeur de pénétration. Elle se redresse en poussant un de ses petits cris de jouissance exaltée, Moa appuie sa main sur son bas ventre. Cela fait frotter le point G (deuxième phalange vers le haut en entrant dans le vagin) avec le gland.
Esperanta, si émoustillée qu'elle en perd ses forces, tombe comme une masse sur la bouche de son partenaire pour le gratifier d'un baiser qui symbolise tout le bien qu'ils se font mutuellement.
Moa ralentit le rythme, fait de petits mouvements circulaires lents du bassin pour que sa verge en fasse de même, tout en amenant doucement son gland vers la porte de sorti et lorsque c'est presque le cas, renfonçant rapidement et à fond son pénis. Il tire alors la langue car Esperanta se redresse de plaisir et son torse et ses seins remontent sur la langue immobile.
Moa alterne par la suite avec des va-et-vient rapides où le corps d'Esperanta est alors parallèle au sien et le bout de ses seins frottent délicatement sur son torse tout frissonnant d'excitation. Il en a la chaire de poule.
Encore une fois, ses mains descendant en caresse le long du dos de Miss Tinguette, pétrissant ses fesses, titillant le périnée et la partie basse de la vulve, ses doigts s'égarent vers le nunus d'Esperanta. Elle fait mine de rien en commençant à malaxer les testicules comme des boules chinoises (pour calmer l'impatience) puis va chercher la main baladeuse de Moa pour l'apaiser avec ces seins qu'elle aime tant.

• Esperanta : T'arrêtes ?

• Moa : Quoi ???

• E: Vade retro Satanas anus horribilis ! De caresser mon nunus, j'aime moyennement ça (elle y réfléchit à deux fois en se disant que le doigt qui effleure ça va plutôt bien, mais pas plus).

• M : Ce n'est pas sale (et en plus c'est annus : année horrible). T'as déjà essayée ?

• E : Oui, une fois, mais il a fait ça comme un porc et ça m'a fait mal.

• M : Et si je te dis qu'avec moi ce sera différent et que tu devrais apprécier si je ne m'abuse, est-ce que tu aurais assez confiance en moi ?

• E : A voir ! (tout en se disant que pour l'instant il fait les choses plutôt bien, donc faudrait voir à lui laisser sa chance)

Moa commence une manœuvre de souplesse. Il soulève une jambe d'Esperanta pour se dégager et, en maintenant le corps de sa dulcinée dans l'axe, passe derrière. Il étreint d'abord langoureusement Esperanta dans ses bras, en l'embrassant par-dessus l'épaule, ses mains en croix sur ses seins. Il descend une de ses mains pour aller caresser le clitoris pendant qu'il introduit sa verge dans le vagin rehaussé et resserré par cette position. Il ondule son bassin contre les fesses d'Esperanta alors qu'elle saisit son autre main, peu active pour l'instant, pour pétrir plus vigoureusement ses seins en même temps qu'elle sucette l'un des doigts.
Afin de vérifier par elle-même ses envies, notre belle pas si ingénue que ça, caresse délicatement son nunus et devant les effets jouissifs combinés, ne dit mot mais fait tout comprendre à Moa. Ce dernier, toujours occupé par un doigt à enflammer le clitoris, dégage son autre main en saluant les seins, puis en excitant les flancs et enfin la croupe de cette splendeur de la Nature venue des sables, pour finir par utiliser son pouce puis son index pour solliciter l'aimable autorisation de cet autre sphincter gardien de l'intimité anale. Ce dernier délivrant un avis favorable, Moa prend la main d'Esperanta afin qu'elle guide et gère la pénétration du phallus dans le vase postérieur en fonction de son ressenti. Ainsi elle est rassurée car maîtresse de la progression de la chose. En y allant très doucement, par petits cercles concentriques, et avec des rentrées-sorties pour surexciter tout le rectum, Moa continuant à masser le clitoris et le reste de la vulve, Esperanta ressent une profonde chaleur agrémentée d'intenses plaisirs.

Nos deux comparses sont, en même temps, au firmament de leur jouissance et de leurs extraversions. Quel feu d'artifices ce fut !!! Ils se couchent l'un à côté de l'autre, Moa mettant sa tête sur la poitrine d'Esperanta, se faisant de petits baisers de fatigue mais de grands sentiments, caressant en effleurant délicatement les mains ou autres peaux sensibles de l'autre. Ils sont trop mignons à voir, mais laissons les dormir, ils l'ont bien mérité.

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21 janvier 2005 5 21 /01 /janvier /2005 19:56

06 - Les veilles du Grand Soir, la montée des frustrations de la « fin de l'Histoire »
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• M : Avec la chute du mur et du communisme en 1989, nous avons assisté à une véritable hécatombe idéologique ! Tiers-mondisme, socialisme, planification, union de la Gauche, contre-culture, Utopie, autogestion et autres logiques, rien ne survécu ! Le réalisme de crise avait tout emporté sur son passage déferlant, la fascination technologique tout éclipsée et la conversion aux Droits de l’humain tout réfutée ! C’est alors que les Peuples, abasourdis par un pan entier de l’humanité qui s’écroulait après 70 ans de mauvais et fourbes services, se tournèrent vers de nouvelles causes et modes : l’argent, l’entreprise, le réalisme, le commerce extérieur, la croissance, la nouvelle charité et le bon cœur coluchien, la Révolution médiatique, le Top 50 et le rock maître du monde musical ! Une « délicieuse » plongée dans la société individualiste de masse, divisée mais prospère, matérialiste mais mondialiste, prosaïque mais distrayante. Ce fut même une Libération, tant les docteurs de la foi nous avaient lavé la tête de certitudes !

• E : Peut-être, mais à peine nous sortions d’un monde bipolaire relativement stable dans ses forces opposées qui s’annulaient presque, que nous sommes rentrés dans un nouveau monde de violence avec la guerre du Golfe de 1991 !

• M : C’est clair que ce fut une grosse claque, d’autant plus que les Occidentaux avaient magouillé depuis des décennies avec Saddam Hussein pour lui vendre des quantités massives d’armes de destructions (surtout les US, et la France qui lui vendait la moitié de sa production d’armes). Pour ces vendeurs de mort, la guerre du Golfe a été une gigantesque opération de marketing funéraire !

• E : La preuve, les VRP des missiles utilisaient les images filmées des bombardements pour montrer l’efficacité de leurs systèmes de repérage. On était censés assister à une vraie guerre propre, avec ses frappes chirurgicales, mais comme d’hab, sous les bombes on retrouvait toujours les mêmes, les civils qui n’ont rien demandé à personne ! La guerre terminée en vitesse (tellement vite qu’ils ont oublié de renverser Saddam, ou plutôt ils l’ont laissé en place pour qu’il se rachète, en mettant la main au puit de pétrole), tout le monde clamait haut et fort qu’il n’y aurait plus jamais ça, que les complexes militaro-industriels contrôleraient les ventes d’armes (comme si un vendeur allait se donner la peine de vérifier qui achète quoi : la seule morale qui compte à leurs yeux c’est celle d’un S vert barré deux fois). Mais ils n’ont même pas attendu la fin des opérations pour réenclencher la prospection intensive, cette guerre commerciale tout aussi impitoyable que les combats qui étaient tout juste sur le point de cesser ! Les alliés d’hier s’opposaient alors de manière plus féroce, entre les Etats-Unis d’un côté, face aux restes du monde (notamment déjà Chinois) et notamment d’une Europe trop divisée pour ne pas en faire les frais.

• M : Tu m’étonnes, c’était l’époque pas si révolue où il y avait les atlantistes attentistes des nouvelles orientations américaines pour définir une Europe alignée forte, et les continentaux qui concevaient l’Europe comme un agrégat de nations plus individualistes que communautaires !

• E : Oui, mais ça c’était l’air du temps ! Je me rappelle justement qu’avec la nouvelle donne de la mondialisation et de l’internationalisation des échanges, on assistait à la montée des affrontements communautaires, de l’identité nationale ou ethnique. La Chine, les Indes, le Brésil, tous ces pays qui vivaient en autarcie voulaient eux aussi « profiter » du boom économique d’après communisme.

• M : La preuve en est qu’on parlait d’explosion démographique, ce qui sous-entendait bien que l’humanité éclatait, se décomposait, voire mourrait à petit feu de congestion, de surnombre. Vu que tout le monde voulait rattraper son retard en développant ses propres tissus économiques, il n’était plus aussi facile pour les humains de vivre simplement ensemble, comme du temps où les blancs occidentaux étaient tout puissants et faisaient la pluie et le beau temps en imposant leurs conditions.

• E : Du coup, tous les pauvres affluaient vers les villes pour trouver du travail dans leur pays en développement, ce qui faisait grossir les rangs des mégalopoles. Ce qui est bizarre, car ces méga-métropoles sont les lieux où l’on se réfugie le plus volontiers, et où, en même temps, il est le plus terrifiant de vivre !

• M : C’est clair que c’est une illustration démesurément dilatée et caricaturée de l’incapacité des humains à vivre ensemble dans de tels agencements tentaculaires. Surtout quand on sait que l’humain est un monstre hybride, qui tient autant de l’animal politique/social que du loup pour l’humain, avec cette fâcheuse tendance à détruire la société qu’avec les autres il a construite, même si il n’est rien sans elle. En cela, la réponse démographique était loin d’être suffisante à cette grande question du siècle à venir !

• E : Faut dire aussi qu’on était en plein dans un processus d’uniformisation de la planète, de désenchantement mondial, marqué par le triomphe arrogant de la rationalité marchande, de l’économie de marché, et celui plus fragile, de la république de type occidentale.

• M : C’est sûr que partout les traditions anciennes étaient défiées par cette occidentalisation (et surtout américanisation, vu leur impérialisme dont l’Europe divisée faisait aussi les frais) brutale ou diffuse, mais qui était le plus souvent perçue comme une agression !

• E : C’est évident que face à ça, en réaction autant qu’en opposition radicale avec cette logique d’uniformisation, allaient se manifester avec une prodigieuse vigueur des Résistances
« différentialistes » : résurgences des nations à l’Est, revendications identitaires dans le tiers-monde, progrès du fondamentalisme religieux.

• M : Pareil pour les pays développés d’ailleurs ! Eux aussi assistaient à des dérives communautaristes, aux replis ethniques, aux revendications régionalistes, religieuses ou tribales, qui témoignaient de la peur du vide habitant les républiques ! Il faut dire que, même si l’identité culturelle ne s’oppose ni aux valeurs universelles ni aux contacts cosmopolites, elle vient de la déculturation qu’on subit à l’intérieur même de la société : la culture se meurt lorsque la vie se trouve partagée entre une semaine de travail où seule compte l’efficacité, et des heures de loisirs pendant lesquelles on se repose et on consomme de la distraction futile ! La culture se meurt aussi lorsque la vie des individus se trouve, par la force des mutations sociales, coupée des traditions, et qu’elle tourne le dos à une école dont la finalité est devenue obscure. Pour nos parents c’était encore simple : plus tu bosses à l’école, mieux tu réussiras dans la vie ; des concepts qui ont clairement changé avec la compétition à outrance. A présent, il fallait être plus fort que l’autre et lui marcher dessus si il y avait des possibilités d’ascension sociale à prendre ! Cet égarement n’était pas définitif, mais il allait durer longtemps !

• E : Très juste, mais il faut expliquer aussi pourquoi les gens étaient aussi perdus : les intellectuels et autres têtes pensantes mettaient la même ardeur suspecte à nier l’universel qu’ils mettaient, il y a encore peu, à l’affirmer (tout dépend d’où ces valeurs venaient, si c’était l’Europe alors c’était « bon », si ça venait d’Amériques ou d’ailleurs alors c’était « caca »).

• M : C’est sûr qu’on était privé des idéologies qui passaient pour indispensables à notre santé intellectuelle et surtout morale ! On était exposés, sans défense, à tous les démons qui nous menaçaient : xénophobie, chauvinisme (spécialité bien française), intégrisme, fondamentalisme. Notre ennemi, alors que le communisme avait disparu, était devenu l’Autre, tous les autres ! C’est pour ça que Le Pen faisait trembler le monde politique avec sa perspective de forte poussée aux régionales de 1992. Surtout qu’en plus, jamais les Français n’avaient eu si peu envie de voter (énorme doute, pesant sur les capacités de la politique à changer le monde, qui démobilise les Citoyens) alors que jamais la situation n’avait autant réclamé qu’il le fasse, car s’abstenir, c’est voter le borgne facho !

• E : Il savait y faire, sachant mobiliser les foules non pas avec des idées mais avec des mythes : il surfait sur la frustration de la petite bourgeoisie (si volatile, tantôt pro-Révolution – aucune ne peut durablement se faire sans cette classe, tantôt ultra-réac) ainsi que sur les réactions contre le métissage et la babélisation de nos sociétés (qui avaient pourtant cessées d’être blanches comme neige il y a bien longtemps déjà).

• M : D’autant plus que l’Europe cherchait à se redéfinir en lançant le traité de Maastricht, qui allait donner plus de pouvoirs à la Communauté européenne qu’aux états ! Au moment où trop d’ensembles se disloquaient, sa construction, déjà lente, ne devait ni s’arrêter ni être retardée. L’Europe portait en elle le germe de la Paix, de la Fraternité, de la « prospérité » pour les Peuples, même si le traité de Maastricht comportait lui plus d’aspects purement économiques que sociaux (comme la construction européenne depuis le traité de Rome en 1957 : l’économie d’abord, le social on verra ça après ; et ça durait depuis 50 ans).

• E : Là aussi, on a vu tous les nationalismes de bas étages refaire surface ! Surtout la France pour qui c’était une Révolution de lâcher un peu de son pouvoir ; elle qui avait toujours été ultra centralisée, avait concédé un peu de Libertés aux régions en décentralisant un peu avec Gaston Deferre en 1982, maintenant elle devait remettre une plus grosse partie de ses prérogatives dans des mains étrangères (vieille peur du complot international datant de 1789).

• M : Pour autant, les mains françaises n’étaient pas plus propres et le premier ministre Bérégovoy marchait la tête basse ! Il avait contracté un prêt sans intérêts (même si il n’y a rien d’illégal à cela) d’un million de francs à Roger Patrice Pelat, encore un pote peu fréquentable mais très fréquenté de Mitterrand. Il avait tardé à rendre la somme et les médias se sont déchaînés sur lui, livré en pâture à cette meute de chien. En réalité, il payait le prix fort (suicide avec l’arme de son garde du corps) du système de l’argent gris, adopté et amplifié par les élites (notamment socialistes) des années 80, concept ni tout à fait légitime ni tout à fait condamnable. Alors que les juges voulaient clarifier tout cela, les élites avaient cru que leur situation au sommet du pouvoir et du prestige médiatique les protégerait de tout. Mais la lumière des projecteurs avait longtemps brouillé les regards des curieux, à présent elle les aiguisait !

• E : Je me souviens, c’est à ce moment-là que Chirac a joué sa dernière carte (après trois tentatives présidentielles ratées, il devait se ménager et assurer pour 1995) ! Il se présentait comme Monsieur Propre (on ne connaissait pas encore les nombreuses affaires de sa mairie de Paris) et a réussi à tout rafler : la majorité à l’assemblée nationale, la tête de son parti (le RPR) à savoir le nettement plus puissant de la droite, et le poste de premier ministre.

• M : Qu’il déclina ! Il avait déjà été plusieurs fois premier ministre, et il savait que c’était loin d’être une partie de plaisir ! Il préféra envoyer au casse-pipe son camarade de trente ans, Balladur. Il ne restait plus à Chirac qu’à attendre patiemment les prochaines élections présidentielles, dans 2 ans !

• E : Combien ???

• M : Deux ans !!!

• E : Putain, 2 ans à regarder tous ses potes bosser et lui attendre tranquillement que les bulletins de vote viennent à lui, vu que Balladur avait été clair : il ne se présenterait jamais à une élection présidentielle !

• M : C’est là aussi où on voit pour la première fois sous les spot-lights Sarkozy l’ambitieux. Le jeune député-maire de Neuilly accède à ses premières responsabilités gouvernementales en 1993, lorsque Edouard Balladur le propulse ministre du budget.

• E : Et il le sortait d’où, cette petite crotte ?

• M : Ce fils d'un immigré hongrois n'a pas vingt ans quand il assiste à son premier meeting politique, celui de Jacques Chaban-Delmas, candidat gaulliste à l'élection présidentielle de 1974. Il vient ensuite gonfler les rangs du RPR (le parti créé par Jacques Chirac en 1976). Il y est rapidement repéré, en particulier par Charles Pasqua, qui sera témoin à son premier mariage, et Achille Peretti, le maire de Neuilly, qui le fait entrer au conseil municipal. En 1983, Achille Peretti meurt. Pour sa succession, Nicolas Sarkozy décide alors de faire campagne pour son propre compte et – première trahison – de doubler l'héritier désigné, son ami Charles Pasqua. En quelques jours, il convainc les conseillers municipaux de voter pour lui et remporte la mairie de Neuilly. Maire de cette commune huppée, il y fait la connaissance de grands patrons comme Martin Bouygues, dont le groupe possède TF1 ou Bernard Arnaud, patron de LVMH. Il y rencontre aussi le présentateur de télévision Jacques Martin, et surtout la femme de celui-ci, Cécilia. Nicolas Sarkozy tombe éperdument amoureux de cette jeune femme qu'il épousera en 1996.

• E : D’accord, je vois déjà nettement mieux le genre du futur jeune loup avec les dents qui raillent le parquet ! Et ça a donné quoi avec Balla-mou ?

• M : Justement non, il était plus coriace que ce qu’il paraissait ! Il me semble que le « début de l’Histoire » avec le capitalisme triomphant s’est véritablement envenimé en France avec la décision de Balladur de désynchroniser les retraites du privé et du public.

• E : Je vois le genre, encore diviser pour mieux régner ! Tout ça pour mieux faire passer la pilule du travailler plus pour le même prix !!!

• M : Exactement ! Alors qu’auparavant les deux secteurs avaient la retraite après 37,5 annuités, cette loi a obligé les travailleurs du privé à accumuler 40 annuités, avec un calcul des pensions sur la base des 25 meilleures années au lieu des 10 et une revalorisation des pensions en fonction de l’évolution des prix et non plus des salaires.

• E : Et alors ?

• M : Du coup les salariés du privé subissaient une perte de 20% sur leur pension. Surtout, là où c’était démago et anti-sociale, c’est que depuis les Trente Glorieuses la productivité n’avait cessé d’augmenter par la mécanisation des procédés, tout autant que par les licenciements dus aux délocalisations. Résultat : les entreprises dégageaient plus de marge, les salaires ayant peu évolué, et tous ces bénéfices supplémentaires allaient engraisser la part du capital plutôt que celle du travail. Il ne fallait donc pas s’étonner que les assurances retraites soient déficitaires.

• E : D’accord, en fait on a crée artificiellement un trou dans les caisses en n’augmentant ni les salaires (donc les cotisations) ni les prélèvements (alors que les entreprises faisaient plus de bénéfices) et l’état a dit que c’était aux employés de payer tout ceci en travaillant plus.

• M : Eh oui ! L’état n’a jamais été aux côtés des producteurs/ouvriers, mais toujours des investisseurs/capitalistes. Et quand l’état avec Juppé a voulu faire raquer ses propres employés, qui défendaient leurs sœurs et frères du privé en démystifiant le déclin programmé des assurances de retraite (alors qu’elles avaient été mises en place au sortir de la seconde guerre mondiale, là où le pays était ruiné et dévasté), la pilule est restée en travers de la gorge. Bien sûr, ces fonctionnaires défendaient leurs avantages (et non privilèges, qui sont réservés à une élite), mais ils Luttaient aussi pour que tout le monde revienne à avant la loi de Balladur et qu’on pose enfin les vraies questions de la répartition des richesses pour financer les systèmes.

• E : Ils avaient bien compris que leur employeur, puissant mais radin comme ce n’est pas permis et loin de donner le bon exemple, voulait les enfler comme il l’avait fait avec ceux du privé. Ces derniers aussi avaient compris à ce moment-là qu’ils n’étaient décidemment que de la chair à biftons, mais ils ne pouvaient que difficilement faire la grève ou manifester leur mécontentement car en cette période de chômage il était inopportun de jouer son emploi « sur un coup de gueule ».

• M : C’est que (comme toujours) l’état jouait sur la corde très sensible des différences entre public et privé, entre ceux que l’on disait être des privilégiés (alors qu’avoir l’état comme employeur c’est le pire des moindres maux) et ceux qui trimaient pour
« engraisser » les autres. Les gouvernements ont toujours misé sur les antagonismes de situation, entre les salariés et les fonctionnaires, les villes et les campagnes, les régions riches et pauvres. Les syndicats avaient bougé bien sûr, mais avec un taux de syndicalisation le plus bas d’Europe, ils ne pouvaient pas vraiment faire bouger les choses. Ils se sont rattrapés en 1995 avec Juppé, quelques mois après l’élection de Chirac.

• E : Justement, comment il a fait pour être élu celui-là ? C’est quand même l’un des plus gros escrocs que la classe politique ait connus !

• M : Il y en a eu d’autres, mais c’est vrai que lui avec sa place de maire de Paris durant presque 30 ans, il s’en était mis plein le compte en banque et la panse (frais de bouche énormes, de quoi nourrir plusieurs restos du cœur pendant plusieurs saisons). Alors que quelques mois avant l’élection plus personne ne voulait de Chirac, ni dans le pays, ni dans le parti qu’il avait créé de toute pièce, le premier ministre décide de le défier dans la course à l'élection présidentielle de 1995, et Nicolas Sarkozy se lance à ses côtés, trahissant Chirac son maître spirituel, car il s'imaginait déjà premier ministre (comme Edouard se voyait déjà, trop, président). Chirac a été élu sur le fil, contre son « vieille ami de trente ans » Edouard et son infidèle lèche-bottes Sarko (qui est passé à l’ennemi au goitre en voyant que son mentor menteur n’arriverait jamais à être président, car on dit jamais trois échecs sans quatre), parce qu’il pouvait être un président sympa (et surtout parce que Balladur venait de se frotter et de se faire piquer par la jeunesse, opposée au SMIC Jeune du CIP) ! Mangez des pommes et réduisons la fracture sociale, c’est quand même plus « enthousiasmant » (même si ça n’a rien à voir avec un programme politique, d’autant plus qu’il avait deux ans pour se préparer) qu’un premier ministre pince sans rire (« je vous demande de vous arrêter », lors de la soirée électorale, devant ses militants qui manifestaient leur soutien) ou qu’un premier secrétaire du PS Jospin tout mou, sous tutelle du monarque Mitterrand pendant 14 ans au pouvoir et maître du PS depuis son coup de parti au congrès d’Epinay sur Seine en 1971. De toute façon, la gauche était morte avec le second mandat de Mitterrand, où il avait réagi de manière maladroite ou cynique aux scandales politico-financiers (affaire Urba), s’était rallié au culte de l’argent (normal, entre roi on se comprend) et voulait plaire, malgré les avertissements, au Wall Street Journal. La gauche était désarçonnée et abattue alors que la figure mitterrandienne du guide mystérieux et indispensable s’effaçait avec son créateur.

• E : Ah ça, c’est sûr qu’en face, le coup de la réduction de la fracture sociale, c’était un sacré bon coup de communicant (De Villepin, le poète pouet) ! Même si Chirac a tout foutu en l’air (il ne sait jamais se préserver sur la durée, mais il sait très bien rattraper son coup) en reprenant les essais nucléaires à Mururoa (alors que tout le monde avait arrêté ce genre de connerie) 10 ans après que la France ait coulé le Rainbow Warrior de Greenpeace (faisant un mort, « bravo » pour l’éthique, l’efficacité et la discrétion des services secrets) et en pleine commémorations du cinquantenaire de l’attaque nucléaire sur Hiroshima (et n’oublions pas l’autre grande oubliée de la dévastation atomique américaine : Nagasaki).

• M : C’est sûr que ce n’était pas malin du tout.

• E : Tout comme il allait faire sauter Juppé en allant à contresens de ses « engagements » pour réduire le gouffre de classe (la fracture sociale n’étant que la partie émergée de l’iceberg politico-économico-sociétal). Quatre mois après sa nomination, Juppé annonça un plan de réforme de la Sécurité sociale et d'alignement de l'ensemble des régimes particuliers (fonctionnaires, régimes spéciaux) sur le régime général des retraites. Les cheminots se mirent en grève et leur mouvement fut rejoint par les employés des transports publics urbains, d'EDF, de La Poste, de France Télécom, par les enseignants et des salariés du privé. Le pays était quasi immobilisé pendant un mois. Comme d’hab Chirac a toujours les mots mais jamais de vraies propositions (sans même parler de solutions) pour résoudre ces maux récurrents !

• M : D’autant plus qu’il est mal entouré ! En 1997, croyant pouvoir donner un second souffle au premier ministre, sur lequel se cristallise le mécontentement, et renforcer sa majorité jusqu’aux élections présidentielles de 2002 (sur les « bons » conseils de De Villepin, fidèle parmi les fidèles), il dissout l’assemblée nationale et se prend une énorme claque électorale. Après une campagne éclaire, la gauche plurielle, emmenée par Lionel Jospin, remporte les élections et rafle un grand nombre de sièges et Chirac, pour la première fois président, n’aura eu pleinement le pouvoir que deux années (même si dès le départ ça partait en couille avec le ton intransigeant de Juppé et son balai dans le cul).

• E : Bien joué les « stratèges », ça vous apprendra à jouer avec la Démocratie à des fins bassement politiciennes ! Ce qui n’était pas plus mal pour nous car Jospin était supposé avoir eu le temps de préparer un programme un peu plus motivé, même si il ne pensait pas pour autant revenir aussi vite et en fut donc surpris au milieu de son brouillon politique. Pour trouver de vraies idées, la solution la plus simple pour lui était de constituer une gauche plurielle, avec des verts et des rouges.

• M : Et c’est vrai qu’ils ont montré qu’ils pouvaient encore faire la différence avec les partis de droite, en mettant en place les 35 heures (alors que les Français n’avaient rien demandé, mais pour une bonne nouvelle, c’était une bonne nouvelle). Il est vrai pour autant aussi que les 35 heures ont été faites n’importe comment, et que si on avait voulu les faire mort-nées on n’aurait pas fait autrement. Plutôt que de créer des emplois (quand on ne veut pas sortir l’argent pour les financer, rien ne se fait), ça a soit forcé les gens à bosser plus pour faire le même travail en moins de temps (donc ça crée du stress), soit ça a fait fermer les bureaux plus tôt (surtout chez les fonctionnaires, mais aussi dans les banques) ce qui était d’autant plus énervant pour les Français que les horaires d’ouverture devaient rester les mêmes et que la loi devait favoriser l’emploi de gens en plus pour assurer la continuité de services.

• E : Ils ont quand même crée aussi les emplois-jeunes, même si c’était une solution transitoire qui devait durer car le travail ne se finance pas d’un coup de baguette magique. Du travail ce n’était pas ce qu’il manquait, mais il n’y avait pas l’argent pour le financer !

• M : Oui enfin, l’argent était là mais on ne voulait pas rogner sur ses marges sous la pression des actionnaires et l’état devait calmer ses dépenses pour ne pas accentuer encore plus le poids de la dette publique (alors que les élites vivaient dans le faste républicain qui coûte la peau du cul) ! La preuve en est que nombres d’entreprises, à l’approche de la promulgation de la loi sur les 35 heures, ont vite tenté de négocier des accords. L’objectif était de mieux contrôler les temps de travail de chacun (donc leur productivité/rentabilité) et d’inciter les salariés à prendre des jours de repos plutôt que de leur payer des heures supplémentaires.

• E : Ce qui était tout bénéf pour les entreprises, car les employés faisaient une pause bien méritée, et cela ne coûtait rien à part du temps (qui est de l’argent, mais qu’on ne perçoit pas pareil quand on doit mettre la main à la poche).

• M : Surtout que la pression venait bien sûr de l’inspection du travail et des syndicats, mais aussi et surtout des employés : pourquoi se casser le cul au boulot si on n’est pas à l’abri des plans sociaux, et quand même des fonctions/responsabilités élevées ne donnent plus de protection ? Tous ces employés qui ont joué le jeu de la productivité/rentabilité pour « sauvegarder » leurs emplois (surtout les marges des entreprises), s’étaient défoncés au boulot (au propre comme au figuré, les drogues servant à tenir le coup), tout ça pour des semaines surchargées et des salaires au forfait qui ne tenaient pas compte des heures supplémentaires ! Même les cadres n’en pouvaient plus et accueillaient les bras ouverts cette nouvelle loi d’Emancipation Sociale.

• M : Pour sûr, le capitalisme triomphant se comportait décidemment comme le dernier des mohicans des systèmes économiques (et politiques). Se sachant (plutôt croyant) intouchable à présent que le communisme était mort et enterré de part ses tragédies du passé, il laissait libre court à ses plus bas instincts : le règne de la finance absolue avait sonné ! Désormais c’était aux employés de supporter les risques qu’encourent les entreprises et les patrons.

• E : Pfff, ouais. Ces financiers s’introduisaient par effraction capitalistique ou boursière avec la calculatrice entre les dents, souvent sous couvert de partenariat mais plus clairement comme prise de pouvoir ou d’influence par l’argent. Eux, les humains ils s’en foutaient, tout ce qu’ils voyaient c’était la rentabilité à court terme.

• M : Et oui, c’est bien triste mais ils ne percevaient les femmes et les hommes que comme des salaires à cost-killeriser, pas comme des énergies et créateurs de valeurs, synonymes de richesse. Du coup, au moindre problème d’insuffisance de bénéfices, c’était les employés qui payaient le prix fort plutôt que de se poser les vrais problèmes d’organisation ou d’opportunité de telle ou telle action ou orientation stratégique. Dans le même registre d’abstraction (géographique cette fois), le capitalisme victorieux n’avait pas attendu pour se délocaliser en masse.

• E : C’est sûr que c’est vraiment avec la chute du Mur et la montée en puissance de l’ouverture des marchés des anciens pays communistes ou socialisants, que l’on a vu nombres d’entreprises partir vers un nouvel esclavagisme économique dans des pays où la main d’œuvre était presque gratuite et corvéable à merci !

• M : Justement, un bon exemple en est l’Argentine ! Alors que ce pays était plutôt prospère, comparé aux autres d’Amérique Latine, il fut frappé de plein fouet par les soubresauts économiques. En 1995, après la crise de la tequila, le Mexique dévalua sa monnaie, et le même phénomène se produisit au Brésil en 1998. Cela eut pour conséquence de baisser les prix des produits de ces deux pays permettant aux exportateurs mexicains et brésiliens de gagner des parts de marché au détriment des entreprises argentines. Ce qui eut des conséquences désastreuses pour les secteurs économiques argentins orientés vers l'exportation. De plus, certaines entreprises argentines et certains groupes multinationaux délocalisèrent leur production au Brésil, ce qui poussa encore le taux de chômage vers le haut. En outre, la vague de privatisation du début des années 90 mena à une situation où des pans entiers de l'économie de l'Argentine étaient détenus par des investisseurs étrangers. Ceci exposait le pays à la spéculation et à la fuite des capitaux, phénomène qui contribua de manière significative à la crise bancaire en 2001.

• E : Argent roi, quand tu nous tiens … par les couilles !

• M : C’est bien pour ça que la conférence de Seattle de 1999 a due plier devant la mobilisation des altermondialistes, et c’était une première !

• E : Je me rappelle de ça, ça m’avait toute retourné. Faut dire que, comme d’hab, les médias (et une partie de ceux de Gauche) balançaient des leçons condescendantes à ces Révoltés, mais quand le vent à tourné en faveur des petites gens, tout le monde a salué ce tournant décisif depuis la chute du mur.

• M : Beaucoup qualifiaient cette mobilisation de mauvais combat (car bien sûr la mondialisation n’est pas mauvaise en soi, au contraire, mais c’est ce qu’on en fait qui peut être nuisible pour les Peuples, souvent davantage les plus défavorisés), comme si le fait de ne pas accepter le monde tel qu’il était désignait des suspects. Comme si vouloir le changer valait condamnation.

• E : C’est en parti parce qu’avant ils s’appelaient mouvement antimondialisation, alors qu’ils étaient sûrement plus mondialisés que leurs adversaires, fonctionnant en réseau à l’échelle planétaire, réunissant toutes les tribus et nations, demandant des échanges équitables et exigeant l’application mondiale d’une philosophie des Droits de l’humain radicalisée !

• M : Il y avait même José Bové là-bas, histoire de défendre ses fromages de Roquefort, que les Ricains voulaient boycottés pour protester contre l’interdiction des importations de viande bovine élevée aux hormones.

• E : En fait, c’était vraiment une communion des problématiques nationales, dans le cadre d’une « terre-patrie » (ou village planétaire) qui nourrissait l’espoir d’une nouvelle mondialisation, celle de la civilisation, de la culture, de la Citoyenneté, bref celle des humains plutôt que celle du travail mort, das Kapital. Un monde nouveau pointait son nez grâce aux Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication.

• M : Oui, enfin Internet n’était pas tout récent non plus. Je l’ai vu arriver petit à petit dans nos ordinateurs. Ça faisait quand même déjà une trentaine d’années que les militaires US l’avaient développé pour assurer les télécommunications même en cas de destruction de plusieurs centrales téléphoniques. Ensuite c’est les scientifiques qui ont récupéré le bébé pour interconnecter les universités et partager de l’information. Même si jusqu’à Al Gore (vice-président américain en 1992), il faut dire que cet outil d’échange était lent, peu ergonomique et compliqué.

• E : C’est clair qu’il fallait être spécialiste. Et c’est vrai que, parce que Al Gore voulait souffler le savoir-faire technologique aux Nippons qui étaient menaçants en électronique, c’est les Américains qui ont vraiment lancé le super réseau de communication en fibres optiques et ouvert la voie aux autoroutes de l’information. Ensuite, c’est véritablement le protocole d’échange hypertexte d’informations World Wide Web (www : toile d’araignée large mondiale) et encore plus le premier navigateur Mosaïc (futur Navigator de Netscape dont d’écouleront Mozilla puis Firefox) qui ont simplifié l’accès et l’utilisation d’Internet. Le réseau des réseaux s’ouvrait à tous, dans le monde entier, pour un prix modique.

• M : C’est sûr que ce vaste réseau, ouvert à un large public dans le monde entier, ne promettait pas moins que de bousculer l’économie mondiale. Il allait chambouler les chaînes de valeurs définissant les coûts d’un produit ou service, les modèles économiques, les structures de distribution, les hiérarchies, s’affranchir des frontières et des droits de douane. Le village mondial convivial allait malheureusement aussi devenir un marché planétaire ultraconcurrentiel et sauvage, où les jeunes loups « barbares » allaient supplanter la vieille garde des
« empereurs » de l’ancienne économie.

• E : Oui, mais ça allait aussi éliminer les distributeurs intermédiaires qui ne faisaient pas grand-chose si ce n’est acheter en gros pour revendre au détail (comme les dealers), redonner le pouvoir de négociation aux consommateurs via les achats groupés, s’affranchir des majors dans le cadre des musiciens et des auditeurs.

• M : Plus encore, le net était Libre et Gratuit : il ouvrait la voie à des pans entiers de l’économie qui ne seraient plus marchandisables ! L’information et la presse devenaient gratuites et facilement consultables, la communication s’affranchissait des contraintes matérielles et pécuniaires par le biais de la dématérialisation (email sans timbre ni enveloppe, voix sur Ip).

• E : Yep, de même que la culture ! Même si le piratage en tant que tel ne peut pas être tolérable pour la survie des artistes et la pérennité de la création, il aura au moins permis au plus grand nombre de se culturer et de voir la vie autrement.

• M : Certes, mais par rapport à la légitimité du piratage, on disait déjà à l’époque de la cassette (vidéo et audio) qu’elle allait tuer le marché artistique. Le problème n’est pas la technologie, car lorsqu’elle permet de faire une chose (enregistrer et faire partager), les gens utilisent ces nouvelles possibilités. C’est aux industriels de s’adapter : il faut que les fabricants s’entendent avec les producteurs pour que cette mutation ne lèse personne, à commencer par les artistes. Dans le cas présent, les zicos voyaient plus de monde venir à leurs concerts car leur son tournait d’oreille à oreille (comme avec la radio mais à la puissance infinie), idem pour les films car on en entendait parler et on allait les voir au cinéma car c’est quand même autre chose que derrière son écran avec un court/moyen/long métrage « médiocrement » filmé en cachette.

• E : Oui, et ça posait la vraie question de la juste rémunération des créateurs, au dépend des spéculateurs de la vue et de l’ouïe qui lobotomisaient depuis trop longtemps nos sens avec leurs productions de dobes à prix exorbitant. Eux se faisaient des couilles en or au mépris des vrais créateurs de valeur à qui l’on jetait quelques maigres pourcents. C’était vraiment honteux de voir ces mégastructures s’engraisser sur le dos de si nombreux artistes à moitié crève la faim. Dorénavant les créateurs s’autoproduiraient à leur seul profit !

• M : Mais en politique, aussi nous avions du pas joli-joli ! Le 22 septembre 2000, Le Monde publiait la confession posthume de Jean-Claude Méry, promoteur et financier occulte du RPR. L'homme y décrit le trucage des marchés publics parisiens et le circuit de financement politique qu'il alimentait. Il accuse Jacques Chirac, à l’époque maire de Paris, d'avoir été au cœur du système. En 2001 et en 2002, le chef de l'état est à nouveau mis en cause dans l'affaire des HLM de Paris, pour des voyages effectués par lui et ses proches, et payés en liquide, et pour les « frais de bouche » considérables du couple Chirac à la mairie de Paris.

• E : En plus, ça tombait mal car on discutait justement à ce moment-là d’une loi sur le quinquennat. Afin, notamment, de réduire les risques de cohabitation, Valéry Giscard d'Estaing, soutenu par le premier ministre Jospin, proposa de porter de sept à cinq ans le mandat présidentiel. D'abord réticent (normal, puisqu’il n’avait réellement fait qu’un deuxennat, avec Juppé), le chef de l'état se rallia sans enthousiasme à cette réforme, adoptée par un référendum marqué par une abstention record (68,79 %). Il fallait s’y attendre, puisque pour une fois qu’on demandait son avis au Peuple, c’était pour une question qui était déjà quasi tranchée (sinon on ne fait pas de référendum, pas fous les gonzes).

• M : Avec toutes ces affaires, on pouvait légitimement penser que la droite allait se prendre une énorme claque électorale aux municipales de mars 2001. Et bien non, même pas (faut dire que la gauche n’avait pas fait beaucoup mieux, avec l’affaire Elf qui mouillait Roland Dumas – du conseil constitutionnel, alors que la putain de la république, son escort-girl, pouvait faire sauter 10 fois les élites en place, de tout bord) ! La droite perd Paris et Lyon, mais elle garde Toulouse et gagne quarante villes de plus de 15 000 habitants. Pour la gauche plurielle, c'est une lourde défaite : Strasbourg, Avignon, Blois, Rouen, Orléans, Saint-Brieuc, Aix-en-Provence, Nîmes et Tarbes basculent à droite. Pourquoi ? Notamment parce que la gauche a parachuté ses élites parisiennes en province, mais aussi parce que le PS reconnaissait enfin ne plus être à proprement parler un parti de gauche, socialiste !

• E : Tu m’étonnes que le parti n’ait plus rien de réformiste (alors que c’était clair qu’il n’était pas du tout Révolutionnaire). Il faut dire que Jospin n’avait rien fait de spécial pour que toute la lumière soit faite sur les affaires frauduleuses liées à la mairie chiraquienne de Paris (normal, car que celui qui n’a jamais fauté, ou qui compte de telles personnes au sein de son propre parti, jette la première pierre). Du coup, en octobre 2001, la Cour de cassation rend un arrêt historique qui met Jacques Chirac à l'abri de toute poursuite judiciaire. La haute juridiction estimait que le chef de l'état « ne peut, pendant la durée de son mandat, être entendu comme témoin assisté ni être mis en examen, cité ou renvoyé pour une infraction quelconque devant une juridiction pénale de droit commun ».

• M : Chichi et JoJo se sont clairement entendu pour ne pas jeter de l’huile sur le feu, et éviter de faire resurgir (des deux côtés de l’hémicycle) les vieilles affaires de corruption liées au financement des partis, de tous les partis (sauf Le Pen, qui lui héritait directement des vieilles bourges restées bloquées aux « grandes heures » de Vichy, cf. son château offert à St Cloud). Pour en revenir à l’Internationale, le monde reçu un nouveau coup de semonce avec la mobilisation altermondialiste de Gênes, en 2001 en Italie, où il fut donné un coup d’arrêt au capitalisme triomphant en martelant la fin de son arrogance et de sa toute-puissance !
• E : C’est clair que ça pulsait bien là-bas ! Même si Berlusconi, comme d’autres à toutes les époques, tenta de dénigrer le mouvement en envoyant des policiers en civil pour casser et attiser les violences (écrasant par deux fois, un coup en avant, un en arrière, un jeune simplement muni d’un extincteur).

• M : Par contre, à la différence des mouvements du passé, il était impossible dans ce cas d’attribuer à Gênes des critères de classe. Les prolos étaient plus à chercher du côté des flics que du côté des Contestataires. Mais bon, les Révolutions occidentales ont toujours eu pour point de départ la bourgeoisie intellectuelle. Malheureusement, il y avait plus de bons mots d’ordre ou tout simplement des signes de reconnaissance, que des objectifs politiques clairement définis. La vraie question était de connaître la cohérence du mouvement et de son avenir ! Pour en revenir au pays, si la France déclinait (plus moralement qu’autre chose), c’est bien parce qu’elle restait le cul entre deux chaises : le système n’avait pas fondamentalement évolué depuis la fin de la seconde guerre mondiale, repoussant sans cesse les réformes d’ampleur à la St Glinglin, alors que le troisième millénaire et la chute du Mur exigeaient des positions fortes. Mais en proie à la crise de la représentativité, à l’archaïsme de l’état, au doute sur l’avenir européen, à l’arrogance de la finance, à la prolétarisation des employés (précarisation en CDD ou intérim, dédain du matériau humain), la France avançait à reculons vers l’abattoir de la « modernité ». Des réformes, voire des changements radicaux, oui évidemment, mais pas n’importe quoi/comment et à quel prix !


• E : Racontes moi alors ce qui a vraiment déclenché l'Insurrection Populaire !

• M : Le facteur déclencheur fut les élections présidentielles de 2007 ! C'était d'ores et déjà écrit que ce vote aurait de grandes implications, surtout après l'arnaque démocratique que nous avions eu à subir en 2002.

• E : Mais pourquoi ça a pété à ce moment-là ?

• M : Et pourquoi pas ? Une Révolution ne se prévoit pas, sinon ça s'appelle de la manipulation de masse ! Ici, c'était plutôt la goutte d'eau qui faisait déborder le vase, alors même que celui-ci avait été agrandi par le Peuple lui-même à plusieurs reprises en se disant, on serre les fesses aujourd'hui, ça ira mieux demain !

• E : Mais à présent vous aviez atteint le point de non retour !!!

• M : Exactement ! Chirac n'avait plus aucune crédibilité (escroc qui à la fin de son mandat en 2002 devait aller en taule, seul président ayant obtenu moins de 20% au premier tour d'une élection où il était candidat sortant, repêché sur un score digne d'un dictateur – 80% – face au péril de l'extrême droite) car malgré son élection cafouilleuse il se comportait en président-roi avec un programme de droite dure alors qu'il fut élu avec 40% des voix de gauche. Celle-ci était amorphe car déchirée depuis ce fameux 21 avril 2002 (où elle fut éliminée dès le 1er tour pour ne pas avoir fait mettre Chirac en accusation, Jospin s'étant arrangé avec lui pour préserver les intérêts de l'état dont il pensait reprendre les rennes) et toujours en ruine avec l'opposition entre les chefs pour le Oui à la Constitution et la base plutôt branchée Non (mais alors accusée par la direction du parti de prendre le risque de tuer l'espoir européen). Les Le Pen (père et fille) représentaient un danger « minime » (tout de même 20% de l'électorat) car le Front National était pris dans une spirale infernale de post-héritage des rennes du parti (Gollnisch le fidèle « intellectuel », balayé au profit de la fille du borgne). Le risque le plus sérieux était Sarkozy !!!

• E : A bon, pourquoi ? Même si je ne l'aime pas, il avait l'air de plaire aux gens.

• M : C'est bien ça le problème : il était ultra démago ! Il avait la fibre d'un Napoléon, d'un Mac-Mahon, d'un De Gaulle, (voire d'un Boulanger ou Poujade), tous ces hommes que la France rétrograde a appelée à son chevet (où qu'on lui a imposé de manière subtile) pour casser les Emancipations qui allaient trop loin, pour faire rentrer le pays dans l'ordre (celui d'avant la Révolution, l'ordre conservateur, celui des possédants et privilégiés). La preuve c'est que Sarko était plébiscité par les électeurs du Front National. Si la Révolution devait échouer, nous savions déjà que la contre-Révolution serait d'autant plus féroce avec les deux frères Sarko (Nicolas pour diriger la France politique et Guillaume, l'aîné second du Medef, pour presser la productivité de la France économique) ! Malheureusement, à gauche ce n'était pas beaucoup plus enthousiasmant !!! Le Peuple ne pouvait désormais plus que compter sur lui-même, sans attendre d'hypothétiques changements profonds avec l'élection présidentielle de 2007. Nous avions trop été déçus par cette campagne effrénée et tous ces discours promotionnels !

• E : C'est sûr que c'était pas forcément la panacée, mais il devait quand même y avoir de bons petits gars non ?

• M : Les gauchos de tous bords n'arrivaient pas à se mettre d'accord sur une alternative crédible à la droite. L'extrême gauche se battait comme des chiffonniers pour savoir qui pourrait « capitaliser » sur les insatisfactions exprimées lors du Non à la Constitution européenne, chacun voyant midi à sa porte et s'estimant le vrai sauveur du Peuple. Au PS, tout le monde s'était tiré la bourre pour se positionner en vue du choix du candidat le mieux placé pour battre la droite en 2007. C'était un vrai concours de communication-marketing politique et de lobbying auprès des fédés. Seule émergeait de la mêlée Ségolène Royal, compagne du secrétaire général du parti, vite renvoyée dans ses foyers par des hommes politiques plus machistes que jamais (ils n'allaient quand même pas se laisser emmerder par une faible femme, même si des pays très misogynes s'étaient laissés tenter, séduits autant par les idées que par la personnalité de ces dames patronnesses). Comble de l'ironie pour le PS et la gauche en général, la seule personne véritablement capable de faire le poids contre Sarko lui repiquait ses orientations dures. Tous les deux prônaient déjà la rupture, l'une pour une société plus polissée mais ouverte, l'autre pour une population policée et renfermée sur elle-même contre les autres. Leur point commun était le retour à l'ordre et à la discipline : ça puait grave le travail, la famille et la patrie chers au maréchal. Heureusement que Bayrou (officiellement dans la majorité mais plutôt opposant de centre gauche-droit) était là pour jouer les troubles fêtes et placer le débat au-delà de l'image et de la quête d'opinions favorables pour se pencher sur le fond (un programme réaliste, en-dehors de la sempiternelle escalade verbale selon les sondages). Il se battait un peu plus pour des idées que pour des mots, mais il semblait plus être le réaliste que l'on entend d'une oreille distraite, face aux leaders qui savent charmer.

• E : Mais que c'est-il passé pour que vous soyez ainsi au pied du mur ?

• M : Le dimanche des élections, tout le monde vota en conscience pour éviter une nouvelle baisse de régime et faire en sorte de vraiment sortir de cette panade déclinante. Mais le pays était très divisé, non pas quant aux orientations à donner à la république, mais plutôt concernant LA personne capable de ces changements en profondeur si attendus et vantés depuis plus d'un an que la campagne était lancée ! Résultat des urnes au premier tour : Sarko, Ségo et le facho firent des scores égaux à 20%, le reste se composant surtout de nombreux votes blancs (ceux qui avaient choisi de ne pas choisir) ! Bref, la France était bloquée : elle ne savait que faire entre des programmes trop beaux pour être vrais (mais des paroles, toujours des paroles), des politiques aux dents qui rayaient les parquets républicains, ayant vendu pères et mères spirituels pour arriver à leurs fins, et l'épouvantail sorti des ténèbres de l'Histoire !

• E : La seule chose claire dans cette histoire était bien qu'aucun candidat n'avait l'unanimité des électeurs (tant mieux, sinon c'aurait été un plébiscite pour un sauveur, qui aurait vite tourné dictateur) ! Il paraissait délicat de donner le pouvoir à des gens qui se battaient autant, non pas pour convaincre avec leur idées/propositions, mais plutôt pour s'asseoir sur le trône d'une république en décrépitude, à l'article de la mort !

• M : Ouaip, mais du coup la solution était d'autant plus facile à prendre. Après ce week-end plutôt agité où tout le monde parlait de ces résultats en demi-teinte qui démotivaient pour aller au boulot lundi, le début de semaine vit justement la Contestation monter en force, avec l'organisation de débats improvisés devant la cantine, durant les pauses cafés et dans les transports. Au gré des débats Citoyens, les gens se sont rendus compte que pour changer vraiment les choses, nous devions prendre nous-mêmes les problèmes à bras le corps, être Responsable de notre destinée. Le mardi soir, après que certains s'étaient déjà mis en Grève et que Chirac fasse du catastrophisme de masse, il fut donc décidé de placarder partout dans les villes, les usines, les institutions, un avis de Démobilisation Générale !

• E : Et ça disait quoi ? Comment était envisagée la chose ?

• M : Ça, tu le verras demain, je commence à avoir la langue toute râpeuse à force de parler ! Si tu veux, on peut aller chez moi, se poser et discuter de choses plus légères en buvant un truc !

• E : Ouais, pourquoi pas, ça me va. C'est vrai qu'il commence à faire bien nuit, il doit se faire tard. En plus je suis debout depuis pas trop tôt ce matin, et j'ai un énorme coup de barre !

• M : Oui, enfin les champis jouent aussi là-dessus : après avoir eu une pêche d'enfer pendant 4 heures, ton corps se détend de nouveau et cet apaisement peut faire remonter la fatigue accumulée ! Allé viens, allons-y gaiement !

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21 janvier 2005 5 21 /01 /janvier /2005 19:55

L'Elysée, un lieu propice à la ressouvenance
Télécharger le fichier : 05-Ressouvenances et Grand Soir.pdf


• M : Ça te branche d'aller faire un tour, à moins que tu veuilles voir d'autres trucs ?

• E : Non, je suis bien motivée pour bouger. Vas-y, tu es mon « guide ». Je follow the leader !

• M : Alors qui m'aime me suive !

• E : T'arrêtes ! De toute façon j'ai pas trop le choix, il faut que je te suive, mais voilou.

• M : J'déconnes ! Aucun sens de l'humour. Tchuss Uttanka !

• E : Salut Uttanka, merci encore pour tout.

• Uttanka : Merci à vous d'être passés. Vous savez où j'habite si besoin est ! Bonne soirée.

• M : J'en ai un peu marre de marcher. Tu ne veux pas prendre l'aspi, ça ira plus vite ?

• E : Faut que je trouve un dico du parler Utopien, c'est quoi encore ce nouveau terme d' « aspi » ?

• M : C'est un tube dans lequel un aimant supraconducteur produit de l'anti-gravité. Du coup tu flottes dans l'air et un courant atmosphérique généré te propulse jusqu'à ta destination. Arrivée, il s'estompe doucement et l'anti-gravité diminuant, tu te poses délicatement sur le sol.

• E : Royal de luxe ton truc ! C'est clair qu'il faut que j'essaie ça. Et on va où avec ?

• M : Surprise ça ma chère [Moa à lui-même : en espérant que le lieu produise son électrochoc].

• E : C'est tipar ! Allons chevaucher le vent !

• M : Tiens bien ma main, ça envoi grave !

Après quelques minutes d'entubage, Esperanta et Moa arrivent au lieu dit. L'ambiance est entre chien et loup, quand tombe la nuit.

• E : Ça fait combien de temps qu'on a pris les champis ? Je commence à avoir un peu mal au ventre. Je me sens toute chose, un peu flagada Jones !

• M : T'inquiète, c'est normal et c'est bon signe : ça veut dire que le produit est en montée. Après environ 1 heure, ton corps réagit à l'intoxication alimentaire provoquée par les hawaïens. Ton estomac est perturbé par les substances du champi qui est digéré et les molécules qui se sont décomposées. C'est pour ça qu'il est important d'avoir le ventre vide, pour éviter de se sentir encore plus mal. No soucailles pour toi, ça va vite passer, c'est l'histoire de quelques minutes.

• E : Fatch !!! C'est chelou mais c'est plutôt sympa, je suis envahie de bouffées de chaleurs.

• M : Ça y est alors, tu commences à décoller ! Est-ce que tu ressens d'autres sensations spéciales ?

• E : Ouuuuaaaiiiiisss !!!! Je suis irrésistiblement attirée par les effets lumineux autour du bâtiment, je me sens toute légère.

• M : Je suis rassuré : vu le sourire jusqu'aux oreilles que tu arbores, ton voyage intersidéral est plutôt bien engagé. Et ma navette psychédélique est aussi sur la rampe de lancement ;-))))

• E : Arrive vite, c'est trop bon là-haut ! Mais ici-bas, on est où ?

• M : Ça ne te dit rien ?

• E : Beh, le lieu ne m'est pas inconnu, mais je serai incapable de le replacer dans son contexte, et encore moins dans le mien.

• M : C'est le Palais de l'Elysée.

• E : Comme les Champs ?

• M : Euh… oui, tout pareil d'une certaine façon. Elysée pour les anciens grecs, était le séjour des héros et des humains vertueux après leur mort (autant dire que dans l'autre monde, peu nombreux de ses résidents aurait pu y séjourner). II y régnait un printemps éternel.

• E : Pour sûr, c'est sympa comme résidence à vie, ou mort. Ce jardin à la française, avec son allée centrale dans l'axe de l'hôtel, ses parterres de broderies et ses allées de marronniers bordées de charmilles, complète plaisamment le palais. Ces splendeurs m'emplissent de joie, une profonde jouissance s'empare de moi, comme si j'avais le droit de goûter au Paradis. Cette plénitude de l'être, ce mielleux de Liberté acquis de hautes Révolutions, ce vinaigre de la servitude volontaire alchimié en Grand Cru de l'Egalité recherchée, ce bonheur de la communion Fraternelle avec l'autre, les autres.

• M : Ah la poésie sous champis, j'adore. C'est tellement beau de voir une individu s'orgasmer par la pensée, imaginant l'Emancipation de l'Humanité, si émue que tu en verses ta petite larme.

• E : Si je suis bouleversifiée par cette vague d'émotions, c'est parce que je crois bien que ce n'est pas ma psyché qui hallucine mais plutôt ma mémoire à long terme qui semble se réveiller.

• M : Tu crois que tu es déjà venue en ce lieu ?

• E : Ça me paraît de plus en plus clair : ces terrasses, bosquets, allées sinueuses et rivières aboutissant à un petit lac ; je crois pouvoir dire que j'y suis venue, que j'ai vue et que j'ai vaincue ! Mais qui, quand, quoi et comment ? pfut, lo no say, pas la moindre idée, mais je compte sur toi pour m'aider à me tirer les vers mémoriels du nez.

• M : Tu crois que je t'ai amené ici pour quoi ? Je pensais bien que tu devais du moins connaître ce lieu, mais si en plus tu y as vécu des évènements forts en émotions, ça ne peut qu'être plus rafraîchissant pour tes mémoires.

• E : T'es un malin toi !! Merci pour tout ce que tu fais pour moi Moa, ça m'aide vraiment. Et tes champis c'est pas des girolles ! C'est trop puissant comme ambroisie de l'esprit, au-delà de découvrir au fur et à mesure mes souvenirs, j'appréhende complètement différemment ma personnalité, je fais abstraction de bien des choses qui encombrent inutilement ou négativement ma pensée pour aller droit au but, à l'essentiel présent en chaque être. C'est trop bon de faire le vide en soi, même si ce n'est pas le néant, mais plutôt une notion de béance, un gouffre de plénitude, à l'abri dans un corps en harmonie, en communion avec l'extérieur via des sens ultra récepteurs qui amplifient le moindre stimuli pour en faire une source émotionnelle d'osmose absolue entre le Moi, le Sur-Moi non plus contre le reste du monde, mais avec et en lui.

• M : Je t'avais bien dit que c'était une expérience au-delà du réel ! C'est bien pour ça que les champis faut les Respecter, autant que soi-même !

• E : Certes, on se sent tellement extralucide (vision plus approfondie des choses), extrahumain (des sensations que le commun des mortels ne connaîtra jamais, sauf sous drogue), extraverti (empathie et symbiose avec toute l'Humanité), que la tentation est forte de vouloir remonter au 8ème ciel (le 7ème étant celui de l'orgasme sexuel, le niveau supérieur est la jouissance de toute sa machinerie humaine, en harmonie avec celle des autres et notre environnement).

• M : T'as tout compris, je suis épaté que tu tires de toi-même des conclusions de ce genre. Tu devais être une tox dans ta vie antérieure !

• E : Qui sait ? En tout cas, pas moi. Mais je sens vraiment que je suis sur la bonne voie pour me retrouver. J'ai pleins de flash étranges en regardant le jardin de l'Elysée, avec un grand benêt dégarni face à des journalistes qui lui posent des questions un peu « dérangeantes » (pas trop non plus, ce sont des journalistes tout de même, ils font parti du plan média de la pègre de la Correza Nostra).

• M : Tu dois sûrement parler de ce fourbe de Chirac, un arriviste de première.

• E : Quel pommier desséché. J'ai un flash où justement ici dans ce jardin, lors d'une garden party du 14 juillet 1998, un des présentateurs télé (celui à sa solde en plus, un gars des bétonneurs et laveurs de cerveau de TF1), avait demandé à quoi pouvait bien servir le président de la république, suite à sa dissolution ratée de 1997 et l’arrivée des socialistes au gouvernement. Un silence pesant s'installa durant de longues secondes d'embarras, puis Chichi balbutia quelques explications à deux euros sur sa nécessité en tant que garant des institutions (lui, le plus grand escroc qui devait être en prison, l'opposé d'Arsène Lupin le gentleman cambrioleur, lui qui prend aux pauvres pour se le redonner à lui-même, déjà riche : vraiment du foutage de gueule). Il se devait de valoriser le président, pour donner une certaine image : une grandeur … de roi (la Vè étant une république monarchique avec sa cour et ses courtisans).

• M : Ça fait plaisir à entendre, tes souvenirs se mêlent à ta fougue, j'aperçois tout doucement la véritable Esperanta.

• E : Oui, je sais pas pourquoi, mais je sens que je tiens le bon bout avec ce grand guignol de Chichi la Malice. Il me semble même que c'est « grâce » (ou plutôt à cause de lui) que les Citoyens se sont (enfin) véritablement pris en main. Notre président de la république était indubitablement le plus indigne des Citoyens (et pourtant ses potes de la Chi'Rac Ademy – faut que le Peuple en chie et qu'il raque, tout en fermant sa gueule, on est là pour 5 ans et on tiendra coûte que coûte jusqu'au bout – n'y allaient pas avec le dos de la cuillère en argent), mais tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse (ou nous la brisons) !

• M : Mouais, c'est clair qu'avec Chirac le système montrait bien qu'il était incapable de s'occuper concrètement des problèmes des petites gens. Et quand enfin il s'attelait à la tâche, c'était pour casser le peu de droits sociaux restant pour finaliser la bascule entre une Vème république (de sortie de guerres de décolonisation et de parachutage despotique d'un certain général en 1958) post-industrielle moribonde, et un capitalisme sauvage où les frêles règles de protection des véritables moteurs de l'économie, ceux qui produisent et non les dirigeants, ne servaient qu'à assurer leur survie (et non leur développement et épanouissement).

• E : Tiens moi la main, je sens que ça vient !!! YYeeess, je retrouve la plénitude jouissive du Grand Soir ! Je me souviens maintenant que tu m'as dit tout ça !

• M : Très bien ça, pour une bonne nouvelle, c'est une bonne nouvelle. Mais encore ?

• E : Je revois la scène, la veille du Grand Soir : Super Menteur était passé le mardi au journal de 20 heures, en diffusion sur toutes les chaînes françaises et analysé par tous les habitants du village planétaire (tout se sait très vite), toujours curieux et espérant des Révolutions Françaises, de ce pays de la Liberté et des Droits des Humains. Je me rappelle qu'il nous avait fait un discours à la Castro, sermon d'une heure – qui en paraissait trois – sur la nécessité que certains cessent la Grève et reprennent le travail, dans l'intérêt de tous les Français (mais bien sûr ; surtout de certains, les gros possédants). Il disait « Françaises, Français, je vous ai compris ! », sauf qu'à nous on nous l'a fait pas 3 fois (on peut tromper 1 fois 1000 personnes mais pas 1000 fois 1 personne, ni 1000 fois 1000 personnes) : notre beau parleur / gaffeur national nous avait déjà fait le coup en 1995 avec la fracture sociale, après le séisme du 21 avril 2002 où il se voulait fédérateur et impulseur d'une nouvelle forme de politique (on a bien vu laquelle, celle de nous la mettre encore plus profond et en étant bâillonnés !) puis après la claque des élections régionales de 2004 (seule une région à droite, qui préfère rester anonyme).

• M : Pour sûr, le vieux usé et fatigué avait l'art de la sémantique et d'embobiner les foules (même si c'est surtout sa fille / sa conseillère, Claude, qui lui marketingait ses discours évocateurs). Et j'imagine que les médias lui avaient préparés le terrain, qu'ils donnaient les informations qu'ils voulaient bien dévoiler, tout en les présentant sous un jour favorable ou en mentant par omission.

• E : Oui, on avait droit aux mêmes discours politico-médiatiques, qui passaient en boucle, appelant à la raison et stigmatisant les très rares écarts (il y a des cons partout, mais là ils étaient très surveillés et empêchés par les Révolutionnaires eux-mêmes).

• M : Putain de médias de masse ! Ils jouaient toujours sur la division pour mieux régner, stigmatisant Paris la Cité Rebelle (qui a toujours le vent de la Liberté en poupe !), lui jetant l'opprobre pour valoriser la vraie France, celle qui travaillait ? (France rurale, France de la honte, dixit Gambetta)

• E : Non, là où c'était magnifique, contrairement à bon nombre d'autres Révoltes et Révolutions que le pays ait connue, c'est que toute la France s'est levée à l'unisson du ras-le-bol général. Enfin, les divisions culturelles et régionales, que l'état avait crée et / ou entretenu pour mieux régner, tombèrent (sans pour autant renoncer au juste droit à la différence) tels des murs de Berlin intérieurs.

• M : Il disait quoi dans son allocution Chirac pour se mettre comme ça tout le monde à dos ?

• E : La même rengaine éternelle en temps de crises profondes en France : que des éléments agités, violents, manipulés par des agents extérieurs, se livraient à des orgies et s'enivraient puis volaient et pillaient tout ce qu'ils pouvaient, et brûlaient le reste. Toujours cette peur irrationnelle du spectre noir (le rouge étant lorsque les Révolutionnaires croyaient encore changer de vie « juste » en rasant les bases politiques mais au profit d'une nouvelle classe oligarchique économique), hérité de la sanglante Révolution bourgeoise de 1789 (faîte grâce et avec le petit Peuple, puis ce dernier fut muselé dans le sang).

• M : Ça avait malheureusement sauvé l'ordre (bourgeois, mais pas le Populaire, bien au contraire) en Mai 68 lorsque De Gaulle fit ce genre de discours et dissout l'assemblée nationale, la contre-révolution déferla dans les urnes. Cela engendra une contre-réaction toute aussi radicale. J'espère que cette fois-là le Peuple n'était pas aussi bêtement tombé dans ce panneau très simpliste des choses !

• E : Aucune chance, nous avions atteint le point de rupture, de non-retour : trop de foutage de gueule tue le foutage de gueule !!! Même les attentistes qui travaillaient encore, malgré la désinformation constante sur les motivations profondes des Révolutionnaires et leur nombre (60% d'acteurs et de sympathisants au sein de la population ; 20% ne s'exprimant pas mais n'en pensant pas moins, 20% de gros possédants qui se terraient et préparaient la contre-attaque dès que possible) furent choqués par le discours apocalyptique mais sans arguments solides du président : ils descendirent dans la rue du moins pour discuter avec ces Révolutionnaires si « dangereux » (pour le pouvoir, pas pour les personnes et les biens) et voir ce qu'il en était réellement, si ce n'est pour carrément venir grossir la masse des Contestataires. Les chiens de garde, médias de tous types de support, aboyaient désormais dans le vide, plus personne n'y accordait le moindre crédit, puisqu'il n'y avait plus de téléspectateur devant le poste. Nous prîmes donc les choses en main, nous rendant maîtres des structures de communication et de (dés)information : la manipulation propagandiste du système capitaliste bourgeois fut éradiquée, aux intérêts de la Conscience Citoyenne. Alors que la télévision (comme nous le confirme Patrick Le Lay, boss de TF1) servait à lobotomiser le public pour qu'il con – somme (soit con, consomme et tais-toi), pour la première fois, les Citoyens ont pus avoir accès à de vrais programmes de réflexion, de développement, d'analyse. Le Peuple évoluait de la passivité consommatrice (encéphalogramme plat, mort intellectuelle), à l'activité réflexive et constructive (donc Subversive) !

• M : Et comment avez-vous achevé la bête immonde, l'état, source de tous vos malheurs ?

• E : Aussi loin que je me rappelle, après le spot publicitaire de Chirac pour la république bourgeoise que nous rejetions, des affiches ont été placardées dans toute la France : « Démobilisation Générale ! Mercredi, personne ne va à son travail (sauf services prioritaires genre pompiers et hôpitaux bien sûr), on s'immobilise, on regarde autour de soi, on parle avec les autres. On discute, sous un angle pratique, de la possibilité de tout arrêter en ne gardant que les activités vitales. On élabore le programme d'études et de réflexions destiné à remplacer les activités stériles, on fixe la date de l'exercice suivant. » C'était fin avril, entre les deux tours de la présidentielle, il faisait beau, les gens débattaient dans les rues, c'était la Grève Générale.

• M : Mais les forces de l' « ordre » (plutôt les forces du capital et de la bourgeoisie) ne sont pas intervenues ? Parce qu'en mai 68 les Révolutionnaires étaient dans la même logique d'idées que vous, et nos représentants n'avaient pas hésités à envoyer les robocops (les CRS, crées sous le régime de Vichy pour empêcher la chute du gouvernement en même temps que celle de son protecteur allemand, mais préservées par la suite, tout comme les renseignements généraux). De Gaulle s'était même tâté pour envoyer l'armée, même si son rôle institutionnel est la défense du territoire, pas l'attaque de civils en milieu urbain.

• E : Officiellement du moins, car les CRS étaient déjà à mi-chemin entre le soldat et le flic bavuriste. Depuis 2002 et les désastres de l'armée russe à Grozny (Tchétchénie), le commandement de la doctrine et de l'enseignement militaire supérieur (CDES) avait défini de nouveaux modes opératoires, testé des équipements spécifiques et édité des manuels à destination des différentes forces interarmes (infanterie, « génie », blindée) afin d'être opérationnel lors de guerre civile à caractère urbain.

• M : Ça me donne envie de vomir. Professionnalisation des armées et changement stratégique d'objectif : finie la guerre conventionnelle (à l'extérieur), place à la guerre civile (à l'intérieur). Et comment ça s'est passé ?

• E : La France étant le pays des guerres civiles et des Révoltes plus ou moins Révolutionnaires (Jacquerie paysanne de 1358, Fronde parlementaire de 1648, Révolution bourgeoise de 1789, Commune Insurrectionnelle de Paris de 1792, Trois Glorieuses de 1830, Révolte des Canuts de 1831, Révolution Sociale Démocratique et Universelle de 1848 – Printemps des Peuples, LA Sociale de la Commune de Paris de 1871, Grève Générale de 1936, Révolution des mœurs de 1968 – à défaut d'être achevée au moins sous la forme de VIème république), les forces de répression étaient bien préparées et suréquipées. Sauf que nous n'avons pas marché dans leur jeu !

• M : Vas-y, enchaîne Kool Shen, qu'est ce que vous avez fait alors ?

• E : Les gens en débattant eurent l'idée (pour protéger le mouvement Contestataire) de faire des pique-niques partout dans le pays devant les casernes des forces d'oppression et les représentations du pouvoir (centralisé ou non). Il y avait des centaines de personnes mangeant devant les grilles des commissariats et autres gendarmeries, les préfectures, les mairies, sans oublier (on ne sait jamais) les casernes militaires. Des tours de garde et de surveillance des côtés obscures de la force furent organisés. Du coup, la plupart des manifestations du mercredi se sont passées dans le calme vu qu'il n'y avait pas de provocation policière. Des services de sérénité s'étaient auto-organisés pour protéger les manifestants et les biens publics et privés. Nous étions là pour montrer notre désaccord et notre volonté de changement, pas pour piller des magasins ou détruire pour le « plaisir ».

• M : Et comment vous avez eu la tête de l'état, puisque c'était votre objectif ? Puisqu'à l'Elysée, il y a une protection permanente du pouvoir.

• E : Certes. Dans le cas de Paris, après avoir prit possession des bâtiments publics institutionnels comme l'assemblée nationale, l'Hôtel de Ville, le sénat, la préfecture de police de la Seine et autres ministères, nous avons conduit les personnalités administratives à Notre-Dame.

• M : Pourquoi Notre-Dame ?

• E : Car cette église est énorme, bien située en plein cœur de Paris sur l'île de la Cité, donc difficile (même pour des troupes d'élites) d'y faire une opération coup de poing pour récupérer les « otages du Peuple ». Pour Chichi c'est sûr que c'était différent.

• M : Pour sûr, je t'écoute, je suis tout ouïe !

• E : Comme tu le penses bien, l'Elysée était le seul endroit où nous n'avions pas pu bloquer les forces de l'ordre. Comme toutes nos manifestations, celle qui arriva devant ce cordon immense de tous les uniformes coercitifs que la république peut avoir à sa solde pour matraquer les Révoltes justifiées, était Pacifique, se déroulait dans la bonne humeur aux sons des trompettes et autres tambours, composée de toutes les différences qui font la diversité de la France (femmes, hommes, familles, jeunes, vieux, blacks, blancs, beurs et autres). Arrivée 200 mètres devant ce barrage, un général nous indiqua par mégaphone que si nous avancions encore il ferait feu avec des gaz lacrymogènes puis avec une artillerie plus lourde genre jets haute pression.

• M : « Normal » ! ou plutôt il fallait s'y attendre !

• E : Pour bien montrer que nous faisions une manifestation pacifique et que nous ne voulions que nous en prendre aux institutions, pas aux personnes, le million de Révolutionnaires que nous étions fit une holà inversée en s'asseyant dans un silence absolu. Démonstration était faite que nous étions non-violents, que nous entendions bien rester là tant que l'état ne serait pas déchu (représenté par la mise sous scellés du président de la république – que nous ne voulions plus – Jacques Chirac), mais surtout que nous n'avions aucune peur de la force, étant donné notre union Pacifique et Fraternelle.

• M : C'est fort ça, c'est sûr que ça en impose ! Les gorilles allaient-ils succombés au respect que cela peut et doit inspirer ?

• E : Tu le sauras à la fin de mon histoire ! Une femme, les mains en l'air avec un mouchoir blanc (signe de trêve), s'avança tout doucement vers le cordon. Filmée par un pote à elle, elle brandit un mégaphone et s'arrêta à 50 mètres des soldats :
« Chers frères, nous sommes ici en tant que Citoyens Démocrates, tout comme vous l'êtes à n'en pas douter (en dehors de votre travail, dès que la matraque est au vestiaire). Notre manifestation Pacifique a pour seul objectif de faire appliquer la Constitution, selon l'article 25 des Droits de l'Humain qui stipule que la souveraineté réside dans le Peuple; elle est une et indivisible, imprescriptible et inaliénable. Las de ne pas être écoutés par nos représentants politiques, déçus que rien ne change par souci de préserver les intérêts particuliers de quelques uns au détriment du bien général, nous sommes ici pour récupérer notre pouvoir trop longtemps délégué. Notre Constitution indique : un Peuple a toujours le droit de revoir, de réformer et de changer sa Constitution. Une génération ne peut assujettir à ses lois les générations futures. La Résistance à l'oppression est la conséquence des autres Droits (articles 28 et 33) ; nous comptons bien faire valoir notre légitimité : quand le gouvernement viole les Droits du Peuple, l'Insurrection est pour le Peuple, et pour chaque portion du Peuple, le plus sacré des Droits et le plus indispensable des Devoirs (article 35 de la Constitution de 1793, inappliquée car la plus Libertaire).
Les chars communistes chinois se sont arrêtés devant un seul homme à Tien An Men en 1989, l'armée portugaise à fait sans aucun coup de feu la Révolution des Œillets en 1974 (dépose du dictateur Suarez) : les défenseurs du Pays de la Liberté et des Droits de l'Humain oseraient-ils tirer sur une Révolution Pacifique et avant tout Légale/Constitutionnelle ??? Personne ici ne veut s'accaparer le pouvoir, nous savons trop bien les désastres et sinistres qui peuvent en découler. Nous sommes tous des Citoyens Responsables et allons remettre l'autorité étatique aux mains, non d'une nouvelle forme de dictature, mais de tous les résidents français selon le droit du sol.
Nous n'avons aucune haine ou esprit de vengeance envers vous, vous avez obéit aux ordres jusqu'ici (même si on peut justement vous le reprocher). Ne commettez pas l'irréparable, ne soyez pas anticonstitutionnels et fratricides, ne prenez pas le risque de lancer une guerre civile. Comme vos illustres aïeux qui lors de la Commune de 1871 ont su écouter leur fort intérieur quand leurs commandants leur ordonnaient de tirer sur la foule qui défendait ses droits : CROSSE EN L'AIR NOS FRERES !!!
Notre désir le plus cher est de donner l'exemple en faisant la première Révolution Constitutionnelle et vierge de tout sang de l'Histoire ! Ne parjurez pas votre fidélité envers le Peuple Français et le monde entier qui vous regarde.
Rengainez vos armes, cadenassez les : ni vous ni nous, n'en auront besoin !!! »

• M : Belle preuve de courage Révolutionnaire !

• E : Absolument pas. Nous étions dans notre droit, il n'y a pas de notion de courage quand on veut faire appliquer la loi, seulement la détermination de ce que Justice soit rendue.

• M : Dis moi, ce ne serait pas toi la femme qui s'est avancée par hasard ?

• E : P't-être bin qu'oui, P't-être bin qu'non !

• M : Et beh, l'arabe a bien adoptée la Normand'touch.

• E : Bien sûr, nous sommes tous des fruits multiculturels !

• M : Ce n'est pas moi qui dirai le contraire. Et finalement, comment ça s'est terminé cette histoire ?

• E : Les soldats se sont un peu tâtés, les généraux (pas généreux pour un sou) continuaient de gueuler « A mon commandement, armes à l'épaule ». Pour être un peu plus « sûr » que tout se passerait pour le mieux (c'est-à-dire sans effusion de sang), spontanément, un groupe d'une trentaine de femmes avança également avec les mains en l'air (comme pour montrer qu'elles étaient otages de la force, de l' « ordre »). Elles avaient dans leurs mains des fleurs : chrysanthèmes blanches si ça tournait mal, rose rouge de la passion si les robocops restaient sages. Les premiers à « fléchir », ou plutôt à réfléchir (chose rare dans leur métier), furent les jeunes recrues : elles ne voulaient pas être mêlés à un éventuel et tragique bain de sang, alors que le Peuple leur semblait plus responsable que ses dirigeants (comme bien souvent, mais avant ils se trahissaient en faisant appliquer des lois inadaptées). Eux aussi en avaient marre d'être les protecteurs d'un état qui les regardait de haut : même eux, tout autant que les gendarmes qui n'ont aucun droit de grève et d'expression car militaires, se rebellèrent en 2001 contre le gouvernement pour avoir une meilleure reconnaissance de leur employeur, l'état.
Lorsque les premiers eurent cédés (la raison l'emportant heureusement sur l'ordre hiérarchique), les femmes leur jetèrent des roses agrémentées de vigoureux baisers, puis la foule les acclama. Les derniers à plier furent évidemment les moustachus qui voulaient casser du rouge (puisque eux, le rouge, ils le préfèrent en bouteille). Devant la liesse des femmes, les roses qui pleuvaient et les hourras de la foule pour les gentils robocops, le côté obscur de la force ne pouvait plus que s'incliner devant la puissance de la Volonté Populaire. Les femmes se précipitèrent pour alors mettre des roses au bout de leurs fusils à pompe, leur titillant la moustache pour finalement leur claquer la bise à eux aussi, ils étaient un peu bourrus mais pas si méchant que ça, au fond, bien au fond.

• M : Le Peuple avait regagné sa Liberté ! Enfin, après moult Révolutions, vous aviez réalisé le Grand Soir, celui où l'état tomberait pour qu'émerge une nouvelle société, réellement basée sur la Liberté, l'Egalité et la Fraternité.

• E : Ouaip sieur, on s'est pas dégonflés et surtout on s'est pas laissés impressionner par les Dark Warriors de tout crin, protecteurs du système. Nous avons marqué la chute finale de cet état décadent en prenant Chichi en « otage du Peuple ». Ses anciens miliciens, retournés à la Lumière de leurs Sœurs et Frères Citoyens, entourés de la foule calme, sortirent Chirac du palais de l'Elysée avec les menottes aux mains.

• M : C'est un symbole fort ! Enfin, celui qui devait être en taule depuis au moins 2001 (date où sa corruption était la plus flag', même si depuis qu'il était maire de Paris – 1977, le premier maire de Paris depuis la Commune de 1871 – il s'en était mis pleins les poches), l'état (et les socialos qui n'ont rien fait pour appliquer la loi) ayant montrer son injustice évidente (tous égaux mais certains plus que d'autres), le Peuple prit cette Justice en main, de façon impartiale et digne.

• E : Les seules agressions envers Chirac furent des oranges et des pommes jetées, pour agrémenter son incarcération.

• M : Ça partait plutôt d'un bon sentiment alors, hihi ;-)

• E : Nous nous adressions aussi au monde pour lui montrer qu'une république pouvait, et se devait, de déclarer son propre système étatique aboli et interdit (une des rares choses qu'il ne soit pas interdit d'interdire, bien au contraire !) : l'état était désormais persona non grata, système non bienvenue !

• M : Pour que souffle un vent de Liberté sur le village planétaire. Ça devait être magnifique de participer à cet élan Révolutionnaire qui venait couronner de succès 5 000 ans de Luttes contre le système dogmatique de la tragique trinité : religion, état, monnaie.

• E : C'est clair, j'en tremble encore à cette simple évocation. Tu ne peux pas imaginer le feu d'artifice de liesse populaire, le sentiment étrange mais jouissif de la communion parfaite des êtres, l'Harmonie de tous les esprits avec tous les corps dans cette fête orgiaque (façon de parler, même si tout le monde s'aimait ce soir là, ça n'a pas fini en partouze non plus, du moins pas pour tous). Le Grand Soir est incontestablement la meilleure soirée de toute ma modeste vie.
Cette extase orgasmique de la Révolution, cette espérance … TEMPS MORT : c'est énooorme, cet espoir des lendemains qui chantent, mais c'est bien sûr !!!

• M : Quoi, qu'est ce qu'il dit mon marin ???

• E : NADIA, je m'appelle Nadia !!!

• M : Joli prénom. Beaucoup de gens ont pris ce prénom à Utopia, en souvenir d'une légende urbaine.

• E : Merci, ça veut dire « Espoir », en arabe, slave, russe, allemand, italien.

• M : (petit clin d'œil avec gros sourire) Voilà une pierre angulaire à ta personnalité que je suis heureux que tu ais retrouvé.

• E : Je suis trop contente, c'est un gros poids en moins. Toutes ces ressouvenances et good vibes, c'est grâce à ce good trip aux champis. Merci de m'avoir permit de vivre ça avec moi-même et encore plus avec toi, sans qui je ne serai pas allée aussi loin dans mon exploration fabuleuse de mes Mois.

• M : Je t'en prie, c'est toi qui as fait tout le travail pour retrouver tes mémoires.

• E : Oui mais sans le guide et fil d'Ariane que tu as été pour moi durant ce voyage psychédélique, je n'aurai pas pu triper aussi à l'aise avec moi-même et ma psyché. Et je tiens à t'en remercier ! un point c'est tout.

• M : Ok boss !

• E : Et toi, ton vol intersidéral ? Heureux ?

• M : Mouais.

• E : Ouh, c'est un petit oui ça. Tu veux qu'on en parle Bob ?

• M : Beh en fait j'ai un peu bad tripé en repensant à ce que c'était…. à comment devait être la vie là-bas, dans ce monde-là en ce temps-là. Je n'aime pas trop remuer la merde du passé.

• E : Je comprends, ça ne doit pas être gai pour toi d'entendre les misères du monde d'avant. Surtout quand on voit comme c'est … l'Elysée des vivants ici !!!

• M : Et oui Miss, c'est un autre monde ici, c'est pour ça que je m'y sens si bien.

• E : Mais qu'est ce qui a fait qu'on en arrive là, à cet état de saturation par rapport au vieux monde, justement à ce moment-là, je n'arrive toujours pas à m'en rappeler.

• M : Ah ça, je crois bien que je peux t'aider !

• E : Encore une fois !!! Envoi la sauce alors !

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21 janvier 2005 5 21 /01 /janvier /2005 19:46

 

05 - Ressouvenances et Grand Soir
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• Esperanta : C'est excellent ça comme idée, les gens qui habitent ici ont fait un mini jardin à la place du dallage du trottoir. C'est cool de pouvoir grignoter une tomate cerise cueillie comme ça dans la rue.

• Moa : Tu en veux une ? Bien évidemment c'est à la disposition de tous !

• E : Ah oui ? … Bien sûr, suis-je bête ! ….

• M : Il ne manque qu'un « cacahouètier » et une tireuse à bière.

• E : Mais personne n'abuse de ce genre de situation ? Il ne doit plus leur rester beaucoup de fruits à récolter à la fin.

• M : C'est un choix de mettre ça à disposition des autres, sinon, tu fais ton jardin à l'écart. Mais tu sais, ici les gens ne feront jamais à autrui ce qu'ils ne souhaiteraient pas qu'on leur fasse, ce serait même plutôt l'inverse. Donc, par exemple, personne ne prendra les derniers fruits, afin d'en laisser un minimum à ceux qui ont mis leur végétation en partage. A Utopia nous préférons faire à autrui (si consentant) ce que l'on souhaiterait que l'on nous fasse : quelqu'un a eu la bonne initiative de faire un jardin-trottoir et plutôt que de garder ça pour soi, il l'a mis à disposition d'autrui pour que cette idée germe et soit semée ailleurs.

• E : Ils sont vraiment bien ces Utopiens !

• M : A qui le dis-tu ! Absolument rien à voir avec les proto-Emancipés !!

• E : Nous sommes tous victime de notre époque et de notre culture. C'est hallucinant en tout cas comme façon de vivre, on se croirait dans un festival underground sur-vitaminé par la créativité, les expériences pratiques et culturelles… mais avec un public nettement plus large et investi (dynamiquement partie prenante), qui plus est au niveau global d'une Cité.

• M : Comme à Kristiana.

• E : Pardon ?

• M : Kristiana : ancienne caserne militaire au cœur de Copenhague (capitale du Danemark). Le site, énorme mais jugé vétuste, ayant été déserté par l'armée (héhé) en 1972, des artistes et des jeunes vinrent investir les lieux. Ils ne l'ont pas seulement investi, ils y ont crée une microsociété de leurs rêves : une pure FAZ [Free Autonomic Zone : Libre et Autonome dans tous les sens du terme – Autogérée (pas de gouvernement extérieur imposant sa loi, ni de chef intérieur), Liberté de chaque individu générant la vraie Paix et Harmonie Sociale, Participation plutôt que travail, heures de production (im)matérielles par opposition à l'argent]. Et là où ce n'est pas seulement un quartier, c'est que le gouvernement l'a reconnu en tant que communauté à part entière.

• E : Trop de la balle, ça claque grave ça ! C'est ééénnoooomme d'avoir un Eden comme ça avec pleins de gens, en plein cœur urbain. C'est enfin le Paradis sur Terre !

• M : Au moins ils ont assuré celui-là, car pour le céleste nul ne sait si il existe vraiment, sauf les morts qui ne peuvent, par définition, plus témoigner. Selon les mêmes idéaux, plusieurs générations fondèrent des communautés, plus ou moins heureuses : les beatniks après l'horreur absolu de la seconde guerre mondiale et la déception du « rêve américain » (fuite de la dure réalité via les drogues), les hippies – leurs petits frères – par réaction à la guerre du Vietnam et la consommation de masse (communautés de contre-culture), les punks (les petits frères devenus grands et très remontés contre la société : la force haineuse du cadet après la créativité pacifique de l'aîné ; après les « rêveries », place à l'action), les métalleux du hard-rock, les rappeurs des années fric / 80 puis les technoïdes des années 90. Chacun recréait un monde à part, à sa convenance, et surtout très éloigné voire aux antipodes de la dure réalité de leurs sociétés dites modernes et civilisées mais tellement inharmonieuses et traumatisantes au quotidien, quoi qu'on en pensait, ainsi que fondamentalement injustes.

• E : Sympa comme grande famille : ils sont révoltés et créatifs de pères en fils !

• M : ATTENTION !!! Si la masse, et encore plus les moteurs de demain, déjà bien Révoltés de par leur condition de jeun's, a bu au Graal de l'Autogestion Libertaire Egalitaire et Fraternelle (personne ne se connaît mais tout le monde partage les mêmes valeurs, sans bien sûr pour autant avoir des approches et conceptions identiques), alors ce nectar a posé sur ses lèvres un parfum envoûtant, voire obsédant, de Grand Soir. Par transmission de ce savoir « occulte » par les Anarchistes et Libertaires de tout crin [les communistes aussi, mais pour devenir chef à la place du chef : « contrôler l'autonomie » (la base de l'incohérence coco) du Peuple et de chaque Citoyen à la place de l'état], le 21è siècle agrandit la brèche avec les TAZ : (Temporary Autonomic Zone : tout pareil que la FAZ mais en moins bien, … temporaire, mais plus répandue). Les forces de l' « ordre » (pas n'importe qui : les CRS, la gendarmerie mobile avec moult cars : les participants étaient bien protégés / surveillés, il ne manquait plus que les chars de l'armée, car il y avait déjà les hélicos) acceptèrent devant le fait établi et surtout la masse (foule nombreuse aux raves sauvages à l'arrache dans la forêt, festivaux [soyons logique : un cheval, des chevaux donc festival ça devrait être pareil, non ???] bien roots / underground, rassemblements divers et très variés) de rendre aux gens leur responsabilité et Liberté et autorisèrent ces adulescents (pas tous très adulte justement) à s'Autogérer !

• E : Tout ce que tu me dis là est captivant, j'imagine carrément bien ce que ça pouvait être … trop bien d'ailleurs pour que ce ne soit que mon imagination. Cause toujours, tu m'intéresses !

• M : Après 1989 et la chute du communisme (autoritaire), les technoïdes électronifiés (blasés de cette dure réalité sous contrôle économico-politique, du choix entre chômage ou travail à la con) élaborèrent différentes formes de collectivités TAZées (merci de ni voir aucune allusion, non, ils n'étaient pas tous des drogués, moins radicaux – pour la plupart – que ne pouvaient l'être les hippies ou fans de rock comme les Rolling Stones – comme son nom l'indique [les stones qui roulent] – ou les Beatles – poètes lyriques ayant pour muse le LSD, cf Lucy in the Sky with Diamonds). Puisque le marxisme des aïeux n'avait pas aussi bien marché que prévu (c'est le moins qu'on puisse dire), autant essayer son frère ennemi (même si le gentil c'est lui :-), le proudhonisme : l'Anarchie Autogérée de la Collectivité (on n'est jamais mieux servi que par soi-même). Les Communautés (moule standardisant) étaient mortes, que vivent les Collectivités (bouillon de cultures dans un cadre Librement accepté) !

• E : FLASH : j'ai en visu des scènes technoïdes avec du pur son qui claque, des gens tout happy et qui aiment la Terre entière, une ambiance d'Harmonie parfaite entre individus et de communion avec le son, … et des Robocop derrière, mais ils sont cools [ils ne font « que » (?) protéger les personnes et les biens (voire l'inverse selon les « priorités ») des risques inhérents à toute foule] et je crois même que je discute avec quelques-uns. Ils ont l'air hébété de voir autant de jeunes tourner à l'eau, mais pour autant, ils ne font que jeter par terre les produits stupéfiants que les gens allaient se mettre dans les neurones (de toute façon ils ne pouvaient pas arrêter tout le monde, au risque de créer une émeute). Pince moi, Moa, je dois rêver, c'est pas possible autrement. Aïe !! Pas si fort, t'es un grand malade toi !

• M : Désolé, ma douce, haha. T'es sûr que tu te sens ready pour prendre des champis ? Tu sais ce que je t'ai dit concernant le danger psychique si tu n'es pas prête et bien dans ta tête ! Il n'y a que toi qui connaisse tes prédispositions et tes limites et donc peut juger sereinement si y a bon ou pas moy' (moy'en, langage jeun's) !

• E : Oui, c'est bon, tu vas pas me refaire la morale, j'ai compris. Franchement ça va super bien, je suis toute turbo-boostée. J'ai d'autant plus envie maintenant d'essayer les champis, en espérant que ça marche tes girolles pour voyager dans mes consciences !

• M : Bon, si tu le dis. Voici justement Soma, le smart-shop de mon pote indien Uttanka.

• E : Ça c'est de la vitrine psychédélique !

       
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21 janvier 2005 5 21 /01 /janvier /2005 00:24

04 - La pause s'impose
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• Esperanta : Fatch, j'ai la tête comme une pastèque !

• Moa : Tu m'étonnes vu la quantité d'information à assimiler.

• E : Oui mais bon, parce que je le voulais bien ! C'était vraiment très très intéressant. Il fallait de toute façon que je plonge dans l'autre monde pour essayer de comprendre ce monde-ci : j'avais besoin d'un autre référant pour pouvoir comparer et me faire ma propre idée des choses. Mais c'est sûr que ça calme bien : le vinaigre de là-bas était bougrement acide au regard du miel délectable d'ici.

• M : Je ne te le fais pas dire ! Ça te branche d'aller faire un tour pour se détendre un peu ?

• E : Ah ouais, carrément, bonne initiative ! Ça me fera le plus grand bien. J'ai besoin de m'aérer les neurones !!!

• M : T'inquiètes, je vais arranger ça (dit-il avec un sourire qui remonte jusqu'aux oreilles).

Esperanta et Moa quittent donc l'Hôtel de Commune. Ils marchent tranquillement pendant que Esperanta s'émerveille à chaque pas et que Moa fait le guide :

• E : C'est hallucinant comme Paris est silencieux, on peut traverser sans crainte les rues, ce qui n'était pas le cas dans mon rêve avec toute cette circulation motorisée.

• M : Et oui, c'était une des premières priorités de rendre la ville à ses habitants pédestres.

• E : Mais comment avez-vous fait ? Il me semble que dans mon rêve les gens se souciaient aussi de ça, mais que les solutions n'étaient pas convaincantes.

• M : Comme je crois te l'avoir vaguement expliqué lorsque nous nous sommes rencontrés la première fois, les véhicules fonctionnent bien évidemment à l'hydrogène (on utilise plus le pétrole depuis bien longtemps maintenant) mais aussi à l'alcool, ainsi qu'à l'énergie solaire (toute la carrosserie est un panneau photovoltaïque). Non seulement les engins ne font pas de bruit, mais en plus ils ne rejettent que de l'eau sous forme de vapeur. Mais le plus important est que toutes ces machines de déplacement sont guidées.

• E : Hein ? elles sont téléguidées ?

• M : Non, toute la circulation se fait via les bandes blanches peintes au sol. Des programmes gèrent la densité du trafic, les vitesses des appareils, les distances de sécurité. Les passagers d'un véhicule n'ont qu'à indiquer leur destination et le système se charge de les y conduire, sans danger de la circulation ni du stress au volant : on peut boire son café tranquille en allant à son activité ou faire l'amour comme des bêtes pendant qu'on se fait conduire en rentrant de chez des amis.

• E : Et pourquoi il y a si peu de voie de circulation ? C'est pour que les engins motorisés restent à leur place sans trop empiéter sur les voies pédestres ?

• M : Exactement, du coup nous avons optimisé les logiciels et les infrastructures pour que les pointes de trafic soient mieux réparties dans le temps et l'espace. Ceci étant déjà nettement facilité par le fait qu'il n'y a plus d'horaires de bureaux proprement dits, comme là-bas où tout le monde devait s'enfermer avant 9h et ne pouvait enfin se libérer qu'après 18h.

• E : En tout cas c'est nettement plus agréable comme ça, tout le monde circule à pied, vélo, trottinette, roller,…et pour les fatigués il y a même des trottoirs roulants. Il y a aussi vachement plus de verdure, d'arbres qui « empiètent » sur la « chaussée ».

• M : Et les programmes sont même capables de réagir si quelqu'un vient à être en danger avec la circulation. Ainsi la sécurité de tous est assurée, on n'est plus obligé de surveiller sans arrêt le flot incessant pour savoir si on peut traverser. Nous avons remis, par rapport à l'autre monde, les transports à leur place, à savoir nous servir et pas nous polluer la vie, dans tous les sens du terme (le bruit et l'odeur, les particules dangereuses, le stress des bouchons, les accidents…).

• E : C'est clair et net, toutes mes félicitations d'ailleurs. Dans mon rêve c'était loin de rouler comme sur du velours : des embouteillages à gaver, une atmosphère irrespirable (hiver comme été, ce n'est pas qu'une question de chaleur et d'absence de vent), des cons qui conduisent n'importe comment – de vrais irresponsables qui ont eu leur permis, si ils en ont un, dans un paquet surprise pour leur 18 ans – des accidents par milliers et tout le cortège de malheurs qui s'en suit, et toujours cette peur au ventre quand on se déplace car on ne sait jamais, tout peut arriver, et ça n'arrive pas qu'aux autres !

• M : Enfin bon, ici les transports ne sont plus un problème, mais plutôt une possibilité : de bouger, s'évader, voir ailleurs comment ça se passe (sans limite ni frontière). On peut même se bourrer la gueule, se péter la ruche au-delà du convenable (où il est lui d'ailleurs ?), en bref se retourner le cerveau d'une manière générale, sans aucun risque pour les autres ni même pour soi-même (hormis bien entendu la cirrhose du foie, les neurones morts sur le champ de bataille, en somme tous les « petits inconvénients » inhérents aux paradis artificiels en tout genre). Tiens d'ailleurs en parlant de ça.

Moa amène Esperanta vers une petite charrette ambulante, à proximité d'un des très nombreux parcs de la cité.

• M : Bonjour Sieur.

• Bonjour, que la Paix soit avec toi Citoyen.

• M : Merci, que la Sérénité soit en toi. Je souhaiterais 3 grammes de ta meilleure herbe, c'est pour fumer un calumet de bienvenue.

• Héhé, je vois le genre. Tiens prends ça mon gars, tu m'en diras des nouvelles, c'est de la pure Indica, pas le truc qui te scotch avec un sourire benêt, mais plutôt qui te donne bien la parlotte et ouvre tous tes chakras.

• M : Merci bien (clin d'œil), je pense effectivement que ça ira nickel-chrome.

• Par contre, plutôt que le calumet, je te conseille le chilum indien avec un chiffon mouillé dans ta main et ledit accélérateur de particules euphorisantes tenu après ce filtre. Tiens, je te donne celui-là, un gars me l'avait laissé car il n'en avait plus l'utilité. Je n'en ai pas trop besoin pour d'autres Citoyens donc je t'en cède volontiers l'usage.

• M : C'est bien aimable de ta part. Merci et à charge de revanche.

• Amusez-vous bien en tout cas.

Esperanta a l'air sur le cul ! Non pas par rapport à la drogue.

• M : Qu'est ce qui t'arrive, tu es toute interloquée ?

• E : Je te rassure c'est pas la beuh, bien au contraire, quand j'ai vu ça je me suis dit quelle bonne idée car dans mon rêve j'avais fumée à toc mais ce n'était que du vent, j'avais le son et l'image mais pas les sensations de plénitude de mon être, de légèreté et d'harmonie.

• M : Beh c'est quoi alors, c'est le chilum qui te choque ? Je peux aller le reposer et faire un joint normal, mais je voulais marquer le coup avec un « calumet » de bienvenue.

• E : C'est trop mignon de ta part. T'inquiètes, j'ai bien l'intention de partager le chilum de l'amitié avec toi, il ne pourrait en aller autrement d'ailleurs (hihi). Non, ce qui me turlupine c'est déjà qu'un commerçant te file son chilum comme ça, et qu'en plus tu partes sans payer sans que ça ait l'air de le déranger plus que ça. Tant mieux, c'est cool pour toi tu me diras, mais perso je comprends pas là.

• M : Encore une fois tes réactions et annonces sont fracassantes, mais tes questions sont d'une candeur. On dirait un enfant tout inquiet de ses découvertes et qui demande d'une voix timide des explications. J'adore ça, c'est à craquer.

• E : Nanani, nanana,… ouais ben reste tranquille, tu ne me connais pas et je ne te connais pas non plus (qui plus est, je ne me connais même pas moi-même, pffff putain d'amnésie !).

• M : Aïe aïe aïe, et de nouveau tu montes sur tes grands chevaux. Apprend à rester zen en toute occasion et tu verras la vie autrement. Pour répondre à ta question, d'une il n'y a plus d'argent ici (et en plus dans ce cas là, il y a vraiment rien, hormis du soleil et de l'eau pour que le cannabis pousse) et de deux, la propriété privée a disparu, laissant place au droit d'usage : si il n'utilise pas son chilum, après avoir demandé, je peux le prendre.

• E : Comment ça il n'y a plus d'argent ? Mais comment ça fonctionne votre truc alors ? C'est pas possible, le troc c'est bien gentil, mais c'est très limité.

• M : C'est simple : au lieu de travailler pour un salaire (miette du bénéfice produit par le salarié) qui permet (autant que faire se peut) de (sur)vivre en payant des choses, ici les gens ont tous une activité, matérielle ou non, et celle-ci leur donne accès à tout ce que les autres ont produit. En fonction de la difficulté et des compétences requises pour chaque tâche, la Commune définit un quota d'heures à effectuer en échange de la totale gratuité des biens et services. Ici on ne travaille plus, on Participe !

• E : Genre ?

• M : Les médecins, qui doivent beaucoup et longtemps étudier, Participent 3 heures par jour ou 15 heures par semaine (selon leur organisation personnelle), les tâches ingrates ou difficiles nécessitent les mêmes rythmes (sinon personne ne veut les faire), les autres fournissent au maximum 20 heures de Participation hebdomadaire, réparties en fonction des impératifs de la Collectivité et des envies de chacun.

• E : Et les tire au flan ?

• M : Diantre !! Il n'y en a pas ! Car qui abuse des autres, ne peut espérer d'aide en retour. Le système n'est pas basé sur la contrainte, mais sur l'acceptation volontaire de règles Collectives. Si tu veux profiter des bienfaits de la société, notamment au niveau de sa production matérielle (nourriture, produits élémentaires et « superflus »), il faut faire comme tout le monde : donner de son temps et de ses compétences pour recevoir de quoi vivre décemment et se développer individuellement. Même si c'est archaïque, un des rares objets que nous ayons gardé de l'autre monde n'est autre que la pointeuse, mais il n'y a pas de notion de flicage derrière. C'est même plutôt les gens qui la demandent pour mieux organiser leur timing et être sûr de ne pas avoir lésé la société toute entière d'une heure. Vu que les règles ont étés Collectivement débattues et adoptées, comme dans un groupe d'amis où il y aurait des profiteurs de la gentillesse des autres (trop bon, trop con !), ceux qui ne Respectent pas leurs engagements et le style de vie Collectif sont rappelés à l'ordre par les autres (au bout de trois croix c'est le jugement populaire), ceux qui jouent le jeu. Tout comme la base-line de l'Internationale le stipulait (la 1ère, avant le coup d'état des communistes autoritaire en 1871, juste après la Commune de Paris et l'exclusion de l'anarchiste russe Bakounine, pote de Proudhon, ennemi de Marx) : Pas de Droits sans Devoirs, pas de Devoirs sans Droits !

• E : Alors ça ! Si on m'avait dit que le travail serait aboli un jour, je ne l'aurai pas crû.

• M : Les humains en ont rêvés, les Utopiens l'ont fait. Mais c'est pas la fête du slip non plus : il n'y a plus le travail sous sa forme de torture, mais il y a toujours l'activité (Participation au système productif, matériel ou non) ; il ne faut jamais oublier que l'oisiveté est la mère de tous les vices et qu'on ne peut pas vivre sans rien faire.

• E : Et l'histoire de la propriété privée alors ?

• M : Le droit d'usage, comment ça marche ? Et bien c'est aussi très simple : rien n'appartient à personne, tout appartient à tout le monde !

• E : Ouais d'accord, c'est bien joli tout ça, mais concrètement ?

• M : En fait, tant que tu utilises un objet, une maison ou n'importe quoi d'autre, tu en as l'usage. Mais contrairement à la propriété privée, si tu ne l'utilises plus, cette chose n'est plus considérée comme la « tienne ». C'est comme un gamin avec un jouet : si il le laisse de côté et fait autre chose, qu'un autre gamin veut s'amuser avec « son » objet, il fera chier tout le monde parce que l'autre lui a « prit », alors qu'il ne s'en servait pas de toute façon. Ça c'est la propriété privée : c'est bien con hein ? C'est du plus pur enfantillage. Alors qu'avec le droit d'usage, les gamins ne se prennent pas la tête parce que ce que tu n'utilises pas, n'est plus « à toi » (même si il faut continuer à demander avant de prendre quoi que ce soit : on n'est pas des voleurs, mais plutôt des emprunteurs).

• E : Oui mais c'est comme le chasseur qui part à la chasse et qui perd sa place, c'est trop injuste.

• M : Beh non Calimero, parce que quand il revient, il ne chasse pas le « coquin », mais il demande si son remplaçant utilise toujours la place, si celui-ci peut aller se satisfaire ailleurs, ou alors il occupe une autre place pendant qu'un autre chasseur est parti à la chasse.

• E : T'es chiant, t'as réponse à tout.

• M : Loin de là, c'est juste que c'est un système très basique finalement et éprouvé depuis « moult » temps.

• E : Donc du coup, avec ces systèmes de gratuité, moyennant Participation, et de droit d'usage, les gens mangent à leur faim, ont un logement digne, ont tous une activité socialisante, peuvent avoir un bon présent et préparer un bon avenir pour leurs enfants et leurs vieux jours. Justement, c'est un des premiers trucs qui m'a marqué ici, c'est qu'il n'y a personne qui dorme dans les rues, personne qui ne demande la charité, il n'y a plus autant de différence entre les « riches » et les « pauvres ».

• M : Et oui, tu crois quoi toi ? Ici cette notion n'existe pas, mais le distinguo se fait plutôt par rapport aux signes ostentatoires de « richesse intérieure ». Utopia est une société moderne, … vraiment, pas comme celles de l'autre monde.

• E : C'est de la balle ! Bon, on se le fume ce chilum ou tu te le mets sur l'oreille et on l'allumera la semaine prochaine ? Discutons aussi de choses plus légères, mon cerveau bout.

• M : Certes, allons-y gaiement de ce pas alerte. Tu veux te poser tranquille dans le parc ou taper un peu la marche pour découvrir cette nouvelle vie et ville en t'amusant ?

• E : Je suis bien partante pour découvrir la ville, avec un guide comme toi ça ne peut qu'être passionnant.

• M : Et avec un peu de chance tu auras de nouveaux flash-backs.

• E : J'espère bien, chaque ressouvenance est une pièce de plus dans mon puzzle mental.

Esperanta et Moa marchent tranquillement en bavardant, riant de tout et de rien. Esperanta resplendit de beauté et de joie, elle est comme un poisson dans l'eau de la fontaine de jouvence. Elle s'extasie comme une pitchounette devant le pays des merveilles, foudroyée au cœur par cette cité de la joie. Cela devait faire bien longtemps qu'elle n'avait autant ri ni joui de la vie.

• M : On se pose là, sur l'herbe du Jardin des Tuileries ?

• E : Oui pourquoi pas, c'est vrai que c'est sympa comme coin ici.

• M : Ouaip dame, en plus c'est un beau symbole de venir fumer le chilum de bienvenue en ces lieux.

• E : A bon ? Pourquoi ça ?

• M : Parce que, vois-tu, nous sommes au cœur même de l'ancien pouvoir royal, depuis 1564. A chaque Révolution, le Peuple a pris possession du palais pour indiquer la chute du régime et de ses « représentants ». Il fut incendié lors de la Semaine Sanglante de fin mai 1871 (massacre de 20 000 Communards par les versaillais), par les Pétroleuses en application de la technique ultime de protection des civils : la tactique de la terre brûlée. Le gouvernement ultraconservateur (toute Révolution qui échoue engendre une contre-révolution ultra-réac) se tâta longtemps pour savoir s'il fallait reconstruire les Tuileries, mais ils décidèrent que ce serait une trop grosse provocation. La Commune eut le prestige de ruiner à jamais ce palais de l'oppression étatique.

• E : Ah la force des symboles !

• M : Pour ta bienvenue, quel plus bel endroit que celui-ci, siège de tous les dictates, abattu par la courageuse Commune de Paris de 1871, exemple et initiateur de la chute de tous les établissements d'avilissement. Bienvenue donc à toi, ô Esperanta, dans ce havre de paix de la Révolution Permanente. Dame de cœur, à toi l'honneur d'allumer le shilum de bienvenue.

• E : Merci (sniff, une belle larme coule délicatement le long de sa joue). Tu es un poète toi !

Esperanta, toute tremblante d'émotion, éclate, à grosses bouffées, le shilum : une fumée épaisse se dissipe au-dessus de nos amis.

• E : Hummm, c'est trop bon de prendre une bonne vieille claque, old-school, à l'ancienne. Je suis toute défoncée, mais en bien : un pur smile, je suis super aware avec les cuicuis des oiseaux, la douce chaleur du soleil, cet air si pur et parfumé aux roses. Tiens !

• M : Pfffffffffff, touftouf, ça arrache bien quand même.

• E : 22 il y a les flics. Fais gaffe, planque ça, nos amis les bêtes sont là.

• M : Et ?? T'inquiètes, ils marchent avec nous à présent.

• E : Euh, c'est vrai, j'imagine que si tu peux acheter de la beuh comme ça, la police ne peut rien te dire.

• M : Certes, sauf que là, ce n'est pas la police, il n'y en a plus d'ailleurs.

• E : Ah bon ? Et c'est qui alors ces gens là ? Parce que normalement la société ne donne des uniformes qu'aux cons, pour mieux les reconnaître.

• M : C'est malin ça, t'as rien compris. Ça c'est des équipes de Sérénité, ils sont plus là pour t'aider qu'autre chose : leur devise est Protéger et Servir {slogan US à la base}. De toute façon Utopia étant Libertaire, Egalitaire et Fraternelle, où tout est gratuit moyennant Participation, tu penses bien qu'il n'y a pas beaucoup de crimes et délits. Les rares cas sont surtout liés à des accès de folie non maîtrisés et aux excès de la passion.

• E : Autant pour moi, c'était une réaction réflexe. J'ai horreur des uniformes, quels qu'ils soient (sauf bien sûr ceux des infirmiers et médecins, nus sous leur blouse).

• M : Je comprends bien. Mais là, c'est complètement différent : une équipe de Sérénité se compose d'un grand costaud pour faire peur, d'un moyen intelligent qui négocie et fait le médiateur, d'un petit formé à l'écoute de l'émotif. Un qui comprend le fonctionnement de la personne, l'autre qui parlemente pour trouver des accords satisfaisants pour tous, le dernier qui impressionne ou cogne si nécessaire.

• E : Mouais, en tout cas, tu m'enlèveras pas de l'idée qu'un flic reste un pauvre type qui applique connement la loi, même si il ne la trouve pas juste – ou ne la comprend pas – et qu'avec une arme il se croit le maître du monde.

• M : T'es têtue toi, mais à têtue, têtu et demi. Ce n'est pas des flics, c'est des Citoyens lambda qui tournent régulièrement, ils n'ont pas d'arme car elles ont toutes été détruites en l'An 01. Ils n'ont que des filets et faisceaux électriques ainsi que des émetteurs d'ultra aigus : ça tétanise sur place la personne. Mais ils ne les utilisent vraiment pas souvent.

• E : Quoi ? C'est pas des professionnels de la bavure ?

• M : T'es lourde avec ta conception sécuritaire / autoritaire de la chose, même si je peux le comprendre.

• E : Ben ouais, si tu veux je crois que mes rares souvenirs d'enfance sont en défaveur de tous ces caïds homologués, pour de bonnes raisons.

• M : Peut-être, tu m'en diras plus quand tu t'en souviendras. Mais ici, comme avant 1871 (décidemment c'est une date charnière si tu n'avais pas encore remarqué), il y a l'équivalent de la Garde Nationale, composée de Citoyens triés et mandatés par le Peuple pour le protéger. Cette forme de protection, mise en place en 1789 par les bourgeois (avec une assiette financière élevée pour intégrer la Garde) apeurés par les ouvriers qui voulaient pousser plus loin la Révolution, fut abolie suite à la Commune et à la désobéissance de la Garde envers l'armée qui engendra la « décadence » (point de vue versaillais, sinon le « calme » était là, autant que faire se peut en étant encerclé par l'armée « régulière » et les Prussiens, qui devaient bien se marrer de voir une telle guerre civile se dérouler sous les yeux de l'ennemi). Le Peuple ne fut plus jamais en arme, c'était la fin des grandes Révolutions.

• E : Et il n'y a pas de problèmes de vengeance ou coups bas entre Citoyens ?

• M : Non, un membre change chaque mois, l'équipe est formée au secours, à l'intervention, à l'Ethique Collective, et bien entendu il n'y a pas de « chef de brigade » inamovible donc les membres peuvent refuser un ordre s'il est stupide. Et t'inquiètes, nous les surveillons plus qu'ils ne nous surveillent : on a toujours peur qu'ils abusent de leur pouvoir, même si ils sont vraiment et pleinement formés à gérer leur « stress ». Mais bon, c'est quand même plutôt les « gen(sans)[d']armes de St-Tropez » : sans les crimes et délits de la convoitise ni de la cupidité, liés à l'argent et à la propriété privée, heureusement tous deux abolis, les débordements et actes indélicats sont rares.
Mais surtout la notion de base à bien se rappeler, c'est qu'Utopia fonde toute sa civilisation sur l'apprentissage et le Respect des cultures et Différences des Autres. Du coup les velléités sont moins exacerbées et les coups de colère canalisés.

• E : C'est clair, c'est carrément tranquille ici. Et puis dans mon rêve, les rnouches {shérifs en arabe} étaient loin d'avoir tous une conduite exemplaire. Y en avait des ripous en ce temps là ! Et ils étaient à des années lumière de représenter l'ordre, les gens n'avaient déjà plus peur des chiens de garde de l'état.

• M : Et oui, c'est souvent plus facile de pouvoir parler avec un voisin ou avec un habitant du quartier, qui peuvent mieux comprendre et calmer une personne : la remettre dans le droit chemin en douceur.

• E : Encore une fois merci à toi : grâce à ton shilum magique je suis bien zen, et notre discut' m'a pas mal éclairée.

• M : Je t'en prie, you are welcome ! Mais je te vois soucieuse à nouveau. Un petit coup de moins bien ?

• E : Non, super, je flotte toujours sur mon petit nuage. Mais…..

• M : Oui ? Développes step' !

• E : La piqûre annuelle de rappel de vinaigre, notre conversation là, tout cela me rappelle pleins de choses mais je suis toujours incapable de faire le lien et de retrouver toute ma tête, c'est frustrant. En plus tu m'as répondu qu'à moitié avant.

• M : Sur ?

• E : Qui suis-je, où cours-je, dans quel état j'erre ?

• M : Qui tu es, si toi tu ne le sais pas, je ne vois pas trop comment moi je peux t'aider ; tu cours nul part mais je t'escorte vers ton épanouissement ; tu erres dans un état (proche de l'Ohio, non je déconne) d'amnésie espérons passagère.

• E : Justement, ça me saoule grave cette putain d'amnésie, je veux….souhaiterais pardon, savoir qui j'étais avant mon rêve, comment je me suis retrouvée dans cette boîte dans une cave et surtout pourquoi je me retrouve ici, à Utopia, même si c'est très sympa mais ça ne répond pas à la question.

• M : Malheureusement à ce sujet, je ne peux pas faire grand-chose pour toi. Avec un peu de chance, ton amnésie ne fait qu'empêcher d'accéder aux informations stockées dans ton cerveau.

• E : Et t'appelle ça de la chance ? T'es gonflé quand même, c'est pas à toi que ça arrive !

• M : Oui bien sûr, mais ce que je veux dire c'est que du coup, on peut éventuellement essayer de rafraîchir ta mémoire à long terme, peut-être qu'elle n'est pas détruite.

• E : Et comment tu veux faire ça ?

• M : Il y a 3 possibilités : la manipulation mentale, genre hypnose (ça marche nickel mais c'est très intrusif dans l(a)- [in/sub] conscience comme méthode).

• E : Hors de question, personne ne trifouille dans mes pensées !

• M : Les sérums de vérité (chimiques quoi).

• E : Non, je veux pouvoir gérer moi-même mes émotions et remontées d'infos.

• M : …et enfin, last but not least (loin de là héhé), les champignons magiques (que du bio, la nature est vraiment bien faite pour nous).

• E : Euh, et ça marche comment ça ?

• M : Héhé, dame est une connaisseuse, choix très judicieux. En fait, les risques physiques sont minimes car les champis font décoller par indigestion alimentaire. Il faut être très prudent par contre, car le champi doit être respecté et pas consommé n'importe comment, si tu ne veux pas que ce soit lui qui gère ton trip et qu'il t'amène là où tu ne voudrais pas aller dans ta psyché. De même, ce genre de jeu avec la boîte de Pandore de tes esprits, où tu boost tes sens et tes consciences, peut t'amener à vivre des expériences trop fortes en émotions et peut-être alors traumatisantes. Bien sûr les champis ne sont pas tes ennemis, mais il faut que toi aussi tu sois ton propre ami (prendre des psychotropes quand on n'est pas en phase avec soi-même, ou qu'on supporte mal la vie, c'est un suicide mental). Mais t'inquiètes pas outre mesure, les champis étaient utilisés par les fidèles qui allaient voir la pythie des Mystères d'Eleusis dans le cadre d'un rite initiatique et de purification, les chamanes pour communiquer avec les dieux et plus tard par les psys pour traiter les schizophrènes (afin qu'ils accèdent tout seul à leurs consciences profondes et trouvent eux-mêmes les solutions à leurs angoisses).

• E : Euh, ok d'accord, je sais pas trop comment je dois le prendre…

• M : Juste en le mangeant. Plus sérieusement, si ça peut te rassurer, les champis n'étaient pas interdits en l'autre temps autre monde.

• E : Arrête de déconner !

• M : Non, sérieux : on ne peut pas empêcher les gens de manger une « plante » (même si c'en n'est pas une), un champignon dans ce cas n'est jamais qu'une « moisissure » qui fait un fruit pour se reproduire via des spores. Seul était puni le fait de transformer le produit, en le séchant notamment. En fait, on avait le droit d'en consommer mais l'état imposait une date de péremption limitée aux champis frais, ce qui est bizarre car les effets sont plus puissants car la psilocybine (substance active et « défoncante ») se dissipe avec le temps.

• E : Merci pour les infos en tout cas. Pour ton diagnostic pré-toxatoire, je t'avouerai que je suis un peu perdue ici c'est sûr, mais que ta présence me rassure (en plus t'as l'air de connaître donc voilà). Sinon je suis plutôt bien dans ma tête, heureuse d'être ici. Donc je pense que ça peut le faire, … grave même !

• M : Bon, alors ça va, sinon il n'y aurait pas eu moyen : je ne voudrais pas que tu restes perchée par ma faute et mon manque d'information.

• E : T'inquiètes, je suis grande !

• M : Ouais, beh fait pas trop la maline non plus, les champis ce n'est pas un jouet et encore moins un médicament (quoique, mais au moins encadré alors). C'est surpuissant, c'est pour cela que tu dois toujours te surveiller pendant ton voyage et essayer de détecter le moindre départ en couille. Je serai là aussi pour veiller au grain. Au pire, tu prendras du sucre si tu veux arrêter ton voyage intérieur, ça casse rapidement l'effet des champis. Et bien sûr, on ne boira que de l'eau, comme tous les toxs qui se respectent un tant soit peu.

• E : Ok chef ! On part équipé et organisé avec toi ! C'est toute une logistique et des règles pour « bien » se toxer.

• M : Normal, bon vivant rime avec prévoyant et qui souhaite aller loin ménage sa monture ! Si tu joues avec le feu, il faut connaître tes limites et les réactions de ton partenaire/adversaire ! Tu viens, on va aller chercher tout ça !

• E : On est parti. Et tu veux trouver ça où ? Faut aller les cueillir sur des bouses de vaches ?

• M : Mais non, dans une droguerie bien sûr. Enfin là c'est plutôt dans un smart-shop.

• E : Bien sûr ! Suis-je bête ! Hum, et c'est quoi un smart-shop ?

• M : Un endroit où il y a pleins de sortes de champis, de peyotl, d'ergot de seigle et autres produits toxico-bios.

• E : Ça marche, je te suis.

• M : Tu verras, on n'est pas très loin. Tiens attends, il y a un gars qui se fait un pète.

Moa : Tiens, je te file mon shilum, je n'en ais plus besoin.
Le gars : Cool, merci.
Moa : De rien, je t'en prie. Bonne journée !
Le gars : Merci de même, mes amitiés à dame.

• Esperanta : T'es vraiment un mec bien toi !

• Moa : Non pourquoi ? C'est juste que si je n'ai pas l'utilité d'une chose, autant que ça serve à autrui. Bon, allé hop, on est parti !

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21 janvier 2005 5 21 /01 /janvier /2005 00:19

La chute du Mur, le début d'une nouvelle Histoire

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Pour les Allemands, le 9 novembre rappelle tout à la fois l'avènement de la république (1918), le pitoyable « putsch de la Brasserie » (1923), la sinistre « Nuit de Cristal » (1938) et l'heureuse chute du Mur en 1989 (soit 200 ans après la Révolution française, également centralisée et à tournure dictatoriale : Robespierre et Lénine/Staline, même combat).
Cette nuit-là, devant les caméras du monde entier, de jeunes Allemands de l'Est et de l'Ouest brisent le Mur de la honte qui divise Berlin depuis le 13 août 1961.
Les jeunes gens prennent de court les dirigeants des deux bords qui ne s'attendaient pas à un enchaînement aussi rapide des événements.

Réceptifs à la politique de glasnost (transparence) initiée trois ans plus tôt par le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev, les dirigeants hongrois ont été les premiers à soulever la chape de plomb communiste. Le 2 mai 1989, ils annoncent leur intention d'entrouvrir leur frontière avec l'Autriche.
Des centaines d'Allemands de l'Est se précipitent alors en Hongrie dans l'espoir de bientôt passer à l'Ouest. En septembre, ils sont plusieurs milliers à s'enfuir de la sorte. En République Démocratique Allemande (RDA), à Leipzig puis dans les autres villes du pays, les opposants au communisme quittent le secret des temples luthériens et manifestent au grand jour.
Le pouvoir vacille. Erich Honecker laisse la place à Egon Krenz. Mais rien n'arrête plus l'Histoire. Un million de manifestants à Berlin-Est entraînent la démission collective du gouvernement communiste le 7 novembre.
Deux jours plus tard, Günter Schabowski, membre du bureau politique, annonce la décision du gouvernement de RDA vis-à-vis des Allemands de l'Est : « les voyages privés à destination de l'étranger peuvent désormais être demandés sans aucune condition particulière ». Quelques heures plus tard, les douaniers de Berlin ne parviennent plus à faire face à la demande et laissent simplement passer.
Le soir même, à 22h15, des milliers de Berlinois massés près du Mur ouvrent un à un les postes frontière sous le nez des redoutables garde-frontières est-allemands, les « vopos ». En près de 30 ans, ces derniers ont tué 239 personnes qui tentaient de franchir le Mur. Cette fois, ils gardent l'arme au pied.
Face à la politique d'ouverture engagée depuis 1986 par Mikhaïl Gorbatchev et à la désintégration de leur propre gouvernement, ils comprennent que leur temps est révolu.
La chute du Mur (3,60 mètres de haut, 160 kilomètres de long et 300 miradors) met fin à cinquante ans de séparation et d'antagonismes entre les deux parties de l'Allemagne, la République Fédérale Allemande (RFA), sous influence occidentale, et la République Démocratique Allemande (RDA), sous domination soviétique.
Les idéologies chavirent dans un enthousiasme débridé. Personne ne s'inquiète encore des lendemains difficiles de la réunification. Sans perdre de temps, le chancelier fédéral Helmut Kohl impose une unification monétaire puis politique des deux parties de l'Allemagne. L'unité est officielle le 3 octobre 1990. Ce jour est depuis lors fête nationale en Allemagne.
En 1999, le chancelier Kohl laissera à son successeur l'honneur d'inaugurer l'installation des pouvoirs publics à Berlin, qui fut déjà la capitale de l'Allemagne de 1871 à 1945.

1989 apparaît a posteriori comme l'année clé de la fin du XXe siècle. La chute du Mur liquide les séquelles de la Seconde Guerre mondiale. Elle annonce en même temps la mort prochaine de l'URSS et du communisme.
Le 3 novembre 1989 (6 jours avant la chute du Mur), dans une conférence de presse donnée en Allemagne, le président français Mitterrand (« socialiste » de droite manœuvrant à gauche) déclarait : « Je n'ai rien contre la réunification ». Mais, comme tout un chacun, il songeait alors à une réunification très progressive. Après la chute du Mur, François Mitterrand cache mal son irritation et ne donne aucun signe d'encouragement à son ami Helmut Kohl. Il craint que l'avènement d'une Allemagne unie et puissante au cœur de l'Europe ne marginalise la France.
Début décembre, il rencontre Mikhaïl Gorbatchev à Kiev. Il échoue, semble-t-il, à le convaincre de freiner les ardeurs du chancelier ouest-allemand. Le 19 décembre, comme si de rien n'était, le président français effectue auprès du gouvernement moribond de Berlin-Est un voyage officiel qui était prévu de longue date. Non content de cette maladresse, François Mitterrand exige du chancelier ouest-allemand, en préalable à la réunification, une reconnaissance formelle de la frontière germano-polonaise issue de la dernière guerre. Pour les Allemands de l'Ouest en général, et Helmut Kohl en particulier, cette attitude qui met en doute leur Pacifisme est ressentie comme une provocation.
Ces nuages sur les relations franco-allemandes ne ralentissent en rien la course à la réunification. Ils témoignent simplement du décalage entre la réalité et la diplomatie française, qu'incarnent à ce moment-là François Mitterrand et son ministre Roland Dumas. Le président français, prenant acte plus tard du caractère inéluctable de la réunification, va négocier en contrepartie le sacrifice du deutsche Mark sur l'autel de l'union monétaire européenne. Ce projet débouchera sur la signature du traité de Maastricht le 7 février 1992.

Cependant que s'écroulent les régimes communistes d'Europe les uns après les autres, au Kossovo, un certain Milosevic fait un discours retentissant devant une foule de Serbes en délire. De nouvelles guerres se préparent cette année-là, à l'insu de l'opinion mondiale, qui vont opposer des ethnies et des religions les unes aux autres.

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